Gustate et videte mozarabe

Gustate et videte mozarabe
Arrangements sur le plain-chant de l’Eglise d’Espagne Henri de Villiers.
4 voix mixtes (SATB).
4 pages – La mineur.

Au témoignage unanime des Pères de l’Eglise du IVème siècle, le psaume XXXIII Benedicam Dominum in omni tempore était universellement chanté à la communion de toutes les messes. Ce choix était motivé par son 9ème verset : Gustate et videte quam suavis est DominusGoûtez et voyez combien doux est le Seigneur – tandis que son 6ème verset (Accedite ad eum, et illuminamini – Allez à lui et vous serez illuminés) était perçu comme une invitation générale à venir communier.

Parmi les nombreux témoignages de la pratique de ce psaume à la communion (ou plus exactement, au début de la communion) au IVème siècle, on pourra citer par exemple, pour l’Orient, les Constitutions Apostoliques (Livre VIII, 13), saint Cyrille de Jérusalem (Catéchèse XXIII), pour l’Occident, nous disposons du témoignage de saint Jérôme (Commentaire sur Isaïe (livre II, chapitre V, § 20), de saint Augustin (Sermon CCXXV) ou de Cassiodore (Migne, Patrologie Latine, t. LXX, col. 234).

A partir du Vème siècle, les différentes liturgies d’Orient et d’Occident se mirent à varier le choix du psaume ou de l’hymne ou antienne de communion, mais des traces demeurèrent de la pratique plus ancienne du psaume XXXIII :

  • le rit byzantin a fait varier le chant de communion (koinonika) selon la fête du jour, mais a conservé le Gustate et videte pour la divine liturgie des Présanctifiés (Liturgie de saint Grégoire de Rome), ainsi qu’à la liturgie de saint Jacques frère du Seigneur.
  • la liturgie arménienne cite le psaume XXXIII dans la IVème strophe de l’hymne chantée à la communion, le rit éthiopien de même reprend le Gustate parmi les versets chantés à la communion.
  • le rit romain a conservé le Gustate et videte comme antienne de communion pour le VIIIème dimanche après la Pentecôte, le rit ambrosien le plaçant au Lundi in Albis, tandis que le rit celtique (au témoignage du Missel de Stowe et de l’Antiphonaire de Bangor), le place parmi une petite liste de pièces pour la communion.

Le rit hispanique (ou rit mozarabe – rappelons que ce terme signifie « Qui n’est pas arabe » et qu’il a servi à désigner les chrétiens espagnols sous domination musulmane) quant à lui est le seul a avoir conservé quasiment l’usage du IVème siècle : Le Gustate est chanté au début de la communion de toutes les messes, sauf durant le Carême et le Temps pascal.

Nous avons ici harmonisé à quatre voix le plain-chant mozarabe tel que restitué par le moine de l’Abbaye de Silos dom German Prado, osb (Manual de Liturgia Hispano-Visigótica o Mozárabe, Madrid, Voluntad, 1927). La saveur primitive de la cantilène hispanique nous ramène directement ici à la Chrétienté des origines.

Les premières mesures de cette partition :

 
Gustate et videte en plain-chant mozarabe
 
℟. Gustáte et vidéte quam suávis est Dóminus. ℟. Goûtez et voyez combien doux est le Seigneur.
* Alleluia, alleluia, alleluia. * Alleluia, alleluia, alleluia.
℣. Benédicam Dóminum in omni témpore, semper laus ejus in ore meo. ℣. Je bénirai le Seigneur en tout temps, toujours sa louange sera dans ma bouche.
℣. Rédimet Dóminus ánimas servórum suórum ; et non delínquent omnes qui sperant in eo. ℣. Le Seigneur rachètera les âmes de ses serviteurs, et tous ceux qui espèrent en lui ne seront point abandonnés.
℣. Glória et honor Patri, et Fílio, et Spirítui Sancto, in sæcula sæculórum. Amen. ℣. Gloire et honneur au Père, et au Fils, et au Saint-Esprit, dans les siècles des siècles. Amen.

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