Nous offrons des cours de chant gratuits chaque samedi de 16h30 à 17h30 : travail du souffle, pose de voix, vocalises, découverte du chant grégorien et du chant polyphonique.
Votre enfant a entre 8 et 15 ans et souhaite chanter ? Inscrivez-le aux Petits Chantres de Sainte Cécile (filles et garçons). Répétitions le mercredi à 18h30 et le dimanche à 10h30.
Agnus Dei, qui tollis peccáta mundi : miserére nobis.
Agneau de Dieu, qui ôtes les péchés du monde : aie pitié de nous.
Agnus Dei, qui tollis peccáta mundi : miserére nobis.
Agneau de Dieu, qui ôtes les péchés du monde : aie pitié de nous.
Agnus Dei, qui tollis peccáta mundi : dona nobis pacem.
Agneau de Dieu, qui ôtes les péchés du monde : donne-nous la paix.
Cette partition est extraite du Propre de Paris de 1925, édition établie sur la première édition originale de 1669, et suivant fidèlement le rythme et les altérations voulues par le compositeur.
℣. Allez, c’est l’envoi. ℟. Rendons grâces à Dieu.
Cette partition est extraite du Propre de Paris de 1925, édition établie sur la première édition originale de 1669, et suivant fidèlement le rythme et les altérations voulues par le compositeur.
Cette prose Nativitas Mariæ Virginis qui date probablement du XIIIème siècle se retrouve à partir du siècle suivant dans de très nombreux usages diocésains aussi variés qu’Auxerre, Lyon, Uppsala, Nidaros, Lausanne, Esztergom, dans les missels des Frères Mineurs et des Prêcheurs, ceux de Cluny, etc… (Cf. Ulysse Chevalier, Repertorium hymnologicum IV, p. 128, notice 11881). Quoique qu’elle ne fut pas en usage à Paris, la séquence Nativitas Mariæ Virginis fut insérée toutefois dans les chants des Saluts à la fin des Offices propres du diocèse de Paris approuvés par ordre de Son Eminence le Cardinal Dubois, archevêque de Paris en 1923 (très intéressant supplément contenant nombre de pièces anciennes, exhumées principalement grâce au talent du musicologue Amédée Gastoué qui en fit les transcriptions).
Le changement du premier terme Nativitas en Conceptio la rend apte à être chantée également pour la fête de l’Immaculée Conception le 8 décembre.
Gáudii primórdium
Et salútis núntium
Diem nostræ cánimus.
Nous célébrons le jour qui commence notre joie, le jour qui annonce notre salut.
Quæ dat hora Vírginem,
Spondet Deum hóminem :
En venit quem quærimus.
Le moment qui donne la naissance à la Vierge Marie, nous promet un Homme-Dieu : celui que nous attendons va paraître.
Qvam in matrem éligit,
Hujus ortum dírigit
Deus omnis grátiæ.
Le Dieu de toute grâce, qui a choisi Marie pour sa mère, préside à sa naissance : il la comble de ses bienfaits.
Domum quam inhábitet,
Mox e qua nos vísitet,
Ornat sol justítiæ.
Le Soleil de justice orne de ses dons la maison qu’il veut habiter, & d’où il vient se rendre visible aux hommes.
Qvot micat lumínibus,
Suis Deus úsibus
Quod vas fingit glóriæ.
De quel éclat doit briller ce vase précieux, que Dieu prend soin de former pour lui-même !
Quot latent mirácula !
Fiet hæc nubécula
In vim magnam plúviæ.
Que de prodiges sont ici renfermés ! C’est une petite nuée qui s’élève, mais qui deviendra pour nous une pluie féconde et abondante.
Benedícta fília,
Tota plena grátia,
Tota sine mácula :
Fille sainte & bénie, remplie des grâces du Seigneur, Vierge pure et sans tache :
Cæli quod jam hábitas,
Pande nobis sémitas
Prece, Virgo, sédula.
Priez pour nous sans cesse, ô Vierge sainte, et ouvrez-nous par ce moyen l’entrée du ciel, où vous habitez.
Iram promerúimus ;
Christe, pacem pétimus :
Hanc da, matris précibus.
Nous avons mérité votre colère, ô Jésus ; nous soupirons après notre réconciliation : accordez-la aux prières de votre Mère.
Vt in nobis máneas,
Corda nostra præbeas
Pura culpis ómnibus. Amen. Alleluia.
Afin que nous soyons une demeure digne de vous, Seigneur, daignez purifier nos cœurs de tout péché. Amen. Alléluia.
Cette séquence moderne – Gaudii primordium – s’est substituée aux anciennes proses médiévales qu’employait l’usage de Paris pour célébrer la fête de la Nativité de la Sainte Vierge (Hac clara die pour le jour de la fête, Ave mundi spes Maria pour le dimanche dans l’octave, Res est admirabilis pour le second jour dans l’octave, Ave mater Iesu Christi pour le troisième jour dans l’octave, Inviolata pour le quatrième jour dans l’octave, Ave Maria pour le cinquième jour dans l’octave, Salve Mater salvatoris pour le jour octave). Elle est entrée au d’abord au Missel parisien du cardinal de Noailles de 1706 puis fut reprise par leMissel parisien de Mgr de Vintimille de 1738, d’où elle s’est diffusée dans un grand nombre de diocèses français.
La mélodie adoptée pour Gaudii primordium est un ton assez simple employée pour plusieurs autres proses parisiennes, comme Ave plena gratia pour la fête de la Purification de la Sainte Vierge.
Ce plain-chant hollandais dans le goût des plains-chants musicaux des XVIIème et XVIIIème siècle est tiré d’un ouvrage très intéressant anonyme de 1761 (réédité en 1762) – Messis copiosa, de fait dû au travail éditorial de Jean Baptiste Scheepen, curé à Amsterdam. Il est difficile de discerner dans cet ouvrage la part entièrement composée par ce prêtre et celle reprenant des tons plus anciens, répandus dans la sphère germanique rhénane. La plupart des airs sont assez simples, aux tournures parfois franchement populaires (c’est le cas de ce Pange lingua) et permettaient une diffusion facile des textes de la liturgie catholique sur des terres de mission difficiles depuis longtemps gagnés par le protestantisme.
L’édition a manifestement omis le bémol sur le seul Si du chant (dans l’avant-dernière mesure), qui sera facilement rétabli.
Pange lingua gloriósi
Córporis mystérium,
Sanguinísque pretiosi,
Quem in mundi prétium
Fructum ventris generosi
Rex effúdit géntium.
Chante, chante ma langue, un mystère terrible,
Mystère aux sens inaccessible,
Du corps rempli de gloire, & du sang précieux,
Que, pour prix infini de l’univers coupable,
Versa le monarque adorable.
Fruit d’un très chaste sein d’une fille des cieux,
Nobis datus, nobis natus
Ex intácta Vírgine,
Et in mundo conversátus,
Sparso verbi sémine,
Sui moras incolátus
Miro clausit órdine.
Ce roi se donne à nous ; le Verbe né du Père,
Nait pour nous d’une Vierge mère :
Et parmi les mortels, mortel passe ses jours :
Il sème dans les cœurs sa parole féconde ;
Et près de partir de ce monde,
Par un ordre admirable il achève son cours.
In suprémæ nocte cœnæ,
Recúmbens cum frátribus,
Observáta lege plene
Cibis in legálibus,
Cibum turbæ duodénæ
Se dat suis mánibus.
Assis avec les siens, la nuit qui fut suivie
De la triste fin de sa vie,
Il accomplit la loi dans ce dernier festin,
En mangeant de l’agneau la Pâque désirée,
A ceux de la troupe sacrée,
Se donne, en pain vivant, Lui-même de sa main.
Verbum caro, panem verum
Verbo carnem éfficit :
Fitque sanguis Christi merum,
Et si sensus déficit,
Ad firmándum cor sincérum
Sola fides súfficit.
Du Verbe, rendu chair, la parole ineffable
Rend le pain sa chair véritable,
Et le vin se transforme au sang de notre roi ;
Et quoique tous les sens combattent ce mystère,
Pour affermir un cœur sincère
Il suffit de l’armer d’une invincible foi.
Tantum ergo Sacraméntum
Venerémur cérnui :
Et antíquum documéntum
Novo cedat rítui :
Præstet fides suppleméntum
Sénsuum deféctui.
Adorons avec crainte au pied de cette table,
Un sacrement si vénérable ;
Et que l’ancienne loi cède aux nouveaux présents,
Que la vérité même en efface les ombres ;
Et que nos yeux étant sombres,
Notre foi nous éclaire au défaut de nos sens.
Genitóri, Genitóque
Laus et jubilátio,
Salus, honor, virtus quoque
Sit et benedíctio :
Procedénti ab utróque
Compar sit laudátio.
Amen.
Au Dieu Père éternel, au Fils, égal au Père,
Louange en ce jour salutaire,
Gloire, chant d’allégresse, honneur, force, grandeur :
Qu’ils soient bénis sans cesse, & qu’on bénisse encore
L’Esprit Saint que le ciel adore,
Dieu procédant des deux, souffle brûlant de leur cœur. Ainsi soit-il.
℟. Christum Regem regum hódie transfigurátum : * Veníte adorémus.
Le Christ Roi des rois est transfiguré aujourd’hui : Venez, adorons-le.
℣. Veníte, exultémus Dómino, jubilémus Deo, salutári nostro. Præoccupémus fáciem ejus in confessióne, et in psalmis jubilémus ei.
Venez, exultons pour le Seigneur, jubilons pour Dieu, notre salut. Hâtons-nous de nous présenter devant sa face dans la louange, et jubilons pour lui par des psaumes.
℟. Christum Regem regum hódie transfigurátum : * Veníte adorémus.
Le Christ Roi des rois est transfiguré aujourd’hui : Venez, adorons-le.
℣. Quóniam Deus magnus Dóminus, et Rex magnus super omnes deos : quóniam non repéllet Dóminus plebem suam : quia in manu ejus sunt omnes fines terræ, et altitúdines móntium ipse cónspicit.
Parce que le Seigneur est le Dieu grand, et le grand Roi par dessus tous les dieux ; parce que le Seigneur ne repousse pas son peuple : car dans sa main sont toutes les extrémités de la terre, et les cimes des monts sont sous ses yeux.
* Veníte adorémus.
Venez, adorons-le.
℣. Quóniam ípsius est mare, et ipse fecit illud, et áridam fundavérunt manus ejus : veníte adóremus et procidámus ante Deum, plorémus coram Dómino, qui fecit nos, quia ipse est Dóminus Deus noster ; nos autem pópulus ejus et oves páscuæ ejus.
Parce que la mer est à lui, et c’est lui qui l’a faite, et ses mains ont formé la terre ferme ; venez, adorons et prosternons-nous devant Dieu, pleurons devant le Seigneur qui nous a fait, car c’est lui le Seigneur notre Dieu, nous sommes son peuple et les brebis de son pâturage.
℟. Christum Regem regum hódie transfigurátum : * veníte adorémus.
Le Christ Roi des rois est transfiguré aujourd’hui : Venez, adorons-le.
℣. Hódie, si vocem ejus audiéritis, nolíte obduráre corda vestra, sicut in exacerbatióne secúndum diem tentatiónis in desérto, ubi tentavérunt me patres vestri, probavérunt et vidérunt ópera mea.
Aujourd’hui, si vous écoutez sa voix, ne fermez point votre cœur, comme au jour de la contestation dans le désert, où vos pères m’ont tenté, ils m’ont éprouvé bien qu’ils eussent vu mes œuvres.
* Veníte adorémus.
Venez, adorons-le.
℣. Quadragínta annis próximus fui generatióni huic, et dixi : Semper hi errant corde ; ipsi vero non cognovérunt vias meas : quibus jurávi in ira mea, si introíbunt in réquiem meam.
Quarante ans je fus proche de cette génération, et j’ai dit : « Leur cœur s’égare toujours, et ils n’ont pas connu mes voies. Aussi ai-je juré dans ma colère : « Ils n’entreront point dans mon repos ».
℟. Christum Regem regum hódie transfigurátum : * veníte adorémus.
Le Christ Roi des rois est transfiguré aujourd’hui : Venez, adorons-le.
℣. Glória Patri, et Fílio, et Spirítui Sancto. Sicut erat in princípio, et nunc, et semper, et in sæcula sæculórum. Amen.
Gloire au Père, & au Fils, & au Saint-Esprit. Comme il était au commencement, & maintenant, & toujours, & dans les siècles des siècles. Amen.
* Veníte adorémus.
Venez, adorons-le.
℟. Christum Regem regum hódie transfigurátum : * veníte adorémus.
Le Christ Roi des rois est transfiguré aujourd’hui : Venez, adorons-le.
Alors que dans l’usage de Rome, la prose (ou séquence) Veni, Sancte Spiritus sert pour le jour de la Pentecôte & pour toutes les messes de son octave, l’ancien usage de Paris voyait chacune des messes de l’octave de la Pentecôte s’orner d’une prose différente chaque jour.
Voici comment Paris chantait les proses durant l’octave de la Pentecôte :
Le dimanche de la Pentecôte : Fulgens præclara Paraclyti Sancti, subdivision d’une ancienne prose française de Pâques, antérieure à l’an 1000.
Le lundi de la Pentecôte : Sancti Spiritus adsit nobis gratia, de Notker le Bègue (c. 840 † 912).
Le vendredi de la Pentecôte : Alma chorus Domini,
composition anonyme française antérieure à l’an 1000.
Le samedi de la Pentecôte : Veni, Sancte Spiritus, d’Etienne Langton (c. 1150 † 1228).
Il est notable que trois de ces proses soient des compositions de l’illustre hymnographe Adam, qui avant de finir ses jours dans l’abbaye de Saint-Victor, au pied de la Montagne Sainte-Geneviève, avait surtout été le préchantre de la cathédrale de Paris dès 1107 et jusque vers 1134. Les compositions d’Adam franchirent tôt les frontières du diocèse de Paris et se répandirent très vite dans toute l’Europe latine. Elles présentent toutes un ambitus vocal important, typique de l’école cathédrale de Paris, indice du très haut art vocal qui devait alors régner dans notre cité. De nombreuses proses furent par la suite modelés sur les rythmes & chants d’Adam, celle qui est parvenue jusqu’à nous est bien sûr le Lauda Sion de la Fête-Dieu, modulé par saint Thomas d’Aquin sur le Laudes crucis d’Adam de Saint-Victor.
La prose que nous choisissons de présenter ici le texte et le chant est celle du mercred dans l’octave de la Pentecôte pour l’Eglise de Paris : simplex in essentia, d’Adam de Saint-Victor. Elle était chantée le jeudi de Pentecôte à l’Abbaye de Saint-Victor de Paris, et le mardi de Pentecôte à sa fondation de l’Abbaye de Sainte-Geneviève de Paris.
Les textes liturgiques à l’Esprit Saint sont devenus au fil du temps relativement rares dans l’Eglise latine. A ce titre il peut être intéressant de redonner vie à cet ancien répertoire hymnographique médiéval de haute qualité tant spirituelle & théologique que musicale.
Voici le chant de la prose Qui procedis ab utroque restitué par nous d’après les anciens missels parisiens médiévaux. Sa mélodie est calquée sur celle de la célèbre prose pascale Mane prima Sabbati (dont s’inspire aussi la séquence de la fête de Saint Denys) :
Alors que dans l’usage de Rome, la prose (ou séquence) Veni, Sancte Spiritus sert pour le jour de la Pentecôte & pour toutes les messes de son octave, l’ancien usage de Paris voyait chacune des messes de l’octave de la Pentecôte s’orner d’une prose différente chaque jour.
Voici comment Paris chantait les proses durant l’octave de la Pentecôte :
Le dimanche de la Pentecôte : Fulgens præclara Paraclyti Sancti, subdivision d’une ancienne prose française de Pâques, antérieure à l’an 1000.
Le lundi de la Pentecôte : Sancti Spiritus adsit nobis gratia, de Notker le Bègue (c. 840 † 912).
Le vendredi de la Pentecôte : Alma chorus Domini,
composition anonyme française antérieure à l’an 1000.
Le samedi de la Pentecôte : Veni, Sancte Spiritus, d’Etienne Langton (c. 1150 † 1228).
Il est notable que trois de ces proses soient des compositions de l’illustre hymnographe Adam, qui avant de finir ses jours dans l’abbaye de Saint-Victor, au pied de la Montagne Sainte-Geneviève, avait surtout été le préchantre de la cathédrale de Paris dès 1107 et jusque vers 1134. Les compositions d’Adam franchirent tôt les frontières du diocèse de Paris et se répandirent très vite dans toute l’Europe latine. Elles présentent toutes un ambitus vocal important, typique de l’école cathédrale de Paris, indice du très haut art vocal qui devait alors régner dans notre cité. De nombreuses proses furent par la suite modelés sur les rythmes & chants d’Adam, celle qui est parvenue jusqu’à nous est bien sûr le Lauda Sion de la Fête-Dieu, modulé par saint Thomas d’Aquin sur le Laudes crucis d’Adam de Saint-Victor.
La prose que nous choisissons de présenter ici le texte et le chant est celle du mardi dans l’octave de la Pentecôte pour l’Eglise de Paris : Lux iocunda, lux insignis, d’Adam de Saint-Victor. Elle était chantée le lundi de Pentecôte à l’Abbaye de Saint-Victor de Paris, et à sa fondation de l’Abbaye de Sainte-Geneviève de Paris.
Les textes liturgiques à l’Esprit Saint sont devenus au fil du temps relativement rares dans l’Eglise latine. A ce titre il peut être intéressant de redonner vie à cet ancien répertoire hymnographique médiéval de haute qualité tant spirituelle & théologique que musicale.
Voici le chant de la prose Qui procedis ab utroque restitué par nous d’après les anciens missels parisiens médiévaux :
Lux iocúnda, lux insígnis,
Qua de throno missus ignis
In Christi discípulos,
Une lumière joyeuse, éclatante, un feu lancé du trône céleste sur les disciples du Christ,
Corda replet, linguas ditat ;
Ad concórdes nos invítat
Cordis linguem módulos.
Remplissent les cœurs, fécondent les langues, et nous invitent à unir dans un concert mélodieux & nos langues & nos cœurs.
Christus misit quod promísit
Pignus sponsem quam revísit
Die quinquagésima.
Le gage que le Christ avait promis à son Epouse, il le lui envoie au cinquantième jour ;
Post dulcórem mélleum
Petra fudit óleum
Petra iam firmíssima.
Devenu ferme comme un rocher, Pierre répand dans ses discours le miel le plus doux, l’huile la plus généreuse.
In tabéllis sáxeis,
Non in linguis ígneis,
Lex de monte pópulo.
Sur la montagne, l’ancien peuple reçut la loi, non dans des langues de feu, mais gravée sur la pierre ;
Paucis cordis nóvitas,
Et linguárum únitas
Datur in cœnáculo.
Dans le Cénacle, un petit nombre d’hommes reçoit un cœur nouveau, & revient à l’unité des langues.
O quam felix, quam festíva
Dies in qua primitíva
Fundátur Ecclésia.
O jour heureux, jour solennel, où l’Eglise primitive est fondée !
Vivæ sunt primítiæ
Nascéntis Ecclésiæ,
Tria primum míllia.
Trois mille hommes sont les prémices de cette Eglise à sa naissance.
Pane Legis primitívi,
Sub una sunt adoptívi
Fide duo pópuli.
Les deux pains offerts en prémices dans la loi, figuraient les deux peuples adoptés en ce jour dans une même foi :
Se duóbus interiécit :
Sicque duos unum fecit :
Lapis caput ánguli.
La pierre placée à la tête des l’angle s’interpose entre les deux, & des deux ne fait plus qu’un seul peuple.
Utres novi non vetústi
Sunt capáces novi multi,
Vasa parat vídua.
De nouvelles outres, non plus les anciennes, sont remplies d’un vin nouveau : la veuve prépare ses vases,
Liquórem dat Helisæus,
Nobis sacrum rorem Deus,
Si corda sint cóngrua.
Tandis qu’Elisée multiplie l’huile en abondance : ainsi Dieu répand aujourd’hui la céleste rosée, autant qu’il trouve de cœurs préparés à la recevoir.
Non hoc musto vel liquóre,
Non hoc sumus digni rore,
Si discórdes móribus.
Nous ne serions pas dignes de recevoir ce vin précieux, cette rosée divine, si notre vie était déréglée :
In obscúris vel divísis
Non potest hæc Paraclísis
Habitáre córdibus.
Ce Paraclet ne saurait habiter dans des cœurs remplis de ténèbres ou divisés.
Consolátor alme veni :
Linguas rege, corda leni :
Nihil fellis aut venéni
Sub tua præséntia.
Viens donc à nous, auguste Consolateur ! gouverne nos langues, apaises nos cœurs : ni fiel, ni venin n’est compatible avec ta présence.
Nil iocúndum, nil amœnum,
Nil salúbre, nil serénum,
Nihil duce, nihil plenum,
Nisi tua grátia.
Sans ta grâce, il n’est ni délice, ni salut, ni sérénité, ni douceur, ni plénitude.
Tu lumen es & unguéntum :
Tu cœléste condiméntum,
Aque ditans eleméntum,
Virtúte mystérii.
Tu es lumière et parfum ; tu es ce principe céleste qui confère à l’élément de l’eau une puissance mystérieuse :
Nova facti creatúra :
Te laudámus mente pura,
Grátiæ nunc, sed natúra
Prius iræ fílii.
Nous qui sommes devenus une création nouvelle, d’abord enfants de colère par nature, maintenant enfants de la grâce, nous te louons d’un cœur purifié.
Tu qui dator es & donum,
Tu qui cordis omne bonum,
Cor ad laudem redde pronum,
Nostræ linguæ formans sonum
In tua præcónia.
Toi qui donnes et qui es en même temps le don, toi qui verse sur nous tous les biens, rends nos cœurs capables de te louer, forme nos langues à célébrer tes grandeurs.
Tu purga nos a peccátis,
Author ipse puritátis,
Et in Christo renovátis
Da perféctæ novitátis
Plena nobis gáudia. Amen.
Auteur de toute pureté, purifie-nous du péché : renouvelle-nous dans le Christ, & fais nous goûter la joie entière que donne à l’âme la vie nouvelle. Amen.
Venite populi, transitorium ambrosien de la messe du jour de Pâques.
Dans la messe du rit ambrosien, la distribution de la communion est faite tandis que le chœur chante une antienne appelée Transitorium. Le jour de Pâques, c’est cette pièce Venite populi qui est par le Missel et l’Antiphonaire ambrosiens.
Nous avons enregistré ce transitorium du jour de Pâques de la liturgie ambrosienne, en amitié à nos amis de Milan durement éprouvés par l’épidémie de ce printemps 2020 :
En voici le texte ambrosien et sa traduction française :
Veníte, pópuli : sacrum immortále, mistérium illibátum agéndum cum timóre et fide. Accedámus mánibus mundis, pœniténtiæ munus communicémus : quóniam Agnus Dei propter nos Patri sacrifícium propósitus est : Ipsum solum adorémus, ipsum glorificémus cum ángelis clamántes : Hallelújah, hallelújah.
Venez, peuples, approchez-vous du mystère sacré et immortel, de cette action sans tâche, avec crainte et foi. Avançons avec des mains pures, communions au don de la pénitence ; car l’Agneau de Dieu pour nous au Père s’est offert en sacrifice ; c’est lui seul que nous adorons, c’est lui seul que nous glorifions, avec les Anges en clamant : Alléluia, alléluia.
Comme Michel Huglo le soulignait (Les Chants de l’ancienne liturgie gallicane, 1970), le rit ambrosien a généralement utilisé les antiennes de communion romaines pour en faire ses antiphonæ ad confractorium, chantées pendant la fraction de l’hostie par le célébrant, et il a employé pour la communion (les transitoria ambrosiens) des pièces en provenance soit des Gaules, soit de l’Orient grec. Et en effet, on retrouve ce transitorium milanais dans un grand nombre de manuscrits carolingiens puis médiévaux français, et on s’accorde à y voir une antique relique qui subsiste de l’ancien rit des Gaules, d’avant sa suppression par Pépin le Bref puis Charlemagne.
Voici le texte en usage en France, présentant quelques légères variantes avec la leçon milanaise, avec la mélodie française établie par les livres de Solesmes (pour le Processionnal monastique de Dom Pothier de 1888), qui est substantiellement la même que celle de Milan :
Ad communicandum de l’ancienne liturgie des Gaules.
Veníte, pópuli : ad sacrum et immortále mystérium et libámen agéndum : cum timóre et fide accedámus, mánibus mundis : pœniténtiæ munus communicémus : quóniam Agnus Dei propter nos Patri sacrifícium propósitus est. Ipsum solum adorémus : ipsum glorificémus cum Angelis clamántes : Alleluia.
Venez, peuples, approchez-vous du mystère sacré et immortel, et de ces prémices offerts : avec crainte et foi, avançons, avec des mains pures, communions au don de la pénitence ; car l’Agneau de Dieu pour nous au Père s’est offert en sacrifice ; c’est lui seul que nous adorons, c’est lui seul que nous glorifions, avec les Anges en clamant : Alléluia.
Cette pièce est typique de l’ancienne liturgie des Gaules. Dom Edmond Martène y trouvait des réminiscences d’un sermon de saint Césaire d’Arles et s’appuyait sur un passage des Miracles de saint Martin rédigés par saint Grégoire de Tours qui montre que l’ancien rit des Gaules appelait les fidèles à la communion générale le jour de Pâques[1]. Le texte n’en est pas tiré de l’Ecriture (comme pour la quasi-totalité des pièces de chant romaines), et – convoquant les Anges et les hommes dans une adoration commune, elle évoque quelque peu la liturgie céleste de l’Apocalypse, qui était si chère à l’ancien rit des Gaules. Le vocabulaire employé pour parler de l’Eucharistie (mysterium, libamen, munus) renvoie à une époque très reculée, de même que les mains pures, allusion à la communion dans le rit des Gaules, où les mains étaient utilisées comme patène par les communiants (revêtues d’un voile pour les femmes gauloises). Sous le texte latin, on sent néanmoins l’existence d’une pièce grecque (si une telle pièce a existé, elle a depuis disparue des liturgies orientales) qui a été traduite en latin, et il est possible que les mélodies ambrosiennes et gallicanes aient gardé la modulation du chant byzantin. La participation aux saints Mystères avec crainte et foi sont des thèmes fréquemment employés par les Pères de l’Ecole d’Antioche.
Dans la liturgie de saint Jean Chrysostome justement, ayant communié de la main du célébrant, le diacre reçoit le calice, se rend aux portes royales devant l’iconostase et, l’élevant, il invite le peuple à venir en communier en proclamant, dans un texte qui rappelle fortement le nôtre :
Μετὰ φόβου Θεοῦ, πίστεως καὶ ἀγάπης προσέλθετε.
Avec crainte de Dieu, foi & amour, approchez !
Il n’est pas impossible aussi que le texte gallican/ambrosien soit une amplification de cette invitation diaconale demandant au peuple à venir communier. Il semble que dans l’ancien rit des Gaules, ce texte ait été originellement chanté par les diacres avant la communion, et que c’était ainsi sa position antique. Les manuscrits médiévaux de l’Abbaye de Saint-Benoit-sur-Loire[2] indiquaient encore que le Venite populi était chanté avant la communion par deux diacres.
Ce vieux texte gallican se retrouve dans divers manuscrits liturgiques[3] de Tours, de Poitiers[4], de Vienne, de Chartres, de Paris, de Châlons, de Saint-Omer, de Verdun, des abbayes de Saint-Denis, de Saint-Martin de Tours (on le chante le jour de Pâques pendant la communion du clergé[5]), de Pontlevoy (où on le chantait aux fêtes solennelles), de Saint-Vaast d’Arras, de Saint-Martin d’Autun, de Montoriol, d’Echternach.
Ad Eucharistiam : Venite populi – Graduel de Saint-Vaast d’Arras du XI-XIIème siècle.
Venite populi – Missel de Tours du XIème siècle
C’est surtout dans le rit lyonnais que cette pièce est restée célèbre, car, des manuscrits, il est passé dans la première édition du Missel lyonnais en 1487 où il a été repris (après la parenthèse parisiano-lyonnaise des livres de Mgr de Montazet) dans le livres romano-lyonnais du cardinal de Bonald (que pour la cathédrale). Dans le rit lyonnais, le Venite populi est chanté entre le premier et le second Agnus Dei, les jours de Noël, de Pâques et de la Pentecôte, jours autrefois de communion générale du peuple où tous étaient tenus de communier, conformément aux décrets du Concile d’Elvire de l’an 305, du Concile d’Agde de l’an 506 (canon 18), repris au IIIème Concile de Tours de l’an 813 (canon 50)[6].
Venite populi – paroission romano-lyonnais du cardinal de Bonald – 1875.
Voici comment se déroulait le chant du Venite populi le jour de Pâques selon l’ordinaire de Châlons :
Le chœur en chapes s’approche après la communion de l’évêque ou du prêtre. Le diacre et le sous-diacre sont devant l’autel, l’évêque étant séparé sur le côté droit de l’autel, avec la mitre et la crosse, et le chantre commence l’antienne Venite populi, que les autres continuent. Et lorsqu’on chante cette partie : Ipsum solum adoremus, on fléchit les genoux. L’antienne finie, les chanoines et les clercs des stalles hautes et les autres des stalles basses, qui doivent communier, reçoivent le baiser de paix de l’évêque. Puis l’évêque les communie, ayant déposé mitre et crosse, et les laïcs s’il y en a.
Voici comment se déroulait cette cérémonie le jour de Pâques selon le missel de l’Abbaye de Saint-Martin d’Anay à Lyon :
Ayant dit Agnus Dei, avant la réception de la communion, l’Abbé ou celui qui célèbre va au marchepied de l’autel, et là tous reçoivent de lui la paix. L’abbé, en embrassant les frères, dit à chacun : Pax tecum frater ; et l’autre lui répond : Et cum spiritu tuo. Le diacre et le sous-diacre reçoivent la paix en premier, puis les principaux en premier. Cela fait, on se retourne vers l’autel, & tous viennent alors autour de l’autel, & chantent d’une haute voix l’antienne Venite populi. Or lorsqu’on dit Ipsum solum adoremus, tous fléchissent les genoux, et pendant qu’on la chante, il y a deux grands encensoirs qui encensent l’autel. Ensuite tous ceux qui n’ont pas célébré viennent recevoir la communion.[7]
Dans les manuscrits, cette antienne porte divers titres : Ad Eucharistiam[8], Ad communicandum, et même Ad corpus Domini frangendum.
Très présente en France, elle se retrouve aussi en Italie du Nord, non loin de l’ère d’extension du rit ambrosien (Abbaye de Nonantola près de Modène, chapitre de Monza et cathédrale de Padoue) mais aussi à Bénévent (où l’influence grecque fut longtemps prépondérante), ou encore en Angleterre (tropaires de Winchester, de Cantorbéry), où elle a pu s’acclimater après l’invasion normande. Néanmoins l’origine première parait bien être de l’ancien rit des Gaules, d’où elle serait passée au rit ambrosien.
Musicalement parlant, plusieurs indices penchent pour cette origine : le mode de ré, très employé dans toutes les pièces qui nous sont parvenues de l’ancien rit des Gaules, le mélisme très orné de l’Alleluia final sur la voyelle e (détail typiquement gallican), et enfin l’emploi du pes stratus (ici sur le a initial d’alleluia), un neume composé d’un pes ayant un oriscus pour seconde note, qui ne se rencontre pas dans les formules grégoriennes.
Le Venite populi magnifiquement chanté par Marie-Claire Billecocq (Le Chant grégorien du soliste, Editions Studio S.M., 1982) :
Dom François Chazal, L’Abbaye de Pontlevoy, in Le Loir-et-Cher historique, archéologique, scientifique, artistique et littéraire, Blois, 1898, col. 299.↵
Listés par le Chanoine Ulysse Chevalier, Repertorium hymnologicum n° 21307↵
Le Pontifical de Poitiers du début du IXème est le plus ancien témoin manuscrit que nous ayons aujourd’hui de cette pièce.↵
Avant que cette obligation fut réduite par le IVème Concile œcuménique de Latran en 1215 à la seule fête de Pâques par le célèbre canon 21 Utriusque sexus.↵
Ave, * Rex noster, Fili David, Redémptor mundi, quem prophétæ prædixérunt Salvatórem dómui Israel esse ventúrum. Te enim ad salutárem víctimam Pater misit in mundum, quem exspectábant omnes sancti ab orígine mundi. Et nunc : « Hosanna Fílio David : Benedíctus qui venit in nómine Dómini : Hosánna in excélsis ».
Salut, notre Roi, Fils de David, Rédempteur du monde, que les prophètes prédirent être le Sauveur de la maison d’Israël qui doit venir. C’est toi en effet que le Père envoya dans le monde comme victime salutaire, qu’attendaient tous les saints depuis l’origine du monde. Et maintenant : « Hosanna au Fils de David ; béni soit celui qui vient au nom du Seigneur, Hosanna dans les hauteurs. »
L’antienne Ave Rex noster, qui n’a pas été retenue parmi les pièces chantées à la procession des Rameaux par le Missel de Saint Pie V de 1570, n’est pas propre à Paris : elle se rencontre au cours de la cérémonie du dimanche des Rameaux dans de très nombreux usages diocésains ou d’ordres religieux (on la retrouve ainsi chez les Cisterciens, les Carmes et les Dominicains – à Tolède, le chantre qui l’entonnait portait un sceptre en honneur de la royauté du Christ[1]).
Au rit parisien, après le chant de l’évangile des Rameaux (ou après le sermon qui le suit, s’il y a lieu), on chante cette antienne Ave Rex noster. Ce chant au cours des âges à donné lieu à une cérémonie touchante, accompagnant la salutation du Messie comme notre roi.
Pendant ce chant en effet, le célébrant, ses ministres, et le reste du clergé selon son rang, puis le peuple, tous viennent adorer deux à deux la croix. Celle-ci est soit la croix hosannière, édifiée pour cette cérémonie le plus souvent dans le cimetière, soit la croix de procession (ou même parfois à la croix de la poutre de gloire à l’entrée du chœur de certaines églises).
Cette adoration se déroule de la façon suivante : on s’incline profondément devant la croix, puis on se met à genoux pour l’embrasser, en jetant à son pied une petite branche de son rameau, à l’imitation du peuple de Jérusalem jetant des Rameaux sous les pas du Sauveur entrant dans la Ville. On se retire en s’inclinant à nouveau une seconde fois. Certaines Semaines Saintes notent qu’on répète l’antienne Ave Rex noster autant de fois que nécessaire pendant toute cette adoration[2].
Cette cérémonie est décrite dans le Cérémonial parisien du Cardinal de Noailles de 1703, Chapitre VII, 9 (De Dominica Palmarum :
Post concionem, vel ubi non habetur, post evangelium, cantatur antiphona Ave Rex noster, tuncque celebrans, ministri, ac reliqui de clero per ordinem, & populus, prostrati crucem osculantur, & ad ejus pedem projiciunt surculum rami, profunde inclinantes ante & post.
Au Moyen-Age, dans les endroits où l’on avait coutume de porter une hostie consacrée à la procession des Rameaux[3], c’était le corps du Christ qui était adoré au moment de l’antienne Ave Rex noster, au lieu de la croix.
Au travers de ce petit exemple aujourd’hui oublié de cette antienne des Rameaux, on admirera le génie des liturgies médiévales qui associaient habilement le chant des textes liturgiques à des gestes profonds, apte à marquer soutenir la foi des peuples.
Ave Rex noster – Missel parisien du fond de Notre-Dame de Paris, c. 1225.
Ave Rex noster – Missel parisien du fond de Notre-Dame de Paris, c. 1225.
Ave Rex noster – Missel Parisien de Saint-Louis de Poissy, c. 1325.