Nous offrons des cours de chant gratuits chaque samedi de 16h30 à 17h30 : travail du souffle, pose de voix, vocalises, découverte du chant grégorien et du chant polyphonique.
Votre enfant a entre 8 et 15 ans et souhaite chanter ? Inscrivez-le aux Petits Chantres de Sainte Cécile (filles et garçons). Répétitions le mercredi à 18h30 et le dimanche à 10h30.
Saint-Eugène, le mercredi 16 avril 2025, messe solennelle de 19h. Office de Ténèbres du Jeudi Saint (chanté dans la nuit du mercredi au jeudi) à 21h
La sainte Église débute dans l’Introït par la glorification du saint Nom de Jésus, si outragé aujourd’hui par les hommes infâmes qui le prononcent avec tant de haine, dans l’odieux complot qu’ils ourdissent contre celui auquel il fut imposé, par ordre du ciel, pour annoncer notre salut. Ce Nom béni signifie Sauveur ; nous voici dans les jours où il doit recevoir toute sa signification. Dom Guéranger, l’Année liturgique
A la sainte messe :
Kyrie parisien des féries de pénitence
Prophétie : Isaïe LXII, 11 & LXIII, 1-7 : J’ai regardé autour de moi, et il n’y avait personne pour m’aider ; j’ai cherché, et je n’ai point trouvé de secours
Epître : Isaïe LIII, 1-12 : Et cependant il a été percé de plaies pour nos iniquités ; il a été brisé pour nos crimes. Le châtiment qui devait nous procurer la paix est sur lui, et nous avons été guéris par ses meurtrissures.
Passion selon Luc : Luc XXII, 1 à XXIII, 53 : Et il leur dit : J’ai souhaité avec ardeur de manger cette pâque avec vous, avant de souffrir. – Répons de la Synagogue en polyphonie : Henri de Villiers
Pendant les encensements de l’offertoire : Ecce vidimus eum (Cf. Matthieu, XXVI, 58 – Isaïe LIII, 2-4) – troisième répons du premier nocturne des Ténèbres du Jeudi Saint – polyphonie du Padre Giovanni Baptista Martini, o.f.m. (1704 †1784), maître de chapelle et organiste du couvent franciscain de Bologne
Pendant la communion : Una hora (Matthieu XXVI, 40 – Luc XXII, 46) – second répons du troisième nocturne des Ténèbres du Jeudi Saint – polyphonie du Padre Martini
Saint-Eugène, le mardi 15 avril 2025, grand’messe de 19h.
L’Église lit aujourd’hui, à la Messe, le récit de la Passion selon saint Marc. Dans l’ordre des temps, l’Évangile de saint Marc fut écrit après celui de saint Matthieu : c’est la raison pour laquelle cette Passion vient au second rang. Elle est plus courte que celle de saint Matthieu, dont elle semble le plus souvent l’abrégé ; mais on y trouve certains détails qui sont propres à cet Évangéliste, et attestent les remarques d’un témoin oculaire. On sait que saint Marc était disciple de saint Pierre, et que ce fut sous les yeux du Prince des Apôtres qu’il écrivit son Évangile.
A Rome, la Station est aujourd’hui dans l’Église de Sainte-Prisque, qui fut la maison où habitèrent les deux époux Aquila et Prisca, auxquels saint Paul envoie ses salutations dans son Épître aux Romains. Plus tard, au IIIème siècle, le Pape saint Eutychien y transporta, à cause de la similitude du nom, le corps de sainte Prisque, vierge romaine et martyre. Dom Guéranger, l’Année liturgique
A la sainte messe :
Kyrie parisien des féries de pénitence
Epître : Jérémie XI, 5-10 : Pour moi, j’étais comme un agneau plein de douceur, qu’on porte pour en faire une victime ; et je n’avais point su les entreprises qu’ils avaient formées contre moi en disant : Mettons du bois dans son pain, exterminons-le de la terre des vivants, et que son nom soit effacé de la mémoire des hommes.
Passion selon Marc : Marc XIV, 1 à XV, 46 : Jésus lui répondit : Je le suis ; et vous verrez un jour le Fils de l’homme assis à la droite de la majesté de Dieu, et venant sur les nuées du ciel. – Répons de la Synagogue en polyphonie : Henri de Villiers
Pendant les encensements de l’offertoire : Tristis est anima mea (Matthieu 26, 38 & 45) – second répons du premier nocturne des Ténèbres du Jeudi Saint – polyphonie du Padre Giovanni Baptista Martini, o.f.m. (1704 †1784), maître de chapelle et organiste du couvent franciscain de Bologne
Pendant la communion : Eram quasi agnus innocens (Matthieu, 26, 24 & 23) – premier répons du troisième nocturne des Ténèbres du Jeudi Saint – polyphonie du Padre Martini
Saint-Eugène, le lundi 14 avril 2025, grand’messe de 19h.
Le temps où le Sauveur avait résolu de souffrir approchait ; il se rapprocha donc aussi du lieu où il devait accomplir la mystérieuse économie de sa passion : « Jésus donc, six jours avant la Pâque, vint à Béthanie. » Il se rend d’abord à Béthanie, puis à Jérusalem ; à Jérusalem pour y souffrir, à Béthanie pour que la résurrection de Lazare s’imprimât plus profondément dans la mémoire de tous ; et c’est pour cela que l’Evangéliste ajoute : « Où était mort Lazare, qu’il avait ressuscite. » Bienheureux Alcuin d’York
En nous disant que Marthe servait à table, l’Evangéliste nous fait entendre que ce repas avait lieu dans sa maison. Mais considérez la foi de cette femme ; elle ne charge pas les femmes de service de servir à table, elle veut elle-même remplir cet office. L’Evangéliste nous donne encore une preuve évident la résurrection de Lazare, en ajoutant : « Lazare était un de ceux qui étaient assis à table avec lui. » Saint Théophilacte, évêque
Quant à Marie, elle ne s’occupe point du service ordinaire, elle est tout entière à l’honneur qu’elle veut rendre à son divin Maître, et elle s’approche de lui non comme d’un homme, mais comme d’un Dieu: « Or, Marie prit une livre de parfum de nard pur, d’un grand prix, le répandit sur les pieds de Jésus, et les essuya avec ses cheveux ». Saint Jean Chrysostome, évêque
A la sainte messe :
Kyrie parisien des féries de pénitence
Epître : Isaïe L, 5-10 : J’ai abandonné mon corps à ceux qui me frappaient, et mes joues à ceux qui m’arrachaient le poil de la barbe : je n’ai point détourné mon visage de ceux qui me couvraient d’injures et de crachats.
Evangile : Jean XII, 1-9 : Mais Marie ayant pris une livre d’huile de parfum de vrai nard, qui était de grand prix, elle le répandit sur les pieds de Jésus, et les essuya avec ses cheveux ; et toute la maison fut remplie de l’odeur de ce parfum.
Pendant les encensements de l’offertoire : Ecce vidimus eum (Cf. Matthieu, XXVI, 58) – troisième répons du premier nocturne des Ténèbres du Jeudi Saint – polyphonie du Padre Giovanni Baptista Martini, o.f.m. (1704 †1784), maître de chapelle et organiste du couvent franciscain de Bologne
Pendant la communion : Eram quasi agnus innocens (Matthieu, 26, 24 & 23) – premier répons du troisième nocturne des Ténèbres du Jeudi Saint – polyphonie du Padre Martini
La Semaine Sainte ou Grande Semaine est le sommet de l’année liturgique et nous fait revivre les mystères de notre Rédemption. Nous sommes heureux de vous accueillir à cette occasion pour prier avec nous à l’un ou l’autre de nos offices célébrés dans le rit byzantin et partager avec vous la grande joie de Pâques, vous êtes les bienvenus !
Cette année, les calendriers julien et grégorien voient le décalage maximum possible : cinq semaines !
13 avril – ENTREE DU SEIGNEUR A JERUSALEM
9h : matines avec bénédiction et distribution des rameaux puis liturgie de saint Jean Chrysostome, célébrée par le Père Ihor (matines et messe du dimanche des Rameaux)
14 avril – GRAND & SAINT LUNDI
12h : typiques & vêpres
15 avril – GRAND & SAINT MARDI
12h : typiques & vêpres
16 avril – GRAND & SAINT MERCREDI
12h : typiques & vêpres
18 avril – GRAND & SAINT VENDREDI
11h30 : vêpres de l’ensevelissement du Christ (vêpres du Vendredi Saint), célébrées par le Père Ihor
La coïncidence des calendriers latin et russe, dans les circonstances que nous connaissons en ce moment, ne permet pas qu’un prêtre soit disponible pour venir célébrer avec nous la nuit pascale, ni la plupart des offices de la Grande Semaine.
Tout en le regrettant, nous sommes encouragés à prier avec constance pour que notre petit troupeau retrouve bientôt un pasteur.
Abbé Jean-Pierre Herman
13 avril 2025
Un commentaire
Nous remercions M. l’Abbé Herman, professeur de liturgie, de nous partager cet article.
Introduction
Frontispice du Pontificale Romanum de Jean Burchard, édition de 1511. La consécration du saint Chrême et la bénédiction des autres huiles se fait dans la messe pontificale in Cœna Domini.
Parmi les rituels liturgiques majeurs de l’année, la messe chrismale occupe aujourd’hui une place majeure dans la vie liturgique des diocèses. On la présente comme l’une des manifestations les plus significatives de la plénitude du sacerdoce de l’évêque et du lien intime qui l’unit à ses prêtres[1]. Elle est le moment où l’Église sanctifie les huiles destinées aux sacrements et, dans sa version postconciliaire, où le lien entre le sacerdoce ministériel, le peuple de Dieu et le mystère pascal est publiquement manifesté. Les prêtres y renouvellent solennellement les promesses de leur ordination, et l’évêque y incarne visiblement l’unité du presbyterium.
Toutefois, il convient de rappeler que le terme « messe chrismale » n’est apparu qu’avec la réforme de 1955. Jusqu’alors, la liturgie romaine ne comportait qu’une seule célébration le Jeudi saint : la messe in Cœna Domini, au cours de laquelle l’évêque procédait à la bénédiction des huiles. Les sources anciennes, comme le Sacramentaire Gélasien[2], présentent plusieurs formulaires liturgiques liés à ce jour, mais, comme l’a démontré Hermann Schmidt, il ne s’agissait pas de messes distinctes, mais d’un seul ensemble rituel[3]. Le Sacramentaire Grégorien[4], un siècle plus tard, ne propose qu’un seul formulaire pour la bénédiction des huiles[5]. L’Ordo romanus I confirme cette tradition d’un rite unique[6] qui se maintiendra avec des enrichissements symboliques notables, admirablement décrits par Durand de Mende dans son Rational ou Manuel des Divins Offices[7] et reprise dans le pontifical romain de 1595[8], jusqu’à la réforme du XXe siècle.
L’intention de Pie XII, dans la réforme de 1955 (Maxima Redemptionis nostræ mysteria[9]), était de faire de cette messe une catéchèse sacramentelle. En isolant la bénédiction des huiles du cadre de la messe du soir, le pape voulait souligner que toute grâce sacramentelle découle du Sacrifice du Christ. Toutefois, cette réforme, bien que respectueuse de la structure canonique traditionnelle, a ouvert la voie à des évolutions plus radicales. Avec la réforme postconciliaire, la messe chrismale est devenue une célébration ecclésiologique, centrée non plus sur la grâce sacramentelle, mais sur la communion entre l’évêque, ses prêtres et le peuple.
Le rite traditionnel : une articulation eucharistique forte
Pontificale Romanum de Jean Burchard, édition de 1497 : la préface consécratoire du saint Chrème dans la forme traditionnelle héritée de saint Grégoire le Grand. Elle a lieu dans la messe de la Cène de l’évêque le Jeudi Saint.
Dans le rite traditionnel, tel qu’il a été codifié au sein du Pontificale Romanum de 1595, la bénédiction des saintes huiles ne constitue pas une célébration indépendante, mais s’inscrit avec solennité au cœur de la messe in Cœna Domini. Loin d’être un ajout marginal, elle est profondément intégrée à l’offrande eucharistique. Cette insertion manifeste une vérité liturgique et théologique fondamentale : toute sanctification dans l’Église, y compris celle des instruments sacramentels, découle directement du sacrifice du Christ rendu présent à l’autel.
Les trois bénédictions – de l’huile des catéchumènes, de l’huile des infirmes et du saint chrême – s’articulent autour du Canon romain. Cette structuration n’est pas arbitraire : elle exprime que le mystère de la Croix et de l’Eucharistie est la source unique de toute grâce. En bénissant les huiles dans le cadre du sacrifice eucharistique, l’Église confesse que le Christ, prêtre et victime, communique sa vie divine à travers les sacrements que ces huiles servent à conférer.
Le rite lui-même est d’une richesse symbolique remarquable. Il comprend :
le souffle du ministre sur les huiles, évoquant l’action vivifiante de l’Esprit Saint à la création et à la résurrection ;
les onctions dans le vase du chrême, marquant l’intimité du lien entre l’huile et la grâce sanctifiante ;
l’encensement des vases sacrés, qui signifie la montée de la prière et la consécration de ce qui est destiné à Dieu ;
le chant solennel du O Redemptor, hymne théologique et contemplative qui magnifie l’œuvre rédemptrice du Christ dans les sacrements ;
et la triple acclamation Fiat, reprise par le clergé, signe liturgique d’un assentiment communautaire à l’invocation du Paraclet.
L’épiclèse qui précède la consécration du saint chrême – Emitte, quaesumus, Domine, Spiritum Sanctum Paraclitum – établit un lien explicite avec la Pentecôte : l’huile chrismale est sanctifiée par l’Esprit, comme les Apôtres le furent dans le Cénacle. Ce lien montre que le ministère sacramentel de l’Église continue l’œuvre du Christ dans la puissance de l’Esprit Saint, à travers le sacrifice eucharistique. La liturgie ancienne conserve ainsi une cohérence mystagogique profonde, enracinée dans la théologie du mystère pascal.
La réforme de 1955 : un tournant catéchétique
Pontificale Romanum de Clément VIII – édition parisienne de 1683. La consécration des saintes huiles se fait au cours de la Messe de la Cène, au cœur du mystère de la Rédemption, qui célèbre l’institution de la divine Eucharistie, de laquelle découle tous les autres sacrements du salut. Il n’existe pas de messe chrismale.
La réforme liturgique promulguée par Pie XII en 1955 introduit une modification significative de la tradition : elle détache la bénédiction des huiles de la messe in Coena Domini et institue une messe distincte, dite messe chrismale, célébrée le matin du Jeudi saint. Cette nouveauté rompt avec l’antique coutume romaine où l’unité du sacrifice eucharistique et de la consécration des huiles témoignait de manière symbolique que les sacrements tirent leur efficacité du mystère de la Croix.
Toutefois, malgré cette autonomie nouvelle de la messe chrismale, la structure interne de la célébration demeure proche du modèle tridentin : les bénédictions des huiles continuent d’être insérées à la fin du Canon romain et après la communion. Ce maintien partiel de la structure vise à préserver la signification sacramentelle des gestes, tout en les rendant plus intelligibles à l’assemblée des fidèles, désormais davantage impliquée dans la vie liturgique.
La finalité de cette réforme n’est plus d’abord de manifester la dépendance des sacrements à l’Eucharistie, mais de mettre en lumière la diversité et la beauté de la vie sacramentelle de l’Église, dans une visée plus pédagogique que mystagogique. Il s’agit de faire apparaître clairement, dans une optique pastorale, le lien entre les huiles et les différents sacrements qu’elles servent à conférer : baptême, confirmation, ordination, onction des malades.
Néanmoins, cette réforme entraîne une simplification notable des rites :
les gestes riches et symboliques sont en grande partie réduits ou modifiés ;
les oraisons traditionnelles, longues, typiquement théologiques et souvent denses, cèdent la place à des textes plus brefs, au vocabulaire plus accessible, mais parfois moins évocateur ;
l’ensemble de la liturgie gagne en clarté, mais perd la densité mystique qui caractérisait le Pontifical tridentin.
Tableau comparatif synthétique
Élément
Pontifical tridentin
Réforme de 1955
Structure
Insertion dans la messe du Jeudi saint
Messe autonome le matin du Jeudi saint
Position des bénédictions
Fin du Canon et après la communion
Idem : fin du Canon et post Communion
Gestes liturgiques
Nombreux, riches de symboles, hérités du Moyen Âge
Réduction importante des gestes et formules
Oraisons
Théologiques, longues, profondément mystagogiques
Brèves, plus accessibles, à visée catéchétique
Finalité principale
Montrer que le sacrifice est source de toute grâce
Souligner la diversité des sacrements et leur unité dans l’Église
La réforme postconciliaire : une célébration ecclésiologique recentrée sur le ministère
La réforme liturgique promulguée en 1969, dans le sillage du Concile Vatican II, apporte une transformation profonde de la messe chrismale, tant dans sa structure que dans sa théologie. L’intention pastorale qui la sous-tend est claire : faire de cette célébration une manifestation visible de l’unité du presbyterium autour de l’évêque, en insistant davantage sur la dimension communautaire et ministérielle du sacerdoce. Mais ce recentrage entraîne un glissement théologique significatif : la messe chrismale cesse d’être une théophanie eucharistique de la grâce sacramentelle, pour devenir avant tout une mise en scène ecclésiologique du ministère.
La messe chrismale est désormais conçue comme une célébration autonome, pouvant être anticipée à un autre jour de la Semaine sainte, ce qui rompt avec l’antique intégration liturgique au Jeudi saint, jour du mystère sacerdotal par excellence. Les bénédictions des huiles, la plupart du temps, ne sont plus insérées dans le Canon de la messe, ni situées après la communion, possibilité toujours offerte par les rubriques, mais déplacées à un moment distinct, après l’homélie, sous la forme d’un « rite des huiles » détaché de la prière eucharistique. Cette modification n’est pas simplement fonctionnelle, elle fait courir le danger de dissocier les sacrements de l’autel qui en est pourtant la source ontologique.
Une innovation majeure s’ajoute à cette restructuration : le renouvellement solennel des promesses sacerdotales par les prêtres. Cet élément, totalement absent de la tradition liturgique antérieure, constitue une nouveauté radicale introduite sans précédent historique ni enracinement rituel. Son insertion dans la liturgie s’inscrit dans une perspective postconciliaire de valorisation du ministère presbytéral, perçu comme participation collégiale à la mission de l’évêque.
Bien que ce geste ne soit pas le cœur de la célébration, il en devient un moment fort, souvent mis en valeur dans la pratique pastorale contemporaine. Il marque un basculement : la liturgie ne célèbre plus uniquement l’action du Christ dans ses sacrements, mais aussi l’engagement subjectif des ministres eux-mêmes.
Ce recentrage a des conséquences visibles dans le déroulement du rite. La liturgie de la parole est enrichie de textes à portée catéchétique, soulignant la mission prophétique, sacerdotale et royale du peuple de Dieu, tandis que les bénédictions des huiles, bien que conservant des structures anciennes, sont simplifiées dans leur mise en œuvre. Le souffle, les onctions dans les vases, les acclamations comme le Fiat, le chant du O Redemptor : tous ces gestes sont soit abrégés, soit rendus facultatifs, soit tout simplement omis. La densité symbolique et théologique du rite s’en trouve appauvrie.
En somme, la réforme postconciliaire déplace le centre de gravité de la messe chrismale : de l’union sacramentelle des huiles au sacrifice eucharistique, on passe à une célébration de l’Église ministérielle et de la communion presbytérale. L’attention ne se porte plus d’abord sur l’origine du sacrement – le Christ prêtre offrant son sacrifice – mais sur la structure humaine de l’Église et la vie pastorale de ses ministres. La messe chrismale devient alors le miroir d’une Église qui se contemple elle-même, plutôt que d’une Église qui reçoit tout de son Seigneur par l’autel.
Tableau comparatif tripartite
Élément
Rite traditionnel
Réforme de 1955
Réforme post-Vatican II
Position des bénédictions
Canon ou après communion
Canon et post communion
Avant la prière universelle
Consécration du chrême
Souffles, Fiat, chant, épiclèse
Épiclèse abrégée
Geste fonctionnel, symbolisme atténué
Oraison catéchumènes
Exorcistique, claire
Atténuée
Disparition du combat spirituel
Oraison malades
Pardon, Esprit consolateur
Sobre
Ton psychologique
Oraison chrême
Christologie dense
Conserve le ton christique
Accent sur le peuple sacerdotal
Finalité liturgique
Grâce sacramentelle
Catéchèse sacramentelle
Communion ecclésiale
Une surcharge rituelle étrangère à la tradition
Au-delà de ces modifications proprement liturgiques, la messe chrismale est devenue un condensé de l’ecclésiologie conciliaire : fête du peuple de Dieu, expression de la communion entre l’évêque et ses prêtres, renouveau des ministères, et, dans certains diocèses, même renouvellement des promesses diaconales.
Mgr Léon Gromier, chanoine de la basilique Saint-Pierre de Rome
Parmi les voix critiques les plus éclairées concernant cette mutation, celle de Mgr Léon Gromier mérite une attention particulière. Cérémoniaire pontifical et grand connaisseur des rites romains, Mgr Gromier dénonça avec fermeté la réforme de la Semaine sainte de 1955, qu’il qualifia de « subversion de la tradition romaine sous prétexte de restauration »[10].
Concernant la messe chrismale, il pointait une double contradiction : d’une part, la dislocation du lien entre le sacrifice eucharistique et la consécration des huiles, et d’autre part, l’introduction de structures nouvelles sans fondement traditionnel. Il critiquait notamment l’idée d’une messe distincte pour la bénédiction des huiles, affirmant que « jamais dans la tradition romaine, on n’a séparé la chrismation du cœur même du Sacrifice de la messe »[11]. Pour lui, toute tentative de faire de cette messe un événement ecclésial autonome risquait de transformer un acte de sanctification sacramentelle en une manifestation institutionnelle, perdant ainsi le sens profond du rite.
Annibale Bugnini, artisan de la réforme liturgique
Annibale Bugnini justifie cette transformation :
L’idée de faire de la messe chrismale une ‘fête sacerdotale’ fut une intuition du pape… Un élément nouveau et séduisant vint s’y ajouter en 1965 : la concélébration eucharistique…[12]
Dans cette optique, la messe chrismale fut repensée comme une célébration collective du ministère ordonné. Selon Bugnini, la liturgie devait devenir l’image vivante du mystère de l’Église et rendre visible la communion du presbyterium autour de l’évêque. Ainsi, les éléments strictement sacramentels furent peu à peu entourés de symboles nouveaux, principalement orientés vers la mise en valeur de l’unité ecclésiale et de l’identité du clergé diocésain.
Ce changement s’est accompagné d’une véritable surcharge rituelle et symbolique. Les bénédictions des huiles sont insérées dans un développement liturgique complexe, incluant désormais : le renouvellement des promesses sacerdotales, les éventuels engagements des diacres, des processions avec les huiles, des acclamations chantées par l’assemblée, des présentations en style narratif des ministères dans le diocèse, et des gestes d’hommage collectif à l’évêque. Loin de constituer un enrichissement homogène, cette accumulation de signes crée une concurrence symbolique, dans laquelle le mystère sacramentel est souvent éclipsé par la célébration de l’ecclésiologie conciliaire.
Bugnini lui-même en décrit la réception contrastée :
Les liturgistes les plus sévères accueillirent le fait avec mauvaise volonté. Ils se résignaient à contrecœur à dire adieu à la liturgie, vieille de plusieurs siècles, qui brodait la Missa chrismatis autour de la consécration des huiles.[13]
L’introduction du renouvellement des promesses sacerdotales, rite, nous le rappelons, totalement inédit dans la tradition romaine, renforça cette orientation communautaire et affective.
Bugnini affirme :
Le renouvellement des engagements sacerdotaux en ce jour particulier est un geste fort, attendu, presque nécessaire, pour réaffirmer publiquement le lien entre le prêtre et son évêque, et la fidélité à leur mission.[14]
Dans plusieurs diocèses, cette pratique est étendue aux diacres, qui renouvellent eux aussi leurs engagements liturgiques. Ce développement, non prévu par les rubriques, brouille la hiérarchie des ordres et tend à transformer un rite sacerdotal en simple fête de la communauté chrétienne locale. Le sens sacramentel se trouve ainsi enfoui sous une avalanche de gestes et de discours pastoraux.
À cela s’ajoute le contenu des homélies épiscopales, souvent éloignées de toute explication doctrinale sur les sacrements et leur efficacité. Beaucoup d’évêques choisissent d’orienter leur prédication vers des bilans pastoraux, des appels à l’unité diocésaine ou des exhortations communautaires, reléguant ainsi la dimension sacramentelle à l’arrière-plan. La messe chrismale devient alors un exercice de communication ecclésiale, parfois politique, au détriment de la mystagogie et de la catéchèse liturgique.
Cette surcharge nuit gravement à la lisibilité sacramentelle du rite. Ce qui devait être une catéchèse sacramentelle, selon l’intention de Pie XII, devient une célébration institutionnelle et identitaire. Le rite, au lieu de manifester la dépendance des sacrements envers le sacrifice du Christ, tend à exprimer avant tout une auto-célébration de l’Église locale et de ses ministres. La parole liturgique se fragmente en discours multiples, souvent anecdotiques ou circonstanciels, perdant de vue l’unité profonde de l’action sacrée centrée sur le Christ et sa Croix.
Bugnini insiste lui-même sur ce tournant :
Il valait la peine de sacrifier une préférence traditionnelle […] afin de mettre en lumière la communion visible du presbyterium autour de son évêque, dans une liturgie pleinement adaptée aux temps nouveaux.[15]
Cette déclaration résume la logique de la réforme : abandonner la symbolique sacramentelle héritée de siècles de tradition pour faire place à une nouvelle rhétorique liturgique, fondée non plus sur le mystère, mais sur la visibilité ecclésiale du rite : au lieu d’une pédagogie de la grâce, on assiste à une emphase sur la communion affective, parfois au détriment de la doctrine. La parole liturgique se fragmente en discours multiples, souvent anecdotiques ou circonstanciels, perdant de vue l’unité profonde de l’action sacrée centrée sur le Christ et sa Croix.
L’urgence de retrouver la source
Le pape saint Alexandre consacre le saint Chrême. Miniature vers 1300-1310 in Abrégé des histoires divines. Selon la tradition médiévale rappelée par ce manuscrit, le pape saint Alexandre, cinquième successeur de saint Pierre de 105 à 115, aurait institué le rit de la consécration des saintes Huiles le Jeudi Saint.
Le glissement de la messe chrismale, d’une épiphanie sacramentelle centrée sur le sacrifice du Christ vers une célébration communautaire à fonction identitaire, reflète une évolution profonde de la théologie liturgique contemporaine. Ce déplacement n’est pas purement formel, mais touche au cœur même de la liturgie : sa finalité, son langage, et sa structure théologique.
Alors que Pie XII, dans une volonté claire de réforme pédagogique, souhaitait offrir aux fidèles une liturgie profondément eucharistique et catéchétique, les réformes postconciliaires ont progressivement substitué à cette logique une conception horizontale de la liturgie. Celle-ci se présente désormais comme une manifestation de la communion ecclésiale, centrée sur l’évêque et son presbyterium, au détriment de la catéchèse des sacrements.
Josef Ratzinger — futur Benoît XVI — notait avec justesse :
Ce qui était autrefois tourné vers Dieu s’est peu à peu replié sur la communauté. L’autocélébration de la communauté a remplacé l’acte d’adoration.[16]
Ce repli s’exprime particulièrement dans la messe chrismale moderne, où la prédication épiscopale ne porte plus sur la nature et la puissance des sacrements, mais sur des préoccupations pastorales, des bilans diocésains ou des appels à la synodalité. L’évêque devient moins le ministre sacramentel du Christ que l’animateur visible d’une communauté en chemin.
Le liturgiste Mgr Klaus Gamber, dans ses écrits prophétiques, dénonçait déjà cette évolution :
Au lieu de s’interroger sur le développement organique de la liturgie, on a introduit de nouveaux rites nés dans les bureaux, coupés de toute tradition vivante, orientés davantage vers une idéologie que vers la foi.[17]
Ainsi, ce que Pie XII avait conçu comme une liturgie catéchétique, centrée sur la grâce sacramentelle dérivant de l’unique sacrifice du Christ, a été peu à peu transformé en manifestation symbolique d’une communion ecclésiale conçue avant tout comme visible, participative et ministérielle. L’effacement progressif du lien entre Eucharistie et sacrements, la dilution du langage théologique dans les oraisons, et l’inflation des gestes symboliques fondés sur une ecclésiologie horizontale ont vidé le rite de sa densité mystagogique.
Il est temps de redonner à la messe chrismale sa portée originelle : celle d’un acte sacramentel inséré dans le sacrifice du Christ, source de toute onction et de toute sanctification. Le rite traditionnel en offre une expression sobre, majestueuse, doctrinalement rigoureuse et spirituellement féconde. Le restaurer, ce n’est pas revenir en arrière : c’est rétablir un lien vital entre les sacrements et leur source eucharistique, entre l’action liturgique et la rédemption du monde.
Servir la vérité liturgique, c’est honorer le mystère pascal du Christ, célébré dans son Église avec fidélité, sobriété et foi.
Bibliographie
1. Sources liturgiques et historiques
G DURAND, Rationale divinorum officiorum, éd. A. Davril & T. Thibodeau, Turnhout, Brepols, 1995.
Pontificale Romanum (éd. 1595-1596), rééd. Libreria Editrice Vaticana.
Sacramentaire Gélasien, éd. H. Wilson, The Gelasian Sacramentary, Oxford, 1894.
Sacramentaire Grégorien, éd. Dag Norberg, Paris, CNRS, 1985.
Ordo Romanus I, éd. M. Andrieu, Les ordines romani du haut Moyen Âge, vol. III, Louvain, 1951.
2. Études historiques et critiques
H. SCHMIDT, Die Formularien der Chrisammesse in den alten römischen Sacramentarien , Ephemerides Liturgicae, t. 71, 1957, p. 733-736.
L. GROMIER, Commentaires sur la réforme de la Semaine Sainte, in : Ephemerides Liturgicae (divers articles, années 1951-1962).Ephemerides Liturgicae (divers articles, années 1951-1962).
A. BUGNINI, La réforme de la liturgie 1948-1975, trad. fr. P.-M. Gy, Cerf, 1998.
K. GAMBER, La Réforme liturgique en question, trad. fr., DMM, 1992.
J.-F. Thomas, La liturgie : art sacré, théologie et vie mystique, Via Romana, 2017.
3. Théologie liturgique et mystagogie
J. LECLERCQ, La Semaine Sainte dans la liturgie romaine, Solesmes, 1951.
L. BOUYER, Le Mystère pascal, Cerf, 1945.
P. GUERANGER, L’Année liturgique. Le Temps de la Passion et la Semaine Sainte, Solesmes.
J. RATZINGER (Benoît XVI), L’esprit de la liturgie, trad. fr., Ad Solem, 2001.
J. HANI, Le symbolisme du culte chrétien, L’Âge d’Homme, 1995.
Institutio Generalis Missalis Romani, citée par G. TORNAMBE, « Évolution des rites de la Missa chrismatis« , Revue des sciences religieuses, 90/1 (2016), p. 81–103.↵
M. ANDRIEU, Les Ordines Romani du Moyen-Age, I-V, Spicilegium Sacrum Lovaniense 11, 23, 24, 28, 29 ), Louvain, 1931-1961.↵
Rational ou Manuel des Divins Offices de Guillaume Durand, évêque de Mende au treizième siècle, ou, Raisons mystiques et historiques de la liturgie catholique, 4 vol. , Nabu Press, 2010↵
« Le dimanche des Rameaux est la porte d’entrée monumentale qui nous introduit dans les saints mystères de Pâques. » (Dom Pius Parsch).
Le diable fut donc trompé par sa propre malignité ; il fit souffrir au Fils de Dieu un supplice qui est devenu le remède de tous les enfants des hommes. Il répandit le sang innocent qui devait être le prix de la réconciliation du monde, et notre breuvage. Le Seigneur souffrit le genre de mort qu’il avait librement choisi, conformément à ses desseins. Il permit à des hommes furieux de porter sur lui leurs mains impies, et, en accomplissant un crime énorme, elles ont servi à l’exécution des desseins du Rédempteur. La tendresse de son amour était si grande, même envers ses meurtriers, que, suppliant son Père du haut de la croix, il lui demanda non pas de le venger, mais de leur pardonner.
Homélie de saint Léon, pape, VIème leçon des vigiles nocturnes de ce dimanche, au second nocturne.
A la sainte messe :
Asperges me
Antienne d’entrée : Hosanna Filio David
Répons graduel : In monte Oliveti – Polyphonie du Padre Giovanni Baptista Martini, o.f.m. (1704 †1784), maître de chapelle et organiste du couvent franciscain de Bologne
Sanctus XVIII
Pendant la distribution des rameaux :
antiennes Pueri Hebræorum en plain-chant grégorien puis en polyphonie par José Maurício Nunes Garcia (1767 † 1830), prêtre et maître de chapelle de la cathédrale de Rio de Janeiro
Jérusalem acclame – chant de triomphe – Joseph Noyon (1888 † 1962), maître de chapelle de Saint-Honoré-d’Eylau – orchestration Nicolas Vardon
Lauda Jerusalem du Chanoine Noël Darros († 1954), maître de chapelle de Lourdes – versets du psaume 147, psalmodie du Vème ton de l’Oratoire – orchestration Nicolas Vardon
Procession des Rameaux : Antiennes processionnelles du Missel romain en faux-bourdon de la Chapelle Impériale de Russie : Cum appropinquáret – Cum audísset pópulus – Ante sex dies – Occurrunt turbæ – Cum Angelis – Turba multa
Station devant les portes : Hymne de Théodulphe, évêque d’Orléans (IXème siècle) : Gloria laus
Pendant les encensements de l’offertoire : Vexilla Regis prodeunt – hymne du temps de la Passion, composée par saint Venance Fortunat lors de la susception à Poitiers des reliques de la vraie Croix par la reine de France sainte Radegonde, le 19 novembre 569 – cette hymne est celle de l’office des vêpres pendant le temps de la Passion – mise en polyphonie d’Anthoine de Bertrand (1530 † 1581) et, pour la strophe O Crux ave spes unica, d’Antoine Brumel (c. 1460 † c. 1513), chantre de Chartres, maître de la psallette des cathédrales de Genève & de Paris & du duc de Ferrare
Le dimanche des Rameaux – ou l’Entrée du Seigneur à Jérusalem, selon la terminologie des livres liturgiques byzantins – est une fête du Seigneur, l’une des 12 grandes fêtes de l’année liturgique byzantine. Sa célébration supprime donc l’office habituel du dimanche dans l’Octoèque. En raison du caractère festif de ce jour, c’est l’un des très rares jours où l’usage du poisson est autorisé au cours du grand Carême byzantin.
La bénédiction des rameaux se fait après l’évangile de matines et la distribution de ceux-ci pendant les stichères du psaume 50 et le canon de la fête.
Evangile de matines De la fête : Matthieu (§ 83), XXI, 1-11, 15-17. Une grande multitude de peuple étendit aussi ses vêtements le long du chemin ; les autres coupaient des branches d’arbres, et les jetaient par où il passait.
[Aux heures
A tierce & à sexte : 1er tropaire de la fête. Gloire au Père. 2nd tropaire de la fête. Et maintenant. Theotokion de l’heure. Kondakion : de la fête.]
A LA DIVINE LITURGIE DE SAINT JEAN CHRYSOSTOME
Première antienne, Psaume 114, ton 2
J’ai aimé, car le Seigneur entend la voix de ma prière. ℟. Par les prières de la Mère de Dieu, Sauveur, sauve-nous.
Car il a incliné vers moi son oreille, et je l’invoquerai tous les jours de ma vie.
Les douleurs de la mort m’ont environné et les périls de l’enfer sont venus sur moi.
J’ai trouvé la tribulation et la douleur et j’ai invoqué le Nom du Seigneur.
Gloire au Père et au Fils et au Saint-Esprit. Et maintenant et toujours et dans les siècles des siècles. Amen.
Seconde antienne, Psaume 115, ton 2
J’ai cru, c’est pourquoi j’ai parlé ; et je me suis profondément humilié. ℟. Sauve-nous, ô Fils de Dieu, qui trônes sur un ânon, nous qui te chantons : Alléluia !
Que rendrai-je au Seigneur pour tout ce qu’il m’a donné ?
Je prendrai le calice du salut et j’invoquerai le Nom du Seigneur.
J’acquitterai mes vœux au Seigneur, devant tout son peuple.
Gloire au Père et au Fils et au Saint-Esprit. Et maintenant et toujours et dans les siècles des siècles. Amen.
Troisième antienne, Psaume 117, ton 1
Confessez le Seigneur car il est bon, car éternelle est sa miséricorde. Tropaire, ton 1 : Avant ta Passion * tu t’es fait le garant de notre commune résurrection, * en ressuscitant Lazare d’entre les morts, ô Christ Dieu. * C’est pourquoi nous aussi comme les enfants portant les symboles de la victoire, * nous te chantons, à toi le vainqueur de la mort : * « Hosanna au plus haut des cieux, ** béni soit celui qui vient au nom du Seigneur. »
Que la maison d’Israël le dise : il est bon, car éternelle est sa miséricorde.
Que la maison d’Aaron le dise : il est bon, car éternelle est sa miséricorde.
Que tous ceux qui craignent le Seigneur le disent : il est bon, car éternelle est sa miséricorde.
A la petite entrée :
1. Isodikon de la fête : Béni soit celui qui vient au nom du Seigneur ! * Soyez béni de la maison du Seigneur, le Seigneur est Dieu, et il nous est apparu.
2. Tropaire de la fête, ton 1 : Avant ta Passion * tu t’es fait le garant de notre commune résurrection, * en ressuscitant Lazare d’entre les morts, ô Christ Dieu. * C’est pourquoi nous aussi comme les enfants portant les symboles de la victoire, * nous te chantons, à toi le vainqueur de la mort : * « Hosanna au plus haut des cieux, ** béni soit celui qui vient au nom du Seigneur. »
3. Gloire au Père, & au Fils, & au Saint-Esprit.
4. Autre tropaire de la fête, ton 4 : Ensevelis avec toi par le baptême, ô Christ notre Dieu, * nous avons été rendus dignes de la vie immortelle par ta résurrection * et nous te clamons cette louange : * « Hosanna au plus haut des cieux, ** béni soit Celui qui vient au nom du Seigneur ».
5. Et maintenant, & toujours, & dans les siècles des siècles. Amen.
6. Kondakion de la fête, ton 6 : Porté sur un trône dans le ciel et par un ânon sur la terre, ô Christ Dieu, * tu as reçu la louange des anges * et le chant des enfants qui Te clament : ** Béni sois-tu, Toi qui viens rappeler Adam.
Prokimen De la fête, ton 4 : ℟. Béni soit celui qui vient au nom du Seigneur ! * Le Seigneur est Dieu & il nous est apparu. (Psaume 117, 26-27). ℣. Rendez grâce au Seigneur, car il est bon, car éternel est son amour. (Psaume 117, 1).
Epître De la fête :Philippiens (§ 247) IV, 4-9. Réjouissez-vous dans le Seigneur, je vous le répète, réjouissez-vous dans le Seigneur.
Alleluia De la fête, ton 1 : ℣. Chantez au Seigneur un cantique nouveau, car le Seigneur a fait des merveilles. (Psaume 97, 1) ℣. Toutes les extrémités de la terre ont vu le salut de notre Dieu. (Psaume 97, 3)
Evangile De la fête :Jean (§ 41), XII, 1-18. Une grande multitude de Juifs ayant su qu’il était là, y vinrent, non-seulement pour Jésus, mais aussi pour voir Lazare, qu’il avait ressuscité d’entre les morts.
Mégalinaire à la Mère de Dieu durant l’anaphore :
Le Seigneur est Dieu et il nous est apparu. Convoquez une fête et venez vous réjouir, faisons au Christ un triomphe de nos palmes, de nos branches et de nos chants, l’acclamant : « Béni soit Celui qui vient au Nom du Seigneur, notre Sauveur ! »
Verset de communion De la fête : Béni soit celui qui vient au nom du Seigneur ! Le Seigneur est Dieu & il nous est apparu. (Psaume 117, 26-27) Alleluia, alleluia, alleluia.
Saint-Eugène, le samedi 5 avril 2025, conférence de S.E. le cardinal Müller à 20h à l’occasion du 1700ème anniversaire du Concile de Nicée ; le dimanche 6 avril 2025, messe pontificale de S.E. le cardinal Müller de 11h. Secondes vêpres & salut du Très-Saint Sacrement à 17h45.
Avec les premières vêpres de ce dimanche, nous entrons dans le temps de la Passion. La première partie du Carême avait jusqu’alors été surtout consacrée à notre ascèse personnelle, à la contrition de nos péchés. Désormais, le rit romain nous fait méditer sur la Passion & sur la Croix de notre Seigneur. Ce deuil où nous pleurons l’Epoux divin est marqué par un symbole très fort : dès avant les premières vêpres de ce dimanche, les saintes images et les croix sont désormais voilées de violet, en signe de deuil. Les derniers chants joyeux de la messe cessent de se faire entendre : le Gloria Patri disparaît à l’Introït, au Lavabo et dans les répons de l’Office divin. De même, le psaume 42 des prières au bas de l’autel n’est plus récité jusqu’à Pâques. Dans les leçons des vigiles nocturnes, on quitte la lecture des livres de Moïse pour prendre celle du prophète Jérémie, l’une des plus importantes figures du Messie souffrant. L’admirable texte du chapitre IX de l’épître aux Hébreux qui est lu à la messe de ce dimanche est commun au rits romain & byzantin : il s’agit d’une parfaite préface au temps de la Passion.
A Rome, la station se fait en la basilique Saint-Pierre : l’importance de ce dimanche, qui ne cède la place à aucune fête, quelque solennelle qu’elle soit, demandait que la réunion des fidèles eût lieu dans l’un des plus augustes sanctuaires de la ville sainte.
Nous n’ignorons pas, mes bien-aimés, que le mystère pascal occupe le premier rang parmi toutes les solennités chrétiennes. Notre manière de vivre durant l’année tout entière doit, il est vrai, par la réforme de nos mœurs, nous disposer à le célébrer d’une manière digne et convenable ; mais les jours présents exigent au plus haut degré notre dévotion, car nous savons qu’ils sont proches de celui où nous célébrons le mystère très sublime de la divine miséricorde. C’est avec raison et par l’inspiration de l’Esprit-Saint, que les saints Apôtres ont ordonné pour ces jours des jeûnes plus austères, afin que par une participation commune à la croix du Christ, nous fassions, nous aussi, quelque chose qui nous unisse à ce qu’il a fait pour nous. Comme le dit l’Apôtre : « Si nous souffrons avec lui, nous serons glorifiés avec lui. » Là où il y a participation à la passion du Seigneur, on peut regarder comme certaine et assurée l’attente du bonheur qu’il a promis. » Homélie de saint Léon, pape, IVème leçon des vigiles nocturnes de ce dimanche, au second nocturne.
Conférence de Carême de Son Eminence le cardinal Müller – samedi 5 avril à 20h dans Saint-Eugène
Pendant l’habillement du pontife : Pange lingua – hymne composée par saint Venance Fortunat lors de la susception à Poitiers des reliques de la vraie Croix par la reine de France sainte Radegonde, le 19 novembre 569 – cette hymne est celle de l’office des matines pendant le temps de la Passion, elle est aussi chantée le Vendredi Saint pendant l’adoration de la Croix – plain-chant grégorien et polyphonie d’Henri de Villiers
Introït Judica me – plain-chant grégorien puis reprise en polyphonie de Leonardo Ortensio Salvatore de Leo (1694 † 1744), maître de chapelle de la cour des Deux-Siciles à Naples, composé pour la Chapelle Royale de Naples pour le Carême 1744
Kyrie de la Missa Ad Majorem Dei Gloriam (1699) d’André Campra (1660 † 1744), maître de chapelle de Notre-Dame de Paris et de Louis XV à Versailles
Epître : Hébreux IX, 11-14 : Il y est entré, non avec le sang des boucs et des veaux, mais avec son propre sang, nous ayant acquis une rédemption éternelle.
Trait : Faux-bourdon du VIIIème ton à l’usage de l’Eglise de Paris (édition de 1739)
Evangile : Jean VIII, 46-59 : En vérité, en vérité je vous le dis : si quelqu’un garde ma parole, il ne mourra jamais.
Après l’évangile : Dicebat Jesus turbis Judæorum – motet sur le texte de l’évangile du jour (Jean VIII, 5) – Diego de Las Muelas (1698 † 1743), maître de chapelle de la cathédrale d’Astorga, puis de celle de saint Jacques de Compostelle puis du Monastère royal de l’Incarnation de Madrid
Pendant les encensements de l’offertoire : Vexilla Regis prodeunt – hymne du temps de la Passion, composée par saint Venance Fortu-nat lors de la susception à Poitiers des reliques de la vraie Croix par la reine de France Sainte Radegonde, le 19 novembre 569 – cette hymne est celle de l’office des vêpres pendant le temps de la Passion – mise en polyphonie d’Anthoine de Bertrand (1530 † 1581) et, pour la strophe O Crux ave spes unica, d’Antoine Brumel (c. 1460 † c. 1513), chantre de Chartres, maître de la psallette des cathédrales de Genève & de Paris & du duc de Ferrare
Sanctus de la Missa Ad Majorem Dei Gloriam d’André Campra
A l’élévation : Benedictus de la Missa Ad Majorem Dei Gloriam d’André Campra
Agnus Dei de la Missa Ad Majorem Dei Gloriam d’André Campra
Pendant la communion : Stabat Mater – polyphonie de Claudio Casciolini (1697 † 1760), chantre de Saint-Laurent in Damaso à Rome
Après la messe : Judica me – grand motet de l’Abbé Claude Gaveau (avant 1724 † avant 1752), maître de chapelle de la collégiale Saint-Etienne de Dijon puis de la collégiale Notre-Dame de Beaune
Paroisse catholique russe de la Très-Sainte Trinité, le dimanche 6 avril 2025 du calendrier grégorien – 20 mars 2023 du calendrier julien, tierce & sexte à 8h55, divine liturgie de saint Basile le Grand de 9h15.
Dimanche du ton VIII de l’Octoèque. En ce jour, Vème dimanche de Carême, le rit byzantin fait mémoire de sainte Marie l’Egyptienne, modèle de la pénitence.
Marie est née en Égypte dans les premiers siècles de la chrétienté, et vécut à Alexandrie où elle arriva alors qu’elle avait 12 ans. Elle vivait dans la luxure, se prostituant dans tous les lieux de débauche de la ville. Un jour, alors qu’elle allait avoir 29 ans, elle rencontra des pèlerins qui partaient pour Jérusalem sur un bateau. Elle décida de les suivre en payant son passage de ses charmes. Ils arrivèrent tous devant la Basilique de la Résurrection, le jour de l’Exaltation de la Sainte Croix. Tous y entrèrent pour faire leurs dévotions. Mais Marie ne put en franchir le seuil, une force invisible la repoussait chaque fois qu’elle voulait entrer dans le Saint-Sépulchre. Désespérée, elle se tourna alors vers une icône de la Vierge Marie qui gardait la porte et la supplia d’intercéder en sa faveur. Elle put alors enfin entrer dans la basilique, tandis qu’une voix lui disait : « Si tu passes le Jourdain, tu y trouveras le repos ». Elle communia saintement, et partit au-delà du Jourdain, dans le désert. Elle vécut là 47 ans, sans rencontrer âme qui vive, n’ayant pour seule ressource que quelques pains rapportés de Jérusalem, aux prises à de pénibles et intenses tentations.
Au bout de cette longue pénitence, elle croise dans le désert l’anachorète saint Zosime qui, après avoir entendu son récit, lui donna la Communion. Marie lui demanda de revenir l’année suivante, au même endroit, afin de lui apporter de nouveau ce sacrement. Saint Zosime revint, et découvrit la sainte couchée sur le sol, morte, la tête tournée vers Jérusalem. Près d’elle se trouvait un message lui demandant de l’ensevelir à la place où elle était. Mais le sol du désert était trop sec et trop dur, et Zosime ne put creuser la tombe. Un lion s’approcha, le saint lui demanda de l’aide, et tous deux purent creuser une fosse et enterrer Marie.
La fête de sainte Marie l’Egyptienne est fixée au 1er avril, mais à partir du XIème siècle, on tint à la commémorer également en ce 5ème dimanche de Carême, afin d’exhorter, par son exemple, les pécheurs à la pénitence.
Il y avait à Paris, jusqu’à la révolution française, une église dédiée à sainte Marie l’Egyptienne (rue de La Jussienne, dont le nom est une déformation de « L’Egyptienne »). La dévotion des Parisiens envers cette sainte orientale, sans doute née au moment des Croisades, était grande, aussi le rit parisien contenait-il un office complet de sainte Marie l’Egyptienne au Ier avril. Il reste quelques souvenirs de cette église dont deux magnifiques statues de la sainte déposées à Saint-Germain-L’Auxerrois et une évocation romantique par une fresque de Chasseriau à Saint-Merry.
Cette année, la fête de sainte Marie l’Egyptienne – tombant un 24 mars juilen – se combine avec l’Avant-Fête de l’Annonciation.
L’Eglise russe commémore aussi spécialement cette année ce dimanche le 100ème anniversaire du martyre de saint Tikhon, patriarche de Moscou, mort en confessant la foi face au pouvoir communiste le 7 avril (/25 mars) 1925. Lui qui avait prédit pendant sa détention : « la nuit sera sombre et longue, très longue », fut canonisé par l’Église orthodoxe russe hors frontières en 1981 et par le concile des évêques de l’Eglise orthodoxe russe le 9 octobre 1989. En février 1992, ses reliques furent retrouvées presque intactes. Elles furent placées dans un superbe reliquaire et le 23 mars 1992 (5 avril dans le calendrier grégorien), cinquante évêques les transférèrent solennellement à la principale collégiale du monastère Donskoï en un lieu d’honneur à proximité du sanctuaire.
Aux heures
A tierce : Tropaire du dimanche. Gloire au Père. Tropaire du Triode (Vénérable Mère Marie l’Egyptienne). Et maintenant. Theotokion de tierce. Kondakion : du dimanche.
A sexte : Tropaire du dimanche. Gloire au Père. Tropaire de l’Avant-fête. Et maintenant. Theotokion de sexte. Kondakion : du Triode (Vénérable Marie l’Egyptienne).
A la Divine liturgie de saint Basile le Grand
Tropaires des Béatitudes :six tropaires du ton dominical occurrent & quatre tropaires de la 6ème ode du canon de l’Avant-fête, œuvre de saint Georges l’Hymnographe, évêque de Nicomédie en Bithynie – IXème siècle, ou de saint Théophane le Marqué, l’Hymnographe, métropolite de Nicée (c. 778 † 845) :
1. Souviens-toi de nous, Christ Sauveur du monde, * comme sur la croix tu t’es souvenu du bon Larron, * & rends-nous dignes, seul Seigneur compatissant, ** d’avoir tous notre part en ton royaume, dans les cieux.
2. Adam, écoute, avec Eve, réjouis-toi, * car celui qui jadis vous dépouilla tous les deux * & dont la ruse nous rendit captifs ** est anéanti par la Croix du Christ.
3. Sur l’arbre de la croix, Sauveur, tu acceptas d’être cloué * pour sauver Adam de la malédiction méritée sous l’arbre défendu * et lui rendre la ressemblance à ton image, Dieu de bonté, ** ainsi que le bonheur d’habiter le Paradis.
4. En ce jour le Christ est ressuscité du tombeau, * à tout fidèle accordant l’incorruptible vie ; * aux Myrrophores il donne l’annonce de la joie ** après ses Souffrances & sa divine Résurrection.
5. Sages Myrrophores, réjouissez-vous * qui les premières avez vu la Résurrection du Christ * & qui à ses Apôtres avez annoncé ** la restauration du monde entier.
6. Vous les Apôtres, amis du Christ en cette vie * & destinés à partager son trône dans la gloire du ciel, * comme Disciples intercédez auprès de lui ** pour que sans crainte devant son trône nous puissions nous présenter.
7. L’archange Gabriel * te dit, ô Vierge : Réjouis-toi, * car, sans qu’on puisse l’expliquer, * tu vas concevoir en ton sein la joie ** qu’Eve par sa faute a perdue.
8. Vierge toute-pure, ne crains pas : * le feu de la divinité * ne va pas brûler ton sein * que préfigura jadis ** le buisson ardant sans être consumé.
9. Réjouis-toi, montagne que Daniel * a vue d’avance en esprit, * car de toi le roc spirituel * se détachera pour briser ** les stèles inanimées des démons.
10. En toi viendra le Roi de paix * afin de pacifier grâce à toi * ceux qui furent traités en ennemis, ** divine Mère, et vaincus ** par le perfide conseil du serpent.
A la petite entrée :
1. Tropaire du dimanche, ton 8 : Tu es descendu des hauteurs, ô Plein de bonté ! * Tu as accepté l’ensevelissement de trois jours, * afin de nous délivrer de nos passions, ** ô notre Vie et notre Résurrection, Seigneur, gloire à toi !
2. Tropaire de l’Avant-fête, ton 4 : Aujourd’hui les prémices de la joie universelle * commandent que soit chantée la célébration de l’Avant-fête : * car voici que Gabriel vient, portant à la Vierge la bonne nouvelle, * et il lui crie : ** Réjouis-toi, Pleine de grâce, le Seigneur est avec Toi.
3. Tropaire de la Vénérable Mère Marie l’Egyptienne, ton 8 : En toi, Mère, la création à l’image de Dieu a été vraiment sauvegardée, * car ayant pris ta croix, tu as suivi le Christ * et tu as enseigné par tes actes à dédaigner la chair car elle passe, * et à prendre soin de l’âme qui est immortelle ; ** c’est pourquoi avec les anges se réjouit, Vénérable Mère Marie, ton esprit.
4. Kondakion du dimanche, ton 8 : Ressuscité du tombeau, Tu as relevé les morts * et ressuscité Adam ; * Eve exulte en ta résurrection * et les confins du monde célèbrent ** ta résurrection d’entre les morts, ô Très-miséricordieux.
5. Gloire au Père, & au Fils, & au Saint-Esprit.
6. Kondakion de la Vénérable Mère Marie l’Egyptienne, ton 3 : Autrefois tu t’adonnais à toutes sortes de débauches, * aujourd’hui par le repentir tu es devenue épouse du Christ ; * imitant la vie des anges, * par l’arme de la Croix tu as écrasé les démons ; ** c’est pourquoi tu es devenue épouse du Royaume, ô glorieuse Marie.
7. Et maintenant, & toujours, & dans les siècles des siècles. Amen.
8. Kondakion de l’Avant-fête, ton 8 : Tu es pour tous les terrestres le commencement de notre salut, ô Mère de Dieu, Vierge, * car le serviteur de Dieu, envoyé du ciel, * le grand chef des puissances angéliques, Gabriel, fut envoyé pour se tenir devant Toi, et il T’apporta la joie bienheureuse. ** C’est pourquoi nous Te clamons tous : Réjouis-Toi, Épouse inépousée.
Prokimen Du dimanche, ton 8 : ℟. Prononcez des vœux et accomplissez-les pour le Seigneur, notre Dieu (Psaume 75, 12). ℣. Dieu est connu en Judée, en Israël son Nom est grand (Psaume 75, 2). De la Vénérable Mère Marie l’Egyptienne, ton 4 : ℟. Dieu est admirable dans ses saints, lui le Dieu d’Israël (Psaume 67, 36).
Epîtres Du cinquième dimanche de Carême :Hébreux (§ 321) IX, 13–20. Et il y est entré, non avec le sang des boucs et des veaux, mais avec son propre sang, nous ayant acquis une rédemption éternelle. De la Vénérable Mère Marie l’Egyptienne :Galates (§ 208) III, 23-29. Il n’y a plus maintenant ni de Juif, ni de gentil: ni d’esclave, ni de libre ; ni d’homme, ni de femme ; mais vous n’êtes tous qu’un en Jésus-Christ.
Alleluia Du dimanche, ton 8 : ℣. Venez, crions de joie pour le Seigneur, acclamons le Dieu qui nous sauve (Psaume 94, 1). ℣. Allons devant lui en actions de grâces, au son des musiques, acclamons-le (Psaume 94, 2). De la vénérable Mère Marie l’Egyptienne, ton 1, ad libitum : ℣. J’espérais le Seigneur d’un grand espoir, il s’est penché vers moi, et il écouta mon cri (Psaume 39, 1).
Evangiles Du cinquième dimanche de Carême :Marc (§ 47) X, 32-45. Mais Jésus leur répondit : Vous ne savez ce que vous demandez. Pouvez-vous boire le calice que je dois boire, et être baptisés du baptême dont je dois être baptisé ? De la Vénérable Mère Marie l’Egyptienne:Luc (§ 33) VIII, 36-50. Cette femme se voyant ainsi découverte, s’en vint toute tremblante, se jeta à ses pieds, et déclara devant tout le peuple ce qui l’avait portée à le toucher, et comment elle avait été guérie à l’instant. Et Jésus lui dit : Ma fille, votre foi vous a guérie ; allez en paix.
Mégalinaire de la liturgie de saint Basile le Grand :
En toi se réjouissent, * ô Pleine de grâce, * toute la création, * la hiérarchie des anges * et la race des hommes. * Ô Temple sanctifié, * ô Jardin spirituel, * ô Gloire virginale, * c’est en toi que Dieu s’est incarné, * en toi qu’est devenu petit enfant * Celui qui est notre Dieu avant tous les siècles. * De ton sein il a fait un trône, * il l’a rendu plus vaste que les cieux. * Ô Pleine de grâce, * toute la création se réjouit en toi, ** gloire à toi.
Verset de communion Du dimanche : Louez le Seigneur du haut des cieux, louez-le au plus haut des cieux. (Psaume 148, 1). De la Vénérable Mère Marie l’Egyptienne : La mémoire du juste sera éternelle (Psaume 111, 6). Alleluia, alleluia, alleluia.
A Rome, la messe stationnale de ce jour se tient en la basilique de Sainte-Croix-de-Jérusalem. Cette basilique, l’une des sept basiliques du pèlerinage romain, fut construite autour d’une pièce du palais impérial de sainte Hélène, le palais du Sessorium, qu’elle avait transformée en chapelle vers l’an 320. Sainte Hélène fit répandre une grande quantité de la terre du Golgotha sur le sol des fondations de ce sanctuaire, où elle fit déposer plusieurs reliques insignes de la Passion qui y sont toujours. Quelques décennies plus tard, cette chapelle est transformée en une véritable basilique, appelé Heleniana ou Sessoriana. Lorsqu’il récupéra la vraie croix volée par les Perses, l’empereur Héraclius fit partager celle-ci en trois morceaux : Jérusalem conserva le principal d’entre eux, mais l’empereur fit envoyer les deux autres parties à Constantinople et à Rome, qui l’accueillit tout naturellement en la Basilique de Sainte-Croix de Jérusalem (cette partie insigne du bois de la vraie Croix fut transféré en 1629 sur ordre du pape Urbain VIII dans la basilique Saint-Pierre où elle est conservée près de la statue monumentale de sainte Hélène).
La basilique de Sainte-Croix de Jérusalem représente symboliquement à Rome la sainte cité de Jérusalem. C’est pour cette raison que les textes de la messe de ce jour y font allusion :
Sina enim mons est in Arabia, qui conjunctus est ei, quæ nunc est Jerusalem – le mon Sinaï se trouve en Arabie ; elle correspond à la Jérusalem actuelle (saint Paul, dans l’épître de ce jour, aux Galates)
Lætátus sum in his, quæ dicta sunt mihi : in domum Dómini íbimus – Je me suis réjoui de ce qu’on m’a dit : Nous allons à la maison du Seigneur (graduel),
Qui confídunt in Dómino, sicut mons Sion : non commovébitur in ætérnum, qui hábitat in Jerúsalem – Qui se confie en le Seigneur sera comme le Mont Sion : jamais il ne sera ébranlé, celui qui habite Jérusalem (trait).
Jerúsalem, quæ ædificátur ut cívitas, cujus participátio ejus in idípsum – Jérusalem, qui est édifiée comme une cité où toutes les parties ne font qu’une (communion)
Comme la liturgie byzantine qui célèbre joyeusement la vénération de la Croix au IIIème dimanche de Carême[1], le rit romain, méditant en ce milieu du Carême devant les reliques de la Croix & de la Passion, n’y associe nullement les sentiments de la tristesse mais bien au contraire ceux de la joie : la Croix, autrefois symbole de la mort la plus vile réservée aux criminels, est devenue par le sacrifice du Christ le glorieux Arbre de vie qui nous réconcilie avec le Père et nous rouvre les portes du ciel.
Aussi répondant à l’appel de l’introït de ce jour – Lætare Jerusalem – le rit romain suspend-il en ce jour les rigueurs du Carême : les ornements de la messe ne sont plus violet mais roses, on fleurit les autels, le diacre & le sous-diacre laissent les chasubles pliées pour prendre la dalmatique & la tunique qui sont des vêtements de joie, l’orgue – muet depuis le Mercredi des Cendres – fait tonner ces accents glorieux et joyeux.
Il est possible que le fleurissement des croix à Byzance en ce dimanche ait influé sur l’usage des fleurs dans la liturgie occidentale en ce même dimanche. A Rome, le pape bénit en ce jour la rose d’or qu’il offre ensuite à une princesse catholique ou à un sanctuaire. Cette coutume est attestée depuis au moins le XIème siècle. Voici le texte de la bénédiction employé à cette occasion :
O Dieu, dont la parole et la puissance ont tout créé, dont la volonté gouverne toutes choses, vous qui êtes la joie et l’allégresse de tous les fidèles ; nous supplions votre majesté de vouloir bien bénir et sanctifier cette Rose, si agréable par son aspect et son parfum, que nous devons porter aujourd’hui dans nos mains, en signe de joie spirituelle : afin que le peuple qui vous est consacre, étant arraché au joug de la captivité de Babylone par la grâce de votre Fils unique qui est la gloire et l’allégresse d’Israël, représente d’un cœur sincère les joies de cette Jérusalem supérieure qui est notre mère. Et comme votre Église, à la vue de ce symbole, tressaille de bonheur, pour la gloire de votre Nom ; vous, Seigneur, donnez-lui un contentement véritable et parfait. Agréez la dévotion, remettez les pèches, augmentez la foi : guérissez par votre pardon, protégez par votre miséricorde ; détruisez les obstacles, accordez tous les biens : afin que cette même Église vous offre le fruit des bonnes œuvres, marchant à l’odeur des parfums de cette Fleur qui, sortie et de la tige de Jessé, est appelée mystiquement la fleur des champs et le lis des vallées, et qu’elle mérite de goûter une joie sans fin au sein de la gloire céleste, dans la compagnie de tous les saints, avec cette Fleur divine qui vit et règne avec vous, en l’unité du Saint-Esprit, dans tous les siècles des siècles. Amen.
L’évangile chanté ce jour est le récit de la multiplication des cinq pains & des deux poissons. Cet évangile fait partie du cycle de préparation des catéchumènes au baptême qu’ils recevront lors de la vigile pascale et figure l’Eucharistie, où le Christ, en son action de grâce au Père, se donne lui-même en une nourriture qui ne s’épuise jamais.
Car c’est un plus grand miracle de gouverner le monde entier que de rassasier de cinq pains cinq mille personnes. Et pourtant, nul ne s’étonne du premier prodige, tandis que l’on est rempli d’admiration pour le second, non parce qu’il est plus grand, mais parce qu’il est rare. Qui, en effet, maintenant encore, nourrit le monde entier, sinon celui qui, de quelques grains, fait sortir les moissons ? Jésus a donc agi à la manière de Dieu. En effet, par cette même puissance qui d’un petit nombre de grains multiplie les moissons, il a multiplié entre ses mains les cinq pains. Car la puissance était entre les mains du Christ. Ces cinq pains étaient comme des semences non plus confiées à la terre, mais multipliées par celui qui a fait la terre. Homélie de saint Augustin, évêque, VIIIème leçon des vigiles nocturnes de ce dimanche, au troisième nocturne.
En un clin d’œil, le Seigneur a multiplié un peu de pain. Ce que les hommes font en dix mois de travail, ses dix doigts l’ont fait en un instant… Pourtant, ce n’est pas à sa puissance qu’il a mesuré ce miracle, mais à la faim de ceux qui étaient là. Si le miracle avait été mesuré à sa puissance, il serait impossible de l’évaluer ; mesuré à la faim de ces milliers de gens, le miracle a dépassé les douze corbeilles. Chez les artisans, la puissance est inférieure au désir des clients, ils ne peuvent pas faire tout ce qu’on leur demande ; les réalisations de Dieu, au contraire, dépassent tout désir. Saint Éphrem, diacre – Commentaire sur le Diatesseron XII, 4-5, 11.
Regardons la façon dont les disciples se comportaient à l’égard des nécessités de la vie, leur mépris pour une existence luxueuse. Ils étaient douze et n’avaient que cinq pains et deux poissons. Tel était leur dédain pour les choses du corps, ils ne s’intéressaient qu’aux choses de l’âme. Encore ne gardèrent-ils pas pour eux ces provisions : ils les donnèrent au Sauveur quand il les leur demanda. Il nous faut apprendre par cet exemple à partager ce que nous avons avec ceux qui sont dans la gêne, même si nous avons peu. Lorsque Jésus leur demande d’apporter les cinq pains, ils ne disent pas : que nous restera-t-il pour notre nourriture ? Comment apaiserons-nous notre faim ? Ils obéissent sur-le-champ. Saint Jean Chrysostome, évêque – Homélie sur saint Matthieu XL, 1-3
A la sainte messe :
Procession d’entrée : Choral et Menuet de la suite gothique de Léon Boëllmann (1862 † 1897), organiste de Saint-Vincent-de-Paul
Kyrie : de la Missa Ad Majorem Dei Gloriam (1699) d’André Campra (1660 † 1744), maître de cha-pelle de Notre-Dame de Paris et de Louis XV à Versailles
Epître : Galates IV, 22-31 : Au lieu que la Jérusalem d’en haut est vraiment libre ; et c’est elle qui est notre mère.
Evangile : Jean VI, 1-15 : Ils les ramassèrent donc, et emplirent douze paniers des morceaux qui étaient restés des cinq pains d’orge, après que tous en eurent mangé.
Après l’homélie : adaptation de la 14ème variation sur un thème de Schumann op. 9 de Brahms
Pendant l’offertoire : Offertoire de la Ière suite de Jean-François d’Andrieu (1682 † 1738), organiste de Saint-Barthélémy et du Roi à Versailles
Sanctus XV
A l’élévation : Récit de la Ière suite de Pierre du Mage (1674 † 1751), conseiller du Roi, organiste de la collégiale royale de Saint-Quentin puis de la cathédrale de Laon
Agnus Dei : de la Missa Ad Majorem Dei Gloriam d’André Campra
Pendant la communion :
Nimrod des Variations Enigma (1898-1899) de Sir Edward Elgar (1857 † 1934), organiste de Saint-Georges de Worchester – transcription : Vianney Meignié
Duo de la messe du VIIIème ton de Michel Corrette (1707 † 1795), organiste de Sainte-Marie-du-Temple et de Saint-Louis des Jésuites à Paris
Le IIIème dimanche de Carême byzantin correspond de fait exactement au IVème dimanche de Carême romain, la façon de compter étant différente : en Orient on compte pour premier dimanche de Carême celui qui arrive au bout de la première semaine complète de jeûne, alors qu’à Rome celui-ci est compté pour IInd dimanche de Carême.↵