Messe parisienne de saint Charlemagne au 28 janvier

Fresque de saint Charlemagne dans la chapelle saint Louis de Notre-Dame de ParisComme la plupart des diocèses d’Allemagne et comme beaucoup de diocèses de France, l’Eglise de Paris a célébré la fête de saint Charlemagne au 28 janvier, jour de la naissance au ciel du glorieux empereur.

En ce jour du 1200ème anniversaire du retour à Dieu de Charles le Grand, nous avons le plaisir d’offrir les textes de la messe de saint Charlemagne tels qu’on peut la trouver dans les éditions du Missale Parisiense des années 1481, 1489, 1490 (ces trois missels édités sous Mgr de Beaumont) & 1497 (sous Mgr Simon).

La messe de saint Charlemagne fut supprimée du missel parisien sous les trois évêques de la famille de Gondy qui romanisèrent la liturgie de la capitale. Cependant, certaines églises – en particulier celles liées à l’université de la Sorbonne, dont saint Charlemagne était le saint patron – continuèrent à le célébrer jusqu’à la révolution.

 

Introït – VIème ton –Psaume 35, 30-31 &1

Os iusti * meditábitur sapiéntiam, et lingua ejus loquétur judícium : lex Dei ejus in corde ipsíus. – Ps. Noli æmulári in malignántibus : * neque zeláveris faciéntes iniquitátem. – V/. Glória Patri. La bouche du juste méditera la sagesse et sa langue proférera l’équité ; la loi de son Dieu est dans son cœur. – Ps. Ne porte pas envie au méchant et ne sois pas jaloux de ceux qui commettent l’iniquité. – V/. Gloire au Père.

Collecte

Deus qui superabundanti fœcunditáte bonitatis tuæ beatum Carolum imperatorem & confessorem tuum, deposito carnis velamine, immortalitatis trabea sublimasti, concede, quæsumus, ut quem ad laudem & gloriam tui nominis honore imperii exaltasti in terris, pium ac propitium intercessorem habere mereamur in cœlis. Dieu, qui, dans la surabondante fécondité de votre bonté, avez décoré du manteau de la glorieuse immortalité le bienheureux Empereur Charlemagne , après qu’il a eu déposé le voile de la chair : accordez à nos prières de mériter pour pieux intercesseur dans les cieux, celui que vous avez élevé sur la terre à l’honneur de l’Empire, pour la louange & la gloire de votre nom.
On ajoute les collectes de sainte Agnès pour la seconde fois & de la Bienheureuse Vierge Marie.

Lectio libri Sapientiæ – 10, 10-14

Justum deduxit Dominus per vias rectas, & ostendit illi regnum Dei, & dedit illi scientiam sanctorum : honestavit illum in laboribus, & complevit labores illius. In fraude circumvenientium illum affuit illi, & honestum fecit illum. Custodivit illum ab inimicis, & a seductoribus tutavit illum, & certamen forte dedit illi, ut vinceret & sciret, quoniam omnium potentior est sapientia. Hæc venditum justum non dereliquit, sed a peccatoribus liberavit eum : descenditque cum illo in foveam, & in vinculis non dereliquit illum, donec afferret illi sceptrum regni, & potentiam adversus eos, qui eum deprimebant : et mendaces ostendit, qui maculaverunt illum, et dedit illi claritatem æternam, Dominus Deus noster. Le Seigneur a conduit le juste par des voix droites & lui a fait voir le royaume de Dieu, & lui a donné la science des saints ; il l’a enrichi dans ses travaux, & lui en a fait recueillir de grands fruits. Il l’a aidé contre ceux qui voulaient le surprendre par leurs tromperies, & il l’a fait devenir riche. Il l’a protégé contre ses ennemis, l’a défendu des séducteurs, & l’a engagé dans un rude combat, afin qu’il demeurât victorieux, & qu’il sût que la sagesse est plus puissante que toutes choses. C’est elle qui n’a point abandonné le juste lorsqu’il fut vendu, mais l’a délivré des mains des pécheurs : elle est descendue avec lui dans la fosse, & elle ne l’a point quitté dans ses chaînes, jusqu’à ce qu’elle lui eût mis entre les mains le sceptre royal, & qu’elle l’eût rendu maître de ceux qui l’avaient traité si injustement ; elle a convaincu de mensonges ceux qui l’avaient déshonoré, & lui a donné un nom éternel.

Graduel – Ier ton – Psaume 20, 4-5

Dómine, * prævenísti eum in benedictiónibus dulcédinis : posuísti in cápite ejus corónam de lápide pretióso. – V/. Vitam pétiit a te, & tribuísti ei longitúdinem diérum in sæculum sæculi. Seigneur, vous l’avez devancé par vos bénédictions de choix ; vous avez posé sur sa tête une couronne ornée de pierres précieuses. – V/. Il vous a demandé la vie, & vous la lui avez accordée au long des jours dans les siècles des siècles.

Alleluia – Ier ton – Osée 14, 6

Alleluia, alleluia. – V/. Justus germinábit sicut lílium : et florébit in ætérnum ante Dóminum. Alleluia. Alléluia, alléluia. – V/. Le juste germera comme le lis, & il fleurira éternellement devant le Seigneur. Alléluia.
Après la Septuagésime :

Trait – VIIIème ton – Psaume 111, 1-3

Beátus vir, * qui timet Dóminum : in mandátis ejus cupit nimis. – V/. Potens in terra erit semen ejus : generátio rectórum benedicétur. V/. Glória & divítiæ in domo ejus : & justítia ejus manet in sæculum sæculi. Bienheureux l’homme qui craint le Seigneur, & qui met sa joie à observer ses commandements. V/. Puissante sur la terre sera sa descendante ; la postérité des justes sera bénie. V/. La gloire & la richesse sont dans sa maison, & sa justice demeure dans les siècles des siècles.

Prose

La prose – du commun des saints et œuvre d’Adam de Saint-Victor – est omise après la Septuagésime.
Supernæ matris gaudia
Repræsentet Ecclesia ;

Dum festa colit annua,
Suspiret ad perpetua.

In hac valle miseriæ,
Mater succurrat filiæ ;

Hic cœlestes excubiæ
Nobiscum stent in acie.

Mundus, caro, dæmonia
Diversa movent prœlia ;

Incursu tot phantasmatum
Turbatur cordis sabbatum.

Dies festos cognatio
Simul hæc habet odio

Certatque pari fœdere
Pacem de terra tollere.

Confusa sunt hic omnia :
Spes, metus, mæror, gaudium ;

Vix hora vel dimidia
Fit in cœlo silentium.

Quam felix illa civitas,
In qua jugis sollemnitas,

Et quam jucunda curia,
Quæ curæ prorsus nescia !

Nec languor hic, nec senium,
Nec fraus, nec terror hostium,

Sed una vox lætantium
Et unus ardor cordium.

Illic cives angelici
Sub hierarchia triplici

Trinæ gaudent & simplici
Se monarchiæ subici.

Mirantur nec deficiunt
In ullum, quem prospiciunt ;

Fruuntur nec fastidiunt,
Quo frui magis sitiunt.

Illic patres dispositi
Pro dignitate meriti

Semota jam caligine
Lumen vident in lumine.

Hi sancti, quorum hodie
Celebrantur sollemnia,

Jam revelata facie
Regem cernunt in gloria.

Illic regina virginum,
Transcendens culmen ordinum,

Excuset apud Dominum
Nostrorum lapsus criminum.

Nos ad sanctorum gloriam
Per ipsorum suffragia

Post præsentem miseriam
Christi perducet gratia. Amen.

 

Sequéntia sancti Evangélii secúndum Lucam – 12, 35-40

In illo témpore : Dixit Jesus discípulis suis : Sint lumbi vestri præcíncti, et lucernæ ardéntes in mánibus vestris, et vos símiles homínibus exspectántibus dóminum suum, quando revertátur a núptiis : ut, cum vénerit et pulsáverit, conféstim apériant ei.Beáti servi illi, quos, cum vénerit dóminus, invénerit vigilántes : amen, dico vobis, quod præcínget se, et fáciet illos discúmbere, et tránsiens ministrábit illis. Et si vénerit in secúnda vigília, et si in tértia vigília vénerit, et ita invénerit, beáti sunt servi illi. Hoc autem scitóte, quóniam, si sciret paterfamílias, qua hora fur veníret, vigiláret útique, et non síneret pérfodi domum suam. Et vos estóte paráti, quia, qua hora non putátis, Fílius hóminis véniet. En ce temps-là, Jésus dit à ses disciples : Que vos reins soient ceints, et les lampes allumées dans vos mains. Et vous, soyez semblables à des hommes qui attendent que leur maître revienne des noces, afin que, lorsqu’il arrivera et frappera, ils lui ouvrent aussitôt. Heureux ces serviteurs que le maître, à son arrivée, trouvera veillant ; en vérité, je vous le dis, il se ceindra, les fera asseoir à table, et passant devant eux, il les servira. Et, s’il vient à la seconde veille, s’il vient à la troisième veille, et qu’il les trouve en cet état, heureux sont ces serviteurs ! Or, sachez que, si le père de famille savait à quelle heure le voleur doit venir, il veillerait certainement, et ne laisserait pas percer sa maison. Vous aussi, soyez prêts ; car, à l’heure que vous ne pensez pas, le Fils de l’homme viendra.

Offertoire – IInd ton – Psaume 88, 25

Véritas mea & misericórdia mea cum ipso : & in nómine meo exaltábitur cornu ejus. Ma fidélité & ma miséricorde lui sont acquises, & mon nom exaltera sa corne.

Secrète

Hostias tibi, Dómine, per sancti Caroli imperatóris & confessóris tui commemoratióne deferimus : suppliciter exorántes, ut peccatórum indulgentiam nobis quos pariter mentis & corporis conferant salutem. Nous t’apportons, Seigneur, ces offrandes pour la commémoraison de ton saint empereur & confesseur Charles, afin qu’elles nous apportent, à nous qui vous supplions, le pardon des péchés et nous confèrent également le salut de l’âme & du corps.

Communion – IVème ton – Matthieu 24, 46-47

Beátus servus, quem, cum vénérit Dóminus, invénerit vigilántem : amen, dico vobis, super ómnia bona sua constítuet eum. Bienheureux le serviteur que son maître, à son retour, trouvera veillant ; en vérité, je vous le dit, il l’établira sur tous ses biens.

Postcommunion

Sanctificet nos, omnipotens Deus, sancti corporis & sanguinis tui veneranda perceptio : ut intercendente beato Carolo imperatore & confessore tuo : per hæc mysteria nostre salutis et fidei in præsenti peccatórum veniam : & in futuro vitam consequi mereámur ætérnam. Que la respectueuse réception, Dieu tout-puissant, de ton saint Corps & de ton Sang, nous sanctifie ; que par l’intercession du bienheureux Charles ton empereur & ton confesseur, & par ces mystères de notre salut et de notre foi, nous méritions de recevoir aujourd’hui le pardon des péchés & dans le futur la vie éternelle.

Séquence Urbs Aquensis pour la fête de saint Charlemagne (28 janvier)

En ce 1200ème anniversaire du retour à Dieu de Charles le Grand (28 janvier 814 / 28 janvier 2014), nous avons le plaisir de mettre en ligne la séquence qui fut composée à Aix-la-Chapelle pour la messe de la fête de saint Charlemagne.

Cette prose est Urbs Aquensis le joyaux de l’office liturgique composé à Aix-la-Chapelle après la canonisation de saint Charlemagne. Ode à la gloire de la ville, sa première strophe fut même gravée en lettres capitales gothiques sur la façade du palais qu’éleva en 1267 à Aix le roi Richard de Cornouailles.

Elle constitue le plus ancien témoin de la liturgie de saint Charlemagne, et était déjà en usage avant 1215, lorsque l’office du saint se faisait non pas encore au 28 janvier mais au 29 décembre.

Dès le XIIIème siècle, cette prose se répandit dans nombre de diocèses d’Occident, soit telle quelle, soit en adaptant le texte de la première strophe. Après une période d’éclipse au cours du XIXème siècle, elle fut remise en usage à Aix-la-Chapelle depuis 1931.

Le chant d’Urbs Aquensis est bien sûr modulé sur celui de la célèbre séquence de la Croix – Laudes Crucis – composée par Adam de Saint-Victor.

Prose Urbs Aquensis de saint Charlemagne

Source : Le Prosaire d’Aix-la-Chapelle, Monumenta Musicæ Sacræ III, Rouen, 1961.

Urbs Aquensis, urbs regalis,
Regni sedes principalis,
Prima regni curia,
Cité d’Aix, cité royale,
Siège principal de la royauté,
Palais préféré de nos princes,
Regi regum pange laudes
Quae de magni regis gaudes
Caroli praesentia.
du Roi des rois chante la louange,
en ce jour où tu te réjouis de la fête
du grand roi Charles.
Iste coetus psallat laetus,
Psallat chorus hic sonorus
Vocali concordia.
Que notre chœur chante dans l’allégresse, que le clergé fasse entendre le mélodieux accord des voix.
At dum manus operatur
Bonum, quod cor meditatur,
Dulcis est psalmodia.
Quand la main est occupée aux bonnes œuvres, ce que le cœur médite
est une douce psalmodie.
Hac in die duo festa
Magni regis magna gesta
Recolat Ecclesia.
En ce double jour de fête,
que l’Église honore
la grande geste du grand roi.
Reges terrae et omnes populi
Omnes simul plaudant et singuli
Celebri laetitia.
Que les rois de la terre et tous les peuples applaudissent ensemble et fassent entendre un unique concert joyeux.
Hic est Christi miles fortis
Et invictae dux cohortis
Decem sternit millia.
C’est ici le fort soldat du Christ,
et le chef de l’invincible cohorte
qui en renverse dix mille.
Terram purgat lolio
Atque metis gladio
Ex messe zizania.
Il purge la terre de l’ivraie,
et de son glaive il affranchit la moisson
en extirpant l’ivraie.
Hic est magnus imperator,
Boni fructus bonus sator
Et prudens agricola.
C’est là le grand Empereur,
bon semeur d’une bonne semence
et prudent cultivateur.
Infideles hic convertit
Fana, deos, hic evertit
Et confregit idola.
Il convertit les infidèles,
il renverse temples et dieux,
et il brise les idoles.
Hic superbos domat reges,
Hic regnare santas leges
Fecit cum justitia.
Il dompte les rois superbes,
il fait régner les saintes lois
avec la justice.
Quam tuetur sine fine
Ut et justus, sed nec sine
Sit misericordia.
Les yeux sans cesse fixés sur elle,
De sorte qu’en étant juste, il ne soit
Cependant pas sans miséricorde.
Oleo laetitiae unctus dono gratiae
Ceteris prae regibus, cum corona gloriae
Majestatis regiae, insignitur fascibus.
Il est sacré de l’huile de liesse, par un don de grâce, plus que tous les autres rois.
Avec la couronne de gloire, il reçoit les insignes de l’Impériale Majesté.
O Rex mundi triumphator,
Jesu Christi conregator,
Sit pro nobis exorator,
Sancte Pater Carole,
Ô Roi triomphateur du monde,
toi qui règnes avec Jésus-Christ,
sois pour nous un intercesseur,
ô Charles, notre père saint !
Emundati a peccatis,
Ut in regno claritatis
Nos, plebs tua, cum beatis
Caeli simus incolae.
Afin que, purs de tout péché,
dans le royaume de la lumière,
nous, ton peuple, avec les bienheureux
Nous soyons habitants du Ciel.
Stella maris, ô Maria,
Mundi salus, vitae via,
Vacillantum rege gressus
Et ad Regem des accessus
In perenni gloria.
Étoile de la mer, ô Marie,
salut du monde, voie de la vie,
dirige nos pas vacillants
et donne-nous accès auprès du Roi
dans la gloire sans fin.
Christe, splendor Dei Patris,
Incorruptae Fili Matris,
Per hunc sanctum, cujus festa
Celebramus, nobis praesta
Sempiterna gaudia.
Ô Christ, splendeur de Dieu le Père,
fils d’une Mère sans tache,
par ce Saint dont nous célébrons la fête, daigne nous accorder
l’éternelle joie.
Amen. Ainsi soit-il !

Texte & traduction repris du site du Mesnil-Marie.

Antiques stichères grecs de l’Epiphanie

Charlemagne ayant ouï des moines grecs à sa cour chanter l’office de l’Epiphanie, et en ayant été ébloui, l’empereur ordonna la traduction en latin de ces stichères, dont voici le chant. Si celui-ci appartient bien au VIIème ton grégorien, sa tournure quasi syllabique le rapproche bien en effet des tons stichéariques en usage dans l’Eglise grecque encore de nos jours.

A ma connaissance, l’office byzantin ne connaît plus ces strophes par suite de couches hymnographiques postérieures qui les ont sans doute fait disparaître. Probablement, elles appartenaient à l’office asmatique de la Grande Eglise de Constantinople, lequel a quasiment disparu sous les traditions venues du monachisme palestinien, lors des réformes studites & sabbaïtes. Comme le chant grec a connu aussi plusieurs réformes au cours de son histoire, ces antiennes latines sont vraisemblablement un très intéressant témoin de son état avant l’an mille.

Ces stichères servirent longtemps d’antiennes pour l’office latin au jour octave de l’Epiphanie, mais ces antiennes furent curieusement supprimées du bréviaire romain de saint Pie V de 1570, ce qui est plutôt étonnant quand on connait le côté très conservateur de ce bréviaire.

Traduction :

Le Sauveur, voulant rénover le vieil homme, vient au baptême, afin de renouveler par l’eau la nature corrompue ; il nous revêt d’un vêtement incorruptible.

Vous qui, par l’Esprit et par le feu, purifiez l’humaine contagion, Dieu et Rédempteur, tous nous vous glorifions.

Le Baptiste a tremblé et n’osa toucher la tête sainte de son Dieu; mais il s’écrie avec crainte : Sanctifiez-moi, ô Sauveur !

Le Sauveur a brisé la tête du dragon dans le fleuve du Jourdain, et nous a tous arrachés à son pouvoir.

L’aiguillon du péché est écrasé aujourd’hui par le baptême du Seigneur, et la régénération nous est donnée.

L’eau brûle aujourd’hui les péchés, le Libérateur est apparu, et tous louent la belle œuvre de sa divinité.

Un grand mystère est déclaré aujourd’hui, car le Créateur de tout lave nos crimes dans le Jourdain.

Jean le Précurseur exulte avec le Jourdain ; en baptizant le Seigneur, la joie est faite sur terre, la rémission est faite de nos péchés par la sanctification des eaux : crions lui tous : ayez pitié de nous.