Nous offrons des cours de chant gratuits chaque samedi de 16h30 à 17h30 : travail du souffle, pose de voix, vocalises, découverte du chant grégorien et du chant polyphonique.
Votre enfant a entre 8 et 15 ans et souhaite chanter ? Inscrivez-le aux Petits Chantres de Sainte Cécile (filles et garçons). Répétitions le mercredi à 18h30 et le dimanche à 10h30.
Théodore Dubois (1837 † 1924), maître de chapelle et organiste de La Madeleine.
Adoramus te, Christe – chœur final des 7 Paroles du Christ.
4 voix (SATB), orgue (et orchestre).
2 pages – Ut majeur.
Ce célèbre « Adoramus te, Christe » en Ut majeur constitue le chœur final de l’oratorio « Les 7 paroles du Christ » daté de 1867, lequel fut dédié à M. l’Abbé Jean-Gaspard Deguerry (1797 † 1871) curé de la Madeleine, fusillé par les Fédérés à la prison de la Roquette. Cet oratorio, méditation sur les 7 dernières paroles prononcées par le Christ sur la Croix, allient à une inspiration élevée une musique d’un effet grandiose et dramatique : ces pages tragiques reflètent admirablement la mort du Christ. Durant plus de 90 ans, jusqu’en 1965, elle furent données à l’église de la Madeleine chaque Vendredi Saint, puis tombèrent dans l’oubli. Ce chœur final est une partie de l’oratorio facile à mettre en place qui conviendra tout particulièrement au temps de la passion, et pourra se donner éventuellement à d’autres moments de l’année liturgique, par exemple aux communions de l’avant-Carême ou du Carême.
Texte & traduction :
Adorámus te, Christe, et benedícimus tibi, quia per sanctam Crucem tuam redemísti mundum.
Nous vous adorons, Christ, et nous vous bénissons, parce que par votre sainte Croix vous avez racheté le monde.
Les premières mesures de cette partition :
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Le 2 février, les Eglises d’Orient & d’Occident célèbrent la Purification de la Sainte Vierge & la Présentation de Jésus au Temple, 40 jours après sa Nativité. En Orient, cette fête reçoit aussi le nom d’Hypapante ou « Rencontre du Seigneur » (l’expression Occursum Domini, qui en est l’équivalent latin, a également été en usage en Occident), terme qui rappelle la sainte rencontre entre l’Enfant Jésus & le vieillard Syméon.
En voici une traduction française : Je vous salue, pleine de grâce, Vierge Mère de Dieu : de vous en effet s’est levé le soleil de justice, le Christ notre Dieu, illuminant ceux qui sont dans les ténèbres ; et vous, juste vieillard, soyez dans la joie, car vous avez reçu dans vos bras le libérateur de nos âmes, celui qui nous donne la résurrection.
Ce tropaire a été traduit au haut Moyen-Age en latin et fut aussi chanté en Occident. S’il ne figure plus dans les livres romains actuels, on le rencontre dans quasiment tous les manuscrits médiévaux, il avait été conservé dans beaucoup de livres diocésains français & il subsiste toujours aujourd’hui dans le rit dominicain.
En voici le texte & la musique, tiré des Variæ preces de Solesmes, 1901, p.103 :
Dans le rit dominicain, ce tropaire est la première antienne chantée à la première station de la procession de la chandeleur. La voici, tirée du processional de 1913 :
Il intéressant de noter que, tant en Orient qu’en Occident, l’antienne est toujours chantée dans le Ier ton. L’incise Χριστὸς ὁ Θεὸς ἡμῶν n’a pas été rendue dans le texte latin, peut-être n’est-elle pas primitive en grec, son ajout plus tardif a sans doute voulu préciser le sens du texte.
Pour mémoire, voici le texte slavon du tropaire de la Sainte Rencontre :
Le Sub tuum præsidium constitue probablement la plus ancienne prière chrétienne adressée à la Vierge Marie. Cette prière était employé depuis longtemps dans les rites d’Orient & d’Occident, selon de nombreuses variantes textuelles, lorsque, en 1917, la John Rylands Library de Manchester fit l’acquisition d’un lot de papyrus en provenance d’Egypte (sans précision exacte de la localisation où ils furent découverts), parmi lesquels un fragment de 18 cm par 9,4 cm contenait son texte en grec.
Le Sub tuum præsidium dans un papyrus égyptien du IIIème siècle.
C. H. Roberts en fit la publication en 1938 (Catalogue of the Greek and Latin Papyri in the John Rylands Library, III, Theological and literacy Texts, Manchester 1938, pp. 46-47). Roberts le date alors du IVème siècle, estimant impossible une invocation à la Théotokos avant ce siècle (on verra ci-après que pourtant l’expression Theotokos est utilisée à Alexandrie avant 250). Mais son collègue E. Lobel, avec lequel il collabora à l’édition des papyrus d’Oxyrhynque, se fondant sur une analyse purement paléographe, déclara que le texte ne peut absolument pas être plus tardif que le IIIème siècle, la datation probable se situant entre 250 & 280. En raison de la beauté des onciales, H. J. Bell, collaborateur de Roberts, a même estimé que l’on devait être en présence d’un « modèle destiné à un graveur ». Le Sub tuum præsidium précède donc de plusieurs siècles l’Ave Maria dans la prière des chrétiens.
Sur le papyrus Rylands, on peut déchiffrer :
.ΠΟ
ΕΥCΠΑ
ΚΑΤΑΦΕ
ΘΕΟΤΟΚΕΤ
ΙΚΕCΙΑCΜΗΠΑ
ΕΙΔΗCΕΜΠΕΡΙCTAC
AΛΛΕΚΚΙΝΔΥΝΟΥ
…ΡΥCΑΙΗΜΑC
MONH
…HEΥΛΟΓ
Une version latine littérale du texte grec pourrait être :
Sub tuam
misericordiam
confugimus,
Dei Genitrix ! nostras
deprecationes ne des-
picias in necessitatibus
sed a perditione
salva nos
sola pura,
sola benedicta.
Et une traduction française pourrait être :
Sous ta
miséricorde
nous nous réfugions,
Mère de Dieu ! Nos
prières, ne les méprises
pas dans les nécessités,
mais du danger
délivre-nous,
seule pure,
seule bénie.
Le Sub tuum præsidium, une prière d’une grande valeur.
Comme toutes les prières liturgiques antiques, le Sub tuum præsidium présente une noble simplicité, une concision dans l’expression des sentiments, alliées à une fraîche spontanéité.
Plusieurs réminiscences bibliques s’y dessinent, le dernier terme, « bénie », renvoyant à la salutation d’Elisabeth : Benedicta tu in mulieribus – Tu es bénie entre les femmes (Luc, I, 42).
Une valeur historique.
Le recours à la Vierge Marie de la communauté chrétienne en danger situe sans doute l’invocation dans un contexte de persécution (celle de Valérien ou celle de Dèce).
Une valeur théologique.
Un premier point remarquable consiste en ce que la communauté chrétienne égyptienne se tourne directement vers Marie et demande sa protection. Les chrétiens ont conscience du fait que la Vierge est proche de leur souffrance et lui demande explicitement son secours, reconnaissant par là-même la puissance de son intercession.
Trois vérités théologiques fondamentales y sont admirablement synthétisées :
1. L’élection spéciale de Marie par Dieu (« seule bénie »).
2. La Virginité perpétuelle de Marie (« seule pure »).
3. La Maternité divine (« Mère de Dieu » ou mieux encore « Génitrice de Dieu »).
Cette désignation de Marie comme Theotokos dès le IIIème siècle, soit deux siècles avant les débats liés à l’hérésie de Nestorius, qui refusait ce titre à la Vierge, débats tranchés au Concile œcuménique d’Ephèse de 431, avait posé problème on l’a vu à C. H. Roberts, l’éditeur du manuscrit égyptien, qui pensait que ce terme ne pouvait se rencontrer avant le Vème siècle. Pour autant, le terme de Theotokos (« Dei Genitrix ») n’est pas une invention du Vème siècle.
Au IVème siècle, il est particulièrement prisé dans le milieu alexandrin (saint Alexandre d’Alexandrie, saint Athanase, saint Sérapion de Thmuis, Didyme l’Aveugle), mais aussi en Arabie (Tite de Bostra), en Palestine (Eusèbe de Césarée, saint Cyrille de Jérusalem), en Cappadoce (saint Basile de Césarée, saint Grégoire de Naziance, Sévérien de Gabala) et même par les ariens (Asterius le Sophiste).
Auparavant, on rencontre le terme dès le IIIème siècle justement dans l’école d’Alexandrie. Au témoignage de l’historien ecclésiastique Socrate (Hist. Eccl. VII, 32 – PG 67, 812 B), Origène l’aurait employé dans un livre de commentaires – hélas perdu – sur l’Epître aux Romains. Son disciple l’évêque Denys d’Alexandrie utilise lui aussi le terme de Theotokos aux alentours de l’an 250 dans une épître à Paul de Samosate. Il est intéressant de constater que le terme de Theotokos n’était pas resté un simple concept théologique mais avait reçu aussi un usage liturgique en Egypte à la même époque, sans qu’on puisse décider si c’est le discours théologique qui a influencé la prière liturgique ou si c’est l’inverse qui s’est produit. Toujours est-il qu’on comprend mieux l’extraordinaire pugnacité de saint Cyrille d’Alexandrie contre les thèses nestoriennes au Vème siècle, puisque de toute évidence, le terme de Theotokos faisait partie du dépôt de la foi vécue & chantée de longue date dans la liturgie d’Alexandrie.
Les différentes versions du texte.
Outre le texte grec, il existe des anciennes versions coptes, syriaques, arméniennes & latines.
En latin, la version employée par le rit romain a manifestement été effectuée directement sur la version copte du texte (on y emploie le terme de præsidium au lieu de celui de misericordia) sans passer par le grec. La forme ambrosienne du Sub tuum dépend quant à elle plus étroitement de la tradition byzantine du texte.
Le texte romain :
Sub tuum
praesidium
confugimus,
sancta Dei Genitrix :
nostras deprecationes
ne despicias
in necessitatibus,
sed a periculis cunctis
libera nos semper,
Virgo gloriosa
et benedicta.
Le texte ambrosien :
Sub tuam
misericórdiam
confúgimus,
Dei Génitrix :
ut nostram deprecatiónem
ne indúcas
in tentatiónem,
sed de perículo
líbera nos,
sola casta
et benedícta.
Traduction du texte romain :
Sous ta protection
nous nous réfugions
sainte Mère de Dieu ;
nos prières,
ne les méprises
pas dans les nécessités,
mais de tous dangers
délivre-nous toujours
Vierge glorieuse
& bénie.
Traduction du texte ambrosien :
Sous ta miséricorde
nous nous réfugions
Mère de Dieu ;
que notre prière,
ne soit pas abandonnée
dans la tentation,
mais du danger
délivre-nous,
seule pure
& bénie.
Dans le texte romain, l’adjectif « gloriosa » s’est substitué à « casta » : il s’agit d’une interpolation tardive, absente du plus ancien témoin du texte (l’Antiphonaire de Compiègne) et de sa version Dominicaine, qui ne disent que Virgo benedicta. La phrase musicale a également influé sur le texte romain, attribuant à tord le « semper » à « libera nos », alors qu’il devrait manifestement s’attribuer à « Virgo » : on devrait donc lire « libera nos, semper Virgo » au lieu de « libera nos semper, Virgo ». Le musicologue Amédée Gastoué (1873 † 1943) pensait qu’on avait tenté d’adapter la traduction latine à une mélodie orientale vaille que vaille, ce qui expliquerait le changement d’attribution du « semper » pour tenir dans une phrase musicale préexistante. Le texte ambrosien connaît également une interpolation du texte grec puisque « ne inducas in tentationem » – par influence de l’Oraison dominicale – s’est substitué à « ne despicias in necessitate ».
Diffusion & usage liturgique du Sub tuum præsidium.
L’antienne a été employée dans la liturgie copte du temps de Noël, aux vêpres. Elle est aussi connue des rits byzantin, ambrosien & romain. Dans chacun de ces rits, quoique vénérable & antique, le Sub tuum præsidium n’occupe qu’une place discrète, marginale même pourrait-on dire. Pourtant, en dépit de cette place modeste dans la liturgie, la piété des fidèles chrétiens a toujours tenu en estime cette vénérable prière, et ce aussi bien en Orient qu’en Occident, avant même que sa grande antiquité ne soit connue par l’analyse du papyrus de la collection Rylands.
Ὑπὸ τὴν σὴν εὐσπλαγχνίαν dans le rit byzantin grec :
Le Sub tuum est chanté lors de l’office de vêpres en Carême, parmi les prières finales, après 3 tropaires : l’Ave Maria, un tropaire à saint Jean Baptiste, un tropaire aux saints Apôtres. Sa place l’assimile donc à celle des tropaires apolytikions le reste de l’année ; les tropaires apolytikions sont des tropaires liés à l’origine au chant du Cantique de Syméon, lequel commence en grec par les mots Νῦν ἀπολύεις (Nunc dimittis). Il est probable que cette série de tropaires fixes des vêpres de Carême représente un état ancien du rit. On lui a sans doute substitué les tropaires variables les autres jours de l’année. Du reste, l’Horologion de Grottaferrata paraît les prévoir à la fin des vêpres fériales aussi durant l’année (Horologion, Rome 1876, p. 104).
Подъ твою милость dans le rit byzantin russe :
Dans la tradition russe, le Sub tuum præsidium est très souvent chanté à dévotion, même hors du Carême, avec ajout de l’invocation «Пресвѧтаѧ Богородице спаси насъ» (« Très-Sainte Mère de Dieu, sauve nous ») ajoutée à la fin. Les croyants russes sont très attachés à ce tropaire. Les paroisses utilisent encore largement le texte antérieur qui fut corrigé au cours des réformes liturgiques du Patriarche Nikon opérées en 1666, voilà un signe patent de la vigueur de cet attachement (on n’observe pas pour d’autres pièces fameuses du répertoire – comme le tropaire de Pâques ou le « Plus vénérable que les Chérubins » – un tel attachement à la version pré-nikonnienne).
Le texte « vieux croyant » :
Подъ твою милость,
прибѣгаемъ богородице дѣво,
молитвъ нашихъ не презри в скорбѣхъ.
но ѿ бѣдъ избави насъ,
едина чистаѧ и благословеннаѧ.
Le texte réformé de Nikon :
Подъ твое благѹтробїе
прибѣгаемъ Богородице,
моленїѧ наша не презри во ωбстоѧнїй,
но ѿ бѣдъ исбави ны,
едина Чистаѧ, едина Благословеннаѧ.
Voici la version reformée de Nikon, en écriture slavonne :
Parmi les mises en musique, celle de Dimitri Bortnianski est la plus en faveur. En voici une très belle interprétation :
Notons que notre prière est actuellement inconnue des liturgies syriaques et arménienne, si ce n’est par pénétration de l’influence latine dans les églises uniates (les Maronites l’utilisent ainsi avec les Litanies de Lorette).
Le Sub tuam misericordiam dans le rit ambrosien :
Dans le rit ambrosien, cette antienne à la Vierge est chantée comme 19ème antienne de la procession de la fête de la Purification de la Sainte Vierge le 2 février, procession qui comporte un total de 21 antiennes, plusieurs d’entre elles étant d’origine grecque. Sa musique s’apparente à celle d’un second ton romain. La 20ème antienne de la même procession qui suit comporte du reste un texte assez similaire et est construite sur la même mélodie :
Il est probable que cette antienne ait été introduite dans le rit ambrosien pour cette procession d’origine orientale (le Pape saint Serge Ier, né à Antioche, passe pour avoir introduit la procession de la Chandeleur à Rome).
Toutefois, l’antienne a été réemployée à d’autres endroits de la liturgie ambrosienne. Au Moyen-Age, l’antienne constitue une psallenda litanique pour le VIème dimanche de l’Avent (selon le codex T 103 Sup. de la Bibliotheca Ambrosiana). Aujourd’hui, elle sert également d’Antiphona Post Evangelium aux 2 messes votives (fériale & solennelle) de la Sainte Vierge au samedi. Les fêtes du 16 juillet (Notre-Dame du Mont-Carmel) & du 5 août (Dédicace de Sainte-Marie-Aux-Neiges), qui emploient toutes deux les chants de la messe votive au samedi, l’ont donc également comme Antiphona Post Evangelium. Cette antienne était encore très chantée par le peuple de Milan naguère.
Le Sub tuum præsidium dans le rit romain :
L’antienne Sub tuum præsidium est employée comme antienne au Nunc Dimittis des complies du Petit Office de la Sainte Vierge. En voici le chant du VIIème ton, tiré de l’Antiphonaire romain de 1912 :
De façon plus anecdotique, on retrouve dans le rit romain une partie du Sub tuum præsidium citée comme verset du Vème répons au second nocturne de la fête de la Maternité de la Vierge le 11 octobre, fête instituée par le pape Pie XI en 1931 pour célébrer le XVème centenaire du concile œcuménique d’Ephèse.
Historiquement, le plus ancien témoin de l’emploi du Sub tuum dans le rit romain se trouve être l’antiphonaire de Compiègne (du IX-Xème siècle), lequel le donne parmi les antiennes du Benedictus pour la fête de l’Assomption (Migne, Patrologie Latine 78, 799).
Le Sub tuum præsidium dans le rit dominicain :
Comme la liturgie romaine, la liturgie dominicaine utilise aussi le Sub tuum comme antienne du Nunc dimittis à complies de plusieurs fêtes de la Vierge, ainsi qu’à l’office de celle-ci au samedi. Les frères se mettent à genoux pour le chant de l’antienne après le Nunc dimittis. En voici le chant et les rubriques, tiré du livre de complies de 1949 :
La liste des fêtes où le Sub tuum était employé était initialement plus réduite, ainsi qu’en témoigne l’antiphonaire de 1862 :
Le Sub tuum præsidium dans les autres rits occidentaux & la piété des fidèles :
L’ancien usage médiéval ou post-médiéval de plusieurs diocèses, français en particulier – tel celui de Paris avant le passage au rit romain au XIXème siècle – était de l’employer comme antienne finale à dévotion des complies, à la place du Salve Regina.
Hors du cadre liturgique strict, la piété s’empara de l’antique prière. Dom André Wilmart publia ainsi en 1932 un curieux office médiéval en l’honneur des 7 douleurs de la Vierge attribué à Innocent IV (Auteurs spirituels, Paris, 1932, pp. 518, 523-26), dans lequel le Sub tuum præsidium constitue la prière initiale de chaque heure, à la place du Pater ou de l’Ave Maria.
A l’époque moderne, les Salésiens l’utilisèrent en l’honneur de Marie Auxiliatrice, tandis que les Jésuites l’employèrent pour leurs exercices en commun de piété.
En France, les séances de catéchismes organisées par les Pères de la Doctrine chrétienne ou les Jésuites comportaient des prières faciles à chanter par les enfants, dont le Sub tuum. Ainsi, Marc-Antoine Charpentier écrit-il son Sub tuum præsidium (H. 352) pour être chanté comme « second motet pour le catéchisme, à la pause du milieu ». En voici l’élégante mélodie :
En France à partir du XIXème siècle, son usage est fréquent aux saluts du Très Saint-Sacrement. On retrouve aussi le Sub tuum souvent associé avec les Litanies de la Sainte Vierge, comme, par exemple, dans l’ordo de la procession du vœu de Louis XIII au propre du diocèse de Paris. Beaucoup de livres liturgiques français présentent le Sub tuum sous une très belle mélodie en plain-chant musical du IInd ton. La voici, tirée d’une édition de Digne de 1858 :
Voici le Sub tuum præsidium dans une magnifique version en polonais :
En conclusion
Au terme de cette petite étude de liturgie comparée, il est intéressant d’avoir pu retracer que cette antienne égyptienne du IIIème siècle est restée constamment liée à la fin de la prière du soir : tant la liturgie byzantine que dans la liturgie romaine, le contexte du chant de cette pièce est lié à la fin de l’office du soir et plus précisément au chant du Cantique de Syméon (cantique qui est aussi au cœur de la fête de la Purification, l’usage ambrosien que nous avons évoqué pourrait ainsi, lui aussi, être quelque part relié au Nunc dimittis). A l’abandon confiant entre les mains de la Providence que chante le Cantique de Syméon (Maintenant laisse ton serviteur, Seigneur, s’en aller en paix), la piété des fidèles y ajouté le même abandon confiant à la protection de notre Mère du ciel.
Une indulgence partielle est attachée à la récitation du Sub tuum præsidium.
Ave plena gratia – prose parisienne pour la fête de la Purification de la Sainte Vierge & présentation de Jésus au Temple de Jérusalem (Chandeleur). Cette prose est entrée au Missel parisien du cardinal de Noailles de 1706, et c’est, avec un lot d’autres proses, l’un des rares ajouts fait par ce prélat au missel de son prédécesseur Mgr de Harlay. En voici le texte latin, & une traduction extraite du Missel de Paris latin-français de 1764 :
ij. Februarii – In Presentatione Domini & Purificatione B.M.V. – Ave plena gratia
AVE, plena gratia,
Cujus inter brachia
Se litat Deo Deus.
Recevez nos hommages, Vierge pleine de grâce, dans les bras de laquelle un Dieu fait homme s’offre à Dieu son Père.
Fas me templum visere ;
Tibi fas occurrere,
Amor, ô Jesu, meus.
Qu’il me soit permis d’entrer dans le temple, & de me présenter devant vous, ô Jésus, l’unique objet de mon amour.
EST in templo Dominus ;
Angeli stant cominus :
Nil in cœlis amplius.
Le Seigneur est dans le temple : les Anges l’y adorent : le Ciel n’a rien de plus grand.
Habet Deum hominem ;
Et parentem Virginem
Cœlo templum ditius.
Mais ce temple est plus riche que le Ciel même ; puisqu’il renferme un Dieu fait homme, & une Vierge mère d’un Dieu.
SPIRANT sacra gaudium ;
Mane sacrificium
Plausus inter redditur.
Ce premier sacrifice est accompagné de joie, & n’inspire qu’une sainte allégresse dans les cœurs des assistants.
Vespertinum fletibus,
Et amaris questibus
In cruce miscebitur.
Il n’en est pas ainsi du sacrifice de la fin de sa vie, qui sera consommé sur la croix : qu’il fera verser de pleurs !
HÆC jam est oblatio,
Cujus omnes pretio
Deo restituimur.
Dans l’un & l’autre sacrifice, c’est toujours la même hostie qui nous rachète, & qui nous rend à Dieu.
Jam non nobis dediti,
Tibi, Deus, subditi,
Vivimus & morimur.
Nous ne devons donc plus être à nous: attachés à vous seul, ô mon Dieu, c’est pour vous que nous vivons & que nous mourons.
NVNC dimitte famulos :
Nil tenet hic oculos ;
Da te palam cernere.
Il est temps de rappeler vos serviteurs : rien ne les arrête plus sur la terre; faites-les jouir de votre présence.
Si jubes hic vivere,
Da cum Jesu crescere,
Da per hunc resurgere. Amen.
Mais si vous voulez que nous restions encore ici-bas, faites-nous croître en grâce avec Jésus-Christ ; afin que par lui nous triomphions du péché & de la mort. Amen.
La publication de la date de Pâques dans le Pontificale Romanum.
Le jour de l’Epiphanie (dont la solennité est reportée en France au dimanche qui suit), dans le rit romain, le diacre fait selon la tradition la publication de la date de Pâques après le chant de l’évangile.
En voici le chant pour 2011 :
En voici la traduction pour 2011 :
Vous avez su, Frères très chers, par la miséricorde de Dieu qui nous a été annoncée, que nous avons été comblés par la Nativité de Notre Seigneur Jésus-Christ, ainsi de même nous vous annonçons la joie qui nous sera procurée par la Résurrection de notre même Sauveur.
Le 20 février sera le dimanche de la Septuagésime.
Le 9 mars sera le jour des Cendres et le début du jeûne très sacré du Carême.
Le 24 avril sera la sainte Pâque de Notre Seigneur Jésus-Christ, que nous célèbrerons avec joie.
Le 2 juin sera l’Ascension de Notre Seigneur Jésus-Christ.
Le 12 du même mois sera la fête de la Pentecôte.
Le 23 du même mois sera la fête du Très Saint Corps du Christ.
Le 27 novembre sera le premier dimanche de l’Avent de Notre Seigneur Jésus-Christ, à qui est l’honneur et la gloire, dans les siècles des siècles. Amen.
Source : d’après le site web de la famille Brandt – après modification mineure pour la troisième fête de juin -, famille qu’il convient de remercier pour leur fidélité annuelle à la publication du Noveritis.
Traduction du Missel de Paris latin-français de 1764 :
℟. Cieux, envoyez d’en-haut votre rosée ; & que les nuées fassent descendre le Juste comme une pluie : * Que la terre s’ouvre, & qu’elle germe le Sauveur; et que la Justice naisse en même temps. ℣. Jésus-Christ nous a été donné de Dieu pour être notre sagesse, notre justice, & notre rédemption. * Que la terre s’ouvre, & qu’elle germe le Sauveur; et que la Justice naisse en même temps. ℣. Gloire au Père & au Fils & au Saint Esprit. * Que la terre s’ouvre, & qu’elle germe le Sauveur; et que la Justice naisse en même temps.
Marc-Antoine Charpentier (1643 † 1704), maître de la musique de Marie de Lorraine, duchesse de Guise, du Dauphin, fils de Louis XIV, des Jésuites & de la Sainte Chapelle.
Messe (H. 1).
4 voix (SATB), 8 solistes (SSAATTBB), 2 dessus instrumentaux & basse continue.
48 pages.
Cette messe qui ne porte pas de titre reçut le numéro 1 du catalogue des œuvres de Charpentier réalisé par Henry Wiley Hitchcock, et c’est plutôt à bon droit car nous sommes vraisemblablement en présence d’une des toutes premières compositions de jeunesse de Marc-Antoine.
Outre les parties habituelles de l’ordinaire (Kyrie, Gloria, Credo, Sanctus, Agnus Dei), cette messe comporte aussi – selon les traditions gallicanes – un Domine, salvum fac Regem (facticement séparé par Hitchcock sous le numéro H. 281) qui se donne à la fin de la communion ou de la messe. Comme pour d’autres messes de Charpentier, et selon les principes traditionnels de l’alternance, l’orgue figure également certaines parties de l’ordinaire de la messe : l’organiste – qui se doit d’improviser – joue ainsi en alternance avec le chœur dans le Kyrie. Il figure également le 1er Sanctus et le 3ème (Sanctus Dominus Deus Sabaoth). Le Benedictus n’est pas mis en musique, car il était aussi vraisemblablement figuré par l’organiste, de même que le 1er et le 3ème Agnus Dei ; on peut bien sûr chanter trois fois l’Agnus Dei, notre édition donne le texte avec dona nobis pacem également. De même, on pourrait aussi chanter un Benedictus en plain-chant, par exemple celui de la Missa De Angelis (messe VIII du Kyriale Vatican).
Quoiqu’œuvre de jeunesse, cette partition recèle plusieurs passages remarquables par la maîtrise de l’écriture harmonique doit fait preuve Charpentier, en particulier l’incroyable Crucifixus et le contrepoint habile du Domine, salvum fac Regem
Dans notre édition, nous avons – pour plus de clarté – repris un principe éditorial utilisé par Ballard au XVIIème siècle : les parties chantées par tous sont en caractères droits, les parties des 8 solistes en caractère italiques. La plupart du temps, les parties solistes sont indiquées dans le manuscrit de Charpentier : par exemple, 1. seul devant le dessus indique ainsi que c’est le premier soprano solo qui chante. Lorsque la mention du soliste devant intervenir est inexistante dans le manuscrit, nous l’avons le plus souvent portée entre parenthèses. Le plus souvent, cela se déduit du contexte des autres voix, mais dans le Sanctus, qui pose un vrai problème de compréhension de la partition (le manuscrit passant à deux chœurs réels pour les Hosanna), nous avons pris un parti pris interprétatif assez différent de celui suivi par l’édition du CMBV, qui devrait simplifier l’exécution. L’intonation du Gloria comme l’Ite missa est de la messe pourraient être repris de la Messe royale du Ier ton d’Henry du Mont. Le Credo pourrait utiliser également l’intonation de la Messe royale de du Mont (ce qui joue sur un effet de bascule ut mineur / ut majeur) ou alors emprunter son intonation au Credo III.
Le total des 8 solistes peut être réduit à 5 (SSATB), mais les effets de polychoralité qu’induit le double quatuor soliste sont évidemment perdus. Les deux dessus sont nécessaires ; comme ils dialoguent à certains moments, une disposition spaciale intéressante consiste à placer les deux quatuors en arc de cercle (plus ou moins face-à-face) dans l’ordre : BTAS-SATB
Le chœur peut être compris comme la réunion des deux groupes solistes, il constitue alors un double quatuor vocal. Cependant, le style d’écriture assez simple des parties chorales peut laisser entendre une masse vocale plus importante, le dialogue avec le double petit chœur des solistes avec un grand chœur plus important présente alors un réel enrichissement.
Le manuscrit contient des passages en apparence fautifs (Catherine Cessac estime que la partition n’a pas reçu un traitement soigné dans sa transcription par Charpentier). Nous avons pris le parti de laisser la plupart de ceux-ci, signalant juste une correction que nous avons effectuée dans le Gloria dans la partie du second dessus instrumental.
Nous proposons cette partition avec soit le Domine, salvum fac Regem, soit – pour une utilisation liturgique – le Domine, salvum fac Galliam. Nous proposons également le matériel d’orchestre en une partition de 20 pages, comportant en trio les deux dessus instrumentaux & la basse continue.
Ce cantique de l’Avent est adapté sur le chant du vieux noël traditionnel français « Laissez paistre vos bestes », attesté en Bresse au XVIème siècle. Le texte des paroles provient des travaux de M. l’Abbé Simon-Joseph Pellegrin (1663 † 1745), lequel composa à l’attention des demoiselles de Saint-Cyr de très nombreux vers sur les chants des vieux noëls de France, afin d’en renouveler les textes.
Voici en guise de comparaison le refrain et la première strophe de l’ancien noël bressan :
Laissez paistres vos bestes, Pastoureaux,
Par monts et par vaux,
Laissez paistre vos bestes,
Et venez chanter Nau.
J’ai ouy chanter le rossignô,
Qui chantoit un chant si nouveau,
Si haut, si beau,
Si résonneau,
Il me rompoit la teste,
Tant il preschoit
Et caquetoit.
Adonc prins ma houlette
Pour aller voir Naulet.
Le texte reçu de Venez, divin Messie connaît plusieurs variantes de détail tant dans les paroles que dans la répartition des vers entre les strophes. Pellegrin a du reste composé plusieurs textes sur le mètre de ce noël, en voici le refrain de l’un d’entre eux :
Le sauveur vient de naître :
Allons, Pasteurs, éveillez-vous
Venez voir votre Maître,
Marchez, accourez tous.
Voici la leçon du texte que nous présentons en partition :
℟. Venez, divin Messie,
Sauvez nos jours infortunés,
Vous êtes notre vie,
Venez, venez, venez.
1. Ah ! descendez, hâtez vos pas,
Seigneur de l’éternel trépas
Délivrez-nous, ne tardez pas.
Les temps se renouvellent
Sans voir nos crimes pardonnés
Les peuples vous appellent,
Venez, venez, venez.
2. Que nos soupirs soient entendus,
Les biens que nous avons perdus
Ne nous seront-ils pas rendus.
Voyez couler nos larmes
Grand Dieu si vous nous pardonnez
Nous n’aurons plus d’alarmes
Venez, venez, venez.
3. Ah! Puissions-nous chanter un jour
Dans votre bienheureuse cour
Et votre gloire et votre amour.
A nous livrer la guerre
Tous les démons sont acharnés
Pour vaincre leur colère,
Venez, venez, venez.
4. Si vous venez en ces bas lieux,
Nous vous verrons victorieux,
Fermer l’enfer, ouvrir les cieux.
Nous l’espérons sans cesse ;
Les cieux nous furent destinés :
Tenez votre promesse ;
Venez, venez, venez.
Pour mémoire, signalons l’existence d’une version moderne du texte, considérablement appauvrie, loin du charme indéniable de la langue de Pellegrin (lequel fut aussi librettiste de Rameau). L’harmonisation à 4 parties de M. l’Abbé Lambert est très usitée dans les communautés traditionnelles en France. Nous en proposons deux transpositions : en Si bémol majeur (ton original) et en La bémol majeur (plus apte au chant de l’assemblée).
Les premières mesures de cette partition :
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Source : Livre de chant pour les vêpres et les autres offices différents de la messe et des processions du matin, imprimé par ordre de Monseigneur Antoine-Eustache d’Osmond, évêque de Nancy, à l’usage de son diocèse. Nancy, Séminaire de Nancy, 1823, page 594