Vous êtes chanteurs ou instrumentistes et vous souhaitez vous engager au service de la liturgie traditionnelle, n’hésitez pas à nous rejoindre !

La Schola Sainte Cécile chante dans la basilique Saint-Pierre de Rome au Vatican

Nous offrons des cours de chant gratuits chaque samedi de 16h30 à 17h30 : travail du souffle, pose de voix, vocalises, découverte du chant grégorien et du chant polyphonique.

Les Petits Chantres de Sainte Cécile - maîtrise d'enfants

Votre enfant a entre 8 et 15 ans et souhaite chanter ? Inscrivez-le aux Petits Chantres de Sainte Cécile (filles et garçons). Répétitions le mercredi à 18h30 et le dimanche à 10h30.

Retrouvez les partitions que nous éditons, classées par temps liturgique ou par compositeur. Elles sont téléchargeables gracieusement.

Rit parisien – Antienne Quis scit si convertatur – Ières vêpres du Ier dimanche de Carême

Ant. Qui sait si Dieu ne se retournera point vers nous pour nous pardonner et ignorer nos fautes, et nous laisser sa bénédiction ? (cf. Jonas iii, 9)

Source : Antiphonaire de Notre-Dame de Paris (c. 1300) – F-Pn lat. 15181 – Cantus ID: 0004550
(cf. aussi Martin Sonnet, Directorium chori Parisiensi, 1656).

Dans l’usage de Paris, les offices de Carême possèdent des antiennes propres, déjà attestées dans les plus anciennes versions de l’Antiphonaire de saint Grégoire (elles sont ainsi présentes, par exemple, dans l’Antiphonaire de Compiègne – dit de Charles le Chauve, daté des environs de l’an 877). Ces antiennes, romaines à l’origine, ont été perdues par l’office romain lui-même lors de la constitution des « bréviaires » à partir du XIème siècle : il s’agissait alors de pouvoir faire tenir tout l’office divin en un seul livre, et cette gageure n’a pu se faire qu’en sacrifiant de larges parts de l’ancien office choral, en réduisant en particulier le nombre d’antiennes et d’hymnes, ainsi que la taille des leçons de matines. Rome en particulier a perdu les anciens offices de Carême, pendant lequel se dit l’office férial du restant de l’année, avec juste des antiennes propres pour le Benedictus & le Magnificat. Paris a conservé plus longtemps l’ancien répertoire de Carême, avec une antienne propre pour les 5 psaumes des vêpres.

Publication de la date de Pâques & de celles des fêtes mobiles de l’année 2012

La publication de la date de Pâques dans le Pontificale Romanum.

Le jour de l’Epiphanie (dont la solennité est reportée en France au dimanche qui suit), dans le rit romain, le diacre fait selon la tradition la publication de la date de Pâques après le chant de l’évangile.

RIT ROMAIN

En voici le chant pour 2012, réalisé par nos soins :

En voici la traduction pour 2012 :

Vous avez su, Frères très chers, par la miséricorde de Dieu qui nous a été annoncée, que nous avons été comblés par la Nativité de Notre Seigneur Jésus-Christ, ainsi de même nous vous annonçons la joie qui nous sera procurée par la Résurrection de notre même Sauveur.

  • Le 5 février sera le dimanche de la Septuagésime.
  • Le 22 du même mois sera le jour des Cendres et le début du jeûne très sacré du Carême.
  • Le 8 avril sera la sainte Pâque de Notre Seigneur Jésus-Christ, que vous célèbrerez avec joie.
  • Le 17 mai sera l’Ascension de Notre Seigneur Jésus-Christ.
  • Le 27 du même mois sera la fête de la Pentecôte.
  • Le 7 juin sera la fête du Très Saint Corps du Christ.
  • Le 2 décembre sera le premier dimanche de l’Avent de Notre Seigneur Jésus-Christ, à qui est l’honneur et la gloire, dans les siècles des siècles. Amen.

    Plus de détails sur la Publication de la date de Pâques à l’Epiphanie.

    Un petit livret imprimable à l’attention du clergé.

    Et un enregistrement pour faciliter le travail du diacre :

    RIT PARISIEN

    Voici le chant de l’ancien usage de Paris, pour 2012 :

    RIT AMBROSIEN

    Voici le chant pour le rit ambrosien, pour 2012 :

  • Chant du Prologue de l’Evangile selon saint Jean à Noël


    En complément aux cantilènes des évangiles de Noël publiées par dom Reiser dans son Laudes festivæ, voici un chant magnifique du Prologue de Jean autrefois en usage dans certains diocèses français. Le chant y était prévu pour les prières du soir au salut, mais il pourrait faire les délices d’un diacre doué d’une belle voix à la messe du jour de Noël.

    Fichier PDF : Laudes festivæ lectionarium et cantarium – 1940

    Cet ouvrage fut édité en 1940 par le dom Reiser, osb, qui y a réunit des pièces assez difficiles à trouver par ailleurs. Après un traité de rythmique, l’ouvrage comporte deux parties.

    Une première partie consiste en un très intéressant lectionnaire, qui – à l’approche de Noël, pourrait se révéler utile à plusieurs de nos lecteurs. En effet, il comporte diverses cantilènes du temps de la Nativité : chant du Martyrologe de Noël, chant des leçons des matines de Noël (avec le chant abrégé des répons), cantilènes ornées pour les épîtres et évangiles des messes de Noël & de l’Epiphanie. Le cycle pascal est lui aussi représenté : leçons des IInds & IIIèmes nocturnes des offices de Ténèbres (avec le chant abrégé des répons), 12ème prophétie du samedi saint (Nabuchodonosor), leçons du nocturne de Pâques & de Pentecôte, épitres & évangiles du Samedi Saint, de Pâques & de la Pentecôte.

    La seconde partie contient nombre de pièces à dévotion qui peuvent être utilisées par exemple aux Saluts du Très-Saint Sacrement. A noter que nombre d’entre elles proviennent du rit ambrosien (ces pièces sont signalées par un astérisque).

    Vous pouvez télécharger ce fichier PDF en cliquant sur l’image ci-dessus.

    Fichier PDF : Les 9 répons des nocturnes du Ier dimanche de l’Avent

    Au cours de sa brève existence terrestre, le génial typographe allemand Holger Peter Sandhofe (7 janvier 1972 † 24 mai 2005) avait eu le temps de réaliser un travail considérable en publiant en 2002 son Nocturnale Romanum, prouesse éditoriale que nul – même Solesmes – n’avait pu conduire durant tout le XXème siècle : en effet, de 1911 (date de la réforme de l’ordonnance de l’office divin par la bulle Divino Afflatu) à 2001, aucun livre n’avait été publié qui pouvait permettre à un chœur de chanter l’office nocturne refondu par saint Pie X pour n’importe quel jour de l’année, en dehors de quelques grandes fêtes. Seul un hypothétique & complexe recours à des manuscrits ou à des rares éditions des XVIIème, XVIIIème ou XIXème siècle – lesquelles contenaient l’ordo traditionnel de l’office, substantiellement modifié en novembre 1911 – aurait pu permettre à un chœur de s’acquitter – partiellement – du chant de l’office nocturne.

    Avant de mourir, Holger Peter Sandhofe avait démarré un site web prometteur sur lequel il avait commencé à mettre en ligne beaucoup de ses travaux préparatoires à d’autres futures éditions musicales, il n’y avait mis que relativement peu de ressources directement issues de son Nocturnale Romanum puisque celui-ci était déjà publié. Dieu merci, j’avais pu sauvegarder ces excellents fichiers PDF quelques temps avant d’apprendre sa disparition, rapidement suivie par la fermeture de son site web. L’un des rares fichiers issus du Nocturnale Romanum donne les 9 répons de l’office nocturne du Ier dimanche de l’Avent, répons que nous avons eu le bonheur de chanter dimanche dernier au cours des matines à Saint-Eugène, répons qui sont d’une réelle beauté. C’était émouvant de prier ces matines de l’Avent en confiant au Seigneur le repos de l’âme de Holger Peter Sandhofe.

    Le premier de ces répons, Aspiciens a longe est tout particulièrement fameux et bien connu des spécialistes de la liturgie romaine, par la structure inhabituellement complexe de ses nombreuses réclames ; peut-être est-ce un relief d’un état archaïque de l’office romain dans lequel le chant des répons nocturnes tenait la première place dans la dévotion des clercs & des fidèles. Vous pouvez télécharger ce fichier PDF en cliquant sur l’image ci-dessous.

    Tubas cum cytharis – rythme en l’honneur de sainte Cécile

    Cette pièce témoigne de la dévotion des musiciens envers sainte Cécile au XVème siècle. Elle peut se chanter en rythme ternaire, en prenant pour longues les notes avec épisèmes verticaux.

    1. Tubas cum cytharis jam nunc assumite. Prenez maintenant vos trompettes et vos cithares,
    2. Triumphum Mártyris jam nunc celebráte. Venez maintenant célébrer le triomphe des martyrs.
    3. Angelórum et Vírginum ágmina. Et, troupe des anges et des vierges,
    4. Et cum voce lætítiæ dícite : Dites tous avec joie comme nous :
    O felix Cæcília ! O felix Cæcília ! O heureuse Cécile !
    5. Præclára sítiens illa victóriæ. Elle aspire à la victoire éclatante,
    6. In corpus sæviens virtúte grátiæ. En son corps souffrant brille la force de la grâce,
    7. Tradit furéntibus. Elle le livre aux furieux,
    8. Membra mucrónibus. Elle livre ses membres aux malfaiteurs.
    O felix Cæcília ! O felix Cæcília ! O heureuse Cécile !
    9. Et nos qui gémimus favens nos respíce. Et nous qui gémissons, regarde-nous favorablement
    10. Sæpe quem læsimus sta coram Júdice. Assiste-nous devant le Juge que souvent nous avons lésé,
    11. Líberis det méntibus ad cælum téndere. Aide nos âmes à tendre, libres, vers le ciel,
    12. Purgatósque sórdibus fac tecum vívere. Pour que purgés de nos péchés nous puissions vivre en ta compagnie.
    O felix Cæcília ! O felix Cæcília ! O heureuse Cécile !

    Source : Chanoine Joseph Besnier, Directeur de la Maîtrise de la Cathédrale de Nantes, Manuel pour les bénédictions du S. Sacrement et les processions, Saint-Laurent-sur-Sèvres, Lemoine-Biton, 1939, p. 358.

    Quam pulchre graditur, la « Marseillaise de Saint-Sulpice »

    En cette belle fête de la Présentation de la Vierge au Temple, nous vous proposons la musique et le texte d’une hymne de cette fête, composition naguère très célèbre.

    Quam pulchre graditur fut composée dans la première moitié du XVIIIème siècle par Urbain Robinet, docteur en théologie, qui avait été élève à Saint-Sulpice vers 1706. Cette hymne fut accueillie par la suite par plusieurs bréviaires diocésains français pour les vêpres de la Présentation, cet office étant dépourvu d’hymne propre au Bréviaire romain. Elle constitue du reste toujours l’hymne des vêpres de la Présentation dans le propre de Paris (sa musique ci-après est tirée des Offices propres du diocèse de Paris approuvés par Sa Sainteté le Pape Pie XI et publiés par ordre de Son Eminence le Cardinal Dubois, archevêque de Paris en 1923). L’hymne est surtout célèbre pour avoir servi à la touchante cérémonie de renouvellement des promesses cléricales le 21 novembre en la fête de la Présentation, cérémonie instituée par les Sulpiciens et diffusée par la suite dans de nombreux séminaires. Elle était chantée avec ferveur et entrain par les membres du clergé, d’où son sobriquet de « Marseillaise de Saint-Sulpice » ou de « Marseillaise de la Sainte Vierge ».

    La musique en est évidemment ternaire (il faut penser les épisèmes verticaux de la notation de 1923 comme des notes longues).

    Télécharger la partition sous forme de livret.

    Quam pulchre graditur filia principis,
    Templi cum properat limina tangere !
    Praeludit meliori
    Quam mox offeret hostiam.
    Qu’elle est belle la démarche de la fille du prince, se hâtant de toucher au parvis du Seigneur ! Elle prélude, en s’immolant elle-même, au sacrifice plus précieux qu’elle offrira bientôt.
    E matris gremio, Numinis in sinum
    Infans non dubiis passibus advolat;
    Virgo Numinis ara,
    Aris victima sistitur.
    Encore enfant, elle accourt, non d’un pas incertain, des bras de sa Mère dans le sein de Dieu ; et cette Vierge, dont le cœur est un autel consacré à la Divinité, se présente devant les autels comme victime.
    Sponso membra Deo mollia devovet;
    Cordis Virginei dedicat intima
    Verbo debita Mater,
    Verbo viscera consecrat.
    En prenant Dieu pour son Époux, elle lui voue son tendre corps ; elle lui dédie l’intérieur de son cœur virginal, et consacre déjà son propre sein au Verbe, dont elle doit être la Mère.
    Tecum cuncta Deo prodiga dum voves,
    Numen, Virgo fui pectoris incola,
    Quanto foenore pensat
    Terras qua bona despicis !
    O Vierge qui vouez à Dieu toutes choses avec vous, de quel accroissement de grâces le Dieu qui habite dans votre cœur ne paye-t-il pas les biens que vous lui sacrifiez ?
    Quid nos illa queant improba gaudia?
    Cur nos jam pigeat vincula rumpere?
    Dux est Virgo sacerdos :
    Fas sit quo properat sequi !
    Pourquoi de misérables joies nous retiennent-elles ? Pourquoi différer encore de rompre tous nos liens ? Vierge et prêtre, elle nous ouvre la voie : qu’il nous soit donné de marcher à sa suite !
    Ergo nunc tua gens se tibi consecrat;
    Ergo nostra manes portio tu Deus,
    Qui de Virgine natus,
    Per nos sape renasceris.
    C’en est donc fait, ô Dieu, votre tribu se consacre à vous seul ; donc vous demeurez notre unique partage, vous qui, né de la Vierge, daignez chaque jour renaître à notre voix.
    Sit laus summa Patri, summaque Filio;
    Sit par, sancte, tibi gloria, Spiritus !
    Si nos intus aduris,
    Puro corde litabimur. Amen.
    Gloire suprême au Père, gloire suprême au Fils, égale gloire à vous, Esprit-Saint ! si vous nous enflammez intérieurement, nous offrirons d’un cœur pur le divin sacrifice.

    Une prose à saint Michel par Adam de Saint-Victor – Laus erumpat ex affectu

    Laus erumpat ex affectu - Prose de saint Michel d'Adam de Saint-Victor

    Cette prose Laus erumpat ex affectu en l’honneur de saint Michel archange fut composée par Adam de Saint-Victor (c. 1112 † c.1146), préchantre de Notre-Dame de Paris. Comme une douzaine d’autres séquences du même auteur, cette prose est établie sur le même type mélodique que sa fameuse séquence Laudes Crucis attollamus, composée pour les fêtes de la Croix. Sur ce même thème fut modulé par la suite au XIIIème siècle la fameuse séquence de la Fête-Dieu, Lauda, Sion, Salvatorem. Dans la partition ci-dessus, les doubles barres marquent l’alternance des chœurs, ceux-ci peuvent se rejoindre pour le dernier vers et l’Amen final.

    Cette séquence de saint Michel, née à Paris dans le contexte de la liturgie parisienne, s’est répandue un peu partout dans l’espace de l’ancien empire carolingien au cours du Moyen-Age. En particulier, elle fut en usage au Mont-Saint-Michel depuis le XIIème siècle jusqu’à la Révolution, et dans le diocèse de Coutances, depuis le XIIème siècle jusqu’en 1778, où on lui substitua la moderne Angelorum solemnia, qui lui est inférieure. La prose Laus erumpat ex affectu était utilisée au Mont-Saint-Michel non seulement pour la fête universelle du 29 septembre mais également pour la fête du 16 octobre qui commémore dans les diocèses normands l’apparition de saint Michel Archange au Mont Tombe et la dédicace de la Basilique du Mont-Saint-Michel.

    En voici le texte et sa traduction par dom Guéranger :

    LAVS erumpat ex affectu,
    Psallat chorus in conspectu
    Supernorum civium :
    Empressée soit la louange ; que notre chœur, du fond de l’âme, chante en présence des citoyens des cieux :
    Laus jocunda, laus decora,
    Quando laudi concanora
    Puritas est cordium.
    Agréée sera-t-elle et convenable, cette louange, si la pureté des âmes qui chantent est à l’unisson de la mélodie.
    MICHÆLEM cuncti laudent,
    Nec ab hujus se defraudent
    Diei lætitia :
    Que Michaël soit célébré par tous ; que nul ne s’excommunie de la joie de ce jour :
    Felix dies qua sanctorum
    Recensetur Angelorum
    Sollemnis victoria.
    Fortuné jour, où des saints Anges est rappelée la solennelle victoire !
    DRACO vetus exturbatur
    & draconis effugatur
    Inimica legio :
    L’ancien dragon est chassé, et son odieuse légion mise en fuite avec lui ;
    Exturbatus est turbator
    & projectus accusator
    A cœli fastigio.
    Le troubleur est troublé à son tour, l’accusateur est précipité du sommet du ciel.
    SVB tutela Michaelis
    Pax in terra, pax in cœlis,
    Laus & jubilatio :
    Sous l’égide de Michel, paix sur la terre, paix dans les cieux, allégresse et louange ;
    Cum sit potens hic virtute,
    Pro communi stans salute,
    Triumphat in prœlio.
    Puissant et fort, il s’est levé pour le salut de tous, il sort triomphant du combat.
    SVGGESTOR sceleris,
    Pulsus a superis,
    Per hujus aeris
    Oberrat spatia :
    Banni des éternelles collines, le conseiller du crime parcours les airs, dressant ses pièges, dardant ses poisons ;
    Dolis invigilat,
    Virus insibilat,
    Sed hunc adnihilat
    Presens custodia.
    Mais les Anges qui nous gardent réduisent à néant ses embûches.
    TRES distinctæ hierarchiæ
    Jugi vacant theoriæ
    Jugique psallentio :
    Leurs trois distinctes hiérarchies sans cesse contemplent Dieu et sans cesse le célèbrent en leurs chants ;
    Nec obsistit theoria
    Sive jugis harmonia
    Jugi ministerio.
    Ni cette contemplation, ni cette perpétuelle harmonie ne font tort à leur incessant ministère.
    O quam miræ caritatis
    Est supernæ civitatis
    Ter terna distinctio :
    O combien admirable est dans la céleste cité la charité des neufs chœurs !
    Quæ nos amat & tuetur,
    Vt ex nobis restauretur
    Ejus diminutio.
    Ils nous aiment et ils nous défendent, comme destinés à remplir leurs vides.
    SICVT sunt hominum
    Diversæ gratiæ,
    Sic erunt ordinum
    Distincte gloriæ
    Iustis in præmio ;
    Entre les hommes, diverse est la grâce ici-bas ; entre les justes, divers seront les ordres dans la gloire au jour de la récompense.
    Solis est alia
    Quam lunæ dignitas,
    Stellarum varia
    Relucet claritas :
    Sic resurrectio.
    Autre est la beauté du soleil, autre celle de la lune ; et les étoiles diffèrent en leur clarté : ainsi sera la résurrection.
    VETVS homo novitati,
    Se terrenus puritati
    Conformet cœlestium :
    Que le vieil homme se renouvelle, que terrestre il s’adapte à la pureté des habitants des cieux :
    Coæqualis his futurus,
    Licet nondum plene purus,
    Spe præsumat præmium.
    Il doit leur être égal un jour ; bien que non pleinement pur encore, qu’il envisage ce qui l’attend.
    VT ab ipsis adjuvemur
    Hos devote veneremur,
    Instantes obsequio :
    Pour mériter le secours de ces glorieux esprits, vénérons-les dévotement, multipliant envers eux nos hommages ;
    Deo nos conciliat
    Angelisque sociat
    Sincera devotio.
    Un culte sincère rend Dieu favorable et associe aux Anges.
    DE secretis reticentes
    Interim cœlestibus,
    Erigamus puras mentes
    In cœlum cum manibus :
    Taisons-nous des secrets du ciel, en haut cependant élevons et nos mains et nos âmes purifiées :
    Vt superna nos dignetur
    Cohæredes curia,
    & divina collaudetur
    Ab utriusque gratia.
    Ainsi daigne l’auguste sénat voir en nous ses cohéritiers ; ainsi puisse la divine grâce être célébrée par le concert de l’angélique et de l’humaine nature.
    CAPITI sit gloria
    Membrisque concordia. Amen.
    Au Chef soit la gloire, aux membres l’harmonie ! Amen.

    La partition donnée ci-dessus au début de cet article est issue du répertoire de l’Abbaye de la Lucerne-d’Outremer où le valeureux Abbé Lelégard (1925 † 1994) faisait naguère revivre les antiques traditions du diocèse de Coutances.

    En voici une partition médiévale, extraite du fameux Prosaire de la Sainte-Chapelle de Paris, manuscrit daté des environs de 1250 et conservé à la bibliothèque du chapitre de Saint-Nicolas de Bari, édité par dom Hesbert en 1952 (pages 228 à 231).

    Nobilis, humilis – Une hymne norvégienne à saint Magnus

    Un récent séjour aux Iles Orcades me donne le propos d’un petit article sur une hymne magnifique en l’honneur de saint Magnus qui y fut jadis composée, laquelle constitue un témoin important dans l’histoire de la musique sacrée occidentale.

    En voici le début dans le manuscrit du XIIIème siècle conservé à l’université d’Uppsala :

    Et en voici une splendide interprétation par La Maurache et l’Ensemble Fulbert de Chartres (Musica Cathedralis – Disque Arion ARN 268428 – 1998) que je vous invite à découvrir :

    https://schola-sainte-cecile.com/wp-content/2011/07/1-01-Hymne-a-Saint-Magnus.mp3

    En voici une transcription en notation moderne :

    I. Nobilis, humilis, Magne martyr stabilis,
    Habilis, utilis, comes venerabilis
    Et tutor laudibilis tuos subditos
    Serva carnis fragilis, mole positos.
    I. Magnus, noble et humble martyr puissant,
    Valeureux, seriable, vénérable compagnon
    Et guide digne de louanges, protège tes sujets
    Devant le danger où ils sont, par la faiblesse de la chair.
    II. Præditus, cœlitus, dono Sancti Spiritus
    Vivere, temere, summa caves opere
    Carnis motus premere, studes penitus
    Ut carnis in carcere, regnet spiritus.
    II. Pourvu du don du Saint-Esprit, tu as pris soin
    Dans toutes tes actions de vivre sans souci du lendemain
    Et de réprimer les pulsions de la chair. Tu t’es profondément appliqué
    Pour que, une fois obtenue la maîtrise de la chair, l’esprit règne.
    III. Gravia, tedia, ferens pro justicia,
    Raperis, terreris, donec ictu funeris
    Abymis extolleris ad cœlestia
    Sic Christo conjungeris per supplicia.
    III. De graves dommages tu as subi par amour de la justice,
    On t’a persécuté jusqu’à ce qu’un funeste coup
    T’emporte des abîmes pour te porter en haut des cieux
    Où par ton supplice, tu as pu t’unir au Christ.
    IV. Pura gloria, signorum frequencia
    Canitur, agitur, Christus benedicitur,
    Et tibi laus redditur in Ecclesia
    O quam felix cernitur hinc Orchadia.
    IV. Ta pure gloire ainsi que tes nombreux miracles
    Est chantée. Tu es béni par le Christ
    Et nous proclamons ta louange dans toute l’Eglise
    Depuis ces Orcades, îles bienheureuses.
    V. Gentibus laudibus, tuis insistentibus
    Gratiam, veniam & æternam gemmam,
    Precuum preinstantiam propter optine
    Hanc salvans familiam a discrimine.
    V. Que le peuple qui chante sans cesse tes louanges
    Obtienne grâce, pardon et biens éternels.
    De grâce, écoute nos incessantes prières
    Et préserve notre famille de la chute par le péché.

     

    Cette hymne provient des Iles Orcades, archipel britannique situé au Nord de l’Ecosse. Les Orcades furent colonisées à partir du VIIIème siècle par les Vikings et dépendirent de la Norvège jusqu’au XVème siècle où elles furent annexées par l’Ecosse en dédommagement de la dot jamais payée de Marguerite de Danemark, épouse de Jacques III d’Ecosse.

    Saint Magnus fut au XIIème siècle un des comtes norvégien des Orcades, mais le titre était revendiqué par un de ses cousins, qui n’hésita pas à le faire exécuter après l’avoir capturé de façon inique. Le comte Magnus subit le martyre le 16 avril 1117, priant pour ses bourreaux. Saint Magnus était de son vivant apprécié par les Orcadiens pour sa grande piété, son honnêteté et sa non-violence. Ces vertus ayant été glorifiées par le martyre, il devint le saint patron des îles Orcades et l’un des saints les plus vénérés de la Norvège catholique, avant la réforme protestante.

    A Kirkwall, capitale des Orcades, on peut toujours voir la magnifique cathédrale édifiée très vite pour abriter les reliques de saint Magnus et qui fut consacrée dès l’an 1137. Le diocèse des Orcades était placé sous l’autorité de l’archevêque de Nidaros, en Norvège. Depuis la réforme protestante, la cathédrale Saint-Magnus de Kirkwall est occupée par les presbytériens écossais.

    Néanmoins, on y a retrouvé tout à fait par hasard en 1917 les reliques de saint Magnus qui avaient été cachées dans un pilier depuis la réforme protestante.

    Un rare exemple de polyphonie primitive notée : le gymel

    Cette hymne à saint Magnus est un rare exemple de polyphonie primitive scandinave. Elle se retrouve dans un codex du XIIIème siècle conservé à l’Université d’Uppsala, mais pourrait être plus ancien et remonter à la fin du XIIème siècle. Sa polyphonie à deux voix s’inscrit dans le Vème ton ecclésiastique (mode de fa lydien). Elle est un parfait exemple du genre musical appelé gymel, dit encore gimel ou gemell. Ce terme dérive du latin gemellus, qui signifie jumeau, terme qui rend bien compte de cette technique d’harmonisation où les deux voix procèdent par tierces parallèles.

    La notation du manuscrit d’Uppsala ne comporte pas d’indication rythmique ; le rythme de l’hymne a été déduit par les musicologues qui ont montré qu’elle est constituée de formules mélodiques et rythmiques que l’on retrouve dans des compositions vikings un peu postérieures. On serait donc en présence d’une adaptation à la liturgie latine des formules traditionnelles employées pour le chant des sagas scandinaves.

    La caractéristique du gymel est d’employer l’intervalle de tierce, lequel était considéré comme un intervalle dissonant à cette époque sur le continent européen, probablement parce que la musique européenne de l’époque était fondée sur les considérations pythagoricienne des intervalles. La gamme de Pythagore donne des quintes justes pures, mais les tierces ne sonnent pas très bien dans ce système. Ce chant de Vikings devait paraître très étranges aux oreilles étrangères, qui réprouvaient l’usage de la tierce. Du reste, les commentateurs arabes avaient comparé le chant des Vikings, peu familiers à leurs oreilles, au hurlement des loups ou des chiens !

    Un texte de l’archidiacre Giraud de Barri, ecclésiastique gallois du XIIème siècle, semble indiquer la large diffusion dans le Nord de la Grande-Bretagne du chant en tierces parallèles de style gymel, et Giraud indique que cette technique provient manifestement des Vikings :

    In borealibus quoque majoris Britanniae partibus, trans Humbriam scilicet Eboracique finibus, Anglorum populi qui partes illas inhabitant simili canendo symphonica utuntur harmonia: binis tamen solummodo tonorum differentiis et vocum modulando varietatibus, una inferius submurmurante, altera vero superne demulcente pariter et delectante. Nec arte tamen sed usu longaevo et quasi in naturam mora diutina jam converso, haec vel illa sibi gens hanc specialitatem comparavit. Qui adeo apud utramque invaluit et altas jam radices posuit, ut nihil hic simpliciter, nihil nisi multipliciter ut apud priores, vel saltem dupliciter ut apud sequentes melice proferri consueverit; pueris etiam, quod magis admirandum, et fere infantibus, cum primum a fletibus in cantus erumpunt, eandem modulationem observantibus.

    Angli vero, quoniam non generaliter omnes sed boreales solum hujusmodi vocum utuntur modulationibus, credo quod a Dacis et Norwagiensibus qui partes illas insulae frequentius occupare ac diutius obtinere solebant, sicut loquendi affinitatem, sic et canendi proprietatem contraxerunt.

    *
    Dans le nord de la Grande-Bretagne, au-delà de l’Humber, et dans la région d’York, les peuples Angles qui habitent ces régions utilisent le même genre de chant par harmonie symphonique : mais avec une variété de seulement deux mélodies vocales de tons distincts, l’une, inférieure, murmure, l’autre au-dessus, est tout aussi apaisante et charme l’oreille. Pourtant, dans ces deux régions, ce style particulier est acquis non par étude, mais par un long usage, de sorte qu’il est devenu en quelque sorte une habitude de seconde nature. Et cela est devenu si fort dans les deux pays, et pris de telles racines, que l’on n’entend jamais le chant simple, mais soit avec beaucoup de voix comme dans l’ancien [Pays de Galles], ou toutefois au moins deux comme dans ce dernier [nord de l’Angleterre]. Et ce qui est encore plus merveilleux, c’est que même les enfants, et presque même les nourrissons, dès qu’ils passent des larmes au chant, suivent cette même façon de chanter.

    Les Anglais cependant ne font généralement pas usage de cette manière de chanter, mais seuls les habitants du Nord ; aussi je crois que c’est par les Danois et les Norvégiens, qui ont souvent occupé ces parties de l’île et avaient l’habitude de les tenir pour de longues périodes, que les habitants ont acquis leurs affinités dans leur façon de parler et leur manière particulière de chanter.

    Cette hymne de saint Magnus est un témoin important dans l’histoire de la musique occidentale et nous donne un écho des traditions orales qui devaient être largement pratiquées dans les chrétientés nordiques.

    Hymne de saint Magnus, f° 19v° & 20 r° du manuscrit C233 de la Bibiliothèque de l’Université d’Uppsala.

    Prose parisienne de la fête de saint Pierre & saint Paul – Offices notés complets de Paris – 1899

    La composition de cette prose est de Simon Gourdan (1646 † 1729), chanoine de Saint-Victor. En voici le texte et une traduction ancienne.

    TE laudámus, o Regnátor,
    O pastórum, Christe, Pastor,
    Summis in Princípibus.
    Nous te louons, ô Souverain, ô Christ, Pasteur des pasteur, en la personne de ces premiers pasteurs.
    Tibi memor gratulétur,
    Et concéssis gloriétur
    Pia plebs paréntibus.
    Que le peuple fidèle te rende grâces et te glorifie pour les avoir reçus comme pères.
    HI sunt Sion fundaménta,
    Hi colúmnæ, fulciménta,
    Turres, propugnácula.
    Ce sont eux les fondements de Sion, ce sont eux ses colonnes, ses tours, et ses soutiens.
    Hi bissénæ turbæ duces,
    Hi stellántis aulæ faces,
    Orbis et orácula.
    Ce sont eux les chefs du troupeau, ce sont eux les flambeaux du ciel et les oracles de l’univers.
    HIS ambóbus orbis cessit,
    His ambóbus nox recéssit
    Pulsa lumináribus.
    Tous deux ont subjugué le monde, tous deux ont dissipé les ténèbres par les lumières de la foi.
    Petro vertex principátus,
    Paulo verbi magistrátus
    Obtigit in géntibus.
    Pierre reçoit la grâce de la primauté et Paul la prérogative d’apôtre des nations.
    ILLI claves committúntur :
    Huic arcánæ res pandúntur
    Rapto super æthera.
    Les clefs sont confiées à Pierre, à Paul la révélation des mystères cachés en étant enlevé au-dessus des cieux.
    Hæc fœcúnda nos lactárunt
    Ore, scriptis, et potárunt
    Sponsæ matris úbera.
    Ils sont comme les mamelles de l’Eglise notre mère, puisqu’ils nous ont abreuvés du lait de la foi par leur prédication et par leurs écrits.
    ARCEM impérii
    Christo subjíciunt,
    Et sacerdótii
    Caput stabíliunt.
    Ils soumettent au Christ la capitale de l’Empire, et y établissent le siège du sacerdoce.
    Athlétæ férvidi
    Debéllant númina :
    Torréntes límpidi
    Manant in flúmina.
    Athlètes intrépides, ils abattent les idoles ; torrent limpides, ils arrosent le champ de l’Eglise.
    NAVIS Petri non quassátur,
    Contra fluctus obfirmátur ;
    Hac in arca grex salvátur
    Integer credéntium.
    La barque de Pierre est inébranlable, elle résiste à la fureur des flots ; c’est dans cette arche que le troupeau des croyants est à couvert du naufrage.
    Quin olympus reserátur,
    Vel indígnis obserátur,
    Sors ætérna temperátur
    Ad Petri judícium.
    Sur l’ordre de Pierre, le ciel s’ouvre ou bien se ferme, les destinées éternelles sont décidées.
    QUANTA cœlo merces datur !
    Cruce Petrus consummátur,
    Ferro Paulus obtruncátur :
    Sic se litant hóstiæ.
    Que leur récompense est grande dans le ciel ! Pierre consume ses jours sur la croix, et Paul par le fer ; ainsi s’immolent-ils en hosties.
    Hic triúmphus bellatórum :
    Hæc coróna magistrórum :
    Binum lumen oculórum
    Sic micat Ecclésiæ.
    Tel est le triomphe de ces soldats, telle est la couronne de ces maîtres, ainsi brillent ceux qui sont comme les deux yeux de l’Eglise.
    PETRE, radix unitátis,
    Paule, jubar veritátis,
    Super astra qui regnátis,
    Datæ jure potestátis
    Nos e cœlo régite.
    Pierre, racine de l’unité, Paul, rayon perçant de la vérité, vous régnez au-dessus des cieux ; comme vous en avez reçu le pouvoir, conduisez-nous nous aussi au ciel.
    Quos in fide genuístis,
    Quos præcéptis imbuístis,
    Quos exémplo docuístis,
    Quos cruóre perfudístis,
    Deo nos conjúngite. Amen. Allelúia.
    Ceux que vous avez engendrés dans la foi, que vous avez nourris de vos leçons, que vous avez enseignés par vos exemples et pour qui vous versâtes votre sang, unissez-les à Dieu. Amen. Alleluia.