Programme du dimanche de la Pentecôte

Saint-Eugène, le dimanche 8 juin 2019, grand’messe de 11h. Secondes vêpres & salut du Très-Saint Sacrement à 17h45.

Sous le règne des figures, le Seigneur marqua déjà la gloire future du cinquantième jour. Israël avait opéré, sous les auspices de l’agneau de la Pâque, son passage à travers les eaux de la mer Rouge. Sept semaines s’écoulèrent dans ce désert qui devait conduire à la terre promise, et le jour qui suivit les sept semaines fut celui où l’alliance fut scellée entre Dieu et son peuple. La Pentecôte (le cinquantième jour) fut marquée par la promulgation des dix préceptes de la loi divine, et ce grand souvenir resta dans Israël avec la commémoration annuelle d’un tel événement. Mais ainsi que la Pâque, la Pentecôte était prophétique : il devait y avoir une seconde Pentecôte pour tous les peuples, de même qu’une seconde Pâque pour le rachat du genre humain. Au Fils de Dieu, vainqueur de la mort, la Pâque avec tous ses triomphes ; à l’Esprit-Saint, la Pentecôte, qui le voit entrer comme législateur dans le monde placé désormais sous sa loi.

Mais quelle dissemblance entre les deux Pentecôtes ! La première sur les rochers sauvages de l’Arabie, au milieu des éclairs et des tonnerres, intimant une loi gravée sur des tables de pierre ; la seconde en Jérusalem, sur laquelle la malédiction n’a pas éclaté encore, parce qu’elle contient dans son sein jusqu’à cette heure les prémices du peuple nouveau sur lequel doit s’exercer l’empire de l’Esprit d’amour. En cette seconde Pentecôte, le ciel ne s’assombrit pas, on n’entend pas le roulement de la foudre ; les cœurs des hommes ne sont pas glacés d’effroi comme autour du Sinaï ; ils battent sous l’impression du repentir et de la reconnaissance. Un feu divin s’est emparé d’eux, et ce feu embrasera la terre entière. Jésus avait dit : « Je suis venu apporter le feu sur la terre, et quel est mon vœu, sinon de le voir s’éprendre ? » L’heure est venue, et celui qui en Dieu est l’Amour, la flamme éternelle et incréée, descend du ciel pour remplir l’intention miséricordieuse de l’Emmanuel.
Dom Guéranger.

La descente du Saint-Esprit sur les Apôtres au Cénacle étant survenue à la troisième heure du jour, l’heure de Tierce est aujourd’hui célébrée très solennellement. Son hymne usuelle, Nunc Sancte nobis Spiritus est en ce jour et pendant toute l’octave remplacée par le chant solennel du Veni Creator. En France, il est de coutume que là où l’on ne peut chanter l’office de Tierce, la grand’messe de la Pentecôte soit précédée du chant public du Veni Creator – en réduction de l’office de Tierce -, chant auquel une indulgence plénière est accordée en ce jour aux conditions ordinaires.

> Catéchisme sur la Pentecôte

A la sainte messe :

IIndes vêpres du dimanche de la Pentecôte. Au salut du Très-Saint Sacrement :

  • Motet d’exposition : O salutaris sur le ton de Veni Creator
  • A la Bienheureuse Vierge Marie : Regina cœli, du VIème ton
  • Prière pour Notre Saint Père le Pape : Oremus pro Pontifice nostro du VIème ton, pour le Temps pascal.
  • A la bénédiction du Très-Saint Sacrement : Tantum ergo nancéen – mélodie du Ier ton en usage dans le diocèse de Nancy
  • Chant d’action de grâces pascal : Beata nobis gaudia, hymne de la Pentecôte, à laudes – texte de saint Hilaire de Poitiers († 367), père & docteur de l’Eglise – plain-chant d’après Charles de Courbes (1622)

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Télécharger le livret des secondes vêpres et du salut du Très-Saint Sacrement au format PDF.

La sainte messe sera chantée pendant l’octave de la Pentecôte : du mardi au vendredi à 19h et le samedi (samedi des Quatre-Temps) à 9h30. Pas de messe chantée le lundi en raison du Pèlerinage de Chartres.

Charles d’Ambleville (attr.) – Veni Creator Spiritus

Attribuable à Charles d’Ambleville (1588 † 1637), s.j., maître de musique du collège des Jésuites d’Orléans.
Veni Creator Spiritus
4 voix mixtes (SATB).
1 page – Sol mineur.

Veni Creátor Spíritus,
Mentes tuórum vísita,
Imple supérna grátia
Quæ tu creásti péctora.
Viens, Esprit Créateur,
Visite les âmes des tiens,
Emplis de la grâce d’en-haut
Les cœurs que tu as créés.
Qui Paráclitus díceris,
Donum Dei altíssimi,
Fons vivus, ignis, cáritas,
Et spiritális únctio.
Toi qui es dit le Paraclet,
Don du Dieu Très-Haut,
Source vive, feu, amour,
Et spirituelle onction.
Tu septifórmis múnere,
Dextræ Dei tu dígitus,
Tu rite promíssum Patris,
Sermóne ditans gúttura.
Tu es l’Esprit aux sept dons,
Le doigt de la dextre de Dieu,
L’Esprit promis par le Père,
Qui inspire nos paroles.
Accénde lumen sénsibus,
Infúnde amórem córdibus,
Infírma nostri córporis
Virtúte firmans pérpeti.
Allume en nos sens ta lumière,
Déverse ton amour en nos cœurs,
Guéris nos corps
En leur conférant ta force.
Hostem repéllas lóngius,
Pacémque dones prótinus :
Ductóre sic te prævio
Vitémus omne nóxium.
Repousse l’ennemi au loin,
Et donne-nous la paix bien vite ;
Sous ta conduite & ton conseil
Nous éviterons tout danger.
Per te sciámus da Patrem,
Noscámus atque Fílium,
Te utriúsque Spíritum
Credámus omni témpore.
Donne-nous par toi de connaître le Père,
Que nous connaissions aussi le Fils ;
Et qu’en toi, leur commun Esprit
Nous croyions en tout temps.
Doxologie pendant le temps pascal :
Glória Patri Dómino,
Natóque qui a mórtuis
Surréxit, ac Paráclito,
In sæculórum sæcula. Amen.
Gloire au Seigneur : au Père
Et au Fils, qui des morts
Est ressuscité, et au Paraclet,
Dans les siècles des siècles. Amen.
Doxologie hors le temps pascal :
Sit laus Patri cum Fílio,
Sancto simul Paraclito,
Nobisque mittat Fílius
Charísma Sancti Spíritus. Amen.
Louange soit au Père avec le Fils,
De même qu’au Saint-Esprit,
Et que le Fils nous envoie
Les charismes du Saint-Esprit. Amen.

Ce Veni Creator fait partie d’un recueil anonyme publié chez Ballard en 1623 (réimprimé en 1655) : Airs sur les Hymnes sacrez, Odes et Noëls pour chanter au catéchisme, le premier dessus comme étant le sujet sert pour chanter seul. Avec plusieurs excellens faux-bourdons sur les huict tons..

La paternité de cet ouvrage, dont l’édition fut manifestement commissionnée par les Jésuites de Paris, a été attribuée par le musicologue Amédée Gastouée au R.P. Charles d’Ambleville, compositeur de la Compagnie de Jésus, qui publiera des œuvres sous son nom propre en 1634 et 1636, peu de temps avant sa mort survenue en 1637. Cette attribution est plausible mais non démontrée.

Les œuvres de ce recueil de 1623 suivent une écriture bien verticale et non contrapunctique, afin de pouvoir être chantées aisément dans les séances de catéchisme. L’apparente simplicité de l’harmonie présente parfois de difficiles ambitus mélodiques très importants. C’est n’est pas le cas ici pour ce Veni Creator, hymne de la Pentecôte et fameuse prière au Saint-Esprit, écrite comme une pavane de la Renaissance.

L’Amen final manquait dans la partition éditée chez Ballard. Nous en proposons un, sur une simple cadence plagale.

Les premières mesures de cette partition :

Henry du Mont – Veni Creator Spiritus

Henry du Mont (1610 † 1684), abbé de  Silly, maître de la chapelle du roi Louis XIV, organiste de Saint-Paul & du duc d’Anjou, maître de musique de la Reine.
Veni Creator Spiritus
4 voix mixtes (SATB).
8 pages – Si bémol Majeur.

Veni Creátor Spíritus,
Mentes tuórum vísita,
Imple supérna grátia
Quæ tu creásti péctora.
Viens, Esprit Créateur,
Visite les âmes des tiens,
Emplis de la grâce d’en-haut
Les cœurs que tu as créés.
Qui Paráclitus díceris,
Donum Dei altíssimi,
Fons vivus, ignis, cáritas,
Et spiritális únctio.
Toi qui es dit le Paraclet,
Don du Dieu Très-Haut,
Source vive, feu, amour,
Et spirituelle onction.
Tu septifórmis múnere,
Dextræ Dei tu dígitus,
Tu rite promíssum Patris,
Sermóne ditans gúttura.
Tu es l’Esprit aux sept dons,
Le doigt de la dextre de Dieu,
L’Esprit promis par le Père,
Qui inspire nos paroles.
Accénde lumen sénsibus,
Infúnde amórem córdibus,
Infírma nostri córporis
Virtúte firmans pérpeti.
Allume en nos sens ta lumière,
Déverse ton amour en nos cœurs,
Guéris nos corps
En leur conférant ta force.
Hostem repéllas lóngius,
Pacémque dones prótinus :
Ductóre sic te prævio
Vitémus omne nóxium.
Repousse l’ennemi au loin,
Et donne-nous la paix bien vite ;
Sous ta conduite & ton conseil
Nous éviterons tout danger.
Per te sciámus da Patrem,
Noscámus atque Fílium,
Te utriúsque Spíritum
Credámus omni témpore.
Donne-nous par toi de connaître le Père,
Que nous connaissions aussi le Fils ;
Et qu’en toi, leur commun Esprit
Nous croyions en tout temps.
Glória Patri Dómino,
Natóque qui a mórtuis
Surréxit, ac Paráclito,
In sæculórum sæcula. Amen.
Gloire au Seigneur : au Père
Et au Fils, qui des morts
Est ressuscité, et au Paraclet,
Dans les siècles des siècles. Amen.

Ce Veni Creator – hymne à l’Esprit Saint pour la fête de la Pentecôte – fait partie des Cantica Sacra, recueil de motets qu’Henry du Mont choisit de faire publier chez Robert Ballard en 1652, l’année même où il obtient son premier poste à la Cour auprès du duc d’Anjou, avant de devenir maître de la chapelle du roi Louis XIV en 1663. Ce recueil des Cantica Sacra de 1652, réimprimé en 1662, eut un succès certain et marque une étape majeure dans l’histoire de la musique française : c’est en effet la première fois qu’une basse continue est publiée en France avec des parties vocales, de même, c’est la première fois où l’on imprime dans notre pays de la musique sacrée vocale avec instruments concertants. Les motets des Cantica Sacra de 1652 sont de factures variées, allant d’une à quatre voix, avec ou sans parties de violons.

Pour ce Veni Creator, Henry du Mont a choisi d’attribuer les strophes impaires à un chœur mixte à 4 parties, alternant pour les strophes paires avec un dessus soliste, sans parties instrumentales écrites (autre bien sûr que la basse continue). La tonalité qu’il choisit – Si bémol majeur – n’est pas sans rapport avec le plain-chant usuel de l’hymne du Saint-Esprit, au contraire : en transposant le plain-chant du Veni Creator en fa (transposition usuelle), on obtient une parfaite continuité tonale entre la polyphonie de Du Mont et le vieux chant ecclésiastique. De sorte qu’on pourra aussi alterner – à volonté – les strophes d’Henry du Mont avec le plain-chant (nous avons l’habitude à Saint-Eugène de laisser ainsi le peuple chanter les strophes paires en plain-chant, en alternance avec le chœur en polyphonie pour les strophes impaires – l’inverse pourrait également se pratiquer).

Les premières mesures de cette partition :

Henry du Mont – Veni Creator Spiritus – partie du Superius – Cantica Sacra –
Edition de 1652.

Marc-Antoine Charpentier – Veni Creator pour un dessus seul pour le catéchisme (H. 70)

Marc-Antoine Charpentier (1643 † 1704), maître de la musique de Marie de Lorraine, duchesse de Guise, du Dauphin, fils de Louis XIV, des Jésuites & de la Sainte Chapelle.
Veni Creator pour un dessus seul pour le catéchisme (H. 70)
1 voix (S) & basse continue.
1 page.

Ce Veni Creator à voix seule fait partie d’un ensemble de compositions de Marc-Antoine Charpentier destinées à être chantées lors des pauses des leçons de catéchisme. L’insertion de chants facile à mémoriser dans les catéchismes avait été promue dès le début du XVIIème siècle par les Pères de la Doctrine chrétienne, rapidement suivis par les Jésuites. La simplicité de l’air écrit par Charpentier (propre à être chanté par des enfants) n’exclue pourtant pas une grâce & une élégance certaines.

Charpentier utilise le ton de mi mineur (« efféminé, amoureux & plaintif » selon le tableau des énergie des modes de Charpentier) pour cette hymne du Saint-Esprit, propre à représenter les soupirs de l’âme désirant la venue du Paraclet. Nous fournissons la partition dans quatre tonalités différentes : mi mineur (ton original), ré mineur, do mineur & si mineur.

Voici le texte ancien de cette hymne, en usage en France jusqu’au début du XXème siècle :

Veni Creátor Spíritus,
Mentes tuórum vísita,
Imple supérna grátia
Quæ tu creásti péctora.
Viens, Esprit Créateur,
Visite les âmes des tiens,
Emplis de la grâce d’en-haut
Les cœurs que tu as créés.
Qui Paráclitus díceris,
Donum Dei altíssimi,
Fons vivus, ignis, cáritas,
Et spiritális únctio.
Toi qui est dit le Paraclet,
Don du Dieu Très-Haut,
Source vive, feu, amour,
Et spirituelle onction.
Tu septifórmis múnere,
Dextræ Dei tu dígitus,
Tu rite promíssum Patris,
Sermóne ditans gúttura.
Tu est l’Esprit aux sept dons,
Le doigt de la dextre de Dieu,
L’Esprit promis par le Père,
Qui inspire nos paroles.
Accénde lumen sénsibus,
Infúnd(e) amórem córdibus,
Infírma nostri córporis
Virtúte firmans pérpeti.
Allume en nos sens ta lumière,
Déverse ton amour en nos cœurs,
Guéris nos corps
En leur conférant ta force.
Hostem repéllas lóngius,
Pacémque dones prótinus :
Ductóre sic te prævio
Vitémus omne nóxium.
Repousse l’ennemi au loin,
Et donne-nous la paix bien vite ;
Sous ta conduite & ton conseil
Nous éviterons tout danger.
Per te sciámus da Patrem,
Noscámus atque Fílium,
Te utriúsque Spíritum
Credámus omni témpore.
Donne-nous par toi de connaître le Père,
Que nous connaissions aussi le Fils ;
Et qu’en toi, leur commun Esprit
Nous croyions en tout temps.
Glória Patri Dómino,
Natóque qui a mórtuis
Surréxit, ac Paráclito,
In sæculórum sæcula. Amen.
Gloire au Seigneur : au Père
Et au Fils, qui des morts
Est ressuscité, et au Paraclet,
Dans les siècles des siècles. Amen.

Hors du temps pascal, la doxologie finale devient :

Sit laus Patri cum Fílio,
Sancto simul Paráclito,
Nobísque mittat Fílius
Charísma Sancti Spíritus. Amen.

Louange soit au Père & au Fils,
De même qu’au Saint Paraclet,
Et que le Fils nous envoie
Les charismes du Saint-Esprit. Amen.

Les premières mesures de la partition :

Marc-Antoine Charpentier - Veni Creator pour un dessus seul pour le catéchisme (H. 70)

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