Vous êtes chanteurs ou instrumentistes et vous souhaitez vous engager au service de la liturgie traditionnelle, n’hésitez pas à nous rejoindre !

La Schola Sainte Cécile chante dans la basilique Saint-Pierre de Rome au Vatican

Nous offrons des cours de chant gratuits chaque samedi de 16h30 à 17h30 : travail du souffle, pose de voix, vocalises, découverte du chant grégorien et du chant polyphonique.

Les Petits Chantres de Sainte Cécile - maîtrise d'enfants

Votre enfant a entre 8 et 15 ans et souhaite chanter ? Inscrivez-le aux Petits Chantres de Sainte Cécile (filles et garçons). Répétitions le mercredi à 18h30 et le dimanche à 10h30.

Retrouvez les partitions que nous éditons, classées par temps liturgique ou par compositeur. Elles sont téléchargeables gracieusement.

Rit parisien – Antienne de Magnificat Erunt primi novissimi – Ières vêpres du dimanche de la Sexagésime

Dominica in Sexagesima
Ad primas vesperas

Magnificat

Rit parisien - Antienne de Magnificat Erunt primi novissimi - Ières vêpres du dimanche de la Sexagésime - intonation

Magnificat Ier ton en A

Mon âme glorifie le Seigneur ;

Et exsultávit Ier ton en A

Et mon esprit est ravi de joie en Dieu mon Sauveur,

Qui-a respéxit humilitátem ancíl-læ su-æ : *
ec-ce enim ex hoc beátam me dicent omnes gene-ra-tió-nes.
Parce qu’il a regardé la bassesse de sa servante ; & désormais je serai appelée bienheureuse dans la succession de tous les siècles.
Qui-a fecit mihi ma-gna qui po-tens est : *
& sanc-tum no-men e-jus.
Car il a fait en moi de grandes choses, lui qui est tout-puissant, & de qui le nom est saint.
Et mi-sericórdia ejus a progéni-e in progé-ni-es *
ti-mén-ti-bus e-um.
Sa miséricorde se répand d’âge en âge sur ceux qui le craignent.
Fe-cit poténtiam in brá-chio su-o : *
dis-pér-sit supérbos mente cor-dis su-i.
Il a déployé la force de son bras. Il a dissipé ceux qui s’élevaient d’orgueil dans les pensées de leur cœur.
De--suit potén-tes de se-de, *
et e-xal-tá-vit -miles.
Il a arraché les grands de leur trône, & il a élevé les petits.
E-su-rientes implé-vit bo-nis : *
& -vites dimí-sit i-nes.
Il a rempli de biens ceux qui étaient affamés, & il a renvoyé vides ceux qui étaient riches.
Sus--pit Isra-el -erum su-um : *
re-cor-dátus misericór-di-æ su-æ,
S’étant souvenu de sa miséricorde, il a pris en sa protection Israël son serviteur,
Si-cut locútus est ad pa-tres nos-tros, *
A-bra-ham et sémini e-jus in -cula.
Selon la promesse qu’il a faite à nos pères, à Abraham & à sa race pour toujours.
Gló-ria Pa-tri, et Fí-li-o, *
et Spi-rí-tu-i Sanc-to.
Gloire au Père, & au Fils, & au Saint-Esprit.
Si-cut erat in princípio, et nunc, et sem-per, *
et in sæcula sæcu-rum. A-men.
Comme il était au commencement, & maintenant, & toujours, & dans les siècles des siècles. Amen.

Rit parisien - Antienne de Magnificat Erunt primi novissimi - Ières vêpres du dimanche de la Sexagésime Ant. Les premiers seront les derniers & les derniers les premiers ;
beaucoup en effet sont appelés, mais peu sont élus, dit le Seigneur.

Oratio

Si l’officiant est au moins diacre, il dit recto tono :

℣. Dóminus vobíscum. ℣. Le Seigneur soit avec vous.
℟. Et cum spíritu tuo. ℟. Et avec votre esprit.

Si l’officiant n’est pas au moins diacre, il dit recto tono :

℣. Dómine, exáudi oratiónem meam. ℣. Seigneur, exaucez ma prière.
℟. Et clamor meus ad te véniat. ℟. Et que mon cri parvienne jusqu’à vous.

L’officiant chante l’oraison du dimanche recto tono.

Orémus. – Preces pópuli tui, quæsumus, Dómine, cleménter exáudi : ut, qui juste pro peccátis nostris afflígimur, pro tui nóminis glória misericórditer liberémur. Prions. – Aux prières de votre peuple, Seigneur, montrez-vous favorable ; et, pour votre gloire, faites que nous soyons libérés, par miséricorde, de ce que, en justice, nous souffrons pour nos péchés.
Per Dóminum nostrum Jesum Christum Fílium tuum, qui tecum vivit & regnat in unitáte Spiritus sancti Deus : per ómnia sæcula sæculórum. Par notre Seigneur Jésus-Christ votre Fils, qui avec vous vit et règne en l’unité du Saint Esprit, Dieu pour tous les siècles des siècles.
℟. Amen. ℟. Amen.

Télécharger le propre de ce dimanche à vêpres.

Sources : Antiphonaire de Notre-Dame de Paris (c. 1300) – F-Pn lat. 15181 – Cantus ID: 0003873. (Intonation, cf. Martin Sonnet, Directorium chori Parisiensi, 1656 – Magnificat : Psalterium Parisiense de 1494 (Sainte-Geneviève OEXV 805 Rés.).

Publication de la date de Pâques & de celles des fêtes mobiles de l’année 2015

La publication de la date de Pâques dans le Pontificale Romanum.

Dans le rit romain, le jour de l’Epiphanie (dont la solennité est reportée en France au dimanche qui suit), le diacre fait selon la tradition la publication de la date de Pâques après le chant de l’évangile.

RIT ROMAIN

En voici le chant pour 2015, réalisé par nos soins :

Noveritis Romanum 2015

En voici la traduction pour 2015 :

Vous avez su, Frères très chers, par la miséricorde de Dieu qui nous a été annoncée, que nous avons été comblés par la Nativité de Notre Seigneur Jésus-Christ, ainsi de même nous vous annonçons la joie qui nous sera procurée par la Résurrection de notre même Sauveur.

  • Le 1er février sera le dimanche de la Septuagésime.
  • Le 18 du même mois sera le jour des Cendres et le début du jeûne très sacré du Carême.
  • Le 5 avril sera la sainte Pâque de Notre Seigneur Jésus-Christ, que vous célèbrerez avec joie.
  • Le 14 mai sera l’Ascension de Notre Seigneur Jésus-Christ.
  • Le 24 du même mois sera la fête de la Pentecôte.
  • Le 4 juin sera la fête du Très Saint Corps du Christ.
  • Le 29 novembre sera le premier dimanche de l’Avent de Notre Seigneur Jésus-Christ, à qui est l’honneur et la gloire, dans les siècles des siècles. Amen.

    Plus de détails sur la Publication de la date de Pâques à l’Epiphanie.

    Un petit livret imprimable à l’attention du clergé.

    RIT PARISIEN

    Voici le chant de l’ancien usage de Paris, pour 2015 :

    Noverit Parisiense 2015

    En voici la traduction pour 2015 :

    Votre charité saura, Frères très chers, que, par la miséricorde de Dieu & de notre Seigneur Jésus-Christ qui nous a été annoncée, le 5 avril nous célèbrerons la Pâque de Seigneur.

    RIT AMBROSIEN

    Voici le chant pour le rit ambrosien, pour 2015 :

    Noverit-Ambrosianum-2015

    En voici la traduction pour 2015 :

    Votre charité saura, Frères très chers, que, par la miséricorde de Dieu & de notre Seigneur Jésus-Christ qui nous a été annoncée, le 5 avril, nous célèbrerons avec joie la Pâque de Seigneur. ℟. Rendons grâces à Dieu.

  • Les processions des reliques de sainte Geneviève

    Indulgences pour les porteurs de la châsse de sainte Geneviève et pour leurs attendantsEntre 885 et 1947, on dénombre 95 processions extraordinaires des reliques de sainte Geneviève. Celles-ci étaient exceptionnelles, elles étaient spécialement organisées par les autorités civiles et religieuses dans des cas de graves calamités publiques, en souvenir de la préservation miraculeuse de Paris obtenue par sainte Geneviève lors de l’invasion des Huns. De nombreux miracles furent recensés au cours de ces processions, parmi lesquels le plus célèbre est celui de la guérison du mal des Ardents.

    *
    Morte en 512 à l’âge de 90 ans, sainte Geneviève fut ensevelie dans la crypte de la basilique dédiée aux saints Apôtres Pierre & Paul, par la volonté de la reine des Francs sainte Clotilde. La construction de cette basilique sur une montagne de Lutèce (le Mont Lucotitius) par le roi Clovis avait répondu à une demande de Geneviève. C’est dans cette même basilique qu’avait déjà été enterré Clovis, mort en 511, et il est probable qu’on déposa le corps de la sainte à côté de celui de son roi (la dépouille de sainte Clotilde les rejoindra après sa mort survenue vers 545).

    Par la suite, la grande dévotion & le grand amour des Parisiens envers leur sainte patronne fit que la basilique changea rapidement de nom et devint la basilique Sainte-Geneviève, sur la montagne qui prit elle aussi ce même nom. Un chapitre de chanoine y fut établi, avec à leur tête un abbé, la basilique Sainte-Geneviève devint l’abbatiale de ce monastère. L’église de Saint-Etienne-du-Mont fut construite accolée à l’Abbatiale, afin de servir de paroisse aux habitants du quartier qui se développa sur la Montagne Sainte-Geneviève.

    L'église paroissiale de Saint-Etienne-du-Mont (à gauche) et l'Abbatiale Sainte-Geneviève (à droite)
    L’église paroissiale de Saint-Etienne-du-Mont (à gauche) et l’Abbatiale Sainte-Geneviève (à droite)

    Dès le VIIème siècle, les reliques de sainte Geneviève furent exhumées et placées au dessus du maître-autel dans une châsse splendide conçue par saint Eloi, évêque de Noyon et conseiller du roi Dagobert.

    Si en 846, sous le règne de Charles le Chauve, la châsse de sainte Geneviève fut mise en sureté à Athis pour échapper aux premiers pillages des Normands païens, la première procession connue eut lieu en 886, lors du 6ème siège de Paris que les Normands avaient démarrés le 25 novembre 885. Les chanoines de Sainte-Geneviève portèrent la châsse là où le combat était le plus difficile, on fit de même avec la châsse contenant les reliques de saint Germain. Cette action revigora le courage des défenseurs, Paris ne fut pas prise et fut par la suite définitivement délivrée de la fureur des Normands.

    La seconde procession connue fut aussi la plus fameuse : elle eut lieu le 26 novembre 1130, alors que le Mal des Ardents – épidémie due à l’ingestion d’ergot de seigle – décimait Paris, ayant déjà fait plus de 14 000 morts. L’évêque de Paris ordonne des jeûnes & des prières publiques, puis conduit la procession avec la châsse de sainte Geneviève, depuis sa basilique jusqu’à Notre-Dame. 100 malades sur 103, après avoir effleuré la châsse lors de son passage, furent miraculeusement guéris (les trois sceptiques moururent) : c’est le fameux Miracle des Ardents, qui est fêté à Paris par une fête particulière chaque 26 novembre, fête instituée l’année suivante, 1131, par le pape Innocent II.

    C’est sur le modèle de cette procession de 1130 que toutes les processions subséquentes furent organisées, selon un cérémonial précis qui ne changea guère jusqu’à la fin de l’Ancien Régime. Ainsi, en 1239, lorsque saint Louis demanda que toutes les châsses des saints parisiens vinssent au devant des reliques de la Passion pour les accueillir, les religieux de Sainte-Geneviève refusèrent de sortir la leur, prétextant que sainte Geneviève ne pouvait aller que de l’Abbaye à Notre-Dame (et accompagnée de saint Marcel, comme on le verra ci-après).

    Procession de la châsse de sainte Geneviève pour lutter contre le mal des Ardents (1130).
    Procession de la châsse de sainte Geneviève en 1130, effectuée pour faire cesser le mal des Ardents (miniature du XIVème siècle).

    La première châsse de sainte Geneviève, conçue par saint Eloi au VIIème siècle, fut remplacée par une seconde en 1242, œuvre de l’orfèvre parisien Bonnard ; celle-ci, en vermeil et rehaussée de pierres précieuses, était décorée de médaillons et d’arcades abritant les statues des 12 Apôtres, et pesait 193 marcs d’argent et sept marcs et demi d’or.

    Châsse de sainte Geneviève par Bonnard, réalisée en 1242.
    Châsse de sainte Geneviève par Bonnard, réalisée en 1242.

    La châsse de Bonnard de 1242 fut restaurée en 1614 par l’orfèvre Pierre Nicolle, sur ordre de Benjamin de Brichanteau, 34ème abbé de Sainte-Geneviève et évêque de Laon.

    Châsse de sainte Geneviève restaurée par Pierre Nicole en 1614.
    Châsse de sainte Geneviève restaurée par Pierre Nicole en 1614.

    La châsse fut alors posée sur un socle, au dessus du maître-autel, portées par 4 cariatides dessinées par Le Mercier (actuellement au Musée du Louvre) et entourée d’œuvres de Germain Pilon (les statues de saint Denis et de sainte Geneviève).

    Disposition de 1614 - la châsse est élevée sur un socle porté par 4 colonnes et tenue par 4 cariatides sur ordre de Benjamin de Brichanteau, 34ème abbé de Sainte-Geneviève.
    Disposition de 1614, voulue par Benjamin de Brichanteau, 34ème abbé de Sainte-Geneviève : la châsse est élevée sur un socle supporté par 4 colonnes et est tenue par 4 cariatides de Le Mercier.
    La châsse de sainte Geneviève au dessus du maître-autel de l'église abbatiale
    La châsse de sainte Geneviève au dessus du maître-autel de l’église abbatiale, entre les statues de la sainte et de saint Denys, premier évêque de Paris – estampe de Franz Ertinger (1640 † 1710).

    La châsse était originairement portée par les Génovéfains, les chanoines réguliers de l’Abbaye de Sainte-Geneviève. En 1412, à la demande des habitants de Paris, une confrérie de sainte Geneviève fut érigée en vertu d’un bref du Pape et de lettres patentes de Charles VI. Puis en 1524, ses membres obtinrent le privilège de porter la châsse aux processions. Cependant, aux premières processions qui suivirent, quatre chanoines génovéfains posaient la main à chaque extrémité du brancard, pour maintenir leur droit.

    La Compagnie des porteurs de la châsse fut limitée à 16 membres. Ceux-ci étaient choisis au sein des six corporations marchandes de la ville de Paris : drapiers, épiciers, merciers, pelletiers, bonnetiers, orfèvres, puis quelques temps après, libraires-imprimeurs et marchands de vin. La châsse devait être portée tête nue, pieds nus et sans barbe, en habit de pénitent public (une aube de toile blanche), avec un chapelet à la ceinture. Les membres de la Compagnie, cooptés, étant nommés à vie, on institua rapidement 14 puis 24 « attendants » afin de subvenir aux difficultés physiques des plus âgés. Ces « attendants » portaient des cierges devant la châsse lorsque leur aide n’était pas requise.

    L’archevêque de Paris et l’abbé de Sainte-Geneviève ne pouvaient organiser de procession qu’à la suite d’un arrêt du Parlement les y autorisant expressément. Souvent, c’était du reste le Parlement de Paris lui-même qui décidait de la date retenue pour faire la procession.

    Avant la procession extraordinaire, chaque paroisse parisienne venait à tour de rôle en procession jusqu’à la basilique-abbaye de Sainte-Geneviève pour y prier ; la veille de la procession, un jour de jeûne général était ordonné par l’archevêque de Paris (les chanoines de Sainte-Geneviève devaient quant à eux démarrer ce jeûne trois jours avant).

    La veille, au chant des sept psaumes de pénitence, on procédait à la cérémonie de la descente de la châsse. Celle-ci était ôtée de son piédestal au dessus du maître-autel de la basilique-abbaye, au moyen d’un système de cordes et de poulies, comme le décrit cette une estampe du XVIIème siècle :

    Descente de la châsse de sainte Geneviève par Abraham Bosse (1602 † 1646)
    Cérémonie de la descente de la châsse de sainte Geneviève par Abraham Bosse (1602 † 1646)

    La chasse déposée, le clergé passait la nuit en prière autour d’elle, en chantant les saints offices.

    La châsse de sainte Geneviève ne sortait jamais en procession sans être accompagnée de celle de saint Marcel, selon l’ancien dicton : « sainte Geneviève ne sort que si saint Marcel la va quérir ». Saint Marcel avait été au IVème siècle l’évêque de Paris qui avait consacré la jeune sainte dans l’ordre des vierges de sa cité. L’usage voulait que la châsse de saint Marcel, venue de Notre-Dame et portée par des membres de la confrérie des orfèvres, rejoigne d’abord celle de sainte Geneviève dans le chœur de l’Abbaye, où ses porteurs l’inclinait comme pour saluer la sainte, puis la posait sur le maître-autel. Après une oraison, les deux châsses se rendaient en procession, via la rue du Faubourg Saint-Jacques et le Petit-Pont, jusqu’à Notre-Dame. Sur le trajet de la procession, les rues étaient tapissées & décorées, des reposoirs dressés, les boutiques étaient fermées. Arrivés au Petit-Pont, les porteurs des châsses de sainte Geneviève et de saint Marcel échangeait leurs châsses (un pareil échange avait déjà eut lieu sur le parvis de l’Abbaye, car pour sortir, chaque groupe de porteur s’était d’abord chargé de la châsse de l’autre) puis on entrait dans la cathédrale où une messe solennelle était chantée (il s’agissait de la messe votive de la Sainte Vierge).

    Le cérémonial de la procession suivait un ordre protocolaire somme toute classique en liturgie :

    • en tête du cortège, les ordres religieux,
    • puis le clergé de certaines paroisses parisiennes – en particulier des deux filles de Sainte-Geneviève : Saint-Médard et Saint-Etienne-du-Mont, avec leurs croix, bannières et reliquaires,
    • portée par les orfèvres, la châsse de saint Marcel,
    • en fin de procession, la châsse de sainte Geneviève, portée par ses confrères pieds nus,
    • suivie des chanoines de Sainte-Geneviève, pieds nus, et de ceux de Notre-Dame de Paris,
    • auxquels succèdent l’abbé de Sainte-Geneviève, pieds nus, & Monseigneur l’archevêque de Paris,
    • enfin les membres des trois cours souveraines (Parlement, Chambre des Comptes, Cour des Aides), le Gouverneur de Paris, les officiers de la Ville (Prévôt des Marchands (l’équivalent du Maire) et les échevins de Paris (l’équivalents des conseillers municipaux), suivis toujours d’un grand concours de peuple.

    Après la messe, une procession similaire ramenait la châsse de sainte Geneviève en son Abbaye. Toutefois le clergé de Notre-Dame et la châsse de saint Marcel ne l’accompagnaient que jusqu’à la petite église de Sainte-Geneviève-des-Ardents, située sur le parvis de la cathédrale, où, après les avoir fait se saluer, un échange des deux châsses, similaire à ceux de l’aller, était fait (les porteurs de saint Marcel étaient en effet sortis du chœur de Notre-Dame avec la châsse de sainte Geneviève, et vice et versa). La procession empruntait un autre chemin, passant par la rue Galande, la place Maubert et la rue de la Montagne-Sainte-Geneviève. Une fois la châsse de la sainte patronne replacée sur son piédestal au son des cloches & des orgues, l’Abbé de Sainte-Geneviève donnait sa bénédiction pontificale. Durant toute une octave, la châsse restait découverte pour permettre au peuple parisien de venir rendre grâce à Dieu & à sa sainte patronne.

    Procession de la châsse de sainte Geneviève organisée en 1536 pour faire cesser les pluies diluviennes - retour de la procession après la messe à Notre-Dame de Paris.
    Procession de la châsse de sainte Geneviève organisée en 1536 pour faire cesser les pluies diluviennes – retour de la procession après la messe à Notre-Dame de Paris.

    Lors de ces processions extraordinaires, tout ce que Paris comportait comme châsses (celles de saint Lucain, saint Merry, sainte Aure, saint Clément, saint Landry, saint Honoré, sainte Opportune, saint Paxent, saint Magloire, sainte Avoye, saint Papan, saint Médéric) s’adjoignaient en général au cortège, dans un déploiement de cérémonies civiles & religieuses fastueux, comme le représente cette gravure ci-après. Notez l’Abbé de sainte Geneviève et ses chanoines suivant la procession pieds nus.

    Ordre des anciennes processions avec la châsse de sainte Geneviève
    Ordre des anciennes processions avec la châsse de sainte Geneviève

    Parmi les processions d’Ancien Régime, évoquons celle de 1239, demandée par saint Louis pour la guérison de son frère le comte d’Artois. Celui-ci, alité à Gonesse, guérit instantanément au moment même où l’on sortait la châsse de l’Abbatiale. Ou bien la procession de janvier 1496, ordonnée en raison de graves inondations, au cours de laquelle Erasme reçut une guérison personnelle. Ou encore celle du 22 juin 1567, ordonnée pour une grande sécheresse : la pluie se mit à tomber avec une telle abondance que la procession eut peine à avancer.

    « La magnifique procession de la châsse de Sainte Geneviève patronne de Paris faite le 11 juin 1652 pour la paix. » (pour mettre fin aux troubles de la Fronde). Gravure  à l’eau-forte de 1652 par Nicolas Cochin (1610 † 1686).
    « La magnifique procession de la châsse de Sainte Geneviève patronne de Paris faite le 11 juin 1652 pour la paix. » (pour mettre fin aux troubles de la Fronde). Gravure à l’eau-forte de 1652 par Nicolas Cochin (1610 † 1686).

    Citons enfin celle du 27 mai 1694, ordonnée en raison d’une terrible sécheresse tandis que la guerre faisait rage : avant la fin de la procession, les nuages s’amoncelèrent et la pluie tomba ; au même moment, le maréchal de Noailles remportait la victoire de la rivière Ter en Espagne (l’annonce n’en parvint à Paris que 3 jours plus tard). Le prévôt des marchands et les échevins de Paris, reconnaissants, commandèrent à Nicolas de Largillière un grand tableau en guise d’ex-voto, peint en 1695 : Sainte Geneviève intercédant pour faire tomber la pluie, tableau conservé aujourd’hui à Saint-Etienne-du-Mont.

    Nicolas de Largillière - ex-voto peint en 1695 - Sainte Geneviève intercédant pour faire tomber la pluie.
    Nicolas de Largillière – ex-voto peint en 1695 suite à la procession de 1694 – Sainte Geneviève intercédant pour faire tomber la pluie.

    En 1744, Louis XV promis le financement d’une nouvelle église abbatiale pour Sainte-Geneviève. Les travaux débutèrent en 1754 selon les plans de Soufflot. En 1762, la crypte était terminée et, le 6 septembre 1764, lors de la pose première pierre de l’église supérieure (l’actuel Panthéon) devant le roi, on déposa la châsse de saint Geneviève dans la nouvelle crypte.

    Cérémonie de la pose de la première pierre de la nouvelle basilique de Sainte-Geneviève devant Louis XV le 6 septembre 1764.
    Cérémonie de la pose de la première pierre de la nouvelle basilique de Sainte-Geneviève devant Louis XV le 6 septembre 1764.

    C’est de cette nouvelle basilique Sainte-Geneviève que partit la dernière procession d’Ancien Régime, le 16 décembre 1765, procession organisée pour demander à Dieu la santé du Dauphin.

    Lors de la Révolution dite française, les Révolutionnaires, dans leur hargne à détruire par tous moyens l’attachement des Français à la foi catholique de leurs pères, décidèrent le crime inouï de détruire les précieuses reliques de la jeune fille qui avait tant de fois par le passé sauvé Paris. Ce crime fut effectué après plusieurs étapes. Tout d’abord, le 4 avril 1791, la nouvelle basilique Sainte-Geneviève avait été sécularisée en Panthéon. Le 14 août 1792, les révolutionnaires n’osant encore détruire la châsse de sainte Geneviève, la firent transporter à l’église Saint-Etienne-du-Mont malgré les protestations de Louis XVI, rapportées dans son procès. Après la mort du roi, la châsse de saint Geneviève fut enlevée et déposée à la Monnaie où l’on pilla toutes les pierres précieuses qui y étaient ensachées (beaucoup d’entre elles étaient des cadeaux de reines de France). Le 6 novembre 1793, les membres de la commune de Paris, escortés de volontaires, entrèrent à l’ancienne Abbaye de Sainte-Geneviève à 10 heures du matin pour procéder à l’enlèvement de tous objets de culte. N’y trouvant plus rien, ils y détruisirent les vitraux, les boiseries et les statues. Ils pénétrèrent ensuite dans la crypte, où, ne trouvant rien non plus, ils brisèrent les tombeaux de saint Prudence et saint Céraune. Le 3 décembre 1793, sur ordre du Conseil Général de Paris on brûla en place de Grève, de nuit, le reliquaire de Bonnard qui avait traversé les siècles et les précieux ossements qu’il contenait, avec un ensemble d’ornements ecclésiastiques, étoles, chasubles, mitres et chapes, puis leurs cendres furent jetées à la Seine.

    Après la révolution, on réunit des reliques de sainte Geneviève qui avaient été données à différents sanctuaires au cours des âges, et qui avaient pu échapper à la fureur christianophobe des Révolutionnaires, en raison de leurs tailles plus discrètes.

    Vue générale des fouilles exécutées en 1807 dans la crypte de l'abbaye Sainte-Geneviève.
    Vue générale des fouilles exécutées en 1807 dans la crypte de l’abbaye Sainte-Geneviève.

    Au cours du XIXème siècle, pas moins de 5 châsses de sainte Geneviève furent recrées, recevant les différentes reliques qui avaient été rassemblées après la Révolution :

    1. En 1803, on retrouve dans la crypte de l’ancienne Abbatiale une partie de l’antique sarcophage de sainte Geneviève qui y avait été conservé depuis le Vème siècle. En 1807, on la déplaça dans une chapelle latérale de Saint-Etienne-du-Mont (la destruction de l’ancienne Abbatiale, en trop mauvais état, ayant démarré), où elle fut placée dans une grande châsse. Cette châsse ne se déplace pas.
    2. Le 12 décembre 1821, la basilique construite par Soufflot fut rendue au culte catholique. Le 3 janvier 1822, sous l’impulsion de Monseigneur de Quelen, archevêque de Paris, une nouvelle châsse, créée par le célèbre orfèvre Poussielgue-Rusand, fut déposée sur le maître-autel de la nouvelle basilique. On déposa dans cette chasse quelques petits os de sainte Geneviève provenant de divers reliquaires d’églises parisiennes. Le 26 août 1830, Louis Philippe désacralisant le Panthéon, ce reliquaire fut ramené à Notre-Dame, puis revint de nouveau à Sainte-Geneviève lorsque Napoléon III y rétablit le culte en 1854, avant de repartir à Notre-Dame quand la basilique fut à nouveau désacralisée en 1885 par la IIIème République. Ce reliquaire est toujours à Notre-Dame (il vient d’être restauré dans le cadre du 850ème anniversaire de la cathédrale) et est porté en procession.
    3. Une châsse en bois dorée de grandes dimensions provenant de l’abbaye de Chelles (monastère fondé en 657 par sainte Bathilde, épouse de Clovis II) fut placée au début du XIXème siècle au dessus du jubé de Saint-Etienne-du-Mont, entre les colonnes formant l’extrémité du choeur. Cette châsse contient des reliques de sainte Geneviève, mais aussi de saint Charles Borromée, saint Vincent de Paul et de plusieurs autres saints. La reconnaissance des reliques fut faite le 25 mars 1854. Cette châsse n’est pas portée en procession.
    4. On retrouva en 1853 à Notre-Dame, un petit reliquaire oblong en cristal contenant un petit os de Sainte Geneviève. Une châsse, plus légère en bois doré, fut donc offerte par souscription, et commandée à l’orfèvre Chartier. Elle se trouve, très abîmée, dans les réserves de Notre-Dame de Paris.
    5. Une dernière châsse, inaugurée le 3 janvier 1896, est l’oeuvre de l’orfèvre parisien Louis Favier. Elle est placée à Saint-Etienne-du-Mont à côté de la grande châsse du tombeau. Cette châsse est portée en procession.
    Châsse du sacorphage antique de sainte Geneviève. A Saint-Etienne-du-Mont.
    Châsse du sacorphage antique de sainte Geneviève. A Saint-Etienne-du-Mont.
    Châsse de 1854, dite du Panthéon, aujourd'hui à Notre-Dame.
    Châsse de 1854 par Poussielgue-Rusand, dite du Panthéon, aujourd’hui à Notre-Dame.
    Châsse de 1896 par Favier, conservée à Saint-Etienne-du-Mont.
    Châsse de 1896 par Favier, conservée à Saint-Etienne-du-Mont.
    3 janvier 1852 - Translation des reliques de sainte Geneviève de l’église Saint-Étienne-du-Mont à l’église Sainte-Geneviève.
    3 janvier 1852 – Translation des reliques de sainte Geneviève de l’église Saint-Étienne-du-Mont à l’église Sainte-Geneviève.

    Si la Compagnie des porteurs de la châsse de sainte Geneviève fut refondée le 11 janvier 1854, il fallut attendre le XXème siècle pour voir de nouveau des processions extraordinaires parcourir les rues de Paris, en dehors des translations des reliques.

    Le 8 septembre 1914, en la fête de la Nativité de la Vierge Marie, alors que rien ne semblait pouvoir arrêter l’armée allemande qui s’approchait dangereusement de Paris, une procession solennelle précédée de trois jours de prières est conduite sur ordre de S.E. le cardinal Amette, archevêque de Paris. Quatre jours après, le 12 septembre (fête du Saint Nom de Marie), la victoire de la Marne permettait d’écarter définitivement le danger de la chute de la capitale.

    Une autre procession pour la préservation de Paris fut menée le 19 mai 1940 par S.E. le cardinal Suhard, archevêque de Paris, en présence des membres du gouvernement de M. Paul Reynaud, alors que les Panzerdivisions allemandes déferlaient sur la France par suite de la percée de Sedan du 15 mai.

    Une troisième procession eut lieu en janvier 1947 sous la conduite du nonce apostolique Monseigneur Roncalli (futur saint Jean XXIII, qui devait en 1962 placer la Gendarmerie française sous le patronage de sainte Geneviève), assisté de Monseigneur Evrard, ancien évêque de Meaux.

    Depuis 2007, de nouvelles processions sont organisées qui ont lieu autour de la fête de sainte Geneviève le 3 janvier, de façon régulière (et non plus extraordinaire), par dévotion et sans référence à une calamité publique précise.

    TABLEAU DES PROCESSIONS DES RELIQUES DE SAINTE GENEVIEVE
    Date Motifs Commentaires
    885 Invasions normandes
    26 novembre 1130 Mal des ardents 100 des 103 malades ayant touché la châsses sont guéris. Le Pape Innocent II institue la fête parisienne de sainte Geneviève du Mal des Ardents chaque 26 novembre.
    1196 Inondations de 16 jours Processions multiples, en particulier de saint Denis, suivies par Philippe Auguste (rapporté par Rigord)
    1206 Inondations Passage de la procession sur le Petit-Pont déjà ébranlé par les flots ; après son passage, il s’écroula et les eaux se retirèrent.
    1233 Pluies
    1239 Guérison du comte d’Artois Le comte d’Artois est guéri dès le départ de la procession.
    1240 Pluies
    1242 Pluies Nouvelle châsse réalisée par Bonnard, qui remplace celle de saint Eloi
    1283 Une colombe blanche suivit la procession tout au long de son cours et disparut à la fin.
    1296
    1303? Inondations
    juillet 1325 Pluies
    6 juin & 10 juillet 1347 Lendemain de la bataille de Crecy et de la perte de Calais En présence de Jeanne de Bourgogne
    août 1366 Pluies En présence de Charles V
    juillet 1377 En présence de Charles V et des ducs d’Orléans et de Bourgogne
    septembre 1380 Minorité de Charles VI Après la mort de Charles V, le 16 septembre.
    décembre 1410 Guerres civiles Armagnacs – Bourguignons
    juillet 1412 Paix de Bourges
    août 1417 Guerre civile et peste
    1418 Contre les Bourguignons
    12 août 1421 Calamités publiques
    25 octobre 1423 Pour la paix
    2 juillet 1427
    7 janvier 1436 Pluies
    avril 1436 Pluies
    9 janvier 1437
    11 janvier 1438 Pluies
    28 octobre 1443 Pluies
    31 août 1456 Calamités publiques
    septembre 1466 Contagions 40 000 morts
    juin 1478 Calamités publiques
    12 juin 1481 Maladie de Louis XI
    1er septembre 1481 Maladie de Louis XI Rémission qui ne durera que deux ans, jusqu’à sa mort.
    janvier 1496 Inondations Procession où participa Erasme pour une guérison personnelle.
    juillet 1505 Pluies
    juin 1509 Pour le succès des armées de Louis XII
    juillet 1512 Pour obtenir la paix
    juillet 1513 Contre les Anglais
    juin 1517 Sécheresse
    mai 1521 Famine Arrivée à Paris de cinq bateaux de blé.
    juin 1522 Péril militaire aux frontières Charles Quint et Henri VIII se présentaient simultanément au Sud et au Nord.
    août 1523 Pour le succès des armes de François Ier en Italie
    mai 1524 Sécheresse
    mai 1527 Pluies continuelles
    juillet 1529 Guerre et famine Signature du traité de Cambrai en août 1529.
    janvier 1530 Inondations
    avril 1535 En l’honneur de Dieu, de Nostre Dame et de tous les sainctz et sainctes du Paradis Contre les blasphèmes des Luthériens avec la participation du roi François Ier et de la reine Eléonore.
    juillet 1535 Pluies diluviennes
    août 1536 Pluies diluviennnes
    juillet 1541 Calamités publiques
    juillet 1542 Calamités publiques, pour la paix et contre les hérésies
    juillet 1543 Pluies continuelles
    octobre 1548 Sécheresse
    juillet 1549 Arrêter les progrès de l’hérésie
    juin 1551 Pluies et grêle
    novembre 1551 Pour la conservation de la religion catholique Grande procession avec la participation du roi Henri II.
    juin 1552 Prospérité des armes
    juillet 1555 Calamités publiques et guerres
    juillet 1556 Chaleur et sécheresse
    septembre 1557 Calamités publiques et guerres
    juillet 1559 Guerison de Henri II après un tournois Henri II décède quelques jours après
    juin 1560 Calamités publiques
    1563 Délivrer Orléans des Huguenots
    juillet 1564 Pluies continuelles
    juillet 1566 Mauvais temps
    22 juin 1567 Sécheresse La pluie se met à tomber avec une telle abondance que la procession peine à avancer.
    novembre 1567 Prospérité des armes
    septembre 1568 Grande procession pour la santé du roi Charles IX
    septembre 1570 Pluies continuelles
    septembre 1572 Pour la défaite des Huguenots
    juin 1573 Pour la récolte des blés
    juillet 1577 Mauvais temps
    décembre 1582 Pour une descendance pour le roi Henri III Le roi, mort sans enfant, laissa le trône à Henri IV qui se convertit en 1593
    juin 1584 Calamités publiques
    juillet 1587 Pour la récolte des blés
    mai 1589 Pour la conservation de la religion catholique
    avril 1590 Pour la conservation de la religion catholique
    mars 1594 Mauvais temps
    juillet 1594 Pluies continuelles
    août 1599 Sécheresse
    juin 1603 Pluies continuelles Rupture spontanée des chaînes d’un galérien dévôt.
    juin 1611 Sécheresse
    juin 1615 Sécheresse
    juillet 1625 Pluies continuelles
    13 juin 1652 Grande procession pour la paix Description dans les mémoires d’André d’Ormesson (fol. 327).
    juillet 1675 Calamités publiques, pluies continuelles Madame de Sévigné y assiste.
    27 mai 1694 Grande procession contre la sécheresse, et contre la guerre Dès la fin de la procession, le ciel se couvre et la pluie tombe. A l’occasion de ce miracle, le Prévôt des Marchands commande à Largillière le tableau « Sainte Geneviève intercédant pour faire tomber la pluie » encore présent à Saint-Etienne-du-Mont. A l’heure de la procession, le maréchal de Noailles remporte la victoire de la rivière Ter en Espagne.
    août 1696 Sécheresse
    mai 1709 Pour la récolte des blés
    juin 1725 Grande procession en raison des pluies continuelles et du froid
    16 décembre 1765 Pour la santé du Dauphin Dernière procession de l’Ancien Régime.
    8 septembre 1914 Pour préserver Paris La victoire de La Marne, qui stoppe l’avancée des troupes allemandes vers la capitale, est remportée 4 jours plus tard.
    19 mai 1940 Pour préserver Paris En présence du gouvernement. Paris ne subira que peu de dommages au cours de la Seconde Guerre mondiale.
    janvier 1947 Reprise des neuvaines à sainte Geneviève Monseigneur Roncalli, nonce apostolique (futur saint Jean XXIII, qui devait en 1962 placer la Gendarmerie française sous le patronage de sainte Geneviève) conduit la procession.

    Rit parisien – Antienne processionnelle de l’Avent Missus est Angelus Gabriel

    Antienne processionnelle de l'Avent - Missus est Angelus

    Ant. L’ange Gabriel fut envoyé de Dieu en la ville de Nazareth, à la Vierge Marie, mariée à Joseph, & il lui dit : Le Saint-Esprit surviendra en vous, et la vertu du Très-Haut vous couvrira de son ombre ; c’est pourquoi le fruit saint qui naîtra de vous, sera appelé le Fils de Dieu. Alors Marie dit à l’ange : Voici la servante du Seigneur ; qu’il me soit fait selon votre parole ! Alléluia.
    (cf. Luc, i, 26-27, 35, 38)

    Source : Antiphonaire de Notre-Dame de Paris (c. 1300) – F-Pn lat. 15181 – Cantus ID: 0003792. (Intonation, cf. Martin Sonnet, Directorium chori Parisiensi, 1656).

    Comme dans toutes les Eglises de France autrefois, on faisait à Paris chaque dimanche & fête une grande procession avant la grand’messe (plus exactement entre prime et tierce, la messe étant chantée juste après cette petite heure). Cette tradition immémoriale paraît remonter au moins à l’époque carolingienne. Les livres liturgiques français – en particulier les processionnaux – indiquent jusqu’au XIXème siècle les pièces qui s’y chantaient : un ensemble de pièces fixes (dont l’Asperges me pour l’aspersion dominicale) et en général une ou deux pièces variables en fonction du jour liturgique : le plus souvent un répons, ou, plus exceptionnellement, une grande antienne processionnelle.

    Les livres liturgiques parisiens médiévaux indiquent cette belle antienne processionnelle Missus est Angelus Gabriel pour les quatre dimanches de l’Avent, unifiant de ce fait ce temps liturgique par la contemplation du mystère de l’Incarnation. Peut-être est-ce pour cette raison que l’ancien rit parisien célébrait tout l’Avent en faisant curieusement usage du blanc comme couleur liturgique, et non du violet ou du bleu profond (l’hyacinthe) qu’on trouve dans les autres rits occidentaux. Le choix du texte – tiré du fameux évangile Missus est (Luc I, 26-38) de la messe du Mercredi des Quatre-Temps de l’Avent (la messe Rorate, autrefois appelée la « Messe d’or ») – témoigne de la piété de nos pères envers ce fameux évangile, qui constituait l’un des sommets de l’Avent :

    Le choix de cet Évangile (…) a donné une célébrité particulière au Mercredi de la troisième semaine de l’Avent. On voit, par d’anciens Ordinaires à l’usage de plusieurs Églises insignes, tant Cathédrales qu’Abbatiales, que l’on transférait les fêtes qui tombaient en ce Mercredi ; qu’on ne disait point ce jour-là, à genoux, les prières fériales ; que l’Évangile Missus est, c’est-à-dire de l’Annonciation, était chanté à Matines par le Célébrant revêtu d’une chape blanche, avec la croix, les cierges et l’encens, et au son de la grosse cloche ; que, dans les Abbayes, l’Abbé devait une homélie aux Moines, comme aux fêtes solennelles. C’est même à cet Usage que nous sommes redevables des quatre magnifiques Sermons de saint Bernard sur les louanges de la Sainte Vierge, et qui sont intitulés : Super Missus est.
    Dom Guéranger, l’Année Liturgique.

    Qui procedis ab utroque : une séquence parisienne d’Adam de Saint-Victor pour le jeudi de l’octave de la Pentecôte

    Alors que dans l’usage de Rome, la prose (ou séquence) Veni, Sancte Spiritus sert pour le jour de la Pentecôte & pour toutes les messes de son octave, l’ancien usage de Paris voyait chacune des messes de l’octave de la Pentecôte s’orner d’une prose différente chaque jour.

    Voici comment Paris chantait les proses durant l’octave de la Pentecôte :

    1. Le dimanche de la Pentecôte : Fulgens præclara Paraclyti Sancti,
      subdivision d’une ancienne prose française de Pâques, antérieure à l’an 1000.
    2. Le lundi de la Pentecôte : Sancti Spiritus adsit nobis gratia,
      de Notker le Bègue (c. 840 † 912).
    3. Le mardi de la Pentecôte : Lux jucunda, lux insignis,
      d’Adam de Saint-Victor († 1146).
    4. Le mercredi de la Pentecôte : Simplex in essentia,
      d’Adam de Saint-Victor.
    5. Le jeudi de la Pentecôte : Qui procedis ab utroque,
      d’Adam de Saint-Victor.
    6. Le vendredi de la Pentecôte : Alma chorus Domini,
      composition anonyme française antérieure à l’an 1000.
    7. Le samedi de la Pentecôte : Veni, Sancte Spiritus,
      d’Etienne Langton (c. 1150 † 1228).

    Il est notable que trois de ces proses soient des compositions de l’illustre hymnographe Adam, qui avant de finir ses jours dans l’abbaye de Saint-Victor, au pied de la Montagne Sainte-Geneviève, avait surtout été le préchantre de la cathédrale de Paris dès 1107 et jusque vers 1134. Les compositions d’Adam franchirent tôt les frontières du diocèse de Paris et se répandirent très vite dans toute l’Europe latine. Elles présentent toutes un ambitus vocal important, typique de l’école cathédrale de Paris, indice du très haut art vocal qui devait alors régner dans notre cité. De nombreuses proses furent par la suite modelés sur les rythmes & chants d’Adam, celle qui est parvenue jusqu’à nous est bien sûr le Lauda Sion de la Fête-Dieu, modulé par saint Thomas d’Aquin sur le Laudes crucis d’Adam de Saint-Victor.

    La prose dont nous choisissons de présenter ici le texte et le chant est celle du jeudi dans l’octave de la Pentecôte : Qui procedis ab utroque, d’Adam de Saint-Victor. Les textes liturgiques à l’Esprit Saint sont devenus au fil du temps relativement rares dans l’Eglise latine. A ce titre il peut être intéressant de redonner vie à cet ancien répertoire hymnographique médiéval de haute qualité tant spirituelle que musicale. Voici du reste ce qu’écrit dom Guéranger, qui cite notre prose dans son Année liturgique :

    Ce prince de la poésie liturgique dans l’Occident s’est surpassé lui-même sur les louanges du divin Esprit ; et plus d’une fois dans le cours de l’Octave, nous aurons recours à son magnifique répertoire. Mais ce n’est pas seulement une œuvre de génie que nous allons reproduire ici ; c’est une prière sublime et ardente adressée au Paraclet que Jésus nous a promis et dont nous attendons la venue. Efforçons-nous de faire passer dans nos âmes les sentiments du pieux docteur du XIIe siècle, et aspirons comme lui à la descente du Consolateur qui vient renouveler la face de la terre et habiter en nous.

    Voici une restauration du chant et du rythme de la prose Qui procedis ab utroque d’après les plus anciens manuscrits liturgiques parisiens :

    Prose Qui procedis ab utroque au Saint-Esprit d'Adam de Saint-Victor

    Prose Qui procedis ab utroque au Saint-Esprit d'Adam de Saint-Victor

    Prose Qui procedis ab utroque au Saint-Esprit d'Adam de Saint-Victor

    Prose Qui procedis ab utroque au Saint-Esprit d'Adam de Saint-Victor

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    Texte & traduction par dom Guéranger :

    Qui procédis ab utróque,
    Genitóre Genitóque
    Páriter, Paraclíte,
    O toi qui procèdes
    du Père et du Fils,
    divin Paraclet,
    Redde linguas eloquéntes,
    Fac fervéntes in te mentes
    Flamma tua divite.
    Par ta flamme féconde,
    viens rendre éloquent notre organe,
    et embraser nos cœurs de tes feux.
    Amor Patris Filiíque,
    Par ambórum, et utríque
    Compar et consímilis,
    Amour du Père et du Fils,
    l’égal des deux et
    leur semblable en essence,
    Cuncta reples, cuncta foves :
    Astra regis, cœlum moves,
    Pérmanens immóbilis.
    Tu remplis tout, tu donnes la vie à tout ;
    dans ton repos, tu conduis les astres,
    tu règles le mouvement des cieux.
    Lumen carum, lumen clarum,
    Internárum tenebrárum
    Effúgas calíginem.
    Lumière éblouissante et chérie,
    tu dissipes nos ténèbres intérieures ;
    ceux qui sont purs,
    Per te mundi sunt mundáti :
    Tu peccátum, et peccáti
    Déstruis rubíginem.
    Tu les rends plus purs encore ;
    c’est toi qui fais disparaître le péché
    et la rouille qu’il apporte avec lui.
    Veritátem notam facis :
    Et osténdis viam pacis,
    Et iter justítiæ.
    Tu manifestes la vérité,
    tu montres la voie de la paix
    et celle de la justice ;
    Perversórum corda vitas,
    Et bonórum corda ditas
    Múnere sciéntiæ.
    Tu fuis les cœurs pervers,
    et tu combles des trésors de ta science
    ceux qui sont droits.
    Te docénte nil obscúrum,
    Te præsénte nil impúrum :
    Sub tua præséntia.
    Si tu enseignes, rien ne demeure obscur ;
    si tu es présent à l’âme,
    rien ne reste impur en elle ;
    Gloriátur mens jocúnda :
    Per te læta, per te munda
    Gaudet consciéntia.
    Tu lui apportes la joie et l’allégresse,
    et la conscience que tu as purifiée
    goûte enfin le bonheur.
    Tu commútas eleménta :
    Per te suam sacraménta
    Habent efficaciam.
    Ton pouvoir transforme les éléments ;
    par toi les sacrements
    obtiennent leur efficacité ;
    Tu nocívam vim repéllis :
    Tu confútas et reféllis
    Hóstium nequítiam.
    Tu fais obstacle à la puissance mauvaise,
    tu repousses les embûches
    de nos ennemis.
    Quando venis, corda lenis :
    Quando subis, atræ nubis
    Effúgit obscúritas.
    A ta venue, nos cœurs sont dans le calme ;
    à ton entrée, le sombre nuage
    se dissipe ;
    Sacer ignis, pectus ignis
    Non combúris, sed a curis
    Purgas quando vísitas.
    Feu sacré, tu embrases le cœur
    sans le consumer, et ta visite
    l’affranchit de ses angoisses.
    Mentes prius imperítas,
    Et sopítas et oblítas,
    Erúdis et éxcitas.
    Des âmes jusqu’alors ignorantes,
    engourdies et insensibles,
    tu les instruis et les ranimes.
    Foves linguas, formas sonum :
    Cor ad bonum facit pronum,
    A te data cháritas.
    Inspirée par toi, la langue fait entendre
    des accents que tu lui donnes ; la charité que tu apportes avec toi dispose le cœur à tout bien.
    O juvámen oppressórum,
    O solámen miserórum,
    Páuperum refúgium,
    Secours des opprimés,
    consolation des malheureux,
    refuge des pauvres,
    Da contémptum terrenórum,
    Ad amórem supernórum
    Trahe desidérium.
    Donne-nous de mépriser les objets terrestres ;
    entraîne notre désir
    à l’amour des choses célestes.
    Consolátor et fundátor,
    Habitátor et amátor
    Córdium humílium.
    Tu consoles et tu affermis
    les cœurs humbles ;
    tu les habites et tu les aimes ;
    Pelle mala, terge sordes :
    Et discórdes fac concórdes,
    Et affer præsídium.
    Expulse tout mal, efface toute souillure,
    rétablis la concorde entre ceux qui sont divisés
    et apporte-nous ton secours.
    Tu qui quondam visitásti,
    Docuísti, confortásti
    Timéntes discípulos :
    Tu visitas un jour
    les disciples timides :
    par toi ils furent instruits et fortifiés ;
    Visitáre nos dignéris :
    Nos, si placet, consoléris,
    Et credéntes pópulos.
    Daigne nous visiter aussi
    et répandre ta consolation
    sur nous et sur le peuple fidèle.
    Par majéstas personárum,
    Par potéstas est eárum,
    Et commúnis Déitas :
    Égale est la majesté des divines personnes,
    égale leur puissance ;
    commune aux trois est la divinité ;
    Tu procédens a duóbus,
    Coæquális es ambóbus,
    In nullo dispáritas.
    Tu procèdes des deux premières,
    semblable à l’une et à l’autre,
    et rien d’inférieur n’est en toi.
    Quia tantus es et talis,
    Quantus Pater est et qualis :
    Servórum humílitas.
    Aussi grand que l’est
    le Père lui-même,
    souffre que tes humbles serviteurs
    Deo Patri, Filióque
    Redemptóri, tibi quoque
    Laudes reddat débitas. Amen.
    Rendent à ce Dieu-Père,
    au Fils rédempteur et à toi-même
    la louange qui vous est due. Amen.

    Cette prose se chantait le jeudi de Pentecôte dans l’usage de Paris, et le mardi de Pentecôte à l’Abbaye de Saint-Victor.

    Sources utilisées pour cette édition :
    * Source principale : Missel parisien du XIIIème siècle de l’ancienne bibliothèque de Notre-Dame de Paris – Bibliothèque nationale de France. Département des manuscrits. Latin 1112, f° 271 v°.
    * Missel parisien du XIIIème siècle à l’usage probable de l’Abbaye de Saint-Germain-des-Prés ou de Saint-Germain-L’Auxerrois – Bibliothèque nationale de France. Département des manuscrits. Latin 830, f° 318 r°.
    * Missel parisien du XIIIème siècle à l’usage de la Sorbonne – Bibliothèque nationale de France. Département des manuscrits. Latin 15615, f° 366 v°.
    * A titre de comparaison : Tropaire-prosaire de Saint-Martial de Limoges du XIIème-XIIIème siècle – Bibliothèque nationale de France. Département des manuscrits. Latin 1139, f° 223 v°.
    * A titre de comparaison : Processional-tropaire-prosaire à l’usage de Saint-Léonard, du diocèse de Limoges du dernier quard du XIIèmeBibliothèque nationale de France. Département des manuscrits. Latin 1086, f° 63 r°.

    Voici ci-après le chant de la prose Qui procedis ab utroque tel qu’il est donné dans le Propre de Paris publié en 1923-1925 – ce chant présente de nombreuses divergences avec les manuscrits parisiens et nous n’avons pas pu identifier la source qui a été utilisée pour cette édition musicale :

     

    Qui procedis ab utroque-1 Qui procedis ab utroque-2 Qui procedis ab utroque-3 Qui procedis ab utroque-4 Qui procedis ab utroque-5

    Les manuscrits médiévaux parisiens, même s’ils présentent entre eux quelques menues divergences quant au chant (surtout l’ultime formule finale), diffèrent notablement de l’édition parisienne de 1923-1925.
    Voici par exemple cette prose telle quelle est notée dans un missel parisien à l’usage de la Sorbonne qui date du XIIIème siècle (Bnf latin 15615, f. 366 v° à 367 v°) :

    Missel de la Sorbonne après 1239 (1)

    Missel de la Sorbonne après 1239 (2)

    Missel de la Sorbonne après 1239 (3)

    800ème anniversaire de la naissance de saint Louis : programme de la messe votive solennelle

    Saint Louis, priez pour la France, bénissez votre descendanceSaint-Eugène, le samedi 17 mai 2014, messe votive solennelle de 10h30.

    Messe de saint Louis, au propre de Paris – mémoire de saint Pascal Baylon.

    En présence de S.A.R. Mgr le duc d’Anjou, aîné des descendants de saint Louis.

    Schola Sainte Cécile et ensemble de cuivres anciens.

    « Le saint roi construisit nombre de monastères et d’hospices pour les pauvres ; il secourait de ses largesses les indigents, visitait fréquemment les malades et, non content de les faire soigner à ses frais, leur donnait de ses propres mains ce dont ils avaient besoin. Simple dans ses habits, il n’épargnait pas à son corps les mortifications du cilice et du jeûne. Louis IX traversa de nouveau la mer pour combattre les Sarrasins, mais au moment où il venait d’établir son camp en face de l’ennemi, il mourut de la peste en prononçant ces paroles : « J’entrerai dans votre maison, Seigneur, je vous adorerai dans votre saint temple et je glorifierai votre nom. » Son corps fut transporté à Paris ; il est conservé dans la célèbre église de Saint-Denis, où on le vénère. Quant à son chef, on le porta à la sainte Chapelle. Glorifié par d’éclatants miracles, il a été mis au nombre des Saints par le Pape Boniface VIII. »
    VIème leçon des vigiles nocturnes de la fête, au second nocturne.

     

  • Procession d’entrée : Te sancte, rursus, Ludovice, prælia – Hymnes des IIndes vêpres – rythme traditionnel
  • Introït – In virtute tua (ton vii.)
  • Kyrie & Gloria : de la Messe Gaudete semper in Domino du sacre de Louis XVI (1775) par François Giroust (1737 † 1799)
  • Epître : I Macchabées III, 3-9 : Il était dans l’action pareil au lion, semblable au lionceau qui rugit sur sa proie.
  • 1er alleluia, au Temps pascal – Qui das salutem regibus (ton ii.)
  • 2nd alleluia, au Temps Pascal – Ave sancte Ludovice (ton vii.)
  • Evangile : Luc XIX, 12-26 : Je vous déclare qu’on donnera à celui qui a, et qu’il sera comblé de biens ; et que pour celui qui n’a point, on lui ôtera même ce qu’il a.
  • Offertoire – De omni corde suo (ton vii.)
  • Pendant les encensements de l’offertoire : Laudes regiæ – « Acclamations carolingiennes » (VIIIème siècle)
  • Sanctus : de la Messe Gaudete semper in Domino du sacre de Louis XVI par François Giroust
  • A l’élévation : O salutaris hostia d’Orléans (1760) – François Giroust
  • Agnus Dei : de la Messe Gaudete semper in Domino du sacre de Louis XVI par François Giroust
  • Pendant la communion : Prose – Regem regum veneremur, chant de Pierre de la Croix, maître de musique de Notre-Dame de Paris en 1298 (ton vii.)
  • Communion – Introibo in domum tuam (ton ii.)
  • Prière pour la France, sur le 6ème ton royal – harmonisation traditionnelle de Notre-Dame de Paris
  • Ite missa est VIII
  • Après le dernier Evangile : Regina cœli – mise en polyphonie d’après Charles de Courbes (1622)
  • Procession de sortie : Prière pour le Roi de la Messe Gaudete semper in Domino du sacre de Louis XVI par François Giroust
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    Messe parisienne de saint Charlemagne au 28 janvier

    Fresque de saint Charlemagne dans la chapelle saint Louis de Notre-Dame de ParisComme la plupart des diocèses d’Allemagne et comme beaucoup de diocèses de France, l’Eglise de Paris a célébré la fête de saint Charlemagne au 28 janvier, jour de la naissance au ciel du glorieux empereur.

    En ce jour du 1200ème anniversaire du retour à Dieu de Charles le Grand, nous avons le plaisir d’offrir les textes de la messe de saint Charlemagne tels qu’on peut la trouver dans les éditions du Missale Parisiense des années 1481, 1489, 1490 (ces trois missels édités sous Mgr de Beaumont) & 1497 (sous Mgr Simon).

    La messe de saint Charlemagne fut supprimée du missel parisien sous les trois évêques de la famille de Gondy qui romanisèrent la liturgie de la capitale. Cependant, certaines églises – en particulier celles liées à l’université de la Sorbonne, dont saint Charlemagne était le saint patron – continuèrent à le célébrer jusqu’à la révolution.

     

    Introït – VIème ton –Psaume 35, 30-31 &1

    Os iusti * meditábitur sapiéntiam, et lingua ejus loquétur judícium : lex Dei ejus in corde ipsíus. – Ps. Noli æmulári in malignántibus : * neque zeláveris faciéntes iniquitátem. – ℣. Glória Patri. La bouche du juste méditera la sagesse et sa langue proférera l’équité ; la loi de son Dieu est dans son cœur. – Ps. Ne porte pas envie au méchant et ne sois pas jaloux de ceux qui commettent l’iniquité. – ℣. Gloire au Père.

    Collecte

    Deus qui superabundanti fœcunditáte bonitatis tuæ beatum Carolum imperatorem & confessorem tuum, deposito carnis velamine, immortalitatis trabea sublimasti, concede, quæsumus, ut quem ad laudem & gloriam tui nominis honore imperii exaltasti in terris, pium ac propitium intercessorem habere mereamur in cœlis. Dieu, qui, dans la surabondante fécondité de votre bonté, avez décoré du manteau de la glorieuse immortalité le bienheureux Empereur Charlemagne , après qu’il a eu déposé le voile de la chair : accordez à nos prières de mériter pour pieux intercesseur dans les cieux, celui que vous avez élevé sur la terre à l’honneur de l’Empire, pour la louange & la gloire de votre nom.
    On ajoute les collectes de sainte Agnès pour la seconde fois & de la Bienheureuse Vierge Marie.

    Lectio libri Sapientiæ – 10, 10-14

    Justum deduxit Dominus per vias rectas, & ostendit illi regnum Dei, & dedit illi scientiam sanctorum : honestavit illum in laboribus, & complevit labores illius. In fraude circumvenientium illum affuit illi, & honestum fecit illum. Custodivit illum ab inimicis, & a seductoribus tutavit illum, & certamen forte dedit illi, ut vinceret & sciret, quoniam omnium potentior est sapientia. Hæc venditum justum non dereliquit, sed a peccatoribus liberavit eum : descenditque cum illo in foveam, & in vinculis non dereliquit illum, donec afferret illi sceptrum regni, & potentiam adversus eos, qui eum deprimebant : et mendaces ostendit, qui maculaverunt illum, et dedit illi claritatem æternam, Dominus Deus noster. Le Seigneur a conduit le juste par des voix droites & lui a fait voir le royaume de Dieu, & lui a donné la science des saints ; il l’a enrichi dans ses travaux, & lui en a fait recueillir de grands fruits. Il l’a aidé contre ceux qui voulaient le surprendre par leurs tromperies, & il l’a fait devenir riche. Il l’a protégé contre ses ennemis, l’a défendu des séducteurs, & l’a engagé dans un rude combat, afin qu’il demeurât victorieux, & qu’il sût que la sagesse est plus puissante que toutes choses. C’est elle qui n’a point abandonné le juste lorsqu’il fut vendu, mais l’a délivré des mains des pécheurs : elle est descendue avec lui dans la fosse, & elle ne l’a point quitté dans ses chaînes, jusqu’à ce qu’elle lui eût mis entre les mains le sceptre royal, & qu’elle l’eût rendu maître de ceux qui l’avaient traité si injustement ; elle a convaincu de mensonges ceux qui l’avaient déshonoré, & lui a donné un nom éternel.

    Graduel – Ier ton – Psaume 20, 4-5

    Dómine, * prævenísti eum in benedictiónibus dulcédinis : posuísti in cápite ejus corónam de lápide pretióso. – ℣. Vitam pétiit a te, & tribuísti ei longitúdinem diérum in sæculum sæculi. Seigneur, vous l’avez devancé par vos bénédictions de choix ; vous avez posé sur sa tête une couronne ornée de pierres précieuses. – ℣. Il vous a demandé la vie, & vous la lui avez accordée au long des jours dans les siècles des siècles.

    Alleluia – Ier ton – Osée 14, 6

    Alleluia, alleluia. – ℣. Justus germinábit sicut lílium : et florébit in ætérnum ante Dóminum. Alleluia. Alléluia, alléluia. – ℣. Le juste germera comme le lis, & il fleurira éternellement devant le Seigneur. Alléluia.
    Après la Septuagésime :

    Trait – VIIIème ton – Psaume 111, 1-3

    Beátus vir, * qui timet Dóminum : in mandátis ejus cupit nimis. – ℣. Potens in terra erit semen ejus : generátio rectórum benedicétur. ℣. Glória & divítiæ in domo ejus : & justítia ejus manet in sæculum sæculi. Bienheureux l’homme qui craint le Seigneur, & qui met sa joie à observer ses commandements. ℣. Puissante sur la terre sera sa descendante ; la postérité des justes sera bénie. ℣. La gloire & la richesse sont dans sa maison, & sa justice demeure dans les siècles des siècles.

    Prose

    La prose – du commun des saints et œuvre d’Adam de Saint-Victor – est omise après la Septuagésime.
    Supernæ matris gaudia
    Repræsentet Ecclesia ;

    Dum festa colit annua,
    Suspiret ad perpetua.

    In hac valle miseriæ,
    Mater succurrat filiæ ;

    Hic cœlestes excubiæ
    Nobiscum stent in acie.

    Mundus, caro, dæmonia
    Diversa movent prœlia ;

    Incursu tot phantasmatum
    Turbatur cordis sabbatum.

    Dies festos cognatio
    Simul hæc habet odio

    Certatque pari fœdere
    Pacem de terra tollere.

    Confusa sunt hic omnia :
    Spes, metus, mæror, gaudium ;

    Vix hora vel dimidia
    Fit in cœlo silentium.

    Quam felix illa civitas,
    In qua jugis sollemnitas,

    Et quam jucunda curia,
    Quæ curæ prorsus nescia !

    Nec languor hic, nec senium,
    Nec fraus, nec terror hostium,

    Sed una vox lætantium
    Et unus ardor cordium.

    Illic cives angelici
    Sub hierarchia triplici

    Trinæ gaudent & simplici
    Se monarchiæ subici.

    Mirantur nec deficiunt
    In ullum, quem prospiciunt ;

    Fruuntur nec fastidiunt,
    Quo frui magis sitiunt.

    Illic patres dispositi
    Pro dignitate meriti

    Semota jam caligine
    Lumen vident in lumine.

    Hi sancti, quorum hodie
    Celebrantur sollemnia,

    Jam revelata facie
    Regem cernunt in gloria.

    Illic regina virginum,
    Transcendens culmen ordinum,

    Excuset apud Dominum
    Nostrorum lapsus criminum.

    Nos ad sanctorum gloriam
    Per ipsorum suffragia

    Post præsentem miseriam
    Christi perducet gratia. Amen.


    Que l’Église fasse revivre
    les joies de la Mère d’en haut ;
    qu’en célébrant ses fêtes annuelles,
    elle soupire vers celles qui sont éternelles.

    Dans cette vallée de misère,
    que la Mère secoure sa fille ;

    ici, que les veilles célestes
    se tiennent avec nous en ordre de bataille.

    Le monde, la chair, les démons
    suscitent des combats divers ;

    sous l’assaut de tant de fantasmagories,
    le sabbat du cœur est troublé.

    Les jours de fête eux-mêmes,
    cette alliance les a en haine,

    et d’un commun accord
    elle s’acharne à bannir la paix de la terre.

    Ici tout est confondu :
    l’espérance et la crainte, la tristesse et la joie ;

    à peine une demi-heure
    le silence se fait-il dans le ciel.

    Ô combien heureuse est cette cité
    où la solennité est sans fin,

    et combien bienheureuse cette cour
    totalement exempte de tout souci !

    Là, ni fatigue ni vieillesse,
    ni ruse ni effroi des ennemis,

    mais une seule voix de réjouissance
    et un seul élan des cœurs.

    Là, les citoyens angéliques,
    répartis selon la triple hiérarchie,

    se réjouissent, dans la Trinité une et simple,
    de se soumettre à sa monarchie.

    Ils contemplent sans jamais se lasser
    quiconque s’offre à leur regard ;

    ils jouissent sans dégoût
    de Celui dont ils désirent jouir davantage encore.

    Là, les Pères, établis chacun
    selon la dignité de leur mérite,

    la nuée désormais dissipée,
    voient la lumière dans la lumière.

    Ces saints dont aujourd’hui
    nous célébrons la solennité,

    le visage désormais dévoilé,
    contemplent le Roi dans sa gloire.

    Là, la Reine des vierges,
    dépassant le sommet de tous les ordres,

    obtienne auprès du Seigneur
    le pardon des fautes de nos chutes.

    Et nous, par l’intercession des saints,
    qu’après la misère présente,

    la grâce du Christ nous conduise
    jusqu’à leur gloire. Amen.

    Sequéntia sancti Evangélii secúndum Lucam – 12, 35-40

    In illo témpore : Dixit Jesus discípulis suis : Sint lumbi vestri præcíncti, et lucernæ ardéntes in mánibus vestris, et vos símiles homínibus exspectántibus dóminum suum, quando revertátur a núptiis : ut, cum vénerit et pulsáverit, conféstim apériant ei.Beáti servi illi, quos, cum vénerit dóminus, invénerit vigilántes : amen, dico vobis, quod præcínget se, et fáciet illos discúmbere, et tránsiens ministrábit illis. Et si vénerit in secúnda vigília, et si in tértia vigília vénerit, et ita invénerit, beáti sunt servi illi. Hoc autem scitóte, quóniam, si sciret paterfamílias, qua hora fur veníret, vigiláret útique, et non síneret pérfodi domum suam. Et vos estóte paráti, quia, qua hora non putátis, Fílius hóminis véniet. En ce temps-là, Jésus dit à ses disciples : Que vos reins soient ceints, et les lampes allumées dans vos mains. Et vous, soyez semblables à des hommes qui attendent que leur maître revienne des noces, afin que, lorsqu’il arrivera et frappera, ils lui ouvrent aussitôt. Heureux ces serviteurs que le maître, à son arrivée, trouvera veillant ; en vérité, je vous le dis, il se ceindra, les fera asseoir à table, et passant devant eux, il les servira. Et, s’il vient à la seconde veille, s’il vient à la troisième veille, et qu’il les trouve en cet état, heureux sont ces serviteurs ! Or, sachez que, si le père de famille savait à quelle heure le voleur doit venir, il veillerait certainement, et ne laisserait pas percer sa maison. Vous aussi, soyez prêts ; car, à l’heure que vous ne pensez pas, le Fils de l’homme viendra.

    Offertoire – IInd ton – Psaume 88, 25

    Véritas mea & misericórdia mea cum ipso : & in nómine meo exaltábitur cornu ejus. Ma fidélité & ma miséricorde lui sont acquises, & mon nom exaltera sa corne.

    Secrète

    Hostias tibi, Dómine, per sancti Caroli imperatóris & confessóris tui commemoratióne deferimus : suppliciter exorántes, ut peccatórum indulgentiam nobis quos pariter mentis & corporis conferant salutem. Nous t’apportons, Seigneur, ces offrandes pour la commémoraison de ton saint empereur & confesseur Charles, afin qu’elles nous apportent, à nous qui vous supplions, le pardon des péchés et nous confèrent également le salut de l’âme & du corps.

    Communion – IVème ton – Matthieu 24, 46-47

    Beátus servus, quem, cum vénérit Dóminus, invénerit vigilántem : amen, dico vobis, super ómnia bona sua constítuet eum. Bienheureux le serviteur que son maître, à son retour, trouvera veillant ; en vérité, je vous le dit, il l’établira sur tous ses biens.

    Postcommunion

    Sanctificet nos, omnipotens Deus, sancti corporis & sanguinis tui veneranda perceptio : ut intercendente beato Carolo imperatore & confessore tuo : per hæc mysteria nostre salutis et fidei in præsenti peccatórum veniam : & in futuro vitam consequi mereámur ætérnam. Que la respectueuse réception, Dieu tout-puissant, de ton saint Corps & de ton Sang, nous sanctifie ; que par l’intercession du bienheureux Charles ton empereur & ton confesseur, & par ces mystères de notre salut et de notre foi, nous méritions de recevoir aujourd’hui le pardon des péchés & dans le futur la vie éternelle.

    Publication de la date de Pâques & de celles des fêtes mobiles de l’année 2014

    La publication de la date de Pâques dans le Pontificale Romanum.

    Le jour de l’Epiphanie (dont la solennité est reportée en France au dimanche qui suit), dans le rit romain, le diacre fait selon la tradition la publication de la date de Pâques après le chant de l’évangile.

    RIT ROMAIN

    En voici le chant pour 2014, réalisé par nos soins :

    Noveritis Romanum 2104

    En voici la traduction pour 2014 :

    Vous avez su, Frères très chers, par la miséricorde de Dieu qui nous a été annoncée, que nous avons été comblés par la Nativité de Notre Seigneur Jésus-Christ, ainsi de même nous vous annonçons la joie qui nous sera procurée par la Résurrection de notre même Sauveur.

  • Le 16 février sera le dimanche de la Septuagésime.
  • Le 5 mars sera le jour des Cendres et le début du jeûne très sacré du Carême.
  • Le 20 avril sera la sainte Pâque de Notre Seigneur Jésus-Christ, que vous célèbrerez avec joie.
  • Le 29 mai sera l’Ascension de Notre Seigneur Jésus-Christ.
  • Le 8 juin sera la fête de la Pentecôte.
  • Le 19 du même mois sera la fête du Très Saint Corps du Christ.
  • Le 30 novembre sera le premier dimanche de l’Avent de Notre Seigneur Jésus-Christ, à qui est l’honneur et la gloire, dans les siècles des siècles. Amen.

    Plus de détails sur la Publication de la date de Pâques à l’Epiphanie.

    Un petit livret imprimable à l’attention du clergé.

    RIT PARISIEN

    Voici le chant de l’ancien usage de Paris, pour 2014 :

    Noverit Parisiense 2014

    En voici la traduction pour 2014 :

    Votre charité saura, Frères très chers, que, par la miséricorde de Dieu & de notre Seigneur Jésus-Christ qui nous a été annoncée, le 20 avril nous célèbrerons la Pâque de Seigneur.

    RIT AMBROSIEN

    Voici le chant pour le rit ambrosien, pour 2014 :

    Noverit Ambrosianum 2014

    En voici la traduction pour 2014 :

    Votre charité saura, Frères très chers, que, par la miséricorde de Dieu & de notre Seigneur Jésus-Christ qui nous a été annoncée, le 20 avril, nous célèbrerons avec joie la Pâque de Seigneur. ℟. Rendons grâces à Dieu.

  • Prose parisienne de Noël – Votis Pater annuit

    Prose parisienne de Noël - Votis pater annuit 01 Prose parisienne de Noël - Votis pater annuit 02

    Depuis le Moyen-Age, Paris chantait comme prose à la messe du jour de Noël le Lætabundus, une séquence médiévale très connue & très répandue dans les différents rits diocésains de l’ancien espace carolingien. Cette séquence Lætabundus figure toujours du reste dans le rit dominicain actuel, lequel dépend largement de l’ancien rit de Paris.

    Les conciles de Reims de 1564 & de 1583 – chargés d’appliquer en pratique le concile de Trente en France – avaient demandé la révision des très nombreuses proses médiévales qui ornaient les missels français (certaines possédaient en effet des textes qui n’étaient pas toujours très heureux !). On trouve encore le Lætabundus dans le Missale Parisiense de Mgr de Gondy de 1602. Dans le Missale Parisiense du cardinal de Noailles de 1706, alors qu’un nouveau corpus de proses commence à remplacer les anciennes afin d’obéir aux vœux des conciles de Reims, cette édition maintient pourtant le fameux Lætabundus. Notre prose Votis Pater annuit remplaça définitivement le Lætabundus dans le Missale Parisiense de Mgr de Vintimille de 1755.

    La séquence Votis Pater annuit – dont nous ignorons l’auteur – développe en fait le texte et la mélodie d’un noël latin de même incipit plus ancien. Sa gracieuse mélodie du Vème ton – vraisemblablement due au travail de l’Abbé Lebœuf – lui a assuré un grand succès et une large diffusion en France en dehors des limites de l’archidiocèse de Paris. A Paris, la prose était chantée également pendant l’octave de Noël.

    En voici le texte & une traduction du XVIIIème siècle :

    Votis Pater annuit:
    Justum pluunt sidera:
    Salvatorem genuit
    Intacta puerpera:
    Homo Deus nascitur.
    Le Père a exaucé nos vœux ; le Juste, comme une pluie salutaire, descend du haut des cieux ; une Vierge, devenue mère, a mis au monde le Sauveur ; l’Homme-Dieu naît parmi nous.
    Superum concentibus
    Panditur mysterium:
    Nos mixti pastoribus
    Cingamus præsepium
    In quo Christus ponitur.
    Les concerts des Anges découvrent ce mystère ineffable : Allons avec les bergers environner la crèche où le Christ est couché.
    Tu lumen de lumine
    Ante solem funderis:
    Tu numen de Numine
    Ab æterno gigneris,
    Patri par progenies.
    Divin Jésus, lumière de la lumière, vous êtes produit avant le soleil ; Dieu de Dieu, vous êtes engendré de toute éternité, Fils égal en tout à votre Père.
    Tantus es ! et superis,
    Quæ te premit caritas,
    Sedibus delaberis:
    Ut surgat infirmitas
    Infirmus humi jaces.
    Grand par essence, votre immense charité vous presse à descendre du ciel : afin de relever notre faiblesse, vous devenez faible, & vous vous couchez par terre.
    Quæ nocens debueram
    Innocens exequeris:
    Tu legi quam spreveram,
    Legifer subjiceris:
    Sic doces justitiam !
    Innocent, vous payez la peine de mes crimes ; législateur, vous vous assujétissez à la loi que j’ai méprisée : c’est ainsi que vous enseignez la justice.
    Cœlum cui regia,
    Stabulum non respuis;
    Qui donas imperia,
    Servi formam induis:
    Sic teris superbiam.
    Le ciel est votre palais, & vous ne refusez pas une étable ; vous donnez les empires, & vous prenez la forme d’esclave : c’est ainsi que vous confondez l’orgueil.
    Nobis ultro similem
    Te præbes in omnibus:
    Debilibus debilem,
    Mortalem mortalibus:
    His trahis nos vinculis !
    Vous vous rendez en tout semblable à nous ; faible avec les faibles, mortel avec les mortels : c’est par ces liens que vous nous attirez à vous.
    Cum ægris confunderis,
    Morbi labem nesciens;
    Pro peccato pateris
    Peccatum non faciens:
    Hoc uno dissimilis.
    Exempt de la contagion commune, vous ne laissez pas de vous confondre avec ceux qui en sont infectés : incapable de péché, vous souffrez pour le péché ; c’est la seule différence qu’il y a entre vous et nous.
    Summe Pater, Filium
    Qui mittis ad hominem,
    Gratiæ principium,
    Salutis originem,
    Da Jesum cognoscere.
    Père souverain, qui envoyez votre Fils aux hommes, faites-nous connaître Jésus, comme l’auteur de la grâce, comme le principe & la source du salut.
    Cujus igne cœlitus
    Caritas accenditur,
    Ades, alme Spiritus:
    Qui pro nobis nascitur,
    Da Jesum diligere. Amen. Alleluia.
    Esprit Saint, qui allumez la charité par le feu céleste dont vous brûlez, venez, & faites-nous aimer Jésus qui naît pour nous. Ainsi soit-il.

    Programme du premier dimanche de Carême

    Les trois tentations de N.S. - Le Miroir de l'humaine condition, Ecole française du XVe siècleSaint-Eugène, le dimanche 17 février 2013, grand’messe de 11h.
    (Répétition samedi 16 février à 18h, précédée du chant – selon l’ancien usage de Paris – des 1ères vêpres du dimanche à 17h30)

    > Catéchisme sur le Carême

    Quoique les fidèles jeûnent depuis mercredi, la liturgie n’ouvre néanmoins qu’aujourd’hui le commencement du Carême. Autrefois, il s’agissait en effet du véritable début du Carême, le premier jour de jeûne commençant le lendemain lundi. C’est saint Grégoire le Grand qui rajouta les 4 premiers jours au VIème siècle afin d’arriver au compte rond de 40 jours de jeûne. L’office divin conserve la disposition antique antérieure à saint Grégoire : les hymnes propres au Carême ne sont chantées qu’à partir des premières vêpres de ce dimanche ; au second nocturne de l’office de la nuit, une leçon de saint Léon le Grand annonce aux fidèles le début du Carême.

    Ce premier dimanche de Carême est un jour solennel et ne le cède à aucune fête, pas même celle du saint patron du lieu. L’Eglise nous donne en ce jour l’évangile des trois tentations du Christ au désert. Il est remarquable que toutes les pièces du propre de la messe sont empruntées au psaume 90, celui-là même qui fut cité au Christ par le Satan tentateur.

    Très chers fils, leur dit-elle, ayant à vous annoncer le jeûne sacré et solennel du Carême, puis-je mieux commencer mon discours qu’en empruntant les paroles de l’Apôtre en qui Jésus-Christ parlait, et en répétant ce qu’on vient de vous lire : Voici maintenant le temps favorable ; voici maintenant les jours du salut ? Car encore qu’il n’y ait point de temps dans l’année qui ne soient signalés par les bienfaits de Dieu, et que, par sa grâce, nous ayons toujours accès auprès de sa miséricorde ; néanmoins nous devons en ce saint temps travailler avec plus de zèle à notre avancement spirituel et nous animer d’une nouvelle confiance. En effet, le Carême, nous ramenant le jour sacré dans lequel nous fûmes rachetés, nous invite à pratiquer tous les devoirs de la piété, afin de nous disposer, par la purification de nos corps et de nos âmes, à célébrer les mystères sublimes de la Passion du Seigneur.
    Sermon de saint Léon, pape, IVème leçon des vigiles nocturnes de ce dimanche, au second nocturne.

  • Procession d’entrée : Audi benigne Conditor, hymne du Carême, à vêpres – alternances polyphoniques de Jean de Bournonville (1585 † 1632), maître de chapelle des cathédrales d’Abbeville et d’Amiens, et de la Sainte Chapelle de Paris
  • Kyrie XVII – Kyrie Salve
  • Graduel : Conformément au propre du diocèse, le graduel Angelis suis est aujourd’hui chanté sur une mélodie propre du 3ème ton, constamment en usage à Paris depuis au moins le IXème siècle
  • Trait : Faux-bourdon du 2nd ton à l’usage de l’Eglise de Paris (édition de 1739)
  • Credo I
  • Offertoire : Scapulis suis, offertoire polyphonique (1581) de Roland de Lassus (1532 † 1594), maître de chapelle de Saint-Jean-de-Latran puis de l’Electeur de Bavière – anciens versets d’offertoire en plain-chant
  • Sanctus XV
  • Après la Consécration : O salutaris sur le ton de l’hymne du Carême Audi benigne Conditor, d’après Jean de Bournonville
  • Agnus Dei XV
  • Pendant la communion : Répons Emendemus in melius – polyphonie anonyme française de 1529
  • Prière pour la France, faux-bourdon parisien du IIIème ton (édition de 1739)
  • Ite missa est XV
  • Au dernier Evangile : Ave Regina cœlorum
  • Procession de sortie : Attende, Domine – plain-chant musical français, harmonisation de M. le chanoine Gaston Roussel, curé du Port-Marly, maître de chapelle de la cathédrale de Versailles. Versets modernes, repris d’une ancienne litanie du rit mozarabe
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