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La Schola Sainte Cécile chante dans la basilique Saint-Pierre de Rome au Vatican

Nous offrons des cours de chant gratuits chaque samedi de 16h30 à 17h30 : travail du souffle, pose de voix, vocalises, découverte du chant grégorien et du chant polyphonique.

Les Petits Chantres de Sainte Cécile - maîtrise d'enfants

Votre enfant a entre 8 et 15 ans et souhaite chanter ? Inscrivez-le aux Petits Chantres de Sainte Cécile (filles et garçons). Répétitions le mercredi à 18h30 et le dimanche à 10h30.

Retrouvez les partitions que nous éditons, classées par temps liturgique ou par compositeur. Elles sont téléchargeables gracieusement.

Regina cœli par Michel-Richard de Lalande

Regina cœli, lætare. Alleluia.
Quia quem meruisti. Alleluia.
Resurrexit, sicut dixit. Alleluia.
Ora pro nobis Deum. Alleluia.

Reine du ciel, réjouis-toi. Alleluia.
Car celui que tu as mérité de porter. Alleluia.
Est ressuscité, comme il l’avait dit. Alleluia.
Prie Dieu pour nous. Alleluia.

Grand motet de Michel-Richard de Lalande (1657 † 1726), sous-maître de la chapelle des rois Louis XIV & Louis XV.

Ensemble Ex Cathedra sous la direction de Jeffrey Skidmore.

Oraison de Jérémie en plain-chant musical

L’Oraison de Jérémie (Lamentations, 5, 1-11) est la dernière des 9 Lamentations chantées au cours de la Semaine Sainte, la troisième leçon donc du premier nocturne des Ténèbres du Samedi Saint.

La musique ci-dessus, qui rend tout particulièrement bien le drame du texte de Jérémie, a été composée au début du XVIIIème siècle par M. Chabert, maître de chapelle et organiste de la collégiale Saint-Agricol d’Avignon. M. Chabert avait mis en plain-chant figuré le cycle complet des 9 Lamentations de Jérémie, celles-ci ont connu un succès certain au-delà d’Avignon. Les éditions avignonnaises du XIXème siècle qui les donnent assez communément me paraissent avoir cherché à trop transcrire l’ornementation usuelle du chant au point de rendre difficile la lecture des Lamentations de Chabert. Aussi ai-je transcrit cette ultime Lamentation depuis un manuscrit langrois dont le chant, plus dépouillé, est vraisemblablement proche de l’original du XVIIIème siècle.

Traduction de cette Lamentation par M. l’Abbé de Bellegarde :

Le commencement de la Prière du Prophète Jérémie.
Seigneur, souvenez-vous de ce qui nous est arrivé ; regardez & voyez l’opprobre où nous sommes ; notre héritage est tombé entre les mains des étrangers. Nous sommes devenus orphelins sans père : nos mères sont comme des veuves : nous avons bu l’eau à prix d’argent : nous avons acheté chèrement le bois : on nous a entraînés la corde au col, sans nous donner aucun relâche dans nos fatigues : nous avons tendu la main aux Egyptiens & au Assyriens, pour avoir du pain. Nos pères ont péché, & ils ne sont plus, & nous avons porté la peine de leurs iniquités : des esclaves sont devenus nos maîtres : il ne s’est trouvé personne pour nous délivrer de leurs mains. Nous allions chercher notre pain, en exposant notre vie aux épées dans le désert : notre peau s’est brûlée & noircie par la faim excessive, comme si elle eut été dans un four. Ils ont humilié les femmes dans Sion, & les vierges dans les villes de Juda.
Jérusalem, Jérusalem, convertissez-vous au Seigneur votre Dieu.

Un héritage commun de l’Orient & de l’Occident au Jeudi Saint

Le Jeudi Saint, le rit byzantin comme le rit ambrosien partagent la même organisation pour célébrer le mémorial du dernier Souper de Notre Seigneur : tous deux commencent par chanter les vêpres, sur lesquelles se greffent ensuite la messe. Le rit Romain, fidèle à un principe qui lui est propre durant toute l’année, dit les vêpres de ce jour immédiatement après la messe. Dans beaucoup d’usages médiévaux du rit romain (c’est le cas par exemple du vieux rit parisien), les vêpres étaient chantée à la communion de la messe du Jeudi Saint, la postcommunion servant d’oraison conclusive pour les vêpres.

La pièce majeure de la Divine Liturgie byzantine de ce jour est la grande entrée chantée durant l’offertoire (et reprise à la communion):

Τοῦ Δείπνου σου τοῦ μυστικοῦ, σήμερον Υἱὲ Θεοῦ, κοινωνόν με παράλαβε· οὐ μὴ γὰρ τοῖς ἐχθροῖς σου τὸ Μυστήριον εἴπω, οὐ φίλημά σοι δώσω, καθάπερ ὁ Ἰούδας, ἀλλ’ ὡς ὁ Λῃστὴς ὁμολογῶ σοι. Μνήσθητί μου Κύριε, ὅταν ἔλθῃς ἐν τῇ Βασιλείᾳ σου. Aλληλούια, αλληλούια, αλληλούια.

A ta Cène mystique, fais-moi participer en ce jour, ô Fils de Dieu. Je ne révèlerai pas ton mystère à tes ennemis ; je ne te donnerai pas un baiser comme Judas ; mais avec le larron, je te confesserai. Souviens-toi de moi, Seigneur, quand tu viendras dans ton Royaume. Alléluia, alléluia, alléluia.

Cette même pièce a été traduite depuis une haute époque pour la messe ambrosienne de ce jour, & utilisée à la même place (sans le triple Alleluia final & en rendant μυστικοῦ par mirabili, admirable :

Cœnæ tuæ mirábili hódie, Fílius Dei, sócium me áccipis. Non enim inimícis tuis mystérium dicam: non tibi dabo ósculum, sicúti et Judas: sed sicut latro confiténdo te. Meménto mei, Dómine, in regno tuo.

Il ne faut pas se laisser abuser par le titre de cette pièce de la liturgie ambrosienne : l’Antiphona post Evangelium est en fait chantée au début de l’offertoire. En voici la musique :

Dans les paroisses byzantines russes, l’une des plus belles mises en musique de cette pièce est celle – somptueuse – réalisée par Alexei Lvov (1799 † 1870), qui succéda à son père en 1837 comme maître de la Chapelle Impériale de Saint-Pétersbourg.

*

En fait, « A ton mystique banquet » n’est pas le seul offertoire du rit byzantin à avoir été en usage en Occident.

Pendant la grande entrée (l’équivalent donc de l’offertoire dans la liturgie latine), le rit byzantin n’utilise pendant l’année que quatre pièces différentes. La grande entrée du Samedi Saint, probablement la plus anciennes d’entre elles, provient de l’antique & vénérable liturgie de saint Jacques :

Que toute chair humaine fasse silence, et se tienne dans la crainte & le tremblement. Qu’elle éloigne toute pensée terrestre. Car le Roi des Rois & le Seigneur des Seigneurs s’avance, afin d’être immolé et se donner en nourriture aux fidèles. Les chœurs angéliques le précèdent, avec toutes les principautés, les puissances, les chérubins aux innombrables yeux & les séraphins aux six ailes, se voilant la face & chantant : Alléluia, alléluia, alléluia.

Selon certains chercheurs, cette pièce a été connue et peut-être utilisée par les rits gallicans, après la légation byzantine de 567, lorsque l’empereur de Constantinople donna une part de la Vraie Croix à la reine de France sainte Radegonde, pour son monastère de l’année.

Le Jeudi Saint, la grande entrée chantée, est, nous l’avons vu, « A ta Cène mystique », utilisée donc également par le rit ambrosien.

Le reste de l’année, à l’exception des liturgies des Présanctifiés, la grande entrée byzantine est le fameux chant des chérubins, qui a été ajouté à la divine liturgie par l’empereur Justin II (565 – 578) :

Nous qui, mystiquement, représentons les chérubins, & chantons l’hymne trois fois sainte à la vivifiante Trinité, déposons maintenant tous les soucis du monde. Pour recevoir le Roi de toutes choses, invisiblement porté par les anges, alléluia, alléluia, alléluia.

Au Moyen-Age, ce chant fut chanté en latin à l’offertoire de la messe romaine – entre autres – à l’Abbaye royale de Saint-Denis, nécropole des rois de France.

*

En ces jours les plus saints de notre salut, s’il vous plait, merci de ne pas oublier de prier pour l’unité de l’Eglise, comme le fit Notre Seigneur lui-même en cette nuit, lorsqu’il pria pour que tous soient un.

VT VNVM SINT.

Rit parisien – Antienne de Magnificat Nemo te condamnavit – Ières vêpres du IVème dimanche de Carême

Ant. Personne ne t’a condamnée, femme ? Personne, Seigneur. Moi non plus je ne te condamnerai pas. Ne pèche plus désormais.
(Jean, viii, 10-11)

Source : Antiphonaire de Notre-Dame de Paris (c. 1300) – F-Pn lat. 15181 – Cantus ID: 0003873. (Intonation, cf. Martin Sonnet, Directorium chori Parisiensi, 1656).

L’antienne de Magnificat parisienne des premières vêpres de ce IVème dimanche de Carême reprend l’évangile de la femme adultère (Jean 8, 1-11), lequel vient d’être chanté à la messe du samedi dans la troisième semaine de Carême ; ladite messe se célèbre en effet traditionnellement entre l’heure de none et celle de vêpres, comme tous les jours de jeûne.

Rit parisien – Répons Audi Israel – Ières vêpres du IVème dimanche de Carême

℟. Ecoute Israël les préceptes du Seigneur, et écris-les dans ton cœur comme dans un livre. * Et je te donnerai la terre où coule le lait & le miel.
℣. Observe donc & écoute ma parole, & je serai l’ennemi de tes ennemis. * Et je te donnerai la terre où coule le lait & le miel.
V/ Gloire au Père, & au Fils, & au Saint-Esprit.
℟. Ecoute Israël les préceptes du Seigneur, et écris-les dans ton cœur comme dans un livre. * Et je te donnerai la terre où coule le lait & le miel.

Source : Antiphonaire de Notre-Dame de Paris (c. 1300) – F-Pn lat. 15181 – Cantus ID: 0006143, 0006143b & 9009000.

Curieusement, le répons de ce samedi, Audi Israel, quoique prolixe, ne se rencontre pas parmi les 9 répons des matines de ce dimanche où l’on commence la lecture de l’histoire de Moïse dans la Genèse. Le même répons se répète aux secondes vêpres de ce dimanche ainsi qu’à celles des féries qui suivent.

Rit parisien – Antienne de Magnificat Dedit pater pænitenti filio – Ières vêpres du IIIème dimanche de Carême

Ant. Le père donna au fils pénitent sa première robe & un anneau ; et lui remettant des souliers, il célébra un grand festin ; nous avons retrouvé notre première robe au baptême & l’anneau qui est le sceau de la foi. (cf. Luc, xv)

Source : Antiphonaire de Notre-Dame de Paris (c. 1300) – F-Pn lat. 15181 – Cantus ID: 0002136. (Intonation, cf. Martin Sonnet, Directorium chori Parisiensi, 1656).

Comme l’antienne de la psalmodie de ce jour, l’antienne de Magnificat parisienne reprend l’évangile du fils prodigue (Luc 15, 11-32), lequel vient d’être chanté à la messe du samedi dans la seconde semaine de Carême ; ladite messe se célèbre traditionnellement entre l’heure de none et celle de vêpres, comme tous les jours de jeûne.

A elle seule, avec son texte d’une admirable concision, cette antienne est une excellente herméneutique et un parfait résumé de la parabole du fils prodigue.

Rit parisien – Répons Loquens Joseph fratribus suis – vigiles du IIIème dimanche de Carême

Parlant à ses frères, Joseph dit : * Paix à vous, ne craignez point. C’est en effet pour votre salut que le Seigneur m’a envoyé avant vous.
℣. En pleurant, il éleva alors sa voix qui fut entendue des Egyptiens & de toute la maison de Pharaon. * Paix à vous, ne craignez point. C’est en effet pour votre salut que le Seigneur m’a envoyé avant vous.
℣. Gloire au Père, & au Fils, & au Saint-Esprit.
Parlant à ses frères, Joseph dit : * Paix à vous, ne craignez point. C’est en effet pour votre salut que le Seigneur m’a envoyé avant vous.
(Genèse xlv, 5 & 2)

Source : Antiphonaire de Notre-Dame de Paris (c. 1300) – F-Pn lat. 15181 f°243 v° – Cantus ID: 0007102, 0007102a & 9009000.

Dans le rit parisien, Loquens Joseph constitue le 9ème et dernier répons des vigiles du IIIème dimanche des Carême, au cours desquelles on lit l’histoire de Joseph vendu par ses frères, tirée du livre de la Genèse. Ce même répons est aussi utilisé dès les premières vêpres, comme répons après le capitule. Il sert pour la procession qui précède la grand-messe de ce dimanche. Il est enfin également répété aux secondes vêpres du dimanche. Il est donc au total chanté 4 fois aux offices de ce IIIème dimanche de Carême.

Rit parisien – Antienne Dixit autem pater ad servos – Ières vêpres du IIIème dimanche de Carême

Ant. Alors le père dit à ses serviteurs : Apportez promptement sa première robe et l’en revêtez, & mettez-lui un anneau au doigt et des souliers à ses pieds. (Luc, xv, 22)

Source : Antiphonaire de Notre-Dame de Paris (c. 1300) – F-Pn lat. 15181 – Cantus ID: 0002280
(cf. aussi Martin Sonnet, Directorium chori Parisiensi, 1656).

Les cinq psaumes des vêpres de ce samedi ce chantent sous la même antienne propre, comme aux vêpres du premier dimanche de Carême.

Amédée Gastoué / Henri de Villiers – Au sang qu’un Dieu va répandre

Texte de François de Salignac de La Mothe-Fénelon (1651 † 1715), archevêque de Cambrai, de l’Académie française.
Mélodie d’Amédée Gastoué (1873 † 1943), maître de chapelle de Saint-Jean-Baptiste de Belleville, commandeur de l’Ordre de saint Grégoire le Grand.
Harmonisation d’Henri de Villiers
.
Au sang qu’un Dieu va répandre.
4 voix (SATB).
2 pages – Mi mineur.

Sur ce texte fameux – Au sang qu’un Dieu va répandre – dont la rédaction admirable est de Fénelon, fut adaptée à la fin du XVIIIème siècle – vraisemblablement par les Sulpiciens – une mélodie bien profane alors très à la mode (« Que ne suis-je la fougère / Où sur la fin du jour, / Se repose ma bergère, / Sous la garde de l’amour ? »), mélodie elle-même tirée d’un opéra de Pergolèse ; cette même mélodie fut du reste réutilisée au XXème siècle pour le générique de l’émission « Bonne nuit les petits » !

Dans son opuscule « Le Chant populaire à l’Eglise et dans les Confréries et Patronages », le génial musicologue que fut Amédée Gastoué préféra revêtir Au sang qu’un Dieu va répandre, le cantique de Fénelon, d’une mélodie nouvelle, plus dans l’esprit du chant ecclésiastique traditionnel. C’est cette heureuse mélodie que j’ai harmonisée et que nous chantons tous les ans à Saint-Eugène pour le temps de la Passion.

Voici le texte du fameux cantique de Fénelon :

1. Au sang qu’un Dieu va répandre,
Ah ! mêlez du moins vos pleurs,
Chrétiens qui venez entendre
Le récit de ses douleurs
Puisque c’est pour vos offenses
Que ce Dieu souffre aujourd’hui,
Animés par ses souffrances,
Vivez & mourez pour lui.
2. Dans un jardin solitaire
Il sent de rudes combats;
Il prie, il craint, il espère,
Son cœur veut et ne veux pas.
Tantôt la crainte est plus forte,
Et tantôt l’amour plus fort :
Mais enfin l’amour l’emporte
Et lui fait choisir la mort.
3. Judas, que la fureur guide,
L’aborde d’un air soumis;
Il l’embrasse… et ce perfide
Le livre à ses ennemis !
Judas, un pécheur t’imite
Quand il feint de L’apaiser;
Souvent sa bouche hypocrite
Le trahit par un baiser.
4. On l’abandonne à la rage
De cent tigres inhumains;
Sur son aimable visage
Les soldats portent leurs mains
Vous deviez, Anges fidèles,
Témoins de leurs attentats,
Ou le mettre sous vos ailes,
Ou frapper tous ces ingrats.
5. Ils le traînent au grand-prêtre,
Qui seconde leur fureur,
Et ne veut le reconnaître
Que pour un blasphémateur.
Quand il jugera la terre
Ce sauveur aura son tour:
Aux éclats de son tonnerre
Tu le connaîtras un jour.
6. Tandis qu’il se sacrifie,
Tout conspire à l’outrager:
Pierre lui-même l’oublie,
Et le traite d’étranger.
Mais Jésus perce son âme
D’un regard tendre et vainqueur,
Et met d’un seul trait de flamme
Le repentir dans son cœur.
7. Chez Pilate on le compare
Au dernier des scélérats ;
Qu’entends-je ! ô peuple barbare,
Tes cris sont pour Barabbas !
Quelle indigne préférence !
Le juste est abandonné ;
On condamne l’innocence,
Et le crime est pardonné.
8. On le dépouille, on l’attache,
Chacun arme son courroux:
Je vois cet Agneau sans tache
Tombant presque sous les coups.
C’est à nous d’être victimes,
Arrêtez, cruels bourreaux !
C’est pour effacer vos crimes
Que son sang coule à grands flots.
9. Une couronne cruelle
Perce son auguste front:
A ce chef, à ce modèle,
Mondains, vous faites affront.
Il languit dans les supplices,
C’est un homme de douleurs:
Vous vivez dans les délices,
Vous vous couronnez de fleurs.
10. Il marche, il monte au Calvaire
Chargé d’un infâme bois:
De là, comme d’une chaire,
Il fait entendre sa voix :
« Ciel, dérobe à la vengeance
Ceux qui m’osent outrager ! »
C’est ainsi, quand on l’offense,
Qu’un chrétien doit se venger.
11. Une troupe mutinée
L’insulte et crie à l’envi :
S’il changeait sa destinée,
Oui, nous croirions tous en lui !
Il peut la changer sans peine
Malgré vos nœuds et vos clous :
Mais le nœud qui seul l’enchaîne,
C’est l’amour qu’il a pour nous.
12. Ah! de ce lit de souffrance,
Seigneur, ne descendez pas:
Suspendez votre puissance,
Restez-y jusqu’au trépas.
Mais tenez votre promesse,
Attirez-nous près de vous ;
Pour prix de votre tendresse,
Puissions-nous y mourir tous !
13. Il expire, et la nature
Dans lui pleure son auteur :
Il n’est point de créature
Qui ne marque sa douleur.
Un spectacle si terrible
Ne pourra-t-il me toucher ?
Et serai-je moins sensible
Que n’est le plus dur rocher ?

Les premières mesures de cette partition :

Au sang qu'un Dieu va répandre - Au sang qu'un Dieu va répandre - Gastoué / Villiers

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Rit parisien – Hymne Christe qui lux es & dies – complies de Carême

L’évangile de la Transfiguration, qui a été lu hier samedi à la messe des Quatre-Temps de Carême et repris ce matin à la messe du IInd dimanche de Carême, m’offre l’opportunité de vous présenter une antique hymne de complies glorifiant le Christ, Lumière du monde : Christe qui lux es et dies.

Cette hymne, Christe qui lux es et dies, fut au Moyen-Age l’hymne chantée pour les complies durant le Carême, mais elle n’a pas été retenue par le Bréviaire Romain. Il faut rappeler ici, ainsi que le suggère le mot lui-même, que le Bréviaire représente une abréviation de l’ancien office choral, afin de faire tenir celui-ci en un seul livre facile à transporter avec soi. Cette abréviation s’est faite principalement selon deux axes : d’une part en réduisant drastiquement la longueur des leçons des matines, d’autre part en diminuant radicalement la grande variété d’antiennes, d’hymnes et de répons qui existaient dans les livres de chœur plus anciens. Le Bréviaire Romain – dont la réalisation première paraît être le fait de clercs de la chapelle pontificale sous Innocent III (1198 – 1216) – a ainsi – par exemple – considérablement simplifié l’office de complies (qui ne varie presque plus et reste quasi identique toute l’année), tout comme celui des vêpres, surtout en Carême (les jours de fête, des antiennes spéciales existaient autrefois pour les psaumes des vêpres ; le bréviaire romain reprend en général les antiennes des laudes ces jours-là ; les antiennes propres au Carême disparaissent au profit de celles des vêpres communes). Cette abréviation est vraiment radicale si on compare le Bréviaire romain tel qu’il est né au XIIIème siècle avec le plus ancien témoin complet de l’office, l’Antiphonaire de Compiègne datant du IXème siècle, dans lequel il existe parfois une bonne dizaine d’antiennes au choix pour telle ou telle pièce de l’office.

Toutefois, si cette hymne des complies qui nous occupe – Christe qui lux es & dies – n’a pas été reçue dans le Bréviaire romain, elle a été conservée plus longtemps par un grand nombre de rites et d’usages diocésains ou religieux (e.g. Sarum, Worcester, Paris, Cambrai, Tours, Utrecht, Tongres, Salzbourg, Aix-la-Chapelle, Mayence, Trèves, Esztergom, Benevent, Dominicain, Augustinien, etc.), généralement pour le Carême. Cette large diffusion peut s’expliquer, à mon avis par la vénérable antiquité de cette hymne. En effet, Christe qui lux es et dies est déjà citée dans la Règle des Vierges écrite aux alentours de l’an 500 par saint Césaire d’Arles, où elle était déjà assignée aux complies durant toute l’année (à l’exception du temps pascal pendant lequel elle est remplacée par Christe precamur annue). Ce très beau texte a longtemps été attribué à saint Ambroise (cf. Pat. Lat. 17, 1176-1177), malheureusement son véritable auteur demeure inconnu. La construction rythmique est cependant la même que celle des hymnes de saint Ambroise.

L’adoption de la liturgie romaine dans l’Empire carolingien s’accompagna d’une diffusion généralisée de la Règle de saint Benoît, par suite d’un canon du Concile d’Aix-la-Chapelle tenu en 817 sous Louis Le Pieux.

111. Ut officium juxta quod in regula sancti Benedicti continetur celebrent monachi.
(cf. Labbe, Concilia, t. VII, c. 1505; Baluze, Capitul., I, c. 579).

On assista alors à cette époque à une fusion significative de l’hymnaire bénédictin d’origine italienne (où l’hymne assignée à complies durant l’année est Te lucis ante terminum) & du vieil hymnaire gallican, ainsi que le montre plusieurs manuscrits de ce temps. Par exemple, le manuscrit 2106 de Darmstadt (qui peut être du des VIIIème et IXème siècles) donne au choix : « Ad completorium Christe qui lux es et dies, item ad completorium Te lucis ante terminum ». Saint Ethelwold, évêque de Winchester, dispose la même ordonnance dans sa règle monastique de 963.

Par la suite, l’usage commun dans l’espace carolingien fut de garder la vieille hymne bénédictine Te lucis ante terminum aux complies durant l’année, et d’assigner Christe qui lux es & dies aux complies de Carême.

C’est l’usage par exemple de Paris, et celui conservé jusqu’à nos jours par l’Ordre dominicain.

Le chant de Christe qui lux es & dies est construit autour de la tierce mineure (ré-fa) du second ton ecclésiastique, cette mélodie calme et méditative introduit parfaitement à la douce intériorité que le texte appelle. Voici le chant de cette hymne d’après le grand antiphonaire de chœur de Notre-Dame de Paris daté des alentours de l’an 1300 :

Voici une traduction française des élégants dimètres iambiques de Christe qui lux es et dies d’après Charles de Courbes en 1622 :

Christe qui lux es & dies,
Noctis ténebras détegis,
Lucísque lumen créderis,
Lumen beátum prædicans.
Christ lumière, & jour apparent,
Toutes ténèbres découvrant,
Qui, splendeur de splendeur, est né,
Prêchant la divine clarté.
Precámur, sancte Dómine,
Defénde nos in hac nocte :
Sit nobis in te réquies,
Quiétam noctem tríbue.
Tres-saint Seigneur, doux Jésus-Christ,
Défend-nous durant cette vie :
Si bien qu’en toi ayons repos,
Et douce vie par ton saint laus.
Ne gravis somnus írruat,
Nec hostis nos surrípiat :
Nec caro illi conséntiens
Nos tibi reos státuat.
Non d’un tel profond somme épris,
Que de Satan fussions surpris :
Notre chair n’adhère à ses faits,
Qu’à toi ne nous accuse, infects.
Oculi somnum cápiant,
Cor ad te semper vígilet :
Déxtera tua prótegat
Fámulos qui te díligunt.
Que si notre œil est sommeillant,
Le coeur soit à toi surveillant :
Ta dextre soit l’appui constant,
De tes élus qui t’aiment tant.
Defénsor noster, áspice,
Insidiántes réprime :
Gubérna tuos fámulos
Quos sánguine mercátus es.
Sois donc notre bon défenseur,
Réprime des malins le cœur,
Régi tes servants affectés,
Que par ton sang as rachetés.
Meménto nostri, Dómine,
In gravi isto córpore :
Qui es defénsor ánimæ,
Adesto nobis, Dómine.
O Seigneur, souviens toi de nous,
En ce corps grave & si reboux,
Toi, de nos âmes, défenseur,
Assiste-nous, ô cher Sauveur.
Deo Patri sit glória,
Ejusque soli Fílio,
Cum Spirítu Paráclito,
Et nunc et in perpétuum. Amen.
A Dieu le Père soit honneur,
Et à son Fils notre Seigneur,
Au Saint Esprit semblablement,
Ores & perdurablement. Amen.

Le chant Dominicain est quasiment le même que le Parisien, avec une seule note qui diffère : ré au lieu de do au commencement du second verset (et aussi la périélèse à la fin de l’intonation, tradition parisienne typique). On trouverait, en comparant ces deux traditions liturgiques & musicales, de nombreux autres points de contacts. Voici le chant tel qu’il est noté dans le Completorium de Suarez de 1949. Notez la génuflexion sur le chant du verset « Quos sanguine mercatus es » :

Le chant de Sarum est en ligne sur l’excellent site web Music of the Sarum Rite, page 855 :

Plusieurs compositeurs ont laissé de la musique pour cette hymne : citons Eustache du Caurroy, Charles de Courbes ou encore William Byrd. Voici les très belles alternances polyphoniques écrites par le catholique anglais Robert White (c. 1538 † 1574), chantées ici avec le plain-chant de Sarum :

Une autre version par le même compositeur :

http://youtu.be/3xGDGvgmseY