Guillaume Bouzignac – Ave, Maria

Guillaume Bouzignac (c. 1587 † ap. 1643), maître de chapelle des cathédrales d’Angoulême, de Bourges, de Rodez, de Clermont-Ferrand & de la collégiale Saint-André de Grenoble.
Ave, Maria
Scène sacrée sur l’Annonciation & l’Incarnation – 5 voix mixtes (SSATB).
2 pages – Ré mineur.

Comme il le fait souvent, Guillaume Bouzignac représente l’Incarnation par un dialogue musical, entre l’Archange Gabriel (représenté par un dessus) & la Vierge (représentée par le chœur à 4 voix, les deux protagonistes se rejoignant pour le chœur final à 5 voix). Il reprend pour ce faire le texte de l’Evangile de saint Luc, au premier chapitre. Cette courte page de Bouzignac, comme ses autres scènes sacrées, préfigure l’arrivée ultérieure de l’oratorio.

Le texte du motet :

Angelus :       Ave, María, grátia plena, Dóminus tecum. L’ange :         Je vous salue, Marie, pleine de grâces, le Seigneur est avec vous.
Chorus :         Quæ cum audísset, turbáta est in sermóne ejus, et cogitábat, qualis esset ista salutátio. Le chœur :     L’ayant entendu, elle fut troublée par ses paroles, et elle se demandait ce que pouvait être cette salutation.
Angelus :       Ne tímeas, María, ecce concípies in útero, et páries fílium, et vocábis nomen ejus Jesum. L’ange :         Ne craignez point, Marie, voici que vous concevrez en votre sein et enfanterez un fils et vous l’appellerez du nom de Jésus.
Chorus :         Quómodo, quómodo fiet istud, quóniam virum non cognósco ? Le chœur :     Comment cela se fera-t-il, puisque je ne connais point d’homme ?
Angelus :       Spíritus Sanctus supervéniet in te, et virtus Altíssimi obumbrábit tibi. L’ange :         L’Esprit Saint viendra en vous, et la puissance du Très-Haut vous couvrira de son ombre.
Chorus :         Ecce ancílla Dómini, fiat mihi secúndum verbum tuum. Le chœur :     Voici la servante du Seigneur, qu’il me soit fait selon votre parole.

Les premières mesures de cette partition :

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Mathieu Gascongne – Bone Jesu dulcissime

Mathieu Gascongne (avant 1502 † 1552), chantre de la chapelle royale de François 1er en 1517-1518, prêtre du diocèse de Meaux, chapelain de Sainte-Marie-Madeleine de Tours.
Bone Jesu dulcissime
4 voix mixtes (SATB).
2 pages – Sol mineur / do mineur (ton originel m mineur).

Bone Jesu dulcissime,
O Jesu clementissime,
Regem nostrum & regnum
Tu conserva,
Salva, defende, guberna
Bon Jésus, très doux !
O Jésus très clément !
Notre roi & le royaume
Conserve-les,
Sauve-les, défends-les & gouverne-les.

Ce bref motet de Mathieu Gascongne est une lente invocation au Christ pour préserver la France et son Roi, fut composé (ou plutôt son texte fut ré-adapté) dans une période difficile pour le royaume, peut-être à l’occasion des Guerres d’Italie. La musique – homorythmique – porte à la médiation & à l’imploration. Ce motet dut connaître un succès certain, car il eut l’honneur de faire partie des 13 motets réduits en tablature pour l’orgue paru à Paris chez Pierre Attaingnant en 1531 (« Treze motetz musicaulx, avec vng Prelude, le tout reduict en la tabulature des Orgues Espinettes et Manicordions et telz semblables instrumentz »). Le motet lui-même fut publié par Attaingnant dans sa version vocale en 1535, dans le 11ème des 14 volumes de motets que ce célèbre imprimeur de musique parisien. En voici les 4 parties vocales imprimées :

Bone Iesu dulcissime – Superius

Bone Iesu dulcissime – Contra

Bone Iesu dulcissime – Tenor

Bone Iesu dulcissime – Bassus

Antérieurement à ces publications, on trouve ce motet, avec un texte légèrement différent[1] dans un manuscrit de la confrérie de Sainte-Barbe attachée à l’Abbaye de Corbie, très bien étudié par le musicologue Peter Woetmann Christoffersen qui date son insertion dans ce recueil avant 1503.

On ne sait que peu de choses sur Mathieu Gascongne, qui parait avoir été lié tôt à la Cour de France. Il aurait composé des motets pour le sacre de François Ier en 1515. Certains le font maître de chapelle de la cathédrale de Cambrai. Il a laissé neuf messes, des motets à 4 voix, 2 magnificat & des chansons à 3 voix. Adrien Willaert, fondateur de l’école de Venise, le tenait en très haute estime. Sa musique est typique du style polyphonique français du début du XVIème siècle. Son contrepoint use souvent du dialogue entre voix, qui peut-être annonce les motets à double chœur de la fin du XVIème siècle (qui seront justement un fleuron de Venise).

Nous offrons deux versions du motet, l’une avec le texte originel et une seconde légèrement réadaptée pour l’usage liturgique actuel (Regnum tuum Franciæ au lieu de Regem nostrum & regnum).

Les premières mesures de cette partition :

Notes :    (↵ reviens au texte)

  1. Bone Jesu dulcissime,
    O Jesu clementissime,
    Domum istam liberam
    Tu conserva,
    Salva, defende, guberna

    Serait-ce le texte originel ou déjà une adaptation pour les besoins de la confrérie ?

Anonyme – Trisaghion polonais

Auteur anonyme polonais (XVIème siècle).
Sanctus Deus – Trisaghion.
4 voix (STTB).
4 pages.

Le Trisaghion (en grec Τρισάγιον, Trois fois saint) est un chant liturgique qui remonte aux premiers temps de l’Eglise et que l’on retrouve dans les liturgies d’Orient et d’Occident. Son origine est probablement syrienne et il est possible que les Pères réunis au Concile de Chalcédoine en 451 soient à l’origine de sa large diffusion à Constantinople et dans tout l’Orient. En Occident, l’antique liturgie des Gaules au VIème l’utilisait à chaque messe, mais la liturgie romaine ne l’a reçu que pour la messe des présanctifiés du Vendredi Saint.

Cette mise en musique de ce texte liturgique nous vient de Pologne, dont le royaume, au XVIème englobait de larges territoires pratiquant la liturgie byzantine (où le Trisaghion se chante à toutes les messes). C’est un faux-bourdon dans le style polonais d’alors, style qui a fortement influencé la construction de la polyphonie russe ultérieure.

Voici le texte de ce Trisaghion, ainsi qu’une traduction :

R/. Sanctus Deus, Santus fortis, * Sanctus im-mortalis miserere nobis. (ter) Saint Dieu, Saint Fort, Saint Immortel, aie pitié de nous. (ter)
V/. Gloria Patri et Fílio et Spiritui Sancto. Sicut erat in principio et nunc et semper et in sæcula sæculórum. Amen. * Sanctus immortalis mise-rere nobis. Gloire au Père et au Fils et au Saint Esprit. Comme il était au commencement et mainte-nant et toujours et dans les siècles des siècles Amen. Saint Immortel, aie pitié de nous.
R/. Sanctus Deus, Santus fortis, * Sanctus im-mortalis miserere nobis. (ter) Saint Dieu, Saint Fort, Saint Immortel, aie pitié de nous. (ter)

Les premières mesures de cette partition :

Trisaghion polonais

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Palestrina – Super flumina Babylonis

Giovanni Pierluigi da Palestrina (c. 1525 † 1594), maître de la chapelle papale de Saint-Pierre du Vatican, de Saint-Jean de Latran & de Sainte-Marie-Majeure.
Super flumina Babylonis.
4 voix mixtes.
4 pages – Mi mineur.

Ce motet Super flumina Babylonis figure en 3ème position dans le « Motectorum liber secundus », recueil des motets à 4 voix de Palestrina, publié à Venise en 1581 & réédités en 1584.

Palestrina y met magnifiquement en musique les deux premiers versets du psaume CXXXVI, le seul du Psautier à évoquer l’exil du peuple juif à Babylone. La tonalité de mi mineur illustre bien la tragique tristesse du texte.

Ce motet n’est pas assigné à une période déterminée de l’année, mais convient particulièrement bien au temps de la Septuagésime. En voici le texte latin & sa traduction :

Super flúmina Babylónis, illic sédimus et flévimus : * dum recordarémur Sion.

Au bord des fleuves de Babylone, là nous étions aussi & pleurions, nous souvenant de Sion.

In salícibus in médio ejus, * suspéndimus órgana nostra.

Aux saules qui sont en son milieu, nous avions suspendu nos instruments.

Les premières mesures de cette partition :

Super flumina Babylonis - Palestrina

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Quelques vidéos en ligne :

Super flumina Babylonis - Palestrina

Tomás Luis de Victoria – O magnum mysterium

Tomás Luis de Victoria (c. 1548 † 1611), maître de chapelle de l’impératrice Marie au couvent royal des Clarisses déchaussées de Madrid
O magnum mysterium (1572)
4 voix mixtes (SATB).
4 pages.

Septième d’une famille de onze enfants, Tomás Luis de Victoria devint chantre de la cathédrale d’Avila en 1558. En 1567, il se rendit à Rome où il étudia la théologie au Collegio romano et reçut probablement les leçons de Palestrina, maître de chapelle et de chant au Séminaire romain.

En 1569 il exerçe les fonctions de maître de chapelle et d’organiste à Santa Maria di Montserrato à Rome. À partir de 1571, il enseigne la musique au Séminaire romain. Il publie d’ailleurs en 1572 son premier recueil de motets à Venise chez Gardano Fils et succède à Palestrina en 1573 dans la charge de maître de chapelle de ce séminaire. En 1575, il fut ordonné prêtre, et trois ans plus tard, en 1578, Victoria entra dans la Congrégation de l’Oratoire, fondé par saint Philippe Néri.

En 1586, il fut nommé chapelain et maître de chœur du couvent royal des clarisses déchaussées à Madrid, où vivait, retirée, la fille de Charles Quint, l’impératrice Marie d’Autriche (veuve de l’empereur Maximilien II et sœur de Philippe II). Durant cette partie de sa vie, il reçut plusieurs offres des plus importantes cathédrales espagnoles qu’il refusa toutes.

Il revint à Rome en 1592 pour publier ses Missæ, liber secundus. Deux ans plus tard, il assistait aux funérailles de Palestrina, et en 1595, il rentra définitivement en Espagne où il meurt à Madrid le 27 août 1611.

O magnum mysterium est le 5ème des motets publiés en 1572 chez Gardano Fils. Cette première publication de jeunesse est d’emblée un chef d’œuvre.

Le motet O magnum mysterium est établi sur le texte du IVème répons des matines de Noël. Du reste la modalité choisie par Victoria permettrait de chanter le verset en plain chant de ce répons, avec la réclame en polyphonie reprise après le verset (* Beata Virgo).

Voici le plain-chant de ce répons, du IIIème ton :

omagnummysterium

Curieusement, dans le recueil imprimé chez Gardano, ce motet est assigné à la fête de la Circoncision de Notre Seigneur (1er janvier), où ce répons n’est pas chanté (certes, le texte convient à toute l’octave de Noël). Voici le texte de ce répons et sa traduction :

O magnum mystérium, et admirábile sacraméntum, ut animália vidérent Dóminum natum, jacéntem in præsépio : * Beáta Virgo, cujus viscéra meruérunt portáre Dóminum Christum. O grand mystère & admirable sacrement, que des animaux aient vu le Seigneur né, gisant dans une crêche ! * Heureuse la Vierge dont les entrailles ont mérité de porter le Seigneur Christ !

Les premières mesures de cette partition :

O magnum mysterium - motet de Thomas Louis de Victoria

L’édition originale chez Gardano Fils en 1572 :

O magnum mysterium - Victoria - Frontispice de l'édition de 1572

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Sébastien de Brossard – Missa Quinti Toni pro nocte ac die festi Natalis Domini, quatuor vocum cum organo (1700)

Sébastien de Brossard (1655 † 1730), maître de chapelle des cathédrales de Strasbourg, puis de Meaux.
Missa Quinti Toni pro nocte ac die festi Natalis Domini, quatuor vocum cum organo (1700)
3 voix mixtes (STB).
2 pages.

Appartenant à une vieille famille de la noblesse normande, Sébastien de Brossard fit ses études de philosophie et de théologie à Caen avant d’être ordonné prêtre. Il étudie la musique en autodidacte et s’établit à Paris en 1678. Il est nommé vicaire à la cathédrale de Strasbourg, à la suite de l’annexion de la ville par Louis XIV en 1681. Maître de chapelle de cette cathédrale, il fonde également une Académie de Musique dans la même ville en 1687. C’est aussi à Strasbourg qu’il se procure la majeure partie de sa bibliothèque musicale, devenue légendaire et qui constitue encore aujourd’hui le principal fond ancien du département de la musique de la Bibliothèque nationale de France.

En décembre 1698, il est nommé maître de chapelle de la cathédrale de Meaux, où Jacques-Bénigne Bossuet († 1704) est évêque depuis 1681. Chanoine du chapitre depuis 1709, il laisse la maîtrise à un de ses élèves, en 1715. Il meurt le 10 août 1730 à Meaux et est inhumé en la cathédrale Saint-Étienne de cette ville.

C’est donc pour la cathédrale de Meaux que Brossard compose – du 13 au 16 décembre 1700 – sa « messe du Vème pour la nuit et le jour de la fête de la Naissance du Seigneur », à 4 voix & orgue.

Comme les messes de noël de Guillaume Minoret ou de Marc-Antoine Charpentier, celle de Sébastien de Brossard est établie sur les thèmes des vieux noëls populaires français (thèmes aujourd’hui bien oubliés hélas). Cette messe comporte, outre les pièces usuelles (Kyrie, Gloria, Credo, Sanctus, Agnus Dei), une élévation – O miraculum ! – et une prière pour le Roi – Domine, salvum fac Regem.

Nous vous proposons dans un premier temps la partition de l’élévation O miraculum !, ainsi que le Kyrie, le Sanctus & l’Agnus Dei de cette messe, avant que de mettre en ligne les fichiers de l’intégralité de cette messe de Sébastien de Brossard.

L’élévation est traitée en petit motet à trois voix solistes (l’Altus en est absent). Le manuscrit de Brossard indique la présence du basson (fagotto) avec la basse continue de l’orgue (dispositif vraisemblablement identique pour tout le restant de la messe).

Le texte de cette élévation n’est curieusement pas l’O salutaris usuel en France depuis qu’un édit de Charles V renouvelée pour Louis XII avait imposé ce chant à toutes les messes hautes du royaume de France. O miraculum ! est tiré des poésies laissées dans les années 1680 par Pierre Portes, chanoine & théologal de la collégiale de Saint-Chamond, l’un de ces poètes néo-latins qui proposaient alors de nouveaux textes à l’attention des compositeurs de motets.

Voici le texte de Pierre Portes utilisé par Sébastien de Brossard et sa traduction. Il convient davantage à la messe de minuit qu’à celles de l’aurore ou du jour de Noël.

O miráculum !
O novitátis prodígium !
In hac tenebrósa nocte
Novum lumen cérnitur
In hac obscúra quiéte
Nobis splendor óritur.
O miráculum !
O novitátis prodígium !
O miracle !
O prodige ultime !
Dans cette ténébreuse nuit
Une nouvelle lumière est discernée.
Dans cette obscure quiétée,
Pour nous une splendeur s’est levée.
O miracle !
O prodige ultime !

Les premières mesures de cette partition :

O miraculum - Sébastien de Brossard

Le manuscrit original de Sébastien de Brossard :

elevatio-o-miraculum-manuscrit-de-sebastien-de-brossard

Comme vous pouvez le constatez, nous vous proposons cette œuvre un ton plus bas que dans le manuscrit de Brossard, afin de tenir compte des diapasons des orgues actuels.

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https://www.youtube.com/watch?v=9qHPd60JSmU

O miraculum - Sébastien de Brossard

O miraculum – Sébastien de Brossard

(d’après) Zoltán Kodaly – Veni, veni Emmanuel

Plain-chant français et polyphonie adaptée de Zóltan Kodaly (1882 † 1967).
Veni, veni Emmanuel – hymne de l’Avent.
4 voix mixtes (SATB).
1 page.

1. Veni, veni Emmanuel,
Captívum solve Israel,
Qui gemit in exílio,
Privátus Dei Fílio.
Viens, viens Emmanuel
Libère Israël captif
Qui gémit en exil
Privé du Fils de Dieu
R/.   Gaude ! Gaude !
Emmanuel nascetur pro te Israël.
Réjouis-toi, réjouis-toi,
l’Emmanuel naitra pour toi Israël.
2. Veni, veni, Rex géntium,
Veni, redémptor hóminum,
Ut salves tuos fámulos
Peccáti sibi cónscios.
Viens, viens, Roi des Nations,
Viens Rédempteur des hommes,
Afin de sauver tes serviteurs
Qui ont la connaissance de leurs péchés.
3. Veni, veni, o Oriens,
Soláre nos advéniens ;
Noctis depélle nébulas
Dirásque mortis ténebras.
Viens, viens ô Orient
Réconforte nous par ton avènement ;
Repousse les brouillards de la nuit
Et les ténèbres sinistres de la mort.
4. Veni, Clavis Davídica,
Regna reclúde cœlica ;
Fac iter tutum súperum
Et claude vias ínferum.
Viens, clef de David,
Ouvre le Royaume des Cieux ;
Fraye-nous un chemin sûr vers les choses d’en haut, Et ferme les routes de l’Enfer.
5. Veni, o Jesse vírgula,
Ex hostis tuos úngula,
De specu tuos tártari
Educ et antro bárathri.
Viens, ô racine de Jessé,
Conduis ceux qui sont à toi
Hors de la caverne du Tartare
Et de l’antre des enfers.
6. Veni, veni, Adonai,
Qui pópulo in Sinai,
Legem dedísti vértice,
In majestáte glóriæ.
Viens, viens, Adonaï,
Qui au Sinaï dans la majesté de ta gloire
As donné au peuple
La loi venue d’en-haut.
7. Veni, o Sapiéntia,
Quæ hic dispónis ómnia,
Veni, viam prudéntiæ
Ut dóceas et glóriæ.
Viens, ô Sagesse,
Qui dispose toutes choses ici-bas,
Viens, afin de nous enseigneur le chemin
De la prudence et de la gloire.

Le texte de Veni, Veni Emmanuel apparait pour la première fois dans le Psalteriolum Cantionum Catholicarum, un hymnaire jésuite publié à Cologne en 1710, mais ce recueil a pu recueillir un texte plus ancien, peut-être d’origine monastique. Cette édition de 1710 ne comptait que 5 strophes, qui se présentent comme une paraphrase versifiée de 5 des 7 fameuses grandes antiennes d’O, lesquelles ornent les Magnificat des vêpres romaines des 7 jours précédant Noël. Deux strophes (Veni, o Sapientia & Veni, Rex Gentium) ont été ajoutées au cours du XIXème afin de compléter la série des 7 noms divins des 7 grandes antiennes d’O (cet ajout se trouve pour la première fois dans les Cantiones Sacrae que publie le jésuite hymnographe allemand Joseph Hermann Mohr en 1878).

L’hymne publiée par les Jésuites en 1710 était dépourvue de mélodie, mais son mètre classique en octosyllabes réguliers permettait de lui adapter de très nombreux tons pré-existants.

L’anglais Thomas Helmore fut le premier en 1851 à pourvoir le texte des Jésuites allemand d’un ton qui assura le large & définitif succès de Veni, veni Emmanuel dans le monde anglo-saxon jusqu’à nos jours. Helmore décrivit ce ton comme emprunté à un missel français détenu par la Bibliothèque nationale de Lisbonne au Portugal. Cette mélodie mystérieuse qui suscita beaucoup de recherches fut en effet retrouvée en 1966 par la musicologue britannique Mary Berry, mais dans un processionnal français du XVème de la Bibliothèque nationale de France (BnF Latin 10581, ff. 89v-101, probablement un manuscrit d’un monastère de Clarisses, Cordelières ou Colettistes des années 1490-1510). Cette mélodie y est chantée à deux voix sur des tropes du répons Libera me de l’office des défunts, ces tropes à deux voix ressemblant à un conduit médiéval. Voici le début de ces tropes du Libera me, les deux voix polyphoniques étant notées en regard :

bone-jesu-dulcis-cuntis-manuscrit-bnf-latin-10581

Voici une transcription de ce plain-chant français sur le texte de l’hymne Veni, Veni Emmanuel, telle qu’elle est usuellement chantée en Angleterre :

Veni, veni Emmanuel en plain-chant français
Veni, veni Emmanuel en plain-chant français
Veni, veni Emmanuel en plain-chant français

Le compositeur hongrois Zoltán Kodaly construisit une magnifique polyphonie à 3 voix de Veni, veni Emmanuel, tissant ce ton dans de savantes (et quelques peu complexes) transpositions du thème. Nous proposons une version à 4 voix très simple pour le refrain Gaude, gaude Emmanuel à partir du matériel polyphonique de Kodaly, les strophes elles-mêmes restant à l’unisson.

Les premières mesures de cette partition :

Veni, veni Emmanuel - simplex

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