Catéchisme sur l’Ascension

Ascension

Demande. Quelle fête célébrons-nous le jeudi qui tombe quarante jours après Pâques ?
Réponse. La fête de l’Ascension, qui est le jour où Notre-Seigneur est monté au ciel.

D. Qui a établi la fête de l’Ascension ?
R. Les Apôtres qui en avaient été les témoins.

D. Combien le Sauveur demeura-t-il sur la terre après sa Résurrection ?
R. Il y demeura quarante jours, qu’il employa à instruire ses Apôtres.
Explication. Jésus-Christ ne voulait laisser aucun doute sur sa Résurrection. Pendant les quarantes jours qu’il demeura sur la terre après qu’il fut ressuscité, il mangea avec les Apôtres, conversa avec eux, leur apparaissant très souvent : il les convainquit de sa Divinité & de la vérité de sa Religion : il leur apprit les vérités qu’ils devaient annoncer au monde : il les instruisit sur le gouvernement de son Eglise qu’il confiait à leurs soins, sur l’administration des Sacrements, &c. enfin il retourna à son Père.

D. Jésus-Christ n’était-il pas déjà au ciel ?
R. Jésus-Christ était au ciel comme Dieu, mais il y monta comme homme le jour de l’Ascension.

D. Qui sont ceux qui furent présents à l’Ascension triomphante de Jésus-Christ ?
R. Jésus-Christ monta au ciel, par sa propre vertu, en présence de ses Apôtres & de plusieurs autres disciples.
Explication. Le jour même que le Sauveur avait choisi pour monter au ciel, il mangea avec ses Apôtres : il leur tint un discours dans lequel il réitère ses ordres & leur renouvelle ses promesses : il s’avança avec eux du côté de Béthanie, les conduisit sur la montagne des Oliviers, éloignée d’environ deux mille pas de Jérusalem. Arrivé au sommet de cette montagne célèbre, Jésus lève les yeux & les mains vers le ciel, puis les rabaissant sur ses chers disciples, il leur donna sa bénédiction au moment même que, tous brûlants d’amour pour leur divin Maître, ils avaient les yeux fixés sur lui ; ils le virent s’élever peu à peu vers le ciel, ils ne se lassaient point de le regarder, saisis d’amour & d’admiration, lorsqu’une nuée brillante le déroba à leurs yeux.
Les vestiges des pieds sacrés du Sauveur demeurèrent gravés sur l’endroit du roc où il était lorsqu’il s’éleva dans le ciel : saint Jérôme, qui passa une grande partie de sa vie dans la Palestine, l’assure positivement : Sulpice Sévére, saint Paulin de Nôle, saint Augustin, le vénérable Bède rendent le même témoignage. Saint Jérôme ajoute que dans l’église magnifique que sainte Hélène fit bâtir sur le Mont des Oliviers on ne put recouvrir de marbre cette place sainte, ni fermer la voûte à l’endroit qui y répondait. L’église a été détruite par les sarrasins. Saint François de Sales, dans son excellent traité de l’amour de Dieu, fait mention d’un gentilhomme qui expira sur cette sainte montagne, dans l’endroit même où le Sauveur monta au ciel : l’amour divin qui embrasait son cœur opéra ce prodige.

D. Que firent les Apôtres après l’Ascension de Jésus-Christ dans le ciel ?
R. Les Apôtres retournèrent dans le cénacle, où ils demeurèrent jusqu’au jour de la Pentecôte.
Explication. Les Apôtres & les autres disciples, les yeux fixés au ciel, demeurèrent immobiles, regardant avec admiration le lieu où le Sauveur avait disparu à leurs yeux, lorsque deux anges, sous une figure humaine, leur apparurent & leur dirent : Hommes de Galilée, que faites-vous les yeux fixés vers le ciel ? Ce Jésus que vous venez de voir s’élever au ciel en descendra comme vous l’avez vu y monter. Les anges disparurent, & les Apôtres se ressouvenant de l’ordre que leur avait donné Jésus-Christ d’attendre l’Esprit Saint qu’il devait leur envoyer lorsqu’il serait retourné à son Père, revinrent à Jérusalem & s’enfermèrent dans le cénacle jusqu’au jour de la descente du Saint-Esprit.

D. Pour quelles raisons Jésus-Christ est-il monté au ciel ?
R. Pour y prendre possession de la gloire qu’il avait mérité par ses souffrances.
Explication. Jésus-Christ, dit l’Apôtre, ne pouvait monter au ciel que par les souffrances ; le Sauveur l’avait dit lui-même aux disciples auxquels il apparut sur le chemin d’Emmaüs : leçon admirable, qui nous apprend le chemin qui doit nous y conduire nous-mêmes, puisque nous ne pouvons être sauvés qu’autant que nous serons trouvés conformes à Jésus-Christ.

D. Quelle est la seconde raison pour laquelle Jésus-Christ est monté au ciel ?
R. Pour ouvrir la porte du ciel aux hommes qui ne pouvaient y entrer qu’après lui.
Explication. Tous les Justes depuis la création du monde étaient renfermés dans les limbes, en attendant que le premier né de toutes les créatures leur ouvrît le ciel, l’objet de tous leurs désirs. Leur captivité finit enfin par l’Ascension du Sauveur, qui fut accompagné dans son triomphe de tous ceux qui jusqu’alors étaient morts dans la grâce.

D. Quelle est la troisième raison pour laquelle Jésus-Christ est monté au ciel ?
R. Pour envoyer son Esprit-Saint aux Apôtres & à l’Eglise.
Explication. L’Esprit Saint ne pouvait descendre sur les Apôtres tant que le Sauveur demeurait sur la terre : voilà pourquoi, leur disait ce bon Maître, il faut que je retourne vers celui qui m’a envoyé : alors je ferai descendre sur vous l’Esprit Saint, qui vous enseignera toute vérité.

D. Quelle est la quatrième raison pour laquelle Jésus-Christ est monté au ciel ?
R. Pour y être notre médiateur & notre avocat auprès de son Père.
Explication. Le Sauveur assis à la droite de son Père y fait pour nous la fonction de médiateur, d’avocat, d’intercesseur, afin que si quelqu’un pèche, il puisse avoir recours à ce protecteur puissant qui prie sans cesse son Père pour nous. Quel sujet de confiance que les prières d’un Dieu !

D. Quel est l’esprit de l’Eglise en cette fête ?
R. C’est d’honorer le triomphe de Jésus-Christ montant au ciel.

D. Que devons-nous faire pour sanctifier cette fête ?
R. Nous devons nous occuper du ciel & prendre la résolution de travailler pendant toute notre vie à mériter la place que le Sauveur est allé nous y préparer.

D. Que faut-il faire encore jusqu’à la Pentecôte ?
R. Il nous faut demander chaque jour au Sauveur de nous envoyer le Saint-Esprit.

D. Comment ferez-vous cette prière ?
R. Mon divin Sauveur, faites descendre sur moi l’Esprit Saint, & qu’il m’embrase du feu de son amour.

Abbé Meusy, Cathéchisme des Fêtes, Besançon, 1774

Catéchisme sur la Semaine Sainte

[ La Grande Semaine | Dimanche des Rameaux | Office des Ténèbres | Jeudi Saint | Vendredi Saint | Samedi Saint | Conclusion ]

La Grande Semaine

Demande. Comment appelle-t-on la semaine qui est immédiatement avant Pâques ?
Réponse. On l’appelle la Semaine Sainte, ou la Grande Semaine.

D. Pourquoi l’appelle-t-on la Semaine Sainte ou la Grande Semaine ?
R. A cause des grands Mystères dont l’Eglise célèbre la mémoire.

Dimanche des Rameaux

D. Quel est le premier Mystère que l’Eglise célèbre cette semaine ?
R. L’Eglise célèbre l’entrée triomphante de Jésus-Christ dans Jérusalem, six jours avant sa mort.
Explication. Le prophète Zacharie avait dit expressément que le Sauveur de Sion viendrait monté sur une ânesse & sur son ânon (ces animaux étaient la monture ordinaire des Juifs) ; pour accomplir la Prophétie, six jours avant sa mort, Jésus-Christ envoya deux de ses disciples dans un village voisin, avec ordre de lui amener une ânesse & un ânon qu’ils trouveraient attachés ensemble : Jésus-Christ fut obéi. Après avoir couvert l’ânon de leurs vêtements, les disciples y firent asseoir le Sauveur, qui marcha ainsi en triomphe depuis la montagne des Oliviers jusqu’au Temple de Jérusalem où il entra.

D. Pourquoi fait-on la bénédiction des Rameaux et la procession en ce jour ?
R. Pour nous faire souvenir des honneurs que les Juifs rendirent à pareil jour à Jésus-Christ.
Explication. Une foule de peuple sortie de Jérusalem et des environs vint avec empressement au-devant de Jésus-Christ. Les uns portaient des branches d’oliviers en leurs mains, les autres se dépouillaient de leurs vêtements & les jetaient dans le chemin où Jésus devait passer, aucun qui ne s’empressa de lui rendre toutes sortes d’honneur : c’est ainsi que le Sauveur entra à Jérusalem, au milieu des cris de joie & de mille acclamations.

D. Quelles étaient les acclamations des Juifs dans le triomphe de Jésus-Christ ?
R. Les Juifs s’écriaient de toutes parts : Louanges au Fils de David : béni soit celui qui vient au nom du Seigneur : Louanges au plus haut des cieux.
Explication. Les Juifs reconnurent alors clairement la divinité de Jésus-Christ : ils l’honoraient comme le Messie et le Libérateur qui leur était promis ; & quelques jours après ce même peuple demanda sa mort à grands cris : voilà un prodige étonnant de contradiction.

D. Pourquoi à la procession le prêtre frappe-t-il trois fois avec la croix à la porte de l’église avant qu’elle s’ouvre ?
R. Pour nous faire souvenir qu’avant Jésus-Christ le ciel était fermé aux hommes, et que c’est par les mérites de sa croix qu’il nous en a ouvert l’entrée.

D. Pourquoi récite-t-on quatre fois la Passion durant la Semaine Sainte ?
R. Pour nous rappeler continuellement les souffrances du Sauveur dont nous devons sans cesse être occupés pendant ce saint temps.

Office des Ténèbres

D. Pourquoi appelle-t-on Ténèbres les offices du soir des Mercredi, Jeudi & Vendredi Saints ?
R. Parce qu’on chante ces offices durant la nuit & qu’on y éteint successivement toutes les lumières (ce qui figure aussi les ténèbres qu’il y eut sur la terre lors de la mort du Christ).
Explication. Le chœur est éclairé par un chandelier triangulaire portant 15 cierges. Après chaque psaume, on éteint un cierge, ce qui figure l’abandon des disciples (les 11 apôtres et les 3 Marie). Le 15ème et dernier cierge représente le Christ. Après le Benedictus (15ème et dernier psaume de cet office), ce cierge est caché au coin de l’autel puis ramené sur le chandelier, ce qui figure la mort et la résurrection du Sauveur.

D. Que signifie le bruit que le peuple fait à la fin des Ténèbres ?
R. Ce bruit représente le trouble de la nature et le tremblement de terre à la mort du Sauveur.

Jeudi Saint

D. Pourquoi cesse-t-on de sonner les cloches depuis le Jeudi jusqu’au Samedi Saint ?
R. Pour marquer le deuil & la tristesse qu’inspirent à l’Eglise les souffrances & la mort de son époux.

D. Pourquoi l’évêque fait-il en ce jour la bénédiction des saintes huiles ?
R. Parce que les saintes huiles doivent servir au baptême solennel qui se donne le Samedi Saint.
Explication. L’usage ancien de l’Eglise primitive était de bénir les saintes huiles toutes les fois qu’elle administrait le baptême solennel. Quand progressivement on ne baptisa plus les catéchumènes qu’aux vigiles de Pâques & de la Pentecôte, la bénédiction des saintes huiles ne se fit plus qu’une fois par an, ce qui fut fixé très tôt au Jeudi Saint, parce qu’il est consacré à la mémoire de l’institution des principaux sacrements. Pour cette raison aussi procédait-on à l’absoute générale et à la réconciliation des pénitents publics en ce même jour.

D. Quelle est la chose la plus remarquable arrivée le Jeudi Saint ?
R. C’est l’institution du Très-Saint Sacrement de l’Autel.

D. Pourquoi lave-t-on les pieds à douze pauvres ?
R. Pour imiter l’humilité de Jésus-Christ qui lava les pieds à ses Apôtres, & même à Judas.

D. Pourquoi dépouille-t-on & lave-t-on les autels le Jeudi Saint ?
R. Le dépouillement des autels le Jeudi Saint marque le dépouillement de Jésus-Christ de ses vêtements par les soldats romains & son dénuement extrême. La lustration des autels est en quelque sorte pour les rendre dignes de l’Agneau sans tache qui y est immolé, & pour nous apprendre avec quelle pureté nous devons nous approcher de la sainte communion.

D. Pourquoi dans plusieurs diocèses bénit-on des pains azymes (ou sans levain) et du vin, qu’on distribue ensuite au peuple dans l’église ?
R. Pour marquer l’union & la charité qui doit régner parmi les chrétiens, en rappelant le dernier repas ou Cène pris par Jésus-Christ avec ses disciples. Pendant cette cérémonie, on lit le dernier discours de Notre Seigneur à ses Apôtres dans l’évangile de Jean.

D. Pourquoi visite-t-on le Saint Sacrement le soir du Jeudi Saint ou même pendant la nuit ?
R. Pour faire amende honorable à Jésus-Christ de tout ce qu’il a souffert pour nous dans sa passion, & qu’il souffre encore tous les jours dans le Sacrement adorable de son amour.

Vendredi Saint

D. Qu’il y a-t-il de remarquable le Vendredi Saint ?
R. Le saint Sacrifice cesse en ce jour à cause de la tristesse qu’inspire la mort de Jésus-Christ.
Explication. La célébration de l’auguste Mystère de nos autels ne peut qu’imprimer la joie, & ce sentiment est incompatible avec le deuil de l’Eglise sur la mort de son époux. La Messe des Présanctifiés de ce jour est un office de communion (ou Messe sèche) sans la partie proprement sacrificielle de la sainte messe : offertoire, canon & consécration.

D. Pourquoi l’Eglise fait-elle en ce jour des prières pour tous les fidèles, pour les païens & même pour les Juifs ?
R. Pour nous apprendre que le Sauveur est mort pour tous les hommes, & pour lui demander de leur appliquer les mérites de la passion.

D. Pourquoi prêche-t-on la passion le Vendredi Saint ?
R. Pour nous exciter à la pénitence par le récit des souffrances du Sauveur.
Explication. Le Vendredi Saint doit être entièrement consacré à méditer les douleurs de Jésus-Christ. On ne doit pas se contenter d’assister à l’office, à la prédication, de jeûner plus rigoureusement, il faut surtout faire quelque aumône ou d’autres œuvres de charité. Si la Messe des Présanctifiés n’est pas célébrée dans sa paroisse vers les trois heures de l’après-midi, temps où le Sauveur est mort, une pratique bien convenable en ce jour est de faire une visite dans une église ou bien se recueillir à ce moment là, moment bien précieux & bien propre pour pleurer nos péchés qui sont l’unique cause de sa mort.

D. Qu’est-ce qu’on adore en adorant la croix ?
R. On adore Jésus-Christ attaché sur la croix par son amour pour nous.
Explication. On a répété mille fois aux protestants que nous n’adorions que Jésus-Christ sur la croix, & non point la croix elle-même. Ils savent que le mot latin adoratio ne signifie autre chose que salut, révérence, prostration ; malgré ces déclarations authentiques, ils s’obstinent à nous reprocher un culte que nous désavouons. A la vérité nous honorons, nous vénérons la croix avec toute l’antiquité, mais seulement, comme le dit saint Ambroise, à cause de Jésus-Christ qui y est attaché & qui y est mort pour nous.

D. Que faut-il faire en adorant Jésus-Christ sur la croix ?
R. Il faut lui demander pardon des péchés que nous avons commis & qui sont la cause de ses souffrances & de sa mort.

Samedi Saint

D. Quelles sont les principales cérémonies du Samedi Saint ?
R. La bénédiction du feu nouveau, du cierge pascal et des fonts baptismaux.

D. Pourquoi bénit-on le feu nouveau le Samedi Saint ?
R. Pour marquer la résurrection de Jésus-Christ figurée par la lumière.

D. Que représente le cierge pascal ?
R. Le cierge pascal peut être regardé comme l’image du Sauveur ressuscité.
Explication. Au moins dès le temps de l’abbé Rupert, au douzième siècle, on donnait des raisons mystiques du cierge pascal. Cet auteur, Durand & beaucoup d’autres disent que les cinq grains d’encens qu’on y met représentent ou les cinq plaies du Christ, ou les aromates dont son corps fut embaumé, & qu’on allume le cierge pascal pour marquer la résurrection. C’est pourquoi on le fait brûler pendant le temps pascal, parce que le Sauveur était alors sur la terre & apparaissait à ses disciples. On l’éteint à l’Ascension, parce que Jésus-Christ est monté au ciel.

D. Pourquoi fait-on la bénédiction des fonts au Samedi Saint ?
R. Parce qu’anciennement on administrait le baptême solennel aux catéchumènes en cette nuit.

D. Que faut-il faire pendant la bénédiction des fonts baptismaux ?
R. Il faut remercier Dieu de la grâce du baptême & en renouveler les promesses.

Conclusion

D. Quel fruit doit-on retirer de ce catéchisme ?
R. C’est d’entrer dans l’esprit de l’Eglise pendant cette semaine, & surtout de méditer chaque jour quelques temps sur la Passion de Jésus-Christ.

Abbé Meusy, Cathéchisme des Fêtes, Besançon, 1774

Catéchisme sur l’Annonciation

L

Demande. Quelle fête célébrons-nous le 25 mars prochain ?
Réponse. La Fête de l’Annonciation de la sainte Vierge, ou plutôt l’Incarnation de Notre Seigneur annoncée à sa très sainte Mère.

D. Pourquoi appelle-t-on cette fête l’Annonciation de la très sainte Vierge ?
R. Parce que ce fut en ce jour que l’Archange Gabriel annonça à la sainte Vierge qu’elle serait Mère de Dieu.

D. L’Eglise célèbre donc deux fêtes en ce jour ?
R. L’Eglise célèbre l’Incarnation de Jésus-Christ & la Maternité divine de la très sainte Vierge.

D. Comment s’accomplit le mystère de l’Incarnation ?
R. Le mystère de l’Incarnation s’accomplit par l’opération du Saint Esprit.
Explication. L’auguste Vierge que Dieu avait choisie pour être la Mère de son Fils demeurait à Nazareth, attendant comme les autres fidèles la Rédemption d’Israël, & ne sachant point la part qu’elle devait y avoir. L’Ange Gabriel, envoyé de Dieu, entre dans le lieu de sa retraite, & lui dit : Je vous salue, pleine de grâces, le Seigneur est avec vous ; vous êtes bénie au-dessus de toutes les femmes. Marie, troublée à ce discours, songeait, sans proférer une parole, d’où pouvaient venir des éloges qu’elle n’attendait pas. Ne craignez rien, continua l’Ange, vous avez trouvé grâce devant Dieu : vous concevrez, vous mettrez au monde un fils, & vous lui donnerez le nom de Jésus : il sera grand, & il sera appelé le Fils du Très-Haut. Le Seigneur Dieu le placera sur le trône de son père David : il règnera éternellement dans la maison de Jacob, & son règne n’aura point de fin. Marie, entendant l’Ange lui annoncer qu’elle deviendrait mère, rompt le silence qu’elle avait gardé jusqu’alors. Comment ce que vous dites, répond-elle, pourra-t-il s’exécuter ? Je fais profession de virginité, & je suis décidée à demeurer toujours vierge. Rien n’est impossible à Dieu, répond l’Ange, vous deviendrez mère par un miracle : le Saint Esprit descendra en vous, & la vertu du Très-Haut opèrera tout ce que je vous annonce : c’est pourquoi l’Enfant qui naîtra de vous sera le Saint par excellence : il sera appelé & sera en effet le Fils de Dieu. Marie, assurée qu’elle deviendrait mère sans cesser d’être vierge, animée de la foi la plus vive, & pénétrée des sentiments de la plus profonde humilité, répond à l’Ange : Je suis la Servante du Seigneur : je n’ai point d’autres volontés que les siennes : que tout s’accomplisse en moi de la manière que vous me l’avez annoncé. A ces mots, l’Ange se retire ; par l’opération du Saint Esprit un corps humain est formé dans le chaste sein de Marie de son sang virginal ; Dieu crée pour ce corps une âme très parfaite, & le Fils de Dieu s’unit personnellement à ce corps & à cette âme.

D. Pourquoi le Fils de Dieu s’est-il incarné, c’est-à-dire fait homme ?
R. Pour nous délivrer du péché, & de l’enfer, & pour nous sauver.

D. Que devons-nous admirer davantage dans l’Incarnation du Sauveur ?
R. Nous devons admirer l’amour infini de Dieu pour nous.
Explication. Dieu, dit saint Paul, a aimé les hommes jusqu’à leur donner son Fils unique. Ce Fils adorable, égal au Père, a consenti pour nous sauver à s’unir à notre chair ; & l’Esprit Saint, par son opération toute-puissante, a formé le corps dans lequel il a souffert pour expier nos péchés. Dieu seul peut comprendre l’immensité d’un pareil amour. C’est à nous d’admirer, d’adorer, de sentir ce qu’une bonté si inconcevable exige de retour.

D. Le Sauveur dans son Incarnation s’est-il vraiment fait homme comme nous ?
R. Oui, il s’est revêtu de toutes nos infirmités, & n’en a excepté que le péché & l’ignorance.

D. De quelle vertu la sainte Vierge nous donne-t-elle l’exemple dans le mystère de l’Incarnation ?
R. La sainte Vierge nous donne l’exemple du plus parfait amour pour la pureté, d’une humilité profonde, & de la foi la plus vive.

D. Comment la sainte Vierge nous donne-t-elle l’exemple du plus parfait amour pour la pureté ?
R. En renonçant à la dignité de Mère de Dieu, si pour le devenir il eût fallu qu’elle cessât d’être Vierge.

D. Comment la sainte Vierge nous donne-t-elle l’exemple d’une profonde humilité ?
R. En disant qu’elle est l’humble servante du Seigneur, au moment même où elle est déclarée Mère de Jésus-Christ.

D. Comment la sainte Vierge nous donne-t-elle l’exemple d’une foi vive ?
R. En croyant sur la parole de l’Ange une merveille qu’aucune intelligence créée ne comprendra jamais.

D. Que devons-nous faire pour entrer dans l’esprit de cette fête ?
R. Nous devons adorer profondément le Sauveur dans son Incarnation, & le remercier d’un si grand bienfait.

D. Que devons-nous faire encore en ce jour ?
R. Nous devons imiter les vertus dont la sainte Vierge nous donne l’exemple, principalement la pureté.

D. Quel fruit retirerons-nous de ce catéchisme ?
R. Ce sera de faire le jour de l’Incarnation une visite au saint Sacrement pour remercier le Sauveur de ce qu’il s’est fait homme pour nous.

Abbé Meusy, Cathéchisme des Fêtes, Besançon, 1774

Catéchisme sur la Compassion de Marie

Notre Dame des 7 DouleursDemande. Quelle fête l’Eglise célèbre-t-elle le Vendredi après le dimanche de la Passion ?
Réponse. L’Eglise célèbre la fête de la Compassion de la sainte Vierge.
(Cette fête est plus communément appelée de nos jours fête de Notre Dame des 7 Douleurs).

D. Qu’entendez-vous par la Compassion de la sainte Vierge ?
R. J’entends les douleurs que la sainte Vierge ressentit pendant la passion de Jésus-Christ.

D. Les douleurs de la sainte Vierge pendant la passion furent-elles bien vives ?
R. Ce furent les plus vives douleurs qu’une pure créature ait jamais ressenties.
Explication. Les douleurs de la sainte Vierge furent proportionnées à l’amour extrême qu’elle avait pour son divin Fils : or, qui peut comprendre l’étendue de tout cet amour ? Les souffrances de Marie furent les plus vives & les plus grandes qu’il y ait jamais eu après celles du Sauveur. Richard de Saint-Victor dit que ce martyre de la Mère de Dieu lui tint lieu des plus rigoureux tourments. Saint Bernardin de Sienne va jusqu’à ajouter que si ses douleurs eussent été partagées par toutes les créatures capables de sentiments, elles leur eussent causé la mort. Ces douleurs extraordinaires lui ont mérité de la part de l’Eglise le titre glorieux de Reine des Martyrs, Regina Martyrum. Dans la plupart des Eglises, l’épître de ce jour était autrefois prise des Lamentations de Jérémie & c’est l’endroit où Jérusalem représente à Dieu tout l’excès de sa douleur & de son affliction.

D. Comment la sainte Vierge supporta-t-elle ces douleurs amères ?
R. La sainte Vierge supporta ces douleurs avec la constance la plus parfaite & avec une entière soumission aux ordres de Dieu.
Explication. La constance de la sainte Vierge et sa résignation aux ordres du ciel furent égales à sa douleur. C’est sans doute par erreur que des peintres ignorants la représentent effondrée en pamoison au pied de la Croix. L’Evangile n’en dit pas un mot. L’auteur du Stabat Mater dolorosa, qui est déjà très ancien, fait bien voir que de son temps on le pensait pas (Stabat : elle était debout).

D. Qu’est-ce que nous apprend cet exemple de la sainte Vierge ?
R. Il nous apprend à supporter patiemment les afflictions & les peines de cette vie.

Abbé Meusy, Cathéchisme des Fêtes, Besançon, 1774

Catéchisme sur le Carême

La tentation du Christ au désert

Demande. Qu’est ce que le carême ?
Réponse. Ce sont les quarante jours de jeûne & de pénitence qui précèdent la fête de Pâques.

D. Qui a institué le carême ?
R. Le carême a été institué par les Apôtres.
Explication. Tertullien au IIIème siècle, rend témoignage que les Catholiques, pour combattre l’hérétique Montan qui voulait que l’on observe trois carêmes, en appelaient à la tradition, & répondaient simplement qu’ils n’observaient que les jeûnes établis par les Apôtres. Rien de plus formel que ce que dit saint Jérôme : nous jeûnons quarante jours, dit ce Père, suivant la tradition qui nous vient des Apôtres, quadragesimam secundum traditionem Apostolorum jejunamus. Les Protestants ont aboli le jeûne du carême, quoique ce soit un point de discipline incontestable & universel depuis les temps apostoliques ; n’est-ce pas montrer évidemment que sous le nom spécieux de réforme ils n’ont cherché qu’à secouer le joug de la pénitence ? Ils ont fait de même dans des points plus essentiels, comme la confession, &c. parce qu’ils sont encore plus contraires aux inclinations de la nature, mais par la même plus dignes de la Religion.

D. Pourquoi les Apôtres ont-ils établi le carême ?
R. Les Apôtres établirent le carême en mémoire du jeûne rigoureux que Jésus-Christ observa dans le désert pendant quarante jours.

D. Les Apôtres n’eurent-ils pas un autre motif en instituant le carême ?
R. Oui, les Apôtres instituèrent le carême pour disposer les Chrétiens par la pénitence à la grande fête de Pâques.
Explication. La vie d’un Chrétien doit être un exercice continuel de mortification, tous les jours il doit porter sa croix ; mais cet esprit de pénitence est si contraire au penchant de la nature, & s’affaiblit si aisément, que pour le ranimer les Apôtres établirent le carême comme un temps d’une plus grande pénitence & d’une mortification continuelle, pour mieux préparer ses enfants à la plus grande des solennités qui est Pâques, à laquelle tous doivent communier.

D. Pourquoi voile-t-on les autels & couvre-t-on les croix & les images pendant le carême ?
R. On le fait pour marquer le deuil & la tristesse qui doivent accompagner la pénitence du carême, & que doit inspirer la pensée des souffrances de Jésus-Christ.
Nota : l’usage français voulait qu’on voile les croix & les images de noir à partir du Ier dimanche de Carême. L’usage romain actuel est de voiler de violet à partir du dimanche de la Passion seulement.

D. Que faut-il faire pour entrer dans l’esprit de l’Eglise & sanctifier le carême ?
R. Cinq choses.

D. Quelle est la première pratique pour sanctifier le carême ?
R. Il faut observer le jeûne avec beaucoup d’exactitude.

D. En quoi consiste le jeûne ?
R. Selon les règles les plus communes de l’antiquité chrétienne, le jeûne consiste à ne faire qu’un seul repas après l’heure de vêpres, auquel peut s’ajouter une légère collation que l’Eglise tolère.
Explication. Quoique le jeûne prescrit aujourd’hui ne soit plus que l’ombre des anciens jeûnes, il est fort louable que de nos jours des chrétiens veuillent reprendre au moins partiellement les antiques usages. Il ne paraît pas hors de portée de tout un chacun de garder l’abstinence de viande pendant le carême, et si possible de tout produit animal.

D. Quelle est la seconde pratique pour sanctifier le carême ?
R. C’est de se préparer pendant le carême à faire une bonne communion à Pâques.
Explication. Il faut pour cela se confesser, & le faire de bonne heure, à un homme sage, prudent & éclairé. Le concile de Latran ordonne que ce soit à son propre pasteur, suivant l’ancien usage. Lorsqu’on a des raisons légitimes de ne pas s’adresser à lui, il faut au moins choisir un bon confesseur. Malheur à ceux qui ne vont se confesser à des étrangers que pour surprendre l’absolution, pour les tromper, ou parce qu’ils connaissent leur trop grande facilité ; ces sortes de gens s’exposent à faire un sacrilège à Pâques.

D. Quelle est la troisième pratique pour sanctifier le carême ?
R. Il faut assister aux instructions qui se font plus fréquemment pendant le carême.

D. Quelle est la quatrième pratique pour sanctifier le carême ?
R. C’est de faire l’aumône, de vaquer à la prière & aux autres bonnes œuvres.
Explication. Les anciens chrétiens faisaient l’aumône de ce que le jeûne leur épargnait ; les saints Pères parlent presque tous de cet usage : c’est une pratique que les bons chrétiens observent encore aujourd’hui, comme conforme à l’esprit de l’Eglise. D’ailleurs les évêques, lorsqu’ils eurent permis l’usage des œufs, du beurre, du lait, du fromage, ont exigé des aumônes en compensation du relâchement ainsi introduit dans la discipline du jeûne. A l’aumône ont joindra aussi très utilement les autres œuvres de miséricorde : nourrir les affamés, visiter les malades, les prisonniers, donner du réconfort à ceux qui souffrent, &c. Les pauvres doivent suppléer à l’aumône par la patience, & par les prières qui leur sont prescrites au lieu d’aumônes.

D. Quelle est la cinquième pratique pour sanctifier le carême ?
R. C’est de faire tous les jours quelques réflexions sur les souffrances & sur la mort de Notre-Seigneur Jésus-Christ.
Explication. Ces réflexions, qui peuvent être si utiles, sont bien propres à nous occuper pendant le saint sacrifice de la messe, auquel on doit assister en carême autant qu’il est possible ; on peut aussi les faire dans le courant de la journée & le soir après sa prière.

Abbé Meusy, Cathéchisme des Fêtes, Besançon, 1774