Programme de la solennité de sainte Jeanne d’Arc, patronne secondaire de la France

La France Délivrée par sainte Jeanne d'ArcSaint-Eugène, le dimanche 13 mai 2018, grand’messe en rit romain traditionnel de 11h. Secondes vêpres & salut du Très-Saint Sacrement à 17h45.

Jeanne d’Arc est née à Domrémy, autrefois du diocèse de Toul, maintenant de Saint-Dié, de parents remarquables par leur foi et l’intégrité de leurs mœurs, en 1412. Elle avait à peine treize ans et ne connaissait que les occupations du foyer, le travail des champs et les premiers éléments de la religion, quand elle fut avertie qu’elle était choisie par Dieu pour délivrer la France et la rendre à l’ancienne autorité royale. Après que, pendant cinq ans, l’Archange saint Michel et les saintes vierges Catherine et Marguerite, dont elle recevait de fréquentes visites, lui eurent appris comment elle exécuterait ce qui lui était ordonné, elle reconnut qu’elle devait obéir à Dieu. Elle demanda au gouverneur de Vaucouleurs et, après quelques refus, en obtint des hommes qui devaient la conduire au roi Charles.
IVème leçon des vigiles nocturnes de ce dimanche, au second nocturne.

Obéissant aux avertissements divins, après avoir surmonté les difficultés d’un long voyage, elle arriva au château de Chinon, en Touraine, et, ayant convaincu le roi Charles de la vérité de sa mission divine, elle partit pour Orléans. En peu de jours, par un terrible assaut, elle infligea trois défaites aux ennemis, prit leurs places fortes et fit triompher son étendard. De là, après quelques faits de guerre où le secours de Dieu se manifesta de façon merveilleuse, elle conduisit Charles à Reims pour y recevoir l’onction du sacre royal. Elle ne pensa pas pour autant qu’elle devait se reposer ; mais comme elle avait reçu du ciel l’annonce que, par la permission de Dieu, elle devait tomber au pouvoir de l’ennemi, elle accepta de bon cœur ce qui devait nécessairement arriver.
Vème leçon des vigiles nocturnes de ce dimanche, au second nocturne.

Jeanne, faite prisonnière à Compiègne, vendue aux ennemis, bientôt conduite à Rouen, y fut traduite en jugement et accusée de toutes sortes de crimes, sauf de fautes contre la chasteté. Pour Jésus, elle supporta tout avec patience. Le procès ayant été conduit par des juges très corrompus, la vierge innocente et douce fut condamnée à la peine du feu. Ayant donc reçu le réconfort de la sainte Eucharistie qu’elle avait désirée si longtemps, les yeux tournés vers la croix et répétant très souvent le nom de Jésus, elle s’envola au ciel, le 30 mai, n’ayant pas encore accompli sa vingtième année. L’Église Romaine, qu’elle avait toujours aimée et à qui elle en avait souvent appelé, prit soin de la justifier de tout crime, sous le pontificat de Calixte III. Vers la fin du dix-neuvième siècle, Léon XIII permit d’introduire la cause de la Pucelle d’Orléans. Puis le Souverain Pontife Pie X la mit au rang des Bienheureuses, et Benoît XV au nombre des saintes Vierges. Enfin Pie XI, accédant aux vœux des évêques français, la déclara et institua patronne secondaire de la France, après la Très Sainte Vierge en son Assomption.
VIème leçon des vigiles nocturnes de ce dimanche, au second nocturne.

IIndes vêpres de la solennité de sainte Jeanne d’Arc, avec mémoire du dimanche dans l’octave de l’Ascension. Au salut du Très-Saint Sacrement :

  • Motet d’exposition : O salutaris de l’Abbé du Gué, maître de chapelle de Saint-Germain-L’Auxerrois (1768 -1780) puis de Notre-Dame de Paris (1780 – 1790)
  • A la Bienheureuse Vierge Marie : Regina cœli, du VIème ton
  • Prière pour Notre Saint Père le Pape : Oremus pro Pontifice nostro du VIème ton, pour le Temps pascal.
  • A la bénédiction du Très-Saint Sacrement : Tantum ergo du IIIème ton
  • Chant d’action de grâces : Adoremus in æternum – Psaume XVI – plain-chant du XVIIIème siècle

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Programme de l’Ascension

Saint-Eugène, le jeudi 10 mai 2018, grand’messe de 11h. Secondes vêpres & salut du Très-Saint Sacrement à 17h45.

Catéchisme sur l’Ascension.

Saint Augustin estimait que la fête de l’Ascension était d’institution apostolique. Cette fête est en effet très ancienne, même si dans les tous premiers temps de l’Eglise, l’Ascension du Seigneur était célébrée au jour de la Pentecôte, jointe à la descente de l’Esprit-Saint sur les Apôtres (cette disposition, qui nous paraîtra aujourd’hui curieuse, est encore attestée au début du IVème siècle par Eusèbe de Césarée et le récit de la pèlerine Egérie). L’institution d’une fête propre au 40ème jour après Pâques paraît remonter au dernier quart du IVème siècle, probablement après le premier Concile œcuménique de Constantinople de 381 qui défendit la divinité de l’Esprit-Saint (on voulut sans doute alors réserver la fête de la Pentecôte à la célébration seule du mystère de l’Esprit-Saint) – et il est possible que saint Grégoire de Nysse – dont on possède l’homélie pour l’Ascension de l’année 388 – fusse, sinon l’initiateur – du moins l’un des premiers propagateurs d’une célébration de l’Ascension au 40ème jour après Pâques au lieu du 50ème jour. La fixation de la célébration liturgique de l’Ascension au jeudi qui est le 40ème jour après Pâques, commune à partir de la fin du IVème siècle à tous les rits d’Orient & d’Occident, n’est bien sûr pas le fruit du hasard, notre Seigneur s’étant élevé vers le ciel 40 jours après sa résurrection ainsi que le rapporte saint Luc dans les Actes des Apôtres (« Il s’était aussi montré à eux depuis sa passion, et leur avait fait voir, par beaucoup de preuves, qu’il était vivant, leur apparaissant pendant quarante jours, et leur parlant du royaume de Dieu. » Actes 1, 3). Selon une tradition patristique ancienne (attestée par les Constitutions Apostoliques, livre V, chap. XIX.), l’ascension du Seigneur s’est produite à midi (sixième heure du jour), aussi l’heure de sexte revêt une solennité particulière en ce jour. A Rome, après la messe célébrée sur l’autel de Saint-Pierre, le Pape était couronné par les cardinaux et, vers l’heure de sexte, se rendait en procession solennelle jusqu’au Latran, accompagné par les évêques et tout le clergé.

La liturgie traditionnelle connait en ce jour un symbole fort : afin de signifier le départ de notre Maître & Seigneur, après le chant par le diacre de l’évangile à la messe de ce jour, on éteint « le Cierge pascal, que nous vîmes allumer dans la nuit de la résurrection, et qui était destiné à figurer, par sa lumière de quarante jours, la durée du séjour de notre divin Ressuscité au milieu de ceux qu’il a daigné appeler ses frères » (dom Guéranger).

L’Ascension est une fête d’obligation pour l’Eglise universelle, ce qui signifie que l’assistance à la messe et la sanctification du jour en sont obligatoires, à l’instar d’un dimanche.

Puisque l’ascension du Christ est notre propre élévation, et que le corps a l’espérance d’être un jour où l’a précédé son glorieux chef, tressaillons donc, mes bien-aimés, dans de dignes sentiments de joie, et réjouissons-nous par de pieuses actions de grâces. Car nous n’avons pas seulement été affermis aujourd’hui comme possesseurs du paradis ; mais en la personne du Christ, nous avons pénétré au plus haut des cieux ; et nous avons plus obtenu par sa grâce ineffable, que nous n’avions perdu par l’envie du diable. En effet, ceux que le venimeux ennemi avait bannis de la félicité de leur première demeure, le Fils de Dieu se les est incorporés, et il les a placés à la droite du Père, avec qui étant Dieu, il vit et règne en l’unité du Saint-Esprit, dans tous les siècles des siècles. Amen.
Homélie de saint Léon, pape, VIème leçon des vigiles nocturnes de ce dimanche, au second nocturne.

IIndes vêpres de l’Ascension. Au salut du Très-Saint Sacrement :

  • Motet d’exposition : Prose de l’Ascension au propre de Paris
  • A la Bienheureuse Vierge Marie : Regina cœli, du VIème ton
  • Prière pour Notre Saint Père le Pape : Oremus pro Pontifice nostro du VIème ton, pour le Temps pascal.
  • A la bénédiction du Très-Saint Sacrement : Tantum ergo du IIIème ton
  • Chant d’action de grâces pascal : Adoremus in æternum – plain-chant musical du XVIIIème siècle

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Programme du Vème dimanche après Pâques – Vocem jucunditatis

Saint-Eugène, le dimanche 6 mai 2018, grand’messe de 11h. Secondes vêpres & salut du Très-Saint Sacrement à 17h45.

Par son évangile, ce dimanche nous prépare déjà à la supplication des Rogations (qui a lieu les trois jours suivants : lundi, mardi & mercredi précédant l’Ascension), par laquelle nous demandons au Père de nous donner l’Esprit Saint.

« Jusqu’à présent, dit notre Seigneur, vous n’avez rien demandé en mon nom. Demandez et vous recevrez, afin que votre joie soit complète. » Cette joie qu’il appelle une joie pleine, n’est pas une joie des sens, mais une joie spirituelle, et quand elle sera si grande qu’on ne pourra plus rien y ajouter, alors, sans le moindre doute, elle sera pleine. Nous devons donc demander au nom du Christ ce qui tend à nous procurer cette joie si nous comprenons bien la nature de la grâce divine, si l’objet de nos prières est la vie véritablement heureuse. Demander toute autre chose, c’est ne rien demander : non pas qu’il n’existe absolument autre chose, mais parce qu’en comparaison d’un si grand bien, tout ce que l’on désire en dehors de lui n’est rien.
Homélie de saint Augustin, évêque, IXème leçon des vigiles nocturnes de ce dimanche, au troisième nocturne.

IIndes vêpres du cinquième dimanche après Pâques. Au salut du Très-Saint Sacrement :

Lundi 7 & mardi 8 mai, à 19h : procession & messe des Rogations.

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Programme du dimanche de la Samaritaine – saint Georges – ton 4

Le Christ rencontre la SamaritaineParoisse catholique russe de la Très-Sainte Trinité, le dimanche 6 mai 2018 du calendrier grégorien – 23 avril 2018 du calendrier julien, tierce & sexte à 8h55, divine liturgie de saint Jean Chrysostome à 9h15.

L’origine de la célébration de la Samaritaine au IVème dimanche de Pâques est constantinopolitaine ; l’hymnographie de ce dimanche est donc essentiellement d’origine constantinopolitaine, comme du reste l’essentiel du Pentecostaire, et plus spécialement d’origine Studite (Joseph le Studite, archevêque de Thessalonique, est l’auteur du canon de la Samaritaine, lequel, à vrai dire, ne chante celle-ci que dans le 4ème tropaire de chaque ode).

Selon la tradition byzantine, la Samaritaine, reçut ultérieurement le baptême, portant le nom de Photine. Ses sept enfants et elle furent martyrisés sous l’empereur Néron.

Au VIème siècle, l’empereur Justinien fit transporter avec grand honneur depuis Sichar jusqu’à Constantinople la margelle du puits et la pierre où le Christ s’était assis pour parler à la Samaritaine, et les fit placer devant le narthex de Sainte-Sophie qu’il avait faite construire.

Par les prières de ta sainte martyre Photine, Christ notre Dieu, aie pitié de nous. Amen.

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Saint Georges le Mégalomartyr - icône de l'église de Maniokhin, école de Novgorod, datant du XIVème siècle. Conservée au Musée Russe de Saint-PétersbourgCe jour voit également l’occurrence de la fête du saint & illustre mégalomartyr Georges le Victorieux, né au ciel le 23 avril 303.

Saint Georges est né à Lydda en Palestine entre 275 et 285. Tribun militaire et comte de l’empereur, il était un intime de Dioclétien à la cour impériale de Nicomédie. Lorsque Dioclétien publie le 24 février 303 le premier des quatre édits qui lance la persécution générale des chrétiens, Georges se déclare ouvertement et courageusement chrétien, ce qui a pour effet de bouleverser l’empereur, qui était attaché à Georges. En dépit de nombreuses propositions de Dioclétien en terres, argent et esclaves s’il sacrifiait aux idoles, Georges refuse de renier le Christ. Il est emprisonné et subit diverses tortures (dont des lacérations par une roue chargée d’épées, dont il fallut le ranimer trois fois) avant d’être finalement décapité sous les murailles de Nicomédie le vendredi 23 avril 303. A la vue du témoignage et de la constance de Georges, l’impératrice Alexandra et un prêtre païen du nom d’Athanase se convertirent et l’accompagnèrent dans le martyre.

Sous Constantin eut lieu la translation solennelle du corps de saint Georges jusqu’à sa ville de Lydda, où l’empereur lui avait élevé une église magnifique dont les encénies furent célébrées un 3 novembre. La renommée de saint Georges, modèle du courageux soldat chrétien se répandit rapidement dans tout l’univers chrétien, aussi bien en Orient qu’en Occident. Déjà au Vème siècle, le pape saint Gélase Ier avait déclaré que Georges faisait partie de ces saints dont les noms sont justement révéré chez les hommes, mais dont les actions ne sont connues que de Dieu.

Les reliques de saint Georges durent être ultérieurement envoyées au moins en partie à Constantinople, comme beaucoup d’autres reliques insignes. Le 8 septembre 1206, après avoir chanté les vêpres de la Nativité de la Sainte Vierge en l’église Saint-Georges de Mangana à Constantinople, un clerc amiénois du nom de Walon de Sarton, découvrit le chef, un bras & un doigt de saint Georges, ainsi que le chef de saint Jean Baptiste. Ces précieuses reliques furent envoyées à la cathédrale d’Amiens. Si le chef de saint Jean Baptiste y est toujours conservé, les reliques de saint Georges furent hélas détruites à la révolution.

Saint Georges est célébré par le rit byzantin & les rits occidentaux au 23 avril. L’église russe célèbre également la translation de ses reliques et la dédicace de la cathédrale de Lydda sous Constantin au 3 novembre, ainsi que la dédicace de son église à Kiev le 27 novembre (c. 1054). Les rits copte & éthiopien célèbrent la saint Georges le 1er mai (mais cela correspond au 23ème jour du mois correspondant au mois d’avril). Dans le rit éthiopien, saint Georges est de plus commémoré tous les 23 de chaque mois.

Saint Georges est le saint patron de la Georgie, de l’Ethiopie, de l’Angleterre, du Portugal, de la Bourgogne, de l’Aragon, de la Catalogne, de Gênes, de Venise, de Barcelone, etc. Il est le patron d’un très grand nombre de lieux, d’églises et d’organisations (dont les scouts). Très vénéré en Russie, saint Georges à cheval figure sur les armoiries de la Moscovie, reprises sur les armoiries impériales et désormais sur les nouvelles armes de la Russie.

La célébration de la fête de saint Georges fait disparaître cette année la mémoire de la mi-Pentecôte en ce dimanche.

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Aux heures
A tierce : Tropaire du dimanche, ton 4. Gloire au Père. Tropaire du Mégalomartyr. Et maintenant. Theotokion de l’heure. Kondakion du Mégalomartyr.
A sexte : Tropaire du dimanche, ton 4. Gloire au Père. Tropaire du Mégalomartyr. Et maintenant. Theotokion de l’heure. Kondakion de la Samaritaine.
блаженны гласа – 4 (см. в Триоди), самаряныни, песнь 3-я – 4, и великомученика, песнь 6-я – 4
Tropaires des Béatitudes : 4 tropaires du dimanche, ton 4, 4 tropaires de la 3ème ode du 2 canon de la Samaritaine (œuvre de saint Théodore Studite (759 † 826), archevêque de Thessalonique) & 4 tropaires de la 6ème ode des 2 canons du Mégalomartyr :

1. A cause de l’arbre défendu * Adam fut exilé du Paradis, mais par l’arbre de la croix le Larron y entra ; * car l’un, goûtant de son fruit, méprisa le commandement du Créateur, * l’autre, partageant ta crucifixion, confessa ta divinité : ** Souviens-toi de moi dans ton royaume.
2. Seigneur exalté sur la Croix, * tu as brisé la puissance de la mort, * effaçant la cédule écrite contre nous ; * accorde-nous la repentance du Larron * et donne à tes fidèles serviteurs, ô Christ notre Dieu, * de te crier comme lui : ** Souviens-toi de nous aussi dans ton royaume.
3. D’un coup de lance, sur la croix * tu as déchiré la cédule écrite contre nous ; * et, compté parmi les morts, tu as enchaîné le prince de l’Enfer, * délivrant tous les hommes des liens de la mort * par ta Résurrection, dont la lumière a brillé sur nous ; * Seigneur ami des hommes, nous te crions : ** Souviens-toi de nous aussi dans ton royaume.
4. Crucifié & ressuscité du tombeau, * Dieu tout-puissant, le troisième jour, * avec toi, seul Immortel, tu ressuscitas le premier homme, Adam ; * donne-moi, Seigneur, de prendre aussi la voie du repentir * afin que, de tout mon cœur * & dans l’ardeur de ma foi, je te crie : ** Souviens-toi de moi, Sauveur, en ton royaume.
5. Verbe, tu fus mis en croix selon ton bon vouloir, * et les rochers se fendirent en te voyant, * l’entière création trembla d’effroi, ** comme d’un songe les morts s’éveillèrent des tombeaux.
6. Les âmes des justes, ô Verbe, te voyant * descendre avec ton âme aux Enfers, * échappèrent aux liens qui depuis les siècles les retenaient ** et chantèrent ta puissance qui dépasse tout esprit.
7. Pourquoi ce trouble, pourquoi, ô Femmes, cherchez-vous * avec la myrrhe le Seigneur dans le tombeau ? * Il est debout, et le monde avec lui s’est réveillé, ** disait aux Myrrhophores un Ange resplendissant.
8. Voici qu’une seule hirondelle nous a ramené, * avec quel charme, la grâce du printemps : * c’est l’admirable Georges ; et de sa joie * en chœur réjouis-toi, ** peuple divinement rassemblé.
9. Les cruelles tortures que tu supportais, * comme délices tu les considéras, * dans l’attente du Seigneur, en chantant, * et sur la roue fis retentir ** le roulement de tes prières, Bienheureux.
10. Chœur des Athlètes, exulte, réjouis-toi, * puisqu’en saint Georges tu as trouvé * celui qui donne le signal de la présente festivité ; * avec lui jubile en chantant ** comme David : C’est le jour du Seigneur.
11. Tu enfantes et cependant * demeures vierge comme avant : * ineffable et merveilleux enfantement * virginale Mère que celui de l’Intemporel ** selon notre nature né de toi comme un enfant.
12. Saint Georges, bienheureux martyr, * sans cesse on chantera ta vaillance et tes exploits ** dépassant la nature et l’entendement.

A la petite entrée :
1. Tropaire du dimanche, ton 4 : Ayant appris de l’Ange la prédication lumineuse de la Résurrection, * et le terme de l’ancestrale condamnation, * les femmes disciples du Seigneur * dirent, pleine de fierté, aux apôtres : * « Renversée est la mort ! * Le Christ Dieu est ressuscité, ** donnant au monde sa grande miséricorde ! »

2. Tropaire du Mégalomartyr, ton 4 : Libérateur des prisonniers et défenseur des pauvres, * médecin des malades et soutien des princes, * ô Georges, grand martyr victorieux, * intercède auprès du Christ Dieu ** pour le salut de nos âmes.
3. Gloire au Père, & au Fils, & au Saint-Esprit.
4. Kondakion du Mégalomartyr, ton 4 : Instruit par Dieu, * tu fis fructifier les dons de la piété et tu as amassé des gerbes d’œuvres bonnes ; * ayant semé dans les larmes, tu moissonnes dans la joie * et après avoir combattu jusqu’au sang, tu as revêtu le Christ ; ** par tes prières, Saint, ** tu procures à tous la rémission des péchés.
5. Et maintenant, & toujours, & dans les siècles des siècles. Amen.
6. Kondakion de la Samaritaine, ton 8 : Par sa foi, la Samaritaine, venue au puits * vit en Toi l’eau de la Sagesse ; * s’en étant abondamment abreuvée, ** elle reçut en héritage le Royaume d’en haut, car elle est digne d’être glorifiée.

Prokimen
Du dimanche de la Samaritaine, ton 3 :
R/. Sonnez pour notre Dieu, sonnez ; sonnez pour notre Roi, sonnez ! (Psaume 46, 7).
V/. Tous les peuples, battez des mains, acclamez Dieu par vos cris de joie ! (Psaume 46, 2).

Epîtres :
Du dimanche de la Samaritaine : Actes des Apôtres (§ 28) XI, 19-26 & 29-30.
Mais Saul se fortifiait de plus en plus, et confondait les Juifs qui demeuraient à Damas, leur prouvant que Jésus était le Christ.
Du Mégalomartyr : Actes des Apôtres (§ 29) XII, 1-11.
En ce même temps le roi Hérode employa sa puissance pour maltraiter quelques-uns de l’Église ; et il fit mourir par l’épée Jacques, frère de Jean.

Alleluia
Du dimanche de la Samaritaine, ton 4 :
V/. Va, chevauche pour la cause de la vérité, de la piété & de la justice (Psaume 44, 5).
V/. Tu aimes la justice, tu hais l’impiété (Psaume 44, 8).
Du Mégalomartyr :
V/. Le juste fleurira comme un palmier, il grandira comme un cèdre du Liban (Psaume 91, 13).

Evangiles :
Du dimanche de la Samaritaine : Jean (§ 12) IV, 5-42.
Jésus lui répondit : Quiconque boit de cette eau, aura encore soif : au lieu que celui qui boira de l’eau que je lui donnerai, n’aura jamais soif.
Du Mégalomartyr : Jean (§ 52) XV, 17 à XVI, 2.
Et le temps vient que quiconque vous fera mourir, croira faire une chose agréable à Dieu.

A la commémoraison de la Très-Sainte Mère de Dieu durant l’anaphore eucharistique
L’ange chanta à la Pleine de grâce : Réjouis-toi, Vierge très pure, je répète, réjouis-toi ! Ton Fils en vérité est ressuscité après trois passés dans le tombeau ; et Il a redressé les morts : fidèles, soyez dans l’allégresse !
Resplendis, resplendis, nouvelle Jérusalem, car sur toi la gloire du Seigneur s’est levée. Réjouis-toi et exulte, Sion, et toi, Mère de Dieu très pure, réjouis-toi, car ton Fils est ressuscité ! Alléluia !

Verset de communion
De Pâques : Recevez le corps du Christ, goûtez à la source immortelle.
Du dimanche : Louez le Seigneur du haut des cieux, louez-le au plus haut des cieux (Psaume 148, 1). Alleluia, alleluia, alleluia.

Télécharger le livret des choristes pour ce dimanche.
Télécharger le livret commun des choristes pour le Temps pascal.

Le rôle de la hiérarchie catholique dans la diffusion du baroque : saint François de Sales

Le Baroque savoyard

 

Le rôle fondateur de saint François de Sales

François de Sales naquit le 21 octobre 1567 au château de Sales près de Thorens. Il souhaite tôt se consacrer à Dieu mais il doit faire face à l’opposition de son père. Son voeu le plus cher est réalisé le 18 décembre 1593, jour de son ordination. Il est nommé prévôt de Genève et voici le programme de reconquête qu’il annonce : « C’est par la Charité qu’il faut ébranler les murs de Genève, par la charité qu’il faut l’envahir, par la charité qu’il faut la recouvrer… ». Le duc de Savoie, demande des missionnaires pour restaurer la religion catholique dans le Chablais et François se porte volontaire. Il s’installe à Thonon. Le point de bascule se fait entre 1597 et 1598 : la majorité de la population revient alors à la religion catholique. Le 8 décembre 1602 il est ordonné évêque de Genève. C’est à Dijon en 1604, alors qu’il prêche les sermons de Carême, qu’il rencontre la baronne Jeanne de Chantal et l’année 1610 voit la fondation de l’ordre de la Visitation Sainte-Marie.

Grand prédicateur, missionnaire, directeur spirituel, évêque.

Armes de la famille de Sales, monastère Sainte-Marie d’en-Haut Grenoble

Sa spiritualité nous est parvenue grâce à ses livres et à son abondante correspondance.

Son introduction à la vie dévote parue en 1609 remporte un succès énorme, elle sera éditée 40 fois de son vivant et traduite dans de nombreuses langues. L’engouement général pour cette oeuvre souligne sa correspondance avec l’esprit de l’époque. L’auteur s’adresse à un personnage féminin nommée Philotée, le style est plutôt simple, le texte n’est pas rempli de citations latines et grecques et donc accessible facilement pour un plus grand nombre. Le livre s’adresse à des laïcs qui ne se destinent pas à la vie religieuse, les propos sont illustrés par des exemples tirés de vies de saints.

Le Traité de l’amour de Dieu parait en 1616. Le monde est un compromis entre deux extrémités : l’unique et le multiple, le simple et le complexe, l’ordre et le désordre. L’ordre du monde est dû à l’inspiration divine et s’en éloigner est tomber dans le désordre et le chaos, s’en rapprocher permet d’atteindre la connaissance immédiate. A l’image du monde, la société repose sur un ordre monarchique. L’organisation de tout cet ensemble est tellement supérieur à l’homme qu’il ne peut la connaître intégralement. Cette distance rend la raison divine digne d’admiration. L’homme voit le monde et ne l’appréhende pas totalement par la raison. L’homme peut donc se retrouver écartelé entre le monde et le surnaturel. « La guerre que nous sentons tous les jours entre l’esprit et la chair ; entre nostre homme extérieur qui dépend des sens et l’homme intérieur qui dépend de la raison ; entre le vieil Adam qui suit les appétits de son Eve ou de sa convoitise et le nouvel Adam qui seconde la sagesse céleste et la sainte raison ». L’homme se situe entre les animaux et les anges, il se différencie des premiers par l’âme qui s’exprime par la parole. Malgré sa fâcheuse tendance à se rapprocher de la bestialité se manifeste s’il est homme par sa nature, il peut s’élever parmi les anges en raison « de la nature angélique en sa partie intellectuelle »

Le modèle élaboré par François de Sales place Dieu en tout et partout, et l’on obtient tout par la douceur :

C’est par la charité qu’il faut ébranler les murs de Genève, par la charité qu’il faut l’envahir, par la charité qu’il faut la reconquérir… Je ne vous propose ni le fer, ni la poudre dont l’odeur et la saveur évoquent la fournaise de l’enfer. »

Jésus par son sacrifice donne à l’homme la possibilité d’atteindre la connaissance immédiate et de comprendre le monde dans son ordre originel. Voici le postulat de saint François de Sales, qui le rapproche de saint Augustin et de saint Thomas d’Aquin : l’homme possède en lui la capacité d’atteindre la connaissance de Dieu, il a en lui une part du principe essentiel qui caractérisait la pensée médiévale : « Je parle en ce traité, de l’amour surnaturel que Dieu répand en nos coeurs par sa bonté, et duquel la résidence en est la suprême pointe de l’esprit ; pointe qui est au dessus de tout le reste de notre âme et qui est indépendante de toute complexion naturelle… Le Saint Esprit habite en nous… La dilection est le Saint Esprit, enté sur nos espritz humains et habitant en nous par sa miséricorde infinie. »

Baroque savoyardL’homme doit « se mettre en la présence de Dieu » par une pensée attentive. Il doit admettre que Dieu est présent non seulement ici ou là mais en son cœur. Dieu regarde du ciel tous les hommes avec une attentions plus particulière pour les chrétiens, et plus bienveillante pour ceux qui sont en prière et le portent en eux. On accède à la présence de Dieu par un effort de spiritualité.

La clé du système de saint François de Sales est l’échelle de Jacob : « Contemplez l’échelle de Jacob (car c’est le vrai portrait de la vie dévote) : les deux côtés entre lesquels on monte, et auxquels les échelons se tiennent, représentent l’oraison qui impètre (obtient) l’amour de Dieu, et les sacrements qui le confèrent. Les échelons ne sont autre chose que les divers degrés de charité par lesquels on va de vertu en vertu, ou en descendant par l’action au secours et support du prochain ou montant par la contemplation à l’union amoureuse de Dieu ». Cette échelle est comme le symbole d’un ordre moral mais aussi d’un ordre social. L’homme se rapproche de Dieu et des autres humains par l’amour pour dans les deux cas fusionner. Aimer, c’est éloigner les impuretés, se retirer des péchés, c’est ne plus être « déschiré, drilles et puant », s’éloigner de la nature humaine pour se rapprocher des anges comme le faisaient les saints anachorètes, pareils à « l’oyseau du paradis, vivant en l’air sans toucher terre… spectacle d’amour pour les anges et d’admiration pour les humains ». L’homme est déchiré entre deux tendances : il appartient au monde animal et en ce sens il est méprisable et « irrespirable » ; pourtant il a en lui une petite part de divin. L’union à Dieu, l’accession à la nature angélique demandent un entretien à la fois spirituel et physique de l’individu. Se rapprocher de Dieu c’est s’adonner à une discipline de vie, à une hygiène mentale et corporelle, esprit et corps étant indissociables.

Tout cet amour est nécessaire pour atteindre l’au delà parce que « la haut au ciel nous aurons un cœur tout libre de passions, une âme toute épurée de distractions, un esprit affranchi de contradiction, et des forces exemptes de répugnances ; et partant nous y aimerons Dieu par une perpétuelle et non jamais interrompue dilection. »

Saint François de Sales allie deux conceptions du monde. Dieu est à la fois présent et loin du monde ; l’esprit humain est trop faible pour penser cet infini. Il n’est pas spatialement loin mais il par essence éloigné. Cette doctrine que l’on peut se permettre de qualifier de « baroque »  a influencé et marqué la conception du baroque savoyard. Les représentations artistiques que nous étudierons plus tard dans le détail prennent là toute leur signification.

La distinction faite par saint François de Sales entre méditation et contemplation est manifeste dans une critique qu’il adresse à Guillaume d’Ockham : « la méditation considère par le menu et comme pièce à pièce les objets qui sont propres à nous émouvoir ; mays la contemplation fait une veüe toute simple et ramassée sur l’objet qu’elle aime, et la considération ainsi unie fait aussi un mouvement plus vif et fort ».

Il distingue deux types de connaissance, la première liée à la compréhension : l’individu organise son savoir autour de sa propre expérience ; la seconde à l’explication : le sujet se tient à distance de son savoir en vertu de l’objectivité scientifique et analyse une réalité qui lui est extérieure. La démarche de saint François, en tout cas préconisée par lui, est à rapprocher de celle que nous nommons compréhensive. « Quand on void une beauté exquise regardée avec une grande ardeur, ou une excellente mélodie écoutée avec une grande attention, ou un rare discours entendu avec une contention, on dit que cette beauté là tient collés sur soy les yeux des spectateurs, cette musique tient attachées les aureilles, et que ce discours ravit les coeurs des auditeurs ». Le spectateur, l’auditeur s’engloutissent dans le beau, car le beau est « désirable, aimable et chérissable ».

 

Chapelle du monastère Sainte-Marie d’en-Haut, Grenoble

A cette lecture, la simple vue d’un retable des vallées de Savoie, s’éclaire. Evoquant le pouvoir d’éducation de l’image et sa force persuasive, saint François de Sales se dit ainsi obligé de « peindre et graver sur les cœurs des personnes non seulement des vertus communes, mais encore sa très chère et bien aimée dévotion ». Métaphorique, l’utilisation des termes « peindre » et « graver » revient à plusieurs reprises dans ses textes. Il n’est pas anodin qu’il aille même jusqu’à comparer le travail du peintre avec celui de Dieu. Créateur d’images, l’artiste est responsable de l’éducation des esprits et, plus encore, obligé de reproduire avec cohérence toute la variété de l’univers.

L’entendement créé verra donc l’essence divine sans aucune entremise d’espèce ou représentation mais il le verra néanmoins sans quelqu’excellente lumière qui le dispose, eslève et renforce pour faire une veüe si haute et d’un objet si sublime et esclattant ».

La décoration des églises, au delà d’un affrontement avec les réformés, est surtout l’expression d’une conception du monde qui oriente les rapports que l’homme entretient avec Dieu et la nature dans laquelle il évolue. La lumière, la hauteur et l’aspect des retables sont propres à capter la conscience du paroissien.

La béatification de François en 1662, puis sa canonisation en 1665, suscitent une grande dévotion populaire, 33 chapelles lui sont déjà consacrées dans son diocèse au XVIIIème siècle.

Celui qui restera l’apôtre de l’amour et de la douceur nous a laissé en héritage un programme spirituel d’une infinie richesse : « Il n’y a rien de petit au service de Dieu ». « Soyez le plus doux que vous pourrez, et souvenez-vous qu’on attire plus de mouches avec une cuillerées de miel que cent barils de vinaigre. »

Pose de la première pierre du monastère Sainte-Marie d’en-Haut, Grenoble

Pose de la première pierre du monastère Sainte-Marie d’en-Haut, Grenoble.

Le grand Bossuet s’est fait le chantre de François de Sales dans un panégyrique destinés aux Visitandines.

Saint François de Sales et le pape, monastère Sainte-Marie d’en-Haut, Grenoble

Je trouve, dans ces derniers siècles, deux hommes d’une sainteté extraordinaire saint Charles Borromée et François de Sales. Leurs talents étoient différents et leur conduite diverse ; car chacun a reçu son don par la distribution de l’Esprit : tous deux ont travaillé avec le même fruit à l’édification de l’Eglise quoique par des voies différentes. Saint Charles a réveillé dans le clergé cet esprit de piété ecclésiastique. L’illustre François de Sales a rétabli la dévotion parmi les peuples. Avant saint Charles Borromée il sembloit que l’ordre ecclésiastique avoit oublié sa vocation tant il avoit corrompu ses voies… Pour avoir une belle idée de cette douceur évangélique, ce seroit assez, ce me semble, de contempler le visage de François de Sales. Toutefois, pour remonter jusqu’au principe, allons chercher jusque dans son coeur la source de cette douceur attirante qui n’est autre que la charité. Ceux qui ont le plus pratiqué et connu ce grand homme, nous assurent qu’il étoit enclin à la colère c’est à dire qu’il étoit du tempérament qui est le plus opposé à la douceur. Mais il faut ici admirer ce que fait la charité dans les cœurs, et de quelle manière elle les change, et tout ensemble vous découvrir ce que la douceur chrétienne qui semble être la vertu particulière de notre prélat. Mais la douceur chrétienne… porte en soi, dans l’intérieur, ses trois vertus principales qui la composent : la patience, la compassion et la condescendance pour les guérir. »

Une hiérarchie savoyarde galvanisée par l’exemple de saint François de Sales

Les successeurs du saint évêque manifesteront un zèle équivalent pour poursuivre son oeuvre pastorale. Mgr d’Arenthon d’Alex (1661-1695), Mgr Rossillon de Bernex (1697-1734) et Mgr Biord (1764-1785) soutiennent les initiatives des paroissiens pour embellir leurs églises. Dans l’archidiocèse de Tarentaise, on constate le même empressement : l’archevêque Germonio, contemporain de saint François de Sales, se distingue aussi, de même Mgr Milliet de Charles (1660-1703) qui visite ses paroisses huit fois et consacre pas moins de 33 églises au cours de son épiscopat.

A cet égard les procès-verbaux des visites pastorales sont instructifs. Les évêques, soucieux de l’ornementation des autels le signifient par écrit, on relève des qualificatifs comme « vieux » et « indécent » pour fustiger les déficiences d’ornementation. Prenons l’exemple de Valloire. En 1700, l’évêque enjoint la communauté de « faire faire un tableau grand et proportionné au retable du maître-autel, et le pourvoir d’un crucifix décent ».

Le succès de cette réforme catholique repose en tout premier lieu sur un clergé mieux formé, d’une grande charité et convaincu de la nécessité d’embellir ses églises. Rendons grâce à ces prêtres de leur zèle et de leur dévouement. C’est ainsi par exemple que la paroisse d’Avrieux doit à son curé, l’abbé Joseph Damé, docteur en théologie de la Sorbonne, son embellissement. Non content d’avoir fait imprimer un catéchisme rédigé par lui-même à Turin, il réalise lui-même une partie des décors peints qui ornent l’église. A la lecture des devis pour les retables, statues et tableaux de cette période, on constate aussi combien le curé de la paroisse, oriente, éclaire de son avis et tranche sur les dessins présentés par les artistes.

Chapelle du monastère Sainte-Marie d'en-Haut, Grenoble, la voute

Chapelle du monastère Sainte-Marie d’en-Haut, Grenoble, la voute

Dans le sillage de saint Charles Borromée qui avait donné l’exemple d’une grande austérité de vie personnelle et à l’inverse une grande libéralité dans la décoration des églises, « l’autel et l’église où les meubles pourront être riches et précieux selon qu’ils pourront sainement avoir pour l’honneur et la gloire de Dieu qui y réside de façon très spéciale ». Saint François de Sales, en cela exprime bien la dualité de l’art religieux du Concile de Trente : respecter une stricte observance dans les ordres, mais toucher, émouvoir, enseigner les fidèles et exalter la grandeur de Dieu par la beauté artistique.
Nous verrons dans les prochains articles comment cet art s’est exprimé dans les vallées savoyardes.

Baroque savoyard

Le Baroque, un art issu de la Réforme catholique : sa diffusion dans les vallées de Savoie

Le Baroque savoyard

Le saint Concile de Trente

Avant d’explorer le baroque savoyard par une série d’articles dont voici le premier, penchons-nous sur le rôle fondateur du concile de Trente qui s’est déroulé entre 1545 et 1563. Il se veut la réponse aux thèses de Luther, Zwingli et Calvin et entend porter la véritable réforme générale de l’Eglise catholique sur des points de dogme, de pratique religieuse, de discipline et de vie ecclésiastique. La méthode de travail des pères conciliaires consiste en des réunions de congrégations c’est-à-dire des commissions restreintes où quelques évêques, assistés de théologiens travaillent. Ils sont chargés d’étudier en amont les matières avant qu’on les proposât à toute l’assemblée. Les réunions plénières ou sessions ne sont plus que des étapes d’approbation. La session permet de publier ce qui a été arrêté. Le travail du concile a pour finalité ultime de faire pièce aux affirmations hérétiques des protestants.

A partir de novembre 1563, la question des images est abordée. Le débat n’est pas de savoir si on accepte ou non la représentation anthropomorphique de la divinité puisque l’Eglise estime que c’est un fait acquis depuis le concile de Nicée II en 787 même si les réformés ont une position radicalement contraire. En fait, la discussion, surtout entre les jésuites et les autres, porte sur le caractère sacré des images.  Il leur revient de définir si elles doivent être vénérées pour ce qu’elles représentent (images de Dieu, scènes de la vie du Christ ou de la Vierge, portraits des saints ou figurations de leurs martyres, …) ou si elles doivent être honorées pour elles-mêmes, faire l’objet d’un culte, car elles sont bénites, bien que l’on déclare qu’elles n’ont ni sainteté, ni divinité, ni vertu réelle. Il est décidé d’en rester à la première opinion, jugée plus claire, qui retient : honore et legitimo imaginum usu, « un usage légitime des images conformément à la doctrine de l’Eglise ».

Le saint concile enjoint à tous les évêques et à tous ceux ayant la charge et le devoir d’enseigner que, conformément à l’usage de l’Eglise catholique et apostolique, reçu dès les premiers temps, et conformément au sentiment unanime des saints pères et aux décrets des saints conciles, ils instruisent diligemment les fidèles, particulièrement sur l’intercession des saints et leur invocation, les honneurs dus aux reliques et le légitime usage des images. On doit avoir et garder, surtout dans les églises, les images du Christ, de la Vierge Marie Mère de Dieu, et des autres saints, et leur rendre l’honneur et la vénération qui leur sont dus. Non pas parce que l’on croit qu’il y a en elles quelque divinité ou quelque vertu justifiant leur culte, ou parce qu’on doit leur demander quelque chose ou mettre sa confiance dans des images, comme le faisaient autrefois les païens qui plaçaient leur espérance dans des idoles, mais parce que l’honneur qui leur est rendu renvoie aux modèles originaux que ces images représentent. Aussi, à travers les images que nous baisons, devant lesquelles nous nous découvrons et nous prosternons, c’est le Christ que nous adorons et les saints, dont elles portent la ressemblance, que nous vénérons. C’est ce qui a été défini par les décrets des conciles, spécialement du deuxième concile de Nicée, contre les adversaires des images.

Le Concile de Trente - Pinacothèque de Trente

Les évêques enseigneront avec soin que, par le moyen de l’histoire des mystères de notre rédemption représentés par des peintures ou par d’autres moyens semblables, le peuple est instruit et renforcé dans sa foi. On retire aussi grand fruit de toutes les images saintes, non seulement parce que sont enseignés au peuple les bienfaits et les dons que lui confère le Christ, mais parce que, aussi, sont mis sous les yeux des fidèles les miracles de Dieu accomplit par les saints et les exemples salutaires donnés par eux ; de la sorte, ils en rendent grâces à Dieu, ils conforment leur vie et leurs mœurs à l’imitation des saints et sont poussés à adorer et aimer Dieu et à cultiver la piété. Si quelqu’un enseigne ou pense des choses contraires à ces décrets : qu’il soit anathème. Si certains abus s’étaient glissés dans ces saintes et salutaires pratiques, le saint concile désire vivement qu’ils soient entièrement abolis, en sorte qu’on n’expose aucune image porteuse d’une fausse doctrine et pouvant être l’occasion d’une erreur dangereuse pour les gens simples. S’il arrive parfois que l’on exprime par des images les histoires et les récits de la Sainte Ecriture, parce que cela sera utile pour des gens sans instruction, on enseignera au peuple qu’elles ne représentent pas pour autant la divinité, comme si celle-ci pouvait être vue avec les yeux du corps ou exprimée par des couleurs et par des formes.

On supprimera donc toute superstition dans l’invocation des saints, dans la vénération des reliques ou dans un usage sacré des images ; toute recherche de gains honteux sera éliminée ; enfin toute indécence sera évitée, en sorte que les images ne soient ni peintes ni ornées d’une beauté provocante. Pour que cela soit plus fidèlement observé, le saint concile statue qu’il n’est permis à personne, dans aucun lieu ni église, même exempte, de placer ou faire placer une image inhabituelle, à moins que celle-ci n’ait été approuvée par l’évêque. Dès l’instant où l’idée d’utiliser les images est conservée par les pères du concile, le texte du décret se contente d’en appeler à la décence, de prohiber toute beauté provocante et toute image inhabituelle. Contrairement à ce qui est trop souvent et trop rapidement affirmé, le décret conciliaire ne cherche pas normer, réglementer ou limiter l’iconographique religieuse car sa motivation profonde est ailleurs, elle est de répondre à l’accusation d’idolâtrie lancée par les réformés. C’est pourquoi la question des images apparaît comme un élément marginal du culte des saints : l’art en soi n’intéresse pas les pères conciliaires qui renvoient la question à tous les évêques qui devront résoudre les problèmes de décence et d’orthodoxie artistique.

Première version de Saint Mathieu et l’ange, oeuvre aujourd’hui disparue

Saint Mathieu et l’ange, deuxième version

Prenons pour exemple le scandale provoqué par le Saint Matthieu et l’ange du Caravage. Peint vers 1592-95 pour la chapelle Contarelli de l’église Saint-Louis-des-Français. La première version représente l’évangéliste qui écrit dans une pose très banale, chauve, jambes nues, la vêture pauvre et négligée (il travaille à la maison), le front plissé par l’effort de l’écriture dans ce lourd in- folio, avec un ange déhanché qui semble corriger le texte en s’appuyant familièrement contre l’épaule du saint. Le tableau a été jugé vulgaire et inconvenant, et refusé pour ces raisons par les commanditaires religieux, mais sans qu’il fut fait référence à une non conformité au décret conciliaire, ni même une allusion au caractère inhabituel de l’image du saint. Cette hypothèse étroite qui cantonnerait le propos au seul plan réglementaire et rattacherait étroitement aux décrets et canons de l’Eglise l’évolution de tout l’art chrétien européen pendant les deux siècles suivants, apparaît peu défendable ; elle n’a d’ailleurs pas été défendue pendant le concile puisque le cardinal de Lorraine et le cardinal Giovanni Morone se sont fermement opposés aux jésuites et au comte de Luna, ambassadeur espagnol, qui avançaient cette opinion. En fait, stricto sensu, aucun décret ne traite des arts car les pontifes, cardinaux, évêques et abbés sont, depuis des siècles, des mécènes qui savent pertinemment que la seule loi valide en matière d’art est : qui paie commande.

La réforme organise la reprise en main de l’exercice du culte : formation et encadrement du clergé, rigueur dans la célébration des messes, et rénovation des églises, tout ceci doit se dérouler sous l’autorité de l’évêque qui se doit de visiter avec régularité les paroisses de son diocèse. La rigueur doit régner dans la célébration de la messe : « soin qu’il faut prendre pour que le très saint sacrifice de la messe soit célébré avec le religieux respect et la vénération requise ».

La visite de l’évêque est un élément clé de la réforme tridentine : « le but principal de toutes les visites devra être d’établir une doctrine pure et orthodoxe en bannissant toute hérésie, de maintenir les bonnes moeurs, de corriger les mauvaises, d’animer, par des remontrances et des exhortations, le peuple en faveur de la religion, de la paix et de l’innocence et de régler toutes autres choses que la prudence des visiteurs jugera utiles et nécessaires pour l’avancement des fidèles ». Au cours de ses visites l’évêque portera un grand intérêt à l’état des bâtiments et du mobilier. Eglises, lieux sacrés doivent être dignes de leur fonction et favoriser la dévotion.

Nous étudierons dans un prochain article le rôle de l’un de ces évêques emblématiques : Saint François de Sales.

Jean-François de Lallouette – O Rex gloriæ – motet de l’Ascension

Jean-François Baptiste de Lallouette (1651 † 1728), maître de chapelle de Notre-Dame de Paris.
O Rex gloriæ
2 voix égales (AT ou SA ou TB).
4 pages – Sol mineur (et transpositions en mi mineur).

O Rex glóriæ, Dómine virtútum, qui triumphátor hódie super omnes cœlos ascendísti : ne derelínquas nos órphanos, sed mitte promíssum Patris in nos Spíritum veritátis. Alleluia. O Roi de gloire, Seigneur des Armées, qui aujourd’hui est monté au plus haut des cieux en triomphateur, ne nous laisse pas orphelins, mais envoie-nous l’Esprit de vérité promis par le Père, alléluia.

Premier assistant de Lully dans sa jeunesse, Jean-François de Lallouette fut nommé maître de chapelle de la cathédrale de Rouen en 1693 avant de prendre la succession d’André Campra à Notre-Dame de Paris en novembre 1700. De cette carrière au service de la liturgie de nos cathédrales subsistent de nombreux petits motets à 1, 2 ou 3 voix.

Ce petit motet pour la fête de l’Ascension utilise le texte de l’antienne du Magnificat des secondes vêpres de la fête, antienne restée fameuse pour avoir été chantée par saint Bède le Vénérable sur son lit de mort avant que d’expirer, le 25 mai 735 (il y a donc 1082 ans de cela – et aujourd’hui, 25 mai 2017, est aussi cette année la fête de l’Ascension). Du reste, le ton de sol mineur utilisé par Lallouette correspond au second ton du plain-chant de cette antienne, selon l’habitude de transposition du second ton usuelle à l’époque baroque. De sorte qu’il est tout à fait possible de chanter cette antienne à la fin du Magnificat (à la reprise de l’antienne) au cours de l’office des secondes vêpres de l’Ascension. Du reste un usage courant à l’époque faisait reprendre en petit motets au lieu du plain-chant les antiennes de l’office à la fin des psaumes, les jours de fêtes. Il est bien sûr possible de chanter cette pièce en petit motet durant la messe ou au salut du Très-Saint Sacrement de l’Ascension ou de son octave.

Voici le plain-chant de cette antienne de Magnificat, du IInd ton, prise dans un antiphonaire parisien manuscrit des années 1650 – 1725 (BnF département de la Musique, Réserve 2293, pp. 248 & 249) :

Le petit motet de Lallouette est écrit pour Haute contre et Taille, mais pourrait être chanté sans difficulté par d’autres effectifs, par exemple par deux Dessus.

Les premières mesures de cette partition :

Charles de Courbes – Tristes erant Apostoli

Charles de Courbes (c. 1580 † ap. 1628), esleu & lieutenant particulier, organiste de l’église Saint-Sauveur de Paris.
Tristes erant Apostoli – HYMN. Cum 4. voc. Pro Apostolis et Evangelistis, Tempore Paschali.
4 voix (SATB).
2 pages.

« L’amateur » éclairé que fut le Sieur de Courbes, élu & lieutenant particulier (qui fut néanmoins à la fin de sa vie organiste de l’église Saint-Sauveur de Paris), publie ses compositions chez Pierre Ballard en 1622 : « Cantiques spirituels nouvellement mis en musique à IIII, V, VI, VII et VIII parties ». Une bonne part de cet ouvrage est consacrée à la mise en musique d’hymnes de l’Eglise. Influencées par la chanson française, les hymnes de Charles de Courbes témoignent aussi de l’aspiration générale à plus de clarté dans les compositions musicales liturgiques qui se fait jour après le Concile de Trente.

Charles de Courbes met ici en musique à quatre voix l’hymne des Apôtres et Evangélistes, Tristes erant Apostoli, hymne chantée aux Ières & IIndes vêpres, ainsi qu’au matines de leurs fêtes tombant durant le temps pascal.

Le texte de Tristes erant Apostoli procède du démembrement en trois parties d’une hymne pascale plus longue, attribuée à saint Ambroise de Milan : Aurora lucis rutilat. Voici le texte latin ainsi que la traduction faite par le Sieur de Courbes :

Tristes erant Apóstoli
De nece sui Dómini,
Quem morte crudelíssima
Servi damnárant ímpii.
Chaque Apostre estoit en douleur
Pour la mort de nostre Seigneur,
Que les Juifs d’un cœur obstiné
Avoyent a la mort condamné.
Sermóne blando Angelus
Prædíxit muliéribus :
In Galilæa Dóminus
Vidéndus est quantócius.
Mais l’Ange par un doux recit
Aux sainctes dames lors a dict,
Qu’en Galilée en bref verroyent
Ce cher Jesus qu’il esperoyent,
Illæ dum pergunt cóncitæ
Apóstolis hoc dícere,
Vidéntes eum vívere,
Christi tenent vestígia.
Alors pleines de gayeté
Ont tout aux Apostres conté,
Qui voyant leur maistre vivant,
Sont confirmés plus que devant.
Quo ágnito, discípuli
In Galilæam própere
Pergunt vidére fáciem
Desiderátam Dómini.
Parquoy d’un pas leger, & prompt,
En Galilée droit s’en vont :
Désirant tous d’avoir cét heur
Que de voir leur maistre, & Seigneur.
Quæsumus, Auctor ómnium,
In hoc pascháli gáudio :
Ab omni mortis ímpetu
Tuum defénde pópulum.
Nous te prions grand Dieu de tous
Qu’en ce temps Pasqual gay, & doux,
Tu nous pardonne les pechés,
Dont a la mort serions tachés.
Glória tibi Dómine,
Qui surrexíst(i) a mórtuis,
Cum Patr(e) et Sancto Spíritu,
In sempitérna sæcula. Amen.
Gloire soit a toy ô Sauveur,
Qui est ressucité vainqueur,
Au Pere, & Saint Esprit benin,
Aux siecles des siecles sans fin. Soit, soit.

Les premières mesures de cette partition :

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Charles de Courbes - Tristes erant Apostoli

Ego sum Alpha & Omega – grande antienne parisienne pour le temps pascal

Ego Sum AlphaEt Omega

Je suis, moi, * l’Alpha & l’Oméga, le premier et le dernier, le commencement & la fin, celui qui est avant le début du monde, et dans les siècles des siècles, je vis à jamais. Je suis mort & fut enseveli, je suis ressuscité, je suis avec vous ; voyez, car c’est bien moi, et il n’y a d’autre Dieu que moi, * alléluia.
V/. Je suis, moi, votre rédemption, je suis, moi, votre Roi, je vous ressusciterai, moi, au dernier jour, * alléluia.

Voici une très belle composition française du premier millénaire qui décrit le Christ comme l’Alpha & l’Oméga, le commencement & la fin de toutes choses. Le texte de cette grande antienne est inspiré de celui de l’Apocalypse :

  • Apocalypse I, 8 : Εγώ ειμι το Αλφα και το Ωμεγα, λέγει κύριος ο θεός, ο ων και ο ην και ο ερχόμενος, ο παντοκράτωρ – Ego sum Alpha et Omega, principium et finis, dicit Dominus Deus, qui est et qui erat et qui venturus est Omnipotens – Je suis l’Alpha et l’Oméga, le principe et la fin, dit le Seigneur Dieu, qui est, qui était, et qui doit venir, le Tout-Puissant.
  • Apocalypse XXI, 6 : Il me dit encore : Tout est accompli. Je suis l’Alpha et l’Oméga, le principe et la fin. Je donnerai gratuitement à boire de la source d’eau vive à celui qui aura soif.
  • Apocalypse XXII, 13 : Je suis l’Alpha et l’Oméga, le premier et le dernier, le principe et la fin.

Cette image pour décrire le Tout-Puissant est déjà présente dans le livre d’Isaïe :

  • Isaïe XLIV, 6 : Voici ce que dit le Seigneur, le Roi d’Israël, et son Rédempteur, le Seigneur des années : Je suis le premier, et je suis le dernier, et il n’y a point de Dieu que moi.

Cette grande antienne est tirée des Offices propres du diocèse de Paris approuvés par ordre de Son Eminence le Cardinal Dubois, archevêque de Paris, publiés en 1923, qui la conseille aux Saluts du Très-Saint Sacrement durant le Temps pascal. Le même propre diocésain la suggère également parmi les nombreuses pièces ad libitum qu’il propose pour les fastueuses vêpres stationnales du jour de Pâques, où elle avait en effet originellement sa place dans les manuscrits médiévaux français : cette belle antienne processionnelle à verset se chantait tandis que le clergé, après avoir encensé les fonts baptismaux, se remettait en route pour aller vers la Croix de la poutre de gloire ou du jubé. Le texte médiéval initial donnait Ego sum Alpha & O, l’O fut précisé en Oméga par les éditions modernes.

A titre de comparaison voici cette antienne Ego sum Alpha et O des vêpres stationnales de Pâques dans l’antiphonaire de chœur de Notre-Dame de Paris, manuscrit de la fin du XIIIème siècle :

Ego-sum-Alpha-et-O-antiphonaire-de-Notre-Dame-de-Paris

Il n’est pas impossible que cette antienne puisse remonter à l’antique liturgie des Gaules, supprimée par Pépin le Bref et Charlemagne. On sait en effet que la première liturgie de notre pays recourrait de façon très importante au livre de l’Apocalypse de saint Jean pour ses textes et ses chants. Lors de la suppression de l’ancien rit des Gaules, plusieurs pièces de l’ancienne liturgie (comme le Venite, populi qui se chantait le jour de Pâques & à perduré jusqu’au XXème siècle dans quelques diocèses français) ont pu subsister en étant réadaptées. Ce fut peut être le cas pour cette antienne comme pour les autres pièces principales des vêpres stationnales de Pâques (Christus resurgens ex mortuis et Stetit Angelus), cérémonie papale adaptée en France au VIIIème siècle où on la dota de nouveaux chants que Rome ne connaissait pas.

[Film] Jeanne d’Arc – de Victor Fleming avec Ingrid Bergman (1948)

http://youtu.be/dtiX_uvxvNo

Sainte Jeanne d'Arc par Ingrid Bergman

Tibi laus perennis auctor – Hymne de saint Fortunat pour le baptême

Dans la liturgie parisienne, au retour des fonts à la Vigile pascale, on chante une très belle hymne de saint Venance Fortunat (c. 530 † 609), évêque de Poitiers, dont nous venons de chanter également les deux fameuses hymnes du temps de la Passion : Vexilla Regis prodeunt & Pange, lingua, gloriosi, ainsi que le versus O Redemptor sume carmen pour la consécration du saint Chrême le Jeudi Saint. Cette hymne du retour des fonts – Tibi laus perennis auctor – fut composée probablement avant le sacre épiscopal de saint Venance Fortunat (ordonné prêtre en 576, il est sacré évêque de Poitiers vers l’an 600). En effet, son plus ancien témoin manuscrit, le Pontifical dit de Poitiers du VIIIème siècle[1], probablement le plus ancien manuscrit de ce livre liturgique des cérémonies réservées à l’évêque, la désigne ainsi :

Interim canitur versus Fortunati presbyteri ad baptizatos.

Ces vers de Fortunat sont de forme anacréontique, en dimètres iambiques catalectiques [υ – υ –|υ – –], un mètre déjà utilisé par le poète chrétien espagnol Prudence pour son Hymnus ante somnum.

Cette hymne est un versus, c’est-à-dire que la première strophe – Tibi laus perennis auctor – est reprise en guise de refrain après chacune des strophes suivantes[2]. Les versi constituent un type de pièces liturgiques un peu particulières et rares (on n’en dénombre qu’une trentaine dans tout le répertoire liturgique occidental). Ce sont en général des hymnes composées pour être chantées en procession.

L’usage liturgique de Tibi laus perennis auctor est ainsi précisé dans le Pontifical dit de Poitiers du VIIIème siècle, qui est de fait probablement parisien :

« Après la solennelle bénédiction des fonts, l’évêque baptise un ou deux enfants et ordonne aux prêtres et aux diacres, si nécessaire, de baptiser les autres enfants. Entre temps, on chantera ce versus de Fortunat pour ceux qui doivent être baptisés ».

Curieusement, alors que la plupart des autres hymnes et versi de Fortunat eurent un grand succès un peu partout en Occident, le chant de cette hymne du baptême n’a été conservé que dans les manuscrits parisiens (ou de la sphère parisienne, comme ceux de l’abbaye royale de Saint-Denis). On sait que saint Fortunat avait des liens étroits avec le clergé de Paris et son évêque saint Germain, dont il loue le zèle pour le chant des offices de nuit comme de jour, dans une curieuse lettre versifiée Ad clerum Parisiensem. Il est possible que cette hymne ait été composée spécialement pour son ami le grand liturge saint Germain de Paris et qu’elle fut insérée dès le VIème siècle dans l’ancienne liturgie parisienne. Lorsque sous Charlemagne, Paris dû abandonner sa liturgie gallicane antique pour prendre le rit romain, ce fut l’une des pièces de l’ancien rit qui furent conservées dans l’usage de Paris. L’hymne ne fut plus chantée pendant le baptême lui-même, mais pendant la procession ramenant les néophytes du baptistère Saint-Jean-Le-Rond à la cathédrale Saint-Etienne puis, lorsque celle-ci fut démolie, à la cathédrale Notre-Dame de Paris toute proche.

Texte & traduction :

Tibi laus perennis, Auctor,
Baptísmatis Sacrator,
Qui sorte passionis
Das præmium salútis.
À toi la louange sans fin, Dieu créateur,
Qui as institué le Sacrement du Baptême :
Au jeu de la Passion,
Tu nous gagnes le butin du Salut.
Nox clara plus et alma
Quam luna, sol et astra,
Quæ luminum coronæ
Reddis diem per umbram.
Ô nuit plus claire et bienfaisante
Que la lune, le soleil et les astres,
C’est en passant par la ténèbre
Que tu rends leur éclat aux lumières du ciel.
Dulcis, sacrata, Blanda,
Electa, pura, pulchra,
Sudans honore mella,
Rigans odore chrisma.
Huile suave, sainte, douce
Huile des élus, pure et belle,
Tu distilles un baume doux comme le miel,
Tu répands un parfum pénétrant.
In qua Redémptor orbis
De morte vivus exit :
Et quos catena vinxit
Sepultus ille solvit.
Oint par toi, le Rédempteur du monde
Est sorti vivant de la mort :
Et ceux qu’une chaîne asservissait,
Son sépulcre les a délivrés.
Quam apéruit Christus
Ad géntium salútem :
Cujus salubri cura
Redit novata plasma.
[Huile] dont le Christ a ouvert le fleuve
Au salut des nations,
[Huile] salutaire dont le remède
Donne un sang purifié.
Accedite ergo digni
Ad grátiam lavacri :
Quo fonte recreati,
Refúlgeatis, agni.
Accourez donc, vous qui le pouvez,
À la grâce du baptême :
Re-créés par sa source,
Agneaux, resplendissez de lumière.
Hic gurges est, fideles,
Purgans liquore mentes :
Dum rore corpus sudat
Peccáta tergit unda.
C’est un torrent, fidèles,
Qui lave les âmes de son eau :
Tandis que le corps dégoutte de sa rosée,
Le flot emporte les péchés.
Gaudete candidati,
Electa vasa regni :
In morte consepulti,
Christi fide renáti. Amen.
Réjouissez-vous, dans vos vêtements blancs,
Vases d’élection du Royaume :
Ensevelis dans la mort avec Lui,
Par votre Foi au Christ vous êtes nés 
de nouveau. Amen.

Le chant de ce versus ad fontes est du VIIIème ton. Les différents manuscrits parisiens présentent toutefois plusieurs variantes de ce chant. Voici celle qui fut retenue par le musicologue Amédée Gastoué pour qu’elle fut réinsérée dans le nouveau propre de Paris publié en 1925 :

Tibi laus perennis - hymne de saint Venance Fortunat pour le baptême - recto

Tibi laus perennis - hymne de saint Venance Fortunat pour le baptême : verso

A titre de comparaison, voici la version retenue par Michel Huglo, fondée sur le Missel de Saint-Denis[3] (F-Pn lat. 1107) :
Tibi laus perennis auctor - chant du Missel de Saint-Denys

Enfin voici ce chant tel qu’il est noté[4] dans le Missel parisien (F-Pn lat. 1112) écrit pour l’usage des chanoines du chapitre de la cathédrale de Paris au XIIIème siècle & enluminé sous le règne de saint Louis :

Tibi laus perennis auctor - Missel parisien du XIIIème siècle

***********************
Notes

Notes :    (↵ reviens au texte)

  1. Le pontifical dit de Poitiers n’est pas originaire de cette ville. Il s’agit probablement, comme l’a montré Michel Huglo, d’un livre ayant appartenu à l’abbaye de Saint-Pierre-des-Fossés, devenue par la suite Saint-Maur-des-Fossés, près de Paris. Cf. Michel Huglo, Bulletin codicologique, in Scriptorium, XXXV (1981), p. 62* n° 361.
  2. Le refrain du versus peut souvent être décomposé en deux parties qui sont reprises alternativement après chaque strophe, comme le Crux fidelis / Pange lingua du Vendredi Saint.
  3. Cf. Michel Huglo, Les versus de Venance Fortunat pour la procession du Samedi-saint à Notre-Dame de Paris, in Revue de Musicologie, T. 86, No. 1 (2000), à qui cet article doit beaucoup.
  4. Avec les Laudes carolingiennes – Christus vincit – dans la tradition de Paris.

Louis Lazare Perruchot, Vidi aquam en faux-bourdon

Mgr Louis Lazare Perruchot (1852 † 1930), maître de chapelle de la cathédrale de Monaco
Vidi aquam
Faux-bourdon – 4 voix mixtes (SATB).
3 pages – Si bémol majeur.

Mgr Perruchot fut successivement maître de chapelle de la cathédrale d’Autun, du petit séminaire de Rimont, puis à Paris, de Notre-Dame des Blancs-Manteaux et de Saint-François-Xavier ; il finit sa carrière à partir de 1904 à la cathédrale de Monaco. C’est à Langres qu’il reçut la révélation de la musique ancienne auprès du chanoine Couturier ; il influença par la suite Mgr Moissennet à Dijon.

Mgr Perruchot composa de nombreuses formules de faux-bourdons sur les huit tons ecclésiastiques. Ce Vidi aquam est conçu en utilisant cette technique du faux-bourdon non mesuré. Il pourra être utilisé comme alternative au plain-chant, à la reprise de l’antienne après le Gloria Patri.

L’antienne Vidi aquam remplace l’antienne Asperges me durant tout le temps pascal pour l’aspersion dominicale avant la grand’messe de paroisse. Son texte est tiré du prophète Ezéchiel (47, 1 & 9) et constitue une allusion prophétique au côté ouvert du Christ sur la croix, source de notre rédemption.

Avec le faux-bourdon de Mgr Perruchot, nous joignons aussi le Vidi aquam en plain-chant grégorien, avec son verset & sa doxologie, ainsi que le texte des versets et de l’oraison qui suivent.

Le texte de l’antienne :

Vidi aquam egrediéntem de templo, a látere dextro, alleluia : & omnes, ad quos pervénit aqua ista, salvi facti sunt, & dicent, alleluia, alleluia.
Ps 117, 1. Confitémini Dómino quóniam bonus : * quóniam in sæculum misericórdia ejus.
Dox. Glória Patri, & Fílio, & Spirítui Sancto. * Sicut erat in princípio, & nunc, & semper, & in sæcula sæculórum. Amen.
J’ai vu de l’eau jaillir du temple, du côté droit, alléluia ; & tous ceux que cette eau atteignait étaient sauvés & disaient : alléluia, alléluia.
Ps. 117, 1. Louez le Seigneur, car il est bon : * car sa miséricorde est éternelle.
Dox. Gloire au Père, & au Fils, & au Saint-Esprit, * comme il était au commencement, & maintenant, & toujours, & dans les siècles des siècles. Amen.

Les premières mesures de cette partition :

Mgr Perruchot - Vidi aquam en faux-bourdon

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Nicolas-Mammès Couturier – Chœur : Dans le ciel à jamais, Jeanne est triomphante

Chanoine Nicolas-Mammès Couturier (1840 † 1911), maître de chapelle de la cathédrale de Langres.
Dans le ciel à jamais, Jeanne est triomphante.
4 voix mixtes (SATB).
1 page – Si bémol Majeur.

Ce chœur, est extrait de l’une des grandes cantates composées par le chanoine Couturier et en constitue le premier chœur.

Les premières mesures de cette partition :

Chanoine Couturier : Chœur de la Cantate à Jeanne d'Arc : Dans le ciel à jamais, Jeanne est triomphante

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Concordent nostris cœlica – Cantique à sainte Jeanne d’Arc de Mgr Foucault

Tous les ans à Saint-Eugène, pour la solennité de sainte Jeanne d’Arc, patronne secondaire de la France (solennité fixée pour la France au second dimanche de mai), nous avons coutume de chanter ce petit cantique latin composé par Mgr Foucault, évêque de Saint-Dié († 1930). A la demande d’un confrère maître de chapelle en Normandie, en voici la musique et le texte.

Concordent nostris cœlica - Cantique à sainte Jeanne d'Arc de Mgr Foucault, évêque de Saint-Dié († 1930)

1. Les célestes cantiques, ô Pucelle,
s’accordent avec nos louanges, ô Jeanne !
R/. Jubilez, vierges,
Exultez, jeunes gens,
Proclamez, soldats :
Salut, Pucelle, salut Jeanne !

Tam multis par laboribus,
O Puella !
Lætare nunc honoribus,
O Johanna !
Après tant de labeurs,
ô Pucelle,
Il faut désormais se réjouir de ces honneurs, ô Jeanne !
Ecce fidentes adsumus,
O Puella !
Præcantes audi, quæsumus, O Johanna !
Nous voici plein de confiance, ô Pucelle,
Ecoute ceux qui te prient, ô Jeanne !
Francorum genti gloriam, O Puella !
Et signis da victoriam,
O Johanna !
Donne la gloire à la nation des Francs, ô Pucelle,
et la victoire éclatante, ô Jeanne !
Da cuncta nobis prospera,
O Puella !
Et nos a malis libera,
O Johanna !
Donne nous le succès en toutes choses, ô Pucelle
Et délivrez nous du mal, ô Jeanne !
Nos Christo Regi redditos,
O Puella !
Dilectos fac et subditos,
O Johanna !
Fais-nous revenir au Christ-Roi, ô Pucelle,
Fais de nous ses aimés & ses sujets, ô Jeanne !
Tu salus olim Patriæ,
O Puella !
Jam sis tutela Galliæ,
O Johanna !
Tu fus jadis le salut de la Patrie, O Pucelle !
Désormais sois la patronne de la France, ô Jeanne !

D’après Charles de Courbes – Regina cœli

D’après Charles de Courbes (c. 1580 † ap. 1628), esleu & lieutenant particulier, organiste de l’église Saint-Sauveur de Paris.
Regina cæli – Canticum paschale cum quatuor vocibus atque organis, servatis accentibus.
4 voix (SATB).
2 pages.

« L’amateur » éclairé que fut le Sieur de Courbes, élu & lieutenant particulier, publie ses compositions chez Pierre Ballard en 1622 : « Cantiques spirituels nouvellement mis en musique à IIII, V, VI, VII et VIII parties ». Une bonne part de cet ouvrage est consacrée à la mise en musique d’hymnes de l’Eglise. Influencées par la chanson française, les hymnes de Charles de Courbes témoignent aussi de l’aspiration générale à plus de clarté dans les compositions musicales liturgiques qui se fait jour après le Concile de Trente. Elles reflètent également les spéculations rythmiques conduites quelques années auparavant par les auteurs de la Pléiade et par Jean-Antoine de Baïf en particulier. C’est à ses spéculations que se réfère directement l’indication « servatis accentibus » – en se servant des accents des mots latins – pour rythmer cette pièce sur l’accentuation et non sur un rythme uniforme.

Charles de Courbes met ici en musique à quatre voix le texte de l’antienne à la Sainte Vierge durant le temps pascal (des complies du Samedi Saint à none du Samedi après la Pentecôte). Il utilise au Superius un chant abrégé et syllabique de l’antienne traditionnelle, relativement proche du chant abrégé en usage universel de nos jours. Ce chant abrégé de l’antienne Regina cæli passait pour avoir été l’œuvre du R.P. François Bourgoing, de l’Oratoire, dans son Brevis Psalmodiæ de 1634. Cette partition témoigne que ce chant est antérieur, sans qu’on puisse cependant décider si le Sieur de Courbes est l’auteur de cette abréviation du plain-chant médiéval qui deviendra traditionnelle par la suite, ou pas.

Afin de faciliter l’emploi de ce chant par les communautés traditionnelles de notre temps, le chant du Superius a ici été retouché par endroit (et du coup la polyphonie légèrement modifiée) afin de se conformer à l’usage actuellement reçu. Le rythme a été également aligné sur l’usage reçu.

A titre de comparaison, voici la partition original du Sieur de Courbes :

Pour faciliter le chant de la basse, nous avons monté la partition d’un ton, de Fa à Sol majeur (VIème ton ecclésiastique).

Regína cæli, laetáre, alleluia;
Quia quem meruísti portáre, alleluia,
Resurréxit, sicut dixit, alleluia:
Ora pro nobis Deum, alleluia.
Reine du Ciel, réjouis-toi, alléluia,
Car celui que tu as mérité de porter, alleluia,
Est ressuscité, comme il l’avait dit, alleluia,
Prie Dieu pour nous, alleluia.

Les premières mesures de cette partition :

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Charles de Courbes - Regina cœli

Chant du rit ambrosien pour l’Ascension

R/. Psallite Deo nostro, psallite, psallite, Regi nostro, psallite. R/. Chantez pour notre Dieu, chantez, chantez pour notre roi, chantez.
V/. Omnes gentes plaudite manibus : * jubilate Deo in voce exultationis. V/. Tous les peuples, battez des mains : jubilez pour Dieu par votre cri d’exultation.
V/. Elegit nos hæreditatem suam : * speciem Jacob quam dilexit. V/. Il choisit pour nous son héritage : fierté de Jacob qu’il a aimé.
V/. Ascendit Deus in jubilo : * et Dominus in voce tubæ. V/. Dieu monte au milieu des jubilations : et le Seigneur au son de la trompette.
V/. Regnabit Dominus super omnes gentes : * Deus sedet super sedem sanctam suam. V/. Le Seigneur a régné sur toutes les nations : Dieu s’est assis sur le trône de sa sainteté.

Source : Liber vesperalis juxta ritum Sanctæ Ecclesiæ Mediolanensis, Rome, 1939. Alii cantus pro opportunitate adhibendi, p. 878.

3 curieuses litanies pour les Rogations dans l’ancien usage de Paris

Petite, et accipietis :
quærite, et invenietis :
pulsate, et aperietur vobis.
Comme chacun sait, les Rogations sont des processions de supplications et de pénitence instituées la première fois en Gaule par saint Mamert, évêque de Vienne vers 470. Le succès de ces processions de supplication fut immédiat dans la toute jeune France, puisque dès 511, le Concile d’Orléans réuni par le roi Clovis en parle dans ses 27ème & 28ème canons comme d’une institution bien établie :

27. Rogationes, id est Lætanias, ante Ascensionem Domini ab omnibus ecclesiis placuit celebrari, ita ut præmissum triduanum jejunium in Dominicæ Ascensionis festivitate solvatur ; per quod triduum servi et ancillæ ab omni opere relaxentur, quo magis plebs universa conveniat. Quo triduo omnis abstineant et quadraginsimalibus cibis utantur. 27. Il a paru bon que les Rogations, c’est-à-dire les Litanies, soient célébrées par toutes les églises avant l’Ascension du Seigneur ; que durant ces trois jours les serviteurs & les servantes soient dispensés de tout travail, afin que le peuple se réunisse plus au complet. Pendant ces trois jours, que tous fassent abstinence et usent des aliments de Carême.
28. Clerici vero qui ad hoc opus sanctum adesse contemserint, secundum arbitrium episcopi ecclesiæ suscipiant disciplinam. 28. Quant aux clercs qui mépriseraient d’être présents à cette sainte cérémonie, qu’ils subissent une peine ecclésiastique au libre arbitre de l’évêque.

Remarquons l’équivalence qu’établit le Concile d’Orléans entre les deux termes de Rogations et de Litanies. Ces prières de demande (rogare = demander) prennent en effet dès l’origine en Gaule la forme de litanies. Certes, comme en témoignent les manuscrits médiévaux ou les éditions imprimées des processionnaux, on chantait en France des psaumes et des antiennes pendant ces processions, mais le cœur des prières employées pour supplier Dieu à cette occasion et ce qui frappait le plus les esprit du peuple consistait en des litanies. La même équivalence sémantique a perduré depuis 511 jusqu’à nos jours dans le rit romain – qui accueillera sous le pape saint Léon III (†816) les cérémonies des Rogations -, puisqu’on les y désigne également sous le nom de Litanies mineures. Dans la liturgie romaine, rien ne distingue dans leur forme liturgique les processions des Rogations ou Litanies mineures, de celle qui a lieu le 25 avril en la fête de saint Marc, les litanies majeures, instituées elles par saint Grégoire le Grand. En France cependant, les anciens usages liturgiques des différents diocèses présentent au contraire une grande variétés de pièces particulières aux trois jours des rogations : psaumes, stations, antiennes, répons, mais surtout de nombreuses litanies ; en général tout ce répertoire change chacun des trois jours.

Les litanies autrefois en usage en France pour les Rogations pourraient se regrouper en 3 types principaux :

  • Le fond le plus ancien consiste en un type litanique issu des litanies diaconales de l’Orient byzantin, qu’on retrouve dans les litanies de Carême de la messe ambrosienne. Il est représenté principalement par la litanie dite de saint Martin, qui est sans doute la plus ancienne et qui commence par V/. Dicamus omnes. R/. Domine miserere. V/. Ex toto corde, et ex tota mente, adoramus te. R/. Domine miserere, etc… A chaque invocation, le peuple répond Kyrie eleison ou Domine miserere. Ces litanies n’invoquent pas les saints, mais supplient Dieu pour diverses nécessités concrètes. Elles constituent la partie la plus vénérable du répertoire liturgique français, remontant à l’époque de l’ancien rit des Gaules, et elles ont survécu dans certains diocèses français jusqu’au XIXème siècle.
  • Un second type de litanies en usage en France au Moyen-Age est tout à fait similaire aux litanies des saints que nous connaissons encore de nos jours au rit romain. Après le Kyrie initial et les invocations aux trois Personnes divines, ce sont la Vierge Marie et les saints qui sont invoqués. Souvent, ces litanies ne comportent pas les invocations que le rit romain ajoute après la liste des saints. On pourraient du reste comparer ces litanies des saints à des invocations aux saints similaires qui existent également aux complies byzantines. Il est vraisemblable que ce type de litanies des saints remonte à l’époque carolingienne.
  • Un troisième type parait avoir été initialement en faveur dans le Sud de la France mais, à la faveur des réformes liturgiques néo-gallicanes des XVIIème & XVIIIème siècles, a connu un grand regain d’intérêt et s’est largement diffusé. Aux invocations des saints s’entremêlent de courtes supplications à Dieu. L’archétype en est la litanie Aufer a nobis que le musicologue Amédée Gastoué donnait pour antique et originaire de Gaule Narbonnaise, souvent rééditée au XXème siècle. Nous allons retrouver plus bas cette litanie Aufer a nobis pour le mercredi des Rogations. Il est vraisemblable que l’on soit ici en présence d’un type originaire de la liturgie mozarabe qui a été synthétisé avec les litanies des saints du type précédent. A ce type on peut également rattacher les litanies versifiées et rythmées composées par l’école de Saint-Gall au IXème siècle : Ardua spes mundi & Humili prece, en usage dans beaucoup de diocèses.

L’usage de Paris au Moyen-Age comportait pour les Rogations des antiennes, des versets, des oraisons et les litanies des saints selon le second schéma ci-dessus. Ainsi, selon ce missel parisien du XIIIème siècle (folio 251 V° et suivant), Paris invoquait dans ses litanies des Rogations la Sainte Trinité, la Bienheureuse Vierge Marie, les 3 principaux archanges, saint Jean Baptiste, les Apôtres & Évangélistes, 91 martyrs, 51 confesseurs & 41 Vierges, en les chantant sur cette magnifique cantilène du premier ton :

Après une romanisation mal vécue de leur rit au début du XVIIème siècle, les liturgistes parisiens des XVIIème & XVIIIème siècle ont recherché dans les différentes traditions anciennes des Eglises de France ce qui méritait d’être mis à l’honneur et ont attribué aux trois jours des Rogations des litanies anciennes issues de diverses traditions françaises. Ces litanies appartiennent au 3ème type énoncé ci-dessus.

Nous les donnons ci-après pour les trois jours, d’après la très belle édition suivante :
Office de l’Eglise noté pour les festes et dimanches, à l’usage des Laïcs, par ordre de Monseigneur l’Archevêque. IVème partie, le Temps paschal. Paris, Libraires associés, 1760. Pages 67-72, 78-79 & 86-88.

Voici comment s’organisait les Rogations à Paris : une première procession a lieu au cours de laquelle on se rend d’une église à une autre (de l’église de collecte à l’église de station) en chantant les psaumes graduels avec des antiennes prolixes. A l’église stationale est chantée la messe, puis l’on revient à la première église en chantant les litanies. On termine en chantant l’antienne du saint auquel est dédiée l’église, son verset et son oraison (C’est l’usage commun du reste que lorsque la procession s’arrête dans un oratoire ou une église, on chante de même l’antienne, le verset et l’oraison de son titulaire).

A Saint-Eugène nous chantons bien sûr les Rogations selon le rit Romain, avec les litanies des saints avant la messe. Cependant, à la fin de la messe, quand la procession regagne la sacristie, nous chantons ces anciennes litanies, qui ne sont pas sans beauté musicale, loin s’en faut, et qui rappellent la variété des expressions de la foi en notre pays. Peut-être le lecteur en pourra faire son profit.

Quelques principes régissant cette édition musicale :

  • Les barres verticales ne sont pas des barres qui indiquent la respiration des chantres mais la distinction des mots, conformément à l’usage le plus ancien (les respirations doivent se déduire de la ponctuation).
  • Quand les rubriques parlent de cadence, il s’agit du motif que les chantres parisiens font depuis le Moyen-Age pour indiquer qu’ils passent le chant au chœur, et qui se traduit par la modification des dernières notes de la mélodie (on parle selon le cas de périélèse et de diaptose). Comparez ainsi dans la première litanie, le Christe audi nos des enfants et celui du chœur.

Chanoine Marcel Laurent – Cantate à sainte Jeanne d’Arc : A l’Etendard

Musique du Chanoine Marcel Laurent, maître de chapelle de la cathédrale d’Orléans.
Texte de Mgr Vié, évêque de Monaco – Harmonisation Henri de Villiers.
4 voix mixtes (SATB), contrechant de trompette (ad libidum).
3 pages – Sol Majeur.

Ce cantique aux accents quelque peu guerriers était exécuté lors de la cérémonie de la remise de l’étendard de Jeanne par le maire d’Orléans à l’évêque chaque 7 mai.
Il constitue un cantique de sortie idoine pour la solennité de sainte Jeanne d’Arc, fixée pour la France au second dimanche de mai. A Saint-Eugène, nous avons coutume de le chanter après que la procession du clergé soit allé encenser la statue de sainte Jeanne d’Arc après la messe ; à cette station sont chantées également l’antienne, le verset & l’oraison de la sainte patronne secondaire de la France.

Les premières mesures de cette partition :
Chanoine Laurent : Cantate à sainte Jeanne d'Arc : A l'étendard

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Catéchisme sur l’Ascension

Demande. Quelle fête célébrons-nous le jeudi qui tombe quarante jours après Pâques ?
Réponse. La fête de l’Ascension, qui est le jour où Notre-Seigneur est monté au ciel.

D. Qui a établi la fête de l’Ascension ?
R. Les Apôtres qui en avaient été les témoins.

D. Combien le Sauveur demeura-t-il sur la terre après sa Résurrection ?
R. Il y demeura quarante jours, qu’il employa à instruire ses Apôtres.
Explication. Jésus-Christ ne voulait laisser aucun doute sur sa Résurrection. Pendant les quarantes jours qu’il demeura sur la terre après qu’il fut ressuscité, il mangea avec les Apôtres, conversa avec eux, leur apparaissant très souvent : il les convainquit de sa Divinité & de la vérité de sa Religion : il leur apprit les vérités qu’ils devaient annoncer au monde : il les instruisit sur le gouvernement de son Eglise qu’il confiait à leurs soins, sur l’administration des Sacrements, &c. enfin il retourna à son Père.

D. Jésus-Christ n’était-il pas déjà au ciel ?
R. Jésus-Christ était au ciel comme Dieu, mais il y monta comme homme le jour de l’Ascension.

D. Qui sont ceux qui furent présents à l’Ascension triomphante de Jésus-Christ ?
R. Jésus-Christ monta au ciel, par sa propre vertu, en présence de ses Apôtres & de plusieurs autres disciples.
Explication. Le jour même que le Sauveur avait choisi pour monter au ciel, il mangea avec ses Apôtres : il leur tint un discours dans lequel il réitère ses ordres & leur renouvelle ses promesses : il s’avança avec eux du côté de Béthanie, les conduisit sur la montagne des Oliviers, éloignée d’environ deux mille pas de Jérusalem. Arrivé au sommet de cette montagne célèbre, Jésus lève les yeux & les mains vers le ciel, puis les rabaissant sur ses chers disciples, il leur donna sa bénédiction au moment même que, tous brûlants d’amour pour leur divin Maître, ils avaient les yeux fixés sur lui ; ils le virent s’élever peu à peu vers le ciel, ils ne se lassaient point de le regarder, saisis d’amour & d’admiration, lorsqu’une nuée brillante le déroba à leurs yeux.
Les vestiges des pieds sacrés du Sauveur demeurèrent gravés sur l’endroit du roc où il était lorsqu’il s’éleva dans le ciel : saint Jérôme, qui passa une grande partie de sa vie dans la Palestine, l’assure positivement : Sulpice Sévére, saint Paulin de Nôle, saint Augustin, le vénérable Bède rendent le même témoignage. Saint Jérôme ajoute que dans l’église magnifique que sainte Hélène fit bâtir sur le Mont des Oliviers on ne put recouvrir de marbre cette place sainte, ni fermer la voûte à l’endroit qui y répondait. L’église a été détruite par les sarrasins. Saint François de Sales, dans son excellent traité de l’amour de Dieu, fait mention d’un gentilhomme qui expira sur cette sainte montagne, dans l’endroit même où le Sauveur monta au ciel : l’amour divin qui embrasait son cœur opéra ce prodige.

D. Que firent les Apôtres après l’Ascension de Jésus-Christ dans le ciel ?
R. Les Apôtres retournèrent dans le cénacle, où ils demeurèrent jusqu’au jour de la Pentecôte.
Explication. Les Apôtres & les autres disciples, les yeux fixés au ciel, demeurèrent immobiles, regardant avec admiration le lieu où le Sauveur avait disparu à leurs yeux, lorsque deux anges, sous une figure humaine, leur apparurent & leur dirent : Hommes de Galilée, que faites-vous les yeux fixés vers le ciel ? Ce Jésus que vous venez de voir s’élever au ciel en descendra comme vous l’avez vu y monter. Les anges disparurent, & les Apôtres se ressouvenant de l’ordre que leur avait donné Jésus-Christ d’attendre l’Esprit Saint qu’il devait leur envoyer lorsqu’il serait retourné à son Père, revinrent à Jérusalem & s’enfermèrent dans le cénacle jusqu’au jour de la descente du Saint-Esprit.

D. Pour quelles raisons Jésus-Christ est-il monté au ciel ?
R. Pour y prendre possession de la gloire qu’il avait mérité par ses souffrances.
Explication. Jésus-Christ, dit l’Apôtre, ne pouvait monter au ciel que par les souffrances ; le Sauveur l’avait dit lui-même aux disciples auxquels il apparut sur le chemin d’Emmaüs : leçon admirable, qui nous apprend le chemin qui doit nous y conduire nous-mêmes, puisque nous ne pouvons être sauvés qu’autant que nous serons trouvés conformes à Jésus-Christ.

D. Quelle est la seconde raison pour laquelle Jésus-Christ est monté au ciel ?
R. Pour ouvrir la porte du ciel aux hommes qui ne pouvaient y entrer qu’après lui.
Explication. Tous les Justes depuis la création du monde étaient renfermés dans les limbes, en attendant que le premier né de toutes les créatures leur ouvrît le ciel, l’objet de tous leurs désirs. Leur captivité finit enfin par l’Ascension du Sauveur, qui fut accompagné dans son triomphe de tous ceux qui jusqu’alors étaient morts dans la grâce.

D. Quelle est la troisième raison pour laquelle Jésus-Christ est monté au ciel ?
R. Pour envoyer son Esprit-Saint aux Apôtres & à l’Eglise.
Explication. L’Esprit Saint ne pouvait descendre sur les Apôtres tant que le Sauveur demeurait sur la terre : voilà pourquoi, leur disait ce bon Maître, il faut que je retourne vers celui qui m’a envoyé : alors je ferai descendre sur vous l’Esprit Saint, qui vous enseignera toute vérité.

D. Quelle est la quatrième raison pour laquelle Jésus-Christ est monté au ciel ?
R. Pour y être notre médiateur & notre avocat auprès de son Père.
Explication. Le Sauveur assis à la droite de son Père y fait pour nous la fonction de médiateur, d’avocat, d’intercesseur, afin que si quelqu’un pèche, il puisse avoir recours à ce protecteur puissant qui prie sans cesse son Père pour nous. Quel sujet de confiance que les prières d’un Dieu !

D. Quel est l’esprit de l’Eglise en cette fête ?
R. C’est d’honorer le triomphe de Jésus-Christ montant au ciel.

D. Que devons-nous faire pour sanctifier cette fête ?
R. Nous devons nous occuper du ciel & prendre la résolution de travailler pendant toute notre vie à mériter la place que le Sauveur est allé nous y préparer.

D. Que faut-il faire encore jusqu’à la Pentecôte ?
R. Il nous faut demander chaque jour au Sauveur de nous envoyer le Saint-Esprit.

D. Comment ferez-vous cette prière ?
R. Mon divin Sauveur, faites descendre sur moi l’Esprit Saint, & qu’il m’embrase du feu de son amour.

Abbé Meusy, Cathéchisme des Fêtes, Besançon, 1774