Templa panduntur – hymne de sainte Geneviève en usage à Saint-Etienne-du-Mont

Templa panduntur - hymne de l'office nocturne de sainte Geneviève propre à Saint-Etienne-du-Mont

Templa panduntur - hymne de l'office nocturne de sainte Geneviève propre à Saint-Etienne-du-Mont

Templa panduntur – Cette hymne du Ier ton de l’office nocturne de la fête de sainte Geneviève le 3 janvier est tirée de l’office propre de l’église paroissiale parisienne de Saint-Etienne-du-Mont, laquelle jouxtait l’ancienne abbatiale de Sainte-Geneviève, ruinée à la révolution. Ce propre fut publié au XVIIème siècle : un volume noté (sans date) et un texte latin imprimé avec une traduction française « chez Prault Père, Quai de Gêvres, au Paradis, et à la Maîtrise des Enfants de Chœur de S. Etienne » en 1777. La même hymne se retrouve au propre de la toute nouvelle basilique Sainte-Geneviève en 1765, alors qu’elle est toujours en construction (la première pierre fut posée par le roi Louis XV le 6 septembre 1764). Il est probable que cette hymne fut aussi antérieurement en usage à l’Abbaye de Sainte-Geneviève des Chanoines réguliers de la Congrégation de France (Génovéfains).

L’auteur de l’hymne Templa panduntur ne nous est pas connu. Il n’est pas impossible qu’il puisse être le P. Pinchon, chanoine régulier de l’Abbaye de Sainte-Geneviève au XVIIIème siècle, qui composa les textes des hymnes Gallicæ custos et Cœlo receptam plaudite Cœlites passées dans le Bréviaire de Mgr de Vintimille en 1736.

En voici le texte et une traduction du XVIIIème siècle (avec quelques corrections de détails apportées à cette traduction au XIXème siècle) :

Templa pandúntur ; facilis clientum
Audiat festos Genovefa cantus,
Quæ vigil templo solidas amabat
Ducere noctes.
Le temple s’ouvre ; que nos vœux soient reçus favorablement par Geneviève qui aimait passer les nuits entières à y prier.
Hostis extincta stygiu lucerna,
Nocte pergentem cohibere tentet ;
Luditur : sacro rediviva flatu
Flamma resurgit.
En vain l’esprit infernal veut-il l’arrêter, en éteignant la lumière qui éclaire ses pas durant la nuit ; elle se rit de sa malice : un souffle miraculeux ranime la lampe qu’il avait éteinte.
Molle dum mactat, sibi dura, corpus,
Curat ægrotos ope, veste nudos ;
Seque defaudat, seges unde major
Crescat egenis.
Dure à elle-même, tandis qu’elle immole son corps à la pénitence, elle fournit des secours aux malades, des habits à ceux qui sont nus ; elle retranche de son nécessaire pour donner plus abondamment aux indigents.
Integram vitæ scelerata mordent
Ora ; Germani siluere jussu :
Mox et insontem potiore signo
Sentiet orbis.
Des bouches envenimées s’ouvrent pour la décrier ; Germain leur impose silence, et bientôt le plus éclatant miracle atteste à l’univers son innocence.
Numinis vindex patiens vocari
Hunnus, algentem fugit acer arcton,
Et Parisinis truculentus instat
Attila muris.
Attila, le roi des Huns, regardé de tous et se regardant lui-même comme le fléau de Dieu, accourt avec rapidité des régions glacées du nord ; il s’avance plein de fureur, et menace Paris d’une ruine prochaine.
Palluit civis, prece Virgo pugnat :
Barbarus ponit fera corda prædo :
It tremor castis ; fugat impotentes
Agna leones.
Le citoyen tremble ; Geneviève combat par la prière et déjà le barbare conquérant s’adoucit, la terreur se répand dans son camp, et une innocente brebis met en fuite ces lions furieux.
Efficax Hunni prohibere turmas,
Diva, ne blando superemur hoste ;
Cordis insanos, quibus æstuamus,
Pelle furores.
Vous avez le pouvoir d’arrêter les bataillons des Huns : ô sainte Patronne, que l’ennemi du salut ne triomphe pas de nous par ses artifices ; éloignez les passions furieuses qui bouillonnent dans notre cœur.
Summa laus Patri, genitoque Verbo,
Et tibi compar utriusque nexus,
Qui tuo, victor, sata nocte monstra
Lumine terres. Amen.
Gloire soit au Père ; gloire soit au Fils ; gloire à l’Esprit saint qui, par sa lumière, met en fuite les monstres qu’enfante l’esprit des ténèbres. Amen.

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L’hymne Templa panduntur
Edition du XVIIIème siècle des offices propres de Saint-Etienne-du-Mont
(Bibliothèque Sainte-Geneviève Delta 65154 Res) :

Templa panduntur - hymne de l'office nocturne de sainte Geneviève propre à Saint-Etienne-du-Mont

[Noveritis 2021] Publication de la date de Pâques & de celles des fêtes mobiles de l’année 2021 le jour de l’Epiphanie

La publication de la date de Pâques dans le Pontificale Romanum.

Dans le rit romain, le jour de l’Epiphanie (dont la solennité est obligatoirement reportée en France au dimanche qui suit – sauf lorsque le 6 janvier tombe un dimanche), le diacre fait selon la tradition la publication de la date de Pâques après le chant de l’évangile.

RIT ROMAIN

En voici le chant pour 2021, réalisé par nos soins :

Noveritis Romanum 2021 : proclamation de la date de Pâques et des fêtes mobiles

En voici le texte & la traduction pour 2021 :

Novéritis, fratres caríssimi, quod annuénte Dei misericórdia, sicut de Nativitáte Dómini nostri Jesu Christi gavísi sumus, ita et de Resurrectióne ejúsdem Salvatóris nostri gáudium vobis annuntiámus.

Vous avez su, Frères très chers, par la miséricorde de Dieu qui nous a été annoncée, que nous avons été comblés par la Nativité de Notre Seigneur Jésus-Christ, ainsi de même nous vous annonçons la joie qui nous sera procurée par la Résurrection de notre même Sauveur.

Die trigésima prima Januárii erit Domínica in Septuagésima.

Le 31 janvier sera le dimanche de la Septuagésime.
Décima séptima Februárii dies Cínerum, et inítium jejúnii sacratíssimæ Quadragésimæ. Le 17 février sera le jour des Cendres et le début du jeûne très sacré du Carême.
Quarta Aprílis sanctum Pascha Dómini nostri Jesu Christi cum gáudio celebríbitis. Le 4 avril sera la sainte Pâque de Notre Seigneur Jésus-Christ, que vous célèbrerez avec joie.
Décima tértia Máii erit Ascénsio Dómini nostri Jesu Christi. Le 13 mai sera l’Ascension de Notre Seigneur Jésus-Christ.
Vigésima tértia ejúsdem Festum Pentecóstes. Le 23 du même mois sera la fête de la Pentecôte.
Tértia júnii Festum sacratíssimi Córporis Christi. Le 3 juin sera la fête du Très Saint Corps du Christ.
Vigésima octáva Novémbris Domínica prima Advéntus Dómini nostri Jesu Christi, cui est honor et glória, in sæcula sæculórum. Amen.

Le 28 novembre sera le premier dimanche de l’Avent de Notre Seigneur Jésus-Christ, à qui est l’honneur et la gloire, dans les siècles des siècles. Amen.

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RIT PARISIEN

Voici le chant de l’ancien usage de Paris, pour 2021 :

Noverit Parisiense 2021 - proclamation de la date de Pâques : 4 avril 2021

En voici le texte & la traduction pour 2021 :

Novérit cáritas vestra, fratres caríssimi, quod, annuénte Dei & Dómini nostri Jesu Christi misericórdia, die quarrta mensis Aprílis Pascha Dómini celebrábimus.

Votre charité saura, Frères très chers, que, par la miséricorde de Dieu & de notre Seigneur Jésus-Christ qui nous a été annoncée, le 4 avril nous célèbrerons la Pâque de Seigneur.

 

RIT AMBROSIEN

Voici le chant pour le rit ambrosien, pour 2021 :

Noverit Ambrosianum 2021 - proclamation de la date de Pâques : 4 avril 2021

En voici le texte & la traduction pour 2021 :

Novérit cháritas vestra, fratres charíssimi, quod, annuénte Dei & Dómini nostri Jesu Christi misericórdia, die quarta, mensis Aprílis, Pascha Dómini cum gáudio celebrábimus. ℟. Deo grátias.

Votre charité saura, Frères très chers, que, par la miséricorde de Dieu & de notre Seigneur Jésus-Christ qui nous a été annoncée, le 4 avril, nous célèbrerons avec joie la Pâque de Seigneur. ℟. Rendons grâces à Dieu.

Gaudii primordium – prose parisienne de la Nativité de la Sainte Vierge

Gaudii primordium - prose parisienne de la fête de la Nativité de la Sainte Vierge

Gáudii primórdium
Et salútis núntium
Diem nostræ cánimus.
Nous célébrons le jour qui commence notre joie, le jour qui annonce notre salut.
Quæ dat hora Vírginem,
Spondet Deum hóminem :
En venit quem quærimus.
Le moment qui donne la naissance à la Vierge Marie, nous promet un Homme-Dieu : celui que nous attendons va paraître.
Qvam in matrem éligit,
Hujus ortum dírigit
Deus omnis grátiæ.
Le Dieu de toute grâce, qui a choisi Marie pour sa mère, préside à sa naissance : il la comble de ses bienfaits.
Domum quam inhábitet,
Mox e qua nos vísitet,
Ornat sol justítiæ.
Le Soleil de justice orne de ses dons la maison qu’il veut habiter, & d’où il vient se rendre visible aux hommes.
Qvot micat lumínibus,
Suis Deus úsibus
Quod vas fingit glóriæ.
De quel éclat doit briller ce vase précieux, que Dieu prend soin de former pour lui-même !
Quot latent mirácula !
Fiet hæc nubécula
In vim magnam plúviæ.
Que de prodiges sont ici renfermés ! C’est une petite nuée qui s’élève, mais qui deviendra pour nous une pluie féconde et abondante.
Benedícta fília,
Tota plena grátia,
Tota sine mácula :
Fille sainte & bénie, remplie des grâces du Seigneur, Vierge pure et sans tache :
Cæli quod jam hábitas,
Pande nobis sémitas
Prece, Virgo, sédula.
Priez pour nous sans cesse, ô Vierge sainte, et ouvrez-nous par ce moyen l’entrée du ciel, où vous habitez.
Iram promerúimus ;
Christe, pacem pétimus :
Hanc da, matris précibus.
Nous avons mérité votre colère, ô Jésus ; nous soupirons après notre réconciliation : accordez-la aux prières de votre Mère.
Vt in nobis máneas,
Corda nostra præbeas
Pura culpis ómnibus. Amen. Alleluia.
Afin que nous soyons une demeure digne de vous, Seigneur, daignez purifier nos cœurs de tout péché. Amen. Alléluia.

Cette séquence moderne – Gaudii primordium – s’est substituée aux anciennes proses médiévales qu’employait l’usage de Paris pour célébrer la fête de la Nativité de la Sainte Vierge (Hac clara die pour le jour de la fête, Ave mundi spes Maria pour le dimanche dans l’octave, Res est admirabilis pour le second jour dans l’octave, Ave mater Iesu Christi pour le troisième jour dans l’octave, Inviolata pour le quatrième jour dans l’octave, Ave Maria pour le cinquième jour dans l’octave, Salve Mater salvatoris pour le jour octave). Elle est entrée au d’abord au Missel parisien du cardinal de Noailles de 1706 puis fut reprise par leMissel parisien de Mgr de Vintimille de 1738, d’où elle s’est diffusée dans un grand nombre de diocèses français.

La mélodie adoptée pour Gaudii primordium est un ton assez simple employée pour plusieurs autres proses parisiennes, comme Ave plena gratia pour la fête de la Purification de la Sainte Vierge.

Profitentes Unitatem : une séquence parisienne d’Adam de Saint-Victor pour la fête de la Trinité

La prose Profitentes Unitatem était utilisée par l’Eglise de Paris pour le dimanche de la Très-Sainte Trinité, jour octave de la Pentecôte. Sa composition est due au fameux hymnographe Adam de Saint-Victor, le prince des poètes médiévaux, qui fut pré-chantre de la cathédrale de Paris avant de se retirer en l’Abbaye de Saint-Victor, où il mourut vers 1148.

Voici ci-après le chant de la prose Profitentes Vnitatem restitué par nous d’après les anciens missels parisiens médiévaux. Ce chant est directement issu du plain-chant de l’Alleluia Verbo Domini cœli firmati sunt, du VIIIème ton, qui était employé par le rit parisien pour la fête de la Très-Sainte Trinité. Cette composition d’Adam de Saint-Victor a sans doute remplacé la vieille prose du IXème siècle Benedicta semper sancta sit Trinitas (que certains manuscrits parisiens gardent comme prose alternative pour la messe de la Trinité – cette dernière prose en revanche est modulée sur l’Alleluia Benedictus es, qui est dans les livres romains).

 

Prose Profitentes Unitatem à la sainte Trinité d'Adam de Saint-Victor

Prose Profitentes Unitatem à la sainte Trinité d'Adam de Saint-Victor

Prose Profitentes Unitatem à la sainte Trinité d'Adam de Saint-Victor

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Texte & traduction par dom Guéranger :

Profiténtes Vnitátem
Venerémur Trinitátem
Pari reveréntia.
Confessons l’Unité divine,
Vénérons la Trinité
D’un culte pareil :
Tres Persónas asseréntes
Personáli differéntes
A se differéntia.
Reconnaissant trois personnes
Que distingue
Une personnelle différence.
Hæc dicúntur relatíve,
Cum sint unum substantíve,
Non tria princípia.
Elles reçoivent leur nom de leur relation,
Etant un substantivement,
Et non trois principes.
Sive dicas tres, vel tria :
Simplex tamen est usía,
Non triplex esséntia.
En employant pour elles le nombre de trois,
Tu dois reconnaître que leur nature est simple,
Que leur essence n’est pas triple.
Simplex esse, simplex posse,
Simplex velle, simplex nosse,
Cuncta sunt simplícia.
Etre simple, pouvoir simple,
Vouloir simple, savoir simple,
Tout y est simple ;
Non uníus quam duárum
Sive trium personárum
Minor efficácia.
La puissance d’une des personnes
N’est pas moindre que ne l’est
Celle de deux, ni celle de trois.
Pater, Proles, Sacrum Flamen,
Deus unus : sed hi tamen
Habent quædam própria.
Le Père, le Fils, l’Esprit Saint,
Un seul Dieu ; mais chacun
Possède ce qui lui est propre.
Una virtus, unum numen :
Unus splendor, unum lumen :
Hoc una quod ália.
Une seule vertu, une seule divinité,
Une seule splendeur, une seule lumière ;
Ce que l’un possède, l’autre le possède aussi.
Patri Proles est æquális,
Nec hoc tollit personális
Ambórum distínctio.
Le Fils est égal au Père,
Et la distinction personnelle des deux
N’enlève pas cette égalité.
Patri compar Filióque,
Spiritális ab utróque
Procédit connéxio.
Egal au Père et au Fils,
L’Esprit est le lien
Qui procède de l’un et de l’autre.
Non humána ratióne
Capi possunt hæ persónæ,
Nec harum discrétio.
L’humaine raison ne saurait
Comprendre ces trois personnes,
Ni la dissemblance qui les constitue.
Non hic ordo temporális,
Non hic situs aut locális
Rerum circumscríptio.
Là il n’y a ni succession de temps,
Ni lieu
Pour circonscrire la chose.
Nil in Deo præter Deum,
Nulla causa præter eum
Qui creat causália.
En Dieu, rien que Dieu ;
En lui, nulle cause que
Celle qui produit les êtres.
Effectíva vel formális
Causa Deus, et finális,
Sed numquam matéria
Dieu est cause effective et formelle,
Cause finale,
Mais jamais matière.
Digne loqui de persónis
Vim transcéndit ratiónis,
Excédit ingénia.
Parler dignement des divines personnes
Est au-dessus des forces de la raison,
Et dépasse le génie.
Quid sit gigni, quid procéssus,
Me nescíre sum proféssus:
Sed fide non dúbia.
Génération et procession dans la divine essence,
Je confesse que ma raison ne le saisit pas,
Mais ma foi le croit sans aucun doute.
Qui sic credit, ne festínet,
Et a via non declínet
Insolénter régia.
Que celui qui croit ne soit pas impatient,
Qu’il n’ait pas l’imprudence
De s’écarter de la voie royale.
Servet fidem, formet mores ;
Nec atténdat ad erróres
Quos damnat Ecclésia.
Qu’il garde la foi, qu’il règle sa vie,
Et n’ait aucun penchant
Vers les erreurs que l’Eglise condamne.
Nos in fide gloriémur,
Nos in una modulémur
Fídei constántia.
Glorifions-nous dans notre foi,
Que notre constance dans cette foi unique
Inspire nos chants mélodieux :
Trinæ sit laus Vnitáti,
Sit et simplæ Trinitáti
Coætérna gloria. Amen.
A l’unité en trois personnes soit l’éternel honneur !
A la Trinité dans l’essence simple,
Gloire coéternelle ! Amen.

Sources :

* Missel parisien du XIIIème siècle de l’ancienne bibliothèque de Notre-Dame de Paris – Bibliothèque nationale de France. Département des manuscrits. Latin 1112, f° 273 r°.
* Missel parisien du XIIIème siècle à l’usage probable de l’Abbaye de Saint-Germain-des-Prés ou de Saint-Germain-L’Auxerrois – Bibliothèque nationale de France. Département des manuscrits. Latin 830, f° 319 v°.
* Missel de Saint-Denis du XIIIème siècle – Bibliothèque nationale de France. Département des manuscrits. Latin 1107, f° 358 v°.
* A titre de comparaison : Prosaire de la cathédrale de Nevers de la seconde moitié du XIIèmeBibliothèque nationale de France. Département des manuscrits. Nouv. acq. lat. 3126, f° 95 r°.
* A titre de comparaison : Tropaire-prosaire de Saint-Martial de Limoges du XIIème-XIIIème siècle – Bibliothèque nationale de France. Département des manuscrits. Latin 1139, f° 225 v°.
* A titre de comparaison : Processional-tropaire-prosaire à l’usage de Saint-Léonard, du diocèse de Limoges du dernier quard du XIIèmeBibliothèque nationale de France. Département des manuscrits. Latin 1086, f° 68 r°.

Simplex in essentia : une séquence parisienne d’Adam de Saint-Victor pour le mercredi de l’octave de la Pentecôte

Alors que dans l’usage de Rome, la prose (ou séquence) Veni, Sancte Spiritus sert pour le jour de la Pentecôte & pour toutes les messes de son octave, l’ancien usage de Paris voyait chacune des messes de l’octave de la Pentecôte s’orner d’une prose différente chaque jour.

Voici comment Paris chantait les proses durant l’octave de la Pentecôte :

  1. Le dimanche de la Pentecôte : Fulgens præclara Paraclyti Sancti,
    subdivision d’une ancienne prose française de Pâques, antérieure à l’an 1000.
  2. Le lundi de la Pentecôte : Sancti Spiritus adsit nobis gratia,
    de Notker le Bègue (c. 840 † 912).
  3. Le mardi de la Pentecôte : Lux jucunda, lux insignis,
    d’Adam de Saint-Victor († 1146).
  4. Le mercredi de la Pentecôte : Simplex in essentia,
    d’Adam de Saint-Victor.
  5. Le jeudi de la Pentecôte : Qui procedis ab utroque,
    d’Adam de Saint-Victor.
  6. Le vendredi de la Pentecôte : Alma chorus Domini,
    composition anonyme française antérieure à l’an 1000.
  7. Le samedi de la Pentecôte : Veni, Sancte Spiritus,
    d’Etienne Langton (c. 1150 † 1228).

Il est notable que trois de ces proses soient des compositions de l’illustre hymnographe Adam, qui avant de finir ses jours dans l’abbaye de Saint-Victor, au pied de la Montagne Sainte-Geneviève, avait surtout été le préchantre de la cathédrale de Paris dès 1107 et jusque vers 1134. Les compositions d’Adam franchirent tôt les frontières du diocèse de Paris et se répandirent très vite dans toute l’Europe latine. Elles présentent toutes un ambitus vocal important, typique de l’école cathédrale de Paris, indice du très haut art vocal qui devait alors régner dans notre cité. De nombreuses proses furent par la suite modelés sur les rythmes & chants d’Adam, celle qui est parvenue jusqu’à nous est bien sûr le Lauda Sion de la Fête-Dieu, modulé par saint Thomas d’Aquin sur le Laudes crucis d’Adam de Saint-Victor.

La prose que nous choisissons de présenter ici le texte et le chant est celle du mercred dans l’octave de la Pentecôte pour l’Eglise de Paris : simplex in essentia, d’Adam de Saint-Victor. Elle était chantée le jeudi de Pentecôte à l’Abbaye de Saint-Victor de Paris, et le mardi de Pentecôte à sa fondation de l’Abbaye de Sainte-Geneviève de Paris.

Les textes liturgiques à l’Esprit Saint sont devenus au fil du temps relativement rares dans l’Eglise latine. A ce titre il peut être intéressant de redonner vie à cet ancien répertoire hymnographique médiéval de haute qualité tant spirituelle & théologique que musicale.

Voici le chant de la prose Qui procedis ab utroque restitué par nous d’après les anciens missels parisiens médiévaux. Sa mélodie est calquée sur celle de la célèbre prose pascale Mane prima Sabbati (dont s’inspire aussi la séquence de la fête de Saint Denys) :

 

Prose Simplex in essentia au Saint-Esprit d'Adam de Saint-Victor

Prose Simplex in essentia au Saint-Esprit d'Adam de Saint-Victor

Prose Simplex in essentia au Saint-Esprit d'Adam de Saint-Victor

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Texte & traduction d’après une version française versifiée du XVème siècle :

Simplex in esséntia,
Septiformis grátia,
Nos refórmet, Spíritus.
Le Saint-Esprit, simple en essence,
Don de grâce en sept manières,
Nous réforme par sa présence.
Cordis lustret ténebras,
Et carnis illécebras
Lux emíssa cœlitus.
En muant ténèbres en lumières ;
De tout péché nous soit absence
Par ce don et par ce mystère !
Lex præcéssit in figúra,
Lex pœnális, lex obscúra,
Lumen Evangélicum.
La Loi fut avant en figure,
Loi pénible, loi trop obscure,
Mais l’Evangile est lumière.
Spiritális intelléctus,
Litteráli fronde tectus,
Pródeat in públicum.
Le spirituel entendement,
Couvert de lettre seulement,
Soit mis en commun pour matière !
Lex de monte pópulo,
Paucis in cœnáculo,
Nova datur grátia.
La Loi fut sur le Mont donnée :
La Grâce de Dieu fut donnée
A ces gens unis au Cénacle.
Situs docet nos locórum,
Præceptórum vel donórum
Quæ sit eminéntia.
Des dons, des commandements
Nous donnent enseignements
Leur siège et leur habitacle.
Ignis, clangor buccínæ,
Fragor cum calígine,
Lámpadum discúrsio,
Feu ardant, trompe, cri, frainte,
Obscurté, lampes ardants,
Ne sont pas amour, mais crainte
Terrórem incútiunt,
Nec amórem nútriunt,
Quem effúdit únctio.
Engendrée aux regardants :
Mais du Saint Esprit l’ointure
Répand en nous amour pur.
Sic in Sina
Lex dívina
Reis est impósita,
Ainsi fut la Loi donnée
En Sinai et imposée
De par la divinité :
Lex timóris
Non amóris,
Púniens illícita.
Loi de doute, & non d’amour,
Qui punissait chaque jour
Des mauvais l’iniquité.
Ecce patres præelécti,
Dii recéntes effécti :
Culpæ solvunt víncula.
Voici les pères élus,
Comme dieux nouveaux promus
Pour nos péchés déliant ;
Pluunt verbo, tonant nimis :
Novis linguis et doctrínis
Cónsonant mirácula.
Ils pleuvent, tonnent & accordent
Les personnes qui se discordent,
En parlant, œuvrant, menaçant.
Exhibéntes ægris curam,
Morbum damnant non natúram,
Persequéntes scélera.
Quant ils montrent la maladie,
La nature ne blâment mie,
Mais les péchés tant seulement.
Reos premunt est castígant :
Modo solvunt, modo ligant,
Potestáte líbera.
Les mauvais, des péchés, châtient,
Maintenant lient et délient,
Par leur puissance franchement.
Typum gerit jubiléi
Dies iste, si diei
Requíris mystéria :
De ce jour cherche le mystère
Il porte figure et manière
De ce jour-là de jubilée
In quo tribus míllibus
Ad fidem curréntibus,
Púllulat Ecclésia.
Durant lequel trois mille gens
Courants aux saints sacrements
L’Eglise fut augmentée.
Jubiléus est vocátus
Vel dimíttens vel murátus,
Ad prióres vocans status
Res distráctas líbere.
Jubilée, il est appelé,
Car le fautif est rappelé
Qui son état avait perdu ;
Nos distráctos sub peccátis,
Líberet lex charitátis
Et perféctæ libertátis
Dignos reddat múnere. Amen.
Et nous purgés d’iniquités,
Nous soit de Dieu par charité
Le don du Saint Esprit rendu ! Amen.

Sources :

* Missel parisien du XIIIème siècle de l’ancienne bibliothèque de Notre-Dame de Paris – Bibliothèque nationale de France. Département des manuscrits. Latin 1112, f° 271 r°.
* Missel parisien du XIIIème siècle à l’usage probable de l’Abbaye de Saint-Germain-des-Prés ou de Saint-Germain-L’Auxerrois – Bibliothèque nationale de France. Département des manuscrits. Latin 830, f° 317 v°.