Jean Chapelon & Jean-Baptiste de Lully – noël : Avant que rien fut au monde (« Noël de Lully »)

Jean Chapelon (c. 1648 † 1695), prêtre-sociétaire de Saint-Etienne.
Jean-Baptiste de Lully (1632 † 1687), surintendant de la musique de Louis XIV
« Noël de Lully » : Avant que rien fut au monde
3 voix (SSA ou TTB).
1 page – U Majeur.

Jean Chapelon était prêtre-sociétaire de la ville de Saint-Etienne. Ce titre désignait sous l’Ancien Régime des prêtres vivants en communauté dans des paroisses (où, en principe, ils étaient nés), en y accomplissant les mêmes fonctions que les chanoines des collégiales ou des cathédrales, à savoir chanter quotidiennement l’intégralité de l’office divin, nocturne et diurne.

Poète distingué, l’Abbé Chapelon écrivit pour les enfants de sa ville 32 noëls en langue française et 10 noëls en patois de sa région, savoir le forézien, dialecte du francoprovençal ou arpitan. Ces textes – selon la vieille technique de la parodie musicale – étaient conçus pour s’adapter sur des airs connus de tous. Il va de soit que ces noëls étaient chantés aux catéchismes (mais pas dans les offices liturgiques). Si ces noëls furent chantés couramment à Saint-Etienne jusqu’au XIXème siècle, l’un d’entre eux – Avant que rien fut au monde – connut une diffusion plus large jusqu’au XXème siècle, sous le sobriquet de « noël de Lully ». Ce texte parodiait en effet le chœur célèbre de la scène 5 du IVème acte d’Atys : « La beauté la plus sévère prend pitié d’un long tourment ».

Voici les vers composés par Jean Chapelon :

1. Avant que rien fut au monde,
Le Verbe était toujours Dieu
Et sa puissance féconde
N’avait jamais eu de lieu :
Il avait son existence
Dans le sein de l’Eternel,
Avec la même puissance
Etant de même immortel :
Mais l’amour, par sa naissance,
L’a fait devenir mortel.

2. Pour mettre fin à l’offense
Du premier de nos parents,
Il vient sans magnificence
Au terme fixé des temps,
Gouverner dessus la terre,
Souffrir nos infirmités,
Faire une sanglante guerre
A nos sensualités,
Et sans lancer le tonnerre
Essuyer nos cruautés.

3. Mortel qui sens le reproche
Qui s’élève dans ton cœur
Fut-il plus dur qu’une roche
Approche de ton Sauveur,
Vois ce que fais l’innocence
Pour te mettre en sûreté ;
Et promets sans répugnance
D’accomplir sa volonté.

A titre de comparaison, voici les vers originaux écrits par Philippe Quinault, le librettiste d’Atys de Lully :

La beauté la plus sévère
Prend pitié d’un long tourment,
Et l’amant qui persévère
Devient un heureux amant.
Tout est doux, et rien ne coûte
Pour un cœur qu’on veut toucher,
L’onde se fait une route
En s’efforçant d’en chercher,
L’eau qui tombe goutte à goutte,
Perce le plus dur Rocher.

Notre partition reprend le chœur écrit par Lully, qui est à trois parties égales. Elle est déclinée en trois réalisations :

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