Ave Rex noster – une antienne parisienne pour la procession des Rameaux

Dominica Palmarum
In Processione, Antiphona ad adorandam Crucem

Antienne parisienne pour les Rameaux : Ave Rex noster

Ave, * Rex noster, Fili David, Redémptor mundi, quem prophétæ prædixérunt Salvatórem dómui Israel esse ventúrum. Te enim ad salutárem víctimam Pater misit in mundum, quem exspectábant omnes sancti ab orígine mundi. Et nunc : « Hosanna Fílio David : Benedíctus qui venit in nómine Dómini : Hosánna in excélsis ». Salut, notre Roi, Fils de David, Rédempteur du monde, que les prophètes prédirent être le Sauveur de la maison d’Israël qui doit venir. C’est toi en effet que le Père envoya dans le monde comme victime salutaire, qu’attendaient tous les saints depuis l’origine du monde. Et maintenant : « Hosanna au Fils de David ; béni soit celui qui vient au nom du Seigneur, Hosanna dans les hauteurs. »

Source : Missel Parisien de l’ancien fond de Notre-Dame de Paris (c. 1225) – F-Pn lat. 1112 f°75 r° (CAO n°1543).

L’antienne Ave Rex noster, qui n’a pas été retenue parmi les pièces chantées à la procession des Rameaux par le Missel de Saint Pie V de 1570, n’est pas propre à Paris : elle se rencontre au cours de la cérémonie du dimanche des Rameaux dans de très nombreux usages diocésains ou d’ordres religieux (on la retrouve ainsi chez les Cisterciens, les Carmes et les Dominicains – à Tolède, le chantre qui l’entonnait portait un sceptre en honneur de la royauté du Christ[1]).

Au rit parisien, après le chant de l’évangile des Rameaux (ou après le sermon qui le suit, s’il y a lieu), on chante cette antienne Ave Rex noster. Ce chant au cours des âges à donné lieu à une cérémonie touchante, accompagnant la salutation du Messie comme notre roi.

Pendant ce chant en effet, le célébrant, ses ministres, et le reste du clergé selon son rang, puis le peuple, tous viennent adorer deux à deux la croix. Celle-ci est soit la croix hosannière, édifiée pour cette cérémonie le plus souvent dans le cimetière, soit la croix de procession (ou même parfois à la croix de la poutre de gloire à l’entrée du chœur de certaines églises).

Cette adoration se déroule de la façon suivante : on s’incline profondément devant la croix, puis on se met à genoux pour l’embrasser, en jetant à son pied une petite branche de son rameau, à l’imitation du peuple de Jérusalem jetant des Rameaux sous les pas du Sauveur entrant dans la Ville. On se retire en s’inclinant à nouveau une seconde fois. Certaines Semaines Saintes notent qu’on répète l’antienne Ave Rex noster autant de fois que nécessaire pendant toute cette adoration[2].

Cette cérémonie est décrite dans le Cérémonial parisien du Cardinal de Noailles de 1703, Chapitre VII, 9 (De Dominica Palmarum :

Post concionem, vel ubi non habetur, post evangelium, cantatur antiphona Ave Rex noster, tuncque celebrans, ministri, ac reliqui de clero per ordinem, & populus, prostrati crucem osculantur, & ad ejus pedem projiciunt surculum rami, profunde inclinantes ante & post.

Au Moyen-Age, dans les endroits où l’on avait coutume de porter une hostie consacrée à la procession des Rameaux[3], c’était le corps du Christ qui était adoré au moment de l’antienne Ave Rex noster, au lieu de la croix.

Au travers de ce petit exemple aujourd’hui oublié de cette antienne des Rameaux, on admirera le génie des liturgies médiévales qui associaient habilement le chant des textes liturgiques à des gestes profonds, apte à marquer soutenir la foi des peuples.

Ave Rex noster - Missel parisien de Saint-Louis de Poissy, c. 1325.

Ave Rex noster – Missel Parisien de Saint-Louis de Poissy, c. 1325.

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Rit parisien – Répons Inter natos mulierum – Nativité de saint Jean Baptiste

In Nativitate S. Ioannis Baptistæ
In tertio nocturno, Resp. tertius

Répons Inter natos mulierum - ton 1 - Nativité de saint Jean Baptiste, rit parisien.

 

Inter natos mulíerum non surréxit major Joánne Baptísta : * Qui viam Dómino præparávit in erémo. Entre les fils des femmes, il n’y en a point eu de plus grand que Jean-Baptiste. Il prépara la voie du Seigneur dans le désert.
(Matthieu XI, 13)
℣. Fuit homo missus a Deo, cui nomen erat Joánnes. ℣. Et ayant jeûné quarante jours et quarante nuits, il eut faim ensuite.
(Jean I, 6)
* Qui viam Dómino præparávit in erémo. * Il prépara la voie du Seigneur dans le désert.
Glória Patri, & Fílio, & Spirítui Sancto. Gloire au Père, & au Fils, & au Saint-Esprit.
* Qui viam Dómino præparávit in erémo. * Il prépara la voie du Seigneur dans le désert.

Source : Antiphonaire de Notre-Dame de Paris (c. 1300) – F-Pn lat. 15182 f°211 v°. – Cantus ID: 006979 & 006979a.

Ce répons, le troisième du troisième nocturne de la fête de la Nativité de saint Jean Baptiste dans l’ancien rit parisien, était également repris au cours de la procession qui précédait à Paris la grand-messe de cette fête (en seconde position, après le répons Hic præcursor). Présent dans de très nombreux manuscrits médiévaux un peu partout en Europe, ce répons ne figure plus dans l’office romain actuel, qui a éliminé les dernier répons de matines par simplification de cette partie de l’office, en posant que le Te Deum en tenait lieu (la disposition primitive était : chant du dernier répons – chant de l’évangile de matines – chant du Te Deum ; or l’évangile de matines, attesté par Egérie au IVème siècle, a fini par disparaître en Occident, mais il s’est conservé à l’office dominical bénédictin ainsi qu’aux matines de Noël et de l’Epiphanie dans la plupart des usages diocésains ou religieux).

Plain-chant parisien – Répons Stirps Jesse – Immaculée Conception, Assomption & Nativité de la Sainte Vierge

In Nativitate B.M.V.
In secundo nocturno, Resp. tertius

Répons Stirps Jesse - Fulbert de Chartres

Stirps Jesse virgam prodúxit, vírgaque florem : * Et super hunc florem ** requiéscit Spíritus almus. La souche de Jessé a produit un rameau, et le rameau une fleur : * et sur cette fleur ** s’est reposé l’Esprit Saint.
(Texte de saint Fulbert de Chartres d’après Isaïe XI, 1-2)
℣. Virgo Dei Génitrix virga est, flos Fílius ejus. ℣. La Vierge Mère de Dieu est le rameau, et la fleur est son Fils.
(Texte de saint Fulbert de Chartres)
* Et super hunc florem requiéscit Spíritus almus. * Et sur cette fleur s’est reposé l’Esprit Saint.
Glória Patri, & Fílio, & Spirítui Sancto. * Gloire au Père, & au Fils, & au Saint-Esprit.
* Requiéscit Spíritus almus. * S’est reposé l’Esprit Saint.

Source : Antiphonaire de Notre-Dame de Paris (c. 1300) – F-Pn lat. 15181 f°379 v° et F-Pn lat.15182 f° 304 bis r°. – Cantus ID: 007709 & 007709a.

Ce répons fut (avec Solem justitiæ et Ad nutum Domini) l’un de ceux écrits par saint Fulbert, évêque de Chartres (c. 970 † 10 avril 1028) en l’honneur de la Nativité de Notre Dame pour être chantés à l’office nocturne de cette fête le 8 septembre. Son texte qui s’inspire d’Isaïe XI, 1-2, construit un adroit balancement entre Virga et Virgo ; ce texte est en fait extrait d’un poème plus long écrit par le saint évêque pour la fête de la Nativité de la Vierge, intitulé Solem iustitiae, regem paritura supremum (Patrologie Latine CXLI, 345). Si l’on en croit l’Abbé Lebeuf (Traité historique et pratique de chant ecclésiastique, 1741) qui avait à sa disposition une documentation étendue (souvent perdue lors de la révolution), le chant de ce répons fut modulé par le roi de France Robert II le Pieux lui-même, qui était un grand ami de saint Fulbert (c’est ce roi qui l’avait fait nommé évêque de Chartres en 1006 – Fulbert était déjà précédemment chanoine et écolâtre de la cathédrale de Chartres). Cette composition se caractérise par de beaux mélismes terminaux, celui du verset est en particulier célèbre car c’est sur lui qu’on a modulé le Benedicamus Domino des vêpres solennelles et parce que nombre de polyphonies médiévales primitives sont construites sur cette modulation.

Les trois répons de saint Fulbert pour la Nativité de la Vierge Marie eurent un succès immédiat et se répandirent très rapidement non seulement dans les diocèses français, mais encore fort loin dans toute l’Europe (ils n’ont toutefois pas été retenus dans le Bréviaire romain de saint Pie V). Saint Bernard (c. 1090 † 1153) commente le texte de Stirps Jesse dans sa seconde homélie de l’Avent. Dès le XIIème siècle, notre répons reçoit les honneurs des toutes premières polyphonies aquitaines à deux voix.

Dans l’ancien usage de l’Eglise de Paris, le répons Stirps Jesse était chanté à six reprises :

  1. à l’office nocturne de la fête de l’Immaculée Conception (8 décembre), où il constitue le 6ème répons (3ème répons du 2nd nocturne),
  2. comme répons des premières vêpres de la fête de l’Assomption (15 août),
  3. au cours de la procession entre tierce et la grand’messe de l’Assomption, et son versé était alors « organisé », c’est-à-dire chanté en organum polyphonique,
  4. aux premières vêpres de l’octave de l’Assomption (22 août),
  5. à l’office nocturne de la fête de la Nativité de la Sainte Vierge (8 septembre), où il constitue le 6ème répons (3ème répons du 2nd nocturne) et où il est à sa place primitive,
  6. à la procession suivant les complies de la fête de saint Denis (9 octobre).

L’une des conséquences inattendues du succès musical du répons Stirps Jesse de saint Fulbert de Chartres fut par la suite l’efflorescence du thème iconographique de l’arbre de Jessé, dont de belles représentations ornèrent les verrières de nos cathédrales gothiques.

Voici une magnifique vidéo de M. Michel Colas expliquant en détail la célèbre verrière de l’arbre de Jessé de la cathédrale de Chartres :

Vitrail de l'Arbre de Jessé - cathédrale de Chartres - XIIème siècle.

Vitrail de l’Arbre de Jessé – cathédrale de Chartres – XIIème siècle.

Rit parisien – Répons Adduxi vos per desertum – IVème dimanche de Carême

Dominica IV in Quadragesima
In tertio nocturno, Resp. tertius

Addúxi vos per desértum quadragínta annos, ego Dóminus ; non sunt attríta vestiménta vestra : * Manna de cœlo plui vobis, & oblíti estis me, dicit Dóminus. Je vous ai menés à travers le désert pendant quarante ans, moi, le Seigneur, & vos vêtements ne se sont pas usés : * J’ai fait pleuvoir du ciel pour vous la manne, & vous m’avez oublié, dit le Seigneur.
(Deutéronome XXIX, 5)
℣. Pópule meus, quid feci tibi aut quid moléstus fui ? Respónde mihi. Quia ego edúxi vos de terra Ægypti. ℣. Mon peuple, que t’ai-je fait ? Ou en quoi t’ai-je été désagréable ? Réponds-moi.
(Michée VI, 3)
* Manna de cœlo plui vobis, & oblíti estis me, dicit Dóminus. * J’ai fait pleuvoir du ciel pour vous la manne, & vous m’avez oublié, dit le Seigneur.
Glória Patri, & Fílio, & Spirítui Sancto. * Gloire au Père, & au Fils, & au Saint-Esprit.

Source : Antiphonaire de Notre-Dame de Paris (c. 1300) – F-Pn lat. 15181 f°222 r°. – Cantus ID: 006529 & 006529a.

Ce répons, le troisième du troisième nocturne du IVème dimanche de Carême dans l’ancien rit parisien, était également repris au cours de la procession qui précédait à Paris la grand-messe de ce dimanche. Son texte est tiré du Deutéronome et son verset, emprunté au prophète Michée, sera repris dans les Impropères du Vendredi saint. Ce répons fait partie du fond ancien du répertoire romano-franc : il figure dans l’Antiphonaire de Compiègne du IXème siècle (le plus ancien témoin complet du cursus romain de l’office divin) comme ultime répons de l’office nocture du IVème dimanche de Carême. Présents dans de très nombreux manuscrits médiévaux un peu partout en Europe, il n’a pas été retenu dans le Bréviaire romain de saint Pie V.

Rit parisien – Répons Ductus est Jesus in desertum – Ier dimanche de Carême

Dominica I In Quadragesima
In tertio nocturno, Resp. tertius

Répons Ductus est Jesus - ton 7 - Ier dimanche de Carême

Ductus est Jesus in desértum a Spíritu, ut tentarétur a diábolo : * et áccendens tentátor, dixit ei : Si Fílius Dei es dic ut lápides isti panes fiant. Jésus fut conduit par l’Esprit dans le désert, pour y être tenté par le diable ; * et le tentateur s’approchant de lui, lui dit : Si vous êtes Fils de Dieu, dites que ces pierres deviennent des pains.
(Matthieu IV, 1 & 3)
℣. Et cum jejunásset quadragínta diébus & quadragínta nóctibus, póstea esúriit. ℣. Et ayant jeûné quarante jours et quarante nuits, il eut faim ensuite.
(Matthieu IV, 2)
* et áccendens tentátor dixit ei si Fílius Dei es dic ut lápides isti panes fiant. * Et le tentateur s’approchant de lui, lui dit : Si vous êtes Fils de Dieu, dites que ces pierres deviennent des pains.
(Matthieu IV, 3)

Source : Antiphonaire de Notre-Dame de Paris (c. 1300) – F-Pn lat. 15181 f°222 r°. – Cantus ID: 006529 & 006529a.

Ce répons, le troisième du troisième nocturne du Ier dimanche de Carême dans l’ancien rit parisien, était également repris au cours de la procession qui précédait à Paris la grand-messe de ce dimanche. Son texte est bien sûr tiré du début du IVème chapitre de l’évangile selon saint Matthieu, qui est lu à la messe du Ier dimanche de Carême. Présent dans de très nombreux manuscrits médiévaux un peu partout en Europe, ce répons ne figure plus dans l’office romain actuel.