Jean-Baptiste Geoffroy, Quam pulchra es

R.P Jean-Baptiste Geoffroy, s.j. (1601 † 1675), maître de musique de la maison professe des Jésuites à Paris.
Quam pulchra es – Motet en l’honneur de la Sainte Vierge
4 voix mixtes (SATB), basse continue et théorbe.
2 pages – Si bémol majeur (ton original : Ut majeur).

Né en 1601 dans le diocèse de Clermont, Jean-Baptiste Geoffroy entre dans la Compagnie de Jésus le 27 octobre 1621 et y fait sa profession religieuse le 22 avril 1640. Il devient maître de musique de la maison professe des Jésuites à Paris, dont l’église est l’église Saint-Louis (actuelle paroisse Saint-Paul – Saint-Louis), construite à partir de 1627, dont la dédicace fut célébrée en 1676.

Ce motet à la Sainte Vierge conviendra tout particulièrement à la fête de l’Immaculée Conception. Il est fait de plusieurs citations du Cantique des Cantiques qui sont en effet cités par l’office liturgique de cette fête.

Ce motet forme le numéro 34 d’une vaste collection, Musica sacra, ad varias ecclesiæ preces, à 4. vocibus. In plerisque ab unica, vel duabus, cum organo. Pars altera que Jean-Baptiste Geoffroy a fait publier à Paris chez Robert III Ballard en 1661. Ce motet est typique de la production de Jean-Baptiste Geoffroy : la musique reste toujours simple, car il s’agit vraisemblablement d’une production destinée aux Collèges tenus par les Jésuites et à leurs Missions, principalement celles de Nouvelle France. La structure de la composition vise elle aussi la simplicité : chaque verset est écrit sur le même modèle et alterne avec le retour régulier du refrain -, et à la modularité : un dessus solo peut lancer chaque phrase que le chœur à 4 voix répète.

Voici le texte de ce motet, et une traduction française :

V/. Quam pulchra es amíca mea, ô pulchérrima mulíerum ! V/. Que vous êtes belle, mon amie, ô la plus belle des femmes !
R/. Tota pulchra es, et mácula non est in te. R/. Vous êtes toute belle, et il n’est point de tache en vous.
V/. Vulnerásti cor meum soror mea sponsa, ô pulchérrima mulíerum ! V/. Vous avez blessé mon cœur, ma sœur, mon épouse, ô la plus belle des femmes !
V/. Vox tua dulcis, et fácie decóra, ô pulchérrima mulíerum ! V/. Votre voix est douce, & votre face est belle, ô la plus belle des femmes !

Nous proposons cette partition transposée en Si bémol majeur ou en La majeur (la basse continue en partie séparée en Si bémol majeur) ; son ton originel est en Ut majeur.

Les premières mesures de cette partition :

Quam pulchra est - motet en l'honneur de la Sainte Vierge - Jean-Baptiste Geoffroy

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Edition originale du Quam pulchra es. Ballard, 1661.

Edition originale du Quam pulchra es, partie du Superius. Ballard, 1661.

Nicolas-Mammès Couturier – Requiem des Evêques de Langres

Chanoine Nicolas-Mammès Couturier (1840 † 1911), maître de chapelle de la cathédrale de Langres.
Requiem des Evêques de Langres (Populus 95-102)
4 voix mixtes (SATB).
40 pages – Sol majeur.

Parmi les 19 messes complètes qui nous restent de l’œuvre féconde et multiforme du Chanoine Couturier, la Messe de Requiem des Evêques de Langres constitue une œuvre étonnante à plusieurs titres. Elle fut composée pour les funérailles de Mgr Guérrin, évêque de Langres, célébrées le 24 mars 1877. Dans le catalogue général des œuvres du Chanoine Couturier dressé en 1937 par Bernard Populus, les différentes parties de ce Requiem forment les numéros 95 à 102.

Ce Requiem possède la particularité d’être très complet, puisque presque tous les chants de la messe des morts y sont mis en musique par Couturier (ce fait est à souligner car très peu de compositeurs l’ont fait). Il n’y manque que le graduel Requiem æternam et le trait Absolve (dans notre présente édition, nous avons inséré pour la commodité des chanteurs ces deux pièces en plain-chant ordinaire).

Second fait rare à noter : comme cette messe a été composée pour les funérailles d’un évêque, elle comporte la mise en musique des cinq répons des cinq absoutes. Les cinq absoutes solennelles en effet ne se donnent dans le rit romain qu’après la messe de funérailles d’un pape, d’un cardinal, d’un métropolitain, d’un évêque, d’un empereur, d’un roi, d’un grand duc ou du seigneur du lieu. La présence de cinq évêques différents est requise par les rubriques pour leur célébration. Cette occasion étant rare, on pourra puiser dans les quatre répons qui précèdent le Libera me habituel pour en faire des motets pour les messes et offices des morts.

Requiem des Evêques de Langres du chanoine Couturier - les cinq évêques des cinq absoutes

Funérailles pontificales :
les cinq évêques des cinq absoutes.

Autre point étonnant pour une époque où la décadence du style avait gagné beaucoup d’églises françaises, où les mondanités de l’opéra moderne étaient préférées aux styles musicaux ecclésiastiques traditionnels, l’auteur non seulement fait alterner le plain-chant grégorien et la polyphonie mais de plus utilise à des degrés divers le plain-chant comme matériel thématique de sa composition, parfois strictement (Introït et Kyriale), parfois assez librement (les cinq répons des cinq absoutes qui gardent la tonalité du mode grégorien préexistant, facilitant l’alternance des versets). Seul le De profundis (déjà publié à part sur ce site) ne dépend pas d’un plain-chant prééxistant, même si il évolue dans le IInd ton ecclésiastique.

Populus qualifie le style de l’écriture de Couturier dans cette œuvre de « faux-bourdon mesuré », ce qui n’est pas tout à fait exact : même si la mélodie du plain-chant est citée et mesurée dans la voix de Dessus (ou des parties de Ténor et Basse dans le Dies iræ), les règles du contrepoint sont bien présentes dans la composition, qui n’est par ailleurs pas toujours isorythmique. L’harmonie est à la fois archaïque (présence de fausses relations dans le Dies iræ) et moderne dans son esthétique (en particulier dans le Sanctus et l’Agnus Dei). Quoique datée de 1877, voilà une œuvre qu’on verrait tout droit sortie des débats esthétiques postérieurs au Motu Proprio de saint Pie X sur la musique sacrée (1903) et de son application dans l’Europe de l’après Première Guerre Mondiale : en bref, cette œuvre a 30 à 50 ans d’avance sur la musique d’Eglise de son temps en quelque sorte.

Les premières mesures de cette partition :

Messe de Requiem des Evêques de Langres du chanoine Couturier

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Messe de Requiem des Evêques de Langres du chanoine Couturier - frontispice

Anonyme géorgien – Tu modo vinea / O salutaris hostia (Shen Khar Venakhi)

Anonyme géorgien (Ecole de Kakhétie (XIIIème siècle).
Tu modo vinea / O salutaris hostia (Shen Khar Venakhi)
3 voix (SSA ou TTB ou TSB).
2 & 2 pages.

Shen Khar Venakhi est une poésie liturgique géorgienne adressée à la Mère de Dieu et écrite par saint Damien (1093 † 1157), dans le monde le roi Démètre Ier de Géorgie. Au terme d’un règne brillant qui marque une ère de prospérité pour la Georgie, le roi abdique en faveur de son fils aîné, David V, et prend l’habit monastique sous le nom de Damien. Il meurt comme simple moine et est inhumé dans le fameux monastère de Gelati.

Cette hymne à la Vierge Marie est un chef d’œuvre caractéristique de la musique sacrée géorgienne et a été rendue justement célèbre par des enregistrements modernes. La polyphonie géorgienne possède un caractère propre, avec l’usage fréquent d’intervalles de secondes et d’une certaine indétermination tonale par absences de tierces.

La poésie de saint Damien a été traduite du géorgien en latin par Nicolas Vodé Nakhashidzé, qui en a livré aussi la traduction française. J’en ai réalisé l’adaptation musicale pour le texte latin à partir de la partition géorgienne de l’école de Kakhétie (d’autres versions existent en Géorgie, notamment en Gourie), ainsi qu’une déclinaison sur le texte de l’élévation « O salutaris hostia ». Nos partitions sont réparties pour trois voix mixtes, mais peuvent s’adapter sans difficultés pour trois voix égales.

Voici la traduction latine de cette hymne, ainsi qu’une traduction française, toutes deux réalisées par Nicolas Vodé Nakhashidzé :

Tu modo vínea floréscens es,
Crescens jucunda in Eden nova.
Tu es la vigne nouvellement épanouie, jeune, belle, qui croît en Eden,
In Paradíso cultus arbor fragrans,
Ornáre laudabilíssima a Deo.
L’odorant peuplier cultivé dans le Paradis, que Dieu t’ajoure, toi, plus digne de gloire que quiconque.
Tu enim sol es, decóre splendens. Tu es, toi, le soleil qui brille puissamment.

Les premières mesures de ces deux partitions :

Tu modo vinea sur Shen Khar Venakhi

O salutaris hostia sur Shen Khar Venakhi

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L’original géorgien :

Guillaume Bouzignac (Attr.) – Audi benigne Conditor – hymne du Carême

Attribuable à Guillaume Bouzignac (c. 1587 † ap. 1643), maître de chapelle des cathédrales d’Angoulême, de Bourges, de Rodez, de Clermont-Ferrand & de la collégiale Saint-André de Grenoble.
Audi benigne Conditor – alternances polyphoniques de l’hymne du Carême
6 voix mixtes (SSATTB).
8 pages – La mineur.

Cette hymne des vêpres de Carême est tirée du manuscrit Deslauriers (Bnf Vma ms 571) lequel contient de très nombreuses compositions musicales du XVIIème siècle, pour la plupart anonymes ; le nom des compositeurs est sporadiquement indiqué à la fin de certaines pièces. La critique musicologique moderne a permis toutefois d’en attribuer un nombre important à Bouzignac d’une part, et à Boesset de l’autre.

Ce manuscrit comporte plusieurs alternances polyphoniques pour les hymnes de l’office divin. L’unité stylistique de leur écriture et leur conformité avec celle de Bouzignac incline à lui en attribuer la paternité.

C’est le cas pensons-nous de ces riches alternances pour les strophes impaires de l’hymne du Carême – Audi benigne Conditor – dont le texte fut rédigé au VIème par le pape saint Grégoire le Grand (c. 540 † 604). L’écriture est à six parties et peut-être comparée à Ignis vibrante lumine de la Pentecôte, éditée sur ce site.

Le cantus firmus du plain-chant est donnée à la partie de basse taille, aussi la musique de ces alternances polyphoniques est-elle écrite dans le IInd ton ecclésiastique. Le manuscrit ne note bien sûr que la première strophe. Nous proposons l’intégralité de l’hymne avec des alternances pour les strophes impaires soit en utilisant le plain-chant (ton romain reçu, transposé en la mineur), soit en demi-chœurs des voix basses ou des voix hautes.

Audi benigne Conditor
Nostras preces cum fletibus,
In hoc sacro jejunio
Fusas quadragenario.
Créateur plein de bonté, écoutez les prières, & regardez les larmes dont nous accompagnons le jeûne sacré de cette sainte quarantaine.
Scrutator alme cordium,
Infirma tu scis virium:
Ad te reversis exhibe
Remissionis gratiam.
Père des miséricordes, scrutateur des cœurs, vous connaissez notre faiblesse; pardonnez à des enfants qui reviennent sincèrement à vous.
Multum quidem peccavimus,
Sed parce confitentibus:
Ad laudem tui nominis
Confer medelam languidis.
Il est vrai que nous avons beaucoup péché; mais pardonnez-nous, en considération de l’humble aveu que nous vous en faisons; & pour la gloire de votre nom, guérissez nos âmes malades.
Sic corpus extra conteri
Dona per abstinentiam,
Jejunet ut mens sobria
A labe prorsus criminum.
Faites que, pendant que nos corps seront mortifiés par l’abstinence, nos âmes par un jeûne plus saint, s’abstiennent de tout péché.
Præsta beata Trinitas,
Concede simplex Unitas:
Ut fructuosa sint tuis
Jejuniorum munera. Amen.
O bienheureuse Trinité, qui êtes un seul Dieu, que votre grâce rende utile à vos serviteurs l’offrande qu’ils vous font de leurs jeûnes. Amen.

Les premières mesures de cette partition :

Audi benigne Conditor - hymne du Carême - Guillaume Bouzignac

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Audi benigne Conditor - partition dans le manuscrit Deslauriers

Audi benigne Conditor – partition dans le manuscrit Deslauriers

Audi benigne Conditor - hymne des vêpres du Carême par Guillaume Bouzignac

Henri de Villiers – Exaudi nos Domine – antienne du Mercredi des Cendres

Henri de Villiers.
Exaudi nos Domine – antienne des Cendres.
4 voix (SATB).
1 page – Sol majeur.

A la manière des introïts harmonisés par Maxime Kovalevsky sur la base du plain-chant grégorien, voici l’antienne d’ouverture de la cérémonie des Cendres au début du Carême. Nous l’utilisons à Saint-Eugène en alternance avec le plain-chant, aux reprises entre le verset et le Gloria Patri et après celui-ci, Cette antienne Exaudi nos Domine était aussi chantée pendant la distribution des cendres aux fidèles avec les versets du Psaume LXVIII dans l’ancien usage de Paris.

Voici le texte latin de cette antienne (Psaume LXVIII, verset 17) et sa traduction française :

 

Exáudi nos, Dómine, quóniam benígna est misericórdia tua : secúndum multitúdinem miseratiónum tuárum réspice nos, Dómine. Exauce-nous, Seigneur, car tu es bon et miséricordieux ; selon la multitude de tes miséricordes, jette les yeux sur nous

Les premières mesures de cette partition :

Exaudi nos Domine - Antienne du Mercredi des Cendres en polyphonie

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