Nous offrons des cours de chant gratuits chaque samedi de 16h30 à 17h30 : travail du souffle, pose de voix, vocalises, découverte du chant grégorien et du chant polyphonique.
Votre enfant a entre 8 et 15 ans et souhaite chanter ? Inscrivez-le aux Petits Chantres de Sainte Cécile (filles et garçons). Répétitions le mercredi à 18h30 et le dimanche à 10h30.
Dimanche dernier 7 juin 2015 était en France la solennité extérieure de la fête du Corps du Christ (Corpus Christi), appelée populairement dans notre pays la Fête-Dieu. Voici quelques photos des cérémonies à Saint-Eugène (Paris IX).
Le matin, la messe fut célébrée avec un diacre & un sous-diacre venus du séminaire du Bon Pasteur à Courtalain.
L’après-midi, les vêpres furent célébrées devant le Très-Saint Sacrement exposé.
A l’issue des vêpres, la procession du Très-Saint Sacrement traversa les rues du IXème arrondissement.
De retour à l’église, le salut du Très-Saint Sacrement fut chanté et M. le curé donna la bénédiction avec l’ostensoir.
Nos vifs remerciements vont à M. François N. pour ses magnifiques photos qui nous permettent de garder le souvenir de cette magnifique journée passée à chanter l’amour de Dieu dans la Très-Sainte Eucharistie.
Entre 885 et 1947, on dénombre 95 processions extraordinaires des reliques de sainte Geneviève. Celles-ci étaient exceptionnelles, elles étaient spécialement organisées par les autorités civiles et religieuses dans des cas de graves calamités publiques, en souvenir de la préservation miraculeuse de Paris obtenue par sainte Geneviève lors de l’invasion des Huns. De nombreux miracles furent recensés au cours de ces processions, parmi lesquels le plus célèbre est celui de la guérison du mal des Ardents.
*
Morte en 512 à l’âge de 90 ans, sainte Geneviève fut ensevelie dans la crypte de la basilique dédiée aux saints Apôtres Pierre & Paul, par la volonté de la reine des Francs sainte Clotilde. La construction de cette basilique sur une montagne de Lutèce (le Mont Lucotitius) par le roi Clovis avait répondu à une demande de Geneviève. C’est dans cette même basilique qu’avait déjà été enterré Clovis, mort en 511, et il est probable qu’on déposa le corps de la sainte à côté de celui de son roi (la dépouille de sainte Clotilde les rejoindra après sa mort survenue vers 545).
Par la suite, la grande dévotion & le grand amour des Parisiens envers leur sainte patronne fit que la basilique changea rapidement de nom et devint la basilique Sainte-Geneviève, sur la montagne qui prit elle aussi ce même nom. Un chapitre de chanoine y fut établi, avec à leur tête un abbé, la basilique Sainte-Geneviève devint l’abbatiale de ce monastère. L’église de Saint-Etienne-du-Mont fut construite accolée à l’Abbatiale, afin de servir de paroisse aux habitants du quartier qui se développa sur la Montagne Sainte-Geneviève.
L’église paroissiale de Saint-Etienne-du-Mont (à gauche) et l’Abbatiale Sainte-Geneviève (à droite)
Dès le VIIème siècle, les reliques de sainte Geneviève furent exhumées et placées au dessus du maître-autel dans une châsse splendide conçue par saint Eloi, évêque de Noyon et conseiller du roi Dagobert.
Si en 846, sous le règne de Charles le Chauve, la châsse de sainte Geneviève fut mise en sureté à Athis pour échapper aux premiers pillages des Normands païens, la première procession connue eut lieu en 886, lors du 6ème siège de Paris que les Normands avaient démarrés le 25 novembre 885. Les chanoines de Sainte-Geneviève portèrent la châsse là où le combat était le plus difficile, on fit de même avec la châsse contenant les reliques de saint Germain. Cette action revigora le courage des défenseurs, Paris ne fut pas prise et fut par la suite définitivement délivrée de la fureur des Normands.
La seconde procession connue fut aussi la plus fameuse : elle eut lieu le 26 novembre 1130, alors que le Mal des Ardents – épidémie due à l’ingestion d’ergot de seigle – décimait Paris, ayant déjà fait plus de 14 000 morts. L’évêque de Paris ordonne des jeûnes & des prières publiques, puis conduit la procession avec la châsse de sainte Geneviève, depuis sa basilique jusqu’à Notre-Dame. 100 malades sur 103, après avoir effleuré la châsse lors de son passage, furent miraculeusement guéris (les trois sceptiques moururent) : c’est le fameux Miracle des Ardents, qui est fêté à Paris par une fête particulière chaque 26 novembre, fête instituée l’année suivante, 1131, par le pape Innocent II.
C’est sur le modèle de cette procession de 1130 que toutes les processions subséquentes furent organisées, selon un cérémonial précis qui ne changea guère jusqu’à la fin de l’Ancien Régime. Ainsi, en 1239, lorsque saint Louis demanda que toutes les châsses des saints parisiens vinssent au devant des reliques de la Passion pour les accueillir, les religieux de Sainte-Geneviève refusèrent de sortir la leur, prétextant que sainte Geneviève ne pouvait aller que de l’Abbaye à Notre-Dame (et accompagnée de saint Marcel, comme on le verra ci-après).
Procession de la châsse de sainte Geneviève en 1130, effectuée pour faire cesser le mal des Ardents (miniature du XIVème siècle).
La première châsse de sainte Geneviève, conçue par saint Eloi au VIIème siècle, fut remplacée par une seconde en 1242, œuvre de l’orfèvre parisien Bonnard ; celle-ci, en vermeil et rehaussée de pierres précieuses, était décorée de médaillons et d’arcades abritant les statues des 12 Apôtres, et pesait 193 marcs d’argent et sept marcs et demi d’or.
Châsse de sainte Geneviève par Bonnard, réalisée en 1242.
La châsse de Bonnard de 1242 fut restaurée en 1614 par l’orfèvre Pierre Nicolle, sur ordre de Benjamin de Brichanteau, 34ème abbé de Sainte-Geneviève et évêque de Laon.
Châsse de sainte Geneviève restaurée par Pierre Nicole en 1614.
La châsse fut alors posée sur un socle, au dessus du maître-autel, portées par 4 cariatides dessinées par Le Mercier (actuellement au Musée du Louvre) et entourée d’œuvres de Germain Pilon (les statues de saint Denis et de sainte Geneviève).
Disposition de 1614, voulue par Benjamin de Brichanteau, 34ème abbé de Sainte-Geneviève : la châsse est élevée sur un socle supporté par 4 colonnes et est tenue par 4 cariatides de Le Mercier.La châsse de sainte Geneviève au dessus du maître-autel de l’église abbatiale, entre les statues de la sainte et de saint Denys, premier évêque de Paris – estampe de Franz Ertinger (1640 † 1710).
La châsse était originairement portée par les Génovéfains, les chanoines réguliers de l’Abbaye de Sainte-Geneviève. En 1412, à la demande des habitants de Paris, une confrérie de sainte Geneviève fut érigée en vertu d’un bref du Pape et de lettres patentes de Charles VI. Puis en 1524, ses membres obtinrent le privilège de porter la châsse aux processions. Cependant, aux premières processions qui suivirent, quatre chanoines génovéfains posaient la main à chaque extrémité du brancard, pour maintenir leur droit.
La Compagnie des porteurs de la châsse fut limitée à 16 membres. Ceux-ci étaient choisis au sein des six corporations marchandes de la ville de Paris : drapiers, épiciers, merciers, pelletiers, bonnetiers, orfèvres, puis quelques temps après, libraires-imprimeurs et marchands de vin. La châsse devait être portée tête nue, pieds nus et sans barbe, en habit de pénitent public (une aube de toile blanche), avec un chapelet à la ceinture. Les membres de la Compagnie, cooptés, étant nommés à vie, on institua rapidement 14 puis 24 « attendants » afin de subvenir aux difficultés physiques des plus âgés. Ces « attendants » portaient des cierges devant la châsse lorsque leur aide n’était pas requise.
L’archevêque de Paris et l’abbé de Sainte-Geneviève ne pouvaient organiser de procession qu’à la suite d’un arrêt du Parlement les y autorisant expressément. Souvent, c’était du reste le Parlement de Paris lui-même qui décidait de la date retenue pour faire la procession.
Avant la procession extraordinaire, chaque paroisse parisienne venait à tour de rôle en procession jusqu’à la basilique-abbaye de Sainte-Geneviève pour y prier ; la veille de la procession, un jour de jeûne général était ordonné par l’archevêque de Paris (les chanoines de Sainte-Geneviève devaient quant à eux démarrer ce jeûne trois jours avant).
La veille, au chant des sept psaumes de pénitence, on procédait à la cérémonie de la descente de la châsse. Celle-ci était ôtée de son piédestal au dessus du maître-autel de la basilique-abbaye, au moyen d’un système de cordes et de poulies, comme le décrit cette une estampe du XVIIème siècle :
Cérémonie de la descente de la châsse de sainte Geneviève par Abraham Bosse (1602 † 1646)
La chasse déposée, le clergé passait la nuit en prière autour d’elle, en chantant les saints offices.
La châsse de sainte Geneviève ne sortait jamais en procession sans être accompagnée de celle de saint Marcel, selon l’ancien dicton : « sainte Geneviève ne sort que si saint Marcel la va quérir ». Saint Marcel avait été au IVème siècle l’évêque de Paris qui avait consacré la jeune sainte dans l’ordre des vierges de sa cité. L’usage voulait que la châsse de saint Marcel, venue de Notre-Dame et portée par des membres de la confrérie des orfèvres, rejoigne d’abord celle de sainte Geneviève dans le chœur de l’Abbaye, où ses porteurs l’inclinait comme pour saluer la sainte, puis la posait sur le maître-autel. Après une oraison, les deux châsses se rendaient en procession, via la rue du Faubourg Saint-Jacques et le Petit-Pont, jusqu’à Notre-Dame. Sur le trajet de la procession, les rues étaient tapissées & décorées, des reposoirs dressés, les boutiques étaient fermées. Arrivés au Petit-Pont, les porteurs des châsses de sainte Geneviève et de saint Marcel échangeait leurs châsses (un pareil échange avait déjà eut lieu sur le parvis de l’Abbaye, car pour sortir, chaque groupe de porteur s’était d’abord chargé de la châsse de l’autre) puis on entrait dans la cathédrale où une messe solennelle était chantée (il s’agissait de la messe votive de la Sainte Vierge).
Le cérémonial de la procession suivait un ordre protocolaire somme toute classique en liturgie :
en tête du cortège, les ordres religieux,
puis le clergé de certaines paroisses parisiennes – en particulier des deux filles de Sainte-Geneviève : Saint-Médard et Saint-Etienne-du-Mont, avec leurs croix, bannières et reliquaires,
portée par les orfèvres, la châsse de saint Marcel,
en fin de procession, la châsse de sainte Geneviève, portée par ses confrères pieds nus,
suivie des chanoines de Sainte-Geneviève, pieds nus, et de ceux de Notre-Dame de Paris,
auxquels succèdent l’abbé de Sainte-Geneviève, pieds nus, & Monseigneur l’archevêque de Paris,
enfin les membres des trois cours souveraines (Parlement, Chambre des Comptes, Cour des Aides), le Gouverneur de Paris, les officiers de la Ville (Prévôt des Marchands (l’équivalent du Maire) et les échevins de Paris (l’équivalents des conseillers municipaux), suivis toujours d’un grand concours de peuple.
Après la messe, une procession similaire ramenait la châsse de sainte Geneviève en son Abbaye. Toutefois le clergé de Notre-Dame et la châsse de saint Marcel ne l’accompagnaient que jusqu’à la petite église de Sainte-Geneviève-des-Ardents, située sur le parvis de la cathédrale, où, après les avoir fait se saluer, un échange des deux châsses, similaire à ceux de l’aller, était fait (les porteurs de saint Marcel étaient en effet sortis du chœur de Notre-Dame avec la châsse de sainte Geneviève, et vice et versa). La procession empruntait un autre chemin, passant par la rue Galande, la place Maubert et la rue de la Montagne-Sainte-Geneviève. Une fois la châsse de la sainte patronne replacée sur son piédestal au son des cloches & des orgues, l’Abbé de Sainte-Geneviève donnait sa bénédiction pontificale. Durant toute une octave, la châsse restait découverte pour permettre au peuple parisien de venir rendre grâce à Dieu & à sa sainte patronne.
Procession de la châsse de sainte Geneviève organisée en 1536 pour faire cesser les pluies diluviennes – retour de la procession après la messe à Notre-Dame de Paris.
Lors de ces processions extraordinaires, tout ce que Paris comportait comme châsses (celles de saint Lucain, saint Merry, sainte Aure, saint Clément, saint Landry, saint Honoré, sainte Opportune, saint Paxent, saint Magloire, sainte Avoye, saint Papan, saint Médéric) s’adjoignaient en général au cortège, dans un déploiement de cérémonies civiles & religieuses fastueux, comme le représente cette gravure ci-après. Notez l’Abbé de sainte Geneviève et ses chanoines suivant la procession pieds nus.
Ordre des anciennes processions avec la châsse de sainte Geneviève
Parmi les processions d’Ancien Régime, évoquons celle de 1239, demandée par saint Louis pour la guérison de son frère le comte d’Artois. Celui-ci, alité à Gonesse, guérit instantanément au moment même où l’on sortait la châsse de l’Abbatiale. Ou bien la procession de janvier 1496, ordonnée en raison de graves inondations, au cours de laquelle Erasme reçut une guérison personnelle. Ou encore celle du 22 juin 1567, ordonnée pour une grande sécheresse : la pluie se mit à tomber avec une telle abondance que la procession eut peine à avancer.
« La magnifique procession de la châsse de Sainte Geneviève patronne de Paris faite le 11 juin 1652 pour la paix. » (pour mettre fin aux troubles de la Fronde). Gravure à l’eau-forte de 1652 par Nicolas Cochin (1610 † 1686).
Citons enfin celle du 27 mai 1694, ordonnée en raison d’une terrible sécheresse tandis que la guerre faisait rage : avant la fin de la procession, les nuages s’amoncelèrent et la pluie tomba ; au même moment, le maréchal de Noailles remportait la victoire de la rivière Ter en Espagne (l’annonce n’en parvint à Paris que 3 jours plus tard). Le prévôt des marchands et les échevins de Paris, reconnaissants, commandèrent à Nicolas de Largillière un grand tableau en guise d’ex-voto, peint en 1695 : Sainte Geneviève intercédant pour faire tomber la pluie, tableau conservé aujourd’hui à Saint-Etienne-du-Mont.
Nicolas de Largillière – ex-voto peint en 1695 suite à la procession de 1694 – Sainte Geneviève intercédant pour faire tomber la pluie.
En 1744, Louis XV promis le financement d’une nouvelle église abbatiale pour Sainte-Geneviève. Les travaux débutèrent en 1754 selon les plans de Soufflot. En 1762, la crypte était terminée et, le 6 septembre 1764, lors de la pose première pierre de l’église supérieure (l’actuel Panthéon) devant le roi, on déposa la châsse de saint Geneviève dans la nouvelle crypte.
Cérémonie de la pose de la première pierre de la nouvelle basilique de Sainte-Geneviève devant Louis XV le 6 septembre 1764.
C’est de cette nouvelle basilique Sainte-Geneviève que partit la dernière procession d’Ancien Régime, le 16 décembre 1765, procession organisée pour demander à Dieu la santé du Dauphin.
Lors de la Révolution dite française, les Révolutionnaires, dans leur hargne à détruire par tous moyens l’attachement des Français à la foi catholique de leurs pères, décidèrent le crime inouï de détruire les précieuses reliques de la jeune fille qui avait tant de fois par le passé sauvé Paris. Ce crime fut effectué après plusieurs étapes. Tout d’abord, le 4 avril 1791, la nouvelle basilique Sainte-Geneviève avait été sécularisée en Panthéon. Le 14 août 1792, les révolutionnaires n’osant encore détruire la châsse de sainte Geneviève, la firent transporter à l’église Saint-Etienne-du-Mont malgré les protestations de Louis XVI, rapportées dans son procès. Après la mort du roi, la châsse de saint Geneviève fut enlevée et déposée à la Monnaie où l’on pilla toutes les pierres précieuses qui y étaient ensachées (beaucoup d’entre elles étaient des cadeaux de reines de France). Le 6 novembre 1793, les membres de la commune de Paris, escortés de volontaires, entrèrent à l’ancienne Abbaye de Sainte-Geneviève à 10 heures du matin pour procéder à l’enlèvement de tous objets de culte. N’y trouvant plus rien, ils y détruisirent les vitraux, les boiseries et les statues. Ils pénétrèrent ensuite dans la crypte, où, ne trouvant rien non plus, ils brisèrent les tombeaux de saint Prudence et saint Céraune. Le 3 décembre 1793, sur ordre du Conseil Général de Paris on brûla en place de Grève, de nuit, le reliquaire de Bonnard qui avait traversé les siècles et les précieux ossements qu’il contenait, avec un ensemble d’ornements ecclésiastiques, étoles, chasubles, mitres et chapes, puis leurs cendres furent jetées à la Seine.
Après la révolution, on réunit des reliques de sainte Geneviève qui avaient été données à différents sanctuaires au cours des âges, et qui avaient pu échapper à la fureur christianophobe des Révolutionnaires, en raison de leurs tailles plus discrètes.
Vue générale des fouilles exécutées en 1807 dans la crypte de l’abbaye Sainte-Geneviève.
Au cours du XIXème siècle, pas moins de 5 châsses de sainte Geneviève furent recrées, recevant les différentes reliques qui avaient été rassemblées après la Révolution :
En 1803, on retrouve dans la crypte de l’ancienne Abbatiale une partie de l’antique sarcophage de sainte Geneviève qui y avait été conservé depuis le Vème siècle. En 1807, on la déplaça dans une chapelle latérale de Saint-Etienne-du-Mont (la destruction de l’ancienne Abbatiale, en trop mauvais état, ayant démarré), où elle fut placée dans une grande châsse. Cette châsse ne se déplace pas.
Le 12 décembre 1821, la basilique construite par Soufflot fut rendue au culte catholique. Le 3 janvier 1822, sous l’impulsion de Monseigneur de Quelen, archevêque de Paris, une nouvelle châsse, créée par le célèbre orfèvre Poussielgue-Rusand, fut déposée sur le maître-autel de la nouvelle basilique. On déposa dans cette chasse quelques petits os de sainte Geneviève provenant de divers reliquaires d’églises parisiennes. Le 26 août 1830, Louis Philippe désacralisant le Panthéon, ce reliquaire fut ramené à Notre-Dame, puis revint de nouveau à Sainte-Geneviève lorsque Napoléon III y rétablit le culte en 1854, avant de repartir à Notre-Dame quand la basilique fut à nouveau désacralisée en 1885 par la IIIème République. Ce reliquaire est toujours à Notre-Dame (il vient d’être restauré dans le cadre du 850ème anniversaire de la cathédrale) et est porté en procession.
Une châsse en bois dorée de grandes dimensions provenant de l’abbaye de Chelles (monastère fondé en 657 par sainte Bathilde, épouse de Clovis II) fut placée au début du XIXème siècle au dessus du jubé de Saint-Etienne-du-Mont, entre les colonnes formant l’extrémité du choeur. Cette châsse contient des reliques de sainte Geneviève, mais aussi de saint Charles Borromée, saint Vincent de Paul et de plusieurs autres saints. La reconnaissance des reliques fut faite le 25 mars 1854. Cette châsse n’est pas portée en procession.
On retrouva en 1853 à Notre-Dame, un petit reliquaire oblong en cristal contenant un petit os de Sainte Geneviève. Une châsse, plus légère en bois doré, fut donc offerte par souscription, et commandée à l’orfèvre Chartier. Elle se trouve, très abîmée, dans les réserves de Notre-Dame de Paris.
Une dernière châsse, inaugurée le 3 janvier 1896, est l’oeuvre de l’orfèvre parisien Louis Favier. Elle est placée à Saint-Etienne-du-Mont à côté de la grande châsse du tombeau. Cette châsse est portée en procession.
Châsse du sacorphage antique de sainte Geneviève. A Saint-Etienne-du-Mont.Châsse de 1854 par Poussielgue-Rusand, dite du Panthéon, aujourd’hui à Notre-Dame.Châsse de 1896 par Favier, conservée à Saint-Etienne-du-Mont.3 janvier 1852 – Translation des reliques de sainte Geneviève de l’église Saint-Étienne-du-Mont à l’église Sainte-Geneviève.
Si la Compagnie des porteurs de la châsse de sainte Geneviève fut refondée le 11 janvier 1854, il fallut attendre le XXème siècle pour voir de nouveau des processions extraordinaires parcourir les rues de Paris, en dehors des translations des reliques.
Le 8 septembre 1914, en la fête de la Nativité de la Vierge Marie, alors que rien ne semblait pouvoir arrêter l’armée allemande qui s’approchait dangereusement de Paris, une procession solennelle précédée de trois jours de prières est conduite sur ordre de S.E. le cardinal Amette, archevêque de Paris. Quatre jours après, le 12 septembre (fête du Saint Nom de Marie), la victoire de la Marne permettait d’écarter définitivement le danger de la chute de la capitale.
Une autre procession pour la préservation de Paris fut menée le 19 mai 1940 par S.E. le cardinal Suhard, archevêque de Paris, en présence des membres du gouvernement de M. Paul Reynaud, alors que les Panzerdivisions allemandes déferlaient sur la France par suite de la percée de Sedan du 15 mai.
Une troisième procession eut lieu en janvier 1947 sous la conduite du nonce apostolique Monseigneur Roncalli (futur saint Jean XXIII, qui devait en 1962 placer la Gendarmerie française sous le patronage de sainte Geneviève), assisté de Monseigneur Evrard, ancien évêque de Meaux.
Depuis 2007, de nouvelles processions sont organisées qui ont lieu autour de la fête de sainte Geneviève le 3 janvier, de façon régulière (et non plus extraordinaire), par dévotion et sans référence à une calamité publique précise.
TABLEAU DES PROCESSIONS DES RELIQUES DE SAINTE GENEVIEVE
Date
Motifs
Commentaires
885
Invasions normandes
26 novembre 1130
Mal des ardents
100 des 103 malades ayant touché la châsses sont guéris. Le Pape Innocent II institue la fête parisienne de sainte Geneviève du Mal des Ardents chaque 26 novembre.
1196
Inondations de 16 jours
Processions multiples, en particulier de saint Denis, suivies par Philippe Auguste (rapporté par Rigord)
1206
Inondations
Passage de la procession sur le Petit-Pont déjà ébranlé par les flots ; après son passage, il s’écroula et les eaux se retirèrent.
1233
Pluies
1239
Guérison du comte d’Artois
Le comte d’Artois est guéri dès le départ de la procession.
1240
Pluies
1242
Pluies
Nouvelle châsse réalisée par Bonnard, qui remplace celle de saint Eloi
1283
Une colombe blanche suivit la procession tout au long de son cours et disparut à la fin.
1296
1303?
Inondations
juillet 1325
Pluies
6 juin & 10 juillet 1347
Lendemain de la bataille de Crecy et de la perte de Calais
En présence de Jeanne de Bourgogne
août 1366
Pluies
En présence de Charles V
juillet 1377
En présence de Charles V et des ducs d’Orléans et de Bourgogne
septembre 1380
Minorité de Charles VI
Après la mort de Charles V, le 16 septembre.
décembre 1410
Guerres civiles Armagnacs – Bourguignons
juillet 1412
Paix de Bourges
août 1417
Guerre civile et peste
1418
Contre les Bourguignons
12 août 1421
Calamités publiques
25 octobre 1423
Pour la paix
2 juillet 1427
7 janvier 1436
Pluies
avril 1436
Pluies
9 janvier 1437
11 janvier 1438
Pluies
28 octobre 1443
Pluies
31 août 1456
Calamités publiques
septembre 1466
Contagions
40 000 morts
juin 1478
Calamités publiques
12 juin 1481
Maladie de Louis XI
1er septembre 1481
Maladie de Louis XI
Rémission qui ne durera que deux ans, jusqu’à sa mort.
janvier 1496
Inondations
Procession où participa Erasme pour une guérison personnelle.
juillet 1505
Pluies
juin 1509
Pour le succès des armées de Louis XII
juillet 1512
Pour obtenir la paix
juillet 1513
Contre les Anglais
juin 1517
Sécheresse
mai 1521
Famine
Arrivée à Paris de cinq bateaux de blé.
juin 1522
Péril militaire aux frontières
Charles Quint et Henri VIII se présentaient simultanément au Sud et au Nord.
août 1523
Pour le succès des armes de François Ier en Italie
mai 1524
Sécheresse
mai 1527
Pluies continuelles
juillet 1529
Guerre et famine
Signature du traité de Cambrai en août 1529.
janvier 1530
Inondations
avril 1535
En l’honneur de Dieu, de Nostre Dame et de tous les sainctz et sainctes du Paradis
Contre les blasphèmes des Luthériens avec la participation du roi François Ier et de la reine Eléonore.
juillet 1535
Pluies diluviennes
août 1536
Pluies diluviennnes
juillet 1541
Calamités publiques
juillet 1542
Calamités publiques, pour la paix et contre les hérésies
juillet 1543
Pluies continuelles
octobre 1548
Sécheresse
juillet 1549
Arrêter les progrès de l’hérésie
juin 1551
Pluies et grêle
novembre 1551
Pour la conservation de la religion catholique
Grande procession avec la participation du roi Henri II.
juin 1552
Prospérité des armes
juillet 1555
Calamités publiques et guerres
juillet 1556
Chaleur et sécheresse
septembre 1557
Calamités publiques et guerres
juillet 1559
Guerison de Henri II après un tournois
Henri II décède quelques jours après
juin 1560
Calamités publiques
1563
Délivrer Orléans des Huguenots
juillet 1564
Pluies continuelles
juillet 1566
Mauvais temps
22 juin 1567
Sécheresse
La pluie se met à tomber avec une telle abondance que la procession peine à avancer.
novembre 1567
Prospérité des armes
septembre 1568
Grande procession pour la santé du roi Charles IX
septembre 1570
Pluies continuelles
septembre 1572
Pour la défaite des Huguenots
juin 1573
Pour la récolte des blés
juillet 1577
Mauvais temps
décembre 1582
Pour une descendance pour le roi Henri III
Le roi, mort sans enfant, laissa le trône à Henri IV qui se convertit en 1593
juin 1584
Calamités publiques
juillet 1587
Pour la récolte des blés
mai 1589
Pour la conservation de la religion catholique
avril 1590
Pour la conservation de la religion catholique
mars 1594
Mauvais temps
juillet 1594
Pluies continuelles
août 1599
Sécheresse
juin 1603
Pluies continuelles
Rupture spontanée des chaînes d’un galérien dévôt.
juin 1611
Sécheresse
juin 1615
Sécheresse
juillet 1625
Pluies continuelles
13 juin 1652
Grande procession pour la paix
Description dans les mémoires d’André d’Ormesson (fol. 327).
juillet 1675
Calamités publiques, pluies continuelles
Madame de Sévigné y assiste.
27 mai 1694
Grande procession contre la sécheresse, et contre la guerre
Dès la fin de la procession, le ciel se couvre et la pluie tombe. A l’occasion de ce miracle, le Prévôt des Marchands commande à Largillière le tableau « Sainte Geneviève intercédant pour faire tomber la pluie » encore présent à Saint-Etienne-du-Mont. A l’heure de la procession, le maréchal de Noailles remporte la victoire de la rivière Ter en Espagne.
août 1696
Sécheresse
mai 1709
Pour la récolte des blés
juin 1725
Grande procession en raison des pluies continuelles et du froid
16 décembre 1765
Pour la santé du Dauphin
Dernière procession de l’Ancien Régime.
8 septembre 1914
Pour préserver Paris
La victoire de La Marne, qui stoppe l’avancée des troupes allemandes vers la capitale, est remportée 4 jours plus tard.
19 mai 1940
Pour préserver Paris
En présence du gouvernement. Paris ne subira que peu de dommages au cours de la Seconde Guerre mondiale.
janvier 1947
Reprise des neuvaines à sainte Geneviève
Monseigneur Roncalli, nonce apostolique (futur saint Jean XXIII, qui devait en 1962 placer la Gendarmerie française sous le patronage de sainte Geneviève) conduit la procession.
Ant. L’ange Gabriel fut envoyé de Dieu en la ville de Nazareth, à la Vierge Marie, mariée à Joseph, & il lui dit : Le Saint-Esprit surviendra en vous, et la vertu du Très-Haut vous couvrira de son ombre ; c’est pourquoi le fruit saint qui naîtra de vous, sera appelé le Fils de Dieu. Alors Marie dit à l’ange : Voici la servante du Seigneur ; qu’il me soit fait selon votre parole ! Alléluia.
(cf. Luc, i, 26-27, 35, 38)
Source : Antiphonaire de Notre-Dame de Paris (c. 1300) – F-Pn lat. 15181 – Cantus ID: 0003792. (Intonation, cf. Martin Sonnet, Directorium chori Parisiensi, 1656).
Comme dans toutes les Eglises de France autrefois, on faisait à Paris chaque dimanche & fête une grande procession avant la grand’messe (plus exactement entre prime et tierce, la messe étant chantée juste après cette petite heure). Cette tradition immémoriale paraît remonter au moins à l’époque carolingienne. Les livres liturgiques français – en particulier les processionnaux – indiquent jusqu’au XIXème siècle les pièces qui s’y chantaient : un ensemble de pièces fixes (dont l’Asperges me pour l’aspersion dominicale) et en général une ou deux pièces variables en fonction du jour liturgique : le plus souvent un répons, ou, plus exceptionnellement, une grande antienne processionnelle.
Les livres liturgiques parisiens médiévaux indiquent cette belle antienne processionnelle Missus est Angelus Gabriel pour les quatre dimanches de l’Avent, unifiant de ce fait ce temps liturgique par la contemplation du mystère de l’Incarnation. Peut-être est-ce pour cette raison que l’ancien rit parisien célébrait tout l’Avent en faisant curieusement usage du blanc comme couleur liturgique, et non du violet ou du bleu profond (l’hyacinthe) qu’on trouve dans les autres rits occidentaux. Le choix du texte – tiré du fameux évangile Missus est (Luc I, 26-38) de la messe du Mercredi des Quatre-Temps de l’Avent (la messe Rorate, autrefois appelée la « Messe d’or ») – témoigne de la piété de nos pères envers ce fameux évangile, qui constituait l’un des sommets de l’Avent :
Le choix de cet Évangile (…) a donné une célébrité particulière au Mercredi de la troisième semaine de l’Avent. On voit, par d’anciens Ordinaires à l’usage de plusieurs Églises insignes, tant Cathédrales qu’Abbatiales, que l’on transférait les fêtes qui tombaient en ce Mercredi ; qu’on ne disait point ce jour-là, à genoux, les prières fériales ; que l’Évangile Missus est, c’est-à-dire de l’Annonciation, était chanté à Matines par le Célébrant revêtu d’une chape blanche, avec la croix, les cierges et l’encens, et au son de la grosse cloche ; que, dans les Abbayes, l’Abbé devait une homélie aux Moines, comme aux fêtes solennelles. C’est même à cet Usage que nous sommes redevables des quatre magnifiques Sermons de saint Bernard sur les louanges de la Sainte Vierge, et qui sont intitulés : Super Missus est.
Dom Guéranger, l’Année Liturgique.
Cette gravure est l’œuvre du célèbre graveur Bernard Picard. Elle figure hors texte dans les Cérémonies & coutumes religieuses de tous les Peuples du monde, volume II Cérémonies & coutumes des Catholiques romains, éditées à Amsterdam par J.-F. Bernard (1723-1743).
La gravure représente l’arrivée de la procession du Très-Saint Sacrement au reposoir.
Quelques notes & remarques :
Notons le dais rigide à la française, à six hampes surmontées de plumes d’autruche. Une tablette recouverte d’un corporal permet de poser l’ostensoir et de reposer le célébrant. Les processions étaient en effet fort longues ; à Paris par exemple, elles comportaient douze reposoirs & se faisaient chaque jour de l’octave de la Fête-Dieu.
Le dais est porté par six magistrats de ville en robes & rabats et semble accompagnés de notables portant des cierges, conformément aux rubriques qui demandent que le Saint-Sacrement soit ainsi accompagné ; notez la présence de cartouches sur ceux-ci (ils doivent recevoir des blasons).
Les cierges sont du reste très nombreux. Conformément à l’Instruction Clémentine, l’autel du reposoir est garni d’un grand nombre de cierges (j’en compte 24) et est encore surmonté de cinq lustres en cristaux portant au moins huit bras de lumière chaque. Tout le clergé porte des cierges. Le Saint-Sacrement est en outre précédé de 8 hautes torchères en deux groupes de 4 et encore suivi de 4 hautes torchères. Des entonnoirs recueillent la cire des 8 premiers.
Deux thuriféraires encensent simultanément le Saint-Sacrement. Deux thuriféraires seulement, serait-on tenté de dire (deux est bien la rubrique romaine, sept était plus fréquent en France). Notons aussi qu’ils encensent à pleines chaînes en lançant l’encensoir en haut, ce qui est d’ancienne coutume en France (on voit encore ces encensements pratiqués de nos jours par les 7 thuriféraires de Saint-Etienne de Caen).
Le nombre de chapiers est impressionnant (j’en compte au moins 15) ; comme on ne voit pas de prêtres en chasuble, la rubrique romaine qui veut que les prêtres en revêtent pour cette procession ne semble pas observée, on peut imaginer que les prêtres sont donc revêtus de chapes ; quelques dalmatiques aussi de diacres & sous-diacres ; les deux acolytes sont positionnés de part & d’autre de l’autel du reposoir, ils ne sont vêtus que de surplis à larges manches ; notez que selon l’ancienne coutume parisienne, tous les membres du clergé portent une couronne de roses sur la tête !
Deux enfants de chœur jettent des fleurs devant le Saint-Sacrement, le pavé est jonché du reste de branchages ; deux autres enfants les précèdent et semblent porter une réserve de pétales dans un drap ; notons leurs ceintures sur le surplis (vieil usage français) et aussi qu’ils portent des ailes d’ange. Promis à un bel avenir, ce détail donnera lieu par la suite à d’amples développements au XIXème siècle & à la première moitié du XXème siècle : autour du reposoir s’organisèrent de grandes représentations scéniques d’enfants déguisés en anges. A droite, la bannière d’un saint patron évêque a été portée en tête de procession.
Revenons au reposoir ; c’est une véritable construction provisoire. L’autel est vêtu d’un antependium à trois compartiments principaux, surmonté d’un gradin, de la croix & d’un retable ; on y accède par trois marches. De magnifiques tapisseries l’entourent et masquent la construction.
A gauche de l’autel du reposoir a été édifié une tribune de musique ; y prennent placent instruments & chanteurs qui exécutent un motet pour le reposoir. On distingue au moins deux violons, une flûte d’Allemagne & un hautbois, le maître de musique au centre bat la mesure. Marc-Antoine Charpentier nous a laissé plusieurs œuvres pour les reposoirs de la Fête-Dieu, e.g. ses Symphonies pour un reposoir [H.515] ou Pour un reposoir [H.523] exigent la présence d’un véritable orchestre de bonne taille ; son motet In Festo Corporis Christi Canticum [H.344] fut exécuté au reposoir de la Fête-Dieu de Versailles devant le Roi. Nous avons par ailleurs déjà évoqué sur ce blog les 300 exécutants du motet de la Fête-Dieu de Langres écrit par le chanoine Couturier.
Notons pour finir les deux femmes qui lancent des pétales de fleur depuis leur fenêtre (de nos jours nous recevons usuellement bien autre chose…). C’était la Chrétienté.
Merci à Monsieur l’Abbé Meissonnier, fssp, de nous avoir fait parvenir cette procession de Fête-Dieu de la Sérénissime, ville dans laquelle il est actuellement en poste.
C’est un tableau du peintre Luigi Passini (Vienne, 1832 † Venise, 1903), signé & daté de 1873-74.
Remarquons :
les deux chantres marchant en tête, derrière la croix et les acolytes,
les nombreux représentants de confréries, portant des cierges au bout de magnifiques porte-cierges de confréries,
les fidèles accompagnant le Saint-Sacrement avec des cierges, conformément aux rubriques de cette procession.
Comme l’an passé, nous mettrons en ligne chaque jour de l’octave de la Fête-Dieu une image représentant une belle procession.
Merci à Monsieur l’Abbé Meissonnier, fssp, pour les mythiques photos qu’il m’a faites parvenir ce matin de la Fête-Dieu à Langres du temps du fameux chanoine Couturier (cette ville & ce compositeur m’étant tous les deux particulièrement chers !).
Les petits & grands séminaristes avec les élèves de la maîtrise précèdent le dais qu’on entrevoit en haut de la rue à gauche de la photo.
Les petits séminaristes sont en habit de chœur mais sans rabat français.
Les maîtrisiens sont en uniforme. Leur présence indique que ces photos sont antérieures à 1905 (la Loi de la séparation des églises & de l’état entraîna la suppression de l’école maîtrisienne de Langres, pourtant si féconde & prospère).
Notez les 4 chantres en chapes (l’ancien usage langrois avait sagement été conservé par Mgr Parisis au milieu du XIXème siècle quand cet évêque de Langres pris le rit romain pour son diocèse).
On aperçoit précédant le dais plusieurs diacres ou indus & une bonne dizaine de chapiers.
Notez les douze (!!!) thuriféraires tournés vers le Saint-Sacrement (quatre rangs sur trois lignes), avec des enfants jetant des pétales de fleurs.
Les maisons paraissent avoir été ornées de branchages.
Deux évêques en cappa (!) suivent le dais.
Des portes insignes portent leurs mitres derrière eux.
Je ne connais hélas pas les évêques de Langres de cette époque pour déterminer qui est ici sur la photo (un vieil évêque & son coadjuteur ?).
Ecce panis angelorum !
Arrivée au reposoir (il me semble sur la place de l’Hôtel de Ville) : notez l’importance de la construction de celui-ci, avec ciborium.
Les douze thuriféraires encensent à pleines chaines (avec un peu d’attention, on distingue la plupart des encensoirs en l’air).
Il est piquant de constater que Langres, qui s’est voulu le fer de lance de la romanité liturgique en France au XIXème siècle, laissait subsister de tels usages purement français !
Il me semble reconnaître le chanoine Nicolas Mammès Couturier au clavier.
Sans doute se prépare-t-on à exécuter l’un de ses grands motets pour le reposoir de la Fête-Dieu.
Le plus fameux de ceux-ci est Alleluia, paratur nobis (Populus n° 78), grand motet en Mib M à 4 & 5 voix, pour deux chœurs & 2 musiques militaires, sur le thème de l’Adoro te. D’une durée d’une vingtaine de minutes, ce motet du reposoir nécessitait 300 exécutants : les deux séminaires, la maîtrise & les musiques du 21ème & du 109ème régiments d’infanterie stationnés à Langres.
La photo n’embrasse pas l’ensemble des exécutants, mais néanmoins, on voit bien la disposition à deux chœurs qui se font face, les séminaristes à gauche, les petits séminaristes & les maîtrisiens à droite.
On ne voit pas les deux fanfares militaires. Notons toutefois la présence de militaires en arrière-plan.
Il semble que la photo soit prise pendant un passage solo (le soliste est à la gauche de l’organiste).
Après l’éxécution du motet, le célébrant donne la bénédiction avec le Saint-Sacrement.
Notez que le clergé langrois arbore encore fièrement la tonsure cléricale. 😉
Le dais passe devant l’Hôtel de Ville de Langres.
On distingue les portes insignes derrière les évêques.
Notez les deux énormes cierges des deux céroféraires.
Pour le grand admirateur de l’œuvre musicale du chanoine Couturier que je suis, ces photos sont mythiques.
Quels fastes liturgiques Langres déployait alors !
Je les avais vues il y a fort longtemps & suis extrêmement ravi de les retrouver enfin après des années de recherche.
Encore merci, Monsieur l’Abbé !
Il faudra que je fasse un jour ou l’autre un article sur le chanoine Couturier & l’extraordinaire vie musicale qu’il a su insuffler à la petite ville de Langres pendant un demi-siècle (je publierai alors peut-être en ligne le catalogue de ses 590 œuvres dressé en son temps par Bernard Populus). C’est un auteur que nous aimons beaucoup chanter à Saint-Eugène. Vous pouvez trouver sur notre site plusieurs partitions du chanoine Couturier en libre accès.
PS. Tant que dure l’octave de la Fête-Dieu, je publierai très volontiers toute image de procession du Saint-Sacrement. Avis à tous mes amis !
Au XVIIIème siècle à Paris, il y avait procession tous les jours durant l’octave. 🙂
Un grand merci à Xavier de Rochebrune qui m’a envoyé ce soir ce tableau représentant la procession de la Fête-Dieu à Toulouse en 1700.
Remarquons :
le clocher de Saint-Sernin en arrière plan,
les huit capitouls de Toulouse (premiers magistrats de la ville, charge qui conférait la noblesse héréditaire) portent le dais, assistés par des petits pages,
le Saint-Sacrement est porté par l’archevêque de Toulouse, le dais étant précédé de sa crosse,
les membres du Parlement de Toulouse suivent le dais, cierge en main pour beaucoup,
la couleur liturgique est le rouge, comme à Paris (usage usuel en France jusqu’au XIXème siècle), comme en témoignent les dalmatiques des clercs qui précèdent la croix de procession,
le clergé porte des cierges (prescription liturgique pour la procession de la Fête-Dieu), des surplis longs & le rabat blanc (le rabat devient noir sous le règne de Louis XV).
C’est un témoignage ancien & très intéressant de l’usage de faire porter le dais à des personnages distingués, contraire à la règle de le faire par des clercs.
C’est surtout un beau témoignage de la France chrétienne, dans laquelle les premiers personnages de la Cité ne répugnaient pas à rendre un témoignage public & éclatant de leur foi.
En ce dimanche d’élections, aurons-nous des hommes politiques en nos processions ??? Pfffff… 🙁
Merci encore à Xavier. Continuez à m’envoyer vos images de procession de la Fête-Dieu !
Un grand merci à M. l’Abbé Meissonnier, fssp, qui m’a envoyé hier soir ce magnifique tableau dû au talent du comte Lancelot Théodore Turpin de Crissé (1782 † 1859). Sauf erreur de ma part, il s’agirait de la sortie de la procession de la Fête-Dieu de l’église royale de Saint-Germain l’Auxerrois en 1830.
Remarquons :
l’admirablement ordonnancement général de la procession,
les ornements liturgiques rouges & non blancs (depuis l’origine de la Fête-Dieu à Paris, la couleur liturgique employée a été constamment le rouge),
les 40 (!) enfants de chœur portent la ceinture rouge sur le surplis & la calotte rouge ; deux sont acolytes, tous les autres portent un cierge, comme le demandent les règles liturgiques de la procession de la Fête-Dieu (tous les fidèles d’ailleurs devraient porter un cierge ; on voit une petite fille avec un cierge, quelques autres au loin derrière le dais),
le dais est porté par des clercs (& non d’éminents laïcs) ce qui est plus conforme aux règles ; ces clercs ne sont pas toutefois induts de chapes ou de dalmatiques,
outre le célébrant, tous les autres prêtres présents portent également la chasuble rouge (cela est très fidèle aux rubriques de la procession du Très-Saint Sacrement),
le porte-croix est en chape,
derrière le porte-croix marchent 6 chantres-chapiers, portant le turlututu, l’ancien chapeau pointu des chantres (le second à gauche le tien en ses mains),
derrière les chantres marchent des ecclésiastiques & chantres, puis un second groupe de chantres avec les surplis sans manches (usuels pour les chantres parisiens),
tous les ecclésiastiques portent la calotte noire (les deux premiers chapiers semblent porter le col oratorien),
la longueur des surplis des petits comme des grands clercs,
les bannières sont tenues par les rubans,
des jeunes filles jettent des pétales de roses sur deux rangs de part & d’autre du passage de la procession,
la troupe présente les armes,
le suisse avec sa masse & sa hallebarde, arbore un baudrier magnifique,
les deux thuriféraires semblent curieusement manquer.
Voici une vue générale du tableau de Turpin de Crissé :
Remarquons les tapisseries qui bordent le chemin de la procession, les armes pleines de France au portail & les deux bannières fleudelysées, qui firent scandale dans la France louis-philipparde. L’actuelle mairie du Ier arrondissement avec son beffroi n’est pas encore contruite.
Je trouve ce tableau très touchant : beaucoup de grâce ainsi chez les enfants de Marie groupés autour de la bannière de la sainte Vierge. C’est un beau témoignage des fastes de la vie liturgique parisienne quelques années avant l’abandon du rit propre au diocèse.
Si vous avez d’autres images de Fête-Dieu, n’hésitez pas à me les faire parvenir ! 😉