La réforme de la Semaine Sainte de 1955 – Présentation générale

Tous ceux qui s’intéressent aux antécédents de la réforme liturgique de 1969 ne manquent pas de s’intéresser aux deux grandes réformes qu’à connu le XXème siècle, à savoir la réforme du bréviaire conduite sous saint Pie X en 1911 et celle de la Semaine Sainte menée sous le Pape Pie XII en 1955, quelques années avant le Concile Vatican II.

A l’approche de la Semaine Sainte, il parait intéressant d’examiner le détail de ce qui a été modifié lors de la réforme de 1955. Si dans le monde traditionnel, beaucoup savent confusément qu’une réforme de la Semaine Sainte a eu lieu en 1955, peu connaissent ce qui a exactement été réformé et comment. Promulguée par le décret Maxima redemptionis nostrae mysteria de la Sacrée Congrégation des Rites le 16 novembre 1955, la Semaine Sainte réformée témoigne de l’activité de réforme liturgique qui précéda immédiatement le concile et engendra le rit de 1969.

Quoique le décret de réforme Maxima redemptionis nostrae mysteria émana de la Sacrée Congrégation des Rites, celle-ci avait été élaborée en réalité par la Commission pour la Réforme liturgique, commission instituée en marge de ladite Congrégation – jugée trop conservatrice – au printemps de 1948 par Pie XII. La Commission pour la Réforme liturgique comportait 8 membres sous la présidence du cardinal Clemente Micara, puis du cardinal Gaetano Cicognani. Son but était de proposer des évolutions en matière liturgique dans l’esprit de l’encyclique Mediator Dei. La principale cheville ouvrière de la commission fut son son secrétaire, Mgr Annibale Bugnini, nommé dès la création en 1948 et qui resta à ce poste jusqu’en 1960.

Les premiers travaux de la commission aboutirent aux nouvelles dispositions pour la célébration de la Vigile pascale en 1951, puis la commission réalisa la création de la nouvelle Semaine Sainte de 1955. La même année, sous l’effet des travaux de ladite commission, des changements intervinrent également dans les rubriques de la messe & de l’office, entraînant la suppression de presque toutes les octaves et des vigiles des fêtes, même de celles remontant à une haute antiquité, abolissant les premières vêpres de beaucoup de fêtes, ce qui éloigna encore plus le bréviaire de saint Pie X des traditions universelles des Eglises chrétiennes qui restent fidèles à la définition du jour biblique (le jour liturgique commence la veille au soir dans la liturgie synagogale qui a engendré les liturgies chrétiennes primitives, lesquelles comptent selon le principe de la Genèse : « Il y eut un soir, il y eut un matin, ce fut le premier jour » (Genèse 1, 5)). La Commission pour la Réforme liturgique fut responsable aussi du nouveau Code de Rubriques de 1960, lequel conduisit aux nouvelles éditions du Bréviaire Romain de 1961 et du Missel Romain de 1962. L’ensemble des modifications apportées à la liturgie entre 1951 et 1960 par la Commission de la Réforme liturgique est intéressant à analyser pour comprendre dans quelle mesure ses travaux pouvaient préfigurer les réformes subséquentes des années 60. A ce titre, l’étude des réformes de la Semaine Sainte de 1955 pourrait se révéler particulièrement intéressant.

Le public anglophone dispose depuis mars 2009 d’une excellente série de 11 articles sur ce sujet rédigés par Gregory DiPippo pour le New Liturgical Movement. Les italiens bénéficient quant à eux d’une tout autant remarquable étude menée par don Stefano Carusi, prêtre de l’Institut du Bon Pasteur, parue sur Disputationes Theologicæ. Les lecteurs français ne pouvaient se faire une idée de ce qui a été changé qu’au travers de la conférence donnée en 1960 par Mgr Gromier, cérémoniaire papal & éminent liturgiste (connu entre autres pour ses commentaires du Cérémonial des Evêques) qui détaille les absurdités des nouvelles rubriques & de certains des nouveaux rites alors institués, conférence publiée par le passé sur ce site. La bouillonnante conférence orale de Mgr Gromier, de par sa nature, n’organisait toutefois pas la matière analysée de façon très structurée.

Notre propos se bornera dans les jours qui suivront à simplement reprendre ces trois sources & à les synthétiser pour le public francophone, selon le plan ci-après que nous nous proposons de développer :

Présentation générale
1ère partie – Le dimanche des Rameaux
2nde partie – Les Lundi Saint, Mardi Saint & du Mercredi Saint
3ème partie – L’office des Ténèbres
4ème partie – Les autres heures de l’office divin durant le Triduum
5ème partie – La messe du Jeudi Saint & le Mandatum
6ème partie – La messe des Présanctifiés le Vendredi Saint
7ème partie – La vigile pascale
8ème partie – L’office divin du jour de Pâques
9ème partie – Les horaires des offices durant la Semaine Sainte
10ème partie – Les lectures bibliques de la Semaine Sainte
11ème partie – La Vigile de la Pentecôte
12ème partie – La réforme de 1955 & la réforme post-conciliaire – Conclusions générales

19 thoughts on “La réforme de la Semaine Sainte de 1955 – Présentation générale”

    1. Merci Guillaume. J’essaie de faire au moins la Vigile pascale cette année (mais l’ampleur de l’article à faire me fait trembler d’avance ! 🙂 ) et si Dieu veut le reste de la série, qui sera plus aisé à rédiger.

      1. Courage ! Nous sommes nombreux à être tenus en haleine cette année encore, comme à l’approche de chaque Semaine Sainte ! 😀
        Du très beau travail en tous les cas, qui semble porter ses fruits ça et là dans la façon qu’ont certains prêtres traditionnels de célébrer la Semaine Sainte réformée en l’accordant du mieux qu’ils peuvent avec les rubriques anciennes. On ne peut que s’en réjouir, en attendant, peut-être, une permission romaine pour un retour pur et simple à la Semaine Sainte traditionnelle chez les communautés utilisant le Vetus Ordo.
        Je le souhaiterais de tout cœur, tant la version réformée semble, à bien des égards, s’accorder davantage avec le rit bâtard de 1965, et a tout l’air d’un corps étranger au milieu de l’année liturgique traditionnelle.

        1. L’actualité m’a donné raison : la Commission Ecclesia Dei a accordé un indult à la FSSP pour célébrer la Semaine Sainte traditionnelle dans certains lieux, ad experimentum pour trois ans. Deo gratias !
          Une raison de plus pour les lecteurs de ce dossier d’en découvrir avec impatience la suite.

  1. Merci pour ces articles précieux ! Pourriez vous nous dire quel est le nom finalement du bon rituel romain ? Car messe de rit romain selon le rituel avant 1955 c’est un peu vague … Et si vous avez un bon vieux missel à recommander, qui a des rubriques interessantes et qui est traduit, n’hésitez pas 🙂
    Merci à vous

    1. Oh je pense qu’il faut simplement parler de la Semaine Sainte traditionnelle. La série des articles montre suffisamment comment la Semaine Sainte de 1955 est largement une création, sans référence à des faits liturgico-historiques avérés.

      Du coup n’importe quel missel avant 1955 devrait faire l’affaire (par exemple, sur Gallica, cet exemplaire du XVIIème s. => http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b53080509m/f169.item)

  2. Le lavement des pieds ne se faisait qu’à la cathédrale, pas dans les paroisses. Il se faisait aussi dans les abbayes et à la cour des souverains. Je n’ai pas trouvé cette indication dans votre étude, par ailleurs extrêmement fouillée et documentée. Merci.

    1. De fait, le lavement des pieds est une fonction pontificale dans le rit byzantin et la plupart des rits orientaux mais pas en Occident où il se faisait aussi bien par les princes, les évêques que les simples prêtres. Les livres romains n’en restreignent pas l’usage et la cérémonie du mandatum est prévue au Jeudi Saint par le Missel de saint Pie V pour n’importe quel célébrant. Pour Paris, les cérémoniaux de 1662 et surtout de 1703 ne laissent pas planer de doute : ils décrivent certes le mandat solennel de l’archevêque et du chapitre de Notre-Dame mais donne l’ordo à suivre pour les simples prêtres de paroisse de Paris.

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