Rit parisien – Media vita – complies de Carême

Sabbato ante
Dominica II in Quadragesima
Ad Nunc dimittis, Ant.

Média vita in morte sumus : quem quærimus adjutórem, nisi tu Dómine ? qui pro peccátis nostris juste irásceris : * Sancte Deus, Sancte Fortis, Sancte Misericors Salvator, amaræ morti ne tradas nos. Au milieu de la vie, nous sommes dans la mort : quel secours chercher, sinon toi, Seigneur ? toi qui à bon droit es irrité de nos péchés : * Saint Dieu, Saint fort, Saint Sauveur miséricordieux, ne nous livre pas à la mort amère.
1. Nunc dimíttis servum tuum, Dómine, * secúndum verbum tuum in pace : 1. Maintenant, laisse ton serviteur, Seigneur, * selon ta parole, sans aller en paix.
2. Quia vidérunt óculi mei * salutáre tuum. 2. Car mes yeux ont vu * le salut qui vient de toi.
3. Quod parásti * ante fáciem ómnium populórum. 3. Que tu as préparé * devant la face de tous les peuples.
4. Lumen ad revelatiónem Géntium, * et glóriam plebis tuæ Israël. 4. Lumière qui doit se révéler aux Nations * & gloire de ton peuple Israël.
5. Glória Patri, & Fílio, * & Spirítui Sancto. 5. Gloire au Père, & au Fils, * & au Saint-Esprit.
5. Sicut erat in princípio, et nunc, et semper, * et in sæcula sæculórum. Amen. 5. Comme il était au commencement, & maintenant, & toujours, * & dans les siècles des siècles. Amen.
V/. Ne projícias nos in témpore senectútis ; cum defécerit virtus nostra, ne derelínquas nos, Dómine. * Sancte Deus, Sancte Fortis, Sancte Misericors Salvator, amaræ morti ne tradas nos. V/. Ne nous rejette pas dans le temps de la vieillesse ; et maintenant que notre force s’est affaiblie, ne nous abandonne pas, Seigneur. * Saint Dieu, Saint fort, Saint Sauveur miséricordieux, ne nous livre pas à la mort amère.

Sources : Antiphonaire de Notre-Dame de Paris (c. 1300) – F-Pn lat. 15181 f° 230 v°. – Cantus ID : 003732 & 003732b.
Psalmodie solennelle du Nunc dimittis selon les indications du Psalterium Parisiense imprimé de 1496.

Media vita est une antienne qui a connu un succès énorme au Moyen-Age. Saint Thomas d’Aquin entrait en ravissement et versait des torrents de larmes à chaque complies de Carême, lorsqu’on chantait le verset Ne projícias nos in témpore senectútis.

En raison du caractère particulièrement dramatique de son texte, on se mit à chanter cette antienne en dehors de l’office, en particulier sur les champs de bataille ou même pour des buts moins avouables où s’entremêlèrent quelques superstitions, au point qu’un concile réuni à Cologne en 1316 dût interdire aux fidèles de proférer des imprécations contre leurs ennemis en chantant Media vita (Quod non fiant imprecationes nec cantetur Media vita contra aliquas personas).

Dans son Chronicon S. Galli de 1613, l’historien allemand Erst Jodok Metzler a attribué la paternité de cette antienne à saint Notker le Bègue, moine de Saint-Gall en Suisse († 912), mais cette attribution bien tardive n’est étayée par aucune autre preuve ni source et parait assez faible.

L’antienne ne figure pas dans le fond ancien du répertoire de l’office divin romain et apparait pour la première fois – sans verset – dans des manuscrits du XIème simultanément en Italie du Nord, à Autun et en Angleterre : sa création a dû être de ce fait antérieure (serait-elle du Xème siècle ?) mais sa véritable origine reste inconnue. La nombre restreint d’antiphonaires antérieurs au XIème qui nous soient parvenus ne permettent pas de retracer précisément le parcours de cette pièce très curieuse.

Son texte est en effet remarquable en ce qu’il présente une version du Trisaghion de la liturgie orientale, qui était aussi largement pratiqué dans l’ancien rit des Gaules, supprimée par Pépin le Bref et Charlemagne au profit de la liturgie romaine. Il est possible que la première partie, avant Sancte Deus, soit de fait conçue comme un trope d’introduction du Trisaghion, et ait assuré la transmission d’une formule liturgique plus ancienne dans la nouvelle liturgie romano-franque.

A partir du XIIème siècle, l’antienne Media vita s’accompagne curieusement de versets, dont le plus commun (et probablement le plus ancien) – Ne projicias nos, celui-là même qui faisait pleurer saint Thomas d’Aquin – est celui utilisé tant par Paris que par les Dominicains. Ce verset Ne projicias nos est tiré du psaume 30, verset 9, avec mise au pluriel du verset biblique. Si l’antiphonaire manuscrit du chœur de Notre-Dame de Paris indique le chant du verset après le Nunc dimittis (comme dans l’usage de Sarum), les éditions postérieures du Breviarium Parisiense (de 1492 & 1500) placent ce verset avant le cantique évangélique, comme dans le rit dominicain.

La majorité des manuscrits assignent Media vita au Nunc dimittis des complies de Carême, assez souvent à partir de la mi-Carême, le milieu du Carême évoquant symboliquement le milieu de la vie évoqué par le texte de l’antienne, ainsi que le souligne en 1286 Guillaume Durand de Mende (Rational ou manuel des Divins offices, L. VI, chap. LII, n°IV & V). L’usage de Paris l’emploie aux complies de Carême à partir de la veille du IInd dimanche et jusqu’au Triduum pascal. Ce n’est qu’au XXème siècle que les éditions de Solesmes vont proposer le chant de Media vita pendant le temps de la Septuagésime.

A titre de comparaison, voici le chant dominicain de cette antienne de Nunc dimittis, qui est chantée dans cet Ordre à partir des complies de la veille du IIIème dimanche de Carême :

Et voici le Media vita dans l’usage de Sarum en Angleterre, tel qu’édité par l’excellent site The Sarum Rite. Il comporte trois versets et se chante à partir du IIIème dimanche de Carême :

Photos : messe solennelle en rit dominicain du second dimanche de Carême

Ce dimanche 12 mars 2017, Saint-Eugène – Sainte-Cécile avait l’honneur de recevoir le R.P. Louis-Marie de Blignères venu célébrer la sainte messe dans le rit dominicain, assisté par les RR.PP. Réginald-Marie Rivoire & Ambroise-Marie Pellaumail (ancien granc-clerc de Saint-Eugène), de la Fraternité Saint Vincent Ferrier, faisant fonctions de diacre & de sous-diacre.

Nous avons pu goûter les admirables cérémonies de la messe solennelle dominicaine, quelques peu plus complexes que celles du rit romain, mais qui, accomplies avec un infini respect, calme et douceur, ne lassent pas d’imprimer une paix surnaturelle dans les âmes. Vous trouverez ici le livret de cette messe distribué aux fidèles.

Chant de l’épître par le diacre. Notez que le chant se fait en dehors du chœur, face à l’autel. C’est un souvenir de l’ancien béma des toutes premières églises de Palestine & de Syrie, sorte d’estrade au milieu de la nef sur laquelle se faisaient les lectures dans la primitive Eglise.

Chant des deux traits de ce second dimanche de Carême par les chantres de la Schola Sainte Cécile. Le rit dominicain – exactement comme l’ancien rit de Paris – chante en ce jour les traits De necessitatibus & Confitemini, et, exceptionnellement, il n’y a pas de graduel en ce dimanche. Vous pouvez visualiser ici le livret des chantres, avec le plain-chant dominicain de ce dimanche.

Le sous-diacre dépose le calice sur l’autel.
Entre le chant de l’épître et le chant de l’évangile, a lieu une série d’actions liturgiques tout à fait originales à la liturgie solennelle dominicaine : le diacre commence par déplier le corporal à l’autel, puis le sous-diacre présente le calice au prêtre à la banquette pour le garnir puis remonte à l’autel déposer le calice avant de revenir à la banquette. Les acolytes vont chercher la croix à la sacristie pour la procession de l’évangile. Une fois revenus au chœur avec le crucifère et le thuriféraire, ce dernier demande la bénédiction de l’encens au prêtre à la banquette. Le diacre devant proclamer l’évangile demande la bénédiction au prêtre à la banquette. Tous les ministres processionnent ensuite jusqu’au lieu de l’évangile.

Pendant le chant des deux traits par le chœur, les acolytes et le thuriféraire vont chercher la croix à la sacristie. La croix va être placée devant le diacre qui proclame l’évangile.

Chant de l’évangile de la Transfiguration par le diacre, face à la croix encadrée par les cierges des acolytes. Le diacre pose l’évangéliaire sur un pupitre (le sous-diacre soutient l’évangéliaire au rit romain). Le diacre chante face au Nord, comme dans le rit romain, pour proclamer symboliquement la lumière de l’Evangile devant illuminer les ténèbres barbares.

Prédication du R.P. de Blignères.

Prédication du R.P. de Blignères, qui portait sur les apparitions de la Vierge Marie à Fatima (dont nous fêtons le centenaire cette année), et en particulier sur la prière que la Mère de Dieu a appris aux trois petits voyants : « O mon Jésus, pardonnez-nous nos péchés, préservez nous du feu de l’Enfer, prenez en Paradis toutes les âmes, surtout celles qui ont le plus besoin de votre miséricorde ».

Inclinaison profonde des ministres devant l’autel. Le rit dominicain a conservé des dispositions plus antiques : on ne génuflecte qu’en arrivant au début de la messe et à la fin de celle-ci. L’inclinaison profonde marque le reste du temps l’adoration. Le rit romain l’a remplacé à l’époque moderne par la génuflexion.

Pendant les encensements de l’offertoire. Notons que l’autel n’est pas encensé au début de la messe dominicaine. En Occident, l’encensement de l’autel à l’offertoire est une pratique plus ancienne que celui de l’introït (les premiers Ordines Romani – les plus anciens documents qui décrivent la liturgie du Pape à Rome – ne mentionnent l’encensement de l’autel qu’à l’offertoire ; du reste, la messe des morts romaine, qui a eu tendance à conserver les structures liturgiques plus anciennes, ne connait pas non plus l’encensement de l’autel au début de la messe).

Encensement de l’autel à l’offertoire.

Lavabo à l’offertoire. Notons que ce sont le diacre & le sous-diacre qui sont alors ministres du célébrant (ce sont les acolytes au rit romain).

Avant la consécration.

Elévation du Corps Très-Saint de Notre Seigneur.

A l’élévation du Corps du Seigneur. Notez la position du diacre et du sous-diacre de part & d’autre du célébrant (dans le rit romain, le sous-diacre se tient derrière le célébrant).

Le diacre porte la paix au chœur, en présentant à chacun un instrument de paix à baiser. Le diacre souhaite la paix avec l’antique formule, autrefois en usage aussi dans le rit parisien et qui provient peut-être de l’ancien rit des Gaules :

Pax tibi et Ecclesiae Dei sanctae. – Paix à toi & à la sainte Eglise de Dieu.
R/. Et cum spiritu tuo. – R/. Et avec ton esprit.

Diacre, prêtre & sous-diacre. Notez le missel posé sur un coussin, un usage semblable est également possible dans le rit romain (quoique peu fréquemment pratiqué).

Inclinaison profonde du célébrant et de son diacre devant les saints oblats.

Dominus vobiscum. Dans le rit dominicain, lorsque le tabernacle est sur l’autel où est célébrée la messe et si il contient le Corps du Seigneur, le célébrant, en se retournant, se décale sur le côté pour ne pas tourner le dos au Très-Saint Sacrement.

Bénédiction finale du célébrant.

Les Pères de la Fraternité Saint Vincent Ferrier sont en train de construire la nouvelle grande & magnifique église de leur couvent de Chéméré-Le-Roi en Mayenne. N’hésitez pas à suivre ce chantier & à y contribuer.

Programme du second dimanche de Carême

Pietro Perugino : La Transfiguration de Notre Seigneur (1496)Saint-Eugène, le dimanche 12 mars 2017, messe solennelle de 11h célébrée dans le rit dominicain par le R.P. de Blignères, fondateur de la Fraternité Saint Vincent Ferrier. Conférence de Carême du R. P. Rivoire, fsvf, à 17h. Secondes vêpres & salut du Très-Saint Sacrement à 17h45.
(Répétition samedi 11 mars à 18h, précédée du chant des Ières vêpres du dimanche dans la tradition parisienne à 17h30).

> Catéchisme sur le Carême

Le second Dimanche de Carême est appelé Reminiscere, du premier mot de l’Introït de la Messe, et quelquefois aussi le Dimanche de la Transfiguration, à cause de l’Évangile qui y est lu.

La messe de ce dimanche est d’introduction relativement récente : il n’y avait pas primitivement de messe dominicale ce dimanche, car c’était la longue messe du samedi des Quatre-Temps de Carême, laquelle commençait le samedi après none et durait une bonne partie de la nuit (on y faisait les ordinations aux ordres ecclésiastiques) – qui en tenait lieu. De ce fait, les pièces de la messe de ce dimanche sont empruntées à d’autres jours : l’introït Reminiscere provient de la messe du Mercredi des Quatre-Temps de Carême, de même que le graduel Tribulationes cordis mei, l’offertoire Meditabor in mandatis tuis et l’antienne de communion Intellige clamorem. L’évangile de la Transfiguration est repris de la messe du Samedi des Quatre-Temps de la veille. La secrète est la même qu’au IVème dimanche de l’Avent et la Postcommunion est reprise du dimanche de la Sexagésime.

Le rit dominicain en ce jour utilise presque les mêmes textes que le rit romain : il y a toutefois deux traits (le premier, De necessitatibus) prend la place du graduel romain (et les rubriques précisent que celui-ci doit être chanté en chœurs alternés). Soit dit en passant, l’ancien rit parisien connaissait aussi l’usage de ces mêmes deux traits en ce second dimanche de Carême.

Longtemps, le rit romain et ses variantes n’ont pas connu d’autre fête de la Transfiguration que ce dimanche (ou plus précisement ce Samedi des Quatre-Temps). Les homélies de saint Léon Ier le Grand sur la Transfiguration, prononcées en cette nuit à Saint-Pierre à la messe du Samedi des Quatre-Temps, sont un vrai chef-d’œuvre et indiquent également les raisons pour lesquelles l’Eglise de Rome a placé la Transfiguration pendant le Carême.

Au cours du Moyen-Age, à l’instar des Orientaux, plusieurs Eglises d’Occident se mirent à célébrer distinctement une fête de la Transfiguration le 6 août. Rome ne s’y décida qu’en 1456, en mémoire de l’éclatante victoire de la levée du siège de Belgrade, remportée sur Ottomans. La composition de l’office de la Transfiguration (au 6 août) est attribuée au pape Callixte III qui avait convoqué à cette occasion une croisade de prières contre les ennemis de la Foi.

La station de ce jour, à Rome, est dans l’Église de Sainte-Marie in Domenica, sur le mont Cœlius. Cette station est assez récente, il s’agissait à l’origine de l’antique Diaconie où présidait saint Laurent, et dans laquelle il distribuait les aumônes de l’Église.

IIndes vêpres du IInd dimanche de Carême. Au salut du Très-Saint Sacrement :

  • Motet d’exposition : O salutaris Hostia – sur le ton de l’hymne du Carême, Audi benigne Conditor – IInd ton
  • A la Bienheureuse Vierge Marie : Ave Regina cœlorum – VIème ton
  • Prière pour Notre Saint Père le Pape : Oremus pro Pontifice nostro
  • A la bénédiction du Très-Saint Sacrement : Tantum ergo – Ier ton, sur le ton de Pange lingua gloriosi prœlium certaminis
  • Chant final, d’action de grâces : Hymne Christe qui lux es & dies – Antique hymne du Carême, à complies – IInd ton

Télécharger le livret de cette messe au format PDF.
Télécharger le livret des chantres (plain-chant dominicain) au format PDF.
Télécharger le livret des chants des dimanches de la Septuagésime aux Rameaux au format PDF.
Télécharger le livret des IIndes vêpres du dimanche.
Télécharger le livret du propre des IIndes vêpres et du salut du second dimanche de Carême.

Programme de la messe de Requiem pour Louis XVI à la Chapelle Expiatoire

Lancelot-Théodore Turpin de Crissé (1782 † 1859) - Une messe à la Chapelle Expiatoire (1835 - Musée Carnavalet)

Chapelle Expiatoire, le samedi 17 janvier 2015, messe de Requiem en rit dominicain de 10h30.

« Je meurs innocent de tous les crimes qu’on m’impute. Je pardonne aux auteurs de ma mort, et je prie Dieu que le sang que vous allez répandre ne retombe jamais sur la France » (Louis XVI).

A l’occasion du 222ème anniversaire de la mort du roi Louis XVI, l’Institut de la Maison de Bourbon organise une messe de Requiem pour Sa Majesté le roi Louis XVI à la Chapelle Expiatoire (29, rue Pasquier, 75008 Paris) le 17 janvier 2015, messe qui sera célébrée en présence de Monseigneur le duc d’Anjou, Chef de la maison de Bourbon et de Madame la duchesse d’Anjou.

L’évènement sur Facebook.

Le duc & la duchesse d'Anjou avec Sa Sainteté le Pape Benoît XVI

Programme de la messe de Requiem pour Louis XVI à la Chapelle Expiatoire

Lancelot-Théodore Turpin de Crissé (1782 † 1859) - Une messe à la Chapelle Expiatoire (1835 - Musée Carnavalet)

Chapelle Expiatoire, le samedi 25 janvier 2014, messe de Requiem en rit dominicain de 10h.

« Je meurs innocent de tous les crimes qu’on m’impute. Je pardonne aux auteurs de ma mort, et je prie Dieu que le sang que vous allez répandre ne retombe jamais sur la France » (Louis XVI).

A l’occasion du 221e anniversaire de la mort du roi Louis XVI, l’Institut Duc d’Anjou organise une journée du souvenir le 25 janvier 2014 en présence de Monseigneur le duc d’Anjou, Chef de la maison de Bourbon. Cette journée débutera par le chant d’une messe de Requiem pour Sa Majesté le roi Louis XVI à la Chapelle Expiatoire (29, rue Pasquier, 75008 Paris). Cette messe sera chantée par la Schola Sainte Cécile, accompagnée pour l’occasion de sacqueboutes.

  • Introït : de la messe de Requiem à 5 voix dit des rois de France d’Eustache du Caurroy (1549 † 1609), maître de la chapelle du roi Henri IV. Employée d’abord pour les funérailles d’Henri IV en 1610, cette messe fut par la suite employée à Saint-Denys pour toutes les funérailles royales jusqu’à la révolution.
  • Kyrie : de la messe de Requiem d’Eustache du Caurroy
  • Graduel Si ambulem : de la messe de Requiem d’Eustache du Caurroy (graduel diffère de celui du rit romain , il propre à l’ancien usage de Paris & de la Chapelle royale (et de beaucoup d’autres diocèses français), et est resté en usage au rit dominicain)
  • Trait : de la messe de Requiem de Claudio Casciolini (1697 † 1760), chantre de Saint-Laurent in Damaso à Rome
  • Dies iræ de la Missa pro defunctis de l’Abbé Homet, maître de chapelle de Notre-Dame de Paris et de Saint-Germain L’Auxerrois (XVIIIème siècle)
  • Offertoire : de la messe de Requiem de Claudio Casciolini
  • Sanctus : de la messe de Requiem d’Eustache du Caurroy
  • Benedictus : de la messe de Requiem d’Eustache du Caurroy
  • Agnus Dei : de la messe de Requiem d’Eustache du Caurroy
  • Pendant la communion : De profundis de la Messe de Requiem des évêques de Langres, de Nicolas-Mammès Couturier (1840 † 1911), maître de chapelle de la cathédrale de Langres
  • Communion : de la messe de Requiem de Claudio Casciolini
  • Absoute : de la messe de Requiem de Claudio Casciolini
  • Sortie : Domine salvum fac Regem – Prière pour le roi, de la Messe « Gaudete in Domino semper » du Sacre de Louis XVI (célébré en la Cathédrale de Reims, le dimanche de la Trinité, 11 juin 1775), par François Giroust (1738 † 1799), son maître de chapelle
  • L’évènement sur Facebook.

    Le duc & la duchesse d'Anjou avec Sa Sainteté le Pape Benoît XVI

    Le Flabellum de Saint-Philibert de Tournus – flabella et ripidia d’Orient & d’Occident

    Si les flabella portés en signe d’honneur autour du Pape sont bien connus en Occident, on a généralement oublié que ceux-ci avaient connu un usage liturgique bien plus large, usage encore conservé de nos jours en Orient.

    L’usage liturgique des flabella débute très haut dans l’histoire chrétienne, aussi n’est-ce guère étonnant de constater de grandes similitudes dans leur emploi en Orient comme en Occident. En effet leur emploi remonte au moins au IVème siècle, ainsi que l’atteste ce passage du VIIIème livre des Constitutions Ecclésiastiques :

    « Que deux diacres, de chaque côté de l’autel, tiennent un éventail, constitué de fines membranes, ou des plumes du paon, ou de drap fin, et qu’ils chassent silencieusement les petits animaux qui volent, afin qu’ils ne s’approchent pas des calices. (VIII, 2) »

    L’abbaye de Tournus, en Bourgogne, possédait un très ancien flabellum remontant à l’époque carolingienne. Ce flabellum liturgique avait été décrit comme figurant au trésor de Tournus par dom Edmond Martène et dom Ursin Durand, lors de leur mémorable campagne de collecte d’information dans tous les monastères de France en vue de la rédaction de Gallia christiana (cf. Voyage littéraire de deux religieux bénédictins de la congrégation de St-Maur, Paris, 1712 & 1724) : ils décrivent un vieux flabellum, possédant un manche d’ivoire de deux pieds de long, magnifiquement sculptés ; les deux côtés du disque comprenant quatorze figures de saints.

    Ce témoignage unique se trouve actuellement conservé à Florence, en Italie, au Museo Nazionale del Bargello.

    Le flabellum de Tournus est un témoin exceptionnel de part son ancienneté (il date des années 850), sa fragilité (le disque est en papier plissé et peint) et la virtuosité de son décor sculpté en ivoire (qui témoigne de la renaissance des lettres comme des arts à l’époque carolingienne, puisqu’il revivifie des textes de Virgile). C’est le plus ancien témoin occidental que nous possédions (un flabellum copte, décrit plus bas, lui est à peine antérieur de quelques années).

    Ce flabellum a été offert par Génaut, abbé de Cunault, protecteur des arts, dont l’abbatiat se situe aux alentours de 850. Depuis cette époque, le précieux objet a suivi l’histoire mouvementée des reliques de saint Philibert, puisqu’il a été versé dans le trésor accompagnant la pérégrination du corps de ce saint.

    Saint Philibert fut au VIIème siècle un infatigable fondateur de monastères parmi lesquels la grande abbaye de Jumièges & le monastère de l’île d’Hério (devenu plus tard Noirmoutier). Il mourut du reste, à un âge avancé, à Noirmoutier le 20 août 685. En raison des invasions normandes qui commencèrent à déferler à partir de 819, les moines de Noirmoutier entreprirent une longue errance à travers la France, emportant avec eux les reliques de saint Philibert ainsi que le trésor de leur abbaye de plus en plus loin à travers les terres. En 836, ils abandonnent Noirmoutier pour se fixer à Déas (Loire-Atlantique), puis en 845 vont à Cunault (sur la Loire en Anjou), puis 4 ans après à Messais en Poitou, près de Châtellerault, dans un domaine concédé par Charles-le-Chauve. Le Poitou étant à son tour menacé par les Normands, Charles-le-Chauve, très favorable aux moines, leur donne d’abord le lieu de Goudet près du Puy-en-Velay pour construire un nouveau monastère. Puis le 30 octobre 871, il leur concède l’abbaye de Saint-Pourçain en Auvergne dans l’Allier avec toutes ses dépendances. Le 19 mars 875, l’empereur accorde enfin comme refuge aux moines de saint Philibert l’abbaye Saint-Valérien de Tournus, avec le château et toutes ses dépendances. Les moines s’y fixèrent définitivement, renonçant à réintégrer Noirmoutier qui devint par la suite, une fois le péril normand écarté, comme Déas et Cunault, simple dépendance de Tournus. Les reliques de saint Philibert furent alors installées dans cette église qui, magnifiquement agrandie aux XIème & XIIème siècles, prendra le nom de Saint-Philibert de Tournus. Ainsi s’achève le laborieux exode des moines de Noirmoutier qui dura comme celui de l’Ecriture une quarantaine d’années. Cet exode est resté fameux en raison des très nombreux miracles accomplis par les reliques de saint Philibert à chacune des étapes de ses translations.

    L’éventail de Saint-Philibert est fabriqué dans une longue bande de parchemin aux plis réguliers. La décoration s’organise en trois registres séparés par des bordures et des inscriptions. Le peintre enlumineur a utilisé plusieurs couleurs, surtout du vert et du rouge. Les motifs animaliers et végétaux du rinceau du registre supérieur s’intercalent dans le registre central avec 14 figures de saints (7 de chaque côté).

    Nous empruntons au P. Juenin la description de ce fameux flabellum que l’on remarquait autrefois au trésor de l’abbaye de Tournus.

    « C’est, dit-il un éventail flabellum tel que ceux dont parle Durantus son livre De Ritibus ecclesiasticis et qu’il assure d’après le pape saint Clément que deux diacres tenaient de chaque côté de l’autel pour empêcher les petits animaux volants de tomber dans le calice. Le nôtre est attaché à un manche de bois couvert d’ivoire travaillé et long de 20 pouces. Il s’ouvre en rond et a 17 pouces de diamètre. Il se replie au bout du manche où il est attaché et s’y ferme entre des plaques aussi couvertes d’ivoire longues de 8 pouces et demi et larges de 2 pouces : de telle manière qu’étant fermé toute sa longueur est de 29 pouces, dont 3 à 4 seulement, par le bout d’en bas, ne sont pas couverts d’ivoire mais aboutissent un peu en pointe comme pour être emboîtés dans un trou. L’éventail est en vélin peint de diverses figures et contient les vers suivants, qui en font connaître l’usage, mais qui ne sont pas des meilleurs, contenant des fautes contre la quantité et des transpositions. »

    Voici les inscriptions qui figurent sur les diverses parties du flabellum de Tournus.

    On lit d’un côté du disque de papier :

    Flaminis hoc donum, regnator summe polorum,
    Obtatum puro pectore sume libens.
    Virgo parens Christi voto celebraris eodem.
    Hic coleris pariter tu, Filiberte sacer.
    Sunt duo quæ modicum confert æstate flabellum :
    Infestas abigit muscas, et mitigat æstum,
    Et sine dat tedio gustare munus ciborum.
    Proptereà calidum qui vult transire per annum,
    Et tutus cupit ab atris existere muscis,
    Omni se studeat æstate muniri flabello.

    Au dessus des figures qui sont représentées du même côté :

    Sancta Lucia – Sancta Agnes – Sancta Cæcilia – Sancta Maria – Sanctus Petrus – Sanctus Paulus – Sanctus Andreas.

    De l’autre côté :

    Hoc decus eximium pulchro moderamine gestum
    Condecet in sacro semper adesse loco.
    Namque suo volucres infestas flamine pellit,
    Et strictim motus longiùs ire facit.
    Hoc quoque flabellum tranquillas excitat auras,
    Æstus dùm eructat ventum, excitatque serenum,
    Fugat et obcænas importunasque volucres.

    Au dessus des figures :

    Judex – Sanctus Mauritius – Sanctus Dionisius – Sanctus Filibertus – Sanctus Hilarius – Sanctus Martinus – Levita

    Les 2 plaquettes d’ivoire qui protègent l’éventail une fois replié sont ornées d’éléments végétaux et d’un vaste répertoire animalier inspiré de Virgile.

    « Les éléments profanes, inspirés des Eglogles de Virgile, et copiés sur un manuscrit de la fin de l’antiquité, sont d’un style qui rappelle les enluminures du manuscrit de Virgile au Vatican. » (W. F. Wolbach, Les ivoires sculptés, de l’époque carolingienne au XIIe siècle, in Cahiers de civilisation médiévale, 1958, Vol. 1, numéro 1.1., p. 21).

    Le manche est réalisé avec des éléments en os séparés par des noeuds de couleur verte. Sur la première pomme du manche, au dessous de quatre figures en relief :

    S. Maria – S. Agnes – S. Filibertus – S. Petrus.

    (Saint Paul a remplacé par la suite la figure originelle de sainte Agnès).

    Sur la seconde figure la signature de l’artiste, un certain Joël :

    † Johel me sanctæ fecit in honore Mariæ.

    La troisième pomme ne comporte point d’inscription.

    L’ensemble des inscriptions renvoient à l’usage liturgique de l’objet et confirment la dédicace à la Vierge et à saint Philibert. Les flabella étaient donc utilisés autour de l’abbé célébrant la messe, à l’origine pour chasser les insectes autour de l’autel et sans doute aussi pour apporter de l’air frais les jours de grande chaleur. Cet usage purement utilitaire devait toutefois s’empreindre dès l’origine de hiératisme, à l’instar de l’usage qu’en faisait les anciens Egyptiens.

    Les flabella en Orient

    Dans les liturgies orientales, les flabella liturgiques sont toujours employés ; ils ont perdus au cours des âges leurs évents (de plume, papier ou tissu) et il ne subsiste plus, au bout du manche de l’objet, que le disque central – sur lequel figure usuellement un chérubin aux six ailes.

    Les flabella sont désignés en grec sous le nom d’άγια ριπίδια (aghia ripidia : saints éventails) et parfois sous le terme d’εξαπτέρυγα (hexapteryga : « six ailes »). Le symbolisme angélique va particulièrement être développé en Orient. Saint Sophrone, patriarche de Jérusalem († 641) indique que, dans l’esprit de l’Eglise, les images des ripidia figurant des chérubins & des séraphins symbolisent l’invisible participation des puissances angéliques aux sacrements de l’Eglise. Saint Photius, patriarche de Constantinople († 886) témoigne qu’à cette époque les ripida étaient encore ornés de plumes. Dans son esprit, ils ont été conçus pour « prévenir l’esprit obscurci à ne pas s’attarder sur le visible, mais, en détournant son attention, à attirer les yeux de son esprit & à les détourner vers le haut, du visible à la beauté invisible & ineffable. »

    Ripidion byzantin présentant un chérubin.

    Ripidion copte en argent de la fin du VIIIème – début du IXème siècle.
    Brooklyn Museum of Art, New York.
    Les 4 animaux de l’Apocalypse, figurant les 4 évangiles, entourés chacun des six ailes, sont présentés de part & d’autre du disque.

    Selon les livres liturgiques byzantins, et conformément aux Constitutions Apostoliques du IVème siècle, pendant la liturgie de saint Jean Chrysostome, deux diacres se tiennent près de l’autel avec des ripidia qu’ils agitent doucement au-dessus des saints dons, depuis l’offertoire jusqu’à la communion (mais seulement pendant la consécration pour la liturgie de saint Basile). De nos jours, comme les saints dons sont désormais couverts, cet usage est tombé en désuétude pour les diacres, sauf le jour de leur ordination diaconale : l’évêque leur remet le ripidion avec leurs vêtements diaconaux et leur livre d’office, et les présente ainsi au peuple pour l’acclamation Axios ! (Il est digne !), ensuite le diacre ordonné agitera son ripidion près de l’autel selon l’antique pratique décrite par les livres liturgiques.

    Les ripidia sont portés usuellement, dans l’Orient byzantin, à l’évangile, lors de la Grande Entrée (offertoire de la Divine Liturgie) et à toutes les processions. Leur usage est souvent laissé aux sous-diacres ou aux acolytes. La photo ci-dessus montre le chant de l’évangile par le diacre à la cathédrale du Christ-Sauveur de Moscou, entouré de 4 acolytes portant des ripidia.

    Les Russes les emploient fréquemment pour honorer une relique ou une icône insigne. Ci-dessus, des ripidia honorent l’icône de la Très-Sainte Trinité le jour de la Pentecôte à la Laure de la Trinité-Saint-Serge.

    Lorsqu’ils ne sont pas employés, les ripidia sont disposés derrière l’autel (ou non loin de celui-ci en Russie du Nord, car l’usage s’y est établi de disposer à leur place les icônes du Christ & de la Mère de Dieu).

    Les ripidia sont en usage également chez les Arméniens (qui l’appellent Kechotz), les Maronites, les Syriaques (qui l’appellent Marvahtho) & les Chaldéens. On y attache d’ordinaire de petites clochettes. On les agite à certains moments importants de la liturgie (l’épiclèse chez les Arméniens par exemple), ce qui produit un effet similaire à celui des clochettes dans le rit romain.

    Marvahtho syriaque orné de branchages pour le jour des Rameaux

    Les Ethiopiens enfin se servent de chasse-mouches liturgiques en crin de cheval, plus rudimentaires mais efficaces !

    Sainte Sanctification (=messe) dominicale dans l’antique cathédrale d’Axoum en Ethiopie. L’un des diacres tient un cierge et un chasse-mouche liturgique.

    Les flabella en Occident

    Même s’il est sans doute le plus ancien témoin occidental conservé, le flabellum de Saint-Philibert de Tournus ne constitue pas un hapax, et l’instrument a été autrefois d’un emploi fréquent. En 813, on signale un flabellum en argent dans l’inventaire de l’abbaye de Saint-Riquier en Ponthieu (Migne, P. L., CLXXIV, 1257). Le testament d’Everard (mort en 837), fondateur de l’abbaye de Cisoin en mentionne un autre. L’inventaire du trésor de la cathédrale de Sarum (Salisbury, en Angleterre), daté de 1222, mentionne un flabellum en argent et deux en parchemin. L’inventaire de la cathédrale d’York recèle à la même époque un flabellum dont le manche était d’argent et le disque doré, lequel portait une image en émail de l’évêque. Haymon (Hamo Hethe), évêque de Rochester (mort en 1352), a laissé à son Eglise un flabellum d’argent à manche d’ivoire. La cathédrale Saint-Paul de Londres en possédait un orné de plumes de paon.

    L’abbaye de Kremsmünster en Haute-Autriche possède toujours un très intéressant flabellum du XIIIème siècle : dans les quartiers dessinés par une croix grecque est représentée la résurrection du Christ.

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    Voici ci dessus le magnifique disque d’un flabellum de Cologne, datant du début du XIIIème siècle (restauré & complété au XIXème siècle) conservé au Metropolitan Museum de New York.

    L’usage liturgique du flabellum semble s’être un peu partout éteint en Occident à partir du XIVème siècle. L’invention de la pale pour recouvrir le calice (qui remonte au moins au XVIème siècle), accéléra, comme en Orient, sa désuétude.

    Toutefois, il s’est maintenu en Occident dans quelques usages particuliers.

    Le Pape – ainsi que nous l’avons noté au début de cet article – était, jusqu’au dernières réformes liturgiques, accompagné de deux flabella. Les plumes de paon dont ils étaient confectionnés, à cause de leurs ocelles, symbolisaient le regard, et donc la vigilance du pape sur l’ensemble de l’Église.

    Le vénérable Pie XII porté sur la sedia gestatoria et entouré des deux flabella.

    Saint Jean XXIII porté sur la sedia gestatoria et entouré des deux flabella.

    L’archevêché de Lisbonne a été érigé en patriarcat par la bulle « In Supremo Apostolatus Solio » du 22 octobre 1716, afin de tenir compte de son autorité spirituelle sur l’ensemble de l’empire colonial portugais (mais aussi afin de remercier le Portugal pour son aide dans la lutte contre les Turcs). Le patriarche de Lisbonne possède depuis plusieurs privilèges, dont celui d’être accompagné de deux flabella.

    S.E. Manuel, cardinal Gonçalves Cerejeira, patriarche of Lisbonne de 1929 à 1971, accompagné par ses flabella. Notez aussi la mitre du patriarche qui imite la forme de la tiare papale (le patriarche de Lisbonne timbre ses armes d’une tiare sans les clefs).

    Le rit dominicain connait l’usage du flabellum. Voici une photo d’une messe solennelle célébrée dans le rit dominicain. Les 2 flabella sont tenus par les acolytes agenouillés.

    Flabellum dans le rit dominicain

    Voici encore quelques usages des flabella en Occident, dans des cadres un peu moins prestigieux mais toujours actuels (et, du reste, dans un contexte de nouveau rit).

    Procession de reliques avec flabella sur l’île de Malte.

    Procession des reliques de saint Liboire précédé du flabellum en la cathédrale de Paderborn (dans l’antique Saxe, actuellement en Rhénanie-du-Nord-Westphalie).
    Plus d’informations & de photos sur cette procession.

    Et pour finir, voici une photo de la procession des rameaux dans la paroisse anglicane de Saint-Timothée, à Fort-Worth au Texas :

    En conclusion, même si l’usage des flabella pourrait paraître désuet dans notre monde moderne, leur histoire extrêmement ancienne est aussi un témoin indirect de la grande vénération et de la prudence extrême dont la Sainte Eglise a entouré dès l’origine les saints dons eucharistiques, et par là même l’affirmation de sa foi en la présence réelle de notre Seigneur sous les espèces du pain & du vin.

    PS. : plus de photos pour illustrer cet article sur cet album de la page Facebook de la Schola Sainte Cécile.

    Rit parisien – Hymne Christe qui lux es & dies – complies de Carême

    L’évangile de la Transfiguration, qui a été lu hier samedi à la messe des Quatre-Temps de Carême et repris ce matin à la messe du IInd dimanche de Carême, m’offre l’opportunité de vous présenter une antique hymne de complies glorifiant le Christ, Lumière du monde.

    Cette hymne, Christe qui lux es et dies, fut au Moyen-Age l’hymne chantée pour les complies durant le Carême, mais elle n’a pas été retenue par le Bréviaire Romain. Il faut rappeler ici, ainsi que le suggère le mot lui-même, que le Bréviaire représente une abréviation de l’ancien office choral, afin de faire tenir celui-ci en un seul livre facile à transporter avec soi. Cette abréviation s’est faite principalement selon deux axes : d’une part en réduisant drastiquement la longueur des leçons des matines, d’autre part en diminuant radicalement la grande variété d’antiennes, d’hymnes et de répons qui existaient dans les livres de chœur plus anciens. Le Bréviaire Romain – dont la réalisation première paraît être le fait de clercs de la chapelle pontificale sous Innocent III (1198 – 1216) – a ainsi – par exemple – considérablement simplifié l’office de complies (qui ne varie presque plus et reste quasi identique toute l’année), tout comme celui des vêpres, surtout en Carême (les jours de fête, des antiennes spéciales existaient autrefois pour les psaumes des vêpres ; le bréviaire romain reprend en général les antiennes des laudes ces jours-là ; les antiennes propres au Carême disparaissent au profit de celles des vêpres communes). Cette abréviation est vraiment radicale si on compare le Bréviaire romain tel qu’il est né au XIIIème siècle avec le plus ancien témoin complet de l’office, l’Antiphonaire de Compiègne datant du IXème siècle, dans lequel il existe parfois une bonne dizaine d’antiennes au choix pour telle ou telle pièce de l’office.

    Toutefois, si cette hymne des complies qui nous occupe – Christe qui lux es & dies – n’a pas été reçue dans le Bréviaire romain, elle a été conservée plus longtemps par un grand nombre de rites et d’usages diocésains ou religieux (e.g. Sarum, Worcester, Paris, Cambrai, Tours, Utrecht, Tongres, Salzbourg, Aix-la-Chapelle, Mayence, Trèves, Esztergom, Benevent, Dominicain, Augustinien, etc.), généralement pour le Carême. Cette large diffusion peut s’expliquer, à mon avis par la vénérable antiquité de cette hymne. En effet, Christe qui lux es et dies est déjà citée dans la Règle des Vierges écrite aux alentours de l’an 500 par saint Césaire d’Arles, où elle était déjà assignée aux complies durant toute l’année (à l’exception du temps pascal pendant lequel elle est remplacée par Christe precamur annue). Ce très beau texte a longtemps été attribué à saint Ambroise (cf. Pat. Lat. 17, 1176-1177), malheureusement son véritable auteur demeure inconnu. La construction rythmique est cependant la même que celle des hymnes de saint Ambroise.

    L’adoption de la liturgie romaine dans l’Empire carolingien s’accompagna d’une diffusion généralisée de la Règle de saint Benoît, par suite d’un canon du Concile d’Aix-la-Chapelle tenu en 817 sous Louis Le Pieux.

    111. Ut officium juxta quod in regula sancti Benedicti continetur celebrent monachi.
    (cf. Labbe, Concilia, t. VII, c. 1505 ; Baluze, Capitul., I, c. 579).

    On assista alors à cette époque à une fusion significative de l’hymnaire bénédictin d’origine italienne (où l’hymne assignée à complies durant l’année est Te lucis ante terminum) & du vieil hymnaire gallican, ainsi que le montre plusieurs manuscrits de ce temps. Par exemple, le manuscrit 2106 de Darmstadt (qui peut être du des VIIIème et IXème siècles) donne au choix : « Ad completorium Christe qui lux es et dies, item ad completorium Te lucis ante terminum ». Saint Ethelwold, évêque de Winchester, dispose la même ordonnance dans sa règle monastique de 963.

    Par la suite, l’usage commun dans l’espace carolingien fut de garder la vieille hymne bénédictine Te lucis ante terminum aux complies durant l’année, et d’assigner Christe qui lux es & dies aux complies de Carême.

    C’est l’usage par exemple de Paris, et celui conservé jusqu’à nos jours par l’Ordre dominicain.

    Le chant de Christe qui lux es & dies est construit autour de la tierce mineure (ré-fa) du second ton ecclésiastique, cette mélodie calme et méditative introduit parfaitement à la douce intériorité que le texte appelle. Voici le chant de cette hymne d’après le grand antiphonaire de chœur de Notre-Dame de Paris daté des alentours de l’an 1300 :

    Voici une traduction française des élégants dimètres iambiques de Christe qui lux es et dies d’après Charles de Courbes en 1622 :

    Christe qui lux es & dies,
    Noctis ténebras détegis,
    Lucísque lumen créderis,
    Lumen beátum prædicans.
    Christ lumière, & jour apparent,
    Toutes ténèbres découvrant,
    Qui, splendeur de splendeur, est né,
    Prêchant la divine clarté.
    Precámur, sancte Dómine,
    Defénde nos in hac nocte :
    Sit nobis in te réquies,
    Quiétam noctem tríbue.
    Tres-saint Seigneur, doux Jésus-Christ,
    Défend-nous durant cette vie :
    Si bien qu’en toi ayons repos,
    Et douce vie par ton saint laus.
    Ne gravis somnus írruat,
    Nec hostis nos surrípiat :
    Nec caro illi conséntiens
    Nos tibi reos státuat.
    Non d’un tel profond somme épris,
    Que de Satan fussions surpris :
    Notre chair n’adhère à ses faits,
    Qu’à toi ne nous accuse, infects.
    Oculi somnum cápiant,
    Cor ad te semper vígilet :
    Déxtera tua prótegat
    Fámulos qui te díligunt.
    Que si notre œil est sommeillant,
    Le coeur soit à toi surveillant :
    Ta dextre soit l’appui constant,
    De tes élus qui t’aiment tant.
    Defénsor noster, áspice,
    Insidiántes réprime :
    Gubérna tuos fámulos
    Quos sánguine mercátus es.
    Sois donc notre bon défenseur,
    Réprime des malins le cœur,
    Régi tes servants affectés,
    Que par ton sang as rachetés.
    Meménto nostri, Dómine,
    In gravi isto córpore :
    Qui es defénsor ánimæ,
    Adesto nobis, Dómine.
    O Seigneur, souviens toi de nous,
    En ce corps grave & si reboux,
    Toi, de nos âmes, défenseur,
    Assiste-nous, ô cher Sauveur.
    Deo Patri sit glória,
    Ejusque soli Fílio,
    Cum Spirítu Paráclito,
    Et nunc et in perpétuum. Amen.
    A Dieu le Père soit honneur,
    Et à son Fils notre Seigneur,
    Au Saint Esprit semblablement,
    Ores & perdurablement. Amen.

    Le chant Dominicain est quasiment le même que le Parisien, avec une seule note qui diffère : ré au lieu de do au commencement du second verset (et aussi la périélèse à la fin de l’intonation, tradition parisienne typique). On trouverait, en comparant ces deux traditions liturgiques & musicales, de nombreux autres points de contacts. Voici le chant tel qu’il est noté dans le Completorium de Suarez de 1949. Notez la génuflexion sur le chant du verset « Quos sanguine mercatus es » :

    Le chant de Sarum est en ligne sur l’excellent site web Music of the Sarum Rite, page 855 :

    Plusieurs compositeurs ont laissé de la musique pour cette hymne : citons Eustache du Caurroy, Charles de Courbes ou encore William Byrd. Voici les très belles alternances polyphoniques écrites par le catholique anglais Robert White (c. 1538 † 1574), chantées ici avec le plain-chant de Sarum :

    Une autre version par le même compositeur :