CHARLES GOUNOD (1818-1893), compositeur religieux méconnu – 1ère partie : le temps de l’Avent

L'Abbé Gounod.

L’Abbé Gounod.

Le bicentenaire de la naissance du compositeur amène naturellement tout mélomane à se pencher sur l’œuvre de celui-ci, en espérant peut-être trouver des œuvres peu jouées voire oubliées si tant est qu’elles soient de qualité .
Dans la mémoire collective, Charles Gounod est connu pour trois de ses opéras Faust, Roméo et Juliette ou Mireille, et bien sûr pour l’Ave Maria sur le 1er prélude du Clavier Bien Tempéré de J.S. Bach…pour toute œuvre religieuse. On remarquera que, malgré cette succincte évocation, le répertoire vocal est au centre de sa production.
Le XIXe siècle n’a pas bonne presse dès lors que l’on évoque la production de musique religieuse : affublée d’épithètes comme sirupeuse, sentimentaliste, sulpicienne, ou encore théâtrale, opératique, voire musique de foire, elle était un signe du temps où le profane avait envahi le sacré au point que des airs d’opéras étaient chantés lors des offices, véritables concerts de telle cantatrice ou de tel ténor, afin de plaire aux mœurs bourgeoises de l’époque, se trouvant indifféremment à l’église ou à l’Opéra.
Charles Gounod a parcouru ce siècle non sans embûches, non sans oppositions – parfois virulentes – non sans condescendance soit par ses pairs, soit par ses paroissiens. Durant toute sa vie, cet ancien séminariste, proche de Lacordaire, cet organiste profondément catholique, a pourtant connu aussi le doute, l’éloignement avec l’Église, mais on sera frappé de voir que chacun de ses opéras possède une prière comme « Anges purs, anges radieux » (Faust). Cela lui sera reproché au point d’être caricaturé en robe de bure, faisant de lui un compositeur à part, en dehors des modes musicales.

Gounod : Caricature en robe de bure

Caricature en robe de bure.

C’est pourquoi, en observant son catalogue, nous ne pouvons être qu’à moitié surpris du nombre d’œuvres religieuses, et pourtant si peu connues : plus d’une vingtaine de messes, cinq requiem, des oratorios, pléthore de motets… Cette prolixité nous amènera inévitablement à faire des choix au gré de l’année liturgique en cours.
L’église Saint Eugène-Sainte Cécile, contemporaine de Gounod – dont son organiste, Renaud de Vilbac, a pu connaître le compositeur – semble particulièrement adaptée pour interpréter ses œuvres religieuses. La Schola pourra ainsi étoffer son répertoire, en interprétant des pièces rarement jouées voire inconnues, poursuivant sa mission de défense de la musique religieuse française, trop souvent occultée ; mais c’est de surcroît rendre justice à Gounod d’avoir combattu sans relâche la malséance musicale de l’église de l’époque au profit du chant grégorien.
Pour cela, il nous est nécessaire enfin de présenter les quelques œuvres que nous aurons l’occasion de chanter du 1er dimanche de l’Avent au dernier dimanche après la Pentecôte, jour de la solennité de la sainte Cécile.

DIMANCHES DE L’AVENT :

Gounod embrassant les missionnaires

Départ des Missionnaires, 1868, tableau de Charles-Louis de Fredy de Coubertin, il se trouve dans la chapelle des Missions Étrangères de Paris.

Alma Redemptoris Mater : Commencer l’année Gounod avec cette hymne à la Vierge-Marie est symbolique pour plusieurs raisons : non seulement le temps liturgique l’impose, mais c’est encore une œuvre que Gounod a écrite lors de sa jeunesse au séminaire dans les années 1846-1847.
Œuvre créée au départ pour quatre voix d’hommes, elle était destinée pour le Salut au Saint Sacrement avec un O Salutaris et un Deus meminerit, tous trois dans la même tonalité de Lab Majeur. Durant le séminaire, Gounod se mettra à dos les paroissiens des Missions Étrangères de Paris car le style – dont cette antienne en est un exemple éloquent – est diamétralement opposé aux goûts souhaités de l’époque : sobriété, référence aux mélismes du chant grégorien, attachement à la compréhension du texte, syllabique et homorythmique. Comme bon nombre d’œuvres, celle-ci paraît simple, mais pas dépourvue d’audaces harmoniques. On appréciera par exemple l’usage d’un chromatisme dans le mode mineur, comme figuralisme de la chute à cause du péché, « succure cadenti », ou encore de la conclusion d’un lumineux « Ave » de l’Ange Gabriel.

 

TROISIÈME DIMANCHE DE L’AVENT « GAUDETE » :

Messe n°6 « Aux cathédrales » : Cette messe a plusieurs noms, elle a été imprimée au départ comme Deuxième messe pour les sociétés chorales à 4 voix d’hommes en sol Majeur en 1862. Elle n’est pas considérée comme une messe solennelle, bien qu’elle comporte un credo, mais c’est plutôt l’écriture qui donne à voir une simplicité de traitement du chœur. Destinés à des chorales populaires ayant plus de 1500 choristes, les orphéons ont fait partie du développement musical religieux au cours du XIXe siècle et Gounod a pu le diriger de 1852 à 1860.

1er Festival des Orphéons de 1859 au Palais de l’Industrie.

Le chœur est au centre de la partition, il n’y a pas de parties solistes, l’orgue soutient le chœur : tout cela explique ainsi une efficacité dans le rendu sonore, où se dégage un effet massif, ample et dynamique, que l’on retrouve dans son Gloria, ou dans son Credo mais également dans la présence d’un Domine salvum, proche de la Messe en l’honneur de sainte Cécile.
Pour autant, à l’ampleur du Kyrie répond en négatif le Christe – où Gounod joue sur de plus grandes subtilités harmoniques – lequel évoque particulièrement la supplication de la triple invocation à Dieu. De même au Sanctus triomphant contraste le O Salutaris hostia, doux, tendre et recueilli. L’Agnus Dei, quant à lui, contient une atmosphère mystérieuse énoncée par un discours mélodique plus fragmenté harmoniquement, mais apaisée au dona nobis pacem grâce à la basse chantant sur la pédale de tonique.

Laudate Dominum, motet à deux voix de 1856, sur le psaume 116, republié en  1878 en appendice de la Messe de sainte Cécile (cf biographie de Gounod par Gérard Condé). Parfait exemple de simplicité et d’efficacité typique des chœurs d’opéras de Gounod, cette œuvre est composée au départ pour une sortie après l’Office des Vêpres.

Ainsi, cette louange apparaît à l’auditeur comme particulièrement enlevée de par l’énergie qu’elle dégage, dès le premier arpège ascendant sur la quarte, mais aussi par un lumineux Ut Majeur, ou encore par une écriture s’apparentant aux sonneries de vénerie.

La partie centrale, « Quoniam… » en sol Majeur, semble être le faire-valoir de la reprise du thème, bien que celle-ci soit toujours en montée jusqu’au déploiement d’un sol aigu prééminent sur « æternum. »

Le retour du thème donc, plus imposant encore, s’enrichit d’une rythmique Grand Siècle, à la manière de G.F. Haendel, soutenu par des enchaînements majestueux harmoniques cadentiels puissants et extrêmement conclusifs.

 

Prochaine partie : Temps de Noël

Claudio Casciolini – Missa sine nomine ad tres voces

Claudio Casciolini (1697 † 1760), chantre de Saint-Laurent in Damaso à Rome.
Missa sine nomine ad tres voces.
3 voix (SSA ou TTB).
8 pages – Fa ou Sol majeur.

Claudio Casciolini est l’un des meilleurs témoins de la reviviscence du stile antico au XVIIIème siècle à Rome. Son style est proche des compositions contemporaines du Padre Martini de Bologne : retour à un contrepoint mesuré a capella sans basse continue après les excès du baroque de la fin du XVIIème siècle, homorythmie quasi systématiques pour assurer la clarté du texte, préférence accordée aux effectifs à 3 voix (propre aux petites chapelles de musique, dépourvues d’enfants pour assurer les dessus).

Cette messe brève à 3 voix a capella, sans nom, constitue l’illustration parfaite de ce style qui fleurit en Italie au XVIIIème siècle & qui entend renouer avec le langage harmonique du stile antico tout en évitant son contrepoint complexe.

Il s’agit d’une messe brève sans Credo, qui ne présente pas de difficultés et peut se monter très aisément. Elle peut se donner à 3 voix d’hommes (manifestement l’effectif d’origine), mais aussi à 3 voix de femmes. En chœur mixte, la combinaison : ténors 1ère ligne – femmes 2nde ligne – basses 3ème ligne – peut également fonctionner (et évite aussi quelques passages de fausse basse dans lesquels la seconde voix passe sous la troisième).

Nous offrons deux versions de la partition, en sol majeur et en fa majeur.

Les premières mesures de la partition :

Messe à 3 voix de Claudio Casciolini - Kyrie

Messe solennelle de sainte Cécile

La messe traditionnelle pour les nuls

Nous reprenons tant le titre (un brin provoc, il s’agit bien sûr d’une allusion à l’excellente série d’ouvrages didactiques du même nom) que les images diffusées sur la page Facebook Messe traditionnelle, lesquelles constituent un beau « tutoriel » en images avant l’heure. Ces photos sont probablement d’origine française (le prêtre porte le rabat noir français traditionnel sur la photo du baptême) et datent vraisemblablement du début du XXème siècle.

1. Les prières au bas de l’autel.

Etant arrivé à l’autel avec le servant et ayant placé – à la messe basse – le calice voilé au centre de l’autel, le prêtre fait le signe de la croix et commence les prières au bas de l’autel. (A la messe haute, le calice est placé à la crédence).

2. La confession des péchés.

Joignant les mains, le prêtre s’incline et dit :

Confíteor Deo omnipoténti, Beatae Mariæ semper Virgini, Beato Michaeli Archangelo, Beato Ioanni Baptístæ, sanctis Apostolis Petro et Paulo, Omnibus Sanctis, et vobis, fratres: quia peccavi nimis cogitatióne, verbo et opere : mea culpa, mea culpa, mea maxima culpa. Ideo precor beátam Mariam semper Virginem, beátum Michaélem Archángelum, beátum Ioannem Baptístam, sanctos Apostolos Petrum et Paulum, omnes sanctos, et vos, fratres, orare pro me ad Dominum, Deum nostrum.

Je confesse à Dieu tout-puissant, à la bienheureuse Marie toujours Vierge, au bienheureux Michel Archange, au bienheureux Jean Baptiste, aux saints Apôtres Pierre & Paul, à tous les saints, et à vous, frères : car j’ai beaucoup péché, par pensée, par parole & par action : c’est ma faute, c’est ma faute, c’est ma très grande faute. C’est pourquoi je prie la bienheureuse Marie toujours Vierge, le bienheureux Michel Archange, le bienheureux Jean Baptiste, les saints Apôtres Pierre & Paul, tous les saints, & vous, frères, de prier pour moi le Seigneur notre Dieu.

3. La vénération des reliques des saints.

Le prêtre monte à l’autel, s’incline et dit la prière en l’honneur des saints dont les reliques sont contenues dans l’autel, pendant laquelle il baise celui-ci :

Orámus te, Dómine, per mérita Sanctórum tuórum, quorum relíquiæ hic sunt, et ómnium Sanctórum: ut indulgére dignéris ómnia peccáta mea. Amen.

Nous vous prions, Seigneur, par les mérites de vos Saints, dont nous avons ici les reliques, ainsi que de tous les saints, daignez me pardonner tous mes péchés. Amen.

4. La supplication litanique – le Kyrie.

Le Kyrie en grec est alterné par le prêtre et le servant 9 fois, symbolisant le chant des neufs chœurs angéliques louant la Trinité : les 3 premières invocations s’adressent au Père, les 3 suivantes au Fils, les 3 dernières au Saint-Esprit.

Kyrie, eleison.
Kyrie, eleison.
Kyrie, eleison.
Christe, eleison.
Christe, eleison.
Christe, eleison.
Kyrie, eleison.
Kyrie, eleison.
Kyrie, eleison.

5. La salutation du prêtre.

V/. Dominus vobiscum.
R/. Et cum spiritu tuo.

Le Seigneur soit avec vous.
Et avec votre esprit.

6. La (ou les) collecte(s).

La collecte est la première oraison propre de la messe, elle rassemble nos intentions particulières dans la grande intention que l’Eglise veut célébrer en ce jour.

7. L’Epître.

L’Epître est une lecture tirée ordinairement des lettres de saint Paul ou des autres Apôtres.

A la messe basse, le prêtre lit l’épître sur le missel placé du côté droit de l’autel, qu’on appelle pour cette raison « côté Epître ».
A la messe haute, le sous-diacre chante l’épître dans le chœur, face à l’autel, du côté Epître.

8. Les prières avant l’Evangile.

A la fin du graduel, du trait ou de l’alleluia, le prêtre revient au milieu de l’autel, s’incline et dit à voix basse les deux prières pour le préparer à annoncer l’évangile :

Munda cor meum, ac labia mea, omnípotens Deus, qui labia Isaíæ Prophétæ cálculo mundásti igníto : ita me tua grata miseratióne dignáre mundáre, ut sanctum Evangélium tuum digne váleam nuntiáre. Per Christum, Dóminum nostrum. Amen.

Purifiez mon cœur & mes lèvres, Dieu tout-puissant, qui avez purifié les lèvres du prophète Isaïe avec un charbon ardent ; daignez par votre miséricordieuse bonté me purifier, pour que je sois capable de proclamer dignement votre saint Evangile. Par le Christ notre Seigneur. Amen.

9. Le Lavabo.

Pendant l’offertoire, le prêtre va au coin de l’autel côté Epître et se purifie les doigts, en disant à voix basse le Psaume 25, versets 6 à 12 :

Lavábo inter innocéntes manus meas : et circúmdabo altáre tuum, Dómine :
Ut áudiam vocem laudis, et enárrem univérsa mirabília tua.
Dómine, diléxi decórem domus tuæ et locum habitatiónis glóriæ tuæ.
Ne perdas cum ímpiis, Deus, ánimam meam, et cum viris sánguinum vitam meam :
In quorum mánibus iniquitátes sunt : déxtera eórum repléta est munéribus.
Ego autem in innocéntia mea ingréssus sum : rédime me et miserére mei.
Pes meus stetit in dirécto : in ecclésiis benedícam te, Dómine.
Glória Patri, et Fílio, et Spirítui Sancto.
Sicut erat in princípio, et nunc, et semper, et in saecula saeculórum. Amen.

Je laverai mes mains pour être compté parmi les innocents, & je me tiendrai auprès de votre autel, Seigneur,
Pour entendre chanter vos louanges & raconter toutes vos merveilles.
Seigneur, j’aime la beauté de votre maison, le lieu où habite votre gloire.
Mon Dieu, ne laissez pas périr mon âme avec celle des impies, ma vie avec celle des hommes de sang,
Dont les mains sont ouvrières d’iniquité & dont la droite est pleine de présents fallacieux !
Pour moi, je marche dans l’innocence ; délivrez-moi, ayez pitié de moi.
Mon pied tient bon dans le droit chemin ; avec l’Eglise, je vous bénis, Seigneur.
Gloire au Père, & au Fils, & au Saint-Esprit.
Comme il était au commencement, & maintenant, & toujours, & dans les siècles des siècles. Amen.

10. La fin de l’offertoire : offrande des oblats à la Très-Sainte Trinité, en l’honneur des saints.

Súscipe, sancta Trinitas, hanc oblatiónem, quam tibi offérimus ob memóriam passiónis, resurrectiónis, et ascensiónis Jesu Christi, Dómini nostri : et in honórem beátæ Maríæ semper Vírginis, et beáti Ioannis Baptistæ, et sanctórum Apostolórum Petri et Pauli, et istórum et ómnium Sanctórum : ut illis profíciat ad honórem, nobis autem ad salútem : et illi pro nobis intercédere dignéntur in coelis, quorum memóriam ágimus in terris. Per eúmdem Christum, Dóminum nostrum. Amen.

Recevez, Trinité Sainte, cette offrande, que nous vous présentons en mémoire de la Passion, de la Resurrection et de l’Ascension de Jesus-Christ notre Seigneur ; et en l’honneur de la Bienheureuse Marie toujours Vierge, du Bienheureux Jean Baptiste, des Saints Apôtres Pierre et Paul, des saints dont les reliques sont ici, et de tous vos saints ; qu’elle serve à leur honneur et à notre salut, et que les saints dont nous faisons mémoire sur la terre daignent intercéder pour nous dans les cieux. Par le même Christ notre Seigneur. Amen.

11. La consécration du Corps du Seigneur

Qui prídie quam paterétur, accépit panem in sanctas ac venerábiles manus suas…

Lui qui, la veille où il devait souffrir, reçut du pain dans ses mains saintes & vénérables…

12. Elévation du Corps de Notre Seigneur.

O salutáris Hóstia
Quæ cœli pandis óstium.
Bella premunt hostília;
Da robur, fer auxílium.

Ô salutaire Hostie,
qui nous ouvre les portes du ciel,
les armées ennemies nous poursuivent,
donne-nous la force, porte-nous secours.

13. Elévation du Calice du Très Précieux Sang.

Uni trinóque Dómino
Sit sempitérna glória :
Qui vitam sine término,
Nobis donet in pátria.
Amen.

Au Seigneur unique & trine
Soit la gloire éternelle ;
Qu’il nous donne en son Royaume
La vie qui n’aura pas de fin.
Amen.

14. La petite élévation du Corps & du Sang du Seigneur à la fin du canon.

Per quem hæc ómnia, Dómine, semper bona creas, sancti ☩ ficas, viví ☩ ficas, bene ☩ dícis et præstas nobis.
Per ip ☩ sum, et cum ip ☩ so, et in ip ☩ so, est tibi Deo Patri omnipotenti, in unitáte Spíritus ☩ Sancti, omnis honor, et glória.
(Excelsa voce) : Per omnia saecula saecolorum. R/. Amen.

Par Lui, Seigneur, vous ne cessez de créer tous ces biens et vous les sancti†fiez, vous les vivi†fiez et vous les bénis†sez pour nous en faire don.
Par † Lui, avec † Lui, et en † Lui, à vous Dieu le Père † tout-puissant, en l’unité du Saint†Esprit, tout honneur et toute gloire.
(à haute voix) : Pour les siècles des siècles.
R: Amen.

15. Présentation du Corps du Seigneur aux fidèles avant la communion.

V/. Ecce Agnus Dei, ecce qui tollit peccáta mundi.
R/. Dómine, non sum dignus ut intres sub tectum meum, sed tantum dic verbo & sanábitur ánima mea.

Voici l’Agneau de Dieu, voici celui qui ôte les péchés du monde.
Seigneur, je ne suis pas digne que vous entriez sous mon toit, mais dites seulement une parole et mon âme sera guérie.

16. La communion des fidèles.

En Occident, la sainte communion se reçoit à genoux et sur la langue, en signe de respect pour la Très-Sainte Eucharistie. Le prêtre dit à chacun :

Corpus Dómini nostri Jesu Christi custódiat ánimam tuam in vitam ætérnam. Amen.

Le Corps de Notre Seigneur Jésus-Christ garde ton âme pour la vie éternelle. Ainsi soit-il.

17. La bénédiction finale.

Benedícat vos omnípotens Deus, Pater, et Fílius, ☩ et Spíritus Sanctus.
R/. Amen.

Que vous bénisse le Dieu tout-puissant, Père & Fils † & Saint-Esprit.
R/. Ainsi soit-il.

18. Au dernier évangile.

Avant de quitter l’autel, le prêtre récite au coin de l’Evangile le Prologue de saint Jean (1, 1-14) :

In princípio erat Verbum, et Verbum erat apud Deum, et Deus erat Verbum.

Au commencement était le Verbe, et le Verbe était auprès de Dieu, et le Verbe était Dieu.

Le saint baptême.

Le prêtre met un pan de son étole sur l’enfant, pour l’introduire dans l’église de Dieu, en l’appelant par son nom :

N., ingrédere in templum Dei, ut hábeas partem cum Christo in vitam ætérnam. R/. Amen.

N., entrez dans la maison de Dieu, afin d’avoir part avec le Christ à la vie éternelle. R/. Amen.

Marc-Antoine Charpentier – Messe (H. 1)

Marc-Antoine Charpentier (1643 † 1704), maître de la musique de Marie de Lorraine, duchesse de Guise, du Dauphin, fils de Louis XIV, des Jésuites & de la Sainte Chapelle.
Messe (H. 1).
4 voix (SATB), 8 solistes (SSAATTBB), 2 dessus instrumentaux & basse continue.
48 pages.

Cette messe qui ne porte pas de titre reçut le numéro 1 du catalogue des œuvres de Charpentier réalisé par Henry Wiley Hitchcock, et c’est plutôt à bon droit car nous sommes vraisemblablement en présence d’une des toutes premières compositions de jeunesse de Marc-Antoine.

Outre les parties habituelles de l’ordinaire (Kyrie, Gloria, Credo, Sanctus, Agnus Dei), cette messe comporte aussi – selon les traditions gallicanes – un Domine, salvum fac Regem (facticement séparé par Hitchcock sous le numéro H. 281) qui se donne à la fin de la communion ou de la messe. Comme pour d’autres messes de Charpentier, et selon les principes traditionnels de l’alternance, l’orgue figure également certaines parties de l’ordinaire de la messe : l’organiste – qui se doit d’improviser – joue ainsi en alternance avec le chœur dans le Kyrie. Il figure également le 1er Sanctus et le 3ème (Sanctus Dominus Deus Sabaoth). Le Benedictus n’est pas mis en musique, car il était aussi vraisemblablement figuré par l’organiste, de même que le 1er et le 3ème Agnus Dei ; on peut bien sûr chanter trois fois l’Agnus Dei, notre édition donne le texte avec dona nobis pacem également. De même, on pourrait aussi chanter un Benedictus en plain-chant, par exemple celui de la Missa De Angelis (messe VIII du Kyriale Vatican).

Quoiqu’œuvre de jeunesse, cette partition recèle plusieurs passages remarquables par la maîtrise de l’écriture harmonique doit fait preuve Charpentier, en particulier l’incroyable Crucifixus et le contrepoint habile du Domine, salvum fac Regem

Dans notre édition, nous avons – pour plus de clarté – repris un principe éditorial utilisé par Ballard au XVIIème siècle : les parties chantées par tous sont en caractères droits, les parties des 8 solistes en caractère italiques. La plupart du temps, les parties solistes sont indiquées dans le manuscrit de Charpentier : par exemple, 1. seul devant le dessus indique ainsi que c’est le premier soprano solo qui chante. Lorsque la mention du soliste devant intervenir est inexistante dans le manuscrit, nous l’avons le plus souvent portée entre parenthèses. Le plus souvent, cela se déduit du contexte des autres voix, mais dans le Sanctus, qui pose un vrai problème de compréhension de la partition (le manuscrit passant à deux chœurs réels pour les Hosanna), nous avons pris un parti pris interprétatif assez différent de celui suivi par l’édition du CMBV, qui devrait simplifier l’exécution. L’intonation du Gloria comme l’Ite missa est de la messe pourraient être repris de la Messe royale du Ier ton d’Henry du Mont. Le Credo pourrait utiliser également l’intonation de la Messe royale de du Mont (ce qui joue sur un effet de bascule ut mineur / ut majeur) ou alors emprunter son intonation au Credo III.

Le total des 8 solistes peut être réduit à 5 (SSATB), mais les effets de polychoralité qu’induit le double quatuor soliste sont évidemment perdus. Les deux dessus sont nécessaires ; comme ils dialoguent à certains moments, une disposition spaciale intéressante consiste à placer les deux quatuors en arc de cercle (plus ou moins face-à-face) dans l’ordre : BTAS-SATB

Le chœur peut être compris comme la réunion des deux groupes solistes, il constitue alors un double quatuor vocal. Cependant, le style d’écriture assez simple des parties chorales peut laisser entendre une masse vocale plus importante, le dialogue avec le double petit chœur des solistes avec un grand chœur plus important présente alors un réel enrichissement.

Le manuscrit contient des passages en apparence fautifs (Catherine Cessac estime que la partition n’a pas reçu un traitement soigné dans sa transcription par Charpentier). Nous avons pris le parti de laisser la plupart de ceux-ci, signalant juste une correction que nous avons effectuée dans le Gloria dans la partie du second dessus instrumental.

Nous proposons cette partition avec soit le Domine, salvum fac Regem, soit – pour une utilisation liturgique – le Domine, salvum fac Galliam. Nous proposons également le matériel d’orchestre en une partition de 20 pages, comportant en trio les deux dessus instrumentaux & la basse continue.

Les premières mesures de cette partition :

Hans Leo Hassler – Missa Octava

Hans Leo Hassler (1564 † 1612).
Archimusicien de la cité de Nuremberg. Organiste & maître de chapelle de l’Electeur de Saxe.
Missa Octava.

8 voix mixtes (SATB-SATB)
& basse continue.
40 pages.

Dernière d’une série de 8 messes composées par Hassler, la Missa Octava est sans doute une œuvre de jeunesse de ce compositeur bavarois qui était parti en 1584 à Venise étudier la musique auprès d’Andrea Gabrieli, près de qui, très vraisemblablement, il découvrit les œuvres d’Eglise à plusieurs chœurs. Cette messe – où abondent les sauts d’octave – constitue du reste le premier témoignage en Allemagne de polychoralité. Nous proposons cette partition en deux tonalités : ut et si bémol majeur.

Les premières mesures de cette partition :
Hans Leo Hassler - Missa Octava - Kyrie transposé en Si bémol Majeur