Saint Denys (9 octobre) – Prose – Offices notés complets de Paris – 1899

Prose de saint Denys

Voici le texte traditionnel de la prose de saint Denys :

Gaude prole, Græcia,
Gloriétur Gállia
Patre Dionysio.
Que la Grèce s’associe à la joie que ressent la France d’avoir saint Denys pour père dans la foi.
Exsúltet ubérius
Felíci Parísius
Illústris martyrio.
Paris, devenue si célèbre par le martyre de cet illustre apôtre, doit surtout faire éclater ses saints transports.
Dies festus ágitur
Quo trium recólitur
Mártyrum victória :
Nous solennisons en cette fête la victoire que trois illustres martyrs ont remportée.
Quorum patrocínio
Tota gaudet régio,
Regni stat poténtia.
Leur protection comble de la plus vive consolation cette contrée ; elle est la sauvegarde de notre pays.
Juxta patrem pósiti,
Bellatóres ínclyti,
Digni sunt memória.
Rustique & Eleuthère, qui sont dans la gloire près de saint Denis leur pasteur, méritent une éternelle mémoire.
Sed illum præcípue
Récolit assídue
Regális Ecclésia.
Mais saint Denis est particulièrement honoré dans l’église que la piété de nos rois a fait élever à sa mémoire.
Hic a summo Præsule
Diréctus in Gálliam,
Non gentis incrédulæ
Verétur insániam.
Denis, envoyé en France par le souverain pontife pour y annoncer Jésus-Christ, ne redoute pas la fureur d’un peuple idolâtre.
Gallórum Apóstolus
Vénerat Lutétiam,
Quam tenébat súbdolus
Hostis velut própriam.
Ce saint Apôtre des Gaules, illustre, par sa présence, Paris, où l’esprit des ténèbres régnait avec un empire absolu.
Hic constrúcto Christo templo,
Verbo docet & exémplo,
Corúscat miráculis.
Il y élève un temple à la gloire de Jésus-Christ, & joint à ses prédications l’exemple d’une vie sainte & l’éclat des miracles.
Turba credit, error cedit,
Fides crescit, & claréscit
Nomen tanti præsulis.
Le peuple se soumet aux vérités qui lui sont annoncées ; l’erreur se dissipe de tous côtés, la foi s’étend de toutes parts, & le nom du saint évêque devient célèbre.
His audítis, fit insánus
Imperátor inhumánus,
Mittítque Fescénnium,
L’empereur l’apprend ; cette nouvelle le met en fureur ; il envoie Fescennius,
Qui pastórem animárum,
Fide, vita, signis clarum,
Trahat ad supplícium.
Avec ordre de mettre à mort ce pasteur des âmes, que sa foi, sa sainteté & ses miracles rendaient si illustre.
Infligúntur seni pœnæ,
Flagra, carcer, & caténæ ;
Invícta sed constántia
Torménta vincit ómnia.
On emploie toutes sortes de supplices contre le respectable vieillard : il est fouetté, jeté en prison, chargé de chaînes ; mais les tourments les plus cruels ne peuvent abattre sa confiance.
Recordátus emensórum,
Fortis athléta, labórum,
Per nova gandens prælia,
Ætérna quærit præmia.
Animé par le souvenir de ses anciens travaux, ce généreux athlète cherche à s’assurer, par de nouveaux combats, les récompenses éternelles.
Immoláti vir beátus
Agni carne saginátus,
Et præsénti roborátus,
Ad certámen númine.
Nourri de la chair de l’agneau immolé sur la croix, & fortifié par la présence de son Dieu, qu’il a reçu sous les espèces sacramentelles.
Quam sermóne prædicávit,
Mille signis quam probávit,
Hanc signáre festinávit
Fuso fidem sánguine.
Ce saint homme se hâte de sceller par l’effusion de son sang, la foi qu’il a annoncée, & dont il a démontré la vérité par une foule de miracles.
Prodit Martyr conflictúrus :
Sub secúri stat secúrus ;
Ferit lictor
Sicque victor
Consummátur gládio.
Plein d’une sainte intrépidité, il s’avance pour combattre ; il présente avec fermeté sa tête au glaive du bourreau, & il reçoit le coup qui consomme sa victoire.
Se cadáver mox erexit ;
Truncus truncum caput vexit ;
Quod feréntem huc diréxit
Angelórum légio.
Son corps mort se relève ; séparé de sa tête, il la reprend, & l’apporte là, au milieu d’une multitude d’anges qui le conduit.
Tam præclára pássio
Répleat nos gáudio.
Soyons pénétrés de la plus grande joie, en célébrant le triomphe de ces généreux soldats de Jésus-Christ.
Amen. Allelúia. Ainsi soit-il. Alléluia.

Le texte de cette prose de saint Denys est attribué au roi de France Robert II le Pieux (c. 972 † 1031). Le texte original qui se chantait à l’abbaye Royale de Saint-Denis a été modifié au cours du XVIIIème siècle dans les livres parisiens de Mgr de Vintimille. Voici les variantes les plus notables :

* A la strophe 1, le texte original est :
Gaude prole, Græcia;
Glorietur Gallia
Patre Dionysio.
(L’origine grecque de saint Denys, pourtant indiquée assez par son nom, a été contestée au XVIIIème siècle)

* A la strophe 3, le texte original est :
Speciali gaudio
Gaude, felix Concio
Martyrum præsentia.
(Le texte felix Concio désignant proprement l’Abbaye de Saint-Denis, qui pouvait chanter la prose devant les reliques présentes de saint Denys).

* A la strophe 18, le texte original est :
Se cadaver mox erexit;
Trunctus truncum caput vexit,
Quod ferentem, huc direxit
Angelorum legio.
(Sous l’effet de la critique rationaliste, on a modifié cette strophe qui témoignait de la tradition ancienne selon laquelle saint Denys avait porté sa tête après son martyre jusqu’au lieu de la future abbaye. Le huc du texte ne se comprend du reste que chanté à Saint-Denis même, ailleurs, on modifiait souvent le texte en chantant : Quo ferente, hoc direxit).

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