Programme des Rogations – Litanies mineures

Procession des Rogations - image d'EpinalSaint-Eugène, le lundi 10 mai 2021, procession puis messe des Rogations de 17h30h (Mémoire de saint Antonin, archevêque de Florence).

Les Rogations, processions de supplications et de pénitence qui précèdent l’Ascension et demandent à Dieu de répandre son Esprit Saint et de répondre à nos demandes multiples, furent instituées la première fois en Gaule par saint Mamert, évêque de Vienne vers 470, tandis que cette ville était frappée de calamités extraordinaires. Le succès de ces processions de supplication fut immédiat dans la toute jeune France, puisque dès 511, le Concile d’Orléans réuni par le roi Clovis en parle dans ses 27ème & 28ème canons comme d’une institution bien établie. L’empereur Charlemagne quittait ses chausses comme les plus simples fidèles, et marchait aux Rogations nu-pieds à la suite de la croix, depuis son palais jusqu’à l’église de la Station. En 816, le pape Léon III les adopta à Rome et elles fut bientôt étendues à toute l’Église d’Occident.

A la messe :

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Programme du IIIème dimanche après Pâques – Jubilate Deo – Litanies majeures

Troisième dimanche après PâquesSaint-Eugène, le dimanche 25 avril 2021, grand’messe de 11h. Procession des Litanies majeures et messe des rogations à 15h30. Secondes vêpres & salut du Très-Saint Sacrement à 17h45.

Le troisième dimanche après Pâques est aussi appelé dimanche de Jubilate, en raison du premier mot de l’introït de la messe.

L’évangile de la messe de ce jour est tiré du dernier discours du Christ à la Cène dans l’évangile de Jean (16, 16-22) : « Un peu de temps, et vous ne me verrez plus ; et puis un peu encore, et vous me verrez, car je vais au Père. » Aussi ce dimanche constitue-t-il un point de bascule au milieu du temps pascal : après avoir célébré la résurrection et la vie nouvelle offerte par le baptême & l’eucharistie, voici que la perspective que nous offre la sainte liturgie change et nous prépare au départ du Seigneur vers son Père et à l’envoi de l’Esprit, aux fêtes prochaines de l’Ascension & de la Pentecôte.

Ce peu de temps nous paraît long, parce qu’il dure encore ; mais lorsqu’il sera fini, nous comprendrons combien il était court. Que notre joie ne ressemble donc pas à celle du monde, dont il est dit : « Mais le monde se réjouira » ; et néanmoins, pendant l’enfantement du désir de l’éternité, que notre tristesse ne soit pas sans joie ; montrons-nous, comme dit l’Apôtre : « Joyeux par l’espérance, patients dans la tribulation ». En effet, la femme qui enfante, et à laquelle nous avons été comparés, éprouve plus de joie à mettre au monde un enfant, qu’elle ne ressent de tristesse à souffrir sa douleur présente. Mais finissons ici ce discours, car les paroles qui suivent présentent une question très épineuse ; il ne faut pas les circonscrire dans le court espace de temps qui nous reste, afin de pouvoir les expliquer plus à loisir, s’il plaît au Seigneur. »
Homélie de saint Augustin, évêque, IXème leçon des vigiles nocturnes de ce dimanche, au troisième nocturne.

*

A partir de novembre 589, une terrible épidémie de peste frappe la ville de Rome, provoquant la mort de nombreux habitants, et en premier lieu celle du pape Pélage II lui-même qui meurt le 7 février 590 des soins qu’il avait apporté aux malades. Son successeur n’est autre que le Pape saint Grégoire le Grand (590 † 604). Celui réorganise la grande procession des Litanies Majeures (qui existaient avant son pontificat) et la fixe au 25 mars, à la date d’une ancienne fête célébrant l’entrée de saint Pierre à Rome (encore présente dans le Sacramentaire Léonien – notons que la fixation de la fête de saint Marc au 25 avril n’interviendra que plus tard, à partir des VIIIème – IXème siècles en se superposant aux Litanies majeures).

Voici en quels termes, au témoignage de saint Grégoire de Tours, le Pape saint Grégoire le Grand, à peine élu (il ne fut sacré que le 3 septembre suivant) convoqua cette procession du 25 avril 590 :

Il nous faut, bien-aimés frères, quand nous n’avons pas su les prévenir, craindre du moins les fléaux de Dieu lorsqu’ils nous accablent. Que la douleur nous ouvre la porte de la conversion ; que la peine qui nous frappe brise le rocher de nos cœurs. « Le glaive, comme dit Jérémie, pénètre aujourd’hui jusqu’à l’âme. » (Jérémie IV, 10).

Sous le coup des célestes vengeances, voilà que tout le peuple est frappé, et chacun est enlevé instantanément. La maladie ne précède pas la mort ; aucun avant-coureur : la mort est sa propre messagère ; vous le voyez, elle ne s’annonce qu’en foudroyant. Pas même entre elle et le pécheur le temps du repentir. Songez en quel état parait devant son juge le malheureux qui n’a pas eu une seconde pour pleurer ses fautes. Hélas ! ce ne sont pas des victimes isolées, c’est tout le peuple qui succombe. Les maisons restent vides, les pères voient mourir leurs enfants ; l’héritier précède dans la tombe ceux qui voulaient lui laisser leurs biens. C’est donc maintenant qu’il nous faut nous réfugier dans la pénitence, puisque nous pouvons encore pleurer avant que la mort ne frappe. Remettons sous les yeux de notre âme la suite de nos égarement ; effaçons dans les larmes la trace de nos iniquités. « Prévenons dans la confession du délut la face du juge. » (Psaume XCII, 2). « Elevons vers Dieu nos cœurs avec nos mains. » (Lamentations III, 41). Qu’est-ce à dire : « Elever à Dieu le cœur avec les mains ? » sinon soutenir la ferveur de nos prières par le mérite des bonnes œuvres. Il donne, ce grand Dieu, il donne à nos terreurs une pleine confiance, quand il nous dit par la bouche du prophète : « Je ne veux pas la mort du pécheur, mais qu’il se convertisse & qu’il vive. » (Ezéchiel XXXIII, 1).

Donc, que nul ne désespère, quelle que soit l’énormité de ses forfaits. Ninive avait croupi des siècles dans la fange de ses crimes. Trois jours de pénitence sauvèrent Ninive. Et le larron converti sur la croix, eut-il besoin, pour entendre la sentence de vie éternelle, de plus de temps qu’il n’en faut pour mourir ? Changeons le fond de nos cœurs, cela suffit pour nous donner la certitude que nous avons déjà reçu ce que nous demandons? Notre juge ne demande, pour révoquer la sentance de mort, que de nous voir à ses pieds suppliants et convertis. Ainsi, bien aimés frères, ouvrons nos cœurs à la contrition et nos mains aux bonnes œuvres.

Une litanie septiforme, grande manifestation de notre douleur, de nos vœux et de notre repentir, aura lieu au point du jour, le matin de Pâques. Venez-y tous mêler vos larmes aux nôtres, et apporter à notre Dieu le tribut de votre dévotion. Que tous les travaux des champs, que tout négoce soit interrompu. Le rendez-vous général sera l’église de la sainte Mère de Dieu, où tous ensemble, déplorant nos fautes, nous supplierons le souverain juge de désarmer sa colère. Les sept divers litanies partiront pour s’y rendre, celle des clercs, de l’église Saint-Jean-Baptiste ; celle des hommes, de l’église Saint-Etienne ; celle des veuves, de l’église Saint-Vital ; celle des pauvres & des enfants, de l’église de Sainte-Cécile. (in saint Grégoire de Tours, Histoire des Francs, lib. X, cap. 1 – cf aussi Saint Grégoire le Grand, Opera omnia, Patrologie Latine, tome LXXVI, col. 1312).

Procession de saint Grégoire - Litanies majeures

Procession de saint Grégoire – Litanies majeures.

Cette procession, une fois réunie pour la collecte à Sainte-Marie Majeure, se dirigea vers Saint-Pierre-du-Vatican pour y faire la station, elle fut conduite par saint Grégoire, qui marchait pieds nus sous le sac et la cendre, et est alors marquée selon la tradition par plusieurs miracles :

  • Une image de la Bienheureuse Vierge Marie était portée dans la procession et son passage éteignait les miasmes de la peste. Les Anges firent entendre cette louange à la Mère de Dieu pendant la procession pendant qu’elle traversait le Tibre en face du Mausolée d’Hadrien :

    Regina cœli lætare, alleluia,
    Quia quem meruisti portare, alleluia,
    Resurrexit sicut dixit, alleluia.

    À quoi le pape saint Grégoire le grand ajouta :

    Ora pro nobis Deum, alleluia.

  • Tandis que la procession s’approchait de la basilique Saint-Pierre du Vatican pour que le pape y célèbre la messe de la station, saint Grégoire vit apparaître, sur le Mausolée d’Hadrien saint Michel Archange qui remettait son glaive au fourreau, signifiant la cessation de l’épidémie. En commémoraison de cette vision, une chapelle dédiée à saint Michel Archange fut dédiée dans ce monument de l’antiquité par le pape Boniface IV (608 † 615), et depuis l’édifice fut renommé Château Saint-Ange.
Statue de l'archange saint Michel sur le Château Saint-Ange par Peter Anton von Verschaffelt.

Statue de l’archange saint Michel sur le Château Saint-Ange par Peter Anton von Verschaffelt.

A la sainte messe dominicale :

A la procession des Litanies majeures et à la messe des Rogations :

  • Kyrie des féries de Carême et d’Avent au propre de Paris
  • Epître : Jacques V, 16-20 : Et la prière de la foi sauvera le malade ; le Seigneur le soulagera ; et s’il a commis des péchés, ils lui seront remis.
  • Evangile : Luc XI, 5-13 : Si donc vous, étant méchants comme vous êtes, vous savez néanmoins donner de bonnes choses à vos enfants ; à combien plus forte raison votre Père qui est dans le ciel, donnera-t-il le bon Esprit à ceux qui le lui demandent ?
  • Sanctus XVIII
  • Après la Consécration : sur le ton de l’hymne pascale Ad cœnam Agni providi
  • Agnus Dei XVIII
  • Benedicamus Domino XVIII
  • Au dernier Evangile : Regina cœli – mise en polyphonie d’après Charles de Courbes (1622)
  • Procession de sortie : Regina cœli, jubila – cantique à la Sainte Vierge pour le temps pascal, tradition germanique (musique de R. Alberus, 1569)

IIndes vêpres du troisième dimanche après Pâques. Au salut du Très-Saint Sacrement :

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Télécharger le livret du commun des IIndes vêpres du dimanche durant le Temps pascal.
Télécharger le livret du propre des IIndes vêpres du dimanche du IIIème dimanche après Pâques.

La Résurrection du Christ

Programme des Rogations

Procession des Rogations - image d'EpinalSaint-Eugène, les lundi 18 & mardi 19 mai 2020, procession puis messe des Rogations de 19h (Mémoire de saint Venant, martyr, le lundi et de saint Pierre Célestin, pape, le mardi).

Les Rogations, processions de supplications et de pénitence qui précèdent l’Ascension et demandent à Dieu de répandre son Esprit Saint et de répondre à nos demandes multiples, furent instituées la première fois en Gaule par saint Mamert, évêque de Vienne vers 470, tandis que cette ville était frappée de calamités extraordinaires. Le succès de ces processions de supplication fut immédiat dans la toute jeune France, puisque dès 511, le Concile d’Orléans réuni par le roi Clovis en parle dans ses 27ème & 28ème canons comme d’une institution bien établie. L’empereur Charlemagne quittait ses chausses comme les plus simples fidèles, et marchait aux Rogations nu-pieds à la suite de la croix, depuis son palais jusqu’à l’église de la Station. En 816, le pape Léon III les adopta à Rome et elles fut bientôt étendues à toute l’Église d’Occident.

A la messe :

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Programme de la supplication des Litanies majeures

Procession des Litanies majeures : le Pape saint Grégoire le Grand a la vision de saint Michel Archange sur le Château Saint-Ange remettant son glaive au fourreau, marquant la fin de l'épidémie de peste à Rome.

Procession des Litanies majeures : le Pape saint Grégoire le Grand a la vision de saint Michel Archange sur le Château Saint-Ange remettant son glaive au fourreau, marquant la fin de l’épidémie de peste à Rome.

Saint-Eugène, le samedi 25 avril 2020, office de none à 15h, suivi de la procession des Litanies majeures et de la grand’messe de 19h (Mémoire des saints Soter et Caïus, papes & martyrs).

A partir de novembre 589, une terrible épidémie de peste frappe la ville de Rome, provoquant la mort de nombreux habitants, et en premier lieu celle du pape Pélage II lui-même qui meurt le 7 février 590 des soins qu’il avait apporté aux malades. Son successeur n’est autre que le Pape saint Grégoire le Grand (590 † 604). Celui réorganise la grande procession des Litanies Majeures (qui existaient avant son pontificat) et la fixe au 25 mars, à la date d’une ancienne fête célébrant l’entrée de saint Pierre à Rome (encore présente dans le Sacramentaire Léonien – notons que la fixation de la fête de saint Marc au 25 avril n’interviendra que plus tard, à partir des VIIIème – IXème siècles en se superposant aux Litanies majeures).

Voici en quels termes, au témoignage de saint Grégoire de Tours, le Pape saint Grégoire le Grand, à peine élu (il ne fut sacré que le 3 septembre suivant) convoqua cette procession du 25 avril 590 :

Il nous faut, bien-aimés frères, quand nous n’avons pas su les prévenir, craindre du moins les fléaux de Dieu lorsqu’ils nous accablent. Que la douleur nous ouvre la porte de la conversion ; que la peine qui nous frappe brise le rocher de nos cœurs. « Le glaive, comme dit Jérémie, pénètre aujourd’hui jusqu’à l’âme. » (Jérémie IV, 10).

Sous le coup des célestes vengeances, voilà que tout le peuple est frappé, et chacun est enlevé instantanément. La maladie ne précède pas la mort ; aucun avant-coureur : la mort est sa propre messagère ; vous le voyez, elle ne s’annonce qu’en foudroyant. Pas même entre elle et le pécheur le temps du repentir. Songez en quel état parait devant son juge le malheureux qui n’a pas eu une seconde pour pleurer ses fautes. Hélas ! ce ne sont pas des victimes isolées, c’est tout le peuple qui succombe. Les maisons restent vides, les pères voient mourir leurs enfants ; l’héritier précède dans la tombe ceux qui voulaient lui laisser leurs biens. C’est donc maintenant qu’il nous faut nous réfugier dans la pénitence, puisque nous pouvons encore pleurer avant que la mort ne frappe. Remettons sous les yeux de notre âme la suite de nos égarement ; effaçons dans les larmes la trace de nos iniquités. « Prévenons dans la confession du délut la face du juge. » (Psaume XCII, 2). « Elevons vers Dieu nos cœurs avec nos mains. » (Lamentations III, 41). Qu’est-ce à dire : « Elever à Dieu le cœur avec les mains ? » sinon soutenir la ferveur de nos prières par le mérite des bonnes œuvres. Il donne, ce grand Dieu, il donne à nos terreurs une pleine confiance, quand il nous dit par la bouche du prophète : « Je ne veux pas la mort du pécheur, mais qu’il se convertisse & qu’il vive. » (Ezéchiel XXXIII, 1).

Donc, que nul ne désespère, quelle que soit l’énormité de ses forfaits. Ninive avait croupi des siècles dans la fange de ses crimes. Trois jours de pénitence sauvèrent Ninive. Et le larron converti sur la croix, eut-il besoin, pour entendre la sentence de vie éternelle, de plus de temps qu’il n’en faut pour mourir ? Changeons le fond de nos cœurs, cela suffit pour nous donner la certitude que nous avons déjà reçu ce que nous demandons? Notre juge ne demande, pour révoquer la sentance de mort, que de nous voir à ses pieds suppliants et convertis. Ainsi, bien aimés frères, ouvrons nos cœurs à la contrition et nos mains aux bonnes œuvres.

Une litanie septiforme, grande manifestation de notre douleur, de nos vœux et de notre repentir, aura lieu au point du jour, le matin de Pâques. Venez-y tous mêler vos larmes aux nôtres, et apporter à notre Dieu le tribut de votre dévotion. Que tous les travaux des champs, que tout négoce soit interrompu. Le rendez-vous général sera l’église de la sainte Mère de Dieu, où tous ensemble, déplorant nos fautes, nous supplierons le souverain juge de désarmer sa colère. Les sept divers litanies partiront pour s’y rendre, celle des clercs, de l’église Saint-Jean-Baptiste ; celle des hommes, de l’église Saint-Etienne ; celle des veuves, de l’église Saint-Vital ; celle des pauvres & des enfants, de l’église de Sainte-Cécile. (in saint Grégoire de Tours, Histoire des Francs, lib. X, cap. 1 – cf aussi Saint Grégoire le Grand, Opera omnia, Patrologie Latine, tome LXXVI, col. 1312).

Procession de saint Grégoire - Litanies majeures

Procession de saint Grégoire – Litanies majeures.

Cette procession, une fois réunie pour la collecte à Sainte-Marie Majeure, se dirigea vers Saint-Pierre-du-Vatican pour y faire la station, elle fut conduite par saint Grégoire, qui marchait pieds nus sous le sac et la cendre, et est alors marquée selon la tradition par plusieurs miracles :

  • Une image de la Bienheureuse Vierge Marie était portée dans la procession et son passage éteignait les miasmes de la peste. Les Anges firent entendre cette louange à la Mère de Dieu pendant la procession pendant qu’elle traversait le Tibre en face du Mausolée d’Hadrien :

    Regina cœli lætare, alleluia,
    Quia quem meruisti portare, alleluia,
    Resurrexit sicut dixit, alleluia.

    À quoi le pape saint Grégoire le grand ajouta :

    Ora pro nobis Deum, alleluia.

  • Tandis que la procession s’approchait de la basilique Saint-Pierre du Vatican pour que le pape y célèbre la messe de la station, saint Grégoire vit apparaître, sur le Mausolée d’Hadrien saint Michel Archange qui remettait son glaive au fourreau, signifiant la cessation de l’épidémie. En commémoraison de cette vision, une chapelle dédiée à saint Michel Archange fut dédiée dans ce monument de l’antiquité par le pape Boniface IV (608 † 615), et depuis l’édifice fut renommé Château Saint-Ange.
Statue de l'archange saint Michel sur le Château Saint-Ange par Peter Anton von Verschaffelt.

Statue de l’archange saint Michel sur le Château Saint-Ange par Peter Anton von Verschaffelt.

A la messe :

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Procession de saint Gregoire aux Litanies Majeures par Jacopo Zucchi

Procession de saint Gregoire aux Litanies Majeures par Jacopo Zucchi (Musées du Vatican).

La litanie de saint Martin – Dicamus omnes : Domine, miserere

Quelques diocèses français conservèrent pieusement jusqu’à la Révolution (ou même jusqu’au début du XIXème siècle) le chant d’une litanie qui commence par l’invitation Dicamus omnes et dont la saveur antique du texte est indéniable (on y prie pour l’empereur et l’armée romaine) et qu’on peut remonter de ce fait au IVème.

Cette litanie est probablement l’un des rares reliefs de l’ancien rit des Gaules qui a échappé à la suppression décidée par Pépin le Bref et Charlemagne en faveur du rit romain. Elle est connue dans des formes similaires dans les rits voisins de l’ancien rit des Gaules :

  • à Milan dans le rit ambrosien, où cette litanie est encore aujourd’hui chantée les dimanches de Carême pairs au début de la messe,
  • en Irlande dans l’ancien rit celtique, où elle était chantée entre l’épître et l’évangile.

Du reste, le Missel de Stowe (Manuscrit Dublin, Royal Irish Academy, D ii 3, f° 16) datant de la fin du VIIIème siècle, le plus précieux témoin de l’ancienne liturgie celte d’Irlande, nous apprend le nom de l’auteur de cette litanie en l’appelant « Deprecatio Sancti Martini pro populo »« Prière de saint Martin pour le peuple ». Cette importation d’une prière gallicane dans la liturgie celtique s’explique assez bien par les liens étroits entre le monachisme irlandais et le monachisme martinien.

La "Deprecatio Sancti Martini pro populo" du Missel de Stowe (fin du VIII<sup>ème</sup> siècle.

La « Deprecatio Sancti Martini pro populo » du Missel de Stowe (fin du VIIIème siècle.

L’attribution de cette prière litanique à saint Martin – l’Apôtre des Gaules, l’évêque de Tours et l’un des Pères du monachisme dans notre pays, né en Pannonie en 316, mort à Candes en Gaule le 8 novembre 397 – est parfaitement plausible : la saveur tout entière du texte nous ramène bien en effet « à l’époque où César régnait sur le monde ». Sans être un décalque strict des litanies diaconales orientales, byzantines en particulier, (en tout cas dans leur état actuel), la grande parenté des expressions usitées indique que le texte de la litanie de saint Martin est probablement une traduction et/ou une reformulation d’un modèle litanique originellement grec. La réponse du peuple est comme en Orient « Kyrie eleison », l’acclamation est ici toutefois traduite en latin : « Domine miserere » (ou dans la version celtique du Missel de Stowe « Domine exaudi et miserere ».

Voici le chant noté de la litanie de saint Martin tiré du Processional de Laon (Processionale Laudunense) de Jean-François-Joseph de Rochechouart, évêque duc de Laon (1755) : il conserve encore en plein milieu du XVIIIème siècle toute la beauté de la cantilène diaconale primitive, en mode de mi (IIIème ton et son antique chant du Domine miserere, le Kyrie eleison en latin. La litanie de saint Martin, qui devait former la prière diaconale de l’antique rit des Gaules (et qui devait probablement être chantée au tout début de la messe, comme la grande ecténie de paix du rit byzantin, et les litanies des dimanches de Carême du rit ambrosien), a pu survivre aux suppressions carolingienne, intégrée désormais comme d’autres textes de l’ancienne liturgie des Gaules parmi les chants des rogations, processions tenues les trois jours qui précèdent l’Ascension. Ces prières des rogations, originaires de Vienne en Provence au Vème siècle, étaient un trait proprement gallican curieusement passé par la suite dans l’usage de Rome.

Litanie de saint Martin de Tours - première partie

Litanie de saint Martin de Tours - seconde partie

Litanie de saint Martin de Tours - troisième partie

Voici le texte et la traduction de la litanie de saint Martin selon ce Processional de
Laon de 1755 :

V. Dicamus omnes, Domine, miserere. V. Disons tous : Seigneur, aie pitié.
℟. Domine, miserere. ℟. Seigneur, aie pitié.
V. Ex toto corde, & ex tota mente, adoramus te. V. De tout notre cœur, & de tout notre esprit, nous t’adorons.
℟. Domine, miserere. ℟. Seigneur, aie pitié.
V. Pro stabilissima pace, & prospera Imperii constitutione, supplicamus te. V. Pour la paix la plus durable, & une situation prospère pour l’Empire, nous te supplions.
℟. Domine, miserere. ℟. Seigneur, aie pitié.
V. Pro Congregatione Catholica, quæ est in hoc loco constituta, invocamus te. V. Pour l’Eglise Catholique, qui est établie en ce lieu, nous t’invoquons.
℟. Domine, miserere. ℟. Seigneur, aie pitié.
V. Pro imperatore nostro, & omni exercitu ejus, Rex regum. V. Pour notre empereur, & pour toute son armée, Roi des rois.
℟. Domine, miserere. ℟. Seigneur, aie pitié.
V. Pro aëris temperie, & fructibus ac fœcunditate terræ, largitor bone. V. Pour la salubrité de l’air et des fruits et pour la fécondité de la terre, bon dispensateur des biens.
℟. Domine, miserere. ℟. Seigneur, aie pitié.
V. Pro Civitate ista, & conservatione ejus, deprecamur te. V. Pour cette cité et sa préservation, nous te prions
℟. Domine, miserere. ℟. Seigneur, aie pitié.
V. Pro his qui infirmantur & diversis languoribus detinentur, sana eos. V. Pour ceux qui son infirmes et ceux sont atteints de diverses maladies, guéris-les.
℟. Domine, miserere. ℟. Seigneur, aie pitié.
V. Pro remissione peccatorum, & emendatione eorum, invocamus te. V. Pour la rémission des péchés, & leur correction, nous t’invoquons.
℟. Domine, miserere. ℟. Seigneur, aie pitié.
V. Exaudi nos, Deus, in omni oratione nostra, quia potens es. V. Exauce-nous, Dieu, en toutes nos prières, car tu es puissant.
V. Dicamus omnes : V. Disons tous :
℟. Domine, miserere. ℟. Seigneur, aie pitié.

Moyennant quelques modifications textuelles (voyez par exemple le texte employé dans ce livret PDF à l’offertoire), nous chantons à Saint-Eugène la litanie de saint Martin, en particulier pour la fête de saint Apôtres des Gaules, ou encore aux Rogations, ou encore en ce 11 novembre 2018 pour le centenaire de l’Armistice ayant mis fin à la boucherie de la Première Guerre mondiale, occasion s’il en est de prier ardemment « pour la paix la plus durable, & une situation prospère pour la France ».