Samedi des colybes

En ce samedi de la première semaine de Carême dans le calendrier julien, les Eglises de rit byzantin célèbrent l’illustre miracle des Colybes du Saint et glorieux Martyr Théodore le Conscrit, dont voici ci-après une icône tirée du site web de la Bibliothèque nationale de Bulgarie. En mémorial de ce miracle datant du IVème siècle, les fidèles conservent l’usage de fabriquer et faire bénir à l’église des colybes, sortes de pâtisseries à base de blé et de miel, ne contenant aucun produit d’origine animale afin de respecter les prescriptions du jeûne quadragésimal.

Saint Théodore le Conscrit

Grâce au blé des colybes il nourrit la cité,
rendant vaines les viandes touchées par l’impiété.

Alors que Julien l’Apostat, après Constance, fils de Constantin le Grand, tenait le sceptre de l’empire et qu’il était passé du Christ à l’idolâtrie, une grande persécution s’éleva contre les chrétiens, de façon manifeste aussi bien que secrète. L’impie, ayant donc renoncé aux châtiments cruels et inhumains exécutés en public, éprouvait ainsi les chrétiens : il les discréditait et les rabaissait, afin que leur nombre n’augmente pas, et on leur cachait la façon dont ce perfide sacrilège voulait les souiller. Or, ayant observé que notre peuple chrétien recherchait une plus grande pureté pendant la première semaine de Carême pour s’attacher davantage à Dieu, il appela le préfet de la ville et lui ordonna de faire enlever les denrées qui se vendent habituellement et d’exposer au marché d’autres denrées, à savoir des pains et des boissons, après les avoir aspergées avec le sang des victimes immolées aux idoles et les avoir souillées par ce mélange, afin que ceux qui les achèteraient à cause du Carême soient souillés par leur propre recherche de pureté. Aussitôt le préfet mit à exécution l’ordre reçu et fil exposer dans tout le marché les aliments et les boissons souillés par les sacrifices immondes. Mais Dieu, qui de Son regard voit tout, qui prend les subtils à leurs propres intrigues et veille toujours sur nous Ses serviteurs, déjoua l’ignoble complot de l’Apostat contre nous : à Eudoxe, l’Archevêque de la ville, malgré le caractère peu orthodoxe de sa foi, il envoya son grand Martyr Théodore, appelé Tiron parce qu’il avait appartenu à l’ordre des conscrits. Celui-ci lui apparut, en vision et non en songe, et lui dit ainsi : « Lève-toi vite, rassemble le troupeau du Christ et ordonne avec autorité que personne n’achète rien de ce qu’on a exposé au marché, car l’empereur impie l’a fait souiller par le sang des sacrifices. » Comme il se montrait embarrassé et qu’il lui demandait : « Comment sera-t-il possible, à qui n’a pas de vivres à la maison, de ne pas acheter les denrées exposées au marché? » le Saint répondit : « Procure-leur des colybes, pour remédier à la pénurie. » Celui-ci, de nouveau embarrassé, s’informant, dans son ignorance, de ce qu’étaient les colybes, Saint Théodore lui dit : « Du blé bouilli! C’est ainsi que nous avons coutume de l’appeler à Euchaïtes. » Le Patriarche ayant demandé : « Et qui es-tu, toi qui veilles sur le peuple chrétien? » Le Saint répondit : « Je suis Théodore, le témoin du Christ, qui vient de m’envoyer pour vous aider. » Aussitôt le Patriarche, s’étant levé, fit part au peuple de sa vision et, s’y étant conformé, il garda le troupeau du Christ à l’abri de l’infâme complot de l’Apostat. Celui-ci, voyant que son piège avait été démasqué et mis en échec, même s’il en fut assez humilié, ordonna de remettre sur le marché les denrées, habituelles. Et le peuple du Christ, la semaine écoulée, rendit grâces au Martyr, son bienfaiteur, et dans l’allégresse, à cause des Colybes, célébra sa mémoire ce samedi-là. Depuis lors, nous les fidèles, tant qu’on se souviendra du Miracle et pour que l’œuvre du Martyr ne soit pas effacée par le temps, nous célébrons Saint Théodore par des colybes.

Ce grand Martyr Théodore est celui que l’impie Bringas avait fait arrêter sous l’empereur Maximien. D’abord il fut seulement frappé, mais par la suite incendia le temple de leur déesse, dont il avait distribué les trésors aux indigents. Quelques-uns vinrent discuter avec lui, voulant le convertir, mais après s’être entretenu avec eux il refusa. Alors, on lui fit souffrir de nombreux tourments ; pour finir, on alluma une grande fournaise et on l’y jeta ; mais il n’y souffrit aucun mal et au milieu d’elle rendit à Dieu son esprit.

Par ses saintes prières, ô notre Dieu aie pitié de nous et sauve-nous. Amen.

Ex Triode de Carême, Diaconie Apostolique, Chevetogne, 1993

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