Charles Gounod (1818-1893) – 2e Partie : Temps de Noël

La particularité de cette année nous permet de faire dialoguer Charles Gounod avec plusieurs compositeurs du XIXe siècle. Comme bon nombre de ses contemporains, Gounod s’attèle à honorer la Nativité du Seigneur, d’autant que son écriture mélodique, inhérente à son langage musical, invite naturellement à composer des cantiques ou des pastorales, étoffant ainsi le répertoire des mélodies traditionnelles propres à la Veillée de Noël.

De par son écriture d’organiste, il se différencie nettement d’Adolphe Adam et son Cantique de Noël, « Minuit Chrétien », lequel était un compositeur prolifique d’Opéras Comique, mais bien peu porté sur la Foi chrétienne. On retrouve en revanche chez Gounod une grande parenté stylistique avec l’Oratorio de Noël du jeune Camille Saint-Saëns, dont le solennel « Tollite hostias » ponctuera l’Offertoire de la Messe de Minuit. Le cantique latin Adeste fideles sera chantée avec l’harmonisation pour chœur mixte de Théodore Dubois, organiste et successeur à l’Académie des Beaux Arts du fauteuil de Charles Gounod, en 1894.

En revanche, bien que le temps de Noël soit propice à l’écoute des timbres singuliers et insolites de l’orgue, et bien qu’il s’agisse de son instrument, Gounod ne créera pas de pièces propres, soit comme la production prolifique de Boëly soit encore de Lefébure-Wely dans sa Livraison 9. Sans doute le rôle de l’orgue brillant soliste du XIXe romantique ne correspondait pas à la nature plus réservée de Gounod, et ainsi gardait-il l’usage de l’orgue pour l’accompagnement du chant.

En résumé, on retrouve dans les œuvres de Gounod, affiliées à ce temps liturgique, la constance de la mise en valeur des voix élevées voire d’enfants, expression de la jeunesse du Christ et des anges. L’économie dans le nombre de voix met en relief les voix, comme surplombant, s’élevant au-dessus de l’humanité.

En dehors de la Messe brève à la Congrégation des Dames auxiliatrices de l’Immaculée-conception, à deux voix de femmes écrite en 1876 pour ce couvent, Charles Gounod a pu écrire quelques pièces spécifiques à ce temps liturgique.

Dans cette étable, Pastorale sur un Noël du dix-huitième siècle « Bethléem » : ce cantique, composé en 1859 au départ a cappella, reprend donc un des Noëls anciens de Mgr Valentin Esprit Fléchier (1632-1710) écrit en 1700. Le langage de l’œuvre se veut scrupuleux de l’esprit de la pastorale fondée sur des archaïsmes musicaux et formels.

En effet, l’œuvre est strophique, construite au départ sur un bourdon Do-sol qu’une vièle eût pu jouer, la mélodie est très simple, la battue – devenue ternaire presque sous la forme d’une danse paysanne – accentue l’effet agreste, et nous offre à entendre un dynamisme bien venu. Entrecoupées d’intermèdes à l’orgue, raretés dans la production musicale de Gounod, les strophes sont davantage nourries d’un accompagnement de plus en plus ample jusqu’à la troisième qui exprime « sa puissance » ff, achevant sur des « Ah! » d’un chœur en liesse chantés au soprano sur des sol aigus.

Page de couverture de la partition originale de Chantez Noël

Chantez Noël – Chant des Religieuses de Uhland : composé en 1866, cette première version fut destinée à un chœur de femmes dont une soprano et une contralto soliste. Le texte français, de Jules Barbier, est postérieur au texte allemand initial.

D’un figuralisme limpide, la mélodie de ce cantique traduit cette inexorable ascension musicale grâce à une ritournelle autour de « Montez à Dieu ». L’accompagnement, en ostinato rythmique, par effet d’accumulation, augmente la tension vers le climax final sur la « flamme éternelle » du Sib aigu tenu à la soprano soliste.
La partie centrale, en revanche, donnée à la contralto soliste, adoucit le mouvement dans l’écriture musicale, sous forme d’une mélodie accompagnée par des arpèges, et permet ainsi, par contraste vocal et de tessiture, une forme de résurrection lumineuse du thème principal.

Noël des bergers : les mélomanes auront reconnu « l’air du berger » extrait de Mireille, les paroles sont de l’abbé Maris. Il est extrait du recueil 60 cantiques adaptés à la musique des Grands Maîtres datant de 1882, du vivant donc de Charles Gounod, dont l’adaptation pour orgue a été faite par Léon Roques, organiste de Saint Pierre de Chaillot. Reconnu donc par ses pairs, cet air dont le contrechant est au hautbois, a l’avantage de correspondre à l’esprit pastoral de Noël, grâce à une mélodie simple et modale, strophique quant aux paroles. Le rôle du pâtre est souvent donné à un enfant par la fraîcheur et la pureté de son timbre, de bon aloi pour la veillée de Noël.

L’Année Gounod à Saint-Eugène

1ère partie : le temps de l’Avent
2nde partie : le temps de Noël
3ème partie : le compositeur & la mort
4ème partie : Passion & Semaine Sainte

Louis-Nicolas de Clérambault – Motet pour le dimanche de la Quinquagésime : Domine, ante te

Louis-Nicolas de Clérambault (1676 † 1749), organiste de Saint-Sulpice & de la Maison royale de Saint-Cyr.
Motet pour le dimanche de la Quinquagésime : Domine, ante te.
2 voix égales & basse continue.
4 pages – Mi mineur.

Ce motet pour le dimanche de la Quinquagésime a été composé par Clérambault pour être chanté par les demoiselles de la Maison royale de Saint-Cyr. Il est le premier d’une série de trois motets prévus pour être chantés aux saluts du Très-Saint Sacrement des trois jours qui précèdent le Carême.

Ce motet de la Quinquagésime assemble trois versets de trois psaumes différents (traduction de Pierre Thomas du Fossé (1634 † 1698) pour la Bible de Port-Royal) :

Dómine, ante te omne desidérium meum : * et gémitus meus a te non est abscónditus. Seigneur ! tout mon désir est exposé à vos yeux ; et mon gémissement ne vous est point caché (Psaume 37, 10).
Delíctum meum cógnitum tibi feci : * et injustítiam meam non abscondi. Je vous ai fait connaître mon péché, et je n’ai point caché mon injustice (Psaume 31, 5).
Vide humilitátem meam, & labórem meum : * et dimítte univérsa delícta mea. Regardez l’état si humilié et si pénible où je me trouve ; et remettez-moi tous mes péchés (Psaume 24, 18).

Chaque verset est introduit par une soliste, avant d’être repris en chœur. Dans ses conseils d’exécution, Clérambault indique une grande latitude d’adaptation en fonctions des effectifs. Nous proposons, outre la version à deux voix de femmes, une partition pour deux voix d’hommes.

Ce motet de Clérambault prend la suite d’un motet sur le même texte & pour la même destination, en ré mineur, qu’avait composé pour Saint-Cyr son prédécesseur Guillaume-Gabriel Nivers (1632 † 1714). Ce motet ne comportait une voix seule alternant avec le chœur à une voix. Ce précédent motet était lui-même un remaniement d’un motet plus ancien écrit par Nivers pour une voix seule, en sol mineur (le texte du dernier verset était toutefois différent) pour être chanté aux saluts quel que soit le temps de l’année (in Motets à voix seule, accompagnée de la basse continue, et quelques autres motets à deux voix, propres pour les religieuses, avec l’art d’accompagner sur la basse continue, pour l’orgue et le clavecin, par le sieur Nivers, organiste de la Chapelle du roy et de l’église Saint-Sulpice. A Paris, chez l’auteur, 1689).

Les premières mesures de cette partition :

Louis-Nicolas de Clérambault - Motet pour le dimanche de la Quinquagésime - Domine, ante te

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