Une brève présentation des rits ambrosien et eusébien

La liturgie propre de l’Eglise de Milan : saint Ambroise à l’origine du rit ambrosien

Extension actuelle du rit ambrosienLe rit ambrosien – autrement appelée rit milanais – est celle propre de l’Eglise de Milan et de certaines Eglises qui gravitent dans son orbite proche. Ce rit occidental particulier est actuellement pratiqué par environ cinq millions de fidèles qui vivent dans le diocèse de Milan (à l’exception de quelques parties de ce diocèse qui suivent depuis longtemps le rit romain, la plus notable étant la ville de Monza) ainsi que dans certaines parties des diocèses voisins de Côme, Bergame, Novare, Lodi, et du diocèse de Lugano en Suisse. Au Moyen-Age, le rit dut avoir une extension un peu plus large, et on note même qu’il y eut des tentatives pour le faire adopter à Prague et à Augsbourg !

Le qualificatif d’ambrosien signifie évidemment que l’origine et le patronage de ce rit remonte à saint Ambroise (†397), le grand évêque de Milan au IVème siècle. Il est certain que ce saint, l’un des quatre grands docteurs de l’Eglise latine d’Occident, a organisé en effet la liturgie de son Eglise. Au témoignage de saint Augustin (Confessions IX, 7) et de Paulin, diacre & secrétaire de saint Ambroise, nous savons que le saint évêque introduisit dans son Eglise la psalmodie antiphonée à l’instar de ce qui se pratiquait en Orient dans le ressort du patriarcat d’Antioche : deux chœurs chantent les psaumes en dialoguant en alternance verset par verset. Saint Ambroise était alors en affrontement ouvert avec l’impératrice Justine qui voulait prendre l’une des basilique de Milan afin de la donner aux hérétiques ariens, et notre saint évêque eut l’idée de faire occuper pacifiquement cette église par le peuple de Milan, en organisant des offices chantés nuit et jour, jusqu’à ce que le danger soit passé. Jusqu’alors, l’Occident latin ne connaissait pour le chant des psaumes que les deux formes archaïques, directanée (les versets sont tous chantés d’un trait à la suite sans principe d’alternance) et responsoriale (un chantre chante seul des versets auxquels tous répondent par un refrain, le répons). A l’occasion de l’instauration de ces offices nuit et jour, saint Ambroise composa également des hymnes qu’il fit chanter à son peuple, là encore sur le modèle de ce qui se pratiquait en Orient, et ce fut là aussi une innovation majeure dans l’histoire de toute la liturgie occidentale. Plusieurs de ces hymnes composées par saint Ambroise – toutes en strophes de quatre octosyllabes, rythmées en dimètres iambiques acatalectiques, rythme simple et vif aisé à mémoriser – ont été reçues ultérieurement dans la liturgie romaine et nous les chantons toujours aujourd’hui : par exemple, Æterne rerum Conditor, citée par saint Augustin et utilisée par le rit romain aux laudes du dimanche, elle figure au début de l’office nocturne dans le bréviaire ambrosien :

Ætérne rerum Conditor,
Noctem diémque qui regis,
Et témporum das témpora
Ut álleves fastídium.

Saint Ambroise de Milan - gravure d'un missel du XVIIIème siècleOn pourra s’étonner de ce que saint Ambroise – qui semble n’être jamais allé en Orient – innove pour la liturgie de son Eglise en reprenant ce qui se pratiquait à Antioche ou plus largement dans l’Orient. On remarquera aussi que globalement il existe de nombreux points de contacts entre la liturgie ambrosienne et les liturgies orientales, antiochienne et byzantine. Il n’est pas impossible qu’il faille aussi déceler l’influence du prédécesseur de saint Ambroise, Auxence de Milan, hérétique arien imposé par le pouvoir impérial, un Cappadocien ordonné prêtre par son compatriote Grégoire de Cappadoce, archevêque arien d’Alexandrie, mais ce point demeurera toujours mystérieux.

Dans deux traités célèbres, De Mysteriis et De Sacramentis, saint Ambroise explique aux catéchumènes les sacrements de l’initiation chrétienne : baptême, chrismation et eucharistie, et donne incidemment des détails sur la façon dont ces sacrements étaient administrés à Milan. Le rit ambrosien actuel conserve de nombreux traits décrits par ces ouvrages. Plus particulièrement, un passage du IVème livre du De Sacramentis nous livre le texte le plus ancien connu du canon de la messe. Ce canon – dont la parenté avec la liturgie égyptienne est sans doute à relier à la prédication de l’évangéliste Marc à Aquilée puis à Alexandrie, fut adopté très tôt par les Eglises d’Italie et deviendra par la suite notre fameux « canon romain » dont Milan utilise toujours une version propre néanmoins très proche de celle en usage à Rome. On pourra glaner aussi dans d’autres œuvres de saint Ambroise, en particulier dans sa correspondance, de nombreux détails relatifs à la liturgie ou plus largement à la discipline ecclésiastique, comme les ordinations, la consécration des vierges (cérémonie d’une grande ampleur), les prières pour les morts, la dédicace des églises.

Les successeurs de saint Ambroise continuèrent son œuvre, en particulier saint Simplicien, son successeur immédiat et saint Lazare (438 † 451) qui plaça les trois jours des rogations après l’Ascension (avant donc leur adoption en Gaule par saint Mamert en 474).

Néanmoins, à part ces éléments épars tirés principalement de la vie de saint Ambroise, aucun document majeur sur le rit ambrosien n’apparait avant le IXème siècle, voyons maintenant pourquoi.

La lutte pour la préservation du rit ambrosien

Charlemagne qui avait continué la politique de son père Pépin le Bref et avait éradiqué l’antique liturgie des Gaules de ses états au profit du rit de l’Eglise de Rome, voulu faire de même pour le rit milanais. Aux dires d’un chroniqueur du XIème siècle, Landulphe, la lutte pour la suppression du rit ambrosien fut rude, mais le peuple de Milan résista tant et si bien qu’on décida d’une ordalie : on plaça deux livres, l’un romain, l’autre ambrosien, sur l’autel de saint Pierre à Rome, et l’on décida que celui qui serait trouvé ouvert au bout de trois jours gagnerait. Mais tous deux s’ouvrirent & grâce à ce prodige, l’ambrosien mérita de continuer de vivre. Cependant, tous les livres ambrosiens avaient déjà été détruits, mais des clercs de Milan rédigèrent alors de mémoire un manuel complet de leur liturgie. Quoiqu’on puisse dire de l’exactitude historique de ces faits rapportés par Landulphe, on peut toutefois constater qu’en effet, contrairement au rit romain, pas le moindre document que nous possédions sur le rit ambrosien n’est antérieur au règne de Charlemagne, et que de ce fait, il est assez délicat de retracer son histoire ancienne et de comprendre les étapes de son développement.

Breviarium Ambrosianum : bréviaire ambrosien , édition de 1764 qui suit l'édition de saint Charles BorroméeLa lutte ne fut pas gagnée pour autant : le pape Nicolas II, qui avait tenté en 1060 d’abolir le rit mozarabe, tenta de faire de même avec l’ambrosien, secondé dans cette triste tâche par saint Pierre Damien mais le rit fut sauvé par son successeur le pape Alexandre II. Le pape saint Grégoire VII (1073 † 1085) réitéra la tentative de suppression mais en vain. Branda de Castiglione († 1443), cardinal et légat du pape en Lombardie, échoua encore dans la romanisation du Milanais. La pérennité du rit ne sera finalement définitivement acquise que grâce au travail acharné de saint Charles Borromée († 1584), le grand archevêque de Milan, héros de la contre-réforme catholique, qui s’intéressa beaucoup à la mise en forme du rit de son diocèse : on pourra comparer son travail à celui qu’accomplissait simultanément saint Pie V pour le rit romain, en établissant des standards d’édition.

La messe ambrosienne et ses principales caractéristiques

Disons-le tout de suite, la liturgie de la messe ambrosienne a conservé de nombreux traits d’archaïsmes et témoigne souvent de la pratique des Eglises italiques au IVème siècle. Du reste, son étude permet d’entrevoir ce que pouvait être le rit romain avant l’époque de saint Grégoire le Grand (VIème siècle).

Comme dans toutes les Eglises de l’ancien espace carolingien, la messe commence par des prières au bas de l’autel qui permettent au célébrant & à ses assistants de se mettre dans les dispositions nécessaires pour la célébration des saints mystères. Plus courtes qu’au rit romain, ces prières comportent principalement la confession des péchés.

La messe des catéchumènes commence par le chant d’une antienne appelée ingressa qui correspond à l’introït romain. Mais cette antienne est chantée seule, sans psaume ni Gloria Patri (l’ajout d’un psaume à l’introït pour tenir le temps des longues processions du clergé romain autour du Pape paraît être une innovation du pape saint Célestin Ier († 432), nous n’en conservons que le premier verset, mais tout le psaume était chanté). Notons que cette antienne correspond à l’antienne de la Petite Entrée byzantine, importée du rit syrien d’Antioche.

Le célébrant salue le peuple par un Dominus vobiscum (ils sont très nombreux dans le rit ambrosien) puis on chante le Gloria in excelsis Deo, lequel est suivi d’un premier (il y en aura de nombreux autres) triple Kyrie eleison (sans Christe eleison, particularité romaine inconnue ailleurs). Suit alors une première oraison, l’Oratio super populum, qui correspond à la collecte romaine (de nombreux textes de cette oraison sont du reste communs aux deux rits).

La messe comprend alors trois lectures – une prophétie, une épître et un évangile, ce qui est attesté par les écrits de saint Ambroise et correspond à l’antique pratique des Gaules et de l’Espagne (Rome suit Byzance en ne gardant que deux lectures). Notons qu’aux fêtes des saints, la prophétie peut être une leçon racontant la vie du saint. La prophétie est suivie d‘un psalmellus, pièce de bravoure pour les chantres, qui correspond par sa structure responsoriale au graduel romain, au prokimenon byzantin, au mesbak éthiopien, etc. Un « Halleluia » (pour respecter la graphie des livres ambrosiens) avec un verset est chanté avant l’évangile, son chant, surtout à la reprise finale, donne lieu à des développements parfois extraordinaires, avec des mélismes bien plus longs que les alléluias grégoriens & qui évoquent bien le jubilus, cette jubilation décrite par saint Augustin.

Messe pontificale du cardinal Schuster au Dôme de Milan. Les chanoines de la cathédrale de Milan sont mitrés.

Messe pontificale du cardinal Schuster au Dôme de Milan. Les chanoines de la cathédrale de Milan sont mitrés.

Après l’évangile commence la messe des fidèles, par un Dominus vobiscum suivi du triple Kyrie eleison. Le chœur chante alors une antienne nommée post evangelium mais qui correspond à la première pièce d’offertoire, tandis que le pain & le vin sont apportés au célébrant (initialement par dix vieillards et dix vieilles femmes nourris aux frais de l’église). Cette antienne répond à la grande entrée de la liturgie byzantine (notons que le Jeudi Saint, l’antienne post evangelium du jour est justement le fameux Cœnæ tuæ, qui est aussi la grande entrée de ce jour dans le rit byzantin).

Le diacre chante ensuite : Pacem habete, auquel le peuple répond : Ad te, Domine. Ici avait lieu originellement le baiser de paix, comme dans toutes les liturgies chrétiennes, à l’exception notable de la romaine et de l’africaine, qui placent ce baiser de paix après le canon et avant la communion. Le prêtre dit ensuite une seconde oraison, super sindonem, « sur le suaire » (le grand corporal qui recouvrait les oblats et figurait le suaire de l’ensevelissement du corps du Christ). Cette oraison, qui existait dans l’ancien rit des Gaules, correspond au l’oraison du voile des liturgies orientales d’Alexandrie, d’Antioche ou de Jérusalem.

Le chœur chante alors l’offertorium du jour, dont la forme est proche de la pièce correspondante de la liturgie romaine. Pendant ce chant, le célébrant présente l’oblation du pain et du vin, en disant à voix basse des prières d’offertoire typiques des Eglises de l’ancien espace carolingien et proches de celles employées par le rit romain. Il encense les oblats également, le rit romain le fait au même endroit (mais les rotations à 360° de l’encensoir qui a gardé sa forme antique, sans couvercle, sont très spectaculaires).

Messe solennelle en rit ambrosien : oraison sur les oblats et préface. Notez la position du diacre et du sous-diacre aux cardes (coins) de l'autel.

Messe solennelle en rit ambrosien : oraison sur les oblats et préface. Notez la position du diacre et du sous-diacre aux cardes (coins) de l’autel.

L’offertoire achevé, le célébrant salut par un Dominus vobiscum le peuple puis l’on chante le symbole de Nicée-Constantinople. La place du Symbole correspond à celle dans les rits orientaux, juste avant l’anaphore eucharistique. Le rit romain a – un peu maladroitement – anticipé le Credo avant l’offertoire, avant donc le (théorique) renvoi des catéchumènes, ce qui trahit son introduction relativement tardive dans cette liturgie (i.e. le XIème siècle, il n’y avait plus de catéchumènes à cette époque). Le Credo milanais diffère du romain par une légère variante textuelle : ascendit ad cœlos au lieu d’ascendit in cœlum. Après le Credo, le célébrant dit une troisième oraison, super oblata, qui correspond à la secrète romaine et s’enchaîne de même avec le dialogue de la préface (identique à Rome) et au début du canon. Contrairement à la sobriété du rit romain depuis saint Grégoire le Grand, la préface change à quasiment toutes les messes, comme dans les rits gallican et mozarabe. Le canon en revanche est plutôt fixe et ressemble fort au canon romain, avec quelques variantes de détails. Comme nous l’avons indiqué plus haut, les canons romain et ambrosien sont certainement deux formes du canon répandu en Italie au IVème siècle, probablement à partir d’Aquilée.

Le canon terminé, le célébrant procède à la fraction du Corps du Seigneur, pendant que le chœur chante une antienne appelée confractorium (le texte de ces antiennes se retrouve souvent dans celui des antiennes de communion romaines, dont l’introduction est un peu tardive à Rome : VIème siècle). Suit ensuite le chant du Pater. On sait qu’à Rome c’est le pape saint Grégoire le Grand qui déplaça le Pater et le mit en conclusion du canon, avant la fraction, à l’imitation de Constantinople. Il est probable que suite à cette réorganisation, les anciennes antiennes qui accompagnaient la fraction du pain à Rome ont été recyclées en antienne pour accompagner la communion des fidèles.

A l’imitation de Rome, le rit milanais a aussi introduit un second baiser de paix à cet endroit, faisant doublon avec celui au début de l’offertoire. Pendant que la paix se transmet, le chœur peut chanter une antienne pour la paix (« Pax in cœlo, pax in terra, pax in omni populo, pax Sacerdotibus Ecclesiarum Dei. »), non absolument prescrite, mais qui a son pendant dans l’antiphona ad pacem de l’ancien rit des Gaules et l’Agnus Dei romain.

Messe solennelle en rit ambrosienLe chœur accompagne le déplacement des fidèles pour la communion par une pièce assez curieuse et souvent très originale appelée Transitorium, et dont le style différe beaucoup de ce que l’on peut trouver dans le rit romain à cet endroit, tant par les textes que par la musique. Une dernière oraison, post communionem, est chantée par le célébrant. Après trois Kyrie eleison, le renvoi est fait, il n’utilise pas l’Ite missa est mais enchaîne les réponses suivantes : V/. Procedamus in pace R/. In nomine Christi. V/. Benedicamus Domino. R/. Deo gratias. Notons que Benedicamus Domino doit être une formule plus ancienne que Ite missa est : le rit ambrosien ne connait que lui et il est employé à l’office romain ainsi qu’aux messes romaines de pénitence (Avent, Carême) qui conservent en général des éléments plus anciens.

A l’instar de la messe romaine, on a ajouté après le renvoi une bénédiction trinitaire des fidèles par le célébrant ainsi que le dernier évangile, qui est comme à Rome le commencement de l’Evangile selon Jean.

L’année liturgique ambrosienne

Nous décrirons plus brièvement celle-ci. L’année liturgique, comme en Gaule ou en Espagne, commence par la fête de saint Martin le 11 novembre : l’Avent ambrosien comprend en effet six dimanches (contre quatre à Rome) et peut commencer au plus tôt le 12 novembre.

Précédé de la Septuagésime, le Carême commence au lundi qui suit le premier dimanche, In capite Quadragesimæ (comme c’était aussi le cas à Rome avant saint Grégoire le Grand qui l’anticipa au Mercredi des Cendres). Les dimanches suivants sont désignés par l’évangile qui y est lu : de la Samaritaine, d’Abraham, de l’Aveugle-Né, de Lazare, puis viennent les Rameaux. La Semaine Sainte est radicalement différente dans son organisation de celle pratiquée à Rome. On ne jeûne pas les samedi, contrairement à Rome et conformément à l’Orient.

Les dimanches après la Pentecôte sont au nombre de quinze, puis viennent cinq dimanches « après la décollation » (de saint Jean-Baptiste) et deux dimanches d’octobre. Le troisième dimanche d’octobre célèbre la dédicace de la cathédrale, puis est suivi de trois dimanches « post Dedicationem ». Les pièces de chant du propre de tous ces dimanches sont choisis dans un répertoire commun (« Commune dominicale ») et peuvent servir plusieurs fois.

Le sanctoral comporte évidemment de nombreux saints milanais, mais également beaucoup de martyrs romains des premiers siècles dont plusieurs ne sont plus célébrés par le rit romain (tel saint Genès, martyr romain, dont nous chanterons la fête le 25 août prochain).

L’office divin ambrosien

Finissons par un rapide mot sur l’office divin.

La structure la plus originale est celle de l’office de nuit, comportant trois nocturnes unis à un office du matin, qui a été formellement séparé en deux parties distinctes – sous les appellations plus modernes de matines et laudes – par saint Charles Borromée. Les vigiles nocturnes du samedi et du dimanche ont des structures propres et comportent beaucoup de cantiques de l’Ancien Testament, à l’instar de l’office palestinien ou de celui décrit par la règle de saint Benoît. L’office nocturne du samedi emploie le psaume 118, comme l’office byzantin. Les psaumes des autres jours de la semaine, du lundi au vendredi, sont répartis sur un cycle de deux semaines. Le Benedictus démarre les laudes, dont la psalmodie se finit, comme dans toute liturgie chrétienne, par le chant quotidien des psaumes 148, 149, 150 auxquels Milan ajoute le psaume 116.

Les autres heures (prime, tierce, sexte, none, vêpres et complies) sont proches de la pratique romaine, qui devait être commune à l’Italie (la règle de saint Benoît se présente du reste comme un aménagement de cette pratique commune avec quelques simplifications – comme la réductions des vêpres à quatre psaumes – pour faciliter le travail des moines) : le psaume 118 est – comme à Rome – chanté tous les jours, réparti sur les petites heures, les vêpres s’ouvrent par un répons du lucernaire puis comportent les cinq psaumes comme à Rome (les vêpres des fêtes ont une structure beaucoup plus complexe et originale, avec le retour régulier des psaumes 132, 133 & 116). A la fin des laudes et des vêpres, le chant de versets psalmiques choisis sont à rapprocher des apostiches byzantins (dont l’origine provient de la liturgie du Saint-Sépulchre à Jérusalem). Les complies comportent tous les jours six psaumes (4, 30, 90, 132, 133, 116), un peu à la manière des grandes complies byzantines.

La version latine des textes bibliques employés par le rit milanais ne suivent pas la Vulgate ordinaire de saint Jérôme ni son psautier dit gallican.

Le plain-chant ambrosien

Ce panorama très rapidement brossé des richesses et particularités du rit ambrosien serait incomplet sans aussi évoquer le chant ambrosien – à la saveur si étrange et si particulière. Contentons-nous de noter que ce chant est très clairement plus archaïque dans ses constructions modales que le chant grégorien et qu’il présente en revanche des points de ressemblance nombreux avec le chant dit vieux-romain. Le chant grégorien résulte en effet d’une réforme postérieure, avec une volonté de simplification et de systématisation, alors que les chants ambrosien et vieux-romain ont manifestement préservé un état plus archaïque de l’antique cantilène des Eglises d’Italie.

Antiphonaire ambrosien du XIVème siècle. Houghton Library, Harvard University, Cambridge.

Antiphonaire ambrosien du XIVème siècle. Houghton Library, Harvard University, Cambridge. Vêpres de saint Maurice et de ses compagnons : lucernaire et antienne de Magnificat.

Un rit voisin, le rit eusébien

Reliquaire de saint Eusèbe dans la cathédrale de Verceil.

Reliquaire de saint Eusèbe dans la cathédrale de Verceil.

Grand ami de saint Ambroise et comme lui champion de la lutte contre les horreurs de l’hérésie arienne, saint Eusèbe de Verceil fut évêque de cette cité d’Italie du Nord jusqu’à sa mort en 371. Ce diocèse comprenait alors tout l’arc cisalpin et était suffragant de l’archevêque de Milan. Contrairement à Milan, Verceil semble n’avoir pu maintenir son rit propre originel et Charlemagne paraît avoir réussi à lui imposer la liturgie romaine, là où il avait échoué avec la liturgie milanaise. Comme dans tous les autres diocèses de l’Empire carolingien, la liturgie romaine se développa par la suite de façon autonome, de sorte qu’on pouvait parler d’une liturgie romaine à l’usage de Verceil (comme étaient de fait tous les usages particuliers de l’espace carolingien, tels le rit lyonnais, le rit parisien, le rit de Nidaros, celui de Sarum, etc, etc.).

Cette liturgie médiévale de Verceil fut surnommée « rit eusébien » à l’imitation du rit ambrosien voisin. Elle nous est connue par les archives exceptionnelles du chapitre de la cathédrale de Verceil, d’une grande richesse en manuscrits de premier plan. Si elle est foncièrement romaine par sa structure, la liturgie de Verceil comportait aussi de nombreux emprunts au rit ambrosien voisin et gardait de très nombreux traits propres, qui soit témoignaient d’un état archaïque du rit romain, soit étaient totalement originaux et pouvaient remonter avant la romanisation carolingienne (telle la fameuse antienne orientale Sub tuum præsidium, dont le texte eusébien est une version latine différente des traductions romaine comme milanaise). Feu M. l’Abbé Quoëx († 2007) avait bien compris le grand intérêt de l’étude des livres liturgiques de Verceil pour comprendre l’histoire de la liturgie romaine, il en avait fait le recensement, la classification et l’étude pour l’Ecole Pratique des Hautes Etudes mais la mort n’a pu faire aboutir ce projet.

Constantin brûle les livres ariens après le Concile de Nicée. Verceil, Bibliothèque capitulaire, MS CLXV (c. 825).

Constantin brûle les livres ariens après le Concile de Nicée. Verceil, Bibliothèque capitulaire, MS CLXV (c. 825).

N’ayant eu le temps que d’imprimer son bréviaire en 1504, Verceil vit son rit propre supprimé en 1575 : d’une part, la Savoie, qui venait de conquérir ce territoire, voulait unifier les sujets de ses états par la pratique commune du seul rit romain selon les livres tridentins, d’autres part, comme tant de diocèses à cette époque, la raison économique fut la plus forte : les frais d’édition et d’impression de tous les livres liturgiques propres étaient fabuleusement élevés pour un diocèse, les imprimeurs étant confrontés à un débouché commercial faible sur un marché diocésain forcément restreint, alors que les livres romains se répandaient vites et n’étaient pas chers. Le rit disparut donc, mais certains éléments se sont conservés longtemps par tradition populaire pour la fête de saint Eusèbe.

Nous chanterons néanmoins le 21 août prochain un office de vêpres dans l’octave de l’Assomption selon les anciens usages de Verceil, le chant ayant été reconstitué sur les fameux manuscrits médiévaux du chapitre. Nous utiliserons aussi pour ces vêpres des polyphonies composées par un maître de chapelle de la cathédrale de Verceil au XVIème siècle, Orazio Colombani.

Charles de Courbes – Tristes erant Apostoli

Charles de Courbes (c. 1580 † ap. 1628), esleu & lieutenant particulier, organiste de l’église Saint-Sauveur de Paris.
Tristes erant Apostoli – HYMN. Cum 4. voc. Pro Apostolis et Evangelistis, Tempore Paschali.
4 voix (SATB).
2 pages.

« L’amateur » éclairé que fut le Sieur de Courbes, élu & lieutenant particulier (qui fut néanmoins à la fin de sa vie organiste de l’église Saint-Sauveur de Paris), publie ses compositions chez Pierre Ballard en 1622 : « Cantiques spirituels nouvellement mis en musique à IIII, V, VI, VII et VIII parties ». Une bonne part de cet ouvrage est consacrée à la mise en musique d’hymnes de l’Eglise. Influencées par la chanson française, les hymnes de Charles de Courbes témoignent aussi de l’aspiration générale à plus de clarté dans les compositions musicales liturgiques qui se fait jour après le Concile de Trente.

Charles de Courbes met ici en musique à quatre voix l’hymne des Apôtres et Evangélistes, Tristes erant Apostoli, hymne chantée aux Ières & IIndes vêpres, ainsi qu’au matines de leurs fêtes tombant durant le temps pascal.

Le texte de Tristes erant Apostoli procède du démembrement en trois parties d’une hymne pascale plus longue, attribuée à saint Ambroise de Milan : Aurora lucis rutilat. Voici le texte latin ainsi que la traduction faite par le Sieur de Courbes :

Tristes erant Apóstoli
De nece sui Dómini,
Quem morte crudelíssima
Servi damnárant ímpii.
Chaque Apostre estoit en douleur
Pour la mort de nostre Seigneur,
Que les Juifs d’un cœur obstiné
Avoyent a la mort condamné.
Sermóne blando Angelus
Prædíxit muliéribus :
In Galilæa Dóminus
Vidéndus est quantócius.
Mais l’Ange par un doux recit
Aux sainctes dames lors a dict,
Qu’en Galilée en bref verroyent
Ce cher Jesus qu’il esperoyent,
Illæ dum pergunt cóncitæ
Apóstolis hoc dícere,
Vidéntes eum vívere,
Christi tenent vestígia.
Alors pleines de gayeté
Ont tout aux Apostres conté,
Qui voyant leur maistre vivant,
Sont confirmés plus que devant.
Quo ágnito, discípuli
In Galilæam própere
Pergunt vidére fáciem
Desiderátam Dómini.
Parquoy d’un pas leger, & prompt,
En Galilée droit s’en vont :
Désirant tous d’avoir cét heur
Que de voir leur maistre, & Seigneur.
Quæsumus, Auctor ómnium,
In hoc pascháli gáudio :
Ab omni mortis ímpetu
Tuum defénde pópulum.
Nous te prions grand Dieu de tous
Qu’en ce temps Pasqual gay, & doux,
Tu nous pardonne les pechés,
Dont a la mort serions tachés.
Glória tibi Dómine,
Qui surrexíst(i) a mórtuis,
Cum Patr(e) et Sancto Spíritu,
In sempitérna sæcula. Amen.
Gloire soit a toy ô Sauveur,
Qui est ressucité vainqueur,
Au Pere, & Saint Esprit benin,
Aux siecles des siecles sans fin. Soit, soit.

Les premières mesures de cette partition :

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Charles de Courbes - Tristes erant Apostoli

Programme du XXIXème dimanche après la Pentecôte – saint Ambroise de Milan – ton 4

Saint Ambroise de Milan - fresque du monastère de Dyonisiou - Mont Athos 1547Paroisse catholique russe de la Très-Sainte Trinité, le dimanche 20 décembre 2015 du calendrier grégorien – 7 décembre 2015 du calendrier julien, tierce & sexte à 8h55, divine liturgie de saint Jean Chrysostome à 9h15.

Dimanche du ton IV de l’Octoèque. Nous fêtons aussi en ce jour Sa Sainteté Ambroise, évêque de Milan.

Saint Ambroise naquit dans une puissante famille de l’administration impériale à Trèves, en 339 ou 340, où son père Ambroise, chrétien, exerçait l’importante charge de préfet du prétoire pour la province des Gaules.

Selon la Vie d’Ambroise rédigée par son secrétaire Paulin de Milan, son berceau se trouvait dans la salle du prétoire. Un jour qu’il y dormait, un essaim d’abeilles survint tout à coup et couvrit sa figure et sa bouche de telle sorte qu’il semblait que les insectes entraient dans sa bouche et en sortaient. Les abeilles prirent ensuite leur envol et s’élevèrent en l’air à une telle hauteur que l’œil humain n’était plus capable de les distinguer. L’événement frappa son père qui dit: « Si ce petit enfant vit, ce sera quelque chose de grand. » En quittant son visage, les abeilles avaient laissé un peu de miel dessus. Ceci fut considéré comme le présage de son éloquence future.

À la mort de son père, sa mère retourna à Rome avec ses trois enfants, encore en bas âge : Ambroise, Marcelline et Satyre, qui deviendraient tous trois saints. Confié aux meilleurs maîtres, Ambroise montra par la suite de grandes capacités pour les sciences, et faisait en particulier l’admiration de tous par ses dons oratoires.

À l’adolescence, il vit sa mère et sa sœur, laquelle avait consacré sa virginité à Dieu, embrasser la main des prêtres de Jésus-Christ (vénérable coutume qui existait dès les premiers temps de l’Eglise et qui est encore largement pratiquée en Orient de nos jours ainsi que dans certaines régions d’Europe occidentale méditérranéenne : il s’agissait (et il s’agit toujours) d’honorer les mains qui avaient reçu l’onction sacerdotale pour bénir et consacrer). Pour plaisanter, Ambroise tendit sa main à sa sœur assurant qu’elle devait l’embrasser comme elle l’avait fait aux prêtres. Mais celle-ci refusa, considérant Ambroise encore comme un enfant impertinent.

À l’issue de ses études de droit, Ambroise fut désigné en 370 par l’empereur Valentinien Ier († 375) comme gouverneur de la province de Ligurie-Émilie, ayant pour capitale Milan. Le préfet Probus lui dit alors, sans savoir qu’il prononçait une prophétie : « Va et gouverne plutôt en évêque qu’en juge », voulant par là l’exhorter à la compassion et à la miséricorde. De fait, le jeune homme s’acquit bien vite l’attachement et la reconnaissance du peuple, par sa sagesse et ses vertus.

Mosaique de saint Ambroise de Milan dans la chapelle de saint Victor datant de 378 - un probable portrait fidèle du saintÀ cette époque, malgré de longues années de luttes depuis le Concile de Nicée (tenu en 325), l’hérésie arienne était encore tenace et divisait toujours l’Église, surtout en Orient où elle avait trouvé le soutien du nouvel empereur Valens (364-378). À la mort en 373 de l’évêque arien de Milan Auxence, une assemblée se tint dans la cathédrale pour procéder à l’élection du nouvel évêque, mais le peuple était si divisé entre les deux partis, orthodoxe et arien, qu’il était impossible de parvenir à un accord. On fit alors appel à Ambroise pour intervenir et calmer le tumulte. Les paroles du gouverneur, sa douceur, sa persuasion, son esprit de paix firent une telle impression que tous les fidèles reprirent soudain d’une seule voix l’exclamation d’un enfant qui s’était écrié : « Ambroise évêque ! » Surpris, puis effrayé, Ambroise objecta qu’il n’était encore que catéchumène — car la coutume était alors répandue de retarder le baptême pour ne pas le souiller par des péchés ultérieurs — et il se réfugia dans son palais, suivi par la foule qui répétait sans cesse ce même cri. La nuit venue, il tenta de s’enfuir à cheval, mais il perdit son chemin et, au petit matin, se retrouva à son point de départ. Il essaya ensuite d’échapper à ces honneurs en écrivant à l’empereur, mais celui-ci, d’habitude indifférent aux affaires ecclésiastiques, soutint avec admiration l’élection d’Ambroise. Finalement résigné à se soumettre à la volonté de Dieu, ce rhéteur et administrateur de trente-cinq ans fut ordonné évêque, huit jours après son baptême, à la satisfaction des deux partis ; c’était le 7 décembre 374.

Dès lors Ambroise se consacra complètement à son ministère et renonça à tous biens, richesses et plaisirs. Il distribua son argent aux pauvres et fit don de ses vastes propriétés à l’Église. Ne gardant rien pour lui, il passait presque toute la semaine dans le jeûne le plus strict, consacrait ses nuits à la prière et à la méditation des Écritures et des saints Pères, alors que pendant le jour il s’occupait des affaires de l’Église et de la direction de son troupeau spirituel. Sous la direction du prêtre Simplicien, il acquit une profonde connaissance de la philosophie et des Pères grecs (en particulier d’Origène) et s’engagea avec fougue dans la défense de l’Orthodoxie catholique, à la grande confusion des Ariens qui avaient agréé l’élection de ce magistrat modéré, espérant en faire leur instrument.

A la suite de saint Hilaire de Poitiers, l’évêque de Milan se montra pendant vingt-cinq ans le champion de la foi véritable en Occident, telle qu’elle avait été clairement exprimée au concile de Nicée, et fit de son siège, qui était devenu depuis 381 la résidence de l’empereur d’Occident, la métropole où se décidaient toutes les affaires ecclésiastiques des diocèses d’Italie, de Pannonie, de Dacie et de Macédoine.

Ambroise parvint à s’assurer la confiance et l’intérêt de l’empereur d’Occident, Gratien (375-383), grâce auquel il put faire réunir le concile de Sirmium (juillet 378) et faire décréter des lois proscrivant l’arianisme.

À la mort de Valens (379), l’empire d’Orient passa aux mains du pieux Théodose. Le nouvel empereur, nicéen, fit réunir le Second Concile Œcuménique à Constantinople, en juillet 381, tandis que Gratien, conseillé par Ambroise, convoquait le concile d’Aquilée, qui tentait de mettre fin de l’arianisme en Occident.

En 383, à la mort de Gratien, l’empire compte trois empereurs : Maxime à Trèves, Valentinien II, sous la tutelle de sa mère Justine à Milan, Théodose à Constantinople.

Ambroise dut s’opposer fermement à la politique de l’impératrice Justine et de l’entourage du jeune héritier, Valentinien II, qui étaient gagnés à l’hérésie arienne. Valentinien II intima un jour au prélat l’ordre de livrer son église. « Allez dire à votre maître, répondit Ambroise aux envoyés de l’empereur, qu’un évêque ne livrera jamais le temple de Dieu ! » Il s’enferma alors dans la cathédrale de Milan, entouré du peuple décidé à mourir avec lui ; et, du Dimanche des Rameaux au Jeudi Saint, les chrétiens de Milan résistèrent ainsi aux troupes qui tentèrent d’investir cette basilique, en n’ayant pour armes que la prédication enflammée de leur pasteur, et le chant ininterrompu des psaumes et des hymnes. On date de cet épisode l’introduction du chant antiphoné dans l’Eglise de Milan, et par là en Occident, à l’imitation de ce qui se pratiquait en Orient et à Antioche en particulier. Plus généralement, il est certain que saint Ambroise contribua à organiser profondément la liturgie de son Eglise (l’actuel rit milanais dit aussi rit ambrosien).

En 390, Théodose, alors au faîte de sa gloire, fit réprimer avec une cruauté inutile une émeute qui s’était déclenchée à Thessalonique, et plus de sept mille personnes furent alors massacrées. La nouvelle parvint jusqu’à Milan et, lorsque l’empereur en visite dans la métropole italienne se présenta à la porte de la cathédrale pour assister à la messe, saint Ambroise lui en interdit l’entrée et l’excommunia pendant plus de huit mois. Respectueux envers la discipline de l’Église, le souverain se soumit avec humilité à la pénitence publique. Le jour de la Nativité, il se présenta à l’église, se prosterna jusqu’à terre aux pieds d’Ambroise, baignant le sol de ses larmes et suppliant d’être à nouveau jugé digne de la participation aux saints Mystères. Après avoir obtenu le pardon de l’évêque, au moment de la communion, il pénétra dans le sanctuaire pour communier avec les clercs, comme c’était la coutume à Constantinople. Mais le serviteur de Dieu Ambroise se tourna vers lui et l’humilia publiquement une nouvelle fois en le repoussant et lui disant : « Sors d’ici et demeure à ta place parmi les laïcs, car la pourpre n’institue pas des prêtres, mais des empereurs ! » Théodose se retira alors parmi les pénitents, tant son respect pour Ambroise était grand. De retour à Constantinople, jamais plus il n’osa entrer dans le sanctuaire pour communier.

Familier des princes et des grands de ce monde, Ambroise portait aussi son attention sur le moindre de ses fidèles. Lorsqu’un pécheur venait vers lui pour se confesser, il le prenait dans ses bras et le baignait de ses larmes. Défenseur ardent de la foi, il détourna aussi un grand nombre de païens des ténèbres et les initia au mystère du christianisme, en particulier par ses brillants sermons publics. Le plus célèbre de ses disciples fut saint Augustin qui, grâce à l’évêque de Milan, put se détourner de la fausse religion du manichéisme et, baptisé par saint Ambroise lui-même, entrer définitivement dans l’Église qu’il allait si brillamment servir. C’est grâce à lui encore que la reine Frigitilde de la tribu germanique des Marcomans reçut le saint baptême et attira son peuple à la vraie foi.

Malgré ses multiples activités, ce grand pasteur trouva cependant le temps de composer de nombreux ouvrages, principalement exégétiques et moraux, dans lesquels il manifeste une vaste culture, tant sacrée que profane, et qui contribuèrent grandement à la diffusion de la doctrine des Pères grecs dans le monde latin. Outre son œuvre oratoire, Ambroise enrichit aussi l’Église par de magnifiques hymnes liturgiques, destinées à être chantées par le peuple en deux chœurs antiphonés, qui furent un des plus riches éléments de la liturgie latine pendant de longs siècles.

Saint Ambroise s’endormit dans la paix du Christ, à l’aube du Samedi Saint, le 4 avril 397, deux ans après l’empereur Théodose, dont il avait prononcé l’éloge funèbre. Les cérémonies de ses funérailles ne purent être accomplies que le Jeudi in Albis en raison de la célébration de Pâques. Dans le rit romain comme dans le rit byzantin, saint Ambroise est fêté au 7 décembre, date à laquelle il devint évêque de Milan. L’Eglise de Milan, dans le rit ambrosien, quant à elle fête saint Ambroise à quatre reprises au cours de son année liturgique : le 7 décembre (fête principale – anniversaire de son sacre épiscopal), le 30 novembre (anniversaire de son baptême), le Jeudi in Albis (après Pâques – anniversaire de ses funérailles) et le 14 mai (anniversaire de la translation de ses reliques avec celle des saints Gervais et Protais dans le reliquaire en argent qui les contient toujours).

Le corps de saint Ambroise repose jusqu’à aujourd’hui dans la basilique Saint-Ambroise de Milan, sous l’autel majeur, en compagnie des saints diacre Gervais et Protais (photos prises au cours de l’un de nos pèlerinages à Milan) :

Aux heures
A tierce & à sexte : Tropaire du dimanche. Gloire au Père. Tropaire de Sa Sainteté. Et maintenant. Theotokion de l’heure.
Kondakion : du dimanche.

Tropaires des Béatitudes : huit tropaires du ton dominical occurrent :
1. A cause de l’arbre défendu * Adam fut exilé du Paradis, mais par l’arbre de la croix le Larron y entra ; * car l’un, goûtant de son fruit, méprisa le commandement du Créateur, * l’autre, partageant ta crucifixion, confessa ta divinité : ** Souviens-toi de moi dans ton royaume.
2. Seigneur exalté sur la Croix, * tu as brisé la puissance de la mort, * effaçant la cédule écrite contre nous ; * accorde-nous la repentance du Larron * et donne à tes fidèles serviteurs, ô Christ notre Dieu, * de te crier comme lui : ** Souviens-toi de nous aussi dans ton royaume.
3. D’un coup de lance, sur la croix * tu as déchiré la cédule écrite contre nous ; * et, compté parmi les morts, tu as enchaîné le prince de l’Enfer, * délivrant tous les hommes des liens de la mort * par ta Résurrection, dont la lumière a brillé sur nous ; * Seigneur ami des hommes, nous te crions : ** Souviens-toi de nous aussi dans ton royaume.
4. Crucifié & ressuscité du tombeau, * Dieu tout-puissant, le troisième jour, * avec toi, seul Immortel, tu ressuscitas le premier homme, Adam ; * donne-moi, Seigneur, de prendre aussi la voie du repentir * afin que, de tout mon cœur * & dans l’ardeur de ma foi, je te crie : ** Souviens-toi de moi, Sauveur, en ton royaume.
5. Pour nous l’Impassible devient homme de douleur * et sur la croix se laisse clouer, * afin de nous ressusciter avec lui ; * aussi nous glorifions avec la Croix * les Souffrances & la sainte Résurrection * par lesquelles nous fûmes rénovés, * obtenant le salut en criant : ** Souviens-toi de nous aussi dans ton royaume.
6. Ressuscité d’entre les morts * et dépouillant l’empire de la Mort, * il apparut aux Myrrophores, leur annonçant la joie ; * et nous fidèles, prions-le * d’épargner à nos âmes la corruption, * lui répétant sans cesse la parole du bon Larron : ** Souviens-toi de nous aussi dans ton royaume.
7. Fidèles, glorifions d’un même cœur * le Père, le Fils & l’Esprit saint, * invoquons en trois personnes l’unique Divinité * indivisible, inaccessible, sans confusion, ** qui nous sauve des flammes du châtiment.
8. Ta mère, Seigneur, t’enfanta virginalement * et vierge elle est demeurée même après l’enfantement : * c’est elle que nous te présentons pour intercéder auprès de toi : * accorde à sa prière le pardon des péchés * pour ceux qui ne cessent de te crier : ** Souviens-toi de nous aussi dans ton royaume.

A la petite entrée :
1. Tropaire du dimanche, ton 4 : Ayant appris de l’Ange la prédication lumineuse de la Résurrection, * et le terme de l’ancestrale condamnation, * les femmes disciples du Seigneur * dirent, pleine de fierté, aux apôtres : * « Renversée est la mort ! * Le Christ Dieu est ressuscité, ** donnant au monde sa grande miséricorde ! »
2. Tropaire de Sa Sainteté, ton 4 : La justice de tes œuvres a fait de toi * pour ton troupeau une règle de foi, * un modèle de douceur, * un maître de tempérance ; * c’est pourquoi tu as obtenu l’exaltation par ton humilité * et par ta pauvreté la richesse. * Père Ambroise, * prie le Christ Dieu ** de sauver nos âmes.
3. Gloire au Père, & au Fils, & au Saint-Esprit.
4. Kondakion de Sa Sainteté, ton 3 : Rayonnant par les dogmes divins, * tu as assombri les séductions d’Arius, * toi le docteur des mystères & le pasteur, ô Ambroise. * Et tu as accompli des miracles par la puissance de l’Esprit, * tu as guéri efficacement les diverses passions, ô Vénérable Père. * Prie le Christ Dieu pour que nos âmes soient sauvées.
5. Et maintenant, & toujours, & dans les siècles des siècles. Amen.
6. Kondakion du dimanche, ton 4 : Mon Sauveur & mon libérateur * a ressuscité tous les mortels, * les arrachant par sa force divine aux chaînes du tombeau ; * il a brisé les portes de l’Enfer ** et en maître souverain il est ressuscité le troisième jour.

Prokimen
Du dimanche, ton 4 :
R/. Que tes œuvres sont grandes, Seigneur ! Toutes, avec sagesse tu les fis (Psaume 103, 24).
V/. Bénis le Seigneur, mon âme ! Seigneur, mon Dieu, tu es si grand ! (Psaume 103, 1).

Epître
Du dimanche : Colossiens (§ 258) III, 12-16 (Epître du 30ème dimanche après la Pentecôte, en raison des deux dimanches des Ancêtres & des Pères).

Alleluia
Du dimanche, ton 4 :
V/. Va, chevauche pour la cause de la vérité, de la piété & de la justice (Psaume 44, 5).
V/. Tu aimes la justice, tu hais l’impiété (Psaume 44, 8).

Evangile
Du dimanche : Luc (§ 85) XVII, 12-19.

Verset de communion
Du dimanche : Louez le Seigneur du haut des cieux, louez-le au plus haut des cieux (Psaume 148, 1). Alleluia, alleluia, alleluia.

Télécharger le livret des choristes pour ce dimanche.

Musique sacrée & évangélisation

« La musique sacrée peut favoriser la foi et contribuer à la nouvelle évangélisation », a déclaré le Pape le 10 novembre dernier aux membres de l’association musicale italienne Santa Cecilia, réunis pour un congrès à Rome. « A propos de la foi, on pense spontanément à la vie de saint Augustin… dont la conversion est certainement due en grande partie à l’écoute du chant des psaumes et des hymnes dans les liturgies présidées par saint Ambroise. Si, en effet, la foi naît toujours de l’écoute de la parole de Dieu, d’une écoute des sens qui passe aussi par l’esprit et le cœur, il ne fait aucun doute que la musique et surtout le chant donnent à la lecture des psaumes et des cantiques bibliques une plus grande force communicative. Parmi les charismes de saint Ambroise, on trouvait justement une sensibilité et une capacité musicale prononcées, don que celui-ci, une fois ordonné évêque de Milan, mit au service de la foi et de l’évangélisation ».

Benoît XVI a ensuite souligné que le chant sacré lié aux paroles fait partie nécessaire ou intégrante de la liturgie solennelle. « Pourquoi nécessaire et intégrante ? Certainement pas pour des raisons esthétiques mais parce qu’il contribue à nourrir et exprimer la foi, et donc à la gloire de Dieu et à la sanctification des fidèles qui sont l’objectif de la musique sacrée. C’est justement pour cela que je voudrais vous remercier pour le précieux service que vous rendez : la musique que vous exécutez n’est pas un accessoire ou un embellissement de la liturgie mais elle est la liturgie même ». Evoquant la relation entre le chant sacré et la nouvelle évangélisation, le Pape a ajouté que la constitution conciliaire sur la liturgie rappelle « l’importance de la musique sacrée dans la mission ad gentes et encourage à valoriser les traditions musicales des peuples. Mais dans les pays d’ancienne évangélisation comme l’Italie, la musique sacrée peut aussi avoir et a, de fait, un rôle important pour favoriser la redécouverte de Dieu, une nouvelle approche du message chrétien et des mystères de la foi ».

Puis le Saint-Père a rappelé à ce sujet le cas du poète Paul Claudel qui se convertit en écoutant le Magnificat au cours des vêpres de Noël à Notre Dame de Paris. « Mais sans recourir à des personnes célèbres, pensons à toutes ces personnes qui ont été touchées au plus profond de leur âme en écoutant de la musique sacrée, et encore plus à ceux qui se sont sentis attirés de nouveau vers Dieu par la beauté de la musique liturgique… Efforcez-vous d’améliorer la qualité du chant liturgique sans avoir peur de reprendre et valoriser la grande tradition musicale de l’Eglise qui trouve dans le grégorien et la polyphonie ses deux expressions les plus hautes… La participation active de tout le peuple de Dieu à la liturgie ne consiste pas seulement à parler, mais aussi à écouter, à accueillir par les sens et avec l’esprit la Parole et cela vaut aussi pour la musique liturgique ».

La vidéo suivante montre le Saint Père arrivant à la salle d’audience et surpris d’entendre le Tu es Petrus polyphonique entonné par les embres de l’association musicale italienne Santa Cecilia.

Marc-Antoine Charpentier – Iesu corona virginum (H. 53)

Marc-Antoine Charpentier (1643 † 1704), maître de la musique de Marie de Lorraine, duchesse de Guise, du Dauphin, fils de Louis XIV, des Jésuites & de la Sainte Chapelle.
Iesu corona virginum (H. 53).
2 voix égales (SS), flûte & basse continue.
5 pages.

Cette hymne mise en musique par Charpentier vraisemblablement pour des religieuses constitue l’hymne des vêpres du commun des vierges.

Le texte – admirable – en est de saint Ambroise de Milan, au IVème siècle. Il s’agit donc de l’une des plus anciennes hymnes de l’office divin occidental. En voici le texte & la traduction :

Jesu, coróna Vírginum,
Quem mater illa cóncipit,
Quæ sola Virgo párturit :
Hæc vota clemens áccipe.
  Jésus, couronne des Vierges,
Conçu de la seule Mère
Qui demeura toujours Vierge,
Agréez ces prières avec bonté.
Qui pascis inter lília,
Septus choréis Vírginum,
Sponsus decórus glória,
Sponsísque reddens præmia.
  Vous qui paissez parmi les lis,
Dans l’enclos du chœur des Vierges,
Epoux éclatant de gloire,
Qui donne la récompense à vos épouses.
Quocúmque pergis, Vírgines
Sequúntur, atque láudibus
Post te canéntes cúrsitant,
Hymnósque dulces pérsonant.
  Partout où vous allez, les Vierges vous suivent ; elles s’empressent à votre suite en chantant des louanges et en interprétant des hymnes mélodieuses.
Te deprecámur, súpplices,
Nostris ut addas sénsibus,
Nescíre prorsus ómnia
Corruptiónis vúlnera.
  Nous vous supplions humblement :
Faites que désormais
Nos sens ignorent les blessures
Corruptrices du péché.
Laus, honor, virtus, glória
Deo Patri, & Fílio,
Sancto simul Paráclito,
In sæculórum sæcula. Amen.
  Louange, honneur, puissance, gloire
A Dieu le Père, & au Fils,
De même qu’au Paraclet Saint,
Dans les siècles des siècles. Amen.

Les strophes impaires sont confiées aux deux dessus, elles pourront au besoin être chantées en chœur. Les strophes paires sont clairement attribuées à deux solistes. Si celles-ci venaient à manquer, les strophes impaires pourraient alterner avec le plain-chant aux strophes paires, Charpentier ayant choisi cette tonalité d’Ut Majeur vraisemblablement pour s’accorder au plain-chant ordinaire en France de cette hymne, et non pour cadrer avec son tableau d’énergie des modes (Ut majeur est pour lui « gai & guerrier », ce qui ne correspond guère à l’écriture ni au propos ici) ; on trouvera un exemple de plain-chant parisien sur notre site.

Les premières mesures de cette partition :

Marc-Antoine Charpentier : Iesu Corona Virginum (H. 53)

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