Jean-Baptiste Geoffroy, Quam pulchra es

R.P Jean-Baptiste Geoffroy, s.j. (1601 † 1675), maître de musique de la maison professe des Jésuites à Paris.
Quam pulchra es – Motet en l’honneur de la Sainte Vierge
4 voix mixtes (SATB), basse continue et théorbe.
2 pages – Si bémol majeur (ton original : Ut majeur).

Né en 1601 dans le diocèse de Clermont, Jean-Baptiste Geoffroy entre dans la Compagnie de Jésus le 27 octobre 1621 et y fait sa profession religieuse le 22 avril 1640. Il devient maître de musique de la maison professe des Jésuites à Paris, dont l’église est l’église Saint-Louis (actuelle paroisse Saint-Paul – Saint-Louis), construite à partir de 1627, dont la dédicace fut célébrée en 1676.

Ce motet à la Sainte Vierge conviendra tout particulièrement à la fête de l’Immaculée Conception. Il est fait de plusieurs citations du Cantique des Cantiques qui sont en effet cités par l’office liturgique de cette fête.

Ce motet forme le numéro 34 d’une vaste collection, Musica sacra, ad varias ecclesiæ preces, à 4. vocibus. In plerisque ab unica, vel duabus, cum organo. Pars altera que Jean-Baptiste Geoffroy a fait publier à Paris chez Robert III Ballard en 1661. Ce motet est typique de la production de Jean-Baptiste Geoffroy : la musique reste toujours simple, car il s’agit vraisemblablement d’une production destinée aux Collèges tenus par les Jésuites et à leurs Missions, principalement celles de Nouvelle France. La structure de la composition vise elle aussi la simplicité : chaque verset est écrit sur le même modèle et alterne avec le retour régulier du refrain -, et à la modularité : un dessus solo peut lancer chaque phrase que le chœur à 4 voix répète.

Voici le texte de ce motet, et une traduction française :

V/. Quam pulchra es amíca mea, ô pulchérrima mulíerum ! V/. Que vous êtes belle, mon amie, ô la plus belle des femmes !
R/. Tota pulchra es, et mácula non est in te. R/. Vous êtes toute belle, et il n’est point de tache en vous.
V/. Vulnerásti cor meum soror mea sponsa, ô pulchérrima mulíerum ! V/. Vous avez blessé mon cœur, ma sœur, mon épouse, ô la plus belle des femmes !
V/. Vox tua dulcis, et fácie decóra, ô pulchérrima mulíerum ! V/. Votre voix est douce, & votre face est belle, ô la plus belle des femmes !

Nous proposons cette partition transposée en Si bémol majeur ou en La majeur (la basse continue en partie séparée en Si bémol majeur) ; son ton originel est en Ut majeur.

Les premières mesures de cette partition :

Quam pulchra est - motet en l'honneur de la Sainte Vierge - Jean-Baptiste Geoffroy

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Edition originale du Quam pulchra es. Ballard, 1661.

Edition originale du Quam pulchra es, partie du Superius. Ballard, 1661.

Festa nunc solemnia – Motet à sainte Cécile en plain-chant musical jésuite

Festa nunc solemnia - motet à sainte Cécile en plain-chant musical

Ce motet à sainte Cécile est extrait de l’Appendix ad Graduale Romanum sive cantiones aliquot sacræ, quæ ante, sub & post Missam sæpe cantari solent dans l’édition publiée à Amsterdam en 1769. Cet ouvrage fut publié manifestement par un membre de la Compagnie de Jésus, Cornelis Stichter, la première fois sous ce titre probablement à Utrecht en 1690. Il dut connaître un fort succès car les rééditions en furent nombreuses tout au long du XVIIIème siècle, mais avec une notable évolution du choix des pièces d’une réédition à une autre. Il est difficile d’estimer la part potentiellement composée par les Jésuites dans les pièces de cet ouvrage. En effet cet appendice au graduel romain recueille – outre les pièces strictement liturgiques – diverses traditions locales hollandaises et plus largement rhénanes et flamandes, puisant parfois plus loin, par exemple au Directorium Chori de l’Oratoire de Paris composé par le R.P. Bourgoing. On trouve de semblables ouvrages édités également par les Jésuites dans les Pays-Bas espagnols à la même période.

Voici le texte de ce motet à sainte Cécile avec une traduction française sur le latin :

Festa nunc solémnia,
Celebrat Ecclésia, Alleluia,
Vírginis perfúlgidæ,
Mártyris Cæcíliæ, Alleluia, Alleluia.
L’Eglise célèbre maintenant
Cette fête solennelle, alléluia,
Le martyre de Cécile,
Vierge très lumineuse, alléluia, alléluia.
In benesonántibus
Cymbalis et fístulis, Alleluia,
Deo dat Cæcília
Laudes & præcónia, Alleluia, Alleluia.
Par les cymbales retentissantes
Et les flûtes de pan, alléluia,
Cécile donne à Dieu
louanges et éloges, alléluia, alléluia.
Cánite Archángeli,
Atque omnes Angeli, Alleluia,
Collaudáte cœlites
Jésulum unánimes, Alleluia, Alleluia.
Chantez, Archanges,
Et tous les Anges, alléluia,
Louez tous de concert, habitants des cieux,
L’Enfant-Jésus, alléluia, alléluia.
Io : gaude pláudito
Cánite Altíssimo, Alleluia,
In Cordis & Organo,
Benedicámus Dómino, Alleluia, Alleluia.
Allez, réjouis-toi en battant des bains ;
Chantez pour le Très-Haut, alléluia,
Par les cordes et l’orgue,
Bénissons le Seigneur, alléluia, alléluia.

La musique est bien sûr rythmée sur un rythme ternaire. Notez une irrégularité dans la versification de la quatrième et dernière strophe : Benedicamus Domino comportant un pied de trop, le chant doit transformer la première note – longue – en deux brèves.

Télécharger le même motet en fichier PDF, prêt à être imprimé pour votre chœur.

Nicolas-Mammès Couturier – Requiem des Evêques de Langres

Chanoine Nicolas-Mammès Couturier (1840 † 1911), maître de chapelle de la cathédrale de Langres.
Requiem des Evêques de Langres (Populus 95-102)
4 voix mixtes (SATB).
40 pages – Sol majeur.

Parmi les 19 messes complètes qui nous restent de l’œuvre féconde et multiforme du Chanoine Couturier, la Messe de Requiem des Evêques de Langres constitue une œuvre étonnante à plusieurs titres. Elle fut composée pour les funérailles de Mgr Guérrin, évêque de Langres, célébrées le 24 mars 1877. Dans le catalogue général des œuvres du Chanoine Couturier dressé en 1937 par Bernard Populus, les différentes parties de ce Requiem forment les numéros 95 à 102.

Ce Requiem possède la particularité d’être très complet, puisque presque tous les chants de la messe des morts y sont mis en musique par Couturier (ce fait est à souligner car très peu de compositeurs l’ont fait). Il n’y manque que le graduel Requiem æternam et le trait Absolve (dans notre présente édition, nous avons inséré pour la commodité des chanteurs ces deux pièces en plain-chant ordinaire).

Second fait rare à noter : comme cette messe a été composée pour les funérailles d’un évêque, elle comporte la mise en musique des cinq répons des cinq absoutes. Les cinq absoutes solennelles en effet ne se donnent dans le rit romain qu’après la messe de funérailles d’un pape, d’un cardinal, d’un métropolitain, d’un évêque, d’un empereur, d’un roi, d’un grand duc ou du seigneur du lieu. La présence de cinq évêques différents est requise par les rubriques pour leur célébration. Cette occasion étant rare, on pourra puiser dans les quatre répons qui précèdent le Libera me habituel pour en faire des motets pour les messes et offices des morts.

Requiem des Evêques de Langres du chanoine Couturier - les cinq évêques des cinq absoutes

Funérailles pontificales :
les cinq évêques des cinq absoutes.

Autre point étonnant pour une époque où la décadence du style avait gagné beaucoup d’églises françaises, où les mondanités de l’opéra moderne étaient préférées aux styles musicaux ecclésiastiques traditionnels, l’auteur non seulement fait alterner le plain-chant grégorien et la polyphonie mais de plus utilise à des degrés divers le plain-chant comme matériel thématique de sa composition, parfois strictement (Introït et Kyriale), parfois assez librement (les cinq répons des cinq absoutes qui gardent la tonalité du mode grégorien préexistant, facilitant l’alternance des versets). Seul le De profundis (déjà publié à part sur ce site) ne dépend pas d’un plain-chant prééxistant, même si il évolue dans le IInd ton ecclésiastique.

Populus qualifie le style de l’écriture de Couturier dans cette œuvre de « faux-bourdon mesuré », ce qui n’est pas tout à fait exact : même si la mélodie du plain-chant est citée et mesurée dans la voix de Dessus (ou des parties de Ténor et Basse dans le Dies iræ), les règles du contrepoint sont bien présentes dans la composition, qui n’est par ailleurs pas toujours isorythmique. L’harmonie est à la fois archaïque (présence de fausses relations dans le Dies iræ) et moderne dans son esthétique (en particulier dans le Sanctus et l’Agnus Dei). Quoique datée de 1877, voilà une œuvre qu’on verrait tout droit sortie des débats esthétiques postérieurs au Motu Proprio de saint Pie X sur la musique sacrée (1903) et de son application dans l’Europe de l’après Première Guerre Mondiale : en bref, cette œuvre a 30 à 50 ans d’avance sur la musique d’Eglise de son temps en quelque sorte.

Les premières mesures de cette partition :

Messe de Requiem des Evêques de Langres du chanoine Couturier

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Messe de Requiem des Evêques de Langres du chanoine Couturier - frontispice

Christus vincit – Laudes regiæ – ton de la cathédrale de Reims

Christus vincit - Laudes carolingiennes - ton de la cathédrale de Reims

Christus vincit - Laudes carolingiennes - ton de la cathédrale de Reims

Christus vincit - Laudes carolingiennes - ton de la cathédrale de Reims

Christus vincit - Laudes carolingiennes - ton de la cathédrale de Reims

Christus vincit de la cathédrale de Reims – Fichier PDF téléchargeable.

V/. & R/. Christus vincit, Christus regnat, Christus ímperat ! Le Christ vainc, le Christ règne, le Christ gouverne !
V/. Exáudi Christe ! Exauce nous, ô Christ.
R/. Domino Francisco a Deo decréto, Apostólico & sanctíssimo Papæ vita.
V/. Salvátor mundi. R/. Tu illum ádjuva.
V/. Sancte Petre. R/. Tu illum ádjuva.
V/. Sancte Paule. R/. Tu illum ádjuva.
A notre maître François, qui par décret de Dieu est pape apostolique et très-saint, vie !
Sauveur du monde, viens à son aide !
Saint Pierre, viens à son aide !
Saint Paul, viens à son aide !
V/. Exáudi Christe ! Exauce nous, ô Christ.
R/. Gállia, salus, vita & felícitas!
V/. Redémptor mundi. R/. Tu illam ádjuva.
V/. Sancta Maria. R/. Tu illam ádjuva.
V/. Sancte Michael. R/. Tu illam ádjuva.
V/. Sancta Iohánna. R/. Tu illam ádjuva.
V/. Sancta Therésia. R/. Tu illam ádjuva.
A la France, salut, vie & félicité !
Rédempteur du monde, viens à son aide !
Sainte Marie, viens à son aide !
Saint Michel, viens à son aide !
Sainte Jeanne d’Arc, viens à son aide !
Sainte Thérèse, viens à son aide
V/. Exáudi Christe ! Exauce nous, ô Christ.
R/. DominoDómino Michaeli archiepíscopo nostro, salus perpétua.
V/. Sancte Dionysie. R/. Tu illum ádjuva.
V/. Sancta Genovéfa. R/. Tu illum ádjuva.
V/. Sancte Marcelle. R/. Tu illum ádjuva.
A Monseigneur Michel, notre archevêque, salut perpétuel.
Saint Denis, viens à son aide !
Sainte Geneviève, viens à son aide !
Saint Marcel, viens à son aide !
V/. Exáudi Christe ! Exauce nous, ô Christ.
R/. Omnibus judícibus & cuncto exercítui Francórum vita et victória.
V/. Sancte Martíne. R/. Tu illos ádjuva.
V/. Sancte Mauríci. R/. Tu illos ádjuva.
A tous les juges et à toute l’armée française, vie et victoire.
Saint Martin, viens à leur aide !
Sainte Jeanne, viens à leur aide !
V/. Christus vincit, Christus regnat, Christus ímperat ! Le Christ vainc, le Christ règne, le Christ gouverne !
R/. Lux, via et vita nostra. Notre lumière, notre chemin et notre vie !
V/. Christus vincit, Christus regnat, Christus ímperat ! Le Christ vainc, le Christ règne, le Christ gouverne !
R/. Rex regum ! Roi des rois !
V/. Christus vincit, Christus regnat, Christus ímperat ! Le Christ vainc, le Christ règne, le Christ gouverne !
R/. Glória nostra ! Notre gloire !
V/. Christus vincit, Christus regnat, Christus ímperat ! Le Christ vainc, le Christ règne, le Christ gouverne !
R/. Ipsi soli impérium, glória & potéstas per immortália sæcula sæculórum. Amen. A lui seul l’empire, la gloire & la puissance pour l’immortalité des siècles des siècles. Amen.
V/. Ipsi soli honor, laus & jubilátio per infínita sæcula sæculórum. Amen. A lui seul l’honneur, la louange & la jubilation pour l’infinité des siècles des siècles. Amen.
R/. Ipsi soli virtus, fortítudo & victória per ómnia sæcula sæculórum. Amen. A lui seul l’empire, la gloire & la puissance pour l’immortalité des siècles des siècles. Amen.
V/. Christe audi nos. Christ, écoute-nous.
R/. Kyrie eleison. Seigneur, aie pitié.
V/. Christe eleison. Christ, aie pitié.
R/. Kyrie eleison. Seigneur, aie pitié.

Ces laudes royales étaient chantées non seulement à Reims mais dans toute la France, en Germanie, en Angleterre et même en Dalmatie. Elles étaient usuellement réservées autrefois aux cérémonies pontificales. Leur place traditionnelle se situe entre le chant des collectes et celui de l’épître, au début de la messe. Leur forme assez originale entremêle des acclamations triomphales (Christus vincit, Christus regnat, Christus ímperat ! – Le Christ vainc, le Christ règne, le Christ gouverne ! – Exaudi Christe ! – Exauce nous, ô Christ) avec des invocations litaniques à différents saints. On prie Dieu et on invoque les saints pour le Pape, le souverain, l’évêque du lieu, quelquefois pour la reine, ainsi que pour l’armée et ses chefs.

Ces Laudes regiæ – appelées aussi Acclamations carolingiennes, Laudes impériales, laudes épiscopales – dérivent d’acclamations impériales antiques : une lettre de saint Grégoire le Grand mentionne ainsi que l’empereur Phokas fut acclamé en l’an 603 par le clergé et tout le sénat dans la basilique Julienne par ces termes : « Exaudi, Christe ! Phocæ Augusto et Leontiæ Augustæ vita ! »

Des acclamations similaires furent chantées au couronnement du bienheureux empereur Charlemagne comme empereur romain d’Occident le jour de Noël 800 : « Carolo piisimo Augusto a Deo coronato, magno, pacifico imperatori vita et victoria ! » Le psautier gallican, dit de Charlemagne (F-BnF Latin 13159, ff. 163 r° – 164 r°) du VIIIème donne toutefois le texte complet de ces acclamations carolingiennes, commençant par Christus vincit, très proche des différentes versions qui nous sont parvenues par la suite, et Charles n’y est encore acclamé que comme roi des Francs et des Lombards. Son texte est donc antérieur au couronnement de Charlemagne à la Noël 800 et a dû être rédigé entre 795 et 800.


Plus ancien texte des Laudes regiæ :
Psautier dit de Charlemagne, c. 795-800.
C’est aussi la plus ancienne mention du Christus vincit, Christus regnat, Christus imperat.
(un cri de guerre de l’armée de Charlemagne ?
A l’imitation du IC XC NIKA grec ?)

Elles furent probablement chantées au sacre de son fils l’empereur Louis le Pieux, qui fut sacré par le Pape Etienne IV justement dans la cathédrale de Reims le 5 octobre 816, ce qui fut le premier sacre de l’histoire réalisé dans cette ville.

Par la suite, ces acclamations furent chantées non seulement aux sacres des rois de France mais encore aux couronnements de nombreux souverains européens, ainsi qu’à ceux des papes. A la messe du couronnement d’un pape, elles étaient alternées entre les diacres à l’autel et des secrétaires en chapes au milieu du chœur. Comme ailleurs, elles se placent entre la collecte et le chant de l’épître. Ces laudes papales ne commencent pas par Christus vincit (ce qui est une disposition fort primitive et antérieure à l’époque carolingienne). Voici par exemple comment elles furent chantées lors du couronnement du pape saint Jean XXIII dans la basilique vaticane :

La plupart des cathédrales de France les chantaient aux messes pontificales, au moins au principales fêtes de l’année. Celles de la cathédrale de Reims étaient fameuses. A Laon, l’évêque donnait de l’argent à ceux qui les avaient chantées. A Orléans, les enfants du chœur de la cathédrale les chantaient presque tous les jours de l’année avant la messe haute. Le clergé de la cathédrale Saint-Maurice de Vienne faisait chanter les acclamations par deux chevaliers qui faisait fonctions de chantres, entre la collecte et l’épître et à nouveau une version abrégée pendant la communion des fidèles. A Lyon aussi, ces laudes étaient chantées par six chevaliers, ou avocats, ou consuls capitouls. A Tours, c’était le cellerier qui remplissait cet office. A Elne et à Châlons, c’était le grand chantre, à Soissons, deux prêtres, à Laon et Rouen, deux chanoines, à Orléans, le sous-doyen du chapitre et le chefcier, à Paris – où on les appelait Triumphus, deux ou trois sous-diacres auxquels les enfants de chœur répondaient. Il existe de nombreuses versions, tant par le texte que par la musique, de ces acclamations, dont les paroles s’adaptaient naturellement au gré des circonstances. Un manuscrit messin nous conserve même une version traduite en grec des laudes qui durent être chantées à Metz entre le milieu de 879 et le commencement de 881.

Cette version de la cathédrale de Reims que nous publions nous est connue par un manuscrit du XVIIIème siècle (collection particulière). Nous avons bien évidemment adapté ce texte pour l’usage de notre paroisse parisienne.

Une curiosité liturgique : la messe grecque de l’octave de saint Denys – 1779

Jusqu’à la Révolution, l’Abbaye de Saint-Denis célébrait le 16 octobre, jour octave de la fête de son saint patron, une « messe grecque ». Il ne s’agissait pas de la liturgie byzantine, mais bien de la messe romaine, entièrement chantée en grec (du moins pour les parties proclamées, car le canon & les autres parties secrètes restaient dites en latin par le célébrant).

Nous avons le plaisir d’offrir au public un opuscule anonyme très intéressant de 108 pages publié en 1779 qui présente, décrit et fournit le chant et le texte de la liturgie romaine en grec qui se chantait à l’Abbaye royale de Saint-Denis pour l’octave de la fête du premier évêque de Paris, le 16 octobre.

> Télécharger la « Messe greque en l’honneur de S. Denys, apôtre des Gaules, premier évêque de Paris, et de S. Rustique et S. Eleuthere, martyrs : selon l’usage de l’Abbaye de S.-Denys en France, pour le jour de l’Octave de la Fête solemnelle de S. Denys, au XVI. jour d’Octobre. Avec la Messe Latine qu’on chante à S.-Denys le jour de la Fête & dans l’Octave. A Paris, chez De Hansy, Libraire, rue de la Juiverie, près l’Eglise de la Magdeleine, à S. Nicolas. M.DCC.LXXIX. »

Cet ouvrage contient une passionnante introduction sous forme d’avertissement qui développe l’origine de cette messe en grec et sur la pratique de la communion sous les deux espèces, traditionnellement pratiquée par le célébrant, son diacre et son sous-diacre les dimanches et fêtes à Saint-Denis.

Voici, en guise d’exemple, l’introït de cette messe de l’octave de saint Denys dans cette édition de 1779 :

Introït Sophiane tone haguione de la messe grecque de l'octave de saint Denys

A titre de comparaison, voici le même introït dans sa version originale latine :

Introït Sapientiam Sanctorum de la messe grecque de l'octave de saint Denys

Les pièces de la messe latine ont simplement été traduites en grecs, et on y a appliqué le même chant, en adaptant celui-ci aux accents hellènes.

Toute la messe de l’octave était donc chantée en grec, toutefois l’épître et l’évangile y étaient chantés sur le jubé d’abord en grec puis en latin. Le jour de la fête, le 9 octobre, l’épître et l’évangile étaient chantées en latin d’abord, puis en grec. Un tel usage des doubles lectures en latin puis en grec, qui – on va le voir – remontait au moins à l’époque carolingienne, se répétait également à Pâques, Noël, la Pentecôte, la saint Matthias et à la dédicace de l’Abbatiale (le 24 février) (Mercure de France, 1728).

Nous mettons en ligne la seconde édition de cet opuscule, la première remontant à l’année 1777. Il s’agit clairement d’un petit livret pour permettre aux fidèles de suivre la messe célébrée et chantée en grec par les moines de Saint-Denis. Divers témoignages au XVIIème et XVIIIème laissent entendre que cette célébration si particulière, célébrée avec la plus grande magnificence par un grand nombre d’officiants en ornements sacrés, déplaçait un grand nombre de pèlerins, d’autant que pendant toute l’octave, l’abbaye exposait solennellement à la vénération des fidèles la relique du chef de saint Denys entre la châsse d’argent contenant son corps et celles de ses deux compagnons Rustique et Eleuthère.

Contrairement à l’édition de 1777 de ce même opuscule et à la première édition de cette messe en 1658, l’édition de 1779 indique une très intéressante transcription phonétique du grec, afin de faciliter le chant des moines de Saint-Denis et la compréhension des fidèles. Cette transcription du grec diffère de la prononciation liturgique des Byzantins ou même médiévale & liturgique des Romains pour suivre celle intellectuellement reconstituée par Erasme (le Prince des humanistes avait fondé sa prononciation restituée sur l’analyse des transcriptions antiques de mots grec en latin). Ainsi, les moines chantaient Kurié éléêsone au lieu de l’habituelle prononciation Kyrie eleison, pourtant contemporaine de la diffusion du christianisme au cours des premiers siècles de notre ère.

Cet hapax liturgique étonnait beaucoup au XVIIIème siècle. Si la messe en grec de Saint-Denis témoignait de l’attachement à l’aréopagisme développé dans cette abbaye depuis le VIIIème siècle, il ne s’agissait pourtant nullement d’un cas unique dans les liturgies occidentales. Examinons son histoire.

A quand remonterait la messe grecque de Saint-Denis ?

Le plus ancien livre liturgique en usage dans l’Abbaye royale de Saint-Denis que nous possédons est un sacramentaire de la seconde moitié du IXème siècle (F-BnF Latin 2290). Au début de l’ouvrage, on trouve aux folios ff. 7v° – 8v° le texte du Gloria in excelsis Deo (Doxa in ypsistis Theo), du Credo in unum Deum (Pisteugo is ena Theon), du Sanctus (Agios) et de l’Agnus Dei (O Amnos tu Theu) en grec, mais transcrits en caractères romains, avec le texte latin en interligne :

On trouve aussi un fragment semblable du Gloria in excelsis Deo en grec écrit en caractères latins avec traduction latine intercalée dans un sacramentaire de Saint-Denis offert par les moines au chapitre de la cathédrale de Laon pour les remercier de leur accueil au moment des invasions normandes (Laon 118 f° 145v°). Ce manuscrit a dû être réalisé entre le dernier tiers du IXème et le début du Xème siècle.

Le second livre que nous possédons de Saint-Denis est un missel écrit entre 1041 et 1060 (F-BnF Latin 9436). Là encore au début de l’ouvrage (ff. 1v° & 2r°) figurent plusieurs pièces de l’ordinaire en grec et en latin, avec cette fois notation musicale neumatique in campo aperto : 3 Kyrie, un Gloria grec transcrit en caractères latins (avec le texte latin au dessus des neumes) suivi de 3 Gloria latins, le Credo grec transcrit en caractères latins (avec le texte latin au dessus des neumes) – notons l’absence de Credo en latin avec notation musicale ! En revanche, les trois Sanctus et les trois Agnus Dei notés ne le sont qu’en latin, pas en grec.

Autre rareté remarquable, le chant des Chérubins qui accompagne la grande entrée de la liturgie byzantine de saint Jean Chrysostome – une pièce emblématique s’il en est de la liturgie byzantine ! – a été traduit en latin et sert de second offertoire à la messe de la Trinité (f° 58v°). En voici le texte :

Qui cherubin mystice imitamur et vivifice Trinitatis ter sanctum hymnum offerimus, omnem nunc mundanam deponamus sollicitudinem sicuti regem omnium suscepturi cui ab angelicis invisibiliter ministratur ordinibus, alleluia.
Nous qui mystiquement représentons les chérubins, et qui chantons l’hymne trois fois sainte à la vivifiante Trinité, déposons maintenant tous les soucis du monde, pour recevoir le roi de toutes choses, invisiblement escorté par les ordres angéliques, alleluia.

Voici une tentative de restitution de la mélodie de cette hymne des Chérubins (restitution en effet, car aucun manuscrit ultérieur ne nous l’offre avec des neumes sur portée) :

En revanche, ce missel ne mentionne aucune pièce grecque pour la fête de saint Denys ni pour toute son octave. Voici les pièces grecques du Missel de Saint-Denis du XIème siècle :

L’ancienne bibliothèque de l’Abbaye de Saint-Denis possédait divers ouvrages en grec, parmi lesquels un curieux manuscrit copié en 1020 par un hiéromoine du nom d’Hélie qui donne les textes de la divine liturgie byzantine du jour de Pâques puis du Pentecostaire (temps pascal) et enfin un Ménée (sanctoral). Ce manuscrit figure sous la côte F-BnF 375 de la Bibliothèque Nationale. S’il est peu probable qu’il ait été utilisé tel quel pour des célébrations liturgiques en rit byzantin par les moines à Saint-Denis, une main du XIIème siècle y a ajouté l’office de Saint-Denis en grec (ff. 153r°-154r°), le Généalogie du Christ selon Matthieu en grec pour les matines de Noël (ff. 154v°-155v°) et à la toute fin du manuscrit l’épître de saint Denys (le discours de Paul à l’Aréopage – ff. 194v°). Les inflexions notées au dessus du texte grec de cette épître, pour aider la cantilène du sous-diacre, indiquent bien qu’elle fut utilisée dans la liturgie.

Ces pièces grecques dans la liturgie latines sont-elles propres à Saint-Denis ?

Absolument pas ! On sait qu’à la liturgie papale, à Rome, jusqu’à nos jours, l’évangile est chanté en latin et en grec, et même qu’on chantait le Gloria in excelsis Deo en grec à Pâques et à Noël, ainsi que plusieurs Alleluia avec des versets grecs durant les vêpres stationales de Pâques et de son octave. Lorsqu’au cours du IXème siècle la liturgie papale romaine s’impose dans l’Empire carolingien avec la diffusion du sacramentaire grégorien, cet usage romain non seulement va être conservé mais même développé, à la faveur du renouveau des études et des lettres de la renaissance carolingienne. On retrouve de nombreuses pièces similaires en grec dans des sacramentaires du IXème au XIème siècles : le Gloria et le Credo en grec sont ainsi chantés dans les abbayes de Saint-Amand, de Saint-Gall, à Tournai, le Credo à Angoulème, à Milan, à Freising, le Gloria à Laon, à Tours, à Winchester, le Gloria, le Credo et le Sanctus à Ratisbonne, une Missa greca complète à l’usage d’Aix-la-Chapelle (Doxa en ypsistis, Pysteugo, Cheroubikon, Agyos, O annos tu theu, Doxa patri) ou de l’Abbaye de Saint-Alban, le Sanctus à Metz, etc, etc.

Pourtant, à partir du XIème, ce bilinguisme liturgique disparait à peu près partout (hormis le Kyrie eleison qui continue bien sûr à être chanté en grec). Sauf à Saint-Denis, où les moines, fiers de l’origine grecque de leur saint patron et martyr (manifestée dans son nom de Διώνυσος – Dionysos, quand bien même on contesterait son identification avec saint Denys l’Aréopagite), vont au contraire non seulement conserver mais encore amplifier les éléments reçus de la « Missa greca » carolingienne.

On trouve les premières traces d’une « Missa greca » pour l’octave de saint Denys le 16 octobre dans un Ordo des offices de Saint-Denis datant des années 1275 (F-BnF Latin 976 ff. 137r° et 137v°). Une version de cet ordo avec quelques variantes de détails nous est donné dans un manuscrit dyonisien de la même époque conservé à la Bibliothèque Mazarine (Manuscrit 526). Voici une traduction française de cet ordo avec nos interpolations explicatives :

En l’octave des saints Denys, Rustique et Eleuthère :
A la messe, trois chantres [entonnent] l’office (= l’introït, cf. le rit dominicain) en grec : Zeuete agallya (probable transcription de Venite exultemus – cf. Psaume XLIV, 1). Six [chantres] poursuivent (quatre dans le manuscrit de la Mazarine). Verset : Zeuete agallya (même texte donc que l’introït). Doxa Patri.
Kyrie Fons bonitatis (classique pour les octaves dans le rit parisien).
Après cela le prêtre commence : Doxa en ipsistis [Gloria in excelsis Deo].
Oraison : Protegat nos, Domine (la même que celle du Missel de Saint-Denis du XIème s. pour l’octave, la même que conserve encore notre texte imprimé en 1779).
L’épître est lue d’abord en grec puis en latin : Stans Paulus (Actes XVII, 22-34, comme dans l’imprimé de 1779).
Graduel : Phobite thon Kyrion (Timete Dominum – ce graduel est donné en latin dans le Missel de Saint-Denis du XIème s. pour l’octave). Verset : Ide ekztontes, par trois [chantres].
Alleluia : Ekekraxan dykei, par quatre [chantres].
Sequence : Gaude prole [la séquence du roi Robert II le Pieux – le manuscrit de la Mazarine en donne une autre : Supere armonie].
Avant l’évangile, on chante l’antienne : O beate Dyonisi.
Puis on lit l’évangile en grec puis en latin : Videns Jesus turbas (Matthieu V, 1-12 – le texte de 1779 donne Luc XII, 1-8 pour la messe de l’octave).
On dit Phisteuo, qui est le Credo, même si on n’est pas dimanche (« que si l’on est dimanche », pour le manuscrit de la Mazarine).
Offertoire : Y ta Cherubyn [L’hymne des Chérubins, en grec et non plus en latin comme dans les manuscrits antérieurs].
Sanctus : Agyos.
Agnus : O Agnos tou Theu et Agnus Dei, trois [chantres].
Communion : Psallate Ysu (Psallite Jesu).
Postcommunion : Sumpsimus, Domine, pignus (la même que celle du Missel de Saint-Denis du XIème s. pour l’octave, toujours en usage en 1779).
Ite missa est.
Sicut angelorum (un répons de procession final ?).

On voit donc que dès le XIIIème la messe de l’octave de saint Denys est donc chantée intégralement en grec, à l’exception des oraisons, de la séquence et d’un chant final. Malheureusement, aucun manuscrit avant l’apparition de l’imprimerie ne nous est parvenu pour nous livrer ces pièces avec leur chant.

L’hellénisation de la liturgie de Saint-Denis marque une nouvelle étape vers 1280 : on ajoute alors un cahier à un évangéliaire précieux donné à l’abbaye par Charles-le-Chauve au IXème siècle. Ce cahier de neuf feuillets en parchemin pourpré, parfois orné de lettres d’argent, donne les épîtres et évangiles en grec pour Noël, la dédicace de l’Abbaye (fête le 24 février), Pâques, la Pentecôte, la fête de saint Denys (F-BnF 9387, ff. 17r°, 160v°–161v° et 207r°). Notons que le texte des évangiles est précédé de l’exclamation de la liturgie byzantine : σοφία ορθή ακούσωμεν του αγίου ευαγγελίου ειρήνην πάσιν – Sophia ! Orthi ! (Sagesse ! Tenons-nous debout ! Ecoutons le saint Evangile ! Paix à tous !), comme à la messe papale encore de nos jours (mais cela était tombé d’usage à Saint-Denis au XVIIIème s. manifestement – le texte grec d’introduction à l’évangile est celui du rit romain dans l’édition de 1779). Certains des péricopes reçoivent des neumes indiquant les inflexions de la cantilène des diacres et sous-diacres.

Messe grecque de saint Denis : évangile en grec de la fête (c. 1280)

Missa greca de saint Denis : évangile en grec de la fête (c. 1280), parchemin pourpré et lettres d’argent. Notez au début : σοφία ορθή ακούσωμεν του αγίου ευαγγελίου ειρήνην πάσιν (Sagesse ! Tenons-nous debout ! Ecoutons le saint Evangile ! Paix à tous !) ainsi que les signes de cantilation, ici en rouge.

L’auteur anonyme qui rédige une introduction très intéressante aux éditions de 1777 & 1779 de la messe de l’octave indique dans la seconde édition que :

Pendant l’impression de cette Messe, l’Abbaye de S. Denys nous a communiqué un Manuscrit Grec, où se trouve une partie de la Messe Greque de S. Denys, révisée par le célèbre Guillaume Budé, qui a mis à la fin une Lettre signée & paraphée de sa main. Il mourut en 1540. Cette Messe est différente de celle qu’on chante aujourd’hui. »

Je pense qu’en effet les moines ont très certainement confié au célèbre helléniste parisien de la Renaissance Guillaume Budé (1476 † 1540) le soin de réviser les textes grecs de la messe de l’octave. On peut penser que Budé traduisit en grec les rares pièces de cette messe qui restaient encore en latin depuis les descriptions des ordines du XIIIème siècle : la séquence du roi Robert II le Pieux, les oraisons et hypothétiquement encore telle ou telle des parties supplémentaires de ce qui est chanté dans la messe : les Dominus vobiscum, la préface, le Pater et son introduction, l’O salutaris hostia (obligatoire à l’élévation en France depuis le règne de Charles V), la bénédiction pontificale, les oraisons des mémoires.

A une époque inconnue entre 1540 et 1658, les moines de Saint-Denis révisèrent les textes du propre de cette messe (phénomène qui connut une extension générale en France dès la fin du XVIIème siècle) : l’introït (officium), le graduel, l’alléluia, l’offertoire et la communion furent changés, on délaissa le vieil hymne des Chérubins. Plus exactement, on utilisa les textes du jour de la fête le 9 octobre pour toute l’octave (antérieurement, il y avait des textes propres pour la vigile, la fête et chaque jour de l’octave). En revanche, les trois oraisons de la messe se sont conservées à l’identique des sources du XIIIème siècles, mais désormais traduites en grec. Il est possible que cette révision des textes de la liturgie de l’Abbaye se soit faite à la suite de l’arrivée des bénédictins de la Congrégation de Saint-Maur, qui reprennent l’Abbaye en 1633.

Cette révision reçut une belle édition en 1658 chez l’éditeur du roi pour la musique Robert III Ballard (c. 1610 † 1672). Voici l’exemplaire de la Bibliothèque Sainte-Geneviève où une main a ajouté une transcription phonétique pour faciliter le chant des chantres peu versés dans la langue grecque. Hélas cette édition ne donne que les pièces de chant, sans le moindre avertissement qui puisse nous éclaircir sur l’origine des nouveaux textes du propre. Cela nous aurait permis de connaître le nom du moine qui a dû également écrire les autres parties de la messe sur lesquelles Guillaume Budé n’avait peut-être pas travaillé.

On sait par ailleurs que Robert III Ballard se met à publier à partir de 1658 de nombreux livres de plain-chants, pour beaucoup révisés ou composés par Guillaume-Gabriel Nivers (c. 1632 † 1714), organiste de Saint-Sulpice. Il ne nous parait pas impossible qu’on ait demandé à ce spécialiste de plain-chant – alors au début de sa carrière – de superviser, voire de réaliser les chants sur les nouveaux textes choisis par les moines de Saint-Denis.

Cette édition de Ballard de 1658 a servi de modèle à l’écriture de plusieurs manuscrits des XVIIème et XVIIIème siècles comme ce beau manuscrit Ms 4465 de la Bibliothèque Mazarine, qui date du XVIIIème siècle.

Comme notre auteur de 1779 l’indique dans son avertissement, l’édition Ballard de 1658 a été reprise et augmentée dans les opuscules de 1777 et 1779. On notera quelques menues différences, dues soit à l’érudition de l’auteur (dans le texte de l’ordinaire en grec et la séquence de Robert II le Pieux) soit à l’observation pratique du chant tel que réalisé à Saint-Denis (cf. par exemple le si bémol au début de l’introït qui ne figure pas dans l’édition de 1658).

Malheureusement, notre édition de 1779 que nous mettons en ligne est mutilée de quelques pages (il manque les pages XI à XIV de l’avertissement, 57 à 64 de la messe grecque, la pagination est par ailleurs assez erratique). On pourra néanmoins facilement compléter le chant des pages manquantes avec ces précédentes éditions et manuscrits.

Notons pour finir qu’on signale aussi au XVIIIème l’usage d’une messe (romaine) célébrée en grec à Paris par les chevaliers de l’Ordre du Saint-Sépulchre dans leur église. Là encore on devine sans peine la revendication des origines orientales de cet ordre de chevalerie au travers de la célébration de cette Missa greca. Hélas aucun document ni chant ne nous est parvenu pour en savoir plus sur cet usage, qui, comme à Saint-Denis, s’éteignit à la Révolution française.

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Si la missa greca de Saint-Denis n’était pas en ses débuts un phénomène isolé mais une pratique courante de l’Eglise carolingienne, la revendication des origines grecques de leur saint patron poussa les moines de l’Abbaye royale à conserver et développer cette tradition pour l’octave de la fête, le 16 octobre.