Anonyme géorgien – Tu modo vinea / O salutaris hostia (Shen Khar Venakhi)

Anonyme géorgien (Ecole de Kakhétie (XIIIème siècle).
Tu modo vinea / O salutaris hostia (Shen Khar Venakhi)
3 voix (SSA ou TTB ou TSB).
2 & 2 pages.

Shen Khar Venakhi est une poésie liturgique géorgienne adressée à la Mère de Dieu et écrite par saint Damien (1093 † 1157), dans le monde le roi Démètre Ier de Géorgie. Au terme d’un règne brillant qui marque une ère de prospérité pour la Georgie, le roi abdique en faveur de son fils aîné, David V, et prend l’habit monastique sous le nom de Damien. Il meurt comme simple moine et est inhumé dans le fameux monastère de Gelati.

Cette hymne à la Vierge Marie est un chef d’œuvre caractéristique de la musique sacrée géorgienne et a été rendue justement célèbre par des enregistrements modernes. La polyphonie géorgienne possède un caractère propre, avec l’usage fréquent d’intervalles de secondes et d’une certaine indétermination tonale par absences de tierces.

La poésie de saint Damien a été traduite du géorgien en latin par Nicolas Vodé Nakhashidzé, qui en a livré aussi la traduction française. J’en ai réalisé l’adaptation musicale pour le texte latin à partir de la partition géorgienne de l’école de Kakhétie (d’autres versions existent en Géorgie, notamment en Gourie), ainsi qu’une déclinaison sur le texte de l’élévation « O salutaris hostia ». Nos partitions sont réparties pour trois voix mixtes, mais peuvent s’adapter sans difficultés pour trois voix égales.

Voici la traduction latine de cette hymne, ainsi qu’une traduction française, toutes deux réalisées par Nicolas Vodé Nakhashidzé :

Tu modo vínea floréscens es,
Crescens jucunda in Eden nova.
Tu es la vigne nouvellement épanouie, jeune, belle, qui croît en Eden,
In Paradíso cultus arbor fragrans,
Ornáre laudabilíssima a Deo.
L’odorant peuplier cultivé dans le Paradis, que Dieu t’ajoure, toi, plus digne de gloire que quiconque.
Tu enim sol es, decóre splendens. Tu es, toi, le soleil qui brille puissamment.

Les premières mesures de ces deux partitions :

Tu modo vinea sur Shen Khar Venakhi

O salutaris hostia sur Shen Khar Venakhi

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L’original géorgien :

O felicem virum – antienne parisienne solennelle à saint Joseph

O felicem virum
Ant.

 
O felicem virum - antienne parisienne à saint Joseph de Jean Gerson

O felícem virum, beátum Joseph !
cui datum est Deum,
quem multi reges voluérunt
vidére et non vidérunt,
audíre et non audiérunt,
non solum vidére et audíre,
sed portáre et complécti,
deosculári, vestíre et custodíre !
Oh ! heureux homme, bienheureux Joseph !
à qui il a été donné de voir le Dieu
que beaucoup de rois ont voulu voir et n’ont pas vu ;
ont voulu entendre et n’ont pas entendu ;
il vous a été donné non seulement
de le voir et de l’entendre,
mais de le porter et de l’étreindre,
de l’embrasser, de le vêtir et de le garder.

Antienne parisienne solennelle en l’honneur de saint Joseph composée vers 1400 par Jean de Charlier de Gerson (« Jean Gerson ») (1358 † 1429), chancelier de l’Université de Paris.

Livret PDF téléchargeable.

Source : d’après Cantus selecti, Solesmes, 1957, p. 194*.

O felicem virum témoigne de l’intense activité menée par Jean de Charlier de Gerson, chancelier de l’université de Paris, pour mettre en lumière la dévotion envers saint Joseph au début du XVème siècle.

Au mois d’août 1413, Jean de Gerson rédige une Épître sur le culte de saint Joseph qu’il adresse « à toutes les églises, spécialement à celles qui sont dédiées à Notre Dame ». Dans cette lettre, il demande instamment d’instaurer une fête pour commémorer le mariage de la Vierge et de saint Joseph. Ce texte est le premier d’une longue série, écrits pour la plupart entre 1413 et 1416 et dans lesquels le chancelier Gerson développe sa pensée théologique et pastorale sur le père adoptif du Christ, tout en cherchant à développer son culte. Un mois après son premier appel, le 26 septembre 1413, il réitère sa demande d’une fête en l’honneur du mariage de saint Joseph et de la Vierge. Le 23 novembre, il écrit au duc de Berry pour l’exhorter à instituer cette fête en commémoration du mariage de Joseph et Marie dans la cathédrale Notre-Dame de Paris. Cette demande fut accomplie à partir du siècle suivant, et le propre de Paris contint jusqu’au XXème siècle une fête des épousailles de la Sainte Vierge et de saint Jospeh fixée au 23 janvier.

Probablement à la fin de l’année 1413, Jean Gerson rédige ses Considérations sur saint Joseph, un long texte en français où il précise les raisons qui justifient un développement de son culte. Entre 1414 et 1416, il compose un long poème latin, la Josephina. Enfin, le 8 septembre 1416, jour de la fête de la Nativité de la Vierge, il s’adresse aux pères du concile de Constance par un long sermon sur l’Évangile du jour, Jacob autem genuit Joseph. (Matth. I, 16), sermon qu’il considère lui-même comme l’aboutissement de sa réflexion sur le sujet. Autour de ces grands textes s’articule toute une série de poèmes, d’antiennes (dont O felicem virum), d’oraisons, et de nombreuses allusions dans des sermons ou des lettres.

Le Pape Pie VII a attaché des indulgences aux prêtres qui réciteraient cette antienne suivie du verset Ora pro nobis, beate Ioseph et l’oraison Deus qui dedisti nobis regale sacerdotium, avant de célébrer la messe.

Iste Confessor patriarcha magnus – hymne de saint Joseph tiré des livres du rit Prémontré

Iste confessor patriarcha magnus
Hymnus a sæc. XVI.

 
Iste confessor patriarcha magnus - hymne de saint Joseph tiré des livres du rit Prémontré

1. Iste Confessor, patriarcha magnus,
De domo David generosus hæres,
Dignus auctoris, hominum vocari,
Est pater almus.
1. Ce Confesseur, grand patriarche,
de la maison de David généreux héritier,
est digne d’être appelé
le père nourricier de l’Auteur des hommes.
2. Qui manens justus, placitus supernis,
Regis æterni fuit almæ Matris
Sponsus et custos Mariæ pro nobis
Cuncta regentis.
2. Tout en demeurant juste et agréable au ciel,
il fut pour nous l’Epoux et le gardien de Marie,
la Mère du Roi éternel
qui gouverne toutes choses.
3. Ipse Bethleem pariente Sponsa,
Vidit, agnovit Dominum jacentem,
Quem adoravit hominem Deumque
Cuncta levantem.
3. Au moment où à Bethléem son épouse arriva à son terme,
il vit et reconnut le Seigneur couché
et l’adora comme l’Homme-Dieu
qui soutient toutes choses.
4. Sit salus Christo decus potestas,
Patris æterni Genito perenni,
Qui pro humani generis salute
Est homo factus. Amen.
4. Salut, honneur et puissance au Christ,
au Fils éternel du Père éternel,
qui pour le salut du genre humain
s’est fait homme. Amen.

Livret PDF téléchargeable.

Source : d’après Cantus selecti, Solesmes, 1957, p. 193*.

Guillaume Bouzignac (Attr.) – Audi benigne Conditor – hymne du Carême

Attribuable à Guillaume Bouzignac (c. 1587 † ap. 1643), maître de chapelle des cathédrales d’Angoulême, de Bourges, de Rodez, de Clermont-Ferrand & de la collégiale Saint-André de Grenoble.
Audi benigne Conditor – alternances polyphoniques de l’hymne du Carême
6 voix mixtes (SSATTB).
8 pages – La mineur.

Cette hymne des vêpres de Carême est tirée du manuscrit Deslauriers (Bnf Vma ms 571) lequel contient de très nombreuses compositions musicales du XVIIème siècle, pour la plupart anonymes ; le nom des compositeurs est sporadiquement indiqué à la fin de certaines pièces. La critique musicologique moderne a permis toutefois d’en attribuer un nombre important à Bouzignac d’une part, et à Boesset de l’autre.

Ce manuscrit comporte plusieurs alternances polyphoniques pour les hymnes de l’office divin. L’unité stylistique de leur écriture et leur conformité avec celle de Bouzignac incline à lui en attribuer la paternité.

C’est le cas pensons-nous de ces riches alternances pour les strophes impaires de l’hymne du Carême – Audi benigne Conditor – dont le texte fut rédigé au VIème par le pape saint Grégoire le Grand (c. 540 † 604). L’écriture est à six parties et peut-être comparée à Ignis vibrante lumine de la Pentecôte, éditée sur ce site.

Le cantus firmus du plain-chant est donnée à la partie de basse taille, aussi la musique de ces alternances polyphoniques est-elle écrite dans le IInd ton ecclésiastique. Le manuscrit ne note bien sûr que la première strophe. Nous proposons l’intégralité de l’hymne avec des alternances pour les strophes impaires soit en utilisant le plain-chant (ton romain reçu, transposé en la mineur), soit en demi-chœurs des voix basses ou des voix hautes.

Audi benigne Conditor
Nostras preces cum fletibus,
In hoc sacro jejunio
Fusas quadragenario.
  Créateur plein de bonté, écoutez les prières, & regardez les larmes dont nous accompagnons le jeûne sacré de cette sainte quarantaine.
Scrutator alme cordium,
Infirma tu scis virium:
Ad te reversis exhibe
Remissionis gratiam.
  Père des miséricordes, scrutateur des cœurs, vous connaissez notre faiblesse; pardonnez à des enfants qui reviennent sincèrement à vous.
Multum quidem peccavimus,
Sed parce confitentibus:
Ad laudem tui nominis
Confer medelam languidis.
  Il est vrai que nous avons beaucoup péché; mais pardonnez-nous, en considération de l’humble aveu que nous vous en faisons; & pour la gloire de votre nom, guérissez nos âmes malades.
Sic corpus extra conteri
Dona per abstinentiam,
Jejunet ut mens sobria
A labe prorsus criminum.
  Faites que, pendant que nos corps seront mortifiés par l’abstinence, nos âmes par un jeûne plus saint, s’abstiennent de tout péché.
Præsta beata Trinitas,
Concede simplex Unitas:
Ut fructuosa sint tuis
Jejuniorum munera. Amen.
  O bienheureuse Trinité, qui êtes un seul Dieu, que votre grâce rende utile à vos serviteurs l’offrande qu’ils vous font de leurs jeûnes. Amen.

Les premières mesures de cette partition :

Audi benigne Conditor - hymne du Carême - Guillaume Bouzignac

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Audi benigne Conditor - partition dans le manuscrit Deslauriers

Audi benigne Conditor – partition dans le manuscrit Deslauriers

Audi benigne Conditor - hymne des vêpres du Carême par Guillaume Bouzignac

Henri de Villiers – Exaudi nos Domine – antienne du Mercredi des Cendres

Henri de Villiers.
Exaudi nos Domine – antienne des Cendres.
4 voix (SATB).
1 page – Sol majeur.

A la manière des introïts harmonisés par Maxime Kovalevsky sur la base du plain-chant grégorien, voici l’antienne d’ouverture de la cérémonie des Cendres au début du Carême. Nous l’utilisons à Saint-Eugène en alternance avec le plain-chant, aux reprises entre le verset et le Gloria Patri et après celui-ci, Cette antienne Exaudi nos Domine était aussi chantée pendant la distribution des cendres aux fidèles avec les versets du Psaume LXVIII dans l’ancien usage de Paris.

Voici le texte latin de cette antienne (Psaume LXVIII, verset 17) et sa traduction française :

 

Exáudi nos, Dómine, quóniam benígna est misericórdia tua : secúndum multitúdinem miseratiónum tuárum réspice nos, Dómine. Exauce-nous, Seigneur, car tu es bon et miséricordieux ; selon la multitude de tes miséricordes, jette les yeux sur nous

Les premières mesures de cette partition :

Exaudi nos Domine - Antienne du Mercredi des Cendres en polyphonie

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