Charles Levens – Te Deum – Deus noster refugium

Charles Levens, Te Deum - Deus noster refugium

Charles Levens – Te Deum – Deus noster refugium
Sophie Landy et Sophie Pattey (dessus), Vincent Lièvre-Picard (haute-contre), Sébastien Obrecht (taille), Sébastien Brohier et Marduk Serrano (basse-tailles), Marcos Loureiro de Sa (basse), Sagittarius, choristes de l’Ensemble baroque Orfeo et Ensemble Vocal Arpège, orchestre baroque Les Passions, Michel Laplénie (direction).

Acheter ce disque sur Alapage – 19,60 € – HORTUS 060 – sorti le 30/04/2008.

Sorti de la psallette de La Major à Marseille, Charles Levens, après avoir « vicarié » à Vannes et Toulouse, devient – de 1738 à sa mort – maître de chapelle de la cathédrale de Bordeaux. Son œuvre, essentiellement religieuse, est tirée de l’oubli par Sagittarius, puisque c’est ici le second CD que consacre Michel Laplénie à ce compositeur (Charles Levens, 2 Messes des Morts, Lyra d’Arco, 2003).

Donné en 1758 pour l’entrée du Maréchal de Richelieu à Bordeaux, le Te Deum de Levens dû connaître un succès certain, puisqu’on le redonnait encore en août 1789 « pour remercier Dieu du calme qui ne règne pas encore dans ce royaume » ! L’œuvre témoigne des qualités indéniables de la musique qui pouvait se donner loin de Paris et de la Cour. Nous sommes toutefois en province, aussi les guerrières et triomphantes timbales et trompettes versaillaises font-elles défaut dès la noble simphonie introductive, et le renfort à la basse du serpent nous consolera peu de ce manque cruel. L’admirable cohésion de l’orchestre et l’engagement enthousiaste de la masse chorale concourent toutefois à la majesté de l’œuvre, majesté à laquelle collaborent avec franchise les solistes sagittariens : noblesse un peu froide de Vincent Lièvre-Picard (Te Deum laudamus), aisance ornementale comme rythmique de Sophie Pattey (Tu Rex gloriæ mais les aigus y perdent en clarté), ; mentions toutes spéciales pour la générosité puissante vraiment saisissante de la basse Marcos Loureiro de Sa (Tu Rex gloriæ et le superbe Salvum fac populum) ainsi que pour le jeune timbre chaleureux de la taille Sébastien Obrecht (Pleni sunt cœli). L’œuvre se termine par un vrai moment de pure grâce par le trio vocal des hommes (Dignare, Domine, die isto), avant la conclusion fuguée – obligée du genre – par un chœur volontaire quoique toujours un peu flou (In te, Domine, speravi).

Au Te Deum fait suite le grand motet Deus noster refugium sur le Psaume 45, qui eut les honneurs de la Cour et du Concert spirituel. Fidèle à l’évolution du grand motet français après Lalande, le psaume s’orne des ors de l’Opéra : un tremblement de terre par un trio vocal des basses (Propterea non timebimus, dum turbatitur terra) dont les beaux débordements d’énergie se font quelque peu au détriment de la précision ; plusieurs tempêtes rendues par les vagues du chœur (Sonuerunt et turbatæ sunt aquæ eorum et Conturbatæ sunt). Plus encore que dans le Te Deum, on y sent l’influence prégnante de l’école provençale : la parenté avec Campra ou Gilles apparaît indéniable. Souhaitons donc que d’autres enregistrements nous fassent mieux connaître leur petit cousin bordelais.

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