Cérémonial Parisien 1662 – Du temps de l’Avent, et des fêtes occurrentes

Pour une meilleure connaissance à titre documentaire de l’ancien rit parisien, et en commençant par le temps de l’Avent, nous publierons les différents chapitres du Cæremoniale Parisiense publié en 1662 par le chanoine Martin Sonnet, avec une traduction française et quelques notes explicatives.

Martin Sonnet - Le temps de l'Avent

PARS TERTIA.
De Tempore Adventus, & Festis
in eo occurrentibus.
CAPVT PRIMVM.
TROISIEME PARTIE.
Du Temps de l’Avent, & des fêtes
qui y surviennent.
CHAPITRE PREMIER.
Rorate cœli desuper, & nubes pluant iustum : aperiatur terra, & germinet salvatorem.
Esaiæ cap. 45. v. 8.
Répandez, ô cieux, votre rosée, et vous nuées, faites pleuvoir le Juste.
Isaïe chap. 45. v. 8.
ADVENTUS Domini semper inchoatur Dominica proximiore festo sancti Andreæ, vel ipso die S. Andreæ si occurrat in Dominica. Huius temporis Officium partim lætitiæ est, & ideo dicitur Alleluya, in Dominicis, & in Antiphonis : partim mœroris, & ideo omittitur Hymnus Te Deum, & Hymnus Angelicus Gloria in excelsis. L’Avent du Seigneur est toujours commencé le dimanche le plus proche de la fête de saint André, ou le jour même de saint André, s’il tombe le dimanche. L’office de ce temps est en partie [un temps] de joie, et pour cette raison on dit l’Alléluia, les dimanches et dans les antiennes, en partie [un temps] d’affliction, et pour cette raison on omet l’hymne Te Deum, et l’hymne angélique Gloria in excelsis.
Jusque là, tout est commun avec le rit romain. Comme le note incidemment Sonnet et comme le pratique le rit romain, l’Alleluia n’est chanté à la messe que le dimanche, il est de ce fait omis lorsque la messe dominicale est reprise en semaine.
2. Dominica prima Adventus, Initium est anni Ecclesiastici & omnium Festorum vel Officiorum, quare est duplex maius & Dominica primæ Classis, ideoque quodlibet Festum in ea occurentes transfertur semper, & habet primas & secundas Vesperas super Festum S. Andreæ Sabbato vel Feria secunda occurens. 2. Le premier dimanche de l’Avent est le commencement de l’année ecclésiastique & de toutes les fêtes et offices, c’est pourquoi il est double majeur et dimanche de première classe, et c’est pour cette raison qu’on transfère toute fête qui y surviendrait, et qu’il possède des premières et secondes fêtes, qui surpassent [celles] de la fête de saint André qui surviendrait un samedi ou un lundi.
Dans le Missel romain de saint Pie V, le premier dimanche de l’Avent est un dimanche semi-double de première classe. Tant au romain qu’au parisien, ce dimanche ne possédait pas réellement de premières vêpres complètes : depuis le haut Moyen-Age, on chantaient en effet d’abord les antiennes fériales du samedi soir puis l’Avent ne commençait véritablement qu’à partir du capitule. La réforme de saint Pie X de 1911 a modifié cet usage antique et universel en reprenant les antiennes des laudes pour les cinq psaumes de ces nouvelles premières vêpres (lesdits psaumes étant aussi modifiés). Contrairement au parisien, dans les rubriques romaines tridentines, les vêpres du premier dimanche de l’Avent cédaient face à celles de saint André tombant un samedi ou un lundi, on faisait alors mémoire du dimanche, et ce jusqu’aux réformes de 1955 (le rit romain suit depuis lors ce que faisait autrefois Paris).
3. Per totum Adventum Color albus, in omnibus Dominicis & Feriis, in Festis vero Color conveniens : prout notatur in Missali Parisiensi cap. 18. de coloribus paramentorum. 3. Pour tout l’Avent [on use de] la couleur blanche pour tous les dimanches et féries, mais pour les fêtes [on use] de la couleur convenable, selon ce qui est noté dans le Missel parisien au chapitre 18 : de la couleur des parements.
Cet usage parisien du blanc pendant l’Avent – à la place du violet que notent les livres romains – pourra vivement surprendre. Un élément de réponse se déduit de l’observation suivante : le Processionnal parisien utilise la grande antienne Missus est Angelus Gabriel pour la procession qui précède la grand-messe dominicale, dès le premier dimanche de l’Avent et pour les trois suivants. L’Avent parait dès lors conçu dans son ensemble comme une vaste célébration des mystères de l’Annonciation et de l’Incarnation, d’où Paris a probablement déduit la couleur blanche pour tout ce temps liturgique.
4. Vesperæ in Sabbato cantantur graviter eodem plane modo, quo & in Festis Solemnibus : cæteri Ritus observantur tam ad Vesperas, Matutinum cum Laudibus, quam ad Missam, ut in Festis Duplicibus maioribus. Hymni Vesperarum, Matutini, & Laudum cantantur graviter, similiter & Responsoria brevia horarum per totum Adventum. 4. Les vêpres du samedi sont chantées gravement, de la même façon intelligible qu’aux fêtes solennelles. Les autres rites sont observés, tant aux vêpres, aux matines avec les laudes, qu’à la messe, comme aux fêtes doubles majeures. Les hymnes des vêpres, matines et laudes sont chantés gravement, et de même les répons brefs des heures pendant tout l’Avent.
C’est une tradition constante dans l’Eglise latine de chanter plus lentement et plus gravement les offices les plus solennels.
Les premières vêpres du dimanche, chantées le samedi soir, sont ici indiquées comme les offices les plus solennels de l’Avent parisien. Cette dignité leur vient de la plus haute antiquité, lorsqu’il n’y avait encore pas encore de secondes vêpres, et que tous les jours liturgiques s’ouvraient la veille par l’office des vêpres. Les autres offices de l’Avent parisien sont chantés selon une dignité moindre. Ces deux degrés d’offices sont marqués par de menus détails : des sonneries de cloches différentes (5 sonneries solennelles / 3 sonneries), le nombre de cierges sur l’autel (douze cierges / six cierges), l’ornement du célébrant (il porte une étole / il n’en porte pas), l’usage de la polyphonie, du contrepoint et des faux-bourdons (les premier, troisième et cinquième psaumes, l’hymne et le Magnificat peuvent se chanter en musique ou en faux-bourdon, et le répons en contrepoint / le Magnificat seul est chanté en faux-bourdon), la façon d’entonner les antiennes (par les chanoines, les prêtres, les bénéficiers, les chapelains ou les chantres / par les chantres et les bénéficiers), le chant des répons (par quatre chantres en chape/par deux choristes), les encensements (par le célébrant et un prêtre assistant puis par deux thuriféraires, le peuple et la nef sont encensés / par le célébrant puis par un seul thuriféraire, le peuple et la nef ne sont pas encensés), le collectaire (on le présente au célébrant / on ne le présente pas), les stations (on en fait une en l’honneur de la Sainte Vierge / on n’en fait pas).
5. Ad Completorium, post Orationem Antiphonæ Alma, quæ dicitur etiam ad Laudes usque ad Purificationem inclusive, cantatur sexdecies NOEL, sub cantu Conditor, Celebrante antera inchoante, ut in Directio Chori Parisiensis habetur. Quod observatur quotidie usque ad diem vigesimum tertium Decembris inclusive, tam in officio de tempore quam de Sanctis. Hodie sero clauduntur Nuptiæ. A complies, après l’oraison de l’antienne Alma, qu’on dit de même à laudes jusqu’à la Purification incluse, on chante seize NOEL, sous le chant de Conditor, le célébrant l’ayant précédemment entonné, comme on le trouve dans le Directoire de chœur parisien. Ce qui s’observe chaque jour jusqu’au 23 décembre inclus, tant à l’office du temps qu’à celui des saints.
Le chant de seize Noël sur le ton de l’hymne de l’Avent, Conditor alme siderum, représente un vieux témoignage de la simplicité des sentiments des chanoines et probablement un souvenir des danses sacrées qu’ils accomplissaient dans les chœurs des cathédrales françaises au Moyen-Age. Voici comment ce chant pour le moins curieux est noté et rythmé dans le Directorium Chori Parisiensis édité en 1656 par les soins du même chanoine Martin Sonnet et qui précise que Noël est une contraction d’Emmanuel, ce qui signifie Dieu avec nous :
Noel Noel : aux complies parisiennes du Temps de l'Avent
Le Cæremoniale Parisiense ne le précise pas, mais le Directorium Chori Parisiensis indique que tout le clergé chante aussi à la fin des laudes, après l’oraison de l’antienne de la Sainte Vierge, trois NOEL (et non seize) en « fleurtis » (ou chant sur le livre, c’est à dire une polyphonie improvisée), en contrepoint ou en polyphonie à quatre voix. Il indique que quelques églises chantent à complies de la même façon trois NOEL au lieu des seize NOEL chantés sur le chant ci-dessus.
6. Ad Matutinum, prima Lectio (quæ est Præfatio S. Hieronimi Presbyteri ad Paulam & Eustichium in Translationem Esaiæ ex Hebraica veritate, quæ etiam sic incipit. Nemo cum Prophetas versibus viderit esse descriptos, &c, cantatur ad aliqua dignitate, vel ab antiquo Canonico, vel antiquo Sacerdote ad aquilam Chori ; Hæc prima Lectio habetur in sacris ante Prophetiam Esaiæ : pro secunda autem Lectione cantabuntur duæ priores Lectiones Breviarii de initio Esaiæ Prophetæ ad modum unius, more solito, ut fit un Ecclesia Metropolitana Parisiensi. 6. A matines, la première leçon (qui est la Préface de saint Jérôme, prêtre, à Paule et Eustochium, de la traduction d’Isaïe faite depuis la vérité hébraique, et qui commence ainsi : Il ne faut pas s’imaginer que les livres des Prophètes sont écrits, etc… Elle est chantée par quelque dignité, ou par un ancien chanoine, ou un ancien prêtre, à l’aigle du chœur ; cette première leçon est mise dans les Livres Sacrés avant le Prophète Isaïe. Mais pour la seconde leçon, on chante les deux premières leçons du bréviaire, le début du Prophète Isaïe, comme une seule, selon l’habitude, ainsi qu’il est fait dans l’Eglise Métropolitaine des Parisiens.
Traditionnellement, le Prophète Isaïe est lu aux matines du temps de l’Avent, dans le rit romain et ses dérivés, en commençant la lecture du début du livre au trois premières leçons du premier nocturne du premier dimanche de l’Avent. Si le Bréviaire parisien découpe ces trois premières leçons exactement comme le romain (première leçon : Isaïe I, 1-3, seconde leçon : Isaïe I, 4-6, troisième leçon : Isaïe I, 7-9), le Cérémonial témoigne de l’usage qui s’était introduit (à Notre-Dame du moins, et manifestement dans les autres églises du diocèse) de chanter d’abord la Préface au Livre d’Isaïe, souvent présente dans les éditions imprimées de la Vulgate en tête du livre de ce prophète, et qui est une lettre de saint Jérôme à sainte Paule et à sa fille sainte Eustochium. Conséquemment à l’introduction de cette nouvelle lecture, la seconde leçon réunit les six versets des deux anciennes premières leçons d’Isaïe en une seule (Isaïe I, 1-6).
7. Primum Responsorium, Aspiciens a longe cantatur à D. Cantore vel ab antiquo Canonico, vel antiquiore Sacerdote in stallo dignitatis, & sub finem primæ Lectionis illud annuntiat chorista eiusdem lateris Sacerdoti cantaturo. Hoc responsorium cantatur solemniter lentè & mensura gravi, ac etiam tres eius versus, Qui regnaturus. Qui regis, & Tollite portas, cum Gloria Patri. Deinde repetitur idem responsorium ab eodem Sacerdote. Reliqua de more. Nonum Responsorium tamen, Lætentur Cœli, reintonatur à celebrante post Gloria Patri, annuntiatumprius eidem Celebranti à Chorista eiusdem lateris, quod in reiteratione cantatur solemniter, lentè & mensura gravi loco Te Deum. Hoc semper observatur quotiescumque omisso Te Deum, eius loco reincipitur nonum Responsorium post Gloria Patri : in omnibus Dominicis, nempe Adventus, & à Dominica Septuagesimæ usque ad Pascha in Officio de tempore, & in Festo Ss. Innocentium, nisi in Dominica acciderit. 7. Le premier des répons, Aspiciens a longe, est chanté par Monsieur le Chantre, ou par un ancien chanoine, ou par un prêtre plus ancien dans une stalle de dignité, et vers la fin de la première leçon, le choriste [placé] du même côté que le prêtre qui doit chanter le lui annonce. Ce répons est chanté solennellement, lentement et d’une mesure grave, et de même ses trois versets Qui regnaturus, Qui regis, & Tollite portas, avec le Gloria Patri. Ensuite ce même répons est répété par le même prêtre. Le reste selon l’habitude. Le neuvième répons cependant, Lætentur Cœli, est ré-entonné par le célébrant après le Gloria Patri, cela lui ayant été d’abord annoncé par le choriste qui est de son côté, cette répétition est chantée solennellement, lentement et d’une mesure grave, à la place du Te Deum. Cela s’observe toujours toutes les fois que le Te Deum est omis, et qu’à sa place on ré-entonne le neuvième répons après le Gloria Patri : à savoir tous les dimanches de l’Avent, et du dimanche de la Septuagésime jusqu’à Pâques à l’office du temps, et en la fête des Saints Innocents, sauf si elle tombe un dimanche.
Pièce célèbre de tout le répertoire grégorien, le célébrissime répons Aspiciens a longe, premier des neuf répons des matines du premier dimanche de l’Avent, est tout particulièrement remarquable avec ses quatre versets et ses différentes réclames, son chant est de ce fait entouré de la plus grande solennité.
Contrairement au rit romain, l’usage parisien a conservé le neuvième répons pour toutes les matines des dimanches et fêtes (les livres romains ont fait disparaître les neuvièmes répons et ont mis à sa place le Te Deum. L’usage parisien a gardé la disposition primitive : le neuvième répons est suivi du Te Deum). En raison de la suppression du Te Deum les jours de pénitence, le Cérémonial parisien demande que la dernière reprise du répons soit lente, afin de tenir lieu du Te Deum.
Notons que le neuvième répons du rit parisien pour le premier dimanche de l’Avent (Lætentur Cœli) n’existe plus au premier dimanche de l’Avent dans les livres romains tridentins.
8. Hora Nona Matutina in Choro sanctæ ac Metropolitanæ Parisiensis Ecclesiæ, D. Canonicus Theologus sermocinaturus est. 8. A neuf heures du matin dans le chœur de l’Eglise sainte et métropolitaine des Parisiens, M. le Chanoine Théologal prêchera.
Le IIIème Concile de Latran, Xème concile œcuménique tenu en 1179, avait institué dans chaque chapitre de cathédrale la fonction de chanoine théologal, qui avait pour mission d’instruire le clergé & les enfants pauvres, en particulier en prêchant et en enseignant publiquement la théologie et l’Ecriture Sainte dans l’église cathédrale.
9. In Missa maiori, Diaconus & Subdiaconus utuntur Dalmatica & Tunica, more solito, quia est duplex, quod observatur in omnibus aliis Dominicis Adventus, quæ sunt duplices. 9. A la grand’messe, le diacre et le sous-diacre usent de la dalmatique et de la tunique, comme d’habitude, parce que [ce dimanche] est double, ce qu’on observe pour tous les autres dimanches de l’Avent, qui sont doubles.
Contrairement au rit romain qui utilise les chasubles pliées comme vêtement du diacre et du sous-diacre pendant l’Avent, le rit parisien conserve les dalmatique et tunique habituelles. La raison évoquée est la grande dignité dans le rang des fêtes des quatre dimanches du temps de l’Avent. Comme on le verra ci-après, les chasubles pliées sont en usage lors des féries de semaine du temps de l’Avent.
10. In Dominicis & Feriis Adventus dicuntur tres Orationes, secunda de Beata, Deus qui de Beata Maria. Tertia pro Ecclesia Ecclesiæ tuæ. In Festis autem secunda Oratio de Adventu. Tertia de Beata, & omittitur, Ecclesiæ tuæ. Non dicitur Gloria in excelsis, per totum Adventum : In Dominicis dicitur Credo, in Feriis non dicitur. In Missa de tempore Adventus, dicitur semper Benedicamus Domino 10. Les dimanches et féries de l’Avent, on dit trois oraisons, le seconde de la Bienheureuse [Vierge Marie], Deus qui de Beata Maria, la troisième pour l’Eglise Ecclesiæ tuæ. Mais les [jours de] fêtes, la seconde est de l’Avent, la troisième de la Bienheureuse [Vierge Marie], et l’on omet Ecclesiæ tuæ. On ne dit pas le Gloria in excelsis pour tout l’Avent ; mais les dimanches, on dit le Credo, que l’on ne dit pas les féries. A la messe du temps de l’Avent, on dit toujours Benedicamus Domino.
Les règles ici énoncées sont rigoureusement les mêmes que celles qui étaient dans les éditions tridentines des livres romains.
Selon l’ancien usage remontant au moins au Moyen-Age, on ajoutait très souvent d’autres oraisons aux trois oraisons de la messe du jour, savoir la collecte, la secrète et la postcommunion. Tout cela fut aboli par les nouvelles rubriques de 1960 et par le Missel romain de 1962, vraisemblablement pour rechercher des gains de temps sur la durée totale de la messe. On regrettera la suppression de ces anciennes oraisons car elles orientaient la prière des fidèles sur des intentions de prières souvent concrètes et précises. La disparition de ces intentions de prières particulières créa un appel d’air que l’on tenta maladroitement de combler bien plus tard par la création des prières dites universelles.
A la fin de la messe, l’Ite missa est remplacé par Benedicamus Domino comme à chaque fois que le Gloria in excelsis Deo n’est pas chanté à la messe.
11. Feria secunda post Dominicam primam Adventus, & aliis Feriis usque ad Nativitatem Domini, Per totum Adventum dicuntur preces feriales ad omnes horas flexis gentibus. Ad Benedictus & ad Magnificat cantantur Antiphonæ propriæ capitula & Responsoria Brevia horarum dicuntur ut in Psalterio, tempore Adventus. Ad minores horas tantum dicuntur Antiphonæ Dominicæ præcedentis per Hebdomadam quarta prætermissa, quando fit de Feria, nisi assignentur propriæ. Non cantatur Officium parvum usque post Purificationem, nec fiunt Commemorationes communes de Cruce, de Ss. & de pace ab hac die usque post octavam Epiphaniæ, & in majori Missa, non cantatur Alleluya, nec versus ejusdem : Diaconus & Subdiaconus in minoribus Ecclesiis non utuntur Dalmatica nec Tunica, sed Albis, manipulis & stola induti ministrant : In magnis autem Ecclesiis Collegiatis & Parochialibus, in quibus magnus & notabilis est Canonicorum, Beneficiatorum, & Sacerdotum Officiariorum numerus, Diaconus & Subdiaconus utuntur Planetis transversus super humeros & stola latiori, more Ecclesiæ Metropolitanæ : quam planetam Subdiaconus antequam de altari accipiat librum Epistolarum ad cantandum Epistolam decenter deponit in cornu Altaris a parte Epistolæ, & cantata Epistola, depositoque libro super Altare eam resumit, ut prius. 11. Le lundi après le premier dimanche de l’Avent, & aux autres féries jusqu’à la Nativité du Seigneur, pendant tout l’Avent on dit les prières fériales à toutes les heures en fléchissant les genoux. Au Benedictus & au Magnificat on chante les antiennes propres, le capitule et le répons bref des heures comme au Psautier, au temps de l’Avent. Aux petites heures seulement on dit les antiennes du dimanche précédent, en négligeant de le faire pour la quatrième semaine, lorsqu’on fait [l’office de] la férie, si il n’en est pas assigné de propres. On ne chante pas le Petit Office [de la Sainte Vierge] jusqu’après la Purification, ni ne fait les commémoraisons communes de la Croix, des Saints et de la paix, depuis ce jour jusqu’après l’octave de l’Epiphanie, et à la grand’messe, on ne chante ni l’Alléluia ni son verset ; le diacre et le sous-diacre, dans les plus petites églises, n’usent point de la dalmatique ni de la tunique, mais ils servent revêtus en aubes, manipules et étole ; mais dans les grandes églises collégiales ou paroissiales, dans lesquelles grand et notable est le nombre des chanoines, bénéficiers et prêtres officiants, le diacre et le sous-diacre utilisent les chasubles transverses sur les épaules & l’étole large, à la façon de l’Eglise métropolitaine : le sous-diacre – avant de recevoir le livre des épîtres pour chanter l’épître – dépose convenablement ladite chasuble au coin de l’autel du côté de l’épître, et, l’épître chantée et le livre déposé sur l’autel, il la remet comme auparavant.

A suivre…

Une curiosité liturgique : la messe grecque de l’octave de saint Denys – 1779

Jusqu’à la Révolution, l’Abbaye de Saint-Denis célébrait le 16 octobre, jour octave de la fête de son saint patron, une « messe grecque ». Il ne s’agissait pas de la liturgie byzantine, mais bien de la messe romaine, entièrement chantée en grec (du moins pour les parties proclamées, car le canon & les autres parties secrètes restaient dites en latin par le célébrant).

Nous avons le plaisir d’offrir au public un opuscule anonyme très intéressant de 108 pages publié en 1779 qui présente, décrit et fournit le chant et le texte de la liturgie romaine en grec qui se chantait à l’Abbaye royale de Saint-Denis pour l’octave de la fête du premier évêque de Paris, le 16 octobre.

> Télécharger la « Messe greque en l’honneur de S. Denys, apôtre des Gaules, premier évêque de Paris, et de S. Rustique et S. Eleuthere, martyrs : selon l’usage de l’Abbaye de S.-Denys en France, pour le jour de l’Octave de la Fête solemnelle de S. Denys, au XVI. jour d’Octobre. Avec la Messe Latine qu’on chante à S.-Denys le jour de la Fête & dans l’Octave. A Paris, chez De Hansy, Libraire, rue de la Juiverie, près l’Eglise de la Magdeleine, à S. Nicolas. M.DCC.LXXIX. »

Cet ouvrage contient une passionnante introduction sous forme d’avertissement qui développe l’origine de cette messe en grec et sur la pratique de la communion sous les deux espèces, traditionnellement pratiquée par le célébrant, son diacre et son sous-diacre les dimanches et fêtes à Saint-Denis.

Voici, en guise d’exemple, l’introït de cette messe de l’octave de saint Denys dans cette édition de 1779 :

Introït Sophiane tone haguione de la messe grecque de l'octave de saint Denys

A titre de comparaison, voici le même introït dans sa version originale latine :

Introït Sapientiam Sanctorum de la messe grecque de l'octave de saint Denys

Les pièces de la messe latine ont simplement été traduites en grecs, et on y a appliqué le même chant, en adaptant celui-ci aux accents hellènes.

Toute la messe de l’octave était donc chantée en grec, toutefois l’épître et l’évangile y étaient chantés sur le jubé d’abord en grec puis en latin. Le jour de la fête, le 9 octobre, l’épître et l’évangile étaient chantées en latin d’abord, puis en grec. Un tel usage des doubles lectures en latin puis en grec, qui – on va le voir – remontait au moins à l’époque carolingienne, se répétait également à Pâques, Noël, la Pentecôte, la saint Matthias et à la dédicace de l’Abbatiale (le 24 février) (Mercure de France, 1728).

Nous mettons en ligne la seconde édition de cet opuscule, la première remontant à l’année 1777. Il s’agit clairement d’un petit livret pour permettre aux fidèles de suivre la messe célébrée et chantée en grec par les moines de Saint-Denis. Divers témoignages au XVIIème et XVIIIème laissent entendre que cette célébration si particulière, célébrée avec la plus grande magnificence par un grand nombre d’officiants en ornements sacrés, déplaçait un grand nombre de pèlerins, d’autant que pendant toute l’octave, l’abbaye exposait solennellement à la vénération des fidèles la relique du chef de saint Denys entre la châsse d’argent contenant son corps et celles de ses deux compagnons Rustique et Eleuthère.

Contrairement à l’édition de 1777 de ce même opuscule et à la première édition de cette messe en 1658, l’édition de 1779 indique une très intéressante transcription phonétique du grec, afin de faciliter le chant des moines de Saint-Denis et la compréhension des fidèles. Cette transcription du grec diffère de la prononciation liturgique des Byzantins ou même médiévale & liturgique des Romains pour suivre celle intellectuellement reconstituée par Erasme (le Prince des humanistes avait fondé sa prononciation restituée sur l’analyse des transcriptions antiques de mots grec en latin). Ainsi, les moines chantaient Kurié éléêsone au lieu de l’habituelle prononciation Kyrie eleison, pourtant contemporaine de la diffusion du christianisme au cours des premiers siècles de notre ère.

Cet hapax liturgique étonnait beaucoup au XVIIIème siècle. Si la messe en grec de Saint-Denis témoignait de l’attachement à l’aréopagisme développé dans cette abbaye depuis le VIIIème siècle, il ne s’agissait pourtant nullement d’un cas unique dans les liturgies occidentales. Examinons son histoire.

A quand remonterait la messe grecque de Saint-Denis ?

Le plus ancien livre liturgique en usage dans l’Abbaye royale de Saint-Denis que nous possédons est un sacramentaire de la seconde moitié du IXème siècle (F-BnF Latin 2290). Au début de l’ouvrage, on trouve aux folios ff. 7v° – 8v° le texte du Gloria in excelsis Deo (Doxa in ypsistis Theo), du Credo in unum Deum (Pisteugo is ena Theon), du Sanctus (Agios) et de l’Agnus Dei (O Amnos tu Theu) en grec, mais transcrits en caractères romains, avec le texte latin en interligne :

On trouve aussi un fragment semblable du Gloria in excelsis Deo en grec écrit en caractères latins avec traduction latine intercalée dans un sacramentaire de Saint-Denis offert par les moines au chapitre de la cathédrale de Laon pour les remercier de leur accueil au moment des invasions normandes (Laon 118 f° 145v°). Ce manuscrit a dû être réalisé entre le dernier tiers du IXème et le début du Xème siècle.

Le second livre que nous possédons de Saint-Denis est un missel écrit entre 1041 et 1060 (F-BnF Latin 9436). Là encore au début de l’ouvrage (ff. 1v° & 2r°) figurent plusieurs pièces de l’ordinaire en grec et en latin, avec cette fois notation musicale neumatique in campo aperto : 3 Kyrie, un Gloria grec transcrit en caractères latins (avec le texte latin au dessus des neumes) suivi de 3 Gloria latins, le Credo grec transcrit en caractères latins (avec le texte latin au dessus des neumes) – notons l’absence de Credo en latin avec notation musicale ! En revanche, les trois Sanctus et les trois Agnus Dei notés ne le sont qu’en latin, pas en grec.

Autre rareté remarquable, le chant des Chérubins qui accompagne la grande entrée de la liturgie byzantine de saint Jean Chrysostome – une pièce emblématique s’il en est de la liturgie byzantine ! – a été traduit en latin et sert de second offertoire à la messe de la Trinité (f° 58v°). En voici le texte :

Qui cherubin mystice imitamur et vivifice Trinitatis ter sanctum hymnum offerimus, omnem nunc mundanam deponamus sollicitudinem sicuti regem omnium suscepturi cui ab angelicis invisibiliter ministratur ordinibus, alleluia.
Nous qui mystiquement représentons les chérubins, et qui chantons l’hymne trois fois sainte à la vivifiante Trinité, déposons maintenant tous les soucis du monde, pour recevoir le roi de toutes choses, invisiblement escorté par les ordres angéliques, alleluia.

Voici une tentative de restitution de la mélodie de cette hymne des Chérubins (restitution en effet, car aucun manuscrit ultérieur ne nous l’offre avec des neumes sur portée) :

En revanche, ce missel ne mentionne aucune pièce grecque pour la fête de saint Denys ni pour toute son octave. Voici les pièces grecques du Missel de Saint-Denis du XIème siècle :

L’ancienne bibliothèque de l’Abbaye de Saint-Denis possédait divers ouvrages en grec, parmi lesquels un curieux manuscrit copié en 1020 par un hiéromoine du nom d’Hélie qui donne les textes de la divine liturgie byzantine du jour de Pâques puis du Pentecostaire (temps pascal) et enfin un Ménée (sanctoral). Ce manuscrit figure sous la côte F-BnF 375 de la Bibliothèque Nationale. S’il est peu probable qu’il ait été utilisé tel quel pour des célébrations liturgiques en rit byzantin par les moines à Saint-Denis, une main du XIIème siècle y a ajouté l’office de Saint-Denis en grec (ff. 153r°-154r°), le Généalogie du Christ selon Matthieu en grec pour les matines de Noël (ff. 154v°-155v°) et à la toute fin du manuscrit l’épître de saint Denys (le discours de Paul à l’Aréopage – ff. 194v°). Les inflexions notées au dessus du texte grec de cette épître, pour aider la cantilène du sous-diacre, indiquent bien qu’elle fut utilisée dans la liturgie.

Ces pièces grecques dans la liturgie latines sont-elles propres à Saint-Denis ?

Absolument pas ! On sait qu’à la liturgie papale, à Rome, jusqu’à nos jours, l’évangile est chanté en latin et en grec, et même qu’on chantait le Gloria in excelsis Deo en grec à Pâques et à Noël, ainsi que plusieurs Alleluia avec des versets grecs durant les vêpres stationales de Pâques et de son octave. Lorsqu’au cours du IXème siècle la liturgie papale romaine s’impose dans l’Empire carolingien avec la diffusion du sacramentaire grégorien, cet usage romain non seulement va être conservé mais même développé, à la faveur du renouveau des études et des lettres de la renaissance carolingienne. On retrouve de nombreuses pièces similaires en grec dans des sacramentaires du IXème au XIème siècles : le Gloria et le Credo en grec sont ainsi chantés dans les abbayes de Saint-Amand, de Saint-Gall, à Tournai, le Credo à Angoulème, à Milan, à Freising, le Gloria à Laon, à Tours, à Winchester, le Gloria, le Credo et le Sanctus à Ratisbonne, une Missa greca complète à l’usage d’Aix-la-Chapelle (Doxa en ypsistis, Pysteugo, Cheroubikon, Agyos, O annos tu theu, Doxa patri) ou de l’Abbaye de Saint-Alban, le Sanctus à Metz, etc, etc.

Pourtant, à partir du XIème, ce bilinguisme liturgique disparait à peu près partout (hormis le Kyrie eleison qui continue bien sûr à être chanté en grec). Sauf à Saint-Denis, où les moines, fiers de l’origine grecque de leur saint patron et martyr (manifestée dans son nom de Διώνυσος – Dionysos, quand bien même on contesterait son identification avec saint Denys l’Aréopagite), vont au contraire non seulement conserver mais encore amplifier les éléments reçus de la « Missa greca » carolingienne.

On trouve les premières traces d’une « Missa greca » pour l’octave de saint Denys le 16 octobre dans un Ordo des offices de Saint-Denis datant des années 1275 (F-BnF Latin 976 ff. 137r° et 137v°). Une version de cet ordo avec quelques variantes de détails nous est donné dans un manuscrit dyonisien de la même époque conservé à la Bibliothèque Mazarine (Manuscrit 526). Voici une traduction française de cet ordo avec nos interpolations explicatives :

En l’octave des saints Denys, Rustique et Eleuthère :
A la messe, trois chantres [entonnent] l’office (= l’introït, cf. le rit dominicain) en grec : Zeuete agallya (probable transcription de Venite exultemus – cf. Psaume XLIV, 1). Six [chantres] poursuivent (quatre dans le manuscrit de la Mazarine). Verset : Zeuete agallya (même texte donc que l’introït). Doxa Patri.
Kyrie Fons bonitatis (classique pour les octaves dans le rit parisien).
Après cela le prêtre commence : Doxa en ipsistis [Gloria in excelsis Deo].
Oraison : Protegat nos, Domine (la même que celle du Missel de Saint-Denis du XIème s. pour l’octave, la même que conserve encore notre texte imprimé en 1779).
L’épître est lue d’abord en grec puis en latin : Stans Paulus (Actes XVII, 22-34, comme dans l’imprimé de 1779).
Graduel : Phobite thon Kyrion (Timete Dominum – ce graduel est donné en latin dans le Missel de Saint-Denis du XIème s. pour l’octave). Verset : Ide ekztontes, par trois [chantres].
Alleluia : Ekekraxan dykei, par quatre [chantres].
Sequence : Gaude prole [la séquence du roi Robert II le Pieux – le manuscrit de la Mazarine en donne une autre : Supere armonie].
Avant l’évangile, on chante l’antienne : O beate Dyonisi.
Puis on lit l’évangile en grec puis en latin : Videns Jesus turbas (Matthieu V, 1-12 – le texte de 1779 donne Luc XII, 1-8 pour la messe de l’octave).
On dit Phisteuo, qui est le Credo, même si on n’est pas dimanche (« que si l’on est dimanche », pour le manuscrit de la Mazarine).
Offertoire : Y ta Cherubyn [L’hymne des Chérubins, en grec et non plus en latin comme dans les manuscrits antérieurs].
Sanctus : Agyos.
Agnus : O Agnos tou Theu et Agnus Dei, trois [chantres].
Communion : Psallate Ysu (Psallite Jesu).
Postcommunion : Sumpsimus, Domine, pignus (la même que celle du Missel de Saint-Denis du XIème s. pour l’octave, toujours en usage en 1779).
Ite missa est.
Sicut angelorum (un répons de procession final ?).

On voit donc que dès le XIIIème la messe de l’octave de saint Denys est donc chantée intégralement en grec, à l’exception des oraisons, de la séquence et d’un chant final. Malheureusement, aucun manuscrit avant l’apparition de l’imprimerie ne nous est parvenu pour nous livrer ces pièces avec leur chant.

L’hellénisation de la liturgie de Saint-Denis marque une nouvelle étape vers 1280 : on ajoute alors un cahier à un évangéliaire précieux donné à l’abbaye par Charles-le-Chauve au IXème siècle. Ce cahier de neuf feuillets en parchemin pourpré, parfois orné de lettres d’argent, donne les épîtres et évangiles en grec pour Noël, la dédicace de l’Abbaye (fête le 24 février), Pâques, la Pentecôte, la fête de saint Denys (F-BnF 9387, ff. 17r°, 160v°–161v° et 207r°). Notons que le texte des évangiles est précédé de l’exclamation de la liturgie byzantine : σοφία ορθή ακούσωμεν του αγίου ευαγγελίου ειρήνην πάσιν – Sophia ! Orthi ! (Sagesse ! Tenons-nous debout ! Ecoutons le saint Evangile ! Paix à tous !), comme à la messe papale encore de nos jours (mais cela était tombé d’usage à Saint-Denis au XVIIIème s. manifestement – le texte grec d’introduction à l’évangile est celui du rit romain dans l’édition de 1779). Certains des péricopes reçoivent des neumes indiquant les inflexions de la cantilène des diacres et sous-diacres.

Messe grecque de saint Denis : évangile en grec de la fête (c. 1280)

Missa greca de saint Denis : évangile en grec de la fête (c. 1280), parchemin pourpré et lettres d’argent. Notez au début : σοφία ορθή ακούσωμεν του αγίου ευαγγελίου ειρήνην πάσιν (Sagesse ! Tenons-nous debout ! Ecoutons le saint Evangile ! Paix à tous !) ainsi que les signes de cantilation, ici en rouge.

L’auteur anonyme qui rédige une introduction très intéressante aux éditions de 1777 & 1779 de la messe de l’octave indique dans la seconde édition que :

Pendant l’impression de cette Messe, l’Abbaye de S. Denys nous a communiqué un Manuscrit Grec, où se trouve une partie de la Messe Greque de S. Denys, révisée par le célèbre Guillaume Budé, qui a mis à la fin une Lettre signée & paraphée de sa main. Il mourut en 1540. Cette Messe est différente de celle qu’on chante aujourd’hui. »

Je pense qu’en effet les moines ont très certainement confié au célèbre helléniste parisien de la Renaissance Guillaume Budé (1476 † 1540) le soin de réviser les textes grecs de la messe de l’octave. On peut penser que Budé traduisit en grec les rares pièces de cette messe qui restaient encore en latin depuis les descriptions des ordines du XIIIème siècle : la séquence du roi Robert II le Pieux, les oraisons et hypothétiquement encore telle ou telle des parties supplémentaires de ce qui est chanté dans la messe : les Dominus vobiscum, la préface, le Pater et son introduction, l’O salutaris hostia (obligatoire à l’élévation en France depuis le règne de Charles V), la bénédiction pontificale, les oraisons des mémoires.

A une époque inconnue entre 1540 et 1658, les moines de Saint-Denis révisèrent les textes du propre de cette messe (phénomène qui connut une extension générale en France dès la fin du XVIIème siècle) : l’introït (officium), le graduel, l’alléluia, l’offertoire et la communion furent changés, on délaissa le vieil hymne des Chérubins. Plus exactement, on utilisa les textes du jour de la fête le 9 octobre pour toute l’octave (antérieurement, il y avait des textes propres pour la vigile, la fête et chaque jour de l’octave). En revanche, les trois oraisons de la messe se sont conservées à l’identique des sources du XIIIème siècles, mais désormais traduites en grec. Il est possible que cette révision des textes de la liturgie de l’Abbaye se soit faite à la suite de l’arrivée des bénédictins de la Congrégation de Saint-Maur, qui reprennent l’Abbaye en 1633.

Cette révision reçut une belle édition en 1658 chez l’éditeur du roi pour la musique Robert III Ballard (c. 1610 † 1672). Voici l’exemplaire de la Bibliothèque Sainte-Geneviève où une main a ajouté une transcription phonétique pour faciliter le chant des chantres peu versés dans la langue grecque. Hélas cette édition ne donne que les pièces de chant, sans le moindre avertissement qui puisse nous éclaircir sur l’origine des nouveaux textes du propre. Cela nous aurait permis de connaître le nom du moine qui a dû également écrire les autres parties de la messe sur lesquelles Guillaume Budé n’avait peut-être pas travaillé.

On sait par ailleurs que Robert III Ballard se met à publier à partir de 1658 de nombreux livres de plain-chants, pour beaucoup révisés ou composés par Guillaume-Gabriel Nivers (c. 1632 † 1714), organiste de Saint-Sulpice. Il ne nous parait pas impossible qu’on ait demandé à ce spécialiste de plain-chant – alors au début de sa carrière – de superviser, voire de réaliser les chants sur les nouveaux textes choisis par les moines de Saint-Denis.

Cette édition de Ballard de 1658 a servi de modèle à l’écriture de plusieurs manuscrits des XVIIème et XVIIIème siècles comme ce beau manuscrit Ms 4465 de la Bibliothèque Mazarine, qui date du XVIIIème siècle.

Comme notre auteur de 1779 l’indique dans son avertissement, l’édition Ballard de 1658 a été reprise et augmentée dans les opuscules de 1777 et 1779. On notera quelques menues différences, dues soit à l’érudition de l’auteur (dans le texte de l’ordinaire en grec et la séquence de Robert II le Pieux) soit à l’observation pratique du chant tel que réalisé à Saint-Denis (cf. par exemple le si bémol au début de l’introït qui ne figure pas dans l’édition de 1658).

Malheureusement, notre édition de 1779 que nous mettons en ligne est mutilée de quelques pages (il manque les pages XI à XIV de l’avertissement, 57 à 64 de la messe grecque, la pagination est par ailleurs assez erratique). On pourra néanmoins facilement compléter le chant des pages manquantes avec ces précédentes éditions et manuscrits.

Notons pour finir qu’on signale aussi au XVIIIème l’usage d’une messe (romaine) célébrée en grec à Paris par les chevaliers de l’Ordre du Saint-Sépulchre dans leur église. Là encore on devine sans peine la revendication des origines orientales de cet ordre de chevalerie au travers de la célébration de cette Missa greca. Hélas aucun document ni chant ne nous est parvenu pour en savoir plus sur cet usage, qui, comme à Saint-Denis, s’éteignit à la Révolution française.

*

Si la missa greca de Saint-Denis n’était pas en ses débuts un phénomène isolé mais une pratique courante de l’Eglise carolingienne, la revendication des origines grecques de leur saint patron poussa les moines de l’Abbaye royale à conserver et développer cette tradition pour l’octave de la fête, le 16 octobre.

Benedicat nos Deus – antienne solennelle parisienne en l’honneur de saint Denys – Offices propres du diocèse de Paris 1923

Benedicat nos Deus - antienne solennelle en l'honneur de saint Denys

Benedicat nos Deus – antienne solennelle en l’honneur de saint Denys.

Benedícat nos Deus Pater, custódiat nos Jesus Christus, illúminet nos Spíritus Sanctus ómnibus diebus vitæ nostræ : confírmet nos virtus Christi, intercedéntibus sanctíssimi Dionysio, Rústico et Eleuthério : indúlgeat nobis Dóminus univérsa delícta nostra, allelúia. Que nous bénisse Dieu le Père, que nous garde Jésus-Christ, que nous illumine le Saint-Esprit tous les jours de notre vie. Que la puissance du Christ nous affermisse, par l’intercession des très saints Denis, Rustique et Eleuthère ; que le Seigneur nous efface indulgemment tous nos péchés, alléluia.

Cette antienne processionnelle est tirée des anciens livres de l’Abbaye de Saint-Denis. Elle comporte une curieuse invocation à la Très-Sainte Trinité – probablement une formule euchologique liturgique mise en musique – à laquelle s’ajoute une demande d’intercession à saint Denys, premier évêque de Paris, et à ses compagnons martyrs le prêtre Rustique et le diacre Eleuthère. Cette antienne curieuse n’appartient pas au répertoire courant de l’antiphonaire grégorien, sa mélodie – splendide – est particulièrement originale, il est donc tout à fait possible qu’elle soit l’un des rares reliquat de l’antique liturgie gallicane et plus spécialement parisienne, d’avant sa suppression par Pépin le Bref et Charlemagne.

Elle fut accommodée – semble-t-il par la suite – en plusieurs Eglises en divers points d’Europe avec d’autres noms de saints, servant la plupart du temps comme antienne processsionnelle. La mystique sainte Elisabeth de Schönau (1129 † 1164) – au témoignage de son frère Eckbert, abbé de Schönau (c. 1120 – 1184) -, reçut dans une de ses extases une vision de saint Jean Baptiste qui lui chantait cette antienne Benedicat nos Deus.

La transcription ci-dessus fut préparée par le fameux musicologue Amédée Gastoué (1873 † 1943), maître de chapelle de Saint-Jean-Baptiste-de-Belleville, commandeur de Saint Grégoire le Grand, qui supervisa les éditions propres du diocèse de Paris réalisées en 1923 (antiphonaire et pièces pour les saluts du Très-Saint Sacrement) et 1925 (graduel avec le propre de Paris). Il la plaça parmi les pièces de chant pour les Salut du Très-Sacrement du propre de Paris.

Voici cette même antienne manuscrite dans l’Antiphonaire de Saint-Denis datant des années 1140-1160 (F-BnF Latin 17296, f° 340 v° – le bas de la page précédente annonce avant la tourne qu’il s’agit d’une antienne processionnelle). Elle est proche de la source utilisée par Amédée Gastoué pour sa restitution.

Benedicat nos Deus - Antienne solennelle de saint Denys - antiphonaire de Saint-Denis du XIIème s.

Benedicat nos Deus – Antienne solennelle de saint Denys – antiphonaire de Saint-Denis du XIIème s.

[Noveritis 2019] Publication de la date de Pâques & de celles des fêtes mobiles de l’année 2019 le jour de l’Epiphanie

La publication de la date de Pâques dans le Pontificale Romanum.

Dans le rit romain, le jour de l’Epiphanie (dont la solennité est obligatoirement reportée en France au dimanche qui suit – sauf lorsque le 6 janvier tombe un dimanche, comme cette année), le diacre fait selon la tradition la publication de la date de Pâques après le chant de l’évangile.

RIT ROMAIN

En voici le chant pour 2019, réalisé par nos soins :

Noveritis Romanum 2019 : proclamation de la date de Pâques et des fêtes mobiles

En voici le texte & la traduction pour 2019 :

Novéritis, fratres caríssimi, quod annuénte Dei misericórdia, sicut de Nativitáte Dómini nostri Jesu Christi gavísi sumus, ita et de Resurrectióne ejúsdem Salvatóris nostri gáudium vobis annuntiámus.

Vous avez su, Frères très chers, par la miséricorde de Dieu qui nous a été annoncée, que nous avons été comblés par la Nativité de Notre Seigneur Jésus-Christ, ainsi de même nous vous annonçons la joie qui nous sera procurée par la Résurrection de notre même Sauveur.

Die décima séptima Februárii erit Domínica in Septuagésima.

Le 17 février sera le dimanche de la Septuagésime.
Sexta Mártii dies Cínerum, et inítium jejúnii sacratíssimæ Quadragésimæ. Le 6 mars sera le jour des Cendres et le début du jeûne très sacré du Carême.
Vigésima prima Aprílis sanctum Pascha Dómini nostri Jesu Christi cum gáudio celebríbitis. Le 21 avril sera la sainte Pâque de Notre Seigneur Jésus-Christ, que vous célèbrerez avec joie.
Trigésima Máii erit Ascénsio Dómini nostri Jesu Christi. Le 30 mai sera l’Ascension de Notre Seigneur Jésus-Christ.
Nona Júnii Festum Pentecóstes. Le 9 juin sera la fête de la Pentecôte.
Vigésima ejúsdem Festum sacratíssimi Córporis Christi. Le 20 du même mois sera la fête du Très Saint Corps du Christ.
Prima Decémbris Domínica prima Advéntus Dómini nostri Jesu Christi, cui est honor et glória, in sæcula sæculórum. Amen.

Le 1er décembre sera le premier dimanche de l’Avent de Notre Seigneur Jésus-Christ, à qui est l’honneur et la gloire, dans les siècles des siècles. Amen.

Plus de détails sur la Publication de la date de Pâques à l’Epiphanie.

Livret PDF imprimable à l’attention du clergé.

RIT PARISIEN

Voici le chant de l’ancien usage de Paris, pour 2019 :

Noverit Parisiense 2019 - proclamation de la date de Pâques : 21 avril 2019

En voici le texte & la traduction pour 2019 :

Novérit cáritas vestra, fratres caríssimi, quod, annuénte Dei & Dómini nostri Jesu Christi misericórdia, die vigésima prima mensis Aprílis Pascha Dómini celebrábimus.

Votre charité saura, Frères très chers, que, par la miséricorde de Dieu & de notre Seigneur Jésus-Christ qui nous a été annoncée, le 21 avril nous célèbrerons la Pâque de Seigneur.

 

RIT AMBROSIEN

Voici le chant pour le rit ambrosien, pour 2019 :

Noverit Ambrosianum 2019 - proclamation de la date de Pâques : 21 avril 2019

En voici le texte & la traduction pour 2019 :

Novérit cháritas vestra, fratres charíssimi, quod, annuénte Dei & Dómini nostri Jesu Christi misericórdia, die vigésima prima, mensis Aprílis, Pascha Dómini cum gáudio celebrábimus. R/. Deo grátias.

Votre charité saura, Frères très chers, que, par la miséricorde de Dieu & de notre Seigneur Jésus-Christ qui nous a été annoncée, le 21 avril, nous célèbrerons avec joie la Pâque de Seigneur. R/. Rendons grâces à Dieu.

Rit parisien – Répons Inter natos mulierum – Nativité de saint Jean Baptiste

In Nativitate S. Ioannis Baptistæ
In tertio nocturno, Resp. tertius

Répons Inter natos mulierum - ton 1 - Nativité de saint Jean Baptiste, rit parisien.

 

Inter natos mulíerum non surréxit major Joánne Baptísta : * Qui viam Dómino præparávit in erémo. Entre les fils des femmes, il n’y en a point eu de plus grand que Jean-Baptiste. Il prépara la voie du Seigneur dans le désert.
(Matthieu XI, 13)
V/. Fuit homo missus a Deo, cui nomen erat Joánnes. V/. Et ayant jeûné quarante jours et quarante nuits, il eut faim ensuite.
(Jean I, 6)
* Qui viam Dómino præparávit in erémo. * Il prépara la voie du Seigneur dans le désert.
Glória Patri, & Fílio, & Spirítui Sancto. Gloire au Père, & au Fils, & au Saint-Esprit.
* Qui viam Dómino præparávit in erémo. * Il prépara la voie du Seigneur dans le désert.

Source : Antiphonaire de Notre-Dame de Paris (c. 1300) – F-Pn lat. 15182 f°211 v°. – Cantus ID: 006979 & 006979a.

Ce répons, le troisième du troisième nocturne de la fête de la Nativité de saint Jean Baptiste dans l’ancien rit parisien, était également repris au cours de la procession qui précédait à Paris la grand-messe de cette fête (en seconde position, après le répons Hic præcursor). Présent dans de très nombreux manuscrits médiévaux un peu partout en Europe, ce répons ne figure plus dans l’office romain actuel, qui a éliminé les dernier répons de matines par simplification de cette partie de l’office, en posant que le Te Deum en tenait lieu (la disposition primitive était : chant du dernier répons – chant de l’évangile de matines – chant du Te Deum ; or l’évangile de matines, attesté par Egérie au IVème siècle, a fini par disparaître en Occident, mais il s’est conservé à l’office dominical bénédictin ainsi qu’aux matines de Noël et de l’Epiphanie dans la plupart des usages diocésains ou religieux).