Languentibus en plain-chant de Coutances

Languentibus in Purgatorio – prose à la Très-sainte Vierge Marie pour les défunts, composée par Jean de Langoueznou, abbé de Landevenec au XIVème siècle – plain-chant en usage dans le diocèse de Coutances.

Languentibus in Purgatorio - plain-chant de Coutances

Qu’aux âmes qui languissent dans le Purgatoire, qui sont purifiées par un feu très ardent, et subissent les tourments d’un grave supplice, vienne en aide ta compassion : O Marie !
Porta cœli tu, Virgo, díceris,
O Beáta, succúrre míseris
Qui torméntis urgéntur ásperis,
Educ eos de domo cárceris,
O María !
Toi qui es dite Porte du ciel, O bienheureuse, secoure les malheureux qui subissent de durs tourments, fais-les sortir de cette prison, O Marie !
Summi Regis flecte justítiam :
Natis, Mater, óbtine grátiam :
Te rogánte misericórdiam,
Pandet Jesus cœléstem pátriam,
O María !
Fléchis la justice du Roi suprême ; Mère, obtiens la grâce de celui qui est né de toi ; à ceux qui implorent miséricorde, que Jésus ouvre les portes de la céleste patrie, O Marie !

Image chant et texte :

Languentibus in Purgatorio - chant de Coutances

Source : Processionnal selon le rit romain & d’après les concessions faites au diocèse de Coutances par N.S.P. le Pape Pie IX, rédigé & publié d’après l’ordre de Monseigneur Jacques-Louis Daniel, évêque de Coutances & d’Avranches, 1859-1860.

13 commentaires à propos de “Languentibus en plain-chant de Coutances

  1. « Et c’étaient d’autres soirs… l’Octave des Morts à Saint-Sulpice et à Saint-Thomas-d’Aquin où l’on ressuscitait, après les vêpres des trépassés, la vieille séquence disparue du bréviaire romain, le Languentibus in purgatorio.

    Cette église était la seule à Paris qui eût conservé ces pages de l’hymnaire gallican et elle les faisait détailler, sans maîtrise, par deux basses, mais ces chantres, si médiocres d’habitude, aimaient sans doute cette mélodie, car s’ils ne la chantaient pas avec art, ils l’expulsaient au moins dans un peu d’âme.

    Et cette invocation à la madone que l’on adjurait de sauver les âmes du purgatoire était dolente comme ces âmes mêmes, et si mélancolique, si languide qu’on oubliait l’alentour, l’horreur de ce sanctuaire dont le chœur est une scène de théâtre, entourée de baignoires fermées et, garnie de lustres ; on rêvait, loin de Paris, quelques instants, hors de cette population de dévotes et de domestiques qui fréquente ce lieu, le soir. »

    Joris-Karl Huysmans, En route. II, chap. VII.

  2. « Et c’étaient d’autres soirs… l’Octave des Morts à Saint-Sulpice et à Saint-Thomas-d’Aquin où l’on ressuscitait, après les vêpres des trépassés, la vieille séquence disparue du bréviaire romain, le Languentibus in purgatorio.

    Cette église était la seule à Paris qui eût conservé ces pages de l’hymnaire gallican et elle les faisait détailler, sans maîtrise, par deux basses, mais ces chantres, si médiocres d’habitude, aimaient sans doute cette mélodie, car s’ils ne la chantaient pas avec art, ils l’expulsaient au moins dans un peu d’âme.

    Et cette invocation à la madone que l’on adjurait de sauver les âmes du purgatoire était dolente comme ces âmes mêmes, et si mélancolique, si languide qu’on oubliait l’alentour, l’horreur de ce sanctuaire dont le chœur est une scène de théâtre, entourée de baignoires fermées et, garnie de lustres ; on rêvait, loin de Paris, quelques instants, hors de cette population de dévotes et de domestiques qui fréquente ce lieu, le soir. »

    Joris-Karl Huysmans, En route. II, chap. VII.

  3. « Il n’est pas douteux que les bréviaires gallicans, le parisien surtout, n’eussent besoin de réformes. Dom Guéranger avait signalé très justement leurs défauts, leur manque de piété même. Et de fait, manié et remanié par les Harlay, les Noailles, les Vintimille, le bréviaire de Paris sentait le Jansénisme à plein nez ; il pouvait beaucoup moins servir aux catholiques qu’aux « appelants ».

    Mais ce n’était pas une raison pour accepter celui de Rome qui n’est qu’un passe-partout, qui ne tient compte, ni des traditions, ni des coutumes, ni des différentes dévotions des diocèses ; il fallait reconstituer le parisien, tel qu’il était au moyen âge, avant que les cuistres du XVIIe et du XVIIIe siècles, n’y eussent touché.

    Il n’en fut rien ; et naturellement le cérémonial eut le même sort que le bréviaire dont il était le complément. Ce fut avec la suppression du bréviaire gallican la mort de son rite imagé et le renvoi de ces liturges laïques que l’on désignait alors sous le nom de « chapiers ou d’indus ». Ils disparurent et l’orgueil sacerdotal auquel, si bon qu’il puisse être, nul prêtre n’échappe, y trouva son compte.

    Comment expliquer alors que Saint-Merry ait pu garder ce vestige d’un rituel périmé qui survécut d’ailleurs, pendant quelque temps encore, mais plus effacé, dans d’autres églises du même archidiaconé, telles que Saint-Nicolas-des-Champs et Sainte-Élisabeth, pour en citer deux ? Je ne sais. Il y eut, sans doute, jadis à Saint-Merry comme à Saint-Thomas d’Aquin où les chapiers n’existent plus, mais où l’on chante encore, pendant la Semaine Sainte, l’antique prose de l’ancien Parisien, le « Languentibus in purgatorio » un curé, épris des doctrines gallicanes, et qui sauva, de sa propre autorité, quelques débris des coutumes usitées dans son église. Et par désir de ne rien innover, par crainte de mécontenter les paroissiens, par ignorance peut-être, leurs successeurs ont laissé les choses en l’état et nous en profitons.

    Mais en quoi consiste, au juste, le rôle réservé, dans leur sanctuaire, aux clercs de Saint-Merry ? Ils font office d’acolytes, de thuriféraires, de cérémoniaires ; ils remplissent les fonctions de diacres d’honneur aux grand’messes ; ils arborent donc la chape et quand ils n’officient pas, ils revêtent dans le choeur la soutane vermillon, la grande aube blanche et la ceinture cerise.

    Leur but, déclarent les statuts de l’oeuvre, est « de contribuer à la gloire de Dieu et aux pompes du culte divin : première par l’exactitude à assister aux offices, deuxième par la bonne tenue, le recueillement et la piété au choeur ».

    Et l’article III prescrit : « Les clercs s’engagent à exécuter de leur mieux toutes les cérémonies qu’ils seront invités à faire par le Maître des Cérémonies. »

    Ils s’acquittent de leur tâche, avec conscience et l’on peut, en toute vérité le dire, leur présence à Saint-Merry est un vrai stimulant de zèle, un réconfort. »

    Joris-Karl Huysmans, Trois églises (chap. sur Saint-Merry).

  4. « Il n’est pas douteux que les bréviaires gallicans, le parisien surtout, n’eussent besoin de réformes. Dom Guéranger avait signalé très justement leurs défauts, leur manque de piété même. Et de fait, manié et remanié par les Harlay, les Noailles, les Vintimille, le bréviaire de Paris sentait le Jansénisme à plein nez ; il pouvait beaucoup moins servir aux catholiques qu’aux « appelants ».

    Mais ce n’était pas une raison pour accepter celui de Rome qui n’est qu’un passe-partout, qui ne tient compte, ni des traditions, ni des coutumes, ni des différentes dévotions des diocèses ; il fallait reconstituer le parisien, tel qu’il était au moyen âge, avant que les cuistres du XVIIe et du XVIIIe siècles, n’y eussent touché.

    Il n’en fut rien ; et naturellement le cérémonial eut le même sort que le bréviaire dont il était le complément. Ce fut avec la suppression du bréviaire gallican la mort de son rite imagé et le renvoi de ces liturges laïques que l’on désignait alors sous le nom de « chapiers ou d’indus ». Ils disparurent et l’orgueil sacerdotal auquel, si bon qu’il puisse être, nul prêtre n’échappe, y trouva son compte.

    Comment expliquer alors que Saint-Merry ait pu garder ce vestige d’un rituel périmé qui survécut d’ailleurs, pendant quelque temps encore, mais plus effacé, dans d’autres églises du même archidiaconé, telles que Saint-Nicolas-des-Champs et Sainte-Élisabeth, pour en citer deux ? Je ne sais. Il y eut, sans doute, jadis à Saint-Merry comme à Saint-Thomas d’Aquin où les chapiers n’existent plus, mais où l’on chante encore, pendant la Semaine Sainte, l’antique prose de l’ancien Parisien, le « Languentibus in purgatorio » un curé, épris des doctrines gallicanes, et qui sauva, de sa propre autorité, quelques débris des coutumes usitées dans son église. Et par désir de ne rien innover, par crainte de mécontenter les paroissiens, par ignorance peut-être, leurs successeurs ont laissé les choses en l’état et nous en profitons.

    Mais en quoi consiste, au juste, le rôle réservé, dans leur sanctuaire, aux clercs de Saint-Merry ? Ils font office d’acolytes, de thuriféraires, de cérémoniaires ; ils remplissent les fonctions de diacres d’honneur aux grand’messes ; ils arborent donc la chape et quand ils n’officient pas, ils revêtent dans le choeur la soutane vermillon, la grande aube blanche et la ceinture cerise.

    Leur but, déclarent les statuts de l’oeuvre, est « de contribuer à la gloire de Dieu et aux pompes du culte divin : première par l’exactitude à assister aux offices, deuxième par la bonne tenue, le recueillement et la piété au choeur ».

    Et l’article III prescrit : « Les clercs s’engagent à exécuter de leur mieux toutes les cérémonies qu’ils seront invités à faire par le Maître des Cérémonies. »

    Ils s’acquittent de leur tâche, avec conscience et l’on peut, en toute vérité le dire, leur présence à Saint-Merry est un vrai stimulant de zèle, un réconfort. »

    Joris-Karl Huysmans, Trois églises (chap. sur Saint-Merry).

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