Métropolite Hilarion : Nous ne pouvons pas percevoir l’Eglise Catholique comme étant étrangère. Ses inquiétudes sont également les nôtres.

Sa Sainteté le Pape François avec le Métropolite Hilarion

Voici l’homélie prononcée au soir du 19 mars dernier à Rome par le métropolite Hilarion de Volokolamsk dans la cathédrale orthodoxe Sainte-Catherine, à l’issue des Grandes Complies de la première semaine de Carême, au cours desquels sont chantées le Grand Canon de Saint-André de Crète :

« Nous venons d’entendre dans le Grand canon St André les paroles suivantes : Oh très pure Mère de Dieu, protège ta ville. Sous ta protection elle règne dans la foi, tu la renforce et avec Ton intercession elle résiste à toutes les calamités ».

Ces paroles ont été écrites dans la ville fondée par l’empereur Constantin. On l’appelait la deuxième ou la Nouvelle Rome parce qu’elle avait été construite pour devenir la deuxième capitale, capitale orientale de l’empire romain.

Aujourd’hui nous avons entendu ces paroles dans la première Rome où prêchaient les apôtres Pierre et Paul et où ils ont fondé l’Eglise Locale. Nous nous sommes réunis aujourd’hui dans cette ville pour assister à l’intronisation de l’évêque de Rome.

Ce matin, nous, délégués des Eglises Orthodoxes Locales, avons assisté place Saint Pierre à l’office solennel et ce soir, nous nous sommes réunis dans la cathédrale orthodoxe qui porte le nom de la Sainte Martyre Catherine pour prier et chanter le canon de St André comme cela est de coutume la première semaine du Carême. Ces chants nous appellent à méditer sur le sens et les valeurs de la vie.

Autrefois, les trônes d’Occident et d’Orient faisaient partie de la même Eglise. Chaque ville avait ses traditions liturgiques et théologiques. Mais malgré les distances l’Eglise préservait l’union canonique. Suite à l’orgueil humain et des divergences ecclésiastiques et politiques l’union entre les chrétiens d’Occident et d’Orient n’a pas perduré.

Aujourd’hui le patriarche de la Nouvelle Rome assiste à l’intronisation de l’évêque de Rome en tant qu’invité. Il n’est pas cependant un invité à la fête d’autrui parce que nous ne pouvons pas percevoir l’Eglise Catholique comme étant étrangère. Ses inquiétudes sont également les nôtres parce que nous vivons dans le même monde et nous faisons face aux mêmes tentations et aux mêmes défis.

Pour les croyants orthodoxes il est très important d’avoir une attitude respectueuse et sereine à l’égard de l’Eglise catholique sans enthousiasme face à la splendeur de l’office catholique et sans désapprobation de nos frères occidentaux. Le plus important est de préserver le trésor de la foi Orthodoxe que certains d’entre nous ont reçu de leurs ancêtres et d’autres ont acquis grâce à leur propre expérience de vie.

Nous aimons notre Sainte Eglise Orthodoxe parce qu’elle nous donne les forces de porter notre croix et nous offre le salut. C’est dans l’Eglise que nous nous initions à Dieu à travers la Sainte Eucharistie, les autres Sacrements, les offices et la prière.

L’Eglise Orthodoxe est l’Arche de Noé qui mène chacun d’entre nous vers le Royaume Céleste entre les vagues déferlantes du monde ici-bas. Nous ne devons pas douter du salut offert par notre foi orthodoxe. Il ne faut pas, cependant, juger les personnes qui sont en dehors de cette Arche. Il faut les confier à la volonté de Dieu. Nous devons les aimer, être leurs amis, et plus qu’autre chose nous devons être l’exemple de la vraie vie chrétienne.

Le Carême est une période où nous méditons sur le sens de notre vie et sur ses fondements. C’est le temps où nous devons non seulement nous souvenir de nos mauvais actes et nous en repentir mais aussi reconsidérer nos repères et nous adresser à Dieu en demandant le pardon pour nos péchés et en essayant de ne plus recommencer. Ce n’est pas pour que l’on « rabâche » notre passé que le Seigneur nous invite à la pénitence pendant le Carême mais pour que l’on prenne conscience des choses qui nous éloignent de Dieu et entravent notre cheminement chrétien. Dieu nous appelle à la pénitence pour que nous fassions ne serait-ce qu’encore un pas vers le salut. »

Source : egliserusse.eu

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