Vous êtes chanteurs ou instrumentistes et vous souhaitez vous engager au service de la liturgie traditionnelle, n’hésitez pas à nous rejoindre !

La Schola Sainte Cécile chante dans la basilique Saint-Pierre de Rome au Vatican

Nous offrons des cours de chant gratuits chaque samedi de 16h30 à 17h30 : travail du souffle, pose de voix, vocalises, découverte du chant grégorien et du chant polyphonique.

Les Petits Chantres de Sainte Cécile - maîtrise d'enfants

Votre enfant a entre 8 et 15 ans et souhaite chanter ? Inscrivez-le aux Petits Chantres de Sainte Cécile (filles et garçons). Répétitions le mercredi à 18h30 et le dimanche à 10h30.

Retrouvez les partitions que nous éditons, classées par temps liturgique ou par compositeur. Elles sont téléchargeables gracieusement.

Pie Jesu du Dies iræ de la Messe de funérailles des évêques de Langres du chanoine Nicolas Mammès Couturier

Chanté par la Schola Sainte Cécile à la messe solennelle de Requiem du 2 novembre dernier.

Télécharger la partition complète du Requiem dit des Evêques de Langres du Chanoine Couturier d’où est extrait ce Pie Iesu.

Une prose à saint Michel par Adam de Saint-Victor – Laus erumpat ex affectu

Laus erumpat ex affectu - Prose de saint Michel d'Adam de Saint-Victor

Cette prose Laus erumpat ex affectu en l’honneur de saint Michel archange fut composée par Adam de Saint-Victor (c. 1112 † c.1146), préchantre de Notre-Dame de Paris. Comme une douzaine d’autres séquences du même auteur, cette prose est établie sur le même type mélodique que sa fameuse séquence Laudes Crucis attollamus, composée pour les fêtes de la Croix. Sur ce même thème fut modulé par la suite au XIIIème siècle la fameuse séquence de la Fête-Dieu, Lauda, Sion, Salvatorem. Dans la partition ci-dessus, les doubles barres marquent l’alternance des chœurs, ceux-ci peuvent se rejoindre pour le dernier vers et l’Amen final.

Cette séquence de saint Michel, née à Paris dans le contexte de la liturgie parisienne, s’est répandue un peu partout dans l’espace de l’ancien empire carolingien au cours du Moyen-Age. En particulier, elle fut en usage au Mont-Saint-Michel depuis le XIIème siècle jusqu’à la Révolution, et dans le diocèse de Coutances, depuis le XIIème siècle jusqu’en 1778, où on lui substitua la moderne Angelorum solemnia, qui lui est inférieure. La prose Laus erumpat ex affectu était utilisée au Mont-Saint-Michel non seulement pour la fête universelle du 29 septembre mais également pour la fête du 16 octobre qui commémore dans les diocèses normands l’apparition de saint Michel Archange au Mont Tombe et la dédicace de la Basilique du Mont-Saint-Michel.

En voici le texte et sa traduction par dom Guéranger :

LAVS erumpat ex affectu,
Psallat chorus in conspectu
Supernorum civium :
Empressée soit la louange ; que notre chœur, du fond de l’âme, chante en présence des citoyens des cieux :
Laus jocunda, laus decora,
Quando laudi concanora
Puritas est cordium.
Agréée sera-t-elle et convenable, cette louange, si la pureté des âmes qui chantent est à l’unisson de la mélodie.
MICHÆLEM cuncti laudent,
Nec ab hujus se defraudent
Diei lætitia :
Que Michaël soit célébré par tous ; que nul ne s’excommunie de la joie de ce jour :
Felix dies qua sanctorum
Recensetur Angelorum
Sollemnis victoria.
Fortuné jour, où des saints Anges est rappelée la solennelle victoire !
DRACO vetus exturbatur
& draconis effugatur
Inimica legio :
L’ancien dragon est chassé, et son odieuse légion mise en fuite avec lui ;
Exturbatus est turbator
& projectus accusator
A cœli fastigio.
Le troubleur est troublé à son tour, l’accusateur est précipité du sommet du ciel.
SVB tutela Michaelis
Pax in terra, pax in cœlis,
Laus & jubilatio :
Sous l’égide de Michel, paix sur la terre, paix dans les cieux, allégresse et louange ;
Cum sit potens hic virtute,
Pro communi stans salute,
Triumphat in prœlio.
Puissant et fort, il s’est levé pour le salut de tous, il sort triomphant du combat.
SVGGESTOR sceleris,
Pulsus a superis,
Per hujus aeris
Oberrat spatia :
Banni des éternelles collines, le conseiller du crime parcours les airs, dressant ses pièges, dardant ses poisons ;
Dolis invigilat,
Virus insibilat,
Sed hunc adnihilat
Presens custodia.
Mais les Anges qui nous gardent réduisent à néant ses embûches.
TRES distinctæ hierarchiæ
Jugi vacant theoriæ
Jugique psallentio :
Leurs trois distinctes hiérarchies sans cesse contemplent Dieu et sans cesse le célèbrent en leurs chants ;
Nec obsistit theoria
Sive jugis harmonia
Jugi ministerio.
Ni cette contemplation, ni cette perpétuelle harmonie ne font tort à leur incessant ministère.
O quam miræ caritatis
Est supernæ civitatis
Ter terna distinctio :
O combien admirable est dans la céleste cité la charité des neufs chœurs !
Quæ nos amat & tuetur,
Vt ex nobis restauretur
Ejus diminutio.
Ils nous aiment et ils nous défendent, comme destinés à remplir leurs vides.
SICVT sunt hominum
Diversæ gratiæ,
Sic erunt ordinum
Distincte gloriæ
Iustis in præmio ;
Entre les hommes, diverse est la grâce ici-bas ; entre les justes, divers seront les ordres dans la gloire au jour de la récompense.
Solis est alia
Quam lunæ dignitas,
Stellarum varia
Relucet claritas :
Sic resurrectio.
Autre est la beauté du soleil, autre celle de la lune ; et les étoiles diffèrent en leur clarté : ainsi sera la résurrection.
VETVS homo novitati,
Se terrenus puritati
Conformet cœlestium :
Que le vieil homme se renouvelle, que terrestre il s’adapte à la pureté des habitants des cieux :
Coæqualis his futurus,
Licet nondum plene purus,
Spe præsumat præmium.
Il doit leur être égal un jour ; bien que non pleinement pur encore, qu’il envisage ce qui l’attend.
VT ab ipsis adjuvemur
Hos devote veneremur,
Instantes obsequio :
Pour mériter le secours de ces glorieux esprits, vénérons-les dévotement, multipliant envers eux nos hommages ;
Deo nos conciliat
Angelisque sociat
Sincera devotio.
Un culte sincère rend Dieu favorable et associe aux Anges.
DE secretis reticentes
Interim cœlestibus,
Erigamus puras mentes
In cœlum cum manibus :
Taisons-nous des secrets du ciel, en haut cependant élevons et nos mains et nos âmes purifiées :
Vt superna nos dignetur
Cohæredes curia,
& divina collaudetur
Ab utriusque gratia.
Ainsi daigne l’auguste sénat voir en nous ses cohéritiers ; ainsi puisse la divine grâce être célébrée par le concert de l’angélique et de l’humaine nature.
CAPITI sit gloria
Membrisque concordia. Amen.
Au Chef soit la gloire, aux membres l’harmonie ! Amen.

La partition donnée ci-dessus au début de cet article est issue du répertoire de l’Abbaye de la Lucerne-d’Outremer où le valeureux Abbé Lelégard (1925 † 1994) faisait naguère revivre les antiques traditions du diocèse de Coutances.

En voici une partition médiévale, extraite du fameux Prosaire de la Sainte-Chapelle de Paris, manuscrit daté des environs de 1250 et conservé à la bibliothèque du chapitre de Saint-Nicolas de Bari, édité par dom Hesbert en 1952 (pages 228 à 231).

Nobilis, humilis – Une hymne norvégienne à saint Magnus

Un récent séjour aux Iles Orcades me donne le propos d’un petit article sur une hymne magnifique en l’honneur de saint Magnus qui y fut jadis composée, laquelle constitue un témoin important dans l’histoire de la musique sacrée occidentale.

En voici le début dans le manuscrit du XIIIème siècle conservé à l’université d’Uppsala :

Et en voici une splendide interprétation par La Maurache et l’Ensemble Fulbert de Chartres (Musica Cathedralis – Disque Arion ARN 268428 – 1998) que je vous invite à découvrir :

https://schola-sainte-cecile.com/wp-content/2011/07/1-01-Hymne-a-Saint-Magnus.mp3

En voici une transcription en notation moderne :

I. Nobilis, humilis, Magne martyr stabilis,
Habilis, utilis, comes venerabilis
Et tutor laudibilis tuos subditos
Serva carnis fragilis, mole positos.
I. Magnus, noble et humble martyr puissant,
Valeureux, seriable, vénérable compagnon
Et guide digne de louanges, protège tes sujets
Devant le danger où ils sont, par la faiblesse de la chair.
II. Præditus, cœlitus, dono Sancti Spiritus
Vivere, temere, summa caves opere
Carnis motus premere, studes penitus
Ut carnis in carcere, regnet spiritus.
II. Pourvu du don du Saint-Esprit, tu as pris soin
Dans toutes tes actions de vivre sans souci du lendemain
Et de réprimer les pulsions de la chair. Tu t’es profondément appliqué
Pour que, une fois obtenue la maîtrise de la chair, l’esprit règne.
III. Gravia, tedia, ferens pro justicia,
Raperis, terreris, donec ictu funeris
Abymis extolleris ad cœlestia
Sic Christo conjungeris per supplicia.
III. De graves dommages tu as subi par amour de la justice,
On t’a persécuté jusqu’à ce qu’un funeste coup
T’emporte des abîmes pour te porter en haut des cieux
Où par ton supplice, tu as pu t’unir au Christ.
IV. Pura gloria, signorum frequencia
Canitur, agitur, Christus benedicitur,
Et tibi laus redditur in Ecclesia
O quam felix cernitur hinc Orchadia.
IV. Ta pure gloire ainsi que tes nombreux miracles
Est chantée. Tu es béni par le Christ
Et nous proclamons ta louange dans toute l’Eglise
Depuis ces Orcades, îles bienheureuses.
V. Gentibus laudibus, tuis insistentibus
Gratiam, veniam & æternam gemmam,
Precuum preinstantiam propter optine
Hanc salvans familiam a discrimine.
V. Que le peuple qui chante sans cesse tes louanges
Obtienne grâce, pardon et biens éternels.
De grâce, écoute nos incessantes prières
Et préserve notre famille de la chute par le péché.

 

Cette hymne provient des Iles Orcades, archipel britannique situé au Nord de l’Ecosse. Les Orcades furent colonisées à partir du VIIIème siècle par les Vikings et dépendirent de la Norvège jusqu’au XVème siècle où elles furent annexées par l’Ecosse en dédommagement de la dot jamais payée de Marguerite de Danemark, épouse de Jacques III d’Ecosse.

Saint Magnus fut au XIIème siècle un des comtes norvégien des Orcades, mais le titre était revendiqué par un de ses cousins, qui n’hésita pas à le faire exécuter après l’avoir capturé de façon inique. Le comte Magnus subit le martyre le 16 avril 1117, priant pour ses bourreaux. Saint Magnus était de son vivant apprécié par les Orcadiens pour sa grande piété, son honnêteté et sa non-violence. Ces vertus ayant été glorifiées par le martyre, il devint le saint patron des îles Orcades et l’un des saints les plus vénérés de la Norvège catholique, avant la réforme protestante.

A Kirkwall, capitale des Orcades, on peut toujours voir la magnifique cathédrale édifiée très vite pour abriter les reliques de saint Magnus et qui fut consacrée dès l’an 1137. Le diocèse des Orcades était placé sous l’autorité de l’archevêque de Nidaros, en Norvège. Depuis la réforme protestante, la cathédrale Saint-Magnus de Kirkwall est occupée par les presbytériens écossais.

Néanmoins, on y a retrouvé tout à fait par hasard en 1917 les reliques de saint Magnus qui avaient été cachées dans un pilier depuis la réforme protestante.

Un rare exemple de polyphonie primitive notée : le gymel

Cette hymne à saint Magnus est un rare exemple de polyphonie primitive scandinave. Elle se retrouve dans un codex du XIIIème siècle conservé à l’Université d’Uppsala, mais pourrait être plus ancien et remonter à la fin du XIIème siècle. Sa polyphonie à deux voix s’inscrit dans le Vème ton ecclésiastique (mode de fa lydien). Elle est un parfait exemple du genre musical appelé gymel, dit encore gimel ou gemell. Ce terme dérive du latin gemellus, qui signifie jumeau, terme qui rend bien compte de cette technique d’harmonisation où les deux voix procèdent par tierces parallèles.

La notation du manuscrit d’Uppsala ne comporte pas d’indication rythmique ; le rythme de l’hymne a été déduit par les musicologues qui ont montré qu’elle est constituée de formules mélodiques et rythmiques que l’on retrouve dans des compositions vikings un peu postérieures. On serait donc en présence d’une adaptation à la liturgie latine des formules traditionnelles employées pour le chant des sagas scandinaves.

La caractéristique du gymel est d’employer l’intervalle de tierce, lequel était considéré comme un intervalle dissonant à cette époque sur le continent européen, probablement parce que la musique européenne de l’époque était fondée sur les considérations pythagoricienne des intervalles. La gamme de Pythagore donne des quintes justes pures, mais les tierces ne sonnent pas très bien dans ce système. Ce chant de Vikings devait paraître très étranges aux oreilles étrangères, qui réprouvaient l’usage de la tierce. Du reste, les commentateurs arabes avaient comparé le chant des Vikings, peu familiers à leurs oreilles, au hurlement des loups ou des chiens !

Un texte de l’archidiacre Giraud de Barri, ecclésiastique gallois du XIIème siècle, semble indiquer la large diffusion dans le Nord de la Grande-Bretagne du chant en tierces parallèles de style gymel, et Giraud indique que cette technique provient manifestement des Vikings :

In borealibus quoque majoris Britanniae partibus, trans Humbriam scilicet Eboracique finibus, Anglorum populi qui partes illas inhabitant simili canendo symphonica utuntur harmonia: binis tamen solummodo tonorum differentiis et vocum modulando varietatibus, una inferius submurmurante, altera vero superne demulcente pariter et delectante. Nec arte tamen sed usu longaevo et quasi in naturam mora diutina jam converso, haec vel illa sibi gens hanc specialitatem comparavit. Qui adeo apud utramque invaluit et altas jam radices posuit, ut nihil hic simpliciter, nihil nisi multipliciter ut apud priores, vel saltem dupliciter ut apud sequentes melice proferri consueverit; pueris etiam, quod magis admirandum, et fere infantibus, cum primum a fletibus in cantus erumpunt, eandem modulationem observantibus.

Angli vero, quoniam non generaliter omnes sed boreales solum hujusmodi vocum utuntur modulationibus, credo quod a Dacis et Norwagiensibus qui partes illas insulae frequentius occupare ac diutius obtinere solebant, sicut loquendi affinitatem, sic et canendi proprietatem contraxerunt.

*
Dans le nord de la Grande-Bretagne, au-delà de l’Humber, et dans la région d’York, les peuples Angles qui habitent ces régions utilisent le même genre de chant par harmonie symphonique : mais avec une variété de seulement deux mélodies vocales de tons distincts, l’une, inférieure, murmure, l’autre au-dessus, est tout aussi apaisante et charme l’oreille. Pourtant, dans ces deux régions, ce style particulier est acquis non par étude, mais par un long usage, de sorte qu’il est devenu en quelque sorte une habitude de seconde nature. Et cela est devenu si fort dans les deux pays, et pris de telles racines, que l’on n’entend jamais le chant simple, mais soit avec beaucoup de voix comme dans l’ancien [Pays de Galles], ou toutefois au moins deux comme dans ce dernier [nord de l’Angleterre]. Et ce qui est encore plus merveilleux, c’est que même les enfants, et presque même les nourrissons, dès qu’ils passent des larmes au chant, suivent cette même façon de chanter.

Les Anglais cependant ne font généralement pas usage de cette manière de chanter, mais seuls les habitants du Nord ; aussi je crois que c’est par les Danois et les Norvégiens, qui ont souvent occupé ces parties de l’île et avaient l’habitude de les tenir pour de longues périodes, que les habitants ont acquis leurs affinités dans leur façon de parler et leur manière particulière de chanter.

Cette hymne de saint Magnus est un témoin important dans l’histoire de la musique occidentale et nous donne un écho des traditions orales qui devaient être largement pratiquées dans les chrétientés nordiques.

Hymne de saint Magnus, f° 19v° & 20 r° du manuscrit C233 de la Bibiliothèque de l’Université d’Uppsala.

Prose parisienne de la fête de saint Pierre & saint Paul – Offices notés complets de Paris – 1899

La composition de cette prose est de Simon Gourdan (1646 † 1729), chanoine de Saint-Victor. En voici le texte et une traduction ancienne.

TE laudámus, o Regnátor,
O pastórum, Christe, Pastor,
Summis in Princípibus.
Nous te louons, ô Souverain, ô Christ, Pasteur des pasteur, en la personne de ces premiers pasteurs.
Tibi memor gratulétur,
Et concéssis gloriétur
Pia plebs paréntibus.
Que le peuple fidèle te rende grâces et te glorifie pour les avoir reçus comme pères.
HI sunt Sion fundaménta,
Hi colúmnæ, fulciménta,
Turres, propugnácula.
Ce sont eux les fondements de Sion, ce sont eux ses colonnes, ses tours, et ses soutiens.
Hi bissénæ turbæ duces,
Hi stellántis aulæ faces,
Orbis et orácula.
Ce sont eux les chefs du troupeau, ce sont eux les flambeaux du ciel et les oracles de l’univers.
HIS ambóbus orbis cessit,
His ambóbus nox recéssit
Pulsa lumináribus.
Tous deux ont subjugué le monde, tous deux ont dissipé les ténèbres par les lumières de la foi.
Petro vertex principátus,
Paulo verbi magistrátus
Obtigit in géntibus.
Pierre reçoit la grâce de la primauté et Paul la prérogative d’apôtre des nations.
ILLI claves committúntur :
Huic arcánæ res pandúntur
Rapto super æthera.
Les clefs sont confiées à Pierre, à Paul la révélation des mystères cachés en étant enlevé au-dessus des cieux.
Hæc fœcúnda nos lactárunt
Ore, scriptis, et potárunt
Sponsæ matris úbera.
Ils sont comme les mamelles de l’Eglise notre mère, puisqu’ils nous ont abreuvés du lait de la foi par leur prédication et par leurs écrits.
ARCEM impérii
Christo subjíciunt,
Et sacerdótii
Caput stabíliunt.
Ils soumettent au Christ la capitale de l’Empire, et y établissent le siège du sacerdoce.
Athlétæ férvidi
Debéllant númina :
Torréntes límpidi
Manant in flúmina.
Athlètes intrépides, ils abattent les idoles ; torrent limpides, ils arrosent le champ de l’Eglise.
NAVIS Petri non quassátur,
Contra fluctus obfirmátur ;
Hac in arca grex salvátur
Integer credéntium.
La barque de Pierre est inébranlable, elle résiste à la fureur des flots ; c’est dans cette arche que le troupeau des croyants est à couvert du naufrage.
Quin olympus reserátur,
Vel indígnis obserátur,
Sors ætérna temperátur
Ad Petri judícium.
Sur l’ordre de Pierre, le ciel s’ouvre ou bien se ferme, les destinées éternelles sont décidées.
QUANTA cœlo merces datur !
Cruce Petrus consummátur,
Ferro Paulus obtruncátur :
Sic se litant hóstiæ.
Que leur récompense est grande dans le ciel ! Pierre consume ses jours sur la croix, et Paul par le fer ; ainsi s’immolent-ils en hosties.
Hic triúmphus bellatórum :
Hæc coróna magistrórum :
Binum lumen oculórum
Sic micat Ecclésiæ.
Tel est le triomphe de ces soldats, telle est la couronne de ces maîtres, ainsi brillent ceux qui sont comme les deux yeux de l’Eglise.
PETRE, radix unitátis,
Paule, jubar veritátis,
Super astra qui regnátis,
Datæ jure potestátis
Nos e cœlo régite.
Pierre, racine de l’unité, Paul, rayon perçant de la vérité, vous régnez au-dessus des cieux ; comme vous en avez reçu le pouvoir, conduisez-nous nous aussi au ciel.
Quos in fide genuístis,
Quos præcéptis imbuístis,
Quos exémplo docuístis,
Quos cruóre perfudístis,
Deo nos conjúngite. Amen. Allelúia.
Ceux que vous avez engendrés dans la foi, que vous avez nourris de vos leçons, que vous avez enseignés par vos exemples et pour qui vous versâtes votre sang, unissez-les à Dieu. Amen. Alleluia.

2 pièces de l’ancien office primitif liégeois de la Fête-Dieu

En 1246, lorsque le prince-évêque de Liège, Robert de Torote, établi en son diocèse la célébration de la Fête-Dieu à la suite des visions de sainte Julienne de Cornillon, il fallut établir un office & une messe pour la nouvelle fête. La composition des nouveaux textes et de leurs mélodies fut confiée à Jean de Cornillon, prêtre, lequel travailla en collaboration avec sainte Julienne.

A la suite du miracle eucharistique de Bolsena en 1263, le pape Urbain IV, ancien confesseur de sainte Julienne, étendit à toute l’Eglise la Fête-Dieu par la bulle « Transiturus de hoc mundo » du 8 septembre 1264. Il confia alors à saint Thomas d’Aquin la rédaction d’un nouvel office et d’une nouvelle messe, et c’est l’admirable travail de saint Thomas que nous chantons toujours aujourd’hui, avec des pièces universellement célèbres comme l’hymne Pange lingua, l’antienne de Magnificat O quam suavis est ou la séquence Lauda Sion.

Pourtant, dans la principauté de Liège elle-même, l’ancien office composé par Jean de Cornillon subsista avant d’être finalement supplanté par celui de saint Thomas d’Aquin et de disparaître complètement au XVIème siècle. Certes l’œuvre de saint Thomas est inégalable de par sa densité théologique, mais celle de Jean de Cornillon n’était pas sans mérites ; en particulier, on pourra apprécier la réelle beauté musicale, la composition du plain-chant étant originale, là où saint Thomas « centonise » le plus souvent, c’est-à-dire reprend tous les grands « tubes » du répertoire en leur donnant des textes nouveaux.

Nous avons la grâce de chanter cette année la messe et la procession de la Fête-Dieu à Liège, en la cité même où cette belle fête fut instituée la première fois sous le vocable de Festum Eucharistiæ, la Fête de l’Eucharistie. Nous utiliserons bien sûr les livres romains toutefois nous chanterons au Salut du Très-Saint Sacrement des pièces tirées de l’ancien office de Jean de Cornillon.

Antienne du Magnificat des IIndes vêpres

Jésus, plein de bonté & de bénignité, salut véritable & notre sanctification, suave satiété des anges, hostie glorieuse, céleste, douce comme le miel, faites-nous parvenir dans votre gloire. Là nous ne verrons plus en figure, comme ici-bas, mais directement & sans voiles, lorsque vous apparaîtrez tout en tous Dieu béni à jamais.

Séquence de la messe de la Fête-Dieu

Sequentia

Séquence
Laureata plebe fidelis
Sacramento Christi carnis,
Laude regem gloriae.
Peuple fidèle, le sacrement du corps du Christ est ton diadème : loue le Roi de gloire.
Nam cum regnans sit in caelis,
Cum effectu suae mortis
Se praebet cotidie.
Il règne dans le ciel, mais il se donne chaque jour avec le fruit de sa mort.
Ut pretium pro peccatis
Fiat virtus passionis
Et augmentum gratiae,
La vertu de sa passion devient le prix de notre rachat et une augmentation de grâce.

Missa confert ista nobis;
Ergo digne sit solemnis
Missae cultus hodie.
C’est le sacrifice de la messe qui nous assure ces bienfaits : entourons-le aujourd’hui d’un éclat spécialement solennel.

Hoc signavit vitae lignum,
Melchisedech panem vinum,
Ut placaret trinum-unum,
Offerens altissimo ;
Ce mystère a été annoncé en figure : l’arbre de vie ; l’offrande de pain et de vin, présentée au Très-Haut par Melchisédech, pour apaiser le Dieu un et trine ;

Aser quoque pinguis cibus
Delicias dans regibus,
Nam regalis est hic cibus
Pane sacratissimo.
Aser qui reçut en héritage de son père Jacob le pain nourrissant, délices des rois, car véritablement notre pain très-saint est nourriture royale.

Et hoc quidem designavit
Agnus sine macula,
Quem edendum immolavit
Quondam lex mosaica.
Une autre figure est 1’Agneau sans tache qu’autrefois la Loi mosaïque immolait et faisait manger par le peuple.
Agnus legis iam cessavit,
Supervenit gratia,
Christi sanguis dum manavit
Mundi tollens crimina.
Cet Agneau a disparu. La Grâce a succédé à la Loi, lorsque le sang du Christ fut versé pour effacer les péchés du monde.

Caro cuius tam serena
Nobis esca sit amoena
Fidei mysterio.
Que sa chair sans défaut soit notre douce nourriture dans le mystère de la foi.

Quam provide mana caeli
Figuravit Israeli
Nobili praesagio.
Symbole célèbre, la manne tombée du ciel préfigure cette nourriture devant le peuple d’Israël.

Esca fuit temporalis
In deserto datum manna,
Christus panis est perennis
Dans aeterna gaudia.
Dans le désert, la manne ne fut donnée en nourriture que pour un temps ; le Christ est le pain permanent, qui procure les joies éternelles.

Hic est panis salutaris,
Per quem datur nobis vita,
Hic est calix specialis
Cuius potus gratia.
C’est le pain salutaire qui nous infuse la vie; c’est le calice choisi d’où découle la grâce.
Hic est esus pauperum,
Nullum quaerens pretium
Sed mentes fidelium,
Pacis praebens copiam.
Il est l’aliment des pauvres ; il ne demande en prix aux fidèles que leur âme, et leur assure en retour une abondance de paix.
O dulce convivium
Supernorum civium,
In terris viaticum
Nos ducens ad patriam.
O doux banquet des habitants du ciel, vous êtes sur la terre notre viatique, et vous nous conduisez vers la patrie.
Vitae via, lux perennis,
Satians refectio,
Christe, confer vitam nobis
Hoc sacro convivio.
Chemin de la vie, lumière éternelle, ô Christ, vous qui rassasiez pleinement, donnez-nous la vie en ce saint banquet.
Ut aeterno cum supernis
Perfruamur gaudio,
Quod ostendet deitatis
Manifesta visio.
Faites-nous jouir, avec les bienheureux, de la joie éternelle, qui résultera de la vision parfaite de la
divinité.
Vive panis, vivax unda,
Vera vitis et fecunda,
Vitae da subsidia.
Pain vivant, breuvage vivifiant, seule vraie vigne et féconde, ranimez notre vie.
Sic nos pasce, sic nos munda,
Ut a morte nos secunda
Tua salvet gratia.
Nourrissez-nous, purifiez-nous, et que votre grâce nous préserve de la mort éternelle.
Nam effectus tuae mortis
Nos emundat a peccatis
Per missae mysteria..
Votre mort a pour effet de nous purifier de nos péchés par le mystère de l’autel.
Summæ templum Trinitatis
Sempitemam confer nobis
Gloriam in patria.
Temple de la souveraine Trinité, procurez-nous la gloire éternelle dans la patrie.
Iesu, decus angelorum,
Spoliator infernorum
Humili victoria,
Jésus, gloire des anges, vainqueur de l’enfer à qui, par votre humilité, vous avez arraché sa proie,
Honor caeli, lux sanctorum,
Salus mundi, fons bonorum,
Tibi laus et gloria. Amen.
A vous, lumière des saints, salut du monde, source de tout bien, à vous louange et gloire. Amen.

Livret PDF avec ces deux pièces.

Source : Dom C. Lambot, Dom I. Fransen, L’Office de la Fête-Dieu primitive – Textes & mélodies retrouvées. Editions de Maredsous, 1946. 104 pages.
Ouvrage imprimé pour les festivités du VIIème centenaire de l’institution de la Fête-Dieu à Liège en 1946.

Chant du rit ambrosien pour l’Ascension

℟. Psallite Deo nostro, psallite, psallite, Regi nostro, psallite. ℟. Chantez pour notre Dieu, chantez, chantez pour notre roi, chantez.
℣. Omnes gentes plaudite manibus : * jubilate Deo in voce exultationis. ℣. Tous les peuples, battez des mains : jubilez pour Dieu par votre cri d’exultation.
℣. Elegit nos hæreditatem suam : * speciem Jacob quam dilexit. ℣. Il choisit pour nous son héritage : fierté de Jacob qu’il a aimé.
℣. Ascendit Deus in jubilo : * et Dominus in voce tubæ. ℣. Dieu monte au milieu des jubilations : et le Seigneur au son de la trompette.
℣. Regnabit Dominus super omnes gentes : * Deus sedet super sedem sanctam suam. ℣. Le Seigneur a régné sur toutes les nations : Dieu s’est assis sur le trône de sa sainteté.

Source : Liber vesperalis juxta ritum Sanctæ Ecclesiæ Mediolanensis, Rome, 1939. Alii cantus pro opportunitate adhibendi, p. 878.

3 curieuses litanies pour les Rogations dans l’ancien usage de Paris

Petite, et accipietis :
quærite, et invenietis :
pulsate, et aperietur vobis.
Comme chacun sait, les Rogations sont des processions de supplications et de pénitence instituées la première fois en Gaule par saint Mamert, évêque de Vienne vers 470. Le succès de ces processions de supplication fut immédiat dans la toute jeune France, puisque dès 511, le Concile d’Orléans réuni par le roi Clovis en parle dans ses 27ème & 28ème canons comme d’une institution bien établie :

27. Rogationes, id est Lætanias, ante Ascensionem Domini ab omnibus ecclesiis placuit celebrari, ita ut præmissum triduanum jejunium in Dominicæ Ascensionis festivitate solvatur ; per quod triduum servi et ancillæ ab omni opere relaxentur, quo magis plebs universa conveniat. Quo triduo omnis abstineant et quadraginsimalibus cibis utantur. 27. Il a paru bon que les Rogations, c’est-à-dire les Litanies, soient célébrées par toutes les églises avant l’Ascension du Seigneur ; que durant ces trois jours les serviteurs & les servantes soient dispensés de tout travail, afin que le peuple se réunisse plus au complet. Pendant ces trois jours, que tous fassent abstinence et usent des aliments de Carême.
28. Clerici vero qui ad hoc opus sanctum adesse contemserint, secundum arbitrium episcopi ecclesiæ suscipiant disciplinam. 28. Quant aux clercs qui mépriseraient d’être présents à cette sainte cérémonie, qu’ils subissent une peine ecclésiastique au libre arbitre de l’évêque.

Remarquons l’équivalence qu’établit le Concile d’Orléans entre les deux termes de Rogations et de Litanies. Ces prières de demande (rogare = demander) prennent en effet dès l’origine en Gaule la forme de litanies. Certes, comme en témoignent les manuscrits médiévaux ou les éditions imprimées des processionnaux, on chantait en France des psaumes et des antiennes pendant ces processions, mais le cœur des prières employées pour supplier Dieu à cette occasion et ce qui frappait le plus les esprit du peuple consistait en des litanies. La même équivalence sémantique a perduré depuis 511 jusqu’à nos jours dans le rit romain – qui accueillera sous le pape saint Léon III (†816) les cérémonies des Rogations -, puisqu’on les y désigne également sous le nom de Litanies mineures. Dans la liturgie romaine, rien ne distingue dans leur forme liturgique les processions des Rogations ou Litanies mineures, de celle qui a lieu le 25 avril en la fête de saint Marc, les litanies majeures, instituées elles par saint Grégoire le Grand. En France cependant, les anciens usages liturgiques des différents diocèses présentent au contraire une grande variétés de pièces particulières aux trois jours des rogations : psaumes, stations, antiennes, répons, mais surtout de nombreuses litanies ; en général tout ce répertoire change chacun des trois jours.

Les litanies autrefois en usage en France pour les Rogations pourraient se regrouper en 3 types principaux :

  • Le fond le plus ancien consiste en un type litanique issu des litanies diaconales de l’Orient byzantin, qu’on retrouve dans les litanies de Carême de la messe ambrosienne. Il est représenté principalement par la litanie dite de saint Martin, qui est sans doute la plus ancienne et qui commence par ℣. Dicamus omnes. ℟. Domine miserere. ℣. Ex toto corde, et ex tota mente, adoramus te. ℟. Domine miserere, etc… A chaque invocation, le peuple répond Kyrie eleison ou Domine miserere. Ces litanies n’invoquent pas les saints, mais supplient Dieu pour diverses nécessités concrètes. Elles constituent la partie la plus vénérable du répertoire liturgique français, remontant à l’époque de l’ancien rit des Gaules, et elles ont survécu dans certains diocèses français jusqu’au XIXème siècle.
  • Un second type de litanies en usage en France au Moyen-Age est tout à fait similaire aux litanies des saints que nous connaissons encore de nos jours au rit romain. Après le Kyrie initial et les invocations aux trois Personnes divines, ce sont la Vierge Marie et les saints qui sont invoqués. Souvent, ces litanies ne comportent pas les invocations que le rit romain ajoute après la liste des saints. On pourraient du reste comparer ces litanies des saints à des invocations aux saints similaires qui existent également aux complies byzantines. Il est vraisemblable que ce type de litanies des saints remonte à l’époque carolingienne.
  • Un troisième type parait avoir été initialement en faveur dans le Sud de la France mais, à la faveur des réformes liturgiques néo-gallicanes des XVIIème & XVIIIème siècles, a connu un grand regain d’intérêt et s’est largement diffusé. Aux invocations des saints s’entremêlent de courtes supplications à Dieu. L’archétype en est la litanie Aufer a nobis que le musicologue Amédée Gastoué donnait pour antique et originaire de Gaule Narbonnaise, souvent rééditée au XXème siècle. Nous allons retrouver plus bas cette litanie Aufer a nobis pour le mercredi des Rogations. Il est vraisemblable que l’on soit ici en présence d’un type originaire de la liturgie mozarabe qui a été synthétisé avec les litanies des saints du type précédent. A ce type on peut également rattacher les litanies versifiées et rythmées composées par l’école de Saint-Gall au IXème siècle : Ardua spes mundi & Humili prece, en usage dans beaucoup de diocèses.

L’usage de Paris au Moyen-Age comportait pour les Rogations des antiennes, des versets, des oraisons et les litanies des saints selon le second schéma ci-dessus. Ainsi, selon ce missel parisien du XIIIème siècle (folio 251 V° et suivant), Paris invoquait dans ses litanies des Rogations la Sainte Trinité, la Bienheureuse Vierge Marie, les 3 principaux archanges, saint Jean Baptiste, les Apôtres & Évangélistes, 91 martyrs, 51 confesseurs & 41 Vierges, en les chantant sur cette magnifique cantilène du premier ton :

Après une romanisation mal vécue de leur rit au début du XVIIème siècle, les liturgistes parisiens des XVIIème & XVIIIème siècle ont recherché dans les différentes traditions anciennes des Eglises de France ce qui méritait d’être mis à l’honneur et ont attribué aux trois jours des Rogations des litanies anciennes issues de diverses traditions françaises. Ces litanies appartiennent au 3ème type énoncé ci-dessus.

Nous les donnons ci-après pour les trois jours, d’après la très belle édition suivante :
Office de l’Eglise noté pour les festes et dimanches, à l’usage des Laïcs, par ordre de Monseigneur l’Archevêque. IVème partie, le Temps paschal. Paris, Libraires associés, 1760. Pages 67-72, 78-79 & 86-88.

Voici comment s’organisait les Rogations à Paris : une première procession a lieu au cours de laquelle on se rend d’une église à une autre (de l’église de collecte à l’église de station) en chantant les psaumes graduels avec des antiennes prolixes. A l’église stationale est chantée la messe, puis l’on revient à la première église en chantant les litanies. On termine en chantant l’antienne du saint auquel est dédiée l’église, son verset et son oraison (C’est l’usage commun du reste que lorsque la procession s’arrête dans un oratoire ou une église, on chante de même l’antienne, le verset et l’oraison de son titulaire).

A Saint-Eugène nous chantons bien sûr les Rogations selon le rit Romain, avec les litanies des saints avant la messe. Cependant, à la fin de la messe, quand la procession regagne la sacristie, nous chantons ces anciennes litanies, qui ne sont pas sans beauté musicale, loin s’en faut, et qui rappellent la variété des expressions de la foi en notre pays. Peut-être le lecteur en pourra faire son profit.

Quelques principes régissant cette édition musicale :

  • Les barres verticales ne sont pas des barres qui indiquent la respiration des chantres mais la distinction des mots, conformément à l’usage le plus ancien (les respirations doivent se déduire de la ponctuation).
  • Quand les rubriques parlent de cadence, il s’agit du motif que les chantres parisiens font depuis le Moyen-Age pour indiquer qu’ils passent le chant au chœur, et qui se traduit par la modification des dernières notes de la mélodie (on parle selon le cas de périélèse et de diaptose). Comparez ainsi dans la première litanie, le Christe audi nos des enfants et celui du chœur.

Flashmob pascale à Beyrouth

Au son du tropaire pascal byzantin en arabe et en grec :

en arabe :
المسيح قام من بين الأموات
و وطئ الموت بالموت
و وهب الحياة
للذين في القبور

transcription : Massiah qama min bein il amwat Wa wati’al mawta bu mawt Wa Wahab al hayata lil ladhina fil qoubbour.

en grec : Χριστός ανέστη εκ νεκρών θανάτω θάνατον πατήσας και τοις εν τοίς μνήμασι ζωήν χαρισάμενος.

en slavon : Хрїстосъ воскресе изъ мертвыхъ, Смертїю смерть поправъ, И сущымъ во гробѣхъ животъ даровавъ!

en latin : Christus surrexit ex mortuis, per mortem mortem vicit, et his qui in tumulis erant vitam donavit.

en français : Le Christ est ressuscité des morts, par la mort il a vaincu la mort, et à ceux dans les tombeaux il a donné la vie.

Fichiers PDF : Cantus Passionis D.N. Jesu Christi secundum Matthæum, Marcum, Lucam & Joannem – 1953

Dans le rit romain, les quatre Passions des quatre évangéliques sont chantées au cours de la Semaine Sainte. Ce chant est assuré par trois diacres (différents du diacre de la messe), qui rejouent ainsi le drame sacré de la condamnation et de la mort du Christ. L’un des diacres, le Chroniste, chante le récit évangélique sur une voix médiane. Un autre diacre figure le Christ et chante toutes les interventions de Notre Seigneur sur un ton de basse. Le dernier diacre, appelé « Synagogue », chante toutes les interventions de tous les autres protagoniste de la Passion (aussi bien saint Pierre et les autres Apôtres que le Grand Prêtre, Pilate, Judas ou le Centurion romain), en faisant sa récitation à la quarte aiguë au dessus du chant du Chroniste.

A l’approche de la Semaine Sainte, il peut être utile à telle ou telle communauté célébrant le rit romain traditionnel de disposer des livrets des 4 passions. L’édition de 1953 (portant le n°10) comporte 3 livrets, l’un pour le Chroniste, un second pour le Christ et un troisième pour la Synagogue, donnant le récitatif retenu par l’édition Vaticane parmi de nombreuses variantes médiévales & locales. Les passions sont chantées par trois diacres au cours de la Semaine Sainte dans le rit romain traditionnel, selon l’ordre suivant :

  • Matthieu au dimanche des Rameaux
  • Marc au Mardi Saint,
  • Luc au Mercredi Saint,
  • Jean au Vendredi Saint.
  • A noter que dans le rit romain traditionnel, la dernière partie de la passion de chaque jour constitue l’évangile de la messe (et est chanté par le diacre de la messe en principe, avec les cérémonies usuelles sauf l’usage des luminaires des acolytes). De ce fait cette ultime partie voit son chant revêtu soit par l’un des récitatifs usuels de l’évangile de la messe, soit par un magnifique ton particulier en usage pour ces seuls 4 péricopes. Cette édition présente ce texte noté pour le ton particulier ou pour deux tons usuels de l’évangile. Le chant est noté sur les trois livrets, l’un des diacres passionnaires pouvant en effet se substituer au diacre de la messe si le nombre de ministres sacrés présents n’était pas suffisant.

    Cliquer sur une des images pour télécharger le fichier PDF.

    Chant des quatre Passions selon Matthieu, Marc, Luc et Jean

    Chant des quatre Passions selon Matthieu, Marc, Luc et Jean

    Chant des quatre Passions selon Matthieu, Marc, Luc et Jean

    A titre documentaire, voici également le chant des 4 passions, avec pour chacune, les trois récitatifs du Chroniste, du Christ & de la Synagogue à la suite, ce qui permet de saisir comment les différentes parties s’enchaînent.

    Marc-Antoine Charpentier – Judith (H. 391) : chœur Peccavimus Domine

    Marc-Antoine Charpentier (1643 † 1704), maître de la musique de Marie de Lorraine, duchesse de Guise, du Dauphin, fils de Louis XIV, des Jésuites & de la Sainte Chapelle.
    Chœur des fils d’Israël : Peccavimus Domine, extrait de l’histoire sacrée Judith (H. 391).
    4 voix (SATB) & basse continue.
    3 pages.

    Ce chœur peu connu de Charpentier et qui conviendra aux temps de pénitence est extrait de son oratorio, ou – pour reprendre sa terminologie – son histoire sacrée « Judith sive Bethulia liberata », vaste fresque biblique utilisant 7 solistes, chœur à 4 voix & orchestre (2 flûtes, 2 violons & basse continue).

    Le ton de la mineur (« tendre & plaintif » selon le tableau des énergie des modes de Charpentier) utilisé pour ce chœur rend admirablement les gémissements des fils d’Israël gémissant devant l’invasion des troupes assyriennes & le siège de Béthulie par Holopherne. Les changements de mesure de la partition (mesures 20-24 et 28-32) ne sont pas tant à notre sens des ruptures rythmiques (la battue restant la même) mais de lumineux changements dans l’expression harmonique dès que le texte évoque la bonté de Dieu. Voici le texte de ce chœur :

    Peccávimus, Dómine, peccávimus, injúste égimus, iniquitátem fécimus. Sed tu, quia pius es, miserére nostri. Nous avons péché, Seigneur, nous avons péché, nous avons commis ce qui était injuste, nous avons fait l’iniquité. Mais toi, parce que tu es bon, aie pitié de nous.

    Les premières mesures de cette partition :

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