Cérémonial Parisien 1662 – De la vigile, de la nuit et du jour de la Nativité du Seigneur

Après celui sur le temps de l’Avent, voici le chapitre relatif à Noël du Cæremoniale Parisiense publié en 1662 par le chanoine Martin Sonnet, avec une traduction française et quelques notes explicatives.

La Nativité - bandeau

PARS TERTIA.
De Vigilia, nocte & die Nativitatis Domini.
CAPVT II.
TROISIEME PARTIE.
De la vigile, de la nuit et du jour de la Nativité du Seigneur.
CHAPITRE II.
Et Verbum caro factum est, & habitavit in nobis.
Ioannis. cap. I. v. 14.
Et le Verbe s’est fait chair, & il a habité parmi nous.
Jean chap. I. v. 14.
6. Hora 7. vespertina pulsatur signum Salutationis Angelicæ. Hora octava datur primum Matutini signum. Hora nona incipiuntur Matutinæ, more annuali : in quibus Lectiones & Responsoria cantantur in cappis ad Ambonem. 6. A 7h du soir, on sonne le signal de la salutation angélique. A 8h, on donne le premier signal des Matines. A 9h on commence les matines, à la façon des annuels, dans lesquelles les leçons et les répons sont chantés en chapes à l’ambon.
Voici quelques indications précieuses sur les horaires (et donc la durée) des offices. L’Angelus est sonné à 7h du soir après les complies.

Les matines sont chantées selon le rite des fêtes annuelles (sous ce vocable est désigné les fêtes les plus importantes de l’année liturgique). Le chapitre XXIV de la première partie du Cérémonial parisien de 1662 renseigne sur la célébration solennelle des matines des fêtes annuelles, dont voici quelques éléments : ces matines annuelles sont précédées de cinq sonneries de cloches annonciatrices (la première sonnerie pour les matines de Noël commence donc à 20h) ; on doit allumer 12 cierges sur l’autel, on porte les chapes, le célébrant dans les paroisses doit porter également l’étole de la couleur de la fête ; le chant doit être grave ; le célébrant est accompagné de six chapiers qui se tiennent en ligne d’abord devant l’autel au milieu du chœur puis se séparent : les deux plus dignes des chapiers vont modérer les deux moitiés du chœur, tandis que les quatre autres restent en ligne à l’aigle au milieu du chœur pour chanter l’invitatoire ; l’orgue figure la première reprise de l’invitatoire, les quatre chantres en chapes chantent le premier verset du Psaume Venite exultemus et le chœur répète l’invitatoire, tandis que les deux premiers chantres en chapes déambulent pour modérer le chœur ; la suite des versets du psaume est distribué alternativement à deux chantres sur quatre ; l’orgue intervient aussi pour des alternances à l’hymne, figure le neume de la troisième antienne de chaque nocturne, alterne le troisième répons de chaque nocturne et le Te Deum final ; il y a encensement de l’autel pendant le chant de l’hymne ; les antiennes du premier nocturne sont entonnées par des enfants de chœur, celles du second nocturne par des chantres ou des chapelains, celles du troisième nocturne par des bénéficiers ou des prêtres anciens, celles des laudes par des chanoines ou les plus dignes après le célébrant ; les leçons sont chantées en chapes, chaque lecteur ne la prenant que pour remplir cette fonction ; les répons sont chantés par deux enfants de chœur en chape au premier nocturne, par deux chantres ou chapelains ou bénéficiers en chape au second nocturne, par deux chanoines ou bénéficiers ou prêtres parmi les plus anciens, en chape, au troisième nocturne. Toutefois le neuvième répons est toujours chanté à 4 (chanoines, ou chapelains prêtres parmi les plus anciens, ou par les quatre chantres en chapes qui ont chanté l’invitatoire – on peut faire de même pour le troisième et le neuvième répons dans les grandes églises).

7. Tres ultimæ Lectiones de Homilia in tria Evangelia cantantur a tribus Sacerdotibus in Choro dignioribus, in ornamentis Sacerdotalibus, hoc est, amictu, alba, cingulo, manipulo & casula albi coloris, cum Cruce, Ceroferariis, & Thuriferario, ac etiam cum Diacono & Subdiacono indutis Sacris Missæ vestibus : qui omnes tempore oportuno in Sacristia necessaria ornamenta induunt : ad quamlibet Homiliam mutantur ornamenta & officiarii, si fieri possit, secundum dignitatem & qualitatem eorum qui eas sunt cantaturi. 7. Les trois dernières leçons, tirées des homélies sur les trois évangiles, sont chantées par les trois plus dignes prêtres du chœur, en ornements sacerdotaux, c’est-à-dire, amict, aube, cordon, manipule et chasuble de couleur blanche, avec la croix, les céroféraires et le thuriféraire, et avec même le diacre et le sous-diacre vêtus des vêtements sacrés de la messe : tous ce sont revêtu à la sacristie des ornements nécessaire en temps opportun ; à n’importe laquelle homélie, on changera d’ornements et d’officiants, si cela peut se faire, selon la dignité et la qualité de ceux qui doivent les chanter.
Les trois dernières leçons des matines des fêtes (et la fête de la Nativité n’y déroge pas), sont constitués d’un premier verset de l’évangile suivis d’une homélie d’un Père de l’Eglise sur cet évangile.

Traditionnellement, après la neuvième leçon et le neuvième répons, l’usage antique et médiéval (que les Bénédictins ont conservé) faisait suivre le chant solennel d’un évangile par le célébrant (à Noël, il s’agissait de l’évangile de la Généalogie du Christ selon saint Matthieu). Le rit parisien a perdu au cours du XVIIème siècle le chant de cette généalogie, par volonté d’alignement progressif sur les livres tridentins opéré par trois générations d’évêques issus de la famille italienne de Gondy : supprimé dans le Bréviaire parisien de 1653, ce chant de la généalogie de Noël sera rétabli en 1736 à Paris.

Notez que le diacre et le sous-diacre ont déjà revêtu les ornements de la messe de minuit pour le troisième nocturne des matines. C’est un usage médiéval courant qui voulait que le prêtre et ses ministres qui allaient célébrer la messe de minuit assistassent avec leurs ornements à tout l’office des matines.

8. Celebrans cantata ultima Lectione descendit cum ministris de Ambone & vadit ad sedem suam in faldistorio prope maius Altare a parte Epistolæ præparato, ubi sedet cum suis officiariis, factis prius Altari inclinationibus mediocriter, interim cantatur ultimum Responsorium, & cum idem repetitur, primus Chorista ad eum accedit, & flexis genibus annuntiat Te Deum laudamus. Finito Responsorio Celebrans intonat Te Deum laudamus, ad quem stat cum ministris, quo finito accedit ad Altare, & incipit primam Missam in media nocte de more, quæ Celebratur more annuali, ut in Missali habetur. 8. Le célébrant, une fois chantée la dernière leçon, descend avec ses ministres de l’ambon et va à son siège au faldistoire, proche de l’autel majeur, préparé côté Epître, où il s’assoit avec ses officiers, ayant fait d’abord une inclinaison médiocre à l’autel, tandis qu’est chanté l’ultime répons, & lorsque celui-ci est répété, le premier choriste s’approche de lui, et à genoux lui annonce le Te Deum laudamus, pour lequel il se tient debout avec ces ministres, lequel fini, il s’approche de l’autel et commence la première messe de minuit, selon l’usage, qu’il célèbre de façon annuelle, comme il est marqué dans le missel.
Fait marquant de la tradition parisienne, les matines ne s’achèvent pas par l’oraison ni le Benedicamus Domino mais s’enchaînent directement avec la messe de minuit après le chant du Te Deum.

La banquette est inconnue à Paris, le célébrant est assis sur un fauteuil (faldistoire) même s’il n’est que simple prêtre et ce fauteuil est encadré de deux petits sièges ou tabourets pour ses ministres.

Noter aussi que l’intonation du Te Deum qui clôt les matines revient au célébrant, comme au rit romain.

La messe de minuit est célébré selon le rite dit annuel. En voici quelques éléments saillants : la messe est annoncée par cinq sonneries de cloches ; l’autel est orné des parements les plus précieux, y sont déposé le Missel parisien, l’Evangéliaire et l’Epistolier, deux instruments de paix ; deux choristes en chapes modèrent le chœur ; le chant doit être très grave, si possible en musique ou en contrepoint ; l’orgue peut figurer les versets impairs de l’ordinaire de la messe ; l’Alleluia et son verset est chanté par quatre chanoines, bénéficiers, prêtres chapelains ou chantres, au milieu du chœur, revêtu de chapes qu’ils prennent pour accomplir ce rit et déposent ensuite ; le plus ancien des enfants de chœur porte la croix en chape à l’entrée, à l’évangile et à la sortie ; l’évangile qui a été chanté est non seulement baisé par le célébrant, mais le sous-diacre, une fois chanté l’Et incarnatus est du Credo, porte l’évangile à baiser à tous les membres du clergé présent, accompagné du thuriféraire qui encense ensuite chaque clerc ayant baisé l’évangile ; lorsque commence le Sanctus, le plus ancien des enfants de chœur se revêt du soc (sorte de chape mise à l’envers) pour tenir la patène.

A suivre.

Cérémonial Parisien 1662 – Du temps de l’Avent, et des fêtes occurrentes

Pour une meilleure connaissance à titre documentaire de l’ancien rit parisien, et en commençant par le temps de l’Avent, nous publierons les différents chapitres du Cæremoniale Parisiense publié en 1662 par le chanoine Martin Sonnet, avec une traduction française et quelques notes explicatives.

Martin Sonnet - Le temps de l'Avent

PARS TERTIA.
De Tempore Adventus, & Festis
in eo occurrentibus.
CAPVT PRIMVM.
TROISIEME PARTIE.
Du Temps de l’Avent, & des fêtes
qui y surviennent.
CHAPITRE PREMIER.
Rorate cœli desuper, & nubes pluant iustum : aperiatur terra, & germinet salvatorem.
Esaiæ cap. 45. v. 8.
Répandez, ô cieux, votre rosée, et vous nuées, faites pleuvoir le Juste.
Isaïe chap. 45. v. 8.
ADVENTUS Domini semper inchoatur Dominica proximiore festo sancti Andreæ, vel ipso die S. Andreæ si occurrat in Dominica. Huius temporis Officium partim lætitiæ est, & ideo dicitur Alleluya, in Dominicis, & in Antiphonis : partim mœroris, & ideo omittitur Hymnus Te Deum, & Hymnus Angelicus Gloria in excelsis. L’Avent du Seigneur est toujours commencé le dimanche le plus proche de la fête de saint André, ou le jour même de saint André, s’il tombe le dimanche. L’office de ce temps est en partie [un temps] de joie, et pour cette raison on dit l’Alléluia, les dimanches et dans les antiennes, en partie [un temps] d’affliction, et pour cette raison on omet l’hymne Te Deum, et l’hymne angélique Gloria in excelsis.
Jusque là, tout est commun avec le rit romain. Comme le note incidemment Sonnet et comme le pratique le rit romain, l’Alleluia n’est chanté à la messe que le dimanche, il est de ce fait omis lorsque la messe dominicale est reprise en semaine.
2. Dominica prima Adventus, Initium est anni Ecclesiastici & omnium Festorum vel Officiorum, quare est duplex maius & Dominica primæ Classis, ideoque quodlibet Festum in ea occurentes transfertur semper, & habet primas & secundas Vesperas super Festum S. Andreæ Sabbato vel Feria secunda occurens. 2. Le premier dimanche de l’Avent est le commencement de l’année ecclésiastique & de toutes les fêtes et offices, c’est pourquoi il est double majeur et dimanche de première classe, et c’est pour cette raison qu’on transfère toute fête qui y surviendrait, et qu’il possède des premières et secondes fêtes, qui surpassent [celles] de la fête de saint André qui surviendrait un samedi ou un lundi.
Dans le Missel romain de saint Pie V, le premier dimanche de l’Avent est un dimanche semi-double de première classe. Tant au romain qu’au parisien, ce dimanche ne possédait pas réellement de premières vêpres complètes : depuis le haut Moyen-Age, on chantaient en effet d’abord les antiennes fériales du samedi soir puis l’Avent ne commençait véritablement qu’à partir du capitule. La réforme de saint Pie X de 1911 a modifié cet usage antique et universel en reprenant les antiennes des laudes pour les cinq psaumes de ces nouvelles premières vêpres (lesdits psaumes étant aussi modifiés). Contrairement au parisien, dans les rubriques romaines tridentines, les vêpres du premier dimanche de l’Avent cédaient face à celles de saint André tombant un samedi ou un lundi, on faisait alors mémoire du dimanche, et ce jusqu’aux réformes de 1955 (le rit romain suit depuis lors ce que faisait autrefois Paris).
3. Per totum Adventum Color albus, in omnibus Dominicis & Feriis, in Festis vero Color conveniens : prout notatur in Missali Parisiensi cap. 18. de coloribus paramentorum. 3. Pour tout l’Avent [on use de] la couleur blanche pour tous les dimanches et féries, mais pour les fêtes [on use] de la couleur convenable, selon ce qui est noté dans le Missel parisien au chapitre 18 : de la couleur des parements.
Cet usage parisien du blanc pendant l’Avent – à la place du violet que notent les livres romains – pourra vivement surprendre. Un élément de réponse se déduit de l’observation suivante : le Processionnal parisien utilise la grande antienne Missus est Angelus Gabriel pour la procession qui précède la grand-messe dominicale, dès le premier dimanche de l’Avent et pour les trois suivants. L’Avent parait dès lors conçu dans son ensemble comme une vaste célébration des mystères de l’Annonciation et de l’Incarnation, d’où Paris a probablement déduit la couleur blanche pour tout ce temps liturgique.
4. Vesperæ in Sabbato cantantur graviter eodem plane modo, quo & in Festis Solemnibus : cæteri Ritus observantur tam ad Vesperas, Matutinum cum Laudibus, quam ad Missam, ut in Festis Duplicibus maioribus. Hymni Vesperarum, Matutini, & Laudum cantantur graviter, similiter & Responsoria brevia horarum per totum Adventum. 4. Les vêpres du samedi sont chantées gravement, de la même façon intelligible qu’aux fêtes solennelles. Les autres rites sont observés, tant aux vêpres, aux matines avec les laudes, qu’à la messe, comme aux fêtes doubles majeures. Les hymnes des vêpres, matines et laudes sont chantés gravement, et de même les répons brefs des heures pendant tout l’Avent.
C’est une tradition constante dans l’Eglise latine de chanter plus lentement et plus gravement les offices les plus solennels.
Les premières vêpres du dimanche, chantées le samedi soir, sont ici indiquées comme les offices les plus solennels de l’Avent parisien. Cette dignité leur vient de la plus haute antiquité, lorsqu’il n’y avait encore pas encore de secondes vêpres, et que tous les jours liturgiques s’ouvraient la veille par l’office des vêpres. Les autres offices de l’Avent parisien sont chantés selon une dignité moindre. Ces deux degrés d’offices sont marqués par de menus détails : des sonneries de cloches différentes (5 sonneries solennelles / 3 sonneries), le nombre de cierges sur l’autel (douze cierges / six cierges), l’ornement du célébrant (il porte une étole / il n’en porte pas), l’usage de la polyphonie, du contrepoint et des faux-bourdons (les premier, troisième et cinquième psaumes, l’hymne et le Magnificat peuvent se chanter en musique ou en faux-bourdon, et le répons en contrepoint / le Magnificat seul est chanté en faux-bourdon), la façon d’entonner les antiennes (par les chanoines, les prêtres, les bénéficiers, les chapelains ou les chantres / par les chantres et les bénéficiers), le chant des répons (par quatre chantres en chape/par deux choristes), les encensements (par le célébrant et un prêtre assistant puis par deux thuriféraires, le peuple et la nef sont encensés / par le célébrant puis par un seul thuriféraire, le peuple et la nef ne sont pas encensés), le collectaire (on le présente au célébrant / on ne le présente pas), les stations (on en fait une en l’honneur de la Sainte Vierge / on n’en fait pas).
5. Ad Completorium, post Orationem Antiphonæ Alma, quæ dicitur etiam ad Laudes usque ad Purificationem inclusive, cantatur sexdecies NOEL, sub cantu Conditor, Celebrante antera inchoante, ut in Directio Chori Parisiensis habetur. Quod observatur quotidie usque ad diem vigesimum tertium Decembris inclusive, tam in officio de tempore quam de Sanctis. Hodie sero clauduntur Nuptiæ. A complies, après l’oraison de l’antienne Alma, qu’on dit de même à laudes jusqu’à la Purification incluse, on chante seize NOEL, sous le chant de Conditor, le célébrant l’ayant précédemment entonné, comme on le trouve dans le Directoire de chœur parisien. Ce qui s’observe chaque jour jusqu’au 23 décembre inclus, tant à l’office du temps qu’à celui des saints.
Le chant de seize Noël sur le ton de l’hymne de l’Avent, Conditor alme siderum, représente un vieux témoignage de la simplicité des sentiments des chanoines et probablement un souvenir des danses sacrées qu’ils accomplissaient dans les chœurs des cathédrales françaises au Moyen-Age. Voici comment ce chant pour le moins curieux est noté et rythmé dans le Directorium Chori Parisiensis édité en 1656 par les soins du même chanoine Martin Sonnet et qui précise que Noël est une contraction d’Emmanuel, ce qui signifie Dieu avec nous :
Noel Noel : aux complies parisiennes du Temps de l'Avent
Le Cæremoniale Parisiense ne le précise pas, mais le Directorium Chori Parisiensis indique que tout le clergé chante aussi à la fin des laudes, après l’oraison de l’antienne de la Sainte Vierge, trois NOEL (et non seize) en « fleurtis » (ou chant sur le livre, c’est à dire une polyphonie improvisée), en contrepoint ou en polyphonie à quatre voix. Il indique que quelques églises chantent à complies de la même façon trois NOEL au lieu des seize NOEL chantés sur le chant ci-dessus.
6. Ad Matutinum, prima Lectio (quæ est Præfatio S. Hieronimi Presbyteri ad Paulam & Eustichium in Translationem Esaiæ ex Hebraica veritate, quæ etiam sic incipit. Nemo cum Prophetas versibus viderit esse descriptos, &c, cantatur ad aliqua dignitate, vel ab antiquo Canonico, vel antiquo Sacerdote ad aquilam Chori ; Hæc prima Lectio habetur in sacris ante Prophetiam Esaiæ : pro secunda autem Lectione cantabuntur duæ priores Lectiones Breviarii de initio Esaiæ Prophetæ ad modum unius, more solito, ut fit un Ecclesia Metropolitana Parisiensi. 6. A matines, la première leçon (qui est la Préface de saint Jérôme, prêtre, à Paule et Eustochium, de la traduction d’Isaïe faite depuis la vérité hébraique, et qui commence ainsi : Il ne faut pas s’imaginer que les livres des Prophètes sont écrits, etc… Elle est chantée par quelque dignité, ou par un ancien chanoine, ou un ancien prêtre, à l’aigle du chœur ; cette première leçon est mise dans les Livres Sacrés avant le Prophète Isaïe. Mais pour la seconde leçon, on chante les deux premières leçons du bréviaire, le début du Prophète Isaïe, comme une seule, selon l’habitude, ainsi qu’il est fait dans l’Eglise Métropolitaine des Parisiens.
Traditionnellement, le Prophète Isaïe est lu aux matines du temps de l’Avent, dans le rit romain et ses dérivés, en commençant la lecture du début du livre au trois premières leçons du premier nocturne du premier dimanche de l’Avent. Si le Bréviaire parisien découpe ces trois premières leçons exactement comme le romain (première leçon : Isaïe I, 1-3, seconde leçon : Isaïe I, 4-6, troisième leçon : Isaïe I, 7-9), le Cérémonial témoigne de l’usage qui s’était introduit (à Notre-Dame du moins, et manifestement dans les autres églises du diocèse) de chanter d’abord la Préface au Livre d’Isaïe, souvent présente dans les éditions imprimées de la Vulgate en tête du livre de ce prophète, et qui est une lettre de saint Jérôme à sainte Paule et à sa fille sainte Eustochium. Conséquemment à l’introduction de cette nouvelle lecture, la seconde leçon réunit les six versets des deux anciennes premières leçons d’Isaïe en une seule (Isaïe I, 1-6).
7. Primum Responsorium, Aspiciens a longe cantatur à D. Cantore vel ab antiquo Canonico, vel antiquiore Sacerdote in stallo dignitatis, & sub finem primæ Lectionis illud annuntiat chorista eiusdem lateris Sacerdoti cantaturo. Hoc responsorium cantatur solemniter lentè & mensura gravi, ac etiam tres eius versus, Qui regnaturus. Qui regis, & Tollite portas, cum Gloria Patri. Deinde repetitur idem responsorium ab eodem Sacerdote. Reliqua de more. Nonum Responsorium tamen, Lætentur Cœli, reintonatur à celebrante post Gloria Patri, annuntiatumprius eidem Celebranti à Chorista eiusdem lateris, quod in reiteratione cantatur solemniter, lentè & mensura gravi loco Te Deum. Hoc semper observatur quotiescumque omisso Te Deum, eius loco reincipitur nonum Responsorium post Gloria Patri : in omnibus Dominicis, nempe Adventus, & à Dominica Septuagesimæ usque ad Pascha in Officio de tempore, & in Festo Ss. Innocentium, nisi in Dominica acciderit. 7. Le premier des répons, Aspiciens a longe, est chanté par Monsieur le Chantre, ou par un ancien chanoine, ou par un prêtre plus ancien dans une stalle de dignité, et vers la fin de la première leçon, le choriste [placé] du même côté que le prêtre qui doit chanter le lui annonce. Ce répons est chanté solennellement, lentement et d’une mesure grave, et de même ses trois versets Qui regnaturus, Qui regis, & Tollite portas, avec le Gloria Patri. Ensuite ce même répons est répété par le même prêtre. Le reste selon l’habitude. Le neuvième répons cependant, Lætentur Cœli, est ré-entonné par le célébrant après le Gloria Patri, cela lui ayant été d’abord annoncé par le choriste qui est de son côté, cette répétition est chantée solennellement, lentement et d’une mesure grave, à la place du Te Deum. Cela s’observe toujours toutes les fois que le Te Deum est omis, et qu’à sa place on ré-entonne le neuvième répons après le Gloria Patri : à savoir tous les dimanches de l’Avent, et du dimanche de la Septuagésime jusqu’à Pâques à l’office du temps, et en la fête des Saints Innocents, sauf si elle tombe un dimanche.
Pièce célèbre de tout le répertoire grégorien, le célébrissime répons Aspiciens a longe, premier des neuf répons des matines du premier dimanche de l’Avent, est tout particulièrement remarquable avec ses quatre versets et ses différentes réclames, son chant est de ce fait entouré de la plus grande solennité.
Contrairement au rit romain, l’usage parisien a conservé le neuvième répons pour toutes les matines des dimanches et fêtes (les livres romains ont fait disparaître les neuvièmes répons et ont mis à sa place le Te Deum. L’usage parisien a gardé la disposition primitive : le neuvième répons est suivi du Te Deum). En raison de la suppression du Te Deum les jours de pénitence, le Cérémonial parisien demande que la dernière reprise du répons soit lente, afin de tenir lieu du Te Deum.
Notons que le neuvième répons du rit parisien pour le premier dimanche de l’Avent (Lætentur Cœli) n’existe plus au premier dimanche de l’Avent dans les livres romains tridentins.
8. Hora Nona Matutina in Choro sanctæ ac Metropolitanæ Parisiensis Ecclesiæ, D. Canonicus Theologus sermocinaturus est. 8. A neuf heures du matin dans le chœur de l’Eglise sainte et métropolitaine des Parisiens, M. le Chanoine Théologal prêchera.
Le IIIème Concile de Latran, Xème concile œcuménique tenu en 1179, avait institué dans chaque chapitre de cathédrale la fonction de chanoine théologal, qui avait pour mission d’instruire le clergé & les enfants pauvres, en particulier en prêchant et en enseignant publiquement la théologie et l’Ecriture Sainte dans l’église cathédrale.
9. In Missa maiori, Diaconus & Subdiaconus utuntur Dalmatica & Tunica, more solito, quia est duplex, quod observatur in omnibus aliis Dominicis Adventus, quæ sunt duplices. 9. A la grand’messe, le diacre et le sous-diacre usent de la dalmatique et de la tunique, comme d’habitude, parce que [ce dimanche] est double, ce qu’on observe pour tous les autres dimanches de l’Avent, qui sont doubles.
Contrairement au rit romain qui utilise les chasubles pliées comme vêtement du diacre et du sous-diacre pendant l’Avent, le rit parisien conserve les dalmatique et tunique habituelles. La raison évoquée est la grande dignité dans le rang des fêtes des quatre dimanches du temps de l’Avent. Comme on le verra ci-après, les chasubles pliées sont en usage lors des féries de semaine du temps de l’Avent.
10. In Dominicis & Feriis Adventus dicuntur tres Orationes, secunda de Beata, Deus qui de Beata Maria. Tertia pro Ecclesia Ecclesiæ tuæ. In Festis autem secunda Oratio de Adventu. Tertia de Beata, & omittitur, Ecclesiæ tuæ. Non dicitur Gloria in excelsis, per totum Adventum : In Dominicis dicitur Credo, in Feriis non dicitur. In Missa de tempore Adventus, dicitur semper Benedicamus Domino 10. Les dimanches et féries de l’Avent, on dit trois oraisons, le seconde de la Bienheureuse [Vierge Marie], Deus qui de Beata Maria, la troisième pour l’Eglise Ecclesiæ tuæ. Mais les [jours de] fêtes, la seconde est de l’Avent, la troisième de la Bienheureuse [Vierge Marie], et l’on omet Ecclesiæ tuæ. On ne dit pas le Gloria in excelsis pour tout l’Avent ; mais les dimanches, on dit le Credo, que l’on ne dit pas les féries. A la messe du temps de l’Avent, on dit toujours Benedicamus Domino.
Les règles ici énoncées sont rigoureusement les mêmes que celles qui étaient dans les éditions tridentines des livres romains.
Selon l’ancien usage remontant au moins au Moyen-Age, on ajoutait très souvent d’autres oraisons aux trois oraisons de la messe du jour, savoir la collecte, la secrète et la postcommunion. Tout cela fut aboli par les nouvelles rubriques de 1960 et par le Missel romain de 1962, vraisemblablement pour rechercher des gains de temps sur la durée totale de la messe. On regrettera la suppression de ces anciennes oraisons car elles orientaient la prière des fidèles sur des intentions de prières souvent concrètes et précises. La disparition de ces intentions de prières particulières créa un appel d’air que l’on tenta maladroitement de combler bien plus tard par la création des prières dites universelles.
A la fin de la messe, l’Ite missa est remplacé par Benedicamus Domino comme à chaque fois que le Gloria in excelsis Deo n’est pas chanté à la messe.
11. Feria secunda post Dominicam primam Adventus, & aliis Feriis usque ad Nativitatem Domini, Per totum Adventum dicuntur preces feriales ad omnes horas flexis gentibus. Ad Benedictus & ad Magnificat cantantur Antiphonæ propriæ capitula & Responsoria Brevia horarum dicuntur ut in Psalterio, tempore Adventus. Ad minores horas tantum dicuntur Antiphonæ Dominicæ præcedentis per Hebdomadam quarta prætermissa, quando fit de Feria, nisi assignentur propriæ. Non cantatur Officium parvum usque post Purificationem, nec fiunt Commemorationes communes de Cruce, de Ss. & de pace ab hac die usque post octavam Epiphaniæ, & in majori Missa, non cantatur Alleluya, nec versus ejusdem : Diaconus & Subdiaconus in minoribus Ecclesiis non utuntur Dalmatica nec Tunica, sed Albis, manipulis & stola induti ministrant : In magnis autem Ecclesiis Collegiatis & Parochialibus, in quibus magnus & notabilis est Canonicorum, Beneficiatorum, & Sacerdotum Officiariorum numerus, Diaconus & Subdiaconus utuntur Planetis transversus super humeros & stola latiori, more Ecclesiæ Metropolitanæ : quam planetam Subdiaconus antequam de altari accipiat librum Epistolarum ad cantandum Epistolam decenter deponit in cornu Altaris a parte Epistolæ, & cantata Epistola, depositoque libro super Altare eam resumit, ut prius. 11. Le lundi après le premier dimanche de l’Avent, & aux autres féries jusqu’à la Nativité du Seigneur, pendant tout l’Avent on dit les prières fériales à toutes les heures en fléchissant les genoux. Au Benedictus & au Magnificat on chante les antiennes propres, le capitule et le répons bref des heures comme au Psautier, au temps de l’Avent. Aux petites heures seulement on dit les antiennes du dimanche précédent, en négligeant de le faire pour la quatrième semaine, lorsqu’on fait [l’office de] la férie, si il n’en est pas assigné de propres. On ne chante pas le Petit Office [de la Sainte Vierge] jusqu’après la Purification, ni ne fait les commémoraisons communes de la Croix, des Saints et de la paix, depuis ce jour jusqu’après l’octave de l’Epiphanie, et à la grand’messe, on ne chante ni l’Alléluia ni son verset ; le diacre et le sous-diacre, dans les plus petites églises, n’usent point de la dalmatique ni de la tunique, mais ils servent revêtus en aubes, manipules et étole ; mais dans les grandes églises collégiales ou paroissiales, dans lesquelles grand et notable est le nombre des chanoines, bénéficiers et prêtres officiants, le diacre et le sous-diacre utilisent les chasubles transverses sur les épaules & l’étole large, à la façon de l’Eglise métropolitaine : le sous-diacre – avant de recevoir le livre des épîtres pour chanter l’épître – dépose convenablement ladite chasuble au coin de l’autel du côté de l’épître, et, l’épître chantée et le livre déposé sur l’autel, il la remet comme auparavant.
On notera la suppression du petit office de la Sainte Vierge jusqu’au 2 février dans l’usage de Paris.
Les chasubles pliées sont donc en usage pendant les féries de l’Avent à Paris (mais pas les dimanches, qui ont rang de fêtes doubles, cf. supra n°9). Le Cérémonial rappelle un usage très ancien, savoir que le diacre et le sous-diacre peuvent toujours servir en aubes et étoles, notablement pour les petites églises. Ce même rappel se trouve également dans les rubriques du Missel romain de saint Pie V (De qualitate paramentorum tit. XIX, n. 6, 7. « Dans les petites églises, en ces jours de jeûne, ils accomplissent leurs fonctions revêtus simplement de l’aube : le sous-diacre avec le manipule, le diacre portant aussi l’étole sur l’épaule gauche pendant sous le bras droit. »
L’usage de la chasuble pliée par le sous-diacre parisien est tout à fait similaire au romain : il la dépose – comme le diacre – lorsqu’il fait une fonction particulière, à savoir le chant de l’épître. Pour le rit romain, cf. Pio Martinucci, Manuale sacrarum Cæromoniarum, chap. VI, n°14 : « Si les ministres portent la chasuble pliée, le premier acolyte se lèvera durant la dernière collecte avant l’épître et retirera la chasuble pliée du sous-diacre, puis celui-ci recevra le livre, chantera l’épître, et baisera la main du célébrant ; après qu’il a rendu le livre, il revêtira de nouveau la chasuble pliée – soit près de l’autel, soit à la crédence – et transférera du côté de l’évangile le missel avec son coussin ou pupitre. »
12. Similiter & Diaconus suam planetam deponit antequam accipiat de Altari sacrum Evangeliorum codicem, in cornu Altaris, a parte Evangelii, quam non resumit nisi post Communionem celebrantis, immediate antequam deferat Missale celebrantis ad cornu Epistolæ : stola latiori autem idem Diaconus se induit cum aliis ornamentis super aliam stolam communem & ordinariam, qua stola latiori se etiam cingit & nodat super axillam sinistram. 12. Et de même le diacre dépose sa chasuble avant de recevoir à l’autel le livre sacré des Evangiles, au coin de l’autel du côté Evangile, laquelle il ne reprendra qu’après la communion du célébrant, immédiatement avant de rapporte le Missel du célébrant au coin de l’Epître : mais le diacre se revêt alors de l’étole large, avec les autres ornements, au dessus de l’autre étole commune & ordinaire, laquelle étole large il se ceindra et nouera sous l’aisselle gauche.
Rappelons qu’en liturgie, le côté Evangile désigne la partie gauche d’un autel, le côté Epître sa partie droite (quand on le regarde depuis la nef).
Comme pour le sous-diacre, l’usage parisien de la chasuble pliée du diacre est totalement similaire à l’usage romain. Comme étudié dans l’article de ce site sur les chasubles pliées, le diacre roulait initialement sa chasuble, en y faisant parfois un nœud, comme le représente cette gravure tirée de l’Explication simple, littérale et historique des cérémonies de l’église, Volume 2, planche VII p. 315 de Dom Claude de Vert, osb (Paris, 1708)

Diacre portant la chasuble roulée pour chanter l'évangile.

Diacre portant la chasuble roulée pour chanter l’évangile.


Par la suite, pour simplifier cette action de rouler la chasuble transversalement, on remplaça l’ornement par un nouvel destiné à l’évoquer : l’étole large (stola latiori).
13. Feriæ Adventus sunt majores, de quibus fit Officium aut saltem commemoratio, quocumque Festo in iis occurrente, similiter & de dominicis, de quibus fit semper Officium, nisi occurrat Festum Patroni, Titularis & Dedicationis Ecclesiæ in secunda, tertia, & quarta Dominicis, tunc enim fieret Officium de hujusmodi Festo cum commemoratione Dominicæ semper. Sabbati diebus licet Officium fiat de Feria, Missa tamen cantatur de Beata Maria Rorate cœli, cum Gloria in excelsis, in qua secunda oratio erit de feria, & tertia de Sancto Spiritu. 13. Les Féries de l’Avent son majeures, desquelles on fait l’office ou du moins la commémoraison, quelque soit la fête qui leur est occurente, et de même pour les dimanches, dont on fait toujours l’office, sauf si survient la fête du patron, du titulaire et la dédicace de l’église le second, troisième et quatrième dimanche, alors en effet serait fait l’office de ladite fête toujours avec commémoraison du dimanche. Les samedis, il est permis que l’office soit de la férie, cependant on chante la messe de la Bienheureuse Marie, Rorate cœli, avec Gloria in excelsis, en laquelle la seconde oraison sera de la férie, & la troisième du Saint-Esprit.
Les règles parisiennes sont ici parfaitement similaires au règles romaines, sauf sur un point : seule la fête du patron, du titulaire ou de la dédicace de l’église passe devant les second, troisième et quatrième dimanche de l’Avent à Paris (alors que ces trois dimanches cèdent devant une fête double de première classe au Missel romain de saint Pie V).
14. De vigiliis sancti Andreæ & sancti Thomæ nihil fit in Officio, nisi Missa quæ cantatur de vigilia cum commemoratione Adventus, nisi in vigilia S. Thomæ in quatuor temporibus occurrente, tunc enim de eadem fit tantum commemoratio in Missa. 14. Aux vigiles de saint André et de saint Thomas, rien n’en est fait à l’office, si ce n’est la messe qui est chantée de la vigile avec commémoraison de l’Avent, si ce n’est lorsque la vigile de saint Thomas tombe aux Quatre-Temps, alors en effet il n’est fait seulement commémoraison d’elle à la messe.
Les vigiles des fêtes des apôtres saint André (vigile le 29 novembre, fête le 30 novembre) et saint Thomas (vigile le 20 décembre, fête le 21 décembre) sont des jours de jeûnes et de pénitence préparatoire à ces fêtes majeures. Seule la messe en est chantée à Paris, avec mémoire de l’Avent, sans célébration ni mémoire de la vigile à l’office divin. A Paris, les Quatre-Temps priment sur la vigile de saint Thomas. Les rubriques du Missel de saint Pie V prévoient comme à Paris la mémoire de la férie aux vigiles tombant durant le temps de l’Avent et permettent de ne pas dire l’office de la vigile.

A suivre…

Rit parisien – Beata nobis gaudia – Hymne de saint Hilaire de Poitiers pour la Pentecôte

In Festo Pentecostes
Ad vesperas, Hymn.


1. Beáta nobis gáudia
Anni redúxit órbita,
Cum Spíritus Paráclitus
Effúlsit in discípulos.
C’est une bienheureuse joie
Que le cours de l’année nous ramène,
Quand l’Esprit Paraclet
Fulgura sur les disciples.
2. Ignis vibránte lúmine
Linguæ figúram détulit,
Verbis ut essent próflui,
Et caritáte férvidi.
Il répandit de vibrants rais de feu
Sous la forme de langues
Afin qu’ils fussent prodigues en paroles
Et débordants d’amour.
3. Linguis loquúntur ómnium,
Turbæ pavent Gentílium :
Musto madére députant
Quos Spíritus repléverat.
Ils parlent toutes les langues,
Etonnant la foule des Gentils ;
Lesquels croient ivres d’un vin nouveau
Ceux que l’Esprit a remplis.
4. Patráta sunt hæc mystice,
Paschæ perácto témpore,
Sacro diérum número,
Quo lege fit remíssio.
Cela fut accompli
Quand s’acheva le temps de Pâques
Cycle de cinquante jours qui figurent
Mystiquement le jubilé de la Loi.
5. Te nunc Deus piíssime
Vultu precámur cérnuo,
Illápsa nobis cœlitus
Largíre dona Spíritus.
Et maintenant, Dieu très bon,
Nous te prions, en prosternant nos faces,
De nous dispenser les dons de l’Esprit
Que tu répandis depuis les cieux.
6. Dudum sacráta péctora
Tua replésti grátia :
Dimítte nostra crímina,
Et da quiéta témpora.
Tu emplis jadis leurs cœurs
De ta sainte grâce ;
Remets-nous nos crimes
Et donne-nous des temps paisibles.
7. Glória Patri Dómino,
Natóque, qui a mórtuis
Surréxit, ac Paráclito,
In sæculórum sæcula. Amen.
Gloire au Seigneur : au Père
Et au Fils, qui des morts
Est ressuscité, et au Paraclet,
Dans les siècles des siècles. Amen.

Source : Antiphonaire de Notre-Dame de Paris (c. 1300) – F-Pn lat. 15181 f°343 r°. – Cantus ID: 008273.

Cette hymne de la Pentecôte est de saint Hilaire de Poitiers, Père de l’Eglise du IVème siècle.

Le Bréviaire de Paris l’emploie pour les Ières et IIndes vêpres de la Pentecôte, ainsi que pour les vêpres de chaque jour de l’octave de la Pentecôte. Les Dominicains l’emploient de même pour les deux vêpres de la Pentecôte, comme l’ancien usage d’York, tandis que ceux de Sarum & de Canterbury ne l’ont qu’aux secondes vêpres.

Le rit romain emploie la même hymne pour l’office du matin, de même que le rit mozarabe (et pour toute l’octave). Cette hymne était employée à l’office nocturne dans l’usage de Worchester, tandis que les Cisterciens la chantent aux complies. L’ancien rit de Bénévent ne l’utilisait que pour le jour octave de la Pentecôte. L’ancien hymnaire des Chartreux ne la connait pas.

Le plain-chant parisien ci-dessus est typiquement français et diffère notablement du chant en usage dans les livres romains ou dominicains. Il est intéressant de noter que c’est ce plain-chant qui est systématiquement utilisé par les compositeurs français du XVIIème siècle :

Rit parisien – Media vita – complies de Carême

Sabbato ante
Dominica II in Quadragesima
Ad Nunc dimittis, Ant.

Média vita in morte sumus : quem quærimus adjutórem, nisi tu Dómine ? qui pro peccátis nostris juste irásceris : * Sancte Deus, Sancte Fortis, Sancte Misericors Salvator, amaræ morti ne tradas nos. Au milieu de la vie, nous sommes dans la mort : quel secours chercher, sinon toi, Seigneur ? toi qui à bon droit es irrité de nos péchés : * Saint Dieu, Saint fort, Saint Sauveur miséricordieux, ne nous livre pas à la mort amère.
1. Nunc dimíttis servum tuum, Dómine, * secúndum verbum tuum in pace : 1. Maintenant, laisse ton serviteur, Seigneur, * selon ta parole, sans aller en paix.
2. Quia vidérunt óculi mei * salutáre tuum. 2. Car mes yeux ont vu * le salut qui vient de toi.
3. Quod parásti * ante fáciem ómnium populórum. 3. Que tu as préparé * devant la face de tous les peuples.
4. Lumen ad revelatiónem Géntium, * et glóriam plebis tuæ Israël. 4. Lumière qui doit se révéler aux Nations * & gloire de ton peuple Israël.
5. Glória Patri, & Fílio, * & Spirítui Sancto. 5. Gloire au Père, & au Fils, * & au Saint-Esprit.
5. Sicut erat in princípio, et nunc, et semper, * et in sæcula sæculórum. Amen. 5. Comme il était au commencement, & maintenant, & toujours, * & dans les siècles des siècles. Amen.
℣. Ne projícias nos in témpore senectútis ; cum defécerit virtus nostra, ne derelínquas nos, Dómine. * Sancte Deus, Sancte Fortis, Sancte Misericors Salvator, amaræ morti ne tradas nos. ℣. Ne nous rejette pas dans le temps de la vieillesse ; et maintenant que notre force s’est affaiblie, ne nous abandonne pas, Seigneur. * Saint Dieu, Saint fort, Saint Sauveur miséricordieux, ne nous livre pas à la mort amère.

Sources : Antiphonaire de Notre-Dame de Paris (c. 1300) – F-Pn lat. 15181 f° 230 v°. – Cantus ID: 003732 & 003732b.
Psalmodie solennelle du Nunc dimittis selon les indications du Psalterium Parisiense imprimé de 1496.

Media vita est une antienne qui a connu un succès énorme au Moyen-Age. Saint Thomas d’Aquin entrait en ravissement et versait des torrents de larmes à chaque complies de Carême, lorsqu’on chantait le verset Ne projícias nos in témpore senectútis.

En raison du caractère particulièrement dramatique de son texte, on se mit à chanter cette antienne en dehors de l’office, en particulier sur les champs de bataille ou même pour des buts moins avouables où s’entremêlèrent quelques superstitions, au point qu’un concile réuni à Cologne en 1316 dût interdire aux fidèles de proférer des imprécations contre leurs ennemis en chantant Media vita (Quod non fiant imprecationes nec cantetur Media vita contra aliquas personas).

Dans son Chronicon S. Galli de 1613, l’historien allemand Erst Jodok Metzler a attribué la paternité de cette antienne à saint Notker le Bègue, moine de Saint-Gall en Suisse († 912), mais cette attribution bien tardive n’est étayée par aucune autre preuve ni source et parait assez faible.

L’antienne ne figure pas dans le fond ancien du répertoire de l’office divin romain et apparait pour la première fois – sans verset – dans des manuscrits du XIème simultanément en Italie du Nord, à Autun et en Angleterre : sa création a dû être de ce fait antérieure (serait-elle du Xème siècle ?) mais sa véritable origine reste inconnue. La nombre restreint d’antiphonaires antérieurs au XIème qui nous soient parvenus ne permettent pas de retracer précisément le parcours de cette pièce très curieuse.

Son texte est en effet remarquable en ce qu’il présente une version du Trisaghion de la liturgie orientale, qui était aussi largement pratiqué dans l’ancien rit des Gaules, supprimée par Pépin le Bref et Charlemagne au profit de la liturgie romaine. Il est possible que la première partie, avant Sancte Deus, soit de fait conçue comme un trope d’introduction du Trisaghion, et ait assuré la transmission d’une formule liturgique plus ancienne dans la nouvelle liturgie romano-franque.

A partir du XIIème siècle, l’antienne Media vita s’accompagne curieusement de versets, dont le plus commun (et probablement le plus ancien) – Ne projicias nos, celui-là même qui faisait pleurer saint Thomas d’Aquin – est celui utilisé tant par Paris que par les Dominicains. Ce verset Ne projicias nos est tiré du psaume 30, verset 9, avec mise au pluriel du verset biblique. Si l’antiphonaire manuscrit du chœur de Notre-Dame de Paris indique le chant du verset après le Nunc dimittis (comme dans l’usage de Sarum), les éditions postérieures du Breviarium Parisiense (de 1492 & 1500) placent ce verset avant le cantique évangélique, comme dans le rit dominicain.

La majorité des manuscrits assignent Media vita au Nunc dimittis des complies de Carême, assez souvent à partir de la mi-Carême, le milieu du Carême évoquant symboliquement le milieu de la vie évoqué par le texte de l’antienne, ainsi que le souligne en 1286 Guillaume Durand de Mende (Rational ou manuel des Divins offices, L. VI, chap. LII, n°IV & V). L’usage de Paris l’emploie aux complies de Carême à partir de la veille du IInd dimanche et jusqu’au Triduum pascal. Ce n’est qu’au XXème siècle que les éditions de Solesmes vont proposer le chant de Media vita pendant le temps de la Septuagésime.

A titre de comparaison, voici le chant dominicain de cette antienne de Nunc dimittis, qui est chantée dans cet Ordre à partir des complies de la veille du IIIème dimanche de Carême :

Et voici le Media vita dans l’usage de Sarum en Angleterre, tel qu’édité par l’excellent site The Sarum Rite. Il comporte trois versets et se chante à partir du IIIème dimanche de Carême :

Qui regis sceptra – séquence du IIIème dimanche de l’Avent

Prose Qui regis sceptra

Source : Missale parisiense du XIIIème siècle (BnF Latin 1112)

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Qui regis sceptra forti dextra solus cuncta : Toi qui seul, par la force de ta dextre, règnes sur tous les sceptres ;
Tu plebi tuam ostende magnam excitándo poténtiam. Réveille ta grande puissance & montre-la à ton peuple.
Præsta illi dona salutária. Donne-leur les dons salutaires.
Quem prædixérunt prophética vaticínia, Celui qu’ont prédit les oracles prophétiques,
A clara poli régia : Des cieux, de ton éclatant royaume,
In nostra Jesum mitte, Dómine, arva. Amen. Envoie, Seigneur, Jésus sur notre terre. Amen.

L’ancien usage parisien utilisait Qui regis sceptra comme séquence pour le IIIème dimanche de l’Avent, à l’instar de très nombreux diocèses d’Europe occidentale.

L’origine de cette prose Qui regis sceptra du IIIème dimanche de l’Avent est un peu mystérieuse. Les diocèses d’Europe occidentales la chantaient quasiment tous, tandis qu’en Europe de l’Est on chantait sur la même mélodie un texte différent – Angelorum ordo sacer -, dont la composition passe pour être de strong>Notker le Bègue (c. 840 † 912), moine de l’Abbaye de Saint-Gall, l’inventeur des séquences. Il semble que la mélodie de Notker ait reçu son nouveau texte en Aquitaine au Xème siècle et de là est passée rapidement dans tous les diocèses occidentaux.

Cette séquence est écrite dans le IVème ton, en continuité avec l’Alleluia Excita, Domine, potentiam tuam du troisième dimanche de l’Avent.

Elle fait partie d’un très petit nombre de séquences dont les versets ne sont pas tous répétés de façon symétriques, tandis que les proses régulières voient leurs versets chantés par paires semblables. Toutefois, cette anomalie – qui continue de soulever des interrogations chez les musicologues qui étudient le répertoire médiéval – trouve son explication dans certains manuscrits, où l’on voit que les versets asymétriques étaient chantés d’abord avec leur texte puis repris en vocalisant sur le a, comme un jubilus d’alléluia. Voici par exemple un manuscrit de l’Eglise de Rouen (Graduale Rotomagense – BnF manuscrit 904, folio V recto), du XIIIème siècle, qui montre bien comment ces séquences asymétriques se chantaient : la prose Qui regis sceptra commence avec ses deux premières strophe qui se répondent de façon symétrique. Puis à partir de la troisième strophe jusqu’à la fin, la mélodie de chaque vers est reprise en jubilus sur la voyelle a (laquelle termine chacun de ces vers).

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Notre transcription suit les variantes mélodiques et textuelles de détail des manuscrits parisiens, avec le rythme traditionnel pour les proses de la cathédrale Notre-Dame. Nous avons rétabli les jubili sur les a, formant la contrepartie des versets à partir du 3ème. Ceux-ci doivent se chanter sur le même rythme que les versets.

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