Nous remercions M. l’Abbé Herman, professeur de liturgie, de nous partager cet article.
Introduction

Parmi les rituels liturgiques majeurs de l’année, la messe chrismale occupe aujourd’hui une place majeure dans la vie liturgique des diocèses. On la présente comme l’une des manifestations les plus significatives de la plénitude du sacerdoce de l’évêque et du lien intime qui l’unit à ses prêtres[1]. Elle est le moment où l’Église sanctifie les huiles destinées aux sacrements et, dans sa version postconciliaire, où le lien entre le sacerdoce ministériel, le peuple de Dieu et le mystère pascal est publiquement manifesté. Les prêtres y renouvellent solennellement les promesses de leur ordination, et l’évêque y incarne visiblement l’unité du presbyterium.
Toutefois, il convient de rappeler que le terme « messe chrismale » n’est apparu qu’avec la réforme de 1955. Jusqu’alors, la liturgie romaine ne comportait qu’une seule célébration le Jeudi saint : la messe in Cœna Domini, au cours de laquelle l’évêque procédait à la bénédiction des huiles. Les sources anciennes, comme le Sacramentaire Gélasien[2], présentent plusieurs formulaires liturgiques liés à ce jour, mais, comme l’a démontré Hermann Schmidt, il ne s’agissait pas de messes distinctes, mais d’un seul ensemble rituel[3]. Le Sacramentaire Grégorien[4], un siècle plus tard, ne propose qu’un seul formulaire pour la bénédiction des huiles[5]. L’Ordo romanus I confirme cette tradition d’un rite unique[6] qui se maintiendra avec des enrichissements symboliques notables, admirablement décrits par Durand de Mende dans son Rational ou Manuel des Divins Offices[7] et reprise dans le pontifical romain de 1595[8], jusqu’à la réforme du XXe siècle.
L’intention de Pie XII, dans la réforme de 1955 (Maxima Redemptionis nostræ mysteria[9]), était de faire de cette messe une catéchèse sacramentelle. En isolant la bénédiction des huiles du cadre de la messe du soir, le pape voulait souligner que toute grâce sacramentelle découle du Sacrifice du Christ. Toutefois, cette réforme, bien que respectueuse de la structure canonique traditionnelle, a ouvert la voie à des évolutions plus radicales. Avec la réforme postconciliaire, la messe chrismale est devenue une célébration ecclésiologique, centrée non plus sur la grâce sacramentelle, mais sur la communion entre l’évêque, ses prêtres et le peuple.
Le rite traditionnel : une articulation eucharistique forte

Dans le rite traditionnel, tel qu’il a été codifié au sein du Pontificale Romanum de 1595, la bénédiction des saintes huiles ne constitue pas une célébration indépendante, mais s’inscrit avec solennité au cœur de la messe in Cœna Domini. Loin d’être un ajout marginal, elle est profondément intégrée à l’offrande eucharistique. Cette insertion manifeste une vérité liturgique et théologique fondamentale : toute sanctification dans l’Église, y compris celle des instruments sacramentels, découle directement du sacrifice du Christ rendu présent à l’autel.
Les trois bénédictions – de l’huile des catéchumènes, de l’huile des infirmes et du saint chrême – s’articulent autour du Canon romain. Cette structuration n’est pas arbitraire : elle exprime que le mystère de la Croix et de l’Eucharistie est la source unique de toute grâce. En bénissant les huiles dans le cadre du sacrifice eucharistique, l’Église confesse que le Christ, prêtre et victime, communique sa vie divine à travers les sacrements que ces huiles servent à conférer.
Le rite lui-même est d’une richesse symbolique remarquable. Il comprend :
- le souffle du ministre sur les huiles, évoquant l’action vivifiante de l’Esprit Saint à la création et à la résurrection ;
- les onctions dans le vase du chrême, marquant l’intimité du lien entre l’huile et la grâce sanctifiante ;
- l’encensement des vases sacrés, qui signifie la montée de la prière et la consécration de ce qui est destiné à Dieu ;
- le chant solennel du O Redemptor, hymne théologique et contemplative qui magnifie l’œuvre rédemptrice du Christ dans les sacrements ;
- et la triple acclamation Fiat, reprise par le clergé, signe liturgique d’un assentiment communautaire à l’invocation du Paraclet.
L’épiclèse qui précède la consécration du saint chrême – Emitte, quaesumus, Domine, Spiritum Sanctum Paraclitum – établit un lien explicite avec la Pentecôte : l’huile chrismale est sanctifiée par l’Esprit, comme les Apôtres le furent dans le Cénacle. Ce lien montre que le ministère sacramentel de l’Église continue l’œuvre du Christ dans la puissance de l’Esprit Saint, à travers le sacrifice eucharistique. La liturgie ancienne conserve ainsi une cohérence mystagogique profonde, enracinée dans la théologie du mystère pascal.
La réforme de 1955 : un tournant catéchétique

La réforme liturgique promulguée par Pie XII en 1955 introduit une modification significative de la tradition : elle détache la bénédiction des huiles de la messe in Coena Domini et institue une messe distincte, dite messe chrismale, célébrée le matin du Jeudi saint. Cette nouveauté rompt avec l’antique coutume romaine où l’unité du sacrifice eucharistique et de la consécration des huiles témoignait de manière symbolique que les sacrements tirent leur efficacité du mystère de la Croix.
Toutefois, malgré cette autonomie nouvelle de la messe chrismale, la structure interne de la célébration demeure proche du modèle tridentin : les bénédictions des huiles continuent d’être insérées à la fin du Canon romain et après la communion. Ce maintien partiel de la structure vise à préserver la signification sacramentelle des gestes, tout en les rendant plus intelligibles à l’assemblée des fidèles, désormais davantage impliquée dans la vie liturgique.
La finalité de cette réforme n’est plus d’abord de manifester la dépendance des sacrements à l’Eucharistie, mais de mettre en lumière la diversité et la beauté de la vie sacramentelle de l’Église, dans une visée plus pédagogique que mystagogique. Il s’agit de faire apparaître clairement, dans une optique pastorale, le lien entre les huiles et les différents sacrements qu’elles servent à conférer : baptême, confirmation, ordination, onction des malades.
Néanmoins, cette réforme entraîne une simplification notable des rites :
- les gestes riches et symboliques sont en grande partie réduits ou modifiés ;
- les oraisons traditionnelles, longues, typiquement théologiques et souvent denses, cèdent la place à des textes plus brefs, au vocabulaire plus accessible, mais parfois moins évocateur ;
- l’ensemble de la liturgie gagne en clarté, mais perd la densité mystique qui caractérisait le Pontifical tridentin.
Tableau comparatif synthétique
| Élément | Pontifical tridentin | Réforme de 1955 |
| Structure | Insertion dans la messe du Jeudi saint | Messe autonome le matin du Jeudi saint |
| Position des bénédictions | Fin du Canon et après la communion | Idem : fin du Canon et post Communion |
| Gestes liturgiques | Nombreux, riches de symboles, hérités du Moyen Âge | Réduction importante des gestes et formules |
| Oraisons | Théologiques, longues, profondément mystagogiques | Brèves, plus accessibles, à visée catéchétique |
| Finalité principale | Montrer que le sacrifice est source de toute grâce | Souligner la diversité des sacrements et leur unité dans l’Église |
La réforme postconciliaire : une célébration ecclésiologique recentrée sur le ministère
La réforme liturgique promulguée en 1969, dans le sillage du Concile Vatican II, apporte une transformation profonde de la messe chrismale, tant dans sa structure que dans sa théologie. L’intention pastorale qui la sous-tend est claire : faire de cette célébration une manifestation visible de l’unité du presbyterium autour de l’évêque, en insistant davantage sur la dimension communautaire et ministérielle du sacerdoce. Mais ce recentrage entraîne un glissement théologique significatif : la messe chrismale cesse d’être une théophanie eucharistique de la grâce sacramentelle, pour devenir avant tout une mise en scène ecclésiologique du ministère.
La messe chrismale est désormais conçue comme une célébration autonome, pouvant être anticipée à un autre jour de la Semaine sainte, ce qui rompt avec l’antique intégration liturgique au Jeudi saint, jour du mystère sacerdotal par excellence. Les bénédictions des huiles, la plupart du temps, ne sont plus insérées dans le Canon de la messe, ni situées après la communion, possibilité toujours offerte par les rubriques, mais déplacées à un moment distinct, après l’homélie, sous la forme d’un « rite des huiles » détaché de la prière eucharistique. Cette modification n’est pas simplement fonctionnelle, elle fait courir le danger de dissocier les sacrements de l’autel qui en est pourtant la source ontologique.
Une innovation majeure s’ajoute à cette restructuration : le renouvellement solennel des promesses sacerdotales par les prêtres. Cet élément, totalement absent de la tradition liturgique antérieure, constitue une nouveauté radicale introduite sans précédent historique ni enracinement rituel. Son insertion dans la liturgie s’inscrit dans une perspective postconciliaire de valorisation du ministère presbytéral, perçu comme participation collégiale à la mission de l’évêque.
Bien que ce geste ne soit pas le cœur de la célébration, il en devient un moment fort, souvent mis en valeur dans la pratique pastorale contemporaine. Il marque un basculement : la liturgie ne célèbre plus uniquement l’action du Christ dans ses sacrements, mais aussi l’engagement subjectif des ministres eux-mêmes.
Ce recentrage a des conséquences visibles dans le déroulement du rite. La liturgie de la parole est enrichie de textes à portée catéchétique, soulignant la mission prophétique, sacerdotale et royale du peuple de Dieu, tandis que les bénédictions des huiles, bien que conservant des structures anciennes, sont simplifiées dans leur mise en œuvre. Le souffle, les onctions dans les vases, les acclamations comme le Fiat, le chant du O Redemptor : tous ces gestes sont soit abrégés, soit rendus facultatifs, soit tout simplement omis. La densité symbolique et théologique du rite s’en trouve appauvrie.
En somme, la réforme postconciliaire déplace le centre de gravité de la messe chrismale : de l’union sacramentelle des huiles au sacrifice eucharistique, on passe à une célébration de l’Église ministérielle et de la communion presbytérale. L’attention ne se porte plus d’abord sur l’origine du sacrement – le Christ prêtre offrant son sacrifice – mais sur la structure humaine de l’Église et la vie pastorale de ses ministres. La messe chrismale devient alors le miroir d’une Église qui se contemple elle-même, plutôt que d’une Église qui reçoit tout de son Seigneur par l’autel.
Tableau comparatif tripartite
| Élément | Rite traditionnel | Réforme de 1955 | Réforme post-Vatican II |
| Position des bénédictions | Canon ou après communion | Canon et post communion | Avant la prière universelle |
| Consécration du chrême | Souffles, Fiat, chant, épiclèse | Épiclèse abrégée | Geste fonctionnel, symbolisme atténué |
| Oraison catéchumènes | Exorcistique, claire | Atténuée | Disparition du combat spirituel |
| Oraison malades | Pardon, Esprit consolateur | Sobre | Ton psychologique |
| Oraison chrême | Christologie dense | Conserve le ton christique | Accent sur le peuple sacerdotal |
| Finalité liturgique | Grâce sacramentelle | Catéchèse sacramentelle | Communion ecclésiale |
Une surcharge rituelle étrangère à la tradition
Au-delà de ces modifications proprement liturgiques, la messe chrismale est devenue un condensé de l’ecclésiologie conciliaire : fête du peuple de Dieu, expression de la communion entre l’évêque et ses prêtres, renouveau des ministères, et, dans certains diocèses, même renouvellement des promesses diaconales.

Parmi les voix critiques les plus éclairées concernant cette mutation, celle de Mgr Léon Gromier mérite une attention particulière. Cérémoniaire pontifical et grand connaisseur des rites romains, Mgr Gromier dénonça avec fermeté la réforme de la Semaine sainte de 1955, qu’il qualifia de « subversion de la tradition romaine sous prétexte de restauration »[10].
Concernant la messe chrismale, il pointait une double contradiction : d’une part, la dislocation du lien entre le sacrifice eucharistique et la consécration des huiles, et d’autre part, l’introduction de structures nouvelles sans fondement traditionnel. Il critiquait notamment l’idée d’une messe distincte pour la bénédiction des huiles, affirmant que « jamais dans la tradition romaine, on n’a séparé la chrismation du cœur même du Sacrifice de la messe »[11]. Pour lui, toute tentative de faire de cette messe un événement ecclésial autonome risquait de transformer un acte de sanctification sacramentelle en une manifestation institutionnelle, perdant ainsi le sens profond du rite.

Annibale Bugnini justifie cette transformation :
L’idée de faire de la messe chrismale une ‘fête sacerdotale’ fut une intuition du pape… Un élément nouveau et séduisant vint s’y ajouter en 1965 : la concélébration eucharistique…[12]
Dans cette optique, la messe chrismale fut repensée comme une célébration collective du ministère ordonné. Selon Bugnini, la liturgie devait devenir l’image vivante du mystère de l’Église et rendre visible la communion du presbyterium autour de l’évêque. Ainsi, les éléments strictement sacramentels furent peu à peu entourés de symboles nouveaux, principalement orientés vers la mise en valeur de l’unité ecclésiale et de l’identité du clergé diocésain.
Ce changement s’est accompagné d’une véritable surcharge rituelle et symbolique. Les bénédictions des huiles sont insérées dans un développement liturgique complexe, incluant désormais : le renouvellement des promesses sacerdotales, les éventuels engagements des diacres, des processions avec les huiles, des acclamations chantées par l’assemblée, des présentations en style narratif des ministères dans le diocèse, et des gestes d’hommage collectif à l’évêque. Loin de constituer un enrichissement homogène, cette accumulation de signes crée une concurrence symbolique, dans laquelle le mystère sacramentel est souvent éclipsé par la célébration de l’ecclésiologie conciliaire.
Bugnini lui-même en décrit la réception contrastée :
Les liturgistes les plus sévères accueillirent le fait avec mauvaise volonté. Ils se résignaient à contrecœur à dire adieu à la liturgie, vieille de plusieurs siècles, qui brodait la Missa chrismatis autour de la consécration des huiles.[13]
L’introduction du renouvellement des promesses sacerdotales, rite, nous le rappelons, totalement inédit dans la tradition romaine, renforça cette orientation communautaire et affective.
Bugnini affirme :
Le renouvellement des engagements sacerdotaux en ce jour particulier est un geste fort, attendu, presque nécessaire, pour réaffirmer publiquement le lien entre le prêtre et son évêque, et la fidélité à leur mission.[14]
Dans plusieurs diocèses, cette pratique est étendue aux diacres, qui renouvellent eux aussi leurs engagements liturgiques. Ce développement, non prévu par les rubriques, brouille la hiérarchie des ordres et tend à transformer un rite sacerdotal en simple fête de la communauté chrétienne locale. Le sens sacramentel se trouve ainsi enfoui sous une avalanche de gestes et de discours pastoraux.
À cela s’ajoute le contenu des homélies épiscopales, souvent éloignées de toute explication doctrinale sur les sacrements et leur efficacité. Beaucoup d’évêques choisissent d’orienter leur prédication vers des bilans pastoraux, des appels à l’unité diocésaine ou des exhortations communautaires, reléguant ainsi la dimension sacramentelle à l’arrière-plan. La messe chrismale devient alors un exercice de communication ecclésiale, parfois politique, au détriment de la mystagogie et de la catéchèse liturgique.
Cette surcharge nuit gravement à la lisibilité sacramentelle du rite. Ce qui devait être une catéchèse sacramentelle, selon l’intention de Pie XII, devient une célébration institutionnelle et identitaire. Le rite, au lieu de manifester la dépendance des sacrements envers le sacrifice du Christ, tend à exprimer avant tout une auto-célébration de l’Église locale et de ses ministres. La parole liturgique se fragmente en discours multiples, souvent anecdotiques ou circonstanciels, perdant de vue l’unité profonde de l’action sacrée centrée sur le Christ et sa Croix.
Bugnini insiste lui-même sur ce tournant :
Il valait la peine de sacrifier une préférence traditionnelle […] afin de mettre en lumière la communion visible du presbyterium autour de son évêque, dans une liturgie pleinement adaptée aux temps nouveaux.[15]
Cette déclaration résume la logique de la réforme : abandonner la symbolique sacramentelle héritée de siècles de tradition pour faire place à une nouvelle rhétorique liturgique, fondée non plus sur le mystère, mais sur la visibilité ecclésiale du rite : au lieu d’une pédagogie de la grâce, on assiste à une emphase sur la communion affective, parfois au détriment de la doctrine. La parole liturgique se fragmente en discours multiples, souvent anecdotiques ou circonstanciels, perdant de vue l’unité profonde de l’action sacrée centrée sur le Christ et sa Croix.
L’urgence de retrouver la source

Le glissement de la messe chrismale, d’une épiphanie sacramentelle centrée sur le sacrifice du Christ vers une célébration communautaire à fonction identitaire, reflète une évolution profonde de la théologie liturgique contemporaine. Ce déplacement n’est pas purement formel, mais touche au cœur même de la liturgie : sa finalité, son langage, et sa structure théologique.
Alors que Pie XII, dans une volonté claire de réforme pédagogique, souhaitait offrir aux fidèles une liturgie profondément eucharistique et catéchétique, les réformes postconciliaires ont progressivement substitué à cette logique une conception horizontale de la liturgie. Celle-ci se présente désormais comme une manifestation de la communion ecclésiale, centrée sur l’évêque et son presbyterium, au détriment de la catéchèse des sacrements.
Josef Ratzinger — futur Benoît XVI — notait avec justesse :
Ce qui était autrefois tourné vers Dieu s’est peu à peu replié sur la communauté. L’autocélébration de la communauté a remplacé l’acte d’adoration.[16]
Ce repli s’exprime particulièrement dans la messe chrismale moderne, où la prédication épiscopale ne porte plus sur la nature et la puissance des sacrements, mais sur des préoccupations pastorales, des bilans diocésains ou des appels à la synodalité. L’évêque devient moins le ministre sacramentel du Christ que l’animateur visible d’une communauté en chemin.
Le liturgiste Mgr Klaus Gamber, dans ses écrits prophétiques, dénonçait déjà cette évolution :
Au lieu de s’interroger sur le développement organique de la liturgie, on a introduit de nouveaux rites nés dans les bureaux, coupés de toute tradition vivante, orientés davantage vers une idéologie que vers la foi.[17]
Ainsi, ce que Pie XII avait conçu comme une liturgie catéchétique, centrée sur la grâce sacramentelle dérivant de l’unique sacrifice du Christ, a été peu à peu transformé en manifestation symbolique d’une communion ecclésiale conçue avant tout comme visible, participative et ministérielle. L’effacement progressif du lien entre Eucharistie et sacrements, la dilution du langage théologique dans les oraisons, et l’inflation des gestes symboliques fondés sur une ecclésiologie horizontale ont vidé le rite de sa densité mystagogique.
Il est temps de redonner à la messe chrismale sa portée originelle : celle d’un acte sacramentel inséré dans le sacrifice du Christ, source de toute onction et de toute sanctification. Le rite traditionnel en offre une expression sobre, majestueuse, doctrinalement rigoureuse et spirituellement féconde. Le restaurer, ce n’est pas revenir en arrière : c’est rétablir un lien vital entre les sacrements et leur source eucharistique, entre l’action liturgique et la rédemption du monde.
Servir la vérité liturgique, c’est honorer le mystère pascal du Christ, célébré dans son Église avec fidélité, sobriété et foi.
Bibliographie
1. Sources liturgiques et historiques
G DURAND, Rationale divinorum officiorum, éd. A. Davril & T. Thibodeau, Turnhout, Brepols, 1995.
Pontificale Romanum (éd. 1595-1596), rééd. Libreria Editrice Vaticana.
Sacramentaire Gélasien, éd. H. Wilson, The Gelasian Sacramentary, Oxford, 1894.
Sacramentaire Grégorien, éd. Dag Norberg, Paris, CNRS, 1985.
Ordo Romanus I, éd. M. Andrieu, Les ordines romani du haut Moyen Âge, vol. III, Louvain, 1951.
2. Études historiques et critiques
H. SCHMIDT, Die Formularien der Chrisammesse in den alten römischen Sacramentarien , Ephemerides Liturgicae, t. 71, 1957, p. 733-736.
L. GROMIER, Commentaires sur la réforme de la Semaine Sainte, in : Ephemerides Liturgicae (divers articles, années 1951-1962).Ephemerides Liturgicae (divers articles, années 1951-1962).
A. BUGNINI, La réforme de la liturgie 1948-1975, trad. fr. P.-M. Gy, Cerf, 1998.
K. GAMBER, La Réforme liturgique en question, trad. fr., DMM, 1992.
J.-F. Thomas, La liturgie : art sacré, théologie et vie mystique, Via Romana, 2017.
3. Théologie liturgique et mystagogie
J. LECLERCQ, La Semaine Sainte dans la liturgie romaine, Solesmes, 1951.
L. BOUYER, Le Mystère pascal, Cerf, 1945.
P. GUERANGER, L’Année liturgique. Le Temps de la Passion et la Semaine Sainte, Solesmes.
J. RATZINGER (Benoît XVI), L’esprit de la liturgie, trad. fr., Ad Solem, 2001.
J. HANI, Le symbolisme du culte chrétien, L’Âge d’Homme, 1995.
Voir aussi : le La réforme de la Semaine Sainte de 1955 – 5ème partie – La messe du Jeudi Saint & le Mandatum
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Notes de cet article sur la messe chrismale
- Institutio Generalis Missalis Romani, citée par G. TORNAMBE, « Évolution des rites de la Missa chrismatis« , Revue des sciences religieuses, 90/1 (2016), p. 81–103.↵
- Sacramentarium Gelasianum, éd. H.A. Wilson. Oxford : Clarendon Press, 1894↵
- H. SCHMIDT, « Formularia liturgica Feria V in Cena Domini : Considerationes criticæ », Ephemerides Liturgicæ, 71 (1957), p. 733–736.↵
- Sacramentarium Gregorianum, éd. L.C. Mohlberg. Rome : Herder, 1960↵
- H. SCHMIDT, OP.CIT.↵
- M. ANDRIEU, Les Ordines Romani du Moyen-Age, I-V, Spicilegium Sacrum Lovaniense 11, 23, 24, 28, 29 ), Louvain, 1931-1961.↵
- Rational ou Manuel des Divins Offices de Guillaume Durand, évêque de Mende au treizième siècle, ou, Raisons mystiques et historiques de la liturgie catholique, 4 vol. , Nabu Press, 2010↵
- Pontificale Romanum, editio Clementina (1595–1596).↵
- Maxima Redemptionis nostræ mysteria, décret de la Sacrée Congrégation des Rites, Rome, Vatican, 16 novembre 1955.↵
- L. GROMIER, Conférence sur la réforme de la Semaine Sainte, prononcée à Paris, 1960. Reproduit dans Una Voce, n° 117, 1981, p. 3.↵
- Ibid.↵
- A. BUGNINI, La riforma liturgica (1948-1975), Edizioni Liturgiche, Roma, 1983, p. 334.↵
- Ibid., p. 335.↵
- Ibid., p. 336↵
- Ibid., p. 337.↵
- J. RATZINGER, L’esprit de la liturgie, Ad Solem, 2001, p. 91.↵
- K. GAMBER, La réforme de la liturgie romaine, Sainte-Madeleine, 1992, p. 67).↵














« Pour ne rien oublier, on nous apprend qu’est solennel même le reposoir du jeudi saint ; ce que n’a jamais dit le Missel, mieux rédigé que certaines rubriques. (…)