Jean-François de Lallouette – O Rex gloriæ – motet de l’Ascension

Jean-François Baptiste de Lallouette (1651 † 1728), maître de chapelle de Notre-Dame de Paris.
O Rex gloriæ
2 voix égales (AT ou SA ou TB).
4 pages – Sol mineur (et transpositions en mi mineur).

O Rex glóriæ, Dómine virtútum, qui triumphátor hódie super omnes cœlos ascendísti : ne derelínquas nos órphanos, sed mitte promíssum Patris in nos Spíritum veritátis. Alleluia. O Roi de gloire, Seigneur des Armées, qui aujourd’hui est monté au plus haut des cieux en triomphateur, ne nous laisse pas orphelins, mais envoie-nous l’Esprit de vérité promis par le Père, alléluia.

Premier assistant de Lully dans sa jeunesse, Jean-François de Lallouette fut nommé maître de chapelle de la cathédrale de Rouen en 1693 avant de prendre la succession d’André Campra à Notre-Dame de Paris en novembre 1700. De cette carrière au service de la liturgie de nos cathédrales subsistent de nombreux petits motets à 1, 2 ou 3 voix.

Ce petit motet pour la fête de l’Ascension utilise le texte de l’antienne du Magnificat des secondes vêpres de la fête, antienne restée fameuse pour avoir été chantée par saint Bède le Vénérable sur son lit de mort avant que d’expirer, le 25 mai 735 (il y a donc 1082 ans de cela – et aujourd’hui, 25 mai 2017, est aussi cette année la fête de l’Ascension). Du reste, le ton de sol mineur utilisé par Lallouette correspond au second ton du plain-chant de cette antienne, selon l’habitude de transposition du second ton usuelle à l’époque baroque. De sorte qu’il est tout à fait possible de chanter cette antienne à la fin du Magnificat (à la reprise de l’antienne) au cours de l’office des secondes vêpres de l’Ascension. Du reste un usage courant à l’époque faisait reprendre en petit motets au lieu du plain-chant les antiennes de l’office à la fin des psaumes, les jours de fêtes. Il est bien sûr possible de chanter cette pièce en petit motet durant la messe ou au salut du Très-Saint Sacrement de l’Ascension ou de son octave.

Voici le plain-chant de cette antienne de Magnificat, du IInd ton, prise dans un antiphonaire parisien manuscrit des années 1650 – 1725 (BnF département de la Musique, Réserve 2293, pp. 248 & 249) :

Le petit motet de Lallouette est écrit pour Haute contre et Taille, mais pourrait être chanté sans difficulté par d’autres effectifs, par exemple par deux Dessus.

Les premières mesures de cette partition :

Programme de l’Ascension

Catéchisme sur l’Ascension.

Saint-Eugène, le jeudi 9 mai 2013, grand’messe de 11h.

Saint Augustin estimait que la fête de l’Ascension était d’institution apostolique. Cette fête est en effet très ancienne, même si dans les tous premiers temps de l’Eglise, l’Ascension du Seigneur était célébrée au jour de la Pentecôte, jointe à la descente de l’Esprit-Saint sur les Apôtres (cette disposition, qui nous paraîtra aujourd’hui curieuse, est encore attestée au début du IVème siècle par Eusèbe de Césarée et le récit de la pèlerine Egérie). L’institution d’une fête propre au 40ème jour après Pâques paraît remonter au dernier quart du IVème siècle, probablement après le premier Concile œcuménique de Constantinople de 381 qui défendit la divinité de l’Esprit-Saint (on voulut sans doute alors réserver la fête de la Pentecôte à la célébration seule du mystère de l’Esprit-Saint) – et il est possible que saint Grégoire de Nysse – dont on possède l’homélie pour l’Ascension de l’année 388 – fusse, sinon l’initiateur – du moins l’un des premiers propagateurs d’une célébration de l’Ascension au 40ème jour après Pâques au lieu du 50ème jour. La fixation de la célébration liturgique de l’Ascension au jeudi qui est le 40ème jour après Pâques, commune à partir de la fin du IVème siècle à tous les rits d’Orient & d’Occident, n’est bien sûr pas le fruit du hasard, notre Seigneur s’étant élevé vers le ciel 40 jours après sa résurrection ainsi que le rapporte saint Luc dans les Actes des Apôtres (« Il s’était aussi montré à eux depuis sa passion, et leur avait fait voir, par beaucoup de preuves, qu’il était vivant, leur apparaissant pendant quarante jours, et leur parlant du royaume de Dieu. » Actes 1, 3). Selon une tradition patristique ancienne (attestée par les Constitutions Apostoliques, livre V, chap. XIX.), l’ascension du Seigneur s’est produite à midi, aussi l’heure de sexte revêt une solennité particulière en ce jour : ainsi, à Rome, après la messe célébrée sur l’autel de Saint-Pierre, le Pape était couronné par les cardinaux et, vers l’heure de sexte, se rendait en procession solennelle au Latran, accompagné par les évêques et tout le clergé.

La liturgie traditionnelle connait en ce jour un symbole fort : afin de signifier le départ de notre Maître & Seigneur, après le chant par le diacre de l’évangile à la messe de ce jour, on éteint « le Cierge pascal, que nous vîmes allumer dans la nuit de la résurrection, et qui était destiné à figurer, par sa lumière de quarante jours, la durée du séjour de notre divin Ressuscité au milieu de ceux qu’il a daigné appeler ses frères » (dom Guéranger).

L’Ascension est une fête d’obligation pour l’Eglise universelle, ce qui signifie que l’assistance à la messe et la sanctification du jour en sont obligatoires, à l’instar d’un dimanche.

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