Programme de la messe de minuit

Saint-Eugène, le lundi 24 décembre 2018, veillée de cantiques à 23h30, puis procession & messe solennelle de minuit.

C’est pourquoi, mes bien-aimés, rendons grâces à Dieu le Père, par son Fils, dans le Saint-Esprit : de ce que, « nous ayant aimés dans son infinie charité, il a eu pitié de nous, et comme nous étions morts par les péchés, il nous a vivifiés tous en Jésus-Christ », afin que nous fussions en lui une nouvelle créature et un ouvrage nouveau. « Dépouillons donc le vieil homme avec ses œuvres » ; et, admis à participer à la naissance du Christ, renonçons aux œuvres de la chair. Reconnais, ô Chrétien, ta dignité, et, « devenu participant de la nature divine », garde-toi de retomber, par une conduite indigne de cette grandeur, dans ta bassesse première. Souviens-toi de quel chef et de quel corps tu es membre. N’oublie jamais, « qu’arraché à la puissance des ténèbres », tu as été transporté à la lumière et au royaume de Dieu.
Sermon de saint Léon, pape, VIème leçon des vigiles nocturnes de Noël, au second nocturne.

Veillée de Noël

Noëls traditionnels de France

Jean Chapelon & Jean-Baptiste de Lully – noël : Avant que rien fut au monde (« Noël de Lully »)

Jean Chapelon (c. 1648 † 1695), prêtre-sociétaire de Saint-Etienne.
Jean-Baptiste de Lully (1632 † 1687), surintendant de la musique de Louis XIV
« Noël de Lully » : Avant que rien fut au monde
3 voix (SSA ou TTB).
1 page – U Majeur.

Jean Chapelon était prêtre-sociétaire de la ville de Saint-Etienne. Ce titre désignait sous l’Ancien Régime des prêtres vivants en communauté dans des paroisses (où, en principe, ils étaient nés), en y accomplissant les mêmes fonctions que les chanoines des collégiales ou des cathédrales, à savoir chanter quotidiennement l’intégralité de l’office divin, nocturne et diurne.

Poète distingué, l’Abbé Chapelon écrivit pour les enfants de sa ville 32 noëls en langue française et 10 noëls en patois de sa région, savoir le forézien, dialecte du francoprovençal ou arpitan. Ces textes – selon la vieille technique de la parodie musicale – étaient conçus pour s’adapter sur des airs connus de tous. Il va de soit que ces noëls étaient chantés aux catéchismes (mais pas dans les offices liturgiques). Si ces noëls furent chantés couramment à Saint-Etienne jusqu’au XIXème siècle, l’un d’entre eux – Avant que rien fut au monde – connut une diffusion plus large jusqu’au XXème siècle, sous le sobriquet de « noël de Lully ». Ce texte parodiait en effet le chœur célèbre de la scène 5 du IVème acte d’Atys : « La beauté la plus sévère prend pitié d’un long tourment ».

Voici les vers composés par Jean Chapelon :

1. Avant que rien fut au monde,
Le Verbe était toujours Dieu
Et sa puissance féconde
N’avait jamais eu de lieu :
Il avait son existence
Dans le sein de l’Eternel,
Avec la même puissance
Etant de même immortel :
Mais l’amour, par sa naissance,
L’a fait devenir mortel.

2. Pour mettre fin à l’offense
Du premier de nos parents,
Il vient sans magnificence
Au terme fixé des temps,
Gouverner dessus la terre,
Souffrir nos infirmités,
Faire une sanglante guerre
A nos sensualités,
Et sans lancer le tonnerre
Essuyer nos cruautés.

3. Mortel qui sens le reproche
Qui s’élève dans ton cœur
Fut-il plus dur qu’une roche
Approche de ton Sauveur,
Vois ce que fais l’innocence
Pour te mettre en sûreté ;
Et promets sans répugnance
D’accomplir sa volonté.

A titre de comparaison, voici les vers originaux écrits par Philippe Quinault, le librettiste d’Atys de Lully :

La beauté la plus sévère
Prend pitié d’un long tourment,
Et l’amant qui persévère
Devient un heureux amant.
Tout est doux, et rien ne coûte
Pour un cœur qu’on veut toucher,
L’onde se fait une route
En s’efforçant d’en chercher,
L’eau qui tombe goutte à goutte,
Perce le plus dur Rocher.

Notre partition reprend le chœur écrit par Lully, qui est à trois parties égales. Elle est déclinée en trois réalisations :

4 juillet 1694 : 320ème anniversaire de la naissance de Louis-Claude d’Aquin

Louis-Claude d'AquinLouis-Claude d’Aquin (ou Daquin) est né à Paris il y a 320 ans, le 4 juillet 1694, il y mourut le 15 juin 1772.

Louis-Claude est le fils de Claude Daquin, bourgeois de Paris d’origine juive, et d’Anne Tiersant.

Véritable enfant prodige, il est présenté à la cour de Louis XIV à l’âge de six ans, comme avant lui Élisabeth Jacquet de La Guerre, sa marraine.

A l’âge de huit ans seulement, il dirige en public son premier grand motet, un Beatus vir de sa composition. Il reçoit ensuite les leçons du célèbre organiste Louis Marchand et dès l’âge de 12 ans il accède au poste d’organiste de la Sainte-Chapelle !

Désormais sa carrière d’organiste est lancée, et il cumulera de nombreux postes :

  • A 13 ans, il devient organiste du Petit Saint-Antoine.
  • En 1727, il est préféré à Rameau pour la tribune de l’église Saint-Paul.
  • En 1732, il succède à son maître Louis Marchand à l’orgue des Cordeliers.
  • En 1739, consacration suprême, il devient organiste du Roi à la Chapelle Royale de Versailles.
  • En 1755, il succède à Guillaume-Antoine Calvière à l’orgue de Notre-Dame de Paris.
  • En outre, il devient ordinaire de la musique du prince de Conti.

Eblouissant virtuose au clavier, d’Aquin est hautement apprécié de l’aristocratie et il déplace des foules considérables dès qu’il touche les orgues d’une église parisienne, provocant même des crises d’hystéries !

Il a écrit de nombreuses compositions vocales et instrumentales, la plupart ne sont hélas connues que par les documents d’époque, et sont perdues.

Seuls nous sont parvenus sous forme imprimée une cantate, un Premier Livre de Pièces de Clavecin (1735), et surtout un Nouveau Livre de noëls (1757) pour orgue, où l’on sent la virtuosité de ce que devaient être ses improvisations.

Il existe aussi deux messes, un Te Deum, un Miserere et des Leçons de Ténèbres restés manuscrits.