Vous êtes chanteurs ou instrumentistes et vous souhaitez vous engager au service de la liturgie traditionnelle, n’hésitez pas à nous rejoindre !

La Schola Sainte Cécile chante dans la basilique Saint-Pierre de Rome au Vatican

Nous offrons des cours de chant gratuits chaque samedi de 16h30 à 17h30 : travail du souffle, pose de voix, vocalises, découverte du chant grégorien et du chant polyphonique.

Les Petits Chantres de Sainte Cécile - maîtrise d'enfants

Votre enfant a entre 8 et 15 ans et souhaite chanter ? Inscrivez-le aux Petits Chantres de Sainte Cécile (filles et garçons). Répétitions le mercredi à 18h30 et le dimanche à 10h30.

Retrouvez les partitions que nous éditons, classées par temps liturgique ou par compositeur. Elles sont téléchargeables gracieusement.

Prose parisienne de la fête de saint Pierre & saint Paul – Offices notés complets de Paris – 1899

La composition de cette prose est de Simon Gourdan (1646 † 1729), chanoine de Saint-Victor. En voici le texte et une traduction ancienne.

TE laudámus, o Regnátor,
O pastórum, Christe, Pastor,
Summis in Princípibus.
Nous te louons, ô Souverain, ô Christ, Pasteur des pasteur, en la personne de ces premiers pasteurs.
Tibi memor gratulétur,
Et concéssis gloriétur
Pia plebs paréntibus.
Que le peuple fidèle te rende grâces et te glorifie pour les avoir reçus comme pères.
HI sunt Sion fundaménta,
Hi colúmnæ, fulciménta,
Turres, propugnácula.
Ce sont eux les fondements de Sion, ce sont eux ses colonnes, ses tours, et ses soutiens.
Hi bissénæ turbæ duces,
Hi stellántis aulæ faces,
Orbis et orácula.
Ce sont eux les chefs du troupeau, ce sont eux les flambeaux du ciel et les oracles de l’univers.
HIS ambóbus orbis cessit,
His ambóbus nox recéssit
Pulsa lumináribus.
Tous deux ont subjugué le monde, tous deux ont dissipé les ténèbres par les lumières de la foi.
Petro vertex principátus,
Paulo verbi magistrátus
Obtigit in géntibus.
Pierre reçoit la grâce de la primauté et Paul la prérogative d’apôtre des nations.
ILLI claves committúntur :
Huic arcánæ res pandúntur
Rapto super æthera.
Les clefs sont confiées à Pierre, à Paul la révélation des mystères cachés en étant enlevé au-dessus des cieux.
Hæc fœcúnda nos lactárunt
Ore, scriptis, et potárunt
Sponsæ matris úbera.
Ils sont comme les mamelles de l’Eglise notre mère, puisqu’ils nous ont abreuvés du lait de la foi par leur prédication et par leurs écrits.
ARCEM impérii
Christo subjíciunt,
Et sacerdótii
Caput stabíliunt.
Ils soumettent au Christ la capitale de l’Empire, et y établissent le siège du sacerdoce.
Athlétæ férvidi
Debéllant númina :
Torréntes límpidi
Manant in flúmina.
Athlètes intrépides, ils abattent les idoles ; torrent limpides, ils arrosent le champ de l’Eglise.
NAVIS Petri non quassátur,
Contra fluctus obfirmátur ;
Hac in arca grex salvátur
Integer credéntium.
La barque de Pierre est inébranlable, elle résiste à la fureur des flots ; c’est dans cette arche que le troupeau des croyants est à couvert du naufrage.
Quin olympus reserátur,
Vel indígnis obserátur,
Sors ætérna temperátur
Ad Petri judícium.
Sur l’ordre de Pierre, le ciel s’ouvre ou bien se ferme, les destinées éternelles sont décidées.
QUANTA cœlo merces datur !
Cruce Petrus consummátur,
Ferro Paulus obtruncátur :
Sic se litant hóstiæ.
Que leur récompense est grande dans le ciel ! Pierre consume ses jours sur la croix, et Paul par le fer ; ainsi s’immolent-ils en hosties.
Hic triúmphus bellatórum :
Hæc coróna magistrórum :
Binum lumen oculórum
Sic micat Ecclésiæ.
Tel est le triomphe de ces soldats, telle est la couronne de ces maîtres, ainsi brillent ceux qui sont comme les deux yeux de l’Eglise.
PETRE, radix unitátis,
Paule, jubar veritátis,
Super astra qui regnátis,
Datæ jure potestátis
Nos e cœlo régite.
Pierre, racine de l’unité, Paul, rayon perçant de la vérité, vous régnez au-dessus des cieux ; comme vous en avez reçu le pouvoir, conduisez-nous nous aussi au ciel.
Quos in fide genuístis,
Quos præcéptis imbuístis,
Quos exémplo docuístis,
Quos cruóre perfudístis,
Deo nos conjúngite. Amen. Allelúia.
Ceux que vous avez engendrés dans la foi, que vous avez nourris de vos leçons, que vous avez enseignés par vos exemples et pour qui vous versâtes votre sang, unissez-les à Dieu. Amen. Alleluia.

Ave plena gratia – Prose parisienne de la Purification – Offices notés complets de Paris – 1899

Ave plena gratia - Prose parisienne de la Purification - Offices notés complets de Paris - 1899

Ave plena gratia – prose parisienne pour la fête de la Purification de la Sainte Vierge & présentation de Jésus au Temple de Jérusalem (Chandeleur). Cette prose est entrée au Missel parisien du cardinal de Noailles de 1706, et c’est, avec un lot d’autres proses, l’un des rares ajouts fait par ce prélat au missel de son prédécesseur Mgr de Harlay. En voici le texte latin, & une traduction extraite du Missel de Paris latin-français de 1764 :

ij. Februarii – In Presentatione Domini & Purificatione B.M.V. – Ave plena gratia

AVE, plena gratia,
Cujus inter brachia
Se litat Deo Deus.
Recevez nos hommages, Vierge pleine de grâce, dans les bras de laquelle un Dieu fait homme s’offre à Dieu son Père.
Fas me templum visere ;
Tibi fas occurrere,
Amor, ô Jesu, meus.
Qu’il me soit permis d’entrer dans le temple, & de me présenter devant vous, ô Jésus, l’unique objet de mon amour.
EST in templo Dominus ;
Angeli stant cominus :
Nil in cœlis amplius.
Le Seigneur est dans le temple : les Anges l’y adorent : le Ciel n’a rien de plus grand.
Habet Deum hominem ;
Et parentem Virginem
Cœlo templum ditius.
Mais ce temple est plus riche que le Ciel même ; puisqu’il renferme un Dieu fait homme, & une Vierge mère d’un Dieu.
SPIRANT sacra gaudium ;
Mane sacrificium
Plausus inter redditur.
Ce premier sacrifice est accompagné de joie, & n’inspire qu’une sainte allégresse dans les cœurs des assistants.
Vespertinum fletibus,
Et amaris questibus
In cruce miscebitur.
Il n’en est pas ainsi du sacrifice de la fin de sa vie, qui sera consommé sur la croix : qu’il fera verser de pleurs !
HÆC jam est oblatio,
Cujus omnes pretio
Deo restituimur.
Dans l’un & l’autre sacrifice, c’est toujours la même hostie qui nous rachète, & qui nous rend à Dieu.
Jam non nobis dediti,
Tibi, Deus, subditi,
Vivimus & morimur.
Nous ne devons donc plus être à nous: attachés à vous seul, ô mon Dieu, c’est pour vous que nous vivons & que nous mourons.
NVNC dimitte famulos :
Nil tenet hic oculos ;
Da te palam cernere.
Il est temps de rappeler vos serviteurs : rien ne les arrête plus sur la terre; faites-les jouir de votre présence.
Si jubes hic vivere,
Da cum Jesu crescere,
Da per hunc resurgere. Amen.
Mais si vous voulez que nous restions encore ici-bas, faites-nous croître en grâce avec Jésus-Christ ; afin que par lui nous triomphions du péché & de la mort. Amen.

Répons de la procession dominicale des IInd & IIIème dimanches de l’Avent – Offices de l’Eglise – 1760

Traduction du Missel de Paris latin-français de 1764 :

℟. Cieux, envoyez d’en-haut votre rosée ; & que les nuées fassent descendre le Juste comme une pluie : * Que la terre s’ouvre, & qu’elle germe le Sauveur; et que la Justice naisse en même temps.
℣. Jésus-Christ nous a été donné de Dieu pour être notre sagesse, notre justice, & notre rédemption.
* Que la terre s’ouvre, & qu’elle germe le Sauveur; et que la Justice naisse en même temps.
℣. Gloire au Père & au Fils & au Saint Esprit.
* Que la terre s’ouvre, & qu’elle germe le Sauveur; et que la Justice naisse en même temps.

Jerusalem et Sion filiæ – Prose parisienne de la Dédicace – Offices notés complets de Paris – 1899

Cette prose est due au célèbre hymnographe parisien Adam de Saint-Victor (c. 1112 † c. 1192), préchantre de la cathédrale de Paris, principal auteur du répertoire parisien des séquences dont il a renouvelé le genre en leur conférant une ampleur musicale et une richesse spirituelle par les images théologiques abordées. Ce répertoire victorin s’est très vite diffusé dans toute l’Europe Occidentale, on en chantait les séquences dès le XIIIème siècle à Palerme, Zagreb, Aix-la-Chapelle ou Dublin. Les livres parisiens modernes contiennent deux chants pour cette prose, celui d’Adam de Saint-Victor, et celui recomposé au XVIIIème siècle par l’Abbé d’Haudimont, maître de chapelle de la cathédrale de Châlons-sur-Saône puis de Notre-Dame de Paris et de Saint-Germain L’Auxerrois (avant 1790). La mélodie d’Haudimont, quoique récente, est, avouons-le d’une grande réussite musicale et fut immédiatement très populaire à Paris. Elle figure sur l’enregistrement historique « Grandes heures liturgiques à Notre-Dame de Paris », sous la direction de Mgr Revert, maître de chapelle de Notre-Dame, où l’on peut entendre le contre-chant des voix de dessus sur le dernier vers de chaque strophe, contre-chant devenu traditionnel à Paris.

La prose de la dédicace chantée par la Schola Sainte Cécile à Notre-Dame de Paris le 29 mai 2013 :

Comme l’admirable poésie d’Adam de Saint-Victor recèle de vrais trésors théologiques par la vision de l’Eglise qui y est développée, nous en donnons une traduction française tirée du Missel parisien de Mgr de Vintimille du Luc à l’usage des laïcs de 1738.

JERUSALEM et Sion fíliæ,
Cœtus omnis fidélis cúriæ,
Melos pangant jugis lætítiæ.
Allelúia.
Filles de Jérusalem et de Sion, saints habitants des demeures célestes, chantez de concert un cantique de joie. Alléluia.
CHRISTUS enim norma justítiæ
Matrem nostram despónsat hódie,
Quam de lacu traxit misériæ
Ecclésiam.
C’est en ce jour que Jésus-Christ, le modèle de toute justice, prend pour épouse l’Eglise notre mère, qu’il a tirée de l’abîme de misère où elle était plongée.
HANC sánguinis et aquæ múnere,
Dum pénderet in crucis árbore,
De próprio prodúxit látere
Deus homo.
C’est du côté ouvert de l’Homme-Dieu attaché sur la Croix qu’elle est sortie ; le sang précieux, & l’eau mystérieuse qui coulèrent de cette source sacrée, lui furent donnés alors pour la laver et la sanctifier.
FORMARETUR ut sic Ecclésia,
Figurátur in prima fémina,
Quæ de costis Adæ est édita
Mater Eva.
La formation de l’Eglise par Jésus-Christ avait été figurée par celle d’Eve, cette mère commune du genre humain, qui fut tirée d’une des côtes d’Adam notre premier père.
EVA fuit novérca pósteris ;
Hæc est mater elécti géneris,
Vitæ portus, ásylum míseris,
Et tutéla.
Eve a donné la mort à ses enfants ; mais l’Eglise est une mère qui donne la vie aux siens : elle est pour eux un port de salut : elle est leur asile, et leur solide appui.
HÆC est cymba qua tuti véhimur ;
Hoc ovíle quo tecti cóndimur ;
Hæc cólumna, qua firmi nítimur
Veritátis.
Elle est cette barque sur laquelle nous voguons sûrement à travers les écueils du siècle ; cette bergerie où nous sommes à l’abri des attaques de l’ennemi : elle est la colonne de vérité, sur laquelle nous sommes appuyés comme sur un fondement inébranlable.
O sólemnis festum lætítiæ,
Quo únitur Christus Ecclésiæ,
In quo nostræ salútis núptiæ
Celebrántur.
Quelle doit être notre joie et notre reconnaissance dans cette auguste solennité, où nous célébrons l’union de Jésus-Christ avec son Eglise, union sainte par laquelle s’opère le grand ouvrage de notre salut !
JUSTIS inde solvúntur præmia,
Lapsis autem donátur vénia,
Et sanctórum augéntur gáudia
Angelórum.
Par cette union mystérieuse les justes entrent en possession des récompenses éternelles, les pécheurs obtiennent le pardon de leurs crimes, les Anges même sentent augmenter leur joie.
AB æterno fons sapiéntiæ,
Intúitu solíus grátiæ,
Sic prævídit in rerum série
Hæc futúra.
Ces merveilles sont l’effet de la sagesse suprême de Dieu, qui par le seul motif de sa miséricorde, en a prévu l’accomplissement de toute éternité.
CHRISTUS jungens nos suis núptiis,
Recréatos veris delíciis,
Intéresse fáciat gáudiis
Electórum. Amen.
Que Jésus-Christ notre Sauveur, dont nous devenons les enfants par l’union qu’il contracte avec l’Eglise notre mère, nous fasse goûter les vraies délices, et participer dans le ciel aux joies éternelles des Elus. Amen.

>>> MP3 de cette prose par la Schola Sainte Cécile lors de la messe en rit traditionnel du 17 juin 2008 (enregistrement pris par un fidèle assez loin depuis la nef).

Induant justitiam – Prose parisienne de l’Assomption – Offices notés complets de Paris – 1899

Induant justitiam - séquence de la messe de l'Assomption

Cette prose est entrée en 1706 au Missel parisien de S.E. le cardinal de Noailles. Elle figure toujours au propre de Paris depuis cette date. De Paris, elle s’est aussi répandue dans de nombreux diocèses de France. Le rythme musical est bien évidemment ternaire ; selon l’usage, les deux dernières strophes devraient être jouées/chantées plus lentement. Comme toute prose (sauf le Dies iræ des morts pour lequel l’orgue est interdit), l’organiste figure le chant des versets impairs en improvisant sur le plain-chant. Notons que la prose parisienne Induant justitiam a inspiré Alexandre Guilmant (Sortie pour la fête de l’Assomption de la Sainte Vierge – Sur la prose : Induant justitiam, Opus 50, n° 4) et Marcel Dupré qui la cite au second verset de son Magnificat des Vêpres de la Vierge (15 Versets pour les Vêpres du Commun des Fêtes de la Sainte Vierge, Opus 18)

Texte & traduction :

INDUANT justítiam,
Prædicent lætítiam
Qui ministrant Númini.
En leurs vêtements sacrés
Qu’ils proclament notre joie
Les ministres du Très-Haut.
It in suam réquiem,
Infert cœlo fáciem
Arca viva Dómini.
Elle va vers son Repos,
Elle tend les yeux vers le ciel,
L’Arche vivante du Seigneur.
CHRISTUM, cum huc vénerat,
Quo mater suscéperat,
Non est venter púrior.
Aucun sein n’était plus pur
Pour qu’une mère y reçût le Christ
Lorsqu’il vint ici-bas.
In quo, dum hinc révocat,
Matrem Christus cóllocat,
Thronus non est célsior.
Aucun trône n’est plus élevé
Pour que le Christ y place sa Mère
Lorsqu’il la rappelle d’ici-bas.
QUÆ te, Christe, génuit,
Quæ lactentem áluit,
Nunc beátam dícimus.
Christ, celle qui t’engendra,
Celle qui te nourrit de son lait,
Nous l’appelons Bienheureuse.
Immo, quod credíderit,
Quod sibi vilúerit,
Hinc beátam nóvimus.
Mais c’est aussi parce qu’elle a cru,
Parce qu’elle s’est abaissée,
Que nous la proclamons Bienheureuse.
O præ muliéribus,
Quin & præ cœlítibus,
Benedicta fília.
Ô fille, tu es bénie
Plus que les femmes de la terre,
Plus même que les saints du ciel.
Hauris unde plénior,
Hoc e fonte crébior
Stillet in nos grátia.
À la source de la grâce,
Plus tu puises pleinement,
Plus en nous elle coule abondamment.
AD eum ut ádeant,
Per te vota tránseant :
Non fas matrem réjici.
Pour aller jusqu’à Dieu,
Que par toi passent nos prières :
Il ne peut repousser sa Mère.
Amet tuam Gálliam,
Regi det justítiam,
Plebi pacem súpplici.
Amen. Alleluia.
Qu’il aime la France ton Royaume,
Qu’il accorde à ses chefs la Justice,
Et la paix à son peuple en prière.
Amen. Alleluia.

Une interprétation de la séquence Induant justitiam pour la messe de la fête de l’Assomption :

Fête du Cœur immaculé de Marie, Refuge des pécheurs – Propre de Paris

Louis XIII fonde Notre-Dame-des-Victoires

Demain, notre paroisse ira en pèlerinage à Notre-Dame-des-Victoires (Paris II), à l’occasion de la belle fête parisienne du Cœur immaculé de Marie, sous le titre de Refuge des pécheurs (au propre de Paris, le 16 janvier). Cette fête est la fête patronale de Notre-Dame-des-Victoires.

Voici sur ce site le propre grégorien de cette fête (tiré du propre de Paris) ; ce chant n’étant facile à trouver, nous mettons en ligne ce propre sous deux formes :

  • L’ancienne messe de cette fête avant 1952 (« Tu, Domine Deus »)
  • La nouvelle messe revue en 1952 (« Respice in nos »).
  • Noveritis – la Publication de la date de Pâques & de celles des fêtes mobiles le jour de l’Epiphanie

    Chant du Noveritis dans le Pontificale Romanum
    La publication de la date de Pâques dans le Pontificale Romanum.

    L’Epiphanie étant la dernière fête du Temporal avant le cycle pascal, le Pontifical Romain (Pars III. De publicatione festorum mobilium in Epiphania Domini) fait publier solennellement au jour de cette fête, dans les églises cathédrales, la date de Pâques et des principales fêtes mobiles de l’année. On a coutume d’appeler cette publication « Noveritis », du premier mot du texte romain (les usages parisiens et ambrosiens qui paraissent plus primitifs font commencer le texte par « Noverit » au singulier). Cette publication du Noveritis, selon des usages locaux, peut également se faire dans les églises principales (collégiales, abbatiales) et les églises paroissiales.

    HISTOIRE – Cette tradition remonte aux tous premiers temps de l’Eglise. Le Patriarche d’Alexandrie, où se trouvaient les plus habiles astronomes de la chrétienté, avait la mission d’envoyer la date de la solennité pascale aux autres Patriarches orientaux et au Souverain Pontife, lequel en informait les métropolites d’Occident.

    Le Concile de Nicée passe pour avoir formalisé la coutume. Bien qu’il ne soit pas fait mention de la fixation de la date de Pâques dans les canons du Concile de Nicée qui nous ont été conservés, on sait que la question a été débattue et tranchée par le concile grâce à trois textes : une lettre de l’empereur Constantin, une lettre synodale pour l’Eglise d’Alexandrie et une lettre de saint Athanase écrite en 369 aux évêques d’Afrique. Au Vème siècle, Cyrille d’Alexandrie aurait écrit une épître pascale dans laquelle il indiquait : « le concile oecuménique vota à l’unanimité que l’Église d’Alexandrie, du fait de ses illustres astronomes, devrait communiquer chaque année à l’Église de Rome la date de Pâques, et Rome la communiquerait aux autres Églises ». Toutefois, il n’est pas certain que ce passage se réfère au premier concile de Nicée.

    Beaucoup de Pères de l’Eglise des premiers siècles parlent de cette annonce de la date de Pâques lors de la fête de l’Epiphanie. Le IVème concile d’Orléans de 541 et celui d’Auxerre de 578 en ont étendu l’usage en Gaule : on consultera à ce propos le Canon qui se lisait à prime de l’Epiphanie dans l’ancien bréviaire parisien.

    Bien vite, les évêques prirent l’habitude de publier chaque année, le 6 janvier, une epistola festivalis, lettre pastorale dans laquelle étaient annoncées étaient annoncées aux fidèles les dates de Pâques et des fêtes mobiles de l’année courante.

    Le rit romain, possède, pour cette publication, une formule (le « Noveritis ») assez développée qui se chante à l’Epiphanie : à la proclamation de la date de Pâques sont également ajoutées celles de la Septuagésime, du mercredi des Cendres, du synode diocésain, de l’Ascension, de la Pentecôte et du premier dimanche de l’Avent. Le récitatif romain utilise le même ton que l’Exultet de la Vigile pascale, ce qui confère un avant-goût de la joie pascale à l’annonce de la date de Pâques.

    REGLES LITURGIQUES – Dans le rit romain, le « Noveritis » est chanté en la fête de l’Epiphanie dans les cathédrales (et par usage dans les églises paroissiales) après l’évangile de la messe la plus solennelle du jour. La proclamation en est faite par l’Archidiacre, ou bien, selon l’usage des lieux, par le chanoine préchantre ou par un autre chanoine. Revêtu de la chape blanche, celui qui est désigné pour cet office se rend à l’ambon ou au pupitre de l’évangile, paré d’une étoffe de soie blanche.

    CHANT – Voici les pages du Pontifical Romain présentant le chant du Noveritis :

    Le Noveritis dans le Pontificale Romanum

    TEXTE & CHANT – En voici le texte noté pour 2014, réalisé cette fois par nos soins :

    Noveritis Romanum 2104

    Traduction pour 2014 :

    Vous avez su, Frères très chers, par la miséricorde de Dieu qui nous a été annoncée, que nous avons été comblés par la Nativité de Notre Seigneur Jésus-Christ, ainsi de même nous vous annonçons la joie qui nous sera procurée par la Résurrection de notre même Sauveur.

  • Le 16 février sera le dimanche de la Septuagésime.
  • Le 5 mars sera le jour des Cendres et le début du jeûne très sacré du Carême.
  • Le 20 avril sera la sainte Pâque de Notre Seigneur Jésus-Christ, que vous célèbrerez avec joie.
  • Le 29 mai sera l’Ascension de Notre Seigneur Jésus-Christ.
  • Le 8 juin sera la fête de la Pentecôte.
  • Le 19 du même mois sera la fête du Très Saint Corps du Christ.
  • Le 30 novembre sera le premier dimanche de l’Avent de Notre Seigneur Jésus-Christ, à qui est l’honneur et la gloire, dans les siècles des siècles. Amen.

    RIT PARISIEN

    L’ancien rit parisien avait conservé une formule très courte, sur un récitatif très simple, dans laquelle seule la date de Pâques est proprement annoncée ; tout cela possède sûrement une saveur très antique, et cette rédaction est sans doute antérieure à celle – plus développée – du Noveritis actuellement en usage dans le rit romain. Dans l’ancien rit parisien, le Noveritis était chanté dans chaque paroisse par le diacre, face à l’Orient, immédiatement après le chant de l’évangile au jubé, sans changement d’ornement.

    Nóverit cáritas vestra, fratres caríssimi, quod, annuénte Dei & Dómini nostri Jesu Christi misericórdia, die N. mensis N. Pascha Dómini celebrábimus.

    En voici le chant dans le Missale Parisiense de 1766 de Mgr Charles Gaspard Guillaume de Vintimille du Luc :

    Voici le chant de l’ancien usage de Paris, pour 2014 :

    Noverit Parisiense 2014

    En voici la traduction pour 2014 :

    Votre charité saura, Frères très chers, que, par la miséricorde de Dieu & de notre Seigneur Jésus-Christ qui nous a été annoncée, le 20 avril nous célèbrerons la Pâque de Seigneur.

    RIT AMBROSIEN

    Le rit ambrosien possède quasiment la même formule que le parisien, on y répond Deo gratias. Les cantilènes parisiennes et milanaises présentent des ressemblances, en particulier la cadence finale. Comme dans les autres rits, l’annonce en est faite après l’évangile de la messe de l’Epiphanie. En voici la rubrique & le texte :
    Indictio Paschalis. – Mox Diaconus annunciat Pascha Resurrectionis, quo die, et mense sit futurum, hoc modo :
    Nóverit cháritas vestra, fratres charissimi, quod, annuente Dei & Domini nostri Jesu Christi misericórdia, die N., mensis N., Pascha Domini cum gaudio celebrábimus. ℟. Deo grátias.

    En voici le chant dans le Missale Ambrosianum de 1712 de S.E. Joseph, cardinal Archinti, archevêque de Milan :

    Voici le chant pour le rit ambrosien, pour 2014 :

    Noverit Ambrosianum 2014

    En voici la traduction pour 2014 :

    Votre charité saura, Frères très chers, que, par la miséricorde de Dieu & de notre Seigneur Jésus-Christ qui nous a été annoncée, le 20 avril, nous célèbrerons avec joie la Pâque de Seigneur. ℟. Rendons grâces à Dieu.

    VOIR AUSSI SUR CE SITE :

    Publication de la date de Pâques & de celles des fêtes mobiles de l’année 2010.
    Publication de la date de Pâques & de celles des fêtes mobiles de l’année 2011.
    Publication de la date de Pâques & de celles des fêtes mobiles de l’année 2012.
    Publication de la date de Pâques & de celles des fêtes mobiles de l’année 2014.
    Publication de la date de Pâques & de celles des fêtes mobiles de l’année 2015.
    Publication de la date de Pâques & de celles des fêtes mobiles de l’année 2016.
    Publication de la date de Pâques & de celles des fêtes mobiles de l’année 2017.
    Publication de la date de Pâques & de celles des fêtes mobiles de l’année 2018.
    Publication de la date de Pâques & de celles des fêtes mobiles de l’année 2019.
    Publication de la date de Pâques & de celles des fêtes mobiles de l’année 2020.
    Publication de la date de Pâques & de celles des fêtes mobiles de l’année 2021.
    Publication de la date de Pâques & de celles des fêtes mobiles de l’année 2022.
    Publication de la date de Pâques & de celles des fêtes mobiles de l’année 2023.
    Publication de la date de Pâques & de celles des fêtes mobiles de l’année 2024.
    Publication de la date de Pâques & de celles des fêtes mobiles de l’année 2025.

  • Canon de l’Epiphanie

    Dans l’ancien bréviaire parisien, on lisait les dimanches & jours de fêtes à la fin de l’office de prime un Canon tirés des décisions des saints Conciles. Voici celui de l’Epiphanie :

    CANON

    Du IV. Concile d’Orléans, l’an 541, c. 1, & du Concile d’Auxerre, sous S. Aunaire, l’an 578, c. 2.

    Le Concile, guidé par l’inspiration d’un Dieu plein de bonté pour les hommes, a statué que les prêtres célébrassent dans le même temps la sainte Pâque, & qu’on annonçât tous les ans au peuple dans l’Eglise le jour de l’Epiphanie cette fête solennelle… Que les prêtres envoient avant l’Epiphanie des députés à l’évêque pour être informés de sa part du commencement du carême, & pour pouvoir en instruire les fidèles le jour de l’Epiphanie.

    Canon de l'Epiphanie - L'Adoration des Mages - Bernardino Luini c 1520 Musee du Louvre

    Le vœu de Louis XIII

    Déclaration du Roi par laquelle Sa Majesté déclare
    qu’elle a pris la Très Sainte et Glorieuse Vierge
    pour protectrice spéciale de son royaume

    (10 février 1638)

    Le vœu de Louis XIII par Philippe de Champaigne

    Louis, par la grâce de Dieu,
    roi de France et de Navarre,
    A tous ceux qui ces présentes lettres verront, salut.

    Dieu qui élève les rois au trône de leur grandeur, non content de nous avoir donné l’esprit qu’il départ à tous les princes de la terre pour la conduite de leurs peuples, a voulu prendre un soin si spécial et de notre personne et de notre état, que nous ne pouvons considérer le bonheur du cours de notre règne, sans y voir autant d’effets merveilleux de sa bonté, que d’accidents qui nous pouvaient perdre.

    Lorsque nous sommes entré au gouvernement de cette couronne, la faiblesse de notre âge donna sujet à quelques mauvais esprits d’en troubler la tranquillité ; mais cette main divine soutint avec tant de force la justice de notre cause que l’on vit en même temps la naissance et la fin de ces pemicieux desseins. En divers autres temps, l’artifice des hommes et la malice du diable ayant suscité et fomenté des divisions non moins dangereuses pour notre couronne que préjudiciables au repos de notre maison, il lui a plu en détourner le mal avec autant de douceur que de justice.

    La rebellion de l’hérésie ayant aussi formé un parti dans l’Etat, qui n’avait d’autre but que de partager notre autorité, il s’est servi de nous pour en abattre l’orgueil, et a permis que nous ayons relevé ses saints autels en tous les lieux où la violence de cet injuste parti en avait ôté les marques.

    Quand nous avons entrepris la protection de nos alliés, il a donné des succès si heureux à nos armes, qu’à la vue de toute l’Europe, contre l’espérance de tout le monde, nous les avons rétablis en la possession de leurs états dont ils avaient été dépouillés.

    Si les plus grandes forces des ennemis de cette couronne, se sont ralliées pour conspirer sa ruine, il a confondu leurs ambitieux desseins pour faire voir à toutes les nations que, comme sa providence a fondé cet Etat, sa bonté le conserve et sa puissance le défend.

    Tant de grâces si évidentes font que pour n’en différer pas la reconnaissance, sans attendre la paix, qui nous viendra sans doute de la même main dont nous les avons reçues, et que nous désirons avec ardeur pour en faire sentir les fruits aux peuples qui nous sont commis, nous avons cru être obligés, nous prosternant aux pieds de sa majesté divine que nous adorons en trois personnes, à ceux de la Sainte Vierge et de la sacrée croix, où nous vénérons l’accomplissement des mystères de notre Rédemption par la vie et la mort du fils de Dieu en notre chair, de nous consacrer à la grandeur de Dieu par son fils rabaissé jusqu’à nous, et à ce fils par sa mère élevée jusqu’a lui ; en la protection de laquelle nous mettons particulièrement notre personne, notre Etat, notre couronne et tous nos sujets pour obtenir par ce moyen celle de la Sainte-Trinité, par son intercession et de toute la cour céleste par son autorité et exemple, nos mains n’étant pas assez pures pour présenter nos offrandes à la pureté même, nous croyons que celles qui ont été dignes de le porter, les rendront hosties agréables et c’est chose bien raisonnable qu’ayant été médiatrice de ces bienfaits, elle le soit de nos actions de grâces.

    A ces causes, nous avons déclaré et déclarons que prenant la très sainte et très glorieuse Vierge pour protectrice spéciale de notre royaume, nous lui consacrons particulièrement notre personne, notre Etat, notre couronne et nos sujets, la suppliant de nous vouloir inspirer une sainte conduite et de défendre avec tant de soin ce royaume contre l’effort de tous ses ennemis, que, soit qu’il souffre du fléau de la guerre ou jouisse de la douceur de la paix que nous demandons à Dieu de tout notre cœur, il ne sorte point des voies de la grâce qui conduisent à celles de la gloire. Et afin que la posterité ne puisse manquer à suivre nos volontés en ce sujet, pour monument et marque immortelle de la consécration présente que nous faisons, nous ferons construire de nouveau le grand autel de la cathédrale de Paris avec une image de la Vierge qui tienne dans ses bras celle de son précieux Fils descendu de la Croix , et où nous serons représenté aux pieds du Fils et de la Mère comme leur offrant notre couronne et notre sceptre.

    Nous admonestons le sieur Archevêque de Paris et néanmoins lui enjoignons que tous les ans le jour et fête de l’Assomption, il fasse faire commémoration de notre présente déclaration à la grand’messe qui se dira en son église cathédrale, et qu’après les vêpres du dit jour, il soit fait une procession en la dite église à laquelle assisteront toutes les compagnies souveraines et le corps de ville, avec pareille cérémonie que celle qui s’observe aux processions générales les plus solennelles ; ce que nous voulons aussi être fait en toutes les églises tant paroissiales que celles des monastères de la dite ville et faubourg, et en toutes les villes, bourgs et villages du dit diocèse de Paris.

    Exhortons pareillement tous les archevêques et évêques de notre royaume et néamnoins leur enjoignons de faire célébrer la même solennité en leurs églises épiscopales et autres églises de leur diocèse ; entendant qu’à la dite cérémonie les cours de Parlement et autres compagnies souveraines et les principaux offciers de la ville y soient présents ; et d’autant qu’il y a plusieurs épiscopales qui ne sont pas dédiées à la Vierge, nous exhortons les dits archevêques et évêques en ce cas de lui dédier la principale chapelle des dites églises pour y être fait la dite cérémonie et d’y élever un autel avec un ornement convenable à une action si célèbre et d’amonester tous nos peuples d’avoir une dévotion particulière à la Vierge, d’implorer en ce jour sa protection afin que sous une si puissante patronne notre royaume soit à couvert de toutes les entreprises de ses ennemis, qu’il jouisse largement d’une bonne paix ; que Dieu y soit servi et révéré si saintement à la dernière fin pour laquelle nous avons été créés ; car tel est notre bon plaisir. Donné à Saint-Germain-en-Laye, le dixième jour de février, l’an de grâce mil six cent trente-huit, et de notre règne le vingt-huit.

    Signé : LOUIS

    Notes de lecture – Ante Altaria

    Ante Altaria par Matthieu Smyth

    Matthieu Smyth
    Ante altaria
    les rites antiques de la messe dominicale
    en Gaule, en Espagne & en Italie du Nord
    Paris, Cerf, 2007.

    Ante Altaria – Matthieu Smith – 23,75 €

    Un grand merci à Marc B********* qui m’a fait cadeau de cet ouvrage. Comment pouvait-il savoir qu’il touchait un de mes sujets de prédilection ? 😉

    Dans Ante altaria, Matthieu Smyth s’attache à reconstruire l’ordo de la liturgie dominicale dans l’Occident non romain, plus spécialement en Gaule, en Espagne & en Italie du Nord, avec des incursions dans l’Irlande celtique & l’Afrique du Nord chrétienne.

    L’évidente parenté des rits gallicans, hispaniques, celtiques & dans une moindre mesure ambrosien, avait depuis longtemps frappés les savants liturgistes. C’est cette proximité historique rituelle que Matthieu Smyth expose ici. En cours d’ouvrage, sa démonstration finit par se centrer surtout sur l’ordo de l’ancien rit des Gaules, les parallèles avec le rit mozarabe, celtique ou ambrosien – souvent plus documentés – ne sont souvent effectués que pour corroborer tel point de l’ordo missæ gallican supprimé par Pépin le Bref & Charlemagne.

    Ce travail de reconstruction & d’exposition est parfaitement conduit & rejoint même sur des points de détail inattendus les travaux de Mgr Jean de Saint-Denys. L’analyse de l’anaphore gallicane est tout particulièrement remarquable. Matthieu Smyth identifie dans le Post sanctus gallican la présence archaà¯que d’un récit non scripturaire de l’institution, du type Qui formam sacrificii instituit (« Lui qui, instituant la forme de ce sacrifice éternel, s’est offert lui-même le premier comme hostie & enseigna en premier à l’offrir » Missale Gothicum 514 ). Smyth y voit la subsistance d’une rédaction primitive du canon antérieure au récit de l’institution. Serait-ce le chaînon manquant entre les anaphores archaïques d’Addaï & Mari, ou de Saint Marc, et celles postérieures à Nicée ?

    L’auteur souligne à bon droit les originalités de l’ordo missæ gallican (place des diptyques à l’offertoire, baiser de paix avant le canon), montrant par là même que sa structure archaà¯que confère une meilleure clarté d’ensemble dans l’enchaînement des diverses parties de la messe. C’est aussi à ma connaissance le premier auteur à souligner (& à démontrer !) l’extrême concision de la liturgie gallicane antique, là où tous stigmatisent d’ordinaire le caractère ampoulé des formulations liturgiques.

    L’auteur souligne à juste titre la forte influence orientale (& syrienne en particulier) sur les liturgies de la sphère d’influence gallicane. On regrettera qu’il ne tente pas de s’interroger sur la nature des liens historiques ayant pu fonder cette influence. L’auteur oppose ainsi de façon quasi constante les liturgies du « groupe » gallican au rit de Rome (mobilisant, sans trop le dire (sinon incidemment) la vieille typologie « liturgie de type antiochien » & « liturgie de type alexandrin »). A force de le lire, on a tout de même un peu l’impression que Rome se retrouve dans un superbe isolement loin de la symphonie de tous les autres rits occidentaux, qui harmonieusement s’influencent les uns les autres. Rome n’est pas un hapax : ainsi, il me semble qu’il y a une communauté d’origine forte entre les liturgies des différentes Eglises d’Italie (& d’Afrique) au IVème siècle. De plus, l’influence de Rome sur la Gaule & au delà a commencé bien avant Charlemagne.

    Bon, il y a un point dans cet ouvrage qui m’agace souverainement, mais je m’y attendais 😉 . L’auteur juge les deux lettres de saint Germain de Paris comme des apocryphes rédigés en Bourgogne vers 750, suivant en cela le préjugé assez commun sur ces deux ouvrages (bon c’est déjà un progrès sur l’opinion commune de ne pas les faire espagnols mais bien gaulois). Ces deux lettres sont en effet fondamentales pour la connaissance & la compréhension de l’ancien rit des Gaules, car saint Germain y décrit assez précisément la liturgie en usage. Du reste, l’auteur les utilise abondamment tout au long de son exposition, témoignant de l’intérêt majeur de ces deux lettres quand beaucoup leur accorde un rôle totalement marginal. Pour Matthieu Smyth, « Germain décrit déjà une liturgie romano-franque profondément hybride » (p. 32). Pour ma part, je ne trouve dans les lettres de saint Germain aucune trace évidente de romanité, bien au contraire. De plus, en cours de lecture, Matthieu Smyth montre dans le détail que la plupart des éléments dont parle Germain sont déjà bien établis au VIème siècle, corroborés par d’autres sources plus anecdotiques. Comme le sujet me passionne, j’ai le projet de donner prochainement sur ce blog le texte latin des deux lettres de saint Germain, une traduction française & mes commentaires point par point.

    L’auteur conclut son livre par un excursus très intéressant sur le chant gallican. On y parle beaucoup bien sûr de l’hybridation des répertoires gallicans & romain lors de la renaissance carolingienne, thèse devenue aujourd’hui très commune. Au passage, Smyth y reprend la thèse à mon avis contestable de dom Jean Claire selon laquelle « le chant prétendu vieux-romain n’est qu’une adaptation – un « remodelage idiomatique » au goût des chantres romains – du répertoire hybride romano-franc ayant reflué sur la Rome affaiblie du haut Moyen à‚ge » (page 159-160). Or une simple comparaison des formules musicales du vieux-romain, de l’ambrosien & du grégorien montre combien celles du grégorien paraissent évoluées en regard de l’extrême archaïsme modal du vieux-romain & de l’ambrosien. D’autre part, Smyth admet lui-même que les pièces n’appartenant pas au répertoire romain primitif (il cite le Trisaghion du Vendredi Saint, l’introït des morts Rogamus te & l’offertoire des morts Domine Jesu Christe) ont été reçues telles quelles dans le chant vieux-romain, sans adaptation mélodique : c’est assez ruiner la thèse qu’il expose. Dans ce dernier chapitre sur le chant, je retiens surtout son analyse très intéressante de la série des offertoires grégoriens non psalmiques à fort caractères sacrificiels, dont il devine une origine gallicane (ou plutôt hispanique).

    Avant de conclure, voici encore quelques remarques plus anecdotiques mais plus « Tradiland ». L’auteur envisage les rits qu’il décrit avec l’arrière plan pratique du nouveau rit moderne actuel. Ainsi, il emploie la terminologie moderne de prière universelle (absente de l’histoire liturgique). Curieusement, il refuse aux litanies byzantines entre l’évangile & la grande entrée le caractère d’oratio fidelis (p. 152) alors que page 70 il reconnaît que c’est avant tout une prière diaconale. Dans le même ordre d’idées, il voit une concélébration (p. 88) là où il n’y en a pas (l’évêque célèbre entouré de son presbyterium) pour ensuite reconnaître page 103 : « L’évêque entame alors la grande prière de louange qui consacre le pain & le vin (comme aujourd’hui encore en Orient, la concélébration ne donnait pas lieu à un chœur parlé clérical) ». C’est assez dire le caractère inouï & anti-traditionnel des concélébrations modernes, qui n’ont jamais été pratiquées nulle part. Enfin, un tradi s’amusera du choix du titre de l’ouvrage par l’auteur : Ante altaria & non Post altaria ! 😀 L’auteur reconnaît l’usage de l’orientation de la prière, montre clairement que le prêtre célébrait devant l’autel (p. 103) & non derrière celui-ci. Il se trompe en revanche en parlant d’une prétendue pratique inverse à Rome (si certains autels papaux paraissent « versus populum », c’est bien justement pour obéir à la loi universelle de la prière vers l’Orient ; les rares autels romains se retrouvant ainsi certes face au peuple mais surtout vers l’Orient, le sont pour des raisons historiques dues aux conditions de constructions de certaines basiliques, mais ce n’est pas la règle des autels romains. Certes, les autels de Gaule semblent plus proches de la muraille que dans les basiliques romaines).

    En conclusion, un exercice fort intéressant de liturgie comparée, bien maîtrisé par l’auteur (même si, à force de comparer des rits parfois très différents, certains passages en perdent parfois en clarté) qui intéressera les passionnés de l’histoire liturgique.

    Henri de Villiers