Nativitas Mariæ Virginis – une prose du XIIIème siècle pour la fête de la Nativité de la Sainte Vierge

Nativitas Mariæ Virginis - une prose du XIIIème siècle pour la fête de la Nativité de la Sainte Vierge

Nativitas Mariæ Virginis - une prose du XIIIème siècle pour la fête de la Nativité de la Sainte Vierge

Nativitas Mariæ Virginis - une prose du XIIIème siècle pour la fête de la Nativité de la Sainte Vierge

Natívitas Maríæ vírginis
Quæ nos lavit a labe críminis,
Celebrátur hódie :
Dies est lætítiæ.
Nous célébrons aujourd’hui la Nativité de la Vierge Marie, laquelle nous a lavé de la souillure de nos crimes : c’est un jour de joie.
De radíce Jesse propáginis
Hanc edúxit sol veri lúminis,
Manu sapiéntiæ,
Suæ templum grátiæ.
Rameau issu de la souche de Jessé, le soleil de la lumière véritable en a fait par la main de sa sagesse le temple de sa grâce.
Stella nova nóviter óritur,
Cujus ortu mors nostra tóllitur :
Hevæ lapsus jam restitúitur
In María.
L’étoile nouvelle qui se lève est celle dont la venue ôte notre mort ; en Marie, la faute d’Eve est déjà rachetée.
Ut auróra fulgens progréditur,
Velut luna pulchra descríbitur :
Super cuncta ut sol elígitur
Virgo pia.
On la décrit comme l’aurore resplendissante qui se lève, ou belle comme la lune ; sur toutes choses, comme le soleil, a été placée la Vierge pieuse.
Virgo clemens et virgo única,
Virga fumi sed aromática,
In te cæli mundíque fábrica
Gloriátur.
Vierge clémente et Vierge unique, rameau odoriférant et aromatique, en toi est glorifié le ciel et le monde créé.
Te signárunt ora prophética
Tibi canit Sálomon Cántica
Canticórum, te vox angélica
Protestátur.
C’est toi qu’ont désignée les bouches des prophètes, pour toi Salomon a chanté le Cantique des Cantiques, c’est toi que la voix angélique proclame.
Verbum Patris procéssu témporis
Intrat tui secrétum córporis :
Intus totum, et totum déforis
Simul fuit.
Le Verbe du Père, au terme fixé des temps, entre en le secret de ton corps : il est à la fois tout entier en toi et tout entier au dehors.
Fructus virens aréntis árboris,
Christus gigas imménsi róboris
Nos a nexu funésti pígnoris
Erípuit.
Fruit plein de vie cloué sur un arbre desséché, le grand Christ nous a arraché, par sa force immense, de l’enchaînement de la funeste dette.
O María, dulce commércium !
Intra tuum celásti grémium,
Quo salútis reis remédium
Indulgétur.
O Marie, quel doux commerce ! tu as caché dans ton sein, celui par qui est accordé le salutaire remède aux accusés.
O vera spes et verum gáudium,
Fac post vitæ præséntis stádium,
Ut optátum in cælis brávium
Nobis detur. Amen.
O espérance véritable et véritable joie, fais qu’après le stade de la présente vie nous soit donné dans les cieux ce que désirent les braves. Amen.

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Cette prose Nativitas Mariæ Virginis qui date probablement du XIIIème siècle se retrouve à partir du siècle suivant dans de très nombreux usages diocésains aussi variés qu’Auxerre, Lyon, Uppsala, Nidaros, Lausanne, Esztergom, dans les missels des Frères Mineurs et des Prêcheurs, ceux de Cluny, etc… (Cf. Ulysse Chevalier, Repertorium hymnologicum IV, p. 128, notice 11881). Quoique qu’elle ne fut pas en usage à Paris, la séquence Nativitas Mariæ Virginis fut insérée toutefois dans les chants des Saluts à la fin des Offices propres du diocèse de Paris approuvés par ordre de Son Eminence le Cardinal Dubois, archevêque de Paris en 1923 (très intéressant supplément contenant nombre de pièces anciennes, exhumées principalement grâce au talent du musicologue Amédée Gastoué qui en fit les transcriptions).

Le changement du premier terme Nativitas en Conceptio la rend apte à être chantée également pour la fête de l’Immaculée Conception le 8 décembre.

Gaudii primordium – prose parisienne de la Nativité de la Sainte Vierge

Gaudii primordium - prose parisienne de la fête de la Nativité de la Sainte Vierge

Gáudii primórdium
Et salútis núntium
Diem nostræ cánimus.
Nous célébrons le jour qui commence notre joie, le jour qui annonce notre salut.
Quæ dat hora Vírginem,
Spondet Deum hóminem :
En venit quem quærimus.
Le moment qui donne la naissance à la Vierge Marie, nous promet un Homme-Dieu : celui que nous attendons va paraître.
Qvam in matrem éligit,
Hujus ortum dírigit
Deus omnis grátiæ.
Le Dieu de toute grâce, qui a choisi Marie pour sa mère, préside à sa naissance : il la comble de ses bienfaits.
Domum quam inhábitet,
Mox e qua nos vísitet,
Ornat sol justítiæ.
Le Soleil de justice orne de ses dons la maison qu’il veut habiter, & d’où il vient se rendre visible aux hommes.
Qvot micat lumínibus,
Suis Deus úsibus
Quod vas fingit glóriæ.
De quel éclat doit briller ce vase précieux, que Dieu prend soin de former pour lui-même !
Quot latent mirácula !
Fiet hæc nubécula
In vim magnam plúviæ.
Que de prodiges sont ici renfermés ! C’est une petite nuée qui s’élève, mais qui deviendra pour nous une pluie féconde et abondante.
Benedícta fília,
Tota plena grátia,
Tota sine mácula :
Fille sainte & bénie, remplie des grâces du Seigneur, Vierge pure et sans tache :
Cæli quod jam hábitas,
Pande nobis sémitas
Prece, Virgo, sédula.
Priez pour nous sans cesse, ô Vierge sainte, et ouvrez-nous par ce moyen l’entrée du ciel, où vous habitez.
Iram promerúimus ;
Christe, pacem pétimus :
Hanc da, matris précibus.
Nous avons mérité votre colère, ô Jésus ; nous soupirons après notre réconciliation : accordez-la aux prières de votre Mère.
Vt in nobis máneas,
Corda nostra præbeas
Pura culpis ómnibus. Amen. Alleluia.
Afin que nous soyons une demeure digne de vous, Seigneur, daignez purifier nos cœurs de tout péché. Amen. Alléluia.

Cette séquence moderne – Gaudii primordium – s’est substituée aux anciennes proses médiévales qu’employait l’usage de Paris pour célébrer la fête de la Nativité de la Sainte Vierge (Hac clara die pour le jour de la fête, Ave mundi spes Maria pour le dimanche dans l’octave, Res est admirabilis pour le second jour dans l’octave, Ave mater Iesu Christi pour le troisième jour dans l’octave, Inviolata pour le quatrième jour dans l’octave, Ave Maria pour le cinquième jour dans l’octave, Salve Mater salvatoris pour le jour octave). Elle est entrée au d’abord au Missel parisien du cardinal de Noailles de 1706 puis fut reprise par leMissel parisien de Mgr de Vintimille de 1738, d’où elle s’est diffusée dans un grand nombre de diocèses français.

La mélodie adoptée pour Gaudii primordium est un ton assez simple employée pour plusieurs autres proses parisiennes, comme Ave plena gratia pour la fête de la Purification de la Sainte Vierge.

Stella cœli extirpavit – Prière en temps d’épidémie à la Vierge Marie

Prière en temps d'épidémie : prose Stella cæli extirpavit à la Vierge Marie

Voici le texte latin de cette prière en temps d’épidémie avec une traduction française, suivie de son verset et de son oraison :

Stélla cœli extirpávit,
Quæ lactávit Dóminum,
L’Etoile du Ciel, qui allaita le Seigneur, a extirpé la peste de la mort, qu’avaient planté les premiers parents de l’homme.
Mórtis péstem, quam plantávit
Prímus párens hóminum.
Ipsa stélla nunc dignétur
Sídera compéscere,
Puisse cette même Etoile brillante daigner maintenant éteindre cette constellation dont les combats ont tué le peuple blessé par une mort amère.
Quórum bélla plébem cædunt
Díræ mórtis úlcere.
Piíssima Stélla máris,
A péste succúre nóbis.
O très pieuse Etoile de la mer, protège-nous de la peste.
Audi nos, Dómina, nam fílius tuus
Níhil négans, te honórat,
Ecoute-nous, ô Dame, car ton Fils t’honore en ne te refusant rien.
Sálva nos, Jésu,
Pro quíbus Vírgo María te órat.
Sauve-nous, Jésus, nous pour qui la Vierge Marie te prie.
℣. Ora pro nobis, piíssima Dei Génitrix.
℟. Quæ contrivísti caput serpéntis, auxiliáre nobis.
℣. Prie pour nous, très pieuse Mère de Dieu.
℞. Toi qui a écrasé la tête du serpent, secours-nous.
Orémus. Prions.
Deus misericórdiæ, Deus pietátis, Deus indulgéntiæ, qui misértus es super afflictiónem populi tui, et dixísti Angelo percutiénti pópulum tuum : Cóntine manum tuam, ob amórem illíus Stellæ gloriósæ, cujus úbera pretiósa contra venénum nostrórum delictórum dúlciter suxísti ; præsta auxilium gratiæ tuæ, ut intercedente Beata Virgine Maria Matre tua et Beato Bartholomæo apostolo tuo dilecto, ab omni peste & improvísa morte secúre liberémur, et a totíus perditiónis incúrsu misericórditer salvémur. Per te Jesu Christe, Rex glóriæ, qui cum Patre & Spíritu Sancto vivis et regnas, Deus in sæcula sæculorum. Dieu de miséricorde, Dieu d’amour, Dieu de pardon, qui fut ému de compassion pour l’affliction de ton peuple, et qui dit à l’Ange dévastateur de ton peuple : « Retiens ta main » ; pour l’amour de cette Etoile glorieuse, dont le sein précieux t’a allaité avec douceur contre le venin de nos péchés, accorde-nous le secours de ta grâce, afin qu’à l’intercession de la Bienheureuse Vierge Marie ta Mère, et du Bienheureux Barthélémy ton Apôtre bien-aimé, nous soyons délivrés en toute sûreté de toute peste et de la mort imprévue, et que nous soyons miséricordieusement sauvés de l’assaut de toute perdition. Par toi, Jésus-Christ, Roi de gloire, qui avec le Père et l’Esprit Saint vis et règnes, Dieu pour les siècles des siècles.
℟. Amen.

Les vers de cette prière en temps d’épidémie sont tirés d’une homélie sur la Nativité de saint Pierre Damascène, évêque de Damas au VIIIème siècle. Selon la tradition, ce texte fut offert sur un carton par saint Barthélémy apparaissant aux Clarisses de Coimbra au Portugal, alors que la ville était ravagée par la peste en 1317, afin qu’elles le récitent : le couvent fut épargné. Ce monastère avait été re-fondé en 1314 par la reine Isabelle d’Aragon (1271 † 1336), épouse de Denis Ier, roi du Portugal, qui s’y retira et y mourut : elle est plus connue comme sainte Elisabeth du Portugal, vénérée sous son nom de religion depuis sa canonisation par le pape Urbain VIII en 1625.

Cette prière se présente comme une prose ou séquence, à deux chœurs alternant versets par versets et se rejoignant pour chanter le verset final (qui est sans doute un trope ). La mélodie ci-dessus est donnée en rythme d’après le Cantuale Romano-Seraphicum, no. 122, p. 136-137 de 1951. On pourra la comparer à cette intéressante version interpolée publiée par Hermannus Mott à Cologne en 1660 : Musices choralis Medulla sive totius cantus gregoriani succincta ac fundamentalis traditio, pp. 60-65)

De Coimbra, la prose se répandit largement dans tout l’Occident (par exemple, les chanoines de la collégiale Saint-Hyppolite de Poligny décident en 1575 de chanter perpétuellement cette prière en temps d’épidémie tous les jours avant la grand’messe, les Ursulines de Nimes la chantent tous les jours après la messe lors de la peste de 1640). On la chantait en général avec son verset et son oraison, suivis des antiennes, versets et oraisons de saint Roch et de saint Sébastien, les deux principaux saints intercesseurs en temps de contagion (voyez par exemple ce bréviaire à l’usage des confrères de la célèbre confrérie des Pénitents blancs de Saint-Laurent-lès-Grenoble, édition de 1781).

Une version grégorienne :

Une belle version polyphonique, tirée des archives des Reductions jésuites du Paraguay :

A noter qu’Henry du Mont a également écrit une très belle polyphonie sur cette prose.

Plain-chant romain – Ave verum Corpus – prose au Très-Saint Sacrement

Ave verum.
In honorem SS. Sacramenti.
Prosa.

Ave verum Corpus - prose au Très-Saint Sacrement

Ave, verum *
Corpus, natum
Ex María Vírgine,
Vere passum,
Immolátum
In cruce pro hómine.
Cujus latus perforátum
Unda fluxit cum sánguine ;
Esto nobus prægustátum
Mortis in exámine.
O Jesu dulcis !
O Jesu pie !
O Jesu, * Fili Maríæ !
Je vous salue
ô vrai Corps, né
de la Vierge Marie,
Qui avez vraiment souffert,
Immolé
Sur la croix pour l’homme.
Dont le côté transpercé
A laissé couler de l’eau et du sang ;
Soyez notre viatique
A notre mort, lors du jugement.
O doux Jésus,
O bon Jésus,
O Jésus, Fils de Marie.

Cette petite prose au Très-Saint Sacrement a été composée vraisemblablement au cours du XIVème siècle et son extension resta assez longtemps locale, les manuscrits médiévaux qui la contiennent étant tous des environs du lac de Constance, provenants de l’Abbaye de Saint-Gall (codex 546), de celle de Reichenau (manuscrits 36 et 156) ou de Constance même. L’un des manuscrits de Reichenau, du XVème, intitule cette pièce : Salutationem sequentem composuit Innocentius papa ; hæc oratio habet tres annos indulgentiarum a dom. papa Leone (La salutation suivante a été composée par le pape Innocent ; cette oraison a reçu trois années d’indulgence du seigneur pape Léon).

Qui regis sceptra – séquence du IIIème dimanche de l’Avent

Prose Qui regis sceptra

Source : Missale parisiense du XIIIème siècle (BnF Latin 1112)

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Qui regis sceptra forti dextra solus cuncta : Toi qui seul, par la force de ta dextre, règnes sur tous les sceptres ;
Tu plebi tuam ostende magnam excitándo poténtiam. Réveille ta grande puissance & montre-la à ton peuple.
Præsta illi dona salutária. Donne-leur les dons salutaires.
Quem prædixérunt prophética vaticínia, Celui qu’ont prédit les oracles prophétiques,
A clara poli régia : Des cieux, de ton éclatant royaume,
In nostra Jesum mitte, Dómine, arva. Amen. Envoie, Seigneur, Jésus sur notre terre. Amen.

L’ancien usage parisien utilisait Qui regis sceptra comme séquence pour le IIIème dimanche de l’Avent, à l’instar de très nombreux diocèses d’Europe occidentale.

L’origine de cette prose Qui regis sceptra du IIIème dimanche de l’Avent est un peu mystérieuse. Les diocèses d’Europe occidentales la chantaient quasiment tous, tandis qu’en Europe de l’Est on chantait sur la même mélodie un texte différent – Angelorum ordo sacer -, dont la composition passe pour être de strong>Notker le Bègue (c. 840 † 912), moine de l’Abbaye de Saint-Gall, l’inventeur des séquences. Il semble que la mélodie de Notker ait reçu son nouveau texte en Aquitaine au Xème siècle et de là est passée rapidement dans tous les diocèses occidentaux.

Cette séquence est écrite dans le IVème ton, en continuité avec l’Alleluia Excita, Domine, potentiam tuam du troisième dimanche de l’Avent.

Elle fait partie d’un très petit nombre de séquences dont les versets ne sont pas tous répétés de façon symétriques, tandis que les proses régulières voient leurs versets chantés par paires semblables. Toutefois, cette anomalie – qui continue de soulever des interrogations chez les musicologues qui étudient le répertoire médiéval – trouve son explication dans certains manuscrits, où l’on voit que les versets asymétriques étaient chantés d’abord avec leur texte puis repris en vocalisant sur le a, comme un jubilus d’alléluia. Voici par exemple un manuscrit de l’Eglise de Rouen (Graduale Rotomagense – BnF manuscrit 904, folio V recto), du XIIIème siècle, qui montre bien comment ces séquences asymétriques se chantaient : la prose Qui regis sceptra commence avec ses deux premières strophe qui se répondent de façon symétrique. Puis à partir de la troisième strophe jusqu’à la fin, la mélodie de chaque vers est reprise en jubilus sur la voyelle a (laquelle termine chacun de ces vers).

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Notre transcription suit les variantes mélodiques et textuelles de détail des manuscrits parisiens, avec le rythme traditionnel pour les proses de la cathédrale Notre-Dame. Nous avons rétabli les jubili sur les a, formant la contrepartie des versets à partir du 3ème. Ceux-ci doivent se chanter sur le même rythme que les versets.

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