Venite populi – un antique invitatoire à la communion générale des rits gallican et ambrosien

Venite populi, transitorium ambrosien de la messe du jour de Pâques

Venite populi, transitorium ambrosien de la messe du jour de Pâques.

Dans la messe du rit ambrosien, la distribution de la communion est faite tandis que le chœur chante une antienne appelée Transitorium. Le jour de Pâques, c’est cette pièce Venite populi qui est par le Missel et l’Antiphonaire ambrosiens.

Nous avons enregistré ce transitorium du jour de Pâques de la liturgie ambrosienne, en amitié à nos amis de Milan durement éprouvés par l’épidémie de ce printemps 2020 :

En voici le texte ambrosien et sa traduction française :

Veníte, pópuli : sacrum immortále, mistérium illibátum agéndum cum timóre et fide. Accedámus mánibus mundis, pœniténtiæ munus communicémus : quóniam Agnus Dei propter nos Patri sacrifícium propósitus est : Ipsum solum adorémus, ipsum glorificémus cum ángelis clamántes : Hallelújah, hallelújah. Venez, peuples, approchez-vous du mystère sacré et immortel, de cette action sans tâche, avec crainte et foi. Avançons avec des mains pures, communions au don de la pénitence ; car l’Agneau de Dieu pour nous au Père s’est offert en sacrifice ; c’est lui seul que nous adorons, c’est lui seul que nous glorifions, avec les Anges en clamant : Alléluia, alléluia.

Comme Michel Huglo le soulignait (Les Chants de l’ancienne liturgie gallicane, 1970), le rit ambrosien a généralement utilisé les antiennes de communion romaines pour en faire ses antiphonæ ad confractorium, chantées pendant la fraction de l’hostie par le célébrant, et il a employé pour la communion (les transitoria ambrosiens) des pièces en provenance soit des Gaules, soit de l’Orient grec. Et en effet, on retrouve ce transitorium milanais dans un grand nombre de manuscrits carolingiens puis médiévaux français, et on s’accorde à y voir une antique relique qui subsiste de l’ancien rit des Gaules, d’avant sa suppression par Pépin le Bref puis Charlemagne.

Voici le texte en usage en France, présentant quelques légères variantes avec la leçon milanaise, avec la mélodie française établie par les livres de Solesmes (pour le Processionnal monastique de Dom Pothier de 1888), qui est substantiellement la même que celle de Milan :

Ad communicandum de l'ancienne liturgie des Gaules

Ad communicandum de l’ancienne liturgie des Gaules.

Veníte, pópuli : ad sacrum et immortále mystérium et libámen agéndum : cum timóre et fide accedámus, mánibus mundis : pœniténtiæ munus communicémus : quóniam Agnus Dei propter nos Patri sacrifícium propósitus est. Ipsum solum adorémus : ipsum glorificémus cum Angelis clamántes : Alleluia. Venez, peuples, approchez-vous du mystère sacré et immortel, et de ces prémices offerts : avec crainte et foi, avançons, avec des mains pures, communions au don de la pénitence ; car l’Agneau de Dieu pour nous au Père s’est offert en sacrifice ; c’est lui seul que nous adorons, c’est lui seul que nous glorifions, avec les Anges en clamant : Alléluia.

Cette pièce est typique de l’ancienne liturgie des Gaules. Dom Edmond Martène y trouvait des réminiscences d’un sermon de saint Césaire d’Arles et s’appuyait sur un passage des Miracles de saint Martin rédigés par saint Grégoire de Tours qui montre que l’ancien rit des Gaules appelait les fidèles à la communion générale le jour de Pâques[1]. Le texte n’en est pas tiré de l’Ecriture (comme pour la quasi-totalité des pièces de chant romaines), et – convoquant les Anges et les hommes dans une adoration commune, elle évoque quelque peu la liturgie céleste de l’Apocalypse, qui était si chère à l’ancien rit des Gaules. Le vocabulaire employé pour parler de l’Eucharistie (mysterium, libamen, munus) renvoie à une époque très reculée, de même que les mains pures, allusion à la communion dans le rit des Gaules, où les mains étaient utilisées comme patène par les communiants (revêtues d’un voile pour les femmes gauloises). Sous le texte latin, on sent néanmoins l’existence d’une pièce grecque (si une telle pièce a existé, elle a depuis disparue des liturgies orientales) qui a été traduite en latin, et il est possible que les mélodies ambrosiennes et gallicanes aient gardé la modulation du chant byzantin. La participation aux saints Mystères avec crainte et foi sont des thèmes fréquemment employés par les Pères de l’Ecole d’Antioche.

Dans la liturgie de saint Jean Chrysostome justement, ayant communié de la main du célébrant, le diacre reçoit le calice, se rend aux portes royales devant l’iconostase et, l’élevant, il invite le peuple à venir en communier en proclamant, dans un texte qui rappelle fortement le nôtre :

Μετὰ φόβου Θεοῦ, πίστεως καὶ ἀγάπης προσέλθετε.
Avec crainte de Dieu, foi & amour, approchez !

Il n’est pas impossible aussi que le texte gallican/ambrosien soit une amplification de cette invitation diaconale demandant au peuple à venir communier. Il semble que dans l’ancien rit des Gaules, ce texte ait été originellement chanté par les diacres avant la communion, et que c’était ainsi sa position antique. Les manuscrits médiévaux de l’Abbaye de Saint-Benoit-sur-Loire[2] indiquaient encore que le Venite populi était chanté avant la communion par deux diacres.

Ce vieux texte gallican se retrouve dans divers manuscrits liturgiques[3] de Tours, de Poitiers[4], de Vienne, de Chartres, de Paris, de Châlons, de Saint-Omer, de Verdun, des abbayes de Saint-Denis, de Saint-Martin de Tours (on le chante le jour de Pâques pendant la communion du clergé[5]), de Pontlevoy (où on le chantait aux fêtes solennelles), de Saint-Vaast d’Arras, de Saint-Martin d’Autun, de Montoriol, d’Echternach.

C’est surtout dans le rit lyonnais que cette pièce est restée célèbre, car, des manuscrits, il est passé dans la première édition du Missel lyonnais en 1487 où il a été repris (après la parenthèse parisiano-lyonnaise des livres de Mgr de Montazet) dans le livres romano-lyonnais du cardinal de Bonald (que pour la cathédrale). Dans le rit lyonnais, le Venite populi est chanté entre le premier et le second Agnus Dei, les jours de Noël, de Pâques et de la Pentecôte, jours autrefois de communion générale du peuple où tous étaient tenus de communier, conformément aux décrets du Concile d’Elvire de l’an 305, du Concile d’Agde de l’an 506 (canon 18), repris au IIIème Concile de Tours de l’an 813 (canon 50)[6].

Venite populi - paroission romano-lyonnais du cardinal de Bonald - 1875.

Venite populi – paroission romano-lyonnais du cardinal de Bonald – 1875.

Voici comment se déroulait le chant du Venite populi le jour de Pâques selon l’ordinaire de Châlons :

Le chœur en chapes s’approche après la communion de l’évêque ou du prêtre. Le diacre et le sous-diacre sont devant l’autel, l’évêque étant séparé sur le côté droit de l’autel, avec la mitre et la crosse, et le chantre commence l’antienne Venite populi, que les autres continuent. Et lorsqu’on chante cette partie : Ipsum solum adoremus, on fléchit les genoux. L’antienne finie, les chanoines et les clercs des stalles hautes et les autres des stalles basses, qui doivent communier, reçoivent le baiser de paix de l’évêque. Puis l’évêque les communie, ayant déposé mitre et crosse, et les laïcs s’il y en a.

Voici comment se déroulait cette cérémonie le jour de Pâques selon le missel de l’Abbaye de Saint-Martin d’Anay à Lyon :

Ayant dit Agnus Dei, avant la réception de la communion, l’Abbé ou celui qui célèbre va au marchepied de l’autel, et là tous reçoivent de lui la paix. L’abbé, en embrassant les frères, dit à chacun : Pax tecum frater ; et l’autre lui répond : Et cum spiritu tuo. Le diacre et le sous-diacre reçoivent la paix en premier, puis les principaux en premier. Cela fait, on se retourne vers l’autel, & tous viennent alors autour de l’autel, & chantent d’une haute voix l’antienne Venite populi. Or lorsqu’on dit Ipsum solum adoremus, tous fléchissent les genoux, et pendant qu’on la chante, il y a deux grands encensoirs qui encensent l’autel. Ensuite tous ceux qui n’ont pas célébré viennent recevoir la communion.[7]

Dans les manuscrits, cette antienne porte divers titres : Ad Eucharistiam[8], Ad communicandum, et même Ad corpus Domini frangendum.

Très présente en France, elle se retrouve aussi en Italie du Nord, non loin de l’ère d’extension du rit ambrosien (Abbaye de Nonantola près de Modène, chapitre de Monza et cathédrale de Padoue) mais aussi à Bénévent (où l’influence grecque fut longtemps prépondérante), ou encore en Angleterre (tropaires de Winchester, de Cantorbéry), où elle a pu s’acclimater après l’invasion normande. Néanmoins l’origine première parait bien être de l’ancien rit des Gaules, d’où elle serait passée au rit ambrosien.

Musicalement parlant, plusieurs indices penchent pour cette origine : le mode de ré, très employé dans toutes les pièces qui nous sont parvenues de l’ancien rit des Gaules, le mélisme très orné de l’Alleluia final sur la voyelle e (détail typiquement gallican), et enfin l’emploi du pes stratus (ici sur le a initial d’alleluia), un neume composé d’un pes ayant un oriscus pour seconde note, qui ne se rencontre pas dans les formules grégoriennes.

Le Venite populi magnifiquement chanté par Marie-Claire Billecocq (Le Chant grégorien du soliste, Editions Studio S.M., 1982) :

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Notes :    (↵ reviens au texte)

  1. Dom Edmond Martène, De Antiquis Ecclesiae Ritibus libri (Lib. I, cap. IV, art. X) – Saint Grégoire de Tours, Miracles de saint Martin, Livre II, chapitre XIII.
  2. Dom François Chazal, L’Abbaye de Pontlevoy, in Le Loir-et-Cher historique, archéologique, scientifique, artistique et littéraire, Blois, 1898, col. 299.
  3. Listés par le Chanoine Ulysse Chevalier, Repertorium hymnologicum n° 21307
  4. Le Pontifical de Poitiers du début du IXème est le plus ancien témoin manuscrit que nous ayons aujourd’hui de cette pièce.
  5. Rituel de Saint-Martin de Tours du XIIIème siècle.
  6. Avant que cette obligation fut réduite par le IVème Concile œcuménique de Latran en 1215 à la seule fête de Pâques par le célèbre canon 21 Utriusque sexus.
  7. Dom Edmond Martène, De Antiquis Ecclesiae Ritibus libri (Lib. IV, cap. XXV, art. XXVIII)
  8. Fournier, Paul (1853-1935), Un missel lyonnais du XIIIème siècle, Lyon 1901.

Ave Rex noster – une antienne parisienne pour la procession des Rameaux

Dominica Palmarum
In Processione, Antiphona ad adorandam Crucem

Antienne parisienne pour les Rameaux : Ave Rex noster

Ave, * Rex noster, Fili David, Redémptor mundi, quem prophétæ prædixérunt Salvatórem dómui Israel esse ventúrum. Te enim ad salutárem víctimam Pater misit in mundum, quem exspectábant omnes sancti ab orígine mundi. Et nunc : « Hosanna Fílio David : Benedíctus qui venit in nómine Dómini : Hosánna in excélsis ». Salut, notre Roi, Fils de David, Rédempteur du monde, que les prophètes prédirent être le Sauveur de la maison d’Israël qui doit venir. C’est toi en effet que le Père envoya dans le monde comme victime salutaire, qu’attendaient tous les saints depuis l’origine du monde. Et maintenant : « Hosanna au Fils de David ; béni soit celui qui vient au nom du Seigneur, Hosanna dans les hauteurs. »

Source : Missel Parisien de l’ancien fond de Notre-Dame de Paris (c. 1225) – F-Pn lat. 1112 f°75 r° (CAO n°1543).

L’antienne Ave Rex noster, qui n’a pas été retenue parmi les pièces chantées à la procession des Rameaux par le Missel de Saint Pie V de 1570, n’est pas propre à Paris : elle se rencontre au cours de la cérémonie du dimanche des Rameaux dans de très nombreux usages diocésains ou d’ordres religieux (on la retrouve ainsi chez les Cisterciens, les Carmes et les Dominicains – à Tolède, le chantre qui l’entonnait portait un sceptre en honneur de la royauté du Christ[1]).

Au rit parisien, après le chant de l’évangile des Rameaux (ou après le sermon qui le suit, s’il y a lieu), on chante cette antienne Ave Rex noster. Ce chant au cours des âges à donné lieu à une cérémonie touchante, accompagnant la salutation du Messie comme notre roi.

Pendant ce chant en effet, le célébrant, ses ministres, et le reste du clergé selon son rang, puis le peuple, tous viennent adorer deux à deux la croix. Celle-ci est soit la croix hosannière, édifiée pour cette cérémonie le plus souvent dans le cimetière, soit la croix de procession (ou même parfois à la croix de la poutre de gloire à l’entrée du chœur de certaines églises).

Cette adoration se déroule de la façon suivante : on s’incline profondément devant la croix, puis on se met à genoux pour l’embrasser, en jetant à son pied une petite branche de son rameau, à l’imitation du peuple de Jérusalem jetant des Rameaux sous les pas du Sauveur entrant dans la Ville. On se retire en s’inclinant à nouveau une seconde fois. Certaines Semaines Saintes notent qu’on répète l’antienne Ave Rex noster autant de fois que nécessaire pendant toute cette adoration[2].

Cette cérémonie est décrite dans le Cérémonial parisien du Cardinal de Noailles de 1703, Chapitre VII, 9 (De Dominica Palmarum :

Post concionem, vel ubi non habetur, post evangelium, cantatur antiphona Ave Rex noster, tuncque celebrans, ministri, ac reliqui de clero per ordinem, & populus, prostrati crucem osculantur, & ad ejus pedem projiciunt surculum rami, profunde inclinantes ante & post.

Au Moyen-Age, dans les endroits où l’on avait coutume de porter une hostie consacrée à la procession des Rameaux[3], c’était le corps du Christ qui était adoré au moment de l’antienne Ave Rex noster, au lieu de la croix.

Au travers de ce petit exemple aujourd’hui oublié de cette antienne des Rameaux, on admirera le génie des liturgies médiévales qui associaient habilement le chant des textes liturgiques à des gestes profonds, apte à marquer soutenir la foi des peuples.

Ave Rex noster - Missel parisien de Saint-Louis de Poissy, c. 1325.

Ave Rex noster – Missel Parisien de Saint-Louis de Poissy, c. 1325.

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Stella cœli extirpavit – Prière en temps d’épidémie à la Vierge Marie

Prière en temps d'épidémie : prose Stella cæli extirpavit à la Vierge Marie

Voici le texte latin de cette prière en temps d’épidémie avec une traduction française, suivie de son verset et de son oraison :

Stélla cœli extirpávit,
Quæ lactávit Dóminum,
L’Etoile du Ciel, qui allaita le Seigneur, a extirpé la peste de la mort, qu’avaient planté les premiers parents de l’homme.
Mórtis péstem, quam plantávit
Prímus párens hóminum.
Ipsa stélla nunc dignétur
Sídera compéscere,
Puisse cette même Etoile brillante daigner maintenant éteindre cette constellation dont les combats ont tué le peuple blessé par une mort amère.
Quórum bélla plébem cædunt
Díræ mórtis úlcere.
Piíssima Stélla máris,
A péste succúre nóbis.
O très pieuse Etoile de la mer, protège-nous de la peste.
Audi nos, Dómina, nam fílius tuus
Níhil négans, te honórat,
Ecoute-nous, ô Dame, car ton Fils t’honore en ne te refusant rien.
Sálva nos, Jésu,
Pro quíbus Vírgo María te órat.
Sauve-nous, Jésus, nous pour qui la Vierge Marie te prie.
℣. Ora pro nobis, piíssima Dei Génitrix.
℟. Quæ contrivísti caput serpéntis, auxiliáre nobis.
℣. Prie pour nous, très pieuse Mère de Dieu.
℞. Toi qui a écrasé la tête du serpent, secours-nous.
Orémus. Prions.
Deus misericórdiæ, Deus pietátis, Deus indulgéntiæ, qui misértus es super afflictiónem populi tui, et dixísti Angelo percutiénti pópulum tuum : Cóntine manum tuam, ob amórem illíus Stellæ gloriósæ, cujus úbera pretiósa contra venénum nostrórum delictórum dúlciter suxísti ; præsta auxilium gratiæ tuæ, ut intercedente Beata Virgine Maria Matre tua et Beato Bartholomæo apostolo tuo dilecto, ab omni peste & improvísa morte secúre liberémur, et a totíus perditiónis incúrsu misericórditer salvémur. Per te Jesu Christe, Rex glóriæ, qui cum Patre & Spíritu Sancto vivis et regnas, Deus in sæcula sæculorum. Dieu de miséricorde, Dieu d’amour, Dieu de pardon, qui fut ému de compassion pour l’affliction de ton peuple, et qui dit à l’Ange dévastateur de ton peuple : « Retiens ta main » ; pour l’amour de cette Etoile glorieuse, dont le sein précieux t’a allaité avec douceur contre le venin de nos péchés, accorde-nous le secours de ta grâce, afin qu’à l’intercession de la Bienheureuse Vierge Marie ta Mère, et du Bienheureux Barthélémy ton Apôtre bien-aimé, nous soyons délivrés en toute sûreté de toute peste et de la mort imprévue, et que nous soyons miséricordieusement sauvés de l’assaut de toute perdition. Par toi, Jésus-Christ, Roi de gloire, qui avec le Père et l’Esprit Saint vis et règnes, Dieu pour les siècles des siècles.
℟. Amen.

Les vers de cette prière en temps d’épidémie sont tirés d’une homélie sur la Nativité de saint Pierre Damascène, évêque de Damas au VIIIème siècle. Selon la tradition, ce texte fut offert sur un carton par saint Barthélémy apparaissant aux Clarisses de Coimbra au Portugal, alors que la ville était ravagée par la peste en 1317, afin qu’elles le récitent : le couvent fut épargné. Ce monastère avait été re-fondé en 1314 par la reine Isabelle d’Aragon (1271 † 1336), épouse de Denis Ier, roi du Portugal, qui s’y retira et y mourut : elle est plus connue comme sainte Elisabeth du Portugal, vénérée sous son nom de religion depuis sa canonisation par le pape Urbain VIII en 1625.

Cette prière se présente comme une prose ou séquence, à deux chœurs alternant versets par versets et se rejoignant pour chanter le verset final (qui est sans doute un trope ). La mélodie ci-dessus est donnée en rythme d’après le Cantuale Romano-Seraphicum, no. 122, p. 136-137 de 1951. On pourra la comparer à cette intéressante version interpolée publiée par Hermannus Mott à Cologne en 1660 : Musices choralis Medulla sive totius cantus gregoriani succincta ac fundamentalis traditio, pp. 60-65)

De Coimbra, la prose se répandit largement dans tout l’Occident (par exemple, les chanoines de la collégiale Saint-Hyppolite de Poligny décident en 1575 de chanter perpétuellement cette prière en temps d’épidémie tous les jours avant la grand’messe, les Ursulines de Nimes la chantent tous les jours après la messe lors de la peste de 1640). On la chantait en général avec son verset et son oraison, suivis des antiennes, versets et oraisons de saint Roch et de saint Sébastien, les deux principaux saints intercesseurs en temps de contagion (voyez par exemple ce bréviaire à l’usage des confrères de la célèbre confrérie des Pénitents blancs de Saint-Laurent-lès-Grenoble, édition de 1781).

Une version grégorienne :

Une belle version polyphonique, tirée des archives des Reductions jésuites du Paraguay :

A noter qu’Henry du Mont a également écrit une très belle polyphonie sur cette prose.

[Noveritis 2020] Publication de la date de Pâques & de celles des fêtes mobiles de l’année 2020 le jour de l’Epiphanie

La publication de la date de Pâques dans le Pontificale Romanum.

Dans le rit romain, le jour de l’Epiphanie (dont la solennité est obligatoirement reportée en France au dimanche qui suit – sauf lorsque le 6 janvier tombe un dimanche), le diacre fait selon la tradition la publication de la date de Pâques après le chant de l’évangile.

RIT ROMAIN

En voici le chant pour 2020, réalisé par nos soins :

Noveritis Romanum 2020 : proclamation de la date de Pâques et des fêtes mobiles

En voici le texte & la traduction pour 2020 :

Novéritis, fratres caríssimi, quod annuénte Dei misericórdia, sicut de Nativitáte Dómini nostri Jesu Christi gavísi sumus, ita et de Resurrectióne ejúsdem Salvatóris nostri gáudium vobis annuntiámus.

Vous avez su, Frères très chers, par la miséricorde de Dieu qui nous a été annoncée, que nous avons été comblés par la Nativité de Notre Seigneur Jésus-Christ, ainsi de même nous vous annonçons la joie qui nous sera procurée par la Résurrection de notre même Sauveur.

Die nona Februárii erit Domínica in Septuagésima.

Le 9 février sera le dimanche de la Septuagésime.
Vigésima sexta ejúsdem dies Cínerum, et inítium jejúnii sacratíssimæ Quadragésimæ. Le 26 du même mois sera le jour des Cendres et le début du jeûne très sacré du Carême.
Duodécima Aprílis sanctum Pascha Dómini nostri Jesu Christi cum gáudio celebríbitis. Le 12 avril sera la sainte Pâque de Notre Seigneur Jésus-Christ, que vous célèbrerez avec joie.
Vigésima prima Máii erit Ascénsio Dómini nostri Jesu Christi. Le 21 mai sera l’Ascension de Notre Seigneur Jésus-Christ.
Trigésima prima ejúsdem Festum Pentecóstes. Le 31 du même mois sera la fête de la Pentecôte.
Vndécima Júnii Festum sacratíssimi Córporis Christi. Le 11 juin sera la fête du Très Saint Corps du Christ.
Vigésima nona Novémbris Domínica prima Advéntus Dómini nostri Jesu Christi, cui est honor et glória, in sæcula sæculórum. Amen.

Le 29 novembre sera le premier dimanche de l’Avent de Notre Seigneur Jésus-Christ, à qui est l’honneur et la gloire, dans les siècles des siècles. Amen.

Livret PDF imprimable à l’attention du clergé.

RIT PARISIEN

Voici le chant de l’ancien usage de Paris, pour 2020 :

Noverit Parisiense 2020 - proclamation de la date de Pâques : 12 avril 2020

En voici le texte & la traduction pour 2020 :

Novérit cáritas vestra, fratres caríssimi, quod, annuénte Dei & Dómini nostri Jesu Christi misericórdia, die duodécima mensis Aprílis Pascha Dómini celebrábimus.

Votre charité saura, Frères très chers, que, par la miséricorde de Dieu & de notre Seigneur Jésus-Christ qui nous a été annoncée, le 12 avril nous célèbrerons la Pâque de Seigneur.

 

RIT AMBROSIEN

Voici le chant pour le rit ambrosien, pour 2020 :

Noverit Ambrosianum 2020 - proclamation de la date de Pâques : 12 avril 2020

En voici le texte & la traduction pour 2020 :

Novérit cháritas vestra, fratres charíssimi, quod, annuénte Dei & Dómini nostri Jesu Christi misericórdia, die duodécima, mensis Aprílis, Pascha Dómini cum gáudio celebrábimus. ℟. Deo grátias.

Votre charité saura, Frères très chers, que, par la miséricorde de Dieu & de notre Seigneur Jésus-Christ qui nous a été annoncée, le 12 avril, nous célèbrerons avec joie la Pâque de Seigneur. ℟. Rendons grâces à Dieu.

Virgo decus Patriæ – prose de sainte Geneviève en usage à Saint-Etienne-du-Mont

Virgo decus Patriæ - séquence de sainte Geneviève propre à Saint-Etienne-du-Mont

Virgo decus Patriæ - séquence de sainte Geneviève propre à Saint-Etienne-du-Mont

Virgo decus Patriæ – Cette prose ou séquence de la messe de la fête de sainte Geneviève du 3 janvier est tirée du propre de l’église paroissiale parisienne de Saint-Etienne-du-Mont, laquelle jouxtait l’ancienne abbatiale de Sainte-Geneviève, ruinée à la révolution. Ce propre fut publié au XVIIème siècle : un volume noté (sans date) et un texte latin imprimé avec une traduction française « chez Prault Père, Quai de Gêvres, au Paradis, et à la Maîtrise des Enfants de Chœur de S. Etienne » en 1777. Il est probable que cette séquence fut aussi en usage à pareille époque à l’Abbaye voisine des Génovéfains. Le reste du diocèse ne possédait plus de séquence pour la messe de sainte Geneviève depuis la suppression de l’antique prose Genovefæ solemnitas d’Adam de Saint-Victor (encore présente de le Missel parisien de Mgr de Gondy de 1602) dans le Missel parisien de Mgr de Vintimille de 1755 (la vieille séquence d’Adam de Saint-Victor fut réintégrée au propre du diocèse de Paris lorsque celui-ci pris les livres romains à la fin du XIXème siècle).

L’auteur de la prose Virgo decus Patriæ ne nous est pas connu. Il n’est pas impossible qu’il puisse être le P. Pinchon, chanoine régulier de l’Abbaye de Sainte-Geneviève au XVIIIème siècle, qui composa les textes des hymnes Gallicæ custos et Cœlo receptam plaudite Cœlites passées dans le Bréviaire de Mgr de Vintimille en 1736.

En voici le texte et une traduction du XVIIIème siècle (avec quelques corrections de détails apportées à cette traduction au XIXème siècle) :

Virgo decus pátriæ,
Spes salúsque Gálliæ,
Cara sponso Vírgini.
O Geneviève, vous êtes la gloire de notre patrie, l’espérance & le salut de la France, l’objet de la tendresse de Jésus-Christ votre époux.
Dei ductus lúmine,
Gérmanus ex ómine
te consécrat númini.
Guidé par une lumière divine et une inspiration prophétique, Germain vous consacre à votre Dieu.
Plebi dum placas Deum,
In te virus ímpium
Livor edax éxplicat.
Tandis que vous n’êtes occupée qu’à attirer les faveurs de Dieu sur votre peuple, l’envie distille sur vous son poison.
Dépulsis calúmniis,
Missis et eulógiis,
Póntifex te víndicat.
Mais le saint Pontife repousse la calomnie, et venge votre innocence en vous envoyant des eulogies (qui sont un signe de communion).
Hvnnvs ferox úlulet,
Parisios ádvolet ;
Mox repéllis fúrias.
Qu’un conquérant barbare fasse entendre ses hurlements, qu’il vole vers Paris ; vous rendez sa fureur impuissante.
Fame cives péreant,
Tabe carnes árdeant ;
Clades sistis nóxias.
Que la famine exerce ses ravages, qu’un feu brûlant dévore ses malheureuses victimes : vous arrêtez tous ces fléaux.
Mvtvs voces élicit,
Surdus audit, áspicit
Cæcus, claudus ámbulat.
Vous commandez ! et le muet parle, le sourd entend, l’aveugle voit, le boiteux marche.
Mors tuis et nútibus
Súbditur, corpóribus
Fremens dæmon éxulat.
La mort elle-même reconnaît votre empire ; et le démon, frémissant de rage, sort du corps des possédés.
Æstvs agros tórreat,
Imbre tellus mádeat,
Præsens fers auxílium.
Si une chaleur excessive brûle nos campagnes, si des pluies trop abondantes les inondent, aussitôt vous portez le secours nécessaire.
Per te menti cáritas,
Córpori sit sánitas ;
Sit perénne gáudium. Amen.
Que par vous la charité règne dans nos cœurs ; que nous jouissions en cette vie de la santé du corps, et dans le ciel des joies éternelles. Amen.

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La séquence Virgo decus Patriæ
Edition du XVIIIème siècle des offices propres de Saint-Etienne-du-Mont
(Bibliothèque Sainte-Geneviève Delta 65154 Res) :

Virgo decus Patriæ - séquence de sainte Geneviève propre à Saint-Etienne-du-Mont

Virgo decus Patriæ - séquence de sainte Geneviève propre à Saint-Etienne-du-Mont