La confrérie des pénitents blancs de Montpellier, conservatrice des croix publiques de la ville.

En ces temps où la croix, symbole s’il en est du christianisme, est attaquée de toute part comme récemment par le dernier arrêt du conseil constitutionnel, il est intéressant de se pencher sur le rôle de la confrérie des Pénitents blancs de Montpellier. Son siège se situe dans la Chapelle Sainte-Foy à Montpellier.

Héritière des confréries du Moyen-Age, sa création dans sa forme actuelle remonte à 1517. La Dévote et Respectable Confrérie des Pénitents blancs est placée sous le vocable du Saint-Esprit. Sa devise est : « Spiritus Sanctus ubi vult spirat ». L’objet de la confrérie, outre la prière et la dévotion, est l’assistance, l’accompagnement au cimetière des confrères et de ceux qui en font la demande. Au début du XXème siècle elle s’est vue confier une mission supplémentaire. En effet en 1920, la chute accidentelle de la Croix de Peyrou a convaincu Monseigneur Mignen, évêque de Montpellier, Agde, Béziers, Lodève et Saint-Pons de Thomières de demander à la Confrérie de pourvoir à l’entretien des Croix de la ville. A ce titre, il leur conféra le sous-titre de « Conservateur des croix publiques de la ville ». Les confrères qui avaient toujours eu une grande dévotion envers la Croix avaient entrepris d’en édifier deux dans la ville. Aujourd’hui ils s’occupent encore de la préservation et de l’entretien de 14 croix publiques qui forment un chemin à travers la ville.

Programme du IVème dimanche de Carême – dimanche de Lætare

IVème dimanche de CarêmeSaint-Eugène, le dimanche 26 mars 2017, grand’messe de 11h. Conférence de Carême de M. le Chanoine Guelfucci à 17h. Secondes vêpres & salut du Très-Saint Sacrement à 17h45.

> Catéchisme sur le Carême

A Rome, la messe stationnale de ce jour se tient en la basilique de Sainte-Croix-de-Jérusalem. Cette basilique, l’une des sept basiliques du pèlerinage romain, fut construite autour d’une pièce du palais impérial de sainte Hélène, le palais du Sessorium, qu’elle avait transformée en chapelle vers l’an 320. Sainte Hélène fit répandre une grande quantité de la terre du Golgotha sur le sol des fondations de ce sanctuaire, où elle fit déposer plusieurs reliques insignes de la Passion qui y sont toujours. Quelques décennies plus tard, cette chapelle est transformée en une véritable basilique, appelé Heleniana ou Sessoriana. Lorsqu’il récupéra la vraie croix volée par les Perses, l’empereur Héraclius fit partager celle-ci en trois morceaux : Jérusalem conserva le principal d’entre eux, mais l’empereur fit envoyer les deux autres parties à Constantinople et à Rome, qui l’accueillit tout naturellement en la Basilique de Sainte-Croix de Jérusalem (cette partie insigne du bois de la vraie Croix fut transféré en 1629 sur ordre du pape Urbain VIII dans la basilique Saint-Pierre où elle est conservée près de la statue monumentale de sainte Hélène).

La basilique de Sainte-Croix de Jérusalem représente symboliquement à Rome la sainte cité de Jérusalem. C’est pour cette raison que les textes de la messe de ce jour y font allusion :

  • Lætare, Jerusalem – Réjouis-toi Jérusalem (introït),
  • Sina enim mons est in Arabia, qui conjunctus est ei, quæ nunc est Jerusalem – le mon Sinaï se trouve en Arabie ; elle correspond à la Jérusalem actuelle (saint Paul, dans l’épître de ce jour, aux Galates)
  • Lætátus sum in his, quæ dicta sunt mihi : in domum Dómini íbimus – Je me suis réjoui de ce qu’on m’a dit : Nous allons à la maison du Seigneur (graduel),
  • Qui confídunt in Dómino, sicut mons Sion : non commovébitur in ætérnum, qui hábitat in Jerúsalem – Qui se confie en le Seigneur sera comme le Mont Sion : jamais il ne sera ébranlé, celui qui habite Jérusalem (trait).
  • Jerúsalem, quæ ædificátur ut cívitas, cujus participátio ejus in idípsum – Jérusalem, qui est édifiée comme une cité où toutes les parties ne font qu’une (communion)

Comme la liturgie byzantine qui célèbre joyeusement la vénération de la Croix au IIIème dimanche de Carême[1], le rit romain, méditant en ce milieu du Carême devant les reliques de la Croix & de la Passion, n’y associe nullement les sentiments de la tristesse mais bien au contraire ceux de la joie : la Croix, autrefois symbole de la mort la plus vile réservée aux criminels, est devenue par le sacrifice du Christ le glorieux Arbre de vie qui nous réconcilie avec le Père et nous rouvre les portes du ciel.

Aussi répondant à l’appel de l’introït de ce jour – Lætare Jerusalem – le rit romain suspend-il en ce jour les rigueurs du Carême : les ornements de la messe ne sont plus violet mais roses, on fleurit les autels, le diacre & le sous-diacre laissent les chasubles pliées pour prendre la dalmatique & la tunique qui sont des vêtements de joie, l’orgue – muet depuis le Mercredi des Cendres – fait tonner ces accents glorieux et joyeux.

Il est possible que le fleurissement des croix à Byzance en ce dimanche ait influé sur l’usage des fleurs dans la liturgie occidentale en ce même dimanche. A Rome, le pape bénit en ce jour la rose d’or qu’il offre ensuite à une princesse catholique ou à un sanctuaire. Cette coutume est attestée depuis au moins le XIème siècle. Voici le texte de la bénédiction employé à cette occasion :

O Dieu, dont la parole et la puissance ont tout créé, dont la volonté gouverne toutes choses, vous qui êtes la joie et l’allégresse de tous les fidèles ; nous supplions votre majesté de vouloir bien bénir et sanctifier cette Rose, si agréable par son aspect et son parfum, que nous devons porter aujourd’hui dans nos mains, en signe de joie spirituelle : afin que le peuple qui vous est consacre, étant arraché au joug de la captivité de Babylone par la grâce de votre Fils unique qui est la gloire et l’allégresse d’Israël, représente d’un cœur sincère les joies de cette Jérusalem supérieure qui est notre mère. Et comme votre Église, à la vue de ce symbole, tressaille de bonheur, pour la gloire de votre Nom ; vous, Seigneur, donnez-lui un contentement véritable et parfait. Agréez la dévotion, remettez les pèches, augmentez la foi : guérissez par votre pardon, protégez par votre miséricorde ; détruisez les obstacles, accordez tous les biens : afin que cette même Église vous offre le fruit des bonnes œuvres, marchant à l’odeur des parfums de cette Fleur qui, sortie et de la tige de Jessé, est appelée mystiquement la fleur des champs et le lis des vallées, et qu’elle mérite de goûter une joie sans fin au sein de la gloire céleste, dans la compagnie de tous les saints, avec cette Fleur divine qui vit et règne avec vous, en l’unité du Saint-Esprit, dans tous les siècles des siècles. Amen.

L’évangile chanté ce jour est le récit de la multiplication des cinq pains & des deux poissons. Cet évangile fait partie du cycle de préparation des catéchumènes au baptême qu’ils recevront lors de la vigile pascale et figure l’Eucharistie, où le Christ, en son action de grâce au Père, se donne lui-même en une nourriture qui ne s’épuise jamais.

Car c’est un plus grand miracle de gouverner le monde entier que de rassasier de cinq pains cinq mille personnes. Et pourtant, nul ne s’étonne du premier prodige, tandis que l’on est rempli d’admiration pour le second, non parce qu’il est plus grand, mais parce qu’il est rare. Qui, en effet, maintenant encore, nourrit le monde entier, sinon celui qui, de quelques grains, fait sortir les moissons ? Jésus a donc agi à la manière de Dieu. En effet, par cette même puissance qui d’un petit nombre de grains multiplie les moissons, il a multiplié entre ses mains les cinq pains. Car la puissance était entre les mains du Christ. Ces cinq pains étaient comme des semences non plus confiées à la terre, mais multipliées par celui qui a fait la terre.
Homélie de saint Augustin, évêque, VIIIème leçon des vigiles nocturnes de ce dimanche, au troisième nocturne.

A la messe :

  • Procession d’entrée : orgue
  • Ordinaire : Messe brève n°7 « Aux Chapelles » de Charles Gounod (1818 † 1893)
  • Introït – Lætare Jerusalem (ton v.)
  • Epître : Galates IV, 22-31 : Au lieu que la Jérusalem d’en haut est vraiment libre ; et c’est elle qui est notre mère.
  • Trait : Faux-bourdon du 8ème ton à l’usage de l’Eglise de Paris (édition de 1739)
  • Evangile : Jean VI, 1-15 : Ils les ramassèrent donc, et emplirent douze paniers des morceaux qui étaient restés des cinq pains d’orge, après que tous en eurent mangé.
  • Credo III
  • Après la Consécration : O salutaris Hostia – de la Messe brève « Aux Chapelles » de Charles Gounod
  • Pendant la communion : Suite du Ier ton de Jean Adam Guilain (c. 1680 † c. 1739)
  • Prière pour la France, sur le VIème ton royal – harmonisation traditionnelle de Notre-Dame de Paris
  • Benedicamus Domino XVII
  • Au dernier Evangile : Ave Regina cœlorum, ton simple
  • Procession de sortie : improvisation à l’orgue sur Attende Domine

IIndes vêpres du IVème dimanche de Carême. Au salut du Très-Saint Sacrement :

  • Motet d’exposition : O salutaris hostia, sur le ton de l’hymne de Carême Audi benigne Conditor
  • A la Bienheureuse Vierge Marie : Ave Regina cœlorum
  • Prière pour Notre Saint Père le Pape : Oremus pro Pontifice nostro Francisco.
  • A la bénédiction du Très-Saint Sacrement : Tantum ergo, sur le ton de l’hymne de la Passion Pange lingua
  • Supplication finale : Attende Domine avec ses anciens versets

Télécharger le livret de cette messe au format PDF.
Télécharger le livret des chants des dimanches de la Septuagésime aux Rameaux au format PDF.
Télécharger le livret des IIndes vêpres du dimanche.
Télécharger le livret du propre des IIndes vêpres et du salut du second dimanche de Carême.

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Victor Matorin, La Multiplication des pains

Notes :    (↵ reviens au texte)

  1. Le IIIème dimanche de Carême byzantin correspond de fait exactement au IVème dimanche de Carême romain, la façon de compter étant différente : en Orient on compte pour premier dimanche de Carême celui qui arrive au bout de la première semaine complète de jeûne, alors qu’à Rome celui-ci est compté pour IInd dimanche de Carême.

Programme du IIIème dimanche de Carême – Adoration de la Croix – ton 6

Croix près du lac SengilParoisse catholique russe de la Très-Sainte Trinité, le dimanche 19 mars 2017 du calendrier grégorien – 6 mars 2017 du calendrier julien, divine liturgie de saint Basile le Grand de 9h15.

Dimanche du ton VII de l’Octoèque. En ce troisième dimanche de Carême, le rit byzantin présente aux fidèles la vénération de la sainte, précieuse & vivifiante Croix. Cette tradition, qui tire son origine de la pratique de l’Eglise de Jérusalem où la vraie Croix fut longtemps conservée, connaît son exact équivalent le Vendredi Saint dans le rit romain avec le rite de l’adoration de la Croix. Du reste, au cours de l’adoration de la Croix le Vendredi saint romain, on chante la même antienne qu’au rit byzantin pour la même cérémonie :

Crucem tuam adoramus, Domine, et sanctam ressurectionem tuam laudamus.
Ta Croix, nous l’adorons, ô Maître, & ta sainte Résurrection, nous la chantons.

De plus, si l’on considère que ce dimanche du Carême byzantin correspond de fait exactement au IVème dimanche de Carême du rit romain, d’autres parallélismes peuvent être observés entre les deux rits : à Rome, la station se fait ce jour en la basilique de Sainte-Croix-de-Jérusalem, afin d’y vénérer les reliques de la vraie Croix et du Golgotha déposées là par l’impératrice sainte Hélène. Il n’est pas impossible que le fleurissement des croix qui a lieu ce jour chez les byzantins ait pu influencer l’Eglise romaine qui en use du rose en ce dimanche de Lætare, au cours duquel le Pape bénit la rose d’or.

Voici comment se déroule l’adoration de la Croix dans le rit byzantin : aux vigiles de toute la nuit de ce dimanche, pendant la grande doxologie, le célébrant, revêtu de tous ses vêtements liturgiques, encense trois fois l’autel sur lequel a été déposée la sainte croix. Durant le chant du Trisaghion, il fait une triple prosternation devant la croix, la soulève au dessus de sa tête, fait le tour de l’autel et sort du sanctuaire par la porte du nord précédé du porte-cierge et de l’encensoir. Devant les portes royales il proclame : « Sagesse, soyons attentifs », et le chœur chante trois fois le tropaire apolytikion de la Croix : « Sauve, Seigneur ton peuple ». Le célébrant dépose la croix sur un lutrin au centre de l’église et l’encense trois fois. Enfin, il procède à la triple prosternation devant la sainte croix en entonnant le tropaire du ton 5 : « Devant Ta croix nous nous prosternons, ô Maître – et Ta sainte Résurrection, nous la glorifions ». Le clergé et les fidèles se prosternent alors devant la Croix. La Croix restera au centre de l’église jusqu’au vendredi suivant.


Célébration pontificale de l’adoration de la Croix à la cathédrale du Christ-Sauveur de Kaliningrad en 2016.

L’hymnodie de ce dimanche développe le thème de la victoire et de la joie de la Croix, et non pas celui la souffrance. Pour les Pères de l’Église, la Croix, source de vie est l’arbre de la vie, planté au milieu du pèlerinage du Carême. Elle est l’arbre planté au jardin de l’Eden ; elle rappelle aux fidèles tant le bonheur d’Adam que la manière dont il l’a perdu.

La Croix est plantée au milieu de l’Église également pour réconforter et encourager ceux qui participent au Grand Carême. Pour l’Église, l’apparition de la Croix au milieu des fidèles rappelle les bannières et symboles qui précèdent le retour d’un roi triomphant. La lecture en ce jour à la liturgie de l’Épître aux Hébreux explique la prêtrise du Christ et la lecture de l’Évangile est un passage de Marc qui finit par les mots : Et il leur disait : « En vérité je vous le dis, il en est d’ici présents qui ne goûteront pas la mort avant d’avoir vu le Royaume de Dieu venu avec puissance ».


L’adoration de la Croix au célèbre monastère d’Optina Pustyn en 2011.

Aux heures
A tierce & à sexte : Tropaire du dimanche. Gloire au Père. Tropaire du Triode (de la Croix). Et maintenant. Theotokion de l’heure. Kondakion : du Triode (de la Croix).

Tropaires des Béatitudes : six tropaires du ton dominical occurrent et quatre tropaires de la 3ème ode du canon du Triode, œuvre de saint Théodore Studite (759 † 826) (suivant les indications du Triode ; le Typikon préconisant lui quatre tropaires de la 6ème ode) :
1. Souviens-toi de moi, Dieu Sauveur, * quand tu entreras dans ton royaume, ** seul Ami des hommes, sauve-moi.
2. Adam fut séduit par l’arbre défendu, * mais par celui de la Croix tu as sauvé * le bon Larron s’écriant : ** Dans ton royaume, Seigneur, souviens-toi de moi.
3. Ayant brisé les portes & les verrous de l’Enfer, * tu as ressuscité, Source de vie, * Sauveur, tous ceux qui s’écrient : ** Gloire à ta sainte Résurrection.
4. Souviens-toi de moi, Seigneur * qui par ta sépulture triomphas de la mort * & comblas de joie l’univers, ** Dieu de tendresse, par ta Résurrection.
5. Les Myrophores venues au tombeau * entendirent l’Ange proclamer : * Il est vraiment ressuscité, ** le Christ qui illumine le monde entier.
6. Le Christ qui fut cloué * sur le bois de la croix * & sauva le monde de l’erreur, ** chantons-le tous d’un même chœur.
7. Venez fidèles, puisons * non à la fontaine qui verse l’eau de la corruption * mais à la source de la lumière ** par la vénération de la croix du Christ, en laquelle nous nous glorifions.
8. Embrassant maintenant Ta croix que Moïse figura de ses mains * Christ, Maître, nous renversons l’Amalek spirituel ** et par elle nous sommes sauvés.
9. Dans la pureté des yeux et des lèvres * fidèles, disons notre réjouissance ** vénérons la croix du Seigneur et chantons de joie.
10. Je vénère en trois Personnes un seul Dieu sans commencement * indivisible dans la forme de l’Etre * le Père, le Fils et l’Esprit vivant ** en qui nous sommes baptisés.

A la petite entrée :
1. Tropaire du dimanche, ton 6 : Les vertus angéliques sur ton tombeau, * les gardes pétrifiés de crainte, * Marie près de ton sépulcre cherchait ton corps très pur ; * Toi, Tu captives l’enfer sans être séduit. * Tu vas à la rencontre de la Vierge, ** Tu donnes la Vie, ô Ressuscité des morts, gloire à toi !
2. Tropaire de la Croix, ton 1 : Sauve, Seigneur, ton peuple, * et bénis ton héritage, * accorde aux chrétiens orthodoxes * la victoire sur les ennemis, * et garde ton peuple ** par ta Croix.
3. Gloire au Père, & au Fils, & au Saint-Esprit. Et maintenant, & toujours, & dans les siècles des siècles. Amen.
4. Kondakion de la Croix, ton 7 : Désormais le glaive de feu ne garde plus la porte de l’Eden, * car le bois de la Croix l’empêche de flamboyer ; l’aiguillon de la mort est émoussé, * la victoire échappe à l’Hadès ; * Dieu Sauveur, tu es venu dire * aux captifs de l’Enfer : ** Entrez à nouveau dans le Paradis.

A la place du Trisaghion, on chante en ce jour :
Ta Croix, nous l’adorons, ô Maître, & ta sainte Résurrection, nous la chantons.

Prokimen
De la Croix, ton 6 :
R/. Sauve, Seigneur ton peuple, et béni ton héritage (Psaume 27, 9).
V/. Vers Toi, Seigneur, j’appelle : mon Dieu, ne sois pas sourd envers moi (Psaume 27, 1).

Epître :
Du troisième dimanche de Carême : Hébreux (§ 311) IV, 14 – V, 6.
Allons donc nous présenter avec confiance devant le trône de la grâce, afin d’y recevoir miséricorde, et d’y trouver le secours de sa grâce dans nos besoins.

Alleluia
De la Croix, ton 8 :
V/. Souviens-toi de ta communauté, que tu as acquis à l’origine. (Psaume 73,2)
V/. Et Dieu notre Roi depuis l’éternité, a réalisé notre salut au milieu de la terre. (Psaume 73,12)

Evangile :
Du troisième dimanche de Carême : Marc (§ 37) VIII, 34 – IX, 1.
Si quelqu’un veut venir après moi, qu’il renonce à soi-même, qu’il porte sa croix, et qu’il me suive.

Mégalinaire de la liturgie de saint Basile le Grand :
En toi se réjouissent, ô Pleine de grâce, toute la création, la hiérarchie des anges et la race des hommes. Ô Temple sanctifié, ô Jardin spirituel, ô Gloire virginale, c’est en toi que Dieu s’est incarné, en toi qu’est devenu petit enfant celui qui est notre Dieu avant tous les siècles. De ton sein il a fait un trône, il l’a rendu plus vaste que les cieux. Ô Pleine de grâce, toute la création se réjouit en toi, gloire à toi.

Verset de communion
De la Croix : Fais lever sur nous la lumière de ta face (Psaume 4, 7). Alléluia, alléluia, alléluia.

Télécharger le livret des choristes pour ce dimanche.

Programme du IVème dimanche de Carême – dimanche de Lætare

IVème dimanche de CarêmeSaint-Eugène, le dimanche 6 mars 2016, grand’messe de 11h. Secondes vêpres & salut du Très-Saint Sacrement à 17h30.

> Catéchisme sur le Carême

A Rome, la messe stationnale de ce jour se tient en la basilique de Sainte-Croix-de-Jérusalem. Cette basilique, l’une des sept basiliques du pèlerinage romain, fut construite autour d’une pièce du palais impérial de sainte Hélène, le palais du Sessorium, qu’elle avait transformée en chapelle vers l’an 320. Sainte Hélène fit répandre une grande quantité de la terre du Golgotha sur le sol des fondations de ce sanctuaire, où elle fit déposer plusieurs reliques insignes de la Passion qui y sont toujours. Quelques décennies plus tard, cette chapelle est transformée en une véritable basilique, appelé Heleniana ou Sessoriana. Lorsqu’il récupéra la vraie croix volée par les Perses, l’empereur Héraclius fit partager celle-ci en trois morceaux : Jérusalem conserva le principal d’entre eux, mais l’empereur fit envoyer les deux autres parties à Constantinople et à Rome, qui l’accueillit tout naturellement en la Basilique de Sainte-Croix de Jérusalem (cette partie insigne du bois de la vraie Croix fut transféré en 1629 sur ordre du pape Urbain VIII dans la basilique Saint-Pierre où elle est conservée près de la statue monumentale de sainte Hélène).

La basilique de Sainte-Croix de Jérusalem représente symboliquement à Rome la sainte cité de Jérusalem. C’est pour cette raison que les textes de la messe de ce jour y font allusion :

  • Lætare, Jerusalem – Réjouis-toi Jérusalem (introït),
  • Sina enim mons est in Arabia, qui conjunctus est ei, quæ nunc est Jerusalem – le mon Sinaï se trouve en Arabie ; elle correspond à la Jérusalem actuelle (saint Paul, dans l’épître de ce jour, aux Galates)
  • Lætátus sum in his, quæ dicta sunt mihi : in domum Dómini íbimus – Je me suis réjoui de ce qu’on m’a dit : Nous allons à la maison du Seigneur (graduel),
  • Qui confídunt in Dómino, sicut mons Sion : non commovébitur in ætérnum, qui hábitat in Jerúsalem – Qui se confie en le Seigneur sera comme le Mont Sion : jamais il ne sera ébranlé, celui qui habite Jérusalem (trait).
  • Jerúsalem, quæ ædificátur ut cívitas, cujus participátio ejus in idípsum – Jérusalem, qui est édifiée comme une cité où toutes les parties ne font qu’une (communion)

Comme la liturgie byzantine qui célèbre joyeusement la vénération de la Croix au IIIème dimanche de Carême[1], le rit romain, méditant en ce milieu du Carême devant les reliques de la Croix & de la Passion, n’y associe nullement les sentiments de la tristesse mais bien au contraire ceux de la joie : la Croix, autrefois symbole de la mort la plus vile réservée aux criminels, est devenue par le sacrifice du Christ le glorieux Arbre de vie qui nous réconcilie avec le Père et nous rouvre les portes du ciel.

Aussi répondant à l’appel de l’introït de ce jour – Lætare Jerusalem – le rit romain suspend-il en ce jour les rigueurs du Carême : les ornements de la messe ne sont plus violet mais roses, on fleurit les autels, le diacre & le sous-diacre laissent les chasubles pliées pour prendre la dalmatique & la tunique qui sont des vêtements de joie, l’orgue – muet depuis le Mercredi des Cendres – fait tonner ces accents glorieux et joyeux.

Il est possible que le fleurissement des croix à Byzance en ce dimanche ait influé sur l’usage des fleurs dans la liturgie occidentale en ce même dimanche. A Rome, le pape bénit en ce jour la rose d’or qu’il offre ensuite à une princesse catholique ou à un sanctuaire. Cette coutume est attestée depuis au moins le XIème siècle. Voici le texte de la bénédiction employé à cette occasion :

« O Dieu, dont la parole et la puissance ont tout créé, dont la volonté gouverne toutes choses, vous qui êtes la joie et l’allégresse de tous les fidèles ; nous supplions votre majesté de vouloir bien bénir et sanctifier cette Rose, si agréable par son aspect et son parfum, que nous devons porter aujourd’hui dans nos mains, en signe de joie spirituelle : afin que le peuple qui vous est consacre, étant arraché au joug de la captivité de Babylone par la grâce de votre Fils unique qui est la gloire et l’allégresse d’Israël, représente d’un cœur sincère les joies de cette Jérusalem supérieure qui est notre mère. Et comme votre Église, à la vue de ce symbole, tressaille de bonheur, pour la gloire de votre Nom ; vous, Seigneur, donnez-lui un contentement véritable et parfait. Agréez la dévotion, remettez les pèches, augmentez la foi : guérissez par votre pardon, protégez par votre miséricorde ; détruisez les obstacles, accordez tous les biens : afin que cette même Église vous offre le fruit des bonnes œuvres, marchant à l’odeur des parfums de cette Fleur qui, sortie et de la tige de Jessé, est appelée mystiquement la fleur des champs et le lis des vallées, et qu’elle mérite de goûter une joie sans fin au sein de la gloire céleste, dans la compagnie de tous les saints, avec cette Fleur divine qui vit et règne avec vous, en l’unité du Saint-Esprit, dans tous les siècles des siècles. Amen. »

L’évangile chanté ce jour est le récit de la multiplication des cinq pains & des deux poissons. Cet évangile fait partie du cycle de préparation des catéchumènes au baptême qu’ils recevront lors de la vigile pascale et figure l’Eucharistie, où le Christ, en son action de grâce au Père, se donne lui-même en une nourriture qui ne s’épuise jamais.

Car c’est un plus grand miracle de gouverner le monde entier que de rassasier de cinq pains cinq mille personnes. Et pourtant, nul ne s’étonne du premier prodige, tandis que l’on est rempli d’admiration pour le second, non parce qu’il est plus grand, mais parce qu’il est rare. Qui, en effet, maintenant encore, nourrit le monde entier, sinon celui qui, de quelques grains, fait sortir les moissons ? Jésus a donc agi à la manière de Dieu. En effet, par cette même puissance qui d’un petit nombre de grains multiplie les moissons, il a multiplié entre ses mains les cinq pains. Car la puissance était entre les mains du Christ. Ces cinq pains étaient comme des semences non plus confiées à la terre, mais multipliées par celui qui a fait la terre.
Homélie de saint Augustin, évêque, VIIIème leçon des vigiles nocturnes de ce dimanche, au troisième nocturne.

A la messe :

  • Procession d’entrée : orgue
  • Ordinaire : Missa Ad Majorem Dei Gloriam (1699) d’André Campra (1660 † 1744), maître de chapelle de Notre-Dame de Paris & de Louis XV à Versailles
  • Introït – Lætare Jerusalem (ton v.)
  • Epître : Galates IV, 22-31 : Au lieu que la Jérusalem d’en haut est vraiment libre ; et c’est elle qui est notre mère.
  • Trait : Faux-bourdon du 8ème ton à l’usage de l’Eglise de Paris (édition de 1739)
  • Evangile : Jean VI, 1-15 : Ils les ramassèrent donc, et emplirent douze paniers des morceaux qui étaient restés des cinq pains d’orge, après que tous en eurent mangé.
  • Credo III
  • Après la Consécration : Benedictus de la Missa Ad Majorem Dei Gloriam d’André Campra
  • Pendant la communion : Lætatus sum – Psaume 121 – extrait des « Vespro della Beata Vergine » de Claudio Monteverdi (1567 † 1643), maître de chapelle à Mantoue puis de Saint-Marc de Venise
  • Prière pour la France, sur le VIème ton royal – harmonisation traditionnelle de Notre-Dame de Paris
  • Benedicamus Domino XVII
  • Au dernier Evangile : Ave Regina cœlorum, ton simple
  • Procession de sortie : improvisation à l’orgue sur Attende Domine

IIndes vêpres du IVème dimanche de Carême. Au salut du Très-Saint Sacrement :

  • Motet d’exposition : O salutaris hostia, sur le ton de l’hymne de Carême Audi benigne Conditor
  • A la Bienheureuse Vierge Marie : Ave Regina cœlorum
  • Prière pour Notre Saint Père le Pape : Oremus pro Pontifice nostro Francisco.
  • A la bénédiction du Très-Saint Sacrement : Tantum ergo, sur le ton de l’hymne de la Passion Pange lingua
  • Supplication finale : Attende Domine avec ses anciens versets

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Télécharger le livret des chants des dimanches de la Septuagésime aux Rameaux au format PDF.
Télécharger le livret des IIndes vêpres du dimanche.
Télécharger le livret du propre des IIndes vêpres et du salut du second dimanche de Carême.

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Victor Matorin, La Multiplication des pains

Notes :    (↵ reviens au texte)

  1. Le IIIème dimanche de Carême byzantin correspond de fait exactement au IVème dimanche de Carême romain, la façon de compter étant différente : en Orient on compte pour premier dimanche de Carême celui qui arrive au bout de la première semaine complète de jeûne, alors qu’à Rome celui-ci est compté pour IInd dimanche de Carême.

Programme du IVème dimanche de Carême – dimanche de Lætare

IVème dimanche de CarêmeSaint-Eugène, le dimanche 15 mars 2015, grand’messe de 11h.

> Catéchisme sur le Carême

A Rome, la messe stationnale de ce jour se tient en la basilique de Sainte-Croix-de-Jérusalem. Cette basilique, l’une des sept basiliques du pèlerinage romain, fut construite autour d’une pièce du palais impérial de sainte Hélène, le palais du Sessorium, qu’elle avait transformée en chapelle vers l’an 320. Sainte Hélène fit répandre une grande quantité de la terre du Golgotha sur le sol des fondations de ce sanctuaire, où elle fit déposer plusieurs reliques insignes de la Passion qui y sont toujours. Quelques décennies plus tard, cette chapelle est transformée en une véritable basilique, appelé Heleniana ou Sessoriana. Lorsqu’il récupéra la vraie croix volée par les Perses, l’empereur Héraclius fit partager celle-ci en trois morceaux : Jérusalem conserva le principal d’entre eux, mais l’empereur fit envoyer les deux autres parties à Constantinople et à Rome, qui l’accueillit tout naturellement en la Basilique de Sainte-Croix de Jérusalem (cette partie insigne du bois de la vraie Croix fut transféré en 1629 sur ordre du pape Urbain VIII dans la basilique Saint-Pierre où elle est conservée près de la statue monumentale de sainte Hélène).

La basilique de Sainte-Croix de Jérusalem représente symboliquement à Rome la sainte cité de Jérusalem. C’est pour cette raison que les textes de la messe de ce jour y font allusion :

  • Lætare, Jerusalem – Réjouis-toi Jérusalem (introït),
  • Sina enim mons est in Arabia, qui conjunctus est ei, quæ nunc est Jerusalem – le mon Sinaï se trouve en Arabie ; elle correspond à la Jérusalem actuelle (saint Paul, dans l’épître de ce jour, aux Galates)
  • Lætátus sum in his, quæ dicta sunt mihi : in domum Dómini íbimus – Je me suis réjoui de ce qu’on m’a dit : Nous allons à la maison du Seigneur (graduel),
  • Qui confídunt in Dómino, sicut mons Sion : non commovébitur in ætérnum, qui hábitat in Jerúsalem – Qui se confie en le Seigneur sera comme le Mont Sion : jamais il ne sera ébranlé, celui qui habite Jérusalem (trait).
  • Jerúsalem, quæ ædificátur ut cívitas, cujus participátio ejus in idípsum – Jérusalem, qui est édifiée comme une cité où toutes les parties ne font qu’une (communion)

Comme la liturgie byzantine qui célèbre joyeusement la vénération de la Croix au IIIème dimanche de Carême[1], le rit romain, méditant en ce milieu du Carême devant les reliques de la Croix & de la Passion, n’y associe nullement les sentiments de la tristesse mais bien au contraire ceux de la joie : la Croix, autrefois symbole de la mort la plus vile réservée aux criminels, est devenue par le sacrifice du Christ le glorieux Arbre de vie qui nous réconcilie avec le Père et nous rouvre les portes du ciel.

Aussi répondant à l’appel de l’introït de ce jour – Lætare Jerusalem – le rit romain suspend-il en ce jour les rigueurs du Carême : les ornements de la messe ne sont plus violet mais roses, on fleurit les autels, le diacre & le sous-diacre laissent les chasubles pliées pour prendre la dalmatique & la tunique qui sont des vêtements de joie, l’orgue – muet depuis le Mercredi des Cendres – fait tonner ces accents glorieux et joyeux.

Il est possible que le fleurissement des croix à Byzance en ce dimanche ait influé sur l’usage des fleurs dans la liturgie occidentale en ce même dimanche. A Rome, le pape bénit en ce jour la rose d’or qu’il offre ensuite à une princesse catholique ou à un sanctuaire. Cette coutume est attestée depuis au moins le XIème siècle. Voici le texte de la bénédiction employé à cette occasion :

« O Dieu, dont la parole et la puissance ont tout créé, dont la volonté gouverne toutes choses, vous qui êtes la joie et l’allégresse de tous les fidèles ; nous supplions votre majesté de vouloir bien bénir et sanctifier cette Rose, si agréable par son aspect et son parfum, que nous devons porter aujourd’hui dans nos mains, en signe de joie spirituelle : afin que le peuple qui vous est consacre, étant arraché au joug de la captivité de Babylone par la grâce de votre Fils unique qui est la gloire et l’allégresse d’Israël, représente d’un cœur sincère les joies de cette Jérusalem supérieure qui est notre mère. Et comme votre Église, à la vue de ce symbole, tressaille de bonheur, pour la gloire de votre Nom ; vous, Seigneur, donnez-lui un contentement véritable et parfait. Agréez la dévotion, remettez les pèches, augmentez la foi : guérissez par votre pardon, protégez par votre miséricorde ; détruisez les obstacles, accordez tous les biens : afin que cette même Église vous offre le fruit des bonnes œuvres, marchant à l’odeur des parfums de cette Fleur qui, sortie et de la tige de Jessé, est appelée mystiquement la fleur des champs et le lis des vallées, et qu’elle mérite de goûter une joie sans fin au sein de la gloire céleste, dans la compagnie de tous les saints, avec cette Fleur divine qui vit et règne avec vous, en l’unité du Saint-Esprit, dans tous les siècles des siècles. Amen. »

L’évangile chanté ce jour est le récit de la multiplication des cinq pains & des deux poissons. Cet évangile fait partie du cycle de préparation des catéchumènes au baptême qu’ils recevront lors de la vigile pascale et figure l’Eucharistie, où le Christ, en son action de grâce au Père, se donne lui-même en une nourriture qui ne s’épuise jamais.

Car c’est un plus grand miracle de gouverner le monde entier que de rassasier de cinq pains cinq mille personnes. Et pourtant, nul ne s’étonne du premier prodige, tandis que l’on est rempli d’admiration pour le second, non parce qu’il est plus grand, mais parce qu’il est rare. Qui, en effet, maintenant encore, nourrit le monde entier, sinon celui qui, de quelques grains, fait sortir les moissons ? Jésus a donc agi à la manière de Dieu. En effet, par cette même puissance qui d’un petit nombre de grains multiplie les moissons, il a multiplié entre ses mains les cinq pains. Car la puissance était entre les mains du Christ. Ces cinq pains étaient comme des semences non plus confiées à la terre, mais multipliées par celui qui a fait la terre.
Homélie de saint Augustin, évêque, VIIIème leçon des vigiles nocturnes de ce dimanche, au troisième nocturne.

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Victor Matorin, La Multiplication des pains

Notes :    (↵ reviens au texte)

  1. Le IIIème dimanche de Carême byzantin correspond de fait exactement au IVème dimanche de Carême romain, la façon de compter étant différente : en Orient on compte pour premier dimanche de Carême celui qui arrive au bout de la première semaine complète de jeûne, alors qu’à Rome celui-ci est compté pour IInd dimanche de Carême.

Programme du IIIème dimanche de Carême – Adoration de la Croix – ton 7

Croix près du lac SengilParoisse catholique russe de la Très-Sainte Trinité, le dimanche 15 mars 2015 du calendrier grégorien – 2 mars 2015 du calendrier julien, divine liturgie de saint Basile le Grand de 9h15.

Dimanche du ton VII de l’Octoèque. En ce troisième dimanche de Carême, le rit byzantin présente aux fidèles la vénération de la sainte, précieuse & vivifiante Croix. Cette tradition, qui tire son origine de la pratique de l’Eglise de Jérusalem où la vraie Croix fut longtemps conservée, connaît son exact équivalent le Vendredi Saint dans le rit romain avec le rite de l’adoration de la Croix. Du reste, au cours de l’adoration de la Croix le Vendredi saint romain, on chante la même antienne qu’au rit byzantin pour la même cérémonie :

Crucem tuam adoramus, Domine, et sanctam ressurectionem tuam laudamus.
Ta Croix, nous l’adorons, ô Maître, & ta sainte Résurrection, nous la chantons.

De plus, si l’on considère que ce dimanche du Carême byzantin correspond de fait exactement au IVème dimanche de Carême du rit romain, d’autres parallélismes peuvent être observés entre les deux rits : à Rome, la station se fait ce jour en la basilique de Sainte-Croix-de-Jérusalem, afin d’y vénérer les reliques de la vraie Croix et du Golgotha déposées là par l’impératrice sainte Hélène. Il n’est pas impossible que le fleurissement des croix qui a lieu ce jour chez les byzantins ait pu influencer l’Eglise romaine qui en use en ce dimanche de Lætare, au cours duquel le Pape bénit la rose d’or.

Voici comment se déroule l’adoration de la Croix dans le rit byzantin : aux vigiles de toute la nuit de ce dimanche, pendant la grande doxologie, le célébrant, revêtu de tous ses vêtements liturgiques, encense trois fois l’autel sur lequel a été déposée la sainte croix. Durant le chant du Trisaghion, il fait une triple prosternation devant la croix, la soulève au dessus de sa tête, fait le tour de l’autel et sort du sanctuaire par la porte du nord précédé du porte-cierge et de l’encensoir. Devant les portes royales il proclame : « Sagesse, soyons attentifs », et le chœur chante trois fois le tropaire apolytikion de la Croix : « Sauve, Seigneur ton peuple ». Le célébrant dépose la croix sur un lutrin au centre de l’église et l’encense trois fois. Enfin, il procède à la triple prosternation devant la sainte croix en entonnant le tropaire du ton 5 : « Devant Ta croix nous nous prosternons, ô Maître – et Ta sainte Résurrection, nous la glorifions ». Le clergé et les fidèles se prosternent alors devant la Croix. La Croix restera au centre de l’église jusqu’au vendredi suivant.


La Vénération de la Croix au célèbre monastère d’Optina Pustyn en 2011

L’hymnodie de ce dimanche développe le thème de la victoire et de la joie de la Croix, et non pas celui la souffrance. Pour les Pères de l’Église, la Croix, source de vie est l’arbre de la vie, planté au milieu du pèlerinage du Carême. Elle est l’arbre planté au jardin de l’Eden ; elle rappelle aux fidèles tant le bonheur d’Adam que la manière dont il l’a perdu.

La Croix est plantée au milieu de l’Église également pour réconforter et encourager ceux qui participent au Grand Carême. Pour l’Église, l’apparition de la Croix au milieu des fidèles rappelle les bannières et symboles qui précèdent le retour d’un roi triomphant. La lecture en ce jour à la liturgie de l’Épître aux Hébreux explique la prêtrise du Christ et la lecture de l’Évangile est un passage de Marc qui finit par les mots : Et il leur disait : « En vérité je vous le dis, il en est d’ici présents qui ne goûteront pas la mort avant d’avoir vu le Royaume de Dieu venu avec puissance ».

Aux heures
A tierce & à sexte : Tropaire du dimanche. Gloire au Père. Tropaire du Triode (de la Croix). Et maintenant. Theotokion de l’heure. Kondakion : du Triode (de la Croix).

Tropaires des Béatitudes : six tropaires du ton dominical occurrent et quatre tropaires de la 3ème ode du canon du Triode (suivant les indications du Triode ; le Typikon préconisant lui quatre tropaires de la 6ème ode) :
1. Il est beau à voir & bon à manger, * le fruit qui a causé mon trépas ; * mais le Christ est cet arbre de vie * dont je puis manger sans mourir ; * & je crie avec le bon Larron : ** Souviens-toi de moi, Seigneur, dans ton royaume.
2. Dieu de tendresse, mis en croix, tu effaças * la cédule de l’antique péché d’Adam ; * de l’erreur tu sauvas l’ensemble des mortels : ** aussi nous te chantons, Bienfaiteur & Seigneur.
3. Sur le croix, Dieu de tendresse, tu clouas nos péchés, * par ta mort tu triomphas de la mort ; * d’entre les morts tu éveillas les trépassés ; ** aussi nous nous prosternons devant ta sainte Résurrection.
4. Dans les oreilles d’Eve le serpent injecta son venin, * mais le Christ sur l’arbre de la croix * fit jaillir pour le monde la douceur de la vie. ** Souviens-toi de moi, Seigneur, dans ton royaume.
5. Au sépulchre on te dépose comme un mortel, * ô Christ, universelle Vie, * mais de l’Enfer ayant brisé les verrous, * tu ressuscites le troisième jour * avec gloire & puissance, illuminant le monde entier : ** gloire, Seigneur, à ta sainte Résurrection.
6. Ressuscité d’entre les morts le troisième jour, * le Seigneur donne aux Disciples sa paix ; * les bénissants, il les envoie et leur dit : ** Amenez tous les hommes au royaume de Dieu.
7. Venez fidèles, puisons * non à la fontaine qui verse l’eau de la corruption * mais à la source de la lumière ** par la vénération de la croix du Christ, en laquelle nous nous glorifions.
8. Embrassant maintenant Ta croix que Moïse figura de ses mains * Christ, Maître, nous renversons l’Amalek spirituel ** et par elle nous sommes sauvés.
9. Dans la pureté des yeux et des lèvres * fidèles, disons notre réjouissance ** vénérons la croix du Seigneur et chantons de joie.
10. Je vénère en trois Personnes un seul Dieu sans commencement * indivisible dans la forme de l’Etre * le Père, le Fils et l’Esprit vivant ** en qui nous sommes baptisés.

A la petite entrée :
1. Tropaire du dimanche, ton 7 : Tu as détruit la mort par ta croix, * ouvert au Larron le Paradis ; * changé en joie les pleurs des myrrophores * et ordonné aux apôtres de prêcher. * Tu es ressuscité, ô Christ Dieu, ** donnant au monde ta grande miséricorde !
2. Tropaire de la Croix, ton 1 : Sauve, Seigneur, ton peuple, * et bénis ton héritage, * accorde aux chrétiens orthodoxes * la victoire sur les ennemis, * et garde ton peuple ** par ta Croix.
3. Gloire au Père, & au Fils, & au Saint-Esprit. Et maintenant, & toujours, & dans les siècles des siècles. Amen.
4. Kondakion de la Croix, ton 7 : Désormais le glaive de feu ne garde plus la porte de l’Eden, * car le bois de la Croix l’empêche de flamboyer ; l’aiguillon de la mort est émoussé, * la victoire échappe à l’Hadès ; * Dieu Sauveur, tu es venu dire aux captifs de l’Enfer : * Entrez à nouveau dans le Paradis.

A la place du Trisaghion, on chante en ce jour :
Ta Croix, nous l’adorons, ô Maître, & ta sainte Résurrection, nous la chantons.

Prokimen
De la Croix, ton 6 :
R/. Sauve, Seigneur ton peuple, et béni ton héritage (Psaume 27, 9).
V/. Vers Toi, Seigneur, j’appelle : mon Dieu, ne sois pas sourd envers moi (Psaume 27, 1).

Epître :
Du troisième dimanche de Carême : Hébreux (§ 311) IV, 14 – V, 6.
Allons donc nous présenter avec confiance devant le trône de la grâce, afin d’y recevoir miséricorde, et d’y trouver le secours de sa grâce dans nos besoins.

Alleluia
De la Croix, ton 8 :
V/. Souviens-toi de ta communauté, que tu as acquis à l’origine. (Psaume 73,2)
V/. Et Dieu notre Roi depuis l’éternité, a réalisé notre salut au milieu de la terre. (Psaume 73,12)

Evangile :
Du troisième dimanche de Carême : Marc (§ 37) VIII, 34 – IX, 1.
Si quelqu’un veut venir après moi, qu’il renonce à soi-même, qu’il porte sa croix, et qu’il me suive.

Mégalinaire de la liturgie de saint Basile le Grand :
En toi se réjouissent, ô Pleine de grâce, toute la création, la hiérarchie des anges et la race des hommes. Ô Temple sanctifié, ô Jardin spirituel, ô Gloire virginale, c’est en toi que Dieu s’est incarné, en toi qu’est devenu petit enfant celui qui est notre Dieu avant tous les siècles. De ton sein il a fait un trône, il l’a rendu plus vaste que les cieux. Ô Pleine de grâce, toute la création se réjouit en toi, gloire à toi.

Verset de communion
De la Croix : Fais lever sur nous la lumière de ta face (Psaume 4, 7). Alléluia, alléluia, alléluia.

Programme du IVème dimanche de Carême – dimanche de Lætare

Victor Matorin, La Multiplication des painsSaint-Eugène, le dimanche 30 mars 2014, grand’messe de 11h.

> Catéchisme sur le Carême

A Rome, la messe stationnale de ce jour se tient en la basilique de Sainte-Croix-de-Jérusalem. Cette basilique, l’une des sept basiliques du pèlerinage romain, fut construite autour d’une pièce du palais impérial de sainte Hélène, le palais du Sessorium, qu’elle avait transformée en chapelle vers l’an 320. Sainte Hélène fit répandre une grande quantité de la terre du Golgotha sur le sol des fondations de ce sanctuaire, où elle fit déposer plusieurs reliques insignes de la Passion qui y sont toujours. Quelques décennies plus tard, cette chapelle est transformée en une véritable basilique, appelé Heleniana ou Sessoriana. Lorsqu’il récupéra la vraie croix volée par les Perses, l’empereur Héraclius fit partager celle-ci en trois morceaux : Jérusalem conserva le principal d’entre eux, mais l’empereur fit envoyer les deux autres parties à Constantinople et à Rome, qui l’accueillit tout naturellement en la Basilique de Sainte-Croix de Jérusalem (cette partie insigne du bois de la vraie Croix fut transféré en 1629 sur ordre du pape Urbain VIII dans la basilique Saint-Pierre où elle est conservée près de la statue monumentale de sainte Hélène).

La basilique de Sainte-Croix de Jérusalem représente symboliquement à Rome la sainte cité de Jérusalem. C’est pour cette raison que les textes de la messe de ce jour y font allusion :

  • Lætare, Jerusalem – Réjouis-toi Jérusalem (introït),
  • Sina enim mons est in Arabia, qui conjunctus est ei, quæ nunc est Jerusalem – le mon Sinaï se trouve en Arabie ; elle correspond à la Jérusalem actuelle (saint Paul, dans l’épître de ce jour, aux Galates)
  • Lætátus sum in his, quæ dicta sunt mihi : in domum Dómini íbimus – Je me suis réjoui de ce qu’on m’a dit : Nous allons à la maison du Seigneur (graduel),
  • Qui confídunt in Dómino, sicut mons Sion : non commovébitur in ætérnum, qui hábitat in Jerúsalem – Qui se confie en le Seigneur sera comme le Mont Sion : jamais il ne sera ébranlé, celui qui habite Jérusalem (trait).
  • Jerúsalem, quæ ædificátur ut cívitas, cuius participátio eius in idípsum – Jérusalem, qui est édifiée comme une cité où toutes les parties ne font qu’une (communion)

Comme la liturgie byzantine qui célèbre joyeusement la vénération de la Croix au IIIème dimanche de Carême[1], le rit romain, méditant en ce milieu du Carême devant les reliques de la Croix & de la Passion, n’y associe nullement les sentiments de la tristesse mais bien au contraire ceux de la joie : la Croix, autrefois symbole de la mort la plus vile réservée aux criminels, est devenue par le sacrifice du Christ le glorieux Arbre de vie qui nous réconcilie avec le Père et nous rouvre les portes du ciel.

Aussi répondant à l’appel de l’introït de ce jour – Lætare Jerusalem – le rit romain suspend-il en ce jour les rigueurs du Carême : les ornements de la messe ne sont plus violet mais roses, on fleurit les autels, le diacre & le sous-diacre laissent les chasubles pliées pour prendre la dalmatique & la tunique qui sont des vêtements de joie, l’orgue – muet depuis le Mercredi des Cendres – fait tonner ces accents glorieux et joyeux.

Il est possible que le fleurissement des croix à Byzance en ce dimanche ait influé sur l’usage des fleurs dans la liturgie occidentale en ce même dimanche. A Rome, le pape bénit en ce jour la rose d’or qu’il offre ensuite à une princesse catholique ou à un sanctuaire. Cette coutume est attestée depuis au moins le XIème siècle. Voici le texte de la bénédiction employé à cette occasion :

« O Dieu, dont la parole et la puissance ont tout créé, dont la volonté gouverne toutes choses, vous qui êtes la joie et l’allégresse de tous les fidèles ; nous supplions votre majesté de vouloir bien bénir et sanctifier cette Rose, si agréable par son aspect et son parfum, que nous devons porter aujourd’hui dans nos mains, en signe de joie spirituelle : afin que le peuple qui vous est consacre, étant arraché au joug de la captivité de Babylone par la grâce de votre Fils unique qui est la gloire et l’allégresse d’Israël, représente d’un cœur sincère les joies de cette Jérusalem supérieure qui est notre mère. Et comme votre Église, à la vue de ce symbole, tressaille de bonheur, pour la gloire de votre Nom ; vous, Seigneur, donnez-lui un contentement véritable et parfait. Agréez la dévotion, remettez les pèches, augmentez la foi : guérissez par votre pardon, protégez par votre miséricorde ; détruisez les obstacles, accordez tous les biens : afin que cette même Église vous offre le fruit des bonnes œuvres, marchant à l’odeur des parfums de cette Fleur qui, sortie et de la tige de Jessé, est appelée mystiquement la fleur des champs et le lis des vallées, et qu’elle mérite de goûter une joie sans fin au sein de la gloire céleste, dans la compagnie de tous les saints, avec cette Fleur divine qui vit et règne avec vous, en l’unité du Saint-Esprit, dans tous les siècles des siècles. Amen. »

L’évangile chanté ce jour est le récit de la multiplication des cinq pains & deux poissons. Il fait partie du cycle de préparation des catéchumènes au baptême lors de la vigile pascale et figure l’Eucharistie, où le Christ, en son action de grâce au Père, se donne lui-même en une nourriture qui ne s’épuise jamais.

Car c’est un plus grand miracle de gouverner le monde entier que de rassasier de cinq pains cinq mille personnes. Et pourtant, nul ne s’étonne du premier prodige, tandis que l’on est rempli d’admiration pour le second, non parce qu’il est plus grand, mais parce qu’il est rare. Qui, en effet, maintenant encore, nourrit le monde entier, sinon celui qui, de quelques grains, fait sortir les moissons ? Jésus a donc agi à la manière de Dieu. En effet, par cette même puissance qui d’un petit nombre de grains multiplie les moissons, il a multiplié entre ses mains les cinq pains. Car la puissance était entre les mains du Christ. Ces cinq pains étaient comme des semences non plus confiées à la terre, mais multipliées par celui qui a fait la terre.
Homélie de saint Augustin, évêque, VIIIème leçon des vigiles nocturnes de ce dimanche, au troisième nocturne.

 

  • Procession d’entrée : Audi benigne Conditor, hymne du Carême, à vêpres – alternances polyphoniques de Jean de Bournonville (1585 † 1632), maître de chapelle des cathédrales d’Abbeville et d’Amiens, et de la Sainte Chapelle de Paris
  • Ordinaire : messe Exsultate Deo (1659) de François Cosset (c. 1600 † c. 1664), maître de chapelle de la cathédrale de Reims
  • Epître : Galates IV, 22-31 : Au lieu que la Jérusalem d’en haut est vraiment libre ; et c’est elle qui est notre mère.
  • Trait : Faux-bourdon du 8ème ton à l’usage de l’Eglise de Paris (édition de 1739)
  • Evangile : Jean VI, 1-15 : Ils les ramassèrent donc, et emplirent douze paniers des morceaux qui étaient restés des cinq pains d’orge, après que tous en eurent mangé.
  • Pendant les encensements de l’offertoire : Ecce homo – scène sacrée de Guillaume Bouzignac (c. 1587 † ap. 1643), maître de chapelle des cathédrales d’Angoulême, de Bourges, de Rodez et de Clermont-Ferrand
  • Après la Consécration : Benedictus de la messe Exsultate Deo de François Cosset
  • Pendant la communion : Crucem tuam – Frantisek Picka (1873 † 1918), organiste, chef d’orchestre et compositeur à Prague
  • Prière pour la France ajouté à la Missa Exsultate Deo de François Cosset par Sébastien de Brossard (1655 † 1730), maître de chapelle des cathédrales de Strasbourg, puis de Meaux (sous Bossuet)
  • Ite missa est XV
  • Au dernier Evangile : Ave Regina cœlorum
  • Procession de sortie : improvisation à l’orgue sur Attende Domine/li>
     
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    Notes :    (↵ reviens au texte)

    1. Le IIIème dimanche de Carême byzantin correspond de fait exactement au IVème dimanche de Carême romain, la façon de compter étant différente : en Orient on compte pour premier dimanche de Carême celui qui arrive au bout de la première semaine complète de jeûne, alors qu’à Rome celui-ci est compté pour IInd dimanche de Carême.