La mise au tombeau de Chaumont

Mise au tombeau de Chaumont

Mise au tombeau de Chaumont

A Chaumont ce qui frappe d’emblée l’observateur de la mise au tombeau, c’est l’étroite association entre l’oeuvre et son cadre architectural. Nous sommes en présence ici d’un groupe de 11 personnes. Le nombre exceptionnel impose une disposition surprenante sur 2 rangées. Le style est si particulier que les érudits peinent à situer le Maître anonyme de Chaumont. Les parures vestimentaires sont des merveilles de réalisations jusque dans les moindres détails. Le gisant repose au fond du linceul placé dans son cercueil de pierre, les deux étant sculptés dans un même bloc, les deux hommes agenouillés se préparent à l’embaumer.

Onction ou mise au tombeau ?

Le Christ est représenté au moment où 2 disciples s’apprêtent à oindre le corps. Littéralement, la mise au tombeau évoque l’action de l’ensevelissement mais à l’étude des différentes mises au tombeau, on réalise que cet usage recouvre plusieurs épisodes après la descente de croix, on peut y voir l’influence de textes apocryphes qui offrirent aux artistes le moyen d’illustrer des attitudes plus pathétiques et plus humaines. Le groupe de la basilique Saint-Jean de Chaumont réunit donc 2 scènes distinctes, ce qui permet de poser l’hypothèse que tous les éléments n’appartiennent pas à la même époque. Taillé dans le même bloc que son cercueil de pierre, le Christ git au fond sur un linceul dont les pans s’abandonnent le long des parois latérales. Les deux hommes ne s’en saisissent nullement, ils se préparent agenouillés à l’embaumer.

Mise au tombeau de Chaumont - Joseph d'Arimatie

Mise au tombeau de Chaumont – Joseph d’Arimatie

Joseph d’Arimathie a les traits d’un noble vieillard richement vêtu : un manteau broché et une robe, à son ceinturon est accroché un étui à couteau. Il occupe sa place d’élection à la tête du Christ, un genou à terre il tient d’une main son écharpe afin de nous présenter le pot d’aromates qu’il soutient.

Mise au tombeau de Chaumont - Nicodème.

Mise au tombeau de Chaumont – Nicodème.

Son pendant est accroupi ; il arbore une longue robe bleue, un vase d’aromates et il porte des bottes. Dans son dos, ses vêtements sont entièrement travaillés et surtout son visage est baigné de larmes.

Mise au tombeau de Chaumont - Marie Madeleine

Mise au tombeau de Chaumont – Marie Madeleine.

En la revêtant d’un cilice tressé à même la peau et d’un surcot de brocard, la Madeleine représenté ici est la pénitente. Son attribut traditionnel est posé à ses côtés, elle croise ses bras dénudés dans la ferveur de sa prière. De toutes les figures féminines  des mises au tombeau, Marie-Madeleine est celle qui séduira le plus les artistes et leur permettra de laisser libre cours à leur talent et imagination. Elle offrait l’image d’une femme jeune, belle, élégante, remarquée pour son abondante chevelure et qui avait changé de vie pour suivre le Christ. Elle permet d’exprimer aux travers de l’art des imagiers la dévotion affective sentimentale de cette fin du Moyen-Age.

De tous les personnages de la mise au tombeau, Marie-Madeleine est celle qui aura droits aux interprétations les plus variées, complexes et nuancées. C’est souvent la seule des femmes qui verra son corps modelé sans être enfermé dans de amples vêtements. Elle incarnait le rachat des fautes par la tendresse et la sensibilité qui lui avaient fait renoncer aux biens de ce monde pour suivre Jésus. Les artistes lui font donc jouer un rôle précis dans la fin de la vie terrestre du Christ. Elle est souvent séparée de la Vierge, soit par les saintes femmes, soit par saint Jean, jusqu’à la placer aux pieds du Christ comme dans un rappel d’un autre récit évangélique. Sa singularité est aussi souvent affirmée par son costume, sa coiffure. Tête nue qui laisse tomber une longue chevelure blonde qui retombe sur les épaules, ou qu’elle porte une élégante coiffure à la mode de l’époque qui laisse apparaitre d’une manière ou d’une autre son abondante chevelure.

Le relatif laconisme des évangélistes sur Marie-Madeleine a ouvert la porte à une libre interprétations des virtuoses de la sculpture tout en la laissant dans un rôle de pénitente repentie, qu’elle soit richement vêtue sous les traits d’une femme distinguée en révélant une compassion profonde qui laisse libre cours à ses larmes et à l’expression de sa douleur, ou plus modestement vêtue et alors on la distingue des autres femmes par sa chevelure.

Dans certaines régions comme en Lorraine, elle incarne le milieu rural, alors qu’en Bourgogne ou en Champage elle apparait plus dans le sillage discret de la Vierge (Tonnerre, Semur-en-Auxois). Tandis que qu’en Val de Loire, on révèlera une femme broyée par la douleur et un désarroi moral qui ne peut trouver de consolation dans sa confiance en Dieu.

Dans le Sud de la France les visages de Marie-Madeleine insisteront plus sur une femme pleine de charme, de jeunesse, et d’élégance, parée de riches étoffes.

Reygades, Marie-Madeleine

Reygades, Marie-Madeleine.

A Solesmes, chef-d’oeuvre non attribué, Marie-Madeleine est la plus conforme aux Ecritures, et la plus intérieure en un mot, la plus religieuse.

Mise au tombeau de l'Abbaye de Solesmes, Marie-Madeleine.

Mise au tombeau de l’Abbaye de Solesmes, Marie-Madeleine.

Revenons à la mise au tombeau de Chaumont. Marie quant à elle s’affaisse sous le poids de la douleur dans les bras de saint Jean. Elle est presque cachée par son manteau et son regard se détourne dans un refus de contempler la dépouille de son fils. Saint Jean détourne son visage lui aussi baigné de larmes et rompt l’attitude hiératique des personnages du deuxième rang. Une rangée dont certains personnages ont comme quelques difficultés à s’insérer dans cet espace, il est probable que les donateurs sont ici représentés. Beaucoup de larmes coulent dans cette belle mise au tombeau, Il est mort pour eux, Il est mort pour nous…

Mise au tombeau de Chaumont

Mise au tombeau de Chaumont.

Série sur les mises au tombeau