R.P. Marcel Jousse, s.j. – Cours inaugural à l’Ecole d’anthropologie de Paris

Le R.P. Marcel Jousse, s.j. (1886 † 1961), a développé une vision anthropologique profondément originale. Son étude anthropologie du geste humain débouche sur une anthropologie du langage comme rejeu mimé du réel. Marcel Jousse, par ses études sur le langage, s’est plus particulièrement intéressé aux systèmes de transmission par l’oral, et tout particulièrement à l’enseignement évangélique du Christ.

L’étude de l’œuvre immense de Marcel Jousse intéressera quiconque veut comprendre ce qu’est véritablement une tradition : Jousse en effet nous permets de découvrir les enjeux profonds et les moyens d’une transmission traditionnelle d’un savoir. Partant, j’encourage toute personne qui désire étudier en profondeur les traditions liturgiques anciennes dans l’Eglise à découvrir les visions véritablement bouleversantes du R.P Jousse, visions qui renouvellent nos perceptions sur le langage et l’écriture, sur la tradition orale, finalement sur la constitution même de l’homme et de son langage, mais aussi sur la Trinité du Père, du Verbe & du Saint-Esprit, dont l’homme est créé à l’image et à la ressemblance : le Parlant, la Parole & le Souffle.

Dans cette vidéo, l’acteur Gérard Rouzier rejoue l’un des cours les plus fameux de Marcel Jousse, son premier cours à l’Ecole d’anthropologie de Paris. Jousse a peu écrit, mais son assistante Gabrielle Baron transcrivait fidèlement ses cours. Elle a mis en forme cet enseignement en trois ouvrages publiés après la mort de Marcel Jousse : L’Anthropologie du Geste, La Manducation de la Parole, et Le Parlant, la Parole & le Souffle.

Page Wikipedia sur Marcel Jousse.

Benoît XVI – L’esprit de la musique

Monsieur l’Abbé Iborra, vicaire à Saint-Eugène – Sainte-Cécile, a réuni un très intéressant corpus de textes de Sa Sainteté le Pape Benoît XVI sur la musique et m’a demandé d’en faire la préface. Afin de vous donner envie d’acheter cet ouvrage, je retranscrit ici cette préface.

« Au milieu des nombreuses études « ratzingériennes » qu’il conduit depuis plusieurs années, Monsieur l’Abbé Iborra a conçu l’excellente idée de réunir les différents textes du pape Benoît XVI sur la musique. A première vue, le corpus de textes très divers ainsi rassemblés, pour beaucoup de circonstances, ne se présente certes pas comme un traité de théologie systématique sur la musique en général, ni sur la musique sacrée en particulier. Pourtant, au fil de la lecture de ces différents textes, on découvre que la pensée de Benoît XVI va bien au-delà de la simple expression de sentiments mélomanes. Elle révèle une vision théologique profonde et originale de la valeur de la musique dans le plan de la Rédemption.

Beaucoup de ces textes sont des discours prononcés à l’issue de concerts offerts au Pape. On y lit bien sûr toute la délicate amabilité du Saint-Père envers les interprètes. On le sait musicien ; il n’est dès lors pas foncièrement surprenant – quoique ! – d’y trouver également des analyses musicales – parfois réellement techniques et précises – sur les œuvres qui viennent d’être interprétées devant lui, même si aucun pape ne s’était à ce point livré à cet exercice avant lui. En premier lieu, la grande variété, tant des interprètes que des œuvres jouées dans ces concerts, fournit au Pape l’occasion de souligner combien la musique est un langage universel, le seul selon lui à avoir échappé à la malédiction de la confusion des langues après la Tour de Babel, un langage sans paroles mais pourtant apte à réunir les hommes. A l’adresse des musiciens, le Pape ne manque pas alors de rappeler que la pratique de la musique induit forcément une expérience de communion : chanter ou jouer d’un instrument ensemble nécessite à la fois l’écoute des autres et aussi un nécessaire don de soi. En ce sens, pour le Pape, la pratique de la musique et du chant contient en elle une force éducatrice universelle pour les sociétés humaines.

Au cours de ses études d’anthropologie, le R.P. Marcel Jousse, s.j. (1886 † 1961) avait posé la démonstration que l’homme primitif ne savait que chanter, et que, par conséquence, le langage parlé n’était arrivé que postérieurement, par paresse en quelque sorte, étant donné l’économie énergétique des moyens qu’il mettait en œuvre par rapport au chant. On trouvera dans ces textes de Benoît XVI cette même idée originale qui souligne combien l’homme chantant exerce par la musique la plénitude de son expression, la pleine extension de sa communication, grâce au déploiement de tous ses moyens.

Une fois posé ces aspects civilisationnels, le Pape souligne combien cette force éducatrice de la musique entraîne l’homme vers l’accomplissement d’un objectif esthétique, la recherche du beau. Loin de nier la valeur de cet impératif esthétique, le Pape montre au contraire combien cette quête de l’harmonie sonore ne constitue de fait qu’une facette de la quête fondamentale de l’harmonie ontologique de l’homme avec Dieu, et, partant, avec les autres et avec le cosmos tout entier. Dieu seul est le souverainement bon et le souverainement beau, lui seul peut parfaitement répondre à la quête des universaux – καλὸς κἀγαθός – de la beauté et de la bonté qui est profondément inscrite au cœur de tout être humain.
Lire plus …