Vous êtes chanteurs ou instrumentistes et vous souhaitez vous engager au service de la liturgie traditionnelle, n’hésitez pas à nous rejoindre !

La Schola Sainte Cécile chante dans la basilique Saint-Pierre de Rome au Vatican

Nous offrons des cours de chant gratuits chaque samedi de 16h30 à 17h30 : travail du souffle, pose de voix, vocalises, découverte du chant grégorien et du chant polyphonique.

Les Petits Chantres de Sainte Cécile - maîtrise d'enfants

Votre enfant a entre 8 et 15 ans et souhaite chanter ? Inscrivez-le aux Petits Chantres de Sainte Cécile (filles et garçons). Répétitions le mercredi à 18h30 et le dimanche à 10h30.

Retrouvez les partitions que nous éditons, classées par temps liturgique ou par compositeur. Elles sont téléchargeables gracieusement.

Stella cœli extirpavit – Prière en temps d’épidémie à la Vierge Marie

Prière en temps d'épidémie : prose Stella cæli extirpavit à la Vierge Marie

Voici le texte latin de cette prière en temps d’épidémie avec une traduction française, suivie de son verset et de son oraison :

Stélla cœli extirpávit,
Quæ lactávit Dóminum,
L’Etoile du Ciel, qui allaita le Seigneur, a extirpé la peste de la mort, qu’avaient planté les premiers parents de l’homme.
Mórtis péstem, quam plantávit
Prímus párens hóminum.
Ipsa stélla nunc dignétur
Sídera compéscere,
Puisse cette même Etoile brillante daigner maintenant éteindre cette constellation dont les combats ont tué le peuple blessé par une mort amère.
Quórum bélla plébem cædunt
Díræ mórtis úlcere.
Piíssima Stélla máris,
A péste succúre nóbis.
O très pieuse Etoile de la mer, protège-nous de la peste.
Audi nos, Dómina, nam fílius tuus
Níhil négans, te honórat,
Ecoute-nous, ô Dame, car ton Fils t’honore en ne te refusant rien.
Sálva nos, Jésu,
Pro quíbus Vírgo María te órat.
Sauve-nous, Jésus, nous pour qui la Vierge Marie te prie.
℣. Ora pro nobis, piíssima Dei Génitrix.
℟. Quæ contrivísti caput serpéntis, auxiliáre nobis.
℣. Prie pour nous, très pieuse Mère de Dieu.
℞. Toi qui a écrasé la tête du serpent, secours-nous.
Orémus. Prions.
Deus misericórdiæ, Deus pietátis, Deus indulgéntiæ, qui misértus es super afflictiónem populi tui, et dixísti Angelo percutiénti pópulum tuum : Cóntine manum tuam, ob amórem illíus Stellæ gloriósæ, cujus úbera pretiósa contra venénum nostrórum delictórum dúlciter suxísti ; præsta auxilium gratiæ tuæ, ut intercedente Beata Virgine Maria Matre tua et Beato Bartholomæo apostolo tuo dilecto, ab omni peste & improvísa morte secúre liberémur, et a totíus perditiónis incúrsu misericórditer salvémur. Per te Jesu Christe, Rex glóriæ, qui cum Patre & Spíritu Sancto vivis et regnas, Deus in sæcula sæculorum. Dieu de miséricorde, Dieu d’amour, Dieu de pardon, qui fut ému de compassion pour l’affliction de ton peuple, et qui dit à l’Ange dévastateur de ton peuple : « Retiens ta main » ; pour l’amour de cette Etoile glorieuse, dont le sein précieux t’a allaité avec douceur contre le venin de nos péchés, accorde-nous le secours de ta grâce, afin qu’à l’intercession de la Bienheureuse Vierge Marie ta Mère, et du Bienheureux Barthélémy ton Apôtre bien-aimé, nous soyons délivrés en toute sûreté de toute peste et de la mort imprévue, et que nous soyons miséricordieusement sauvés de l’assaut de toute perdition. Par toi, Jésus-Christ, Roi de gloire, qui avec le Père et l’Esprit Saint vis et règnes, Dieu pour les siècles des siècles.
℟. Amen.

Les vers de cette prière en temps d’épidémie sont tirés d’une homélie sur la Nativité de saint Pierre Damascène, évêque de Damas au VIIIème siècle. Selon la tradition, ce texte fut offert sur un carton par saint Barthélémy apparaissant aux Clarisses de Coimbra au Portugal, alors que la ville était ravagée par la peste en 1317, afin qu’elles le récitent : le couvent fut épargné. Ce monastère avait été re-fondé en 1314 par la reine Isabelle d’Aragon (1271 † 1336), épouse de Denis Ier, roi du Portugal, qui s’y retira et y mourut : elle est plus connue comme sainte Elisabeth du Portugal, vénérée sous son nom de religion depuis sa canonisation par le pape Urbain VIII en 1625.

Cette prière se présente comme une prose ou séquence, à deux chœurs alternant versets par versets et se rejoignant pour chanter le verset final (qui est sans doute un trope ). La mélodie ci-dessus est donnée en rythme d’après le Cantuale Romano-Seraphicum, no. 122, p. 136-137 de 1951. On pourra la comparer à cette intéressante version interpolée publiée par Hermannus Mott à Cologne en 1660 : Musices choralis Medulla sive totius cantus gregoriani succincta ac fundamentalis traditio, pp. 60-65)

De Coimbra, la prose se répandit largement dans tout l’Occident (par exemple, les chanoines de la collégiale Saint-Hyppolite de Poligny décident en 1575 de chanter perpétuellement cette prière en temps d’épidémie tous les jours avant la grand’messe, les Ursulines de Nimes la chantent tous les jours après la messe lors de la peste de 1640). On la chantait en général avec son verset et son oraison, suivis des antiennes, versets et oraisons de saint Roch et de saint Sébastien, les deux principaux saints intercesseurs en temps de contagion (voyez par exemple ce bréviaire à l’usage des confrères de la célèbre confrérie des Pénitents blancs de Saint-Laurent-lès-Grenoble, édition de 1781).

Une version grégorienne :

Une belle version polyphonique, tirée des archives des Reductions jésuites du Paraguay :

A noter qu’Henry du Mont a également écrit une très belle polyphonie sur cette prose.

[Noveritis 2020] Publication de la date de Pâques & de celles des fêtes mobiles de l’année 2020 le jour de l’Epiphanie

La publication de la date de Pâques dans le Pontificale Romanum.

Dans le rit romain, le jour de l’Epiphanie (dont la solennité est obligatoirement reportée en France au dimanche qui suit – sauf lorsque le 6 janvier tombe un dimanche), le diacre fait selon la tradition la publication de la date de Pâques après le chant de l’évangile.

RIT ROMAIN

En voici le chant pour 2020, réalisé par nos soins :

Noveritis Romanum 2020 : proclamation de la date de Pâques et des fêtes mobiles

En voici le texte & la traduction pour 2020 :

Novéritis, fratres caríssimi, quod annuénte Dei misericórdia, sicut de Nativitáte Dómini nostri Jesu Christi gavísi sumus, ita et de Resurrectióne ejúsdem Salvatóris nostri gáudium vobis annuntiámus.

Vous avez su, Frères très chers, par la miséricorde de Dieu qui nous a été annoncée, que nous avons été comblés par la Nativité de Notre Seigneur Jésus-Christ, ainsi de même nous vous annonçons la joie qui nous sera procurée par la Résurrection de notre même Sauveur.

Die nona Februárii erit Domínica in Septuagésima.

Le 9 février sera le dimanche de la Septuagésime.
Vigésima sexta ejúsdem dies Cínerum, et inítium jejúnii sacratíssimæ Quadragésimæ. Le 26 du même mois sera le jour des Cendres et le début du jeûne très sacré du Carême.
Duodécima Aprílis sanctum Pascha Dómini nostri Jesu Christi cum gáudio celebríbitis. Le 12 avril sera la sainte Pâque de Notre Seigneur Jésus-Christ, que vous célèbrerez avec joie.
Vigésima prima Máii erit Ascénsio Dómini nostri Jesu Christi. Le 21 mai sera l’Ascension de Notre Seigneur Jésus-Christ.
Trigésima prima ejúsdem Festum Pentecóstes. Le 31 du même mois sera la fête de la Pentecôte.
Vndécima Júnii Festum sacratíssimi Córporis Christi. Le 11 juin sera la fête du Très Saint Corps du Christ.
Vigésima nona Novémbris Domínica prima Advéntus Dómini nostri Jesu Christi, cui est honor et glória, in sæcula sæculórum. Amen.

Le 29 novembre sera le premier dimanche de l’Avent de Notre Seigneur Jésus-Christ, à qui est l’honneur et la gloire, dans les siècles des siècles. Amen.

Livret PDF imprimable à l’attention du clergé.

RIT PARISIEN

Voici le chant de l’ancien usage de Paris, pour 2020 :

Noverit Parisiense 2020 - proclamation de la date de Pâques : 12 avril 2020

En voici le texte & la traduction pour 2020 :

Novérit cáritas vestra, fratres caríssimi, quod, annuénte Dei & Dómini nostri Jesu Christi misericórdia, die duodécima mensis Aprílis Pascha Dómini celebrábimus.

Votre charité saura, Frères très chers, que, par la miséricorde de Dieu & de notre Seigneur Jésus-Christ qui nous a été annoncée, le 12 avril nous célèbrerons la Pâque de Seigneur.

 

RIT AMBROSIEN

Voici le chant pour le rit ambrosien, pour 2020 :

Noverit Ambrosianum 2020 - proclamation de la date de Pâques : 12 avril 2020

En voici le texte & la traduction pour 2020 :

Novérit cháritas vestra, fratres charíssimi, quod, annuénte Dei & Dómini nostri Jesu Christi misericórdia, die duodécima, mensis Aprílis, Pascha Dómini cum gáudio celebrábimus. ℟. Deo grátias.

Votre charité saura, Frères très chers, que, par la miséricorde de Dieu & de notre Seigneur Jésus-Christ qui nous a été annoncée, le 12 avril, nous célèbrerons avec joie la Pâque de Seigneur. ℟. Rendons grâces à Dieu.

Virgo decus Patriæ – prose de sainte Geneviève en usage à Saint-Etienne-du-Mont

Virgo decus Patriæ - séquence de sainte Geneviève propre à Saint-Etienne-du-Mont

Virgo decus Patriæ - séquence de sainte Geneviève propre à Saint-Etienne-du-Mont

Virgo decus Patriæ – Cette prose ou séquence de la messe de la fête de sainte Geneviève du 3 janvier est tirée du propre de l’église paroissiale parisienne de Saint-Etienne-du-Mont, laquelle jouxtait l’ancienne abbatiale de Sainte-Geneviève, ruinée à la révolution. Ce propre fut publié au XVIIème siècle : un volume noté (sans date) et un texte latin imprimé avec une traduction française « chez Prault Père, Quai de Gêvres, au Paradis, et à la Maîtrise des Enfants de Chœur de S. Etienne » en 1777. Il est probable que cette séquence fut aussi en usage à pareille époque à l’Abbaye voisine des Génovéfains. Le reste du diocèse ne possédait plus de séquence pour la messe de sainte Geneviève depuis la suppression de l’antique prose Genovefæ solemnitas d’Adam de Saint-Victor (encore présente de le Missel parisien de Mgr de Gondy de 1602) dans le Missel parisien de Mgr de Vintimille de 1755 (la vieille séquence d’Adam de Saint-Victor fut réintégrée au propre du diocèse de Paris lorsque celui-ci pris les livres romains à la fin du XIXème siècle).

L’auteur de la prose Virgo decus Patriæ ne nous est pas connu. Il n’est pas impossible qu’il puisse être le P. Pinchon, chanoine régulier de l’Abbaye de Sainte-Geneviève au XVIIIème siècle, qui composa les textes des hymnes Gallicæ custos et Cœlo receptam plaudite Cœlites passées dans le Bréviaire de Mgr de Vintimille en 1736.

En voici le texte et une traduction du XVIIIème siècle (avec quelques corrections de détails apportées à cette traduction au XIXème siècle) :

Virgo decus pátriæ,
Spes salúsque Gálliæ,
Cara sponso Vírgini.
O Geneviève, vous êtes la gloire de notre patrie, l’espérance & le salut de la France, l’objet de la tendresse de Jésus-Christ votre époux.
Dei ductus lúmine,
Gérmanus ex ómine
te consécrat númini.
Guidé par une lumière divine et une inspiration prophétique, Germain vous consacre à votre Dieu.
Plebi dum placas Deum,
In te virus ímpium
Livor edax éxplicat.
Tandis que vous n’êtes occupée qu’à attirer les faveurs de Dieu sur votre peuple, l’envie distille sur vous son poison.
Dépulsis calúmniis,
Missis et eulógiis,
Póntifex te víndicat.
Mais le saint Pontife repousse la calomnie, et venge votre innocence en vous envoyant des eulogies (qui sont un signe de communion).
Hvnnvs ferox úlulet,
Parisios ádvolet ;
Mox repéllis fúrias.
Qu’un conquérant barbare fasse entendre ses hurlements, qu’il vole vers Paris ; vous rendez sa fureur impuissante.
Fame cives péreant,
Tabe carnes árdeant ;
Clades sistis nóxias.
Que la famine exerce ses ravages, qu’un feu brûlant dévore ses malheureuses victimes : vous arrêtez tous ces fléaux.
Mvtvs voces élicit,
Surdus audit, áspicit
Cæcus, claudus ámbulat.
Vous commandez ! et le muet parle, le sourd entend, l’aveugle voit, le boiteux marche.
Mors tuis et nútibus
Súbditur, corpóribus
Fremens dæmon éxulat.
La mort elle-même reconnaît votre empire ; et le démon, frémissant de rage, sort du corps des possédés.
Æstvs agros tórreat,
Imbre tellus mádeat,
Præsens fers auxílium.
Si une chaleur excessive brûle nos campagnes, si des pluies trop abondantes les inondent, aussitôt vous portez le secours nécessaire.
Per te menti cáritas,
Córpori sit sánitas ;
Sit perénne gáudium. Amen.
Que par vous la charité règne dans nos cœurs ; que nous jouissions en cette vie de la santé du corps, et dans le ciel des joies éternelles. Amen.

Fichier PDF imprimable pour le chœur.

La séquence Virgo decus Patriæ
Edition du XVIIIème siècle des offices propres de Saint-Etienne-du-Mont
(Bibliothèque Sainte-Geneviève Delta 65154 Res) :
Virgo decus Patriæ - séquence de sainte Geneviève propre à Saint-Etienne-du-Mont

Virgo decus Patriæ - séquence de sainte Geneviève propre à Saint-Etienne-du-Mont

Cælitum consors – Hymne parisienne de la fête de sainte Geneviève

Cælitum consors - Hymne de sainte Geneviève

Cælitum consors - Hymne de sainte Geneviève

Cælitum consors est une hymne en l’honneur de sainte Geneviève dont le texte fut écrit par le R. P. Denis Pétau, s.j. (1583 † 1652), l’un des plus célèbres théologiens et philologues français du XVIIème siècle. En 1680, lors des réformes de Mgr François de Harlay de Champvallon (1625 † 1695), cette hymne entra dans le Bréviaire de Paris, qui n’employait jusqu’alors que les hymnes du commun des Vierges non martyres pour la fête de sainte Geneviève. Elle sert alors pour les Ières et IIndes vêpres, ainsi que pour les nocturnes. Elle conserve sa place aux Ières vêpres & aux nocturnes dans le bréviaire de Mgr de Vintimille de 1736, qui ajoute une nouvelle hymne – Cœlo receptam plaudite Cœlites – aux IIndes vêpres. En voici le texte latin avec une belle traduction versifiée dûe à Charles Coffin (1676 † 1749), recteur de l’Université de Paris :

Cælitum consors, patriæque vindex,
Prósperum Francis jubar : ô tuórum
Vota suprémi, Genovéfa, perfer
Regis ad aurem.
O Compagne des Saints ! gloire de la patrie,
Bel astre de la France, & soutien de la Foi,
Daignez porter nos vœux, Vierge de Dieu chérie,
Au trône du grand Roi.
Cujus ætérnis opulénta donis
Sponsa, cœlestes thálamos adísti,
Dum suo numquam caritúra lampas.
Ardet olívo.
De ses dons enrichie, épouse bien aimée,
Vous entrez triomphante en son brillant palais :
De son feu toujours pur, votre lampe enflammée,
Ne s’éteindra jamais.
Primus ætátis superánte captum
Impetu gliscens pietátis ardor
Imbuit pectus, tenerísque raptim
Crevit ab annis.
Une piété rare, & surpassant votre âge,
Vous embrasa pour lui de la plus vive ardeur ;
Et croissant chaque jour, son amour sans partage
Remplit tout votre cœur.
Quid dapis parcum laticísque corpus
Eloquar, duro dómitum cubíli,
Sæре & insomnes sólitum precándo
Dúcere noctes.
Aux jeûnes, au travail vous vous livrez entière.
La nuit, vos yeux veillans attendent le soleil ;
Et sur un ais très-dur, votre douce prière,
Vous tient lieu de sommeil.
Quam tuis virgo précibus remótæ
Obtinent gentes, pátriæ salútem
Confer ; offénsi tumidásque flecte
Núminis iras.
Ce que tant d’étrangers, dont vous êtes la mère,
Obtiennent par vos soins, Vierge obtenez-le nous.
Lorsque le Dieu vengeur nous frappe en sa colère,
Désarmez son courroux.
Nostra te summum célebrent Paréntem,
Ora te summo génitum Parénte,
Par sit ambórum tibi laus per omne
Spíritus, ævum. Amen.
Que nos bouches s’ouvrant pour chanter vos louanges,
Père, Fils, Esprit Saint, vous célèbrent tous trois :
Et qu’avec Geneviève, aux cantiques des Anges,
Nous unissions nos voix.

Fichier PDF imprimable pour le chœur.

Cælitum consors - Hymne de sainte Geneviève - Antiphonaire parisien manuscrit de 1698 (BnF Latin 10497)
Cælitum consors – Hymne de sainte Geneviève – Antiphonaire parisien manuscrit de 1698 (BnF Latin 10497)
Cælitum consors - Hymne de sainte Geneviève - Antiphonaire & graduel  à l'usage des diocèses qui suivent le rit parisien, Dijon 1827)
Cælitum consors – Hymne de sainte Geneviève – Antiphonaire & graduel à l’usage des diocèses qui suivent le rit parisien, Dijon 1827)

Festa nunc solemnia – Motet à sainte Cécile en plain-chant musical jésuite

Festa nunc solemnia - motet à sainte Cécile en plain-chant musical

Ce motet à sainte Cécile est extrait de l’Appendix ad Graduale Romanum sive cantiones aliquot sacræ, quæ ante, sub & post Missam sæpe cantari solent dans l’édition publiée à Amsterdam en 1769. Cet ouvrage fut publié manifestement par un membre de la Compagnie de Jésus, Cornelis Stichter, la première fois sous ce titre probablement à Utrecht en 1690. Il dut connaître un fort succès car les rééditions en furent nombreuses tout au long du XVIIIème siècle, mais avec une notable évolution du choix des pièces d’une réédition à une autre. Il est difficile d’estimer la part potentiellement composée par les Jésuites dans les pièces de cet ouvrage. En effet cet appendice au graduel romain recueille – outre les pièces strictement liturgiques – diverses traditions locales hollandaises et plus largement rhénanes et flamandes, puisant parfois plus loin, par exemple au Directorium Chori de l’Oratoire de Paris composé par le R.P. Bourgoing. On trouve de semblables ouvrages édités également par les Jésuites dans les Pays-Bas espagnols à la même période.

Voici le texte de ce motet à sainte Cécile avec une traduction française sur le latin :

Festa nunc solémnia,
Celebrat Ecclésia, Alleluia,
Vírginis perfúlgidæ,
Mártyris Cæcíliæ, Alleluia, Alleluia.
L’Eglise célèbre maintenant
Cette fête solennelle, alléluia,
Le martyre de Cécile,
Vierge très lumineuse, alléluia, alléluia.
In benesonántibus
Cymbalis et fístulis, Alleluia,
Deo dat Cæcília
Laudes & præcónia, Alleluia, Alleluia.
Par les cymbales retentissantes
Et les flûtes de pan, alléluia,
Cécile donne à Dieu
louanges et éloges, alléluia, alléluia.
Cánite Archángeli,
Atque omnes Angeli, Alleluia,
Collaudáte cœlites
Jésulum unánimes, Alleluia, Alleluia.
Chantez, Archanges,
Et tous les Anges, alléluia,
Louez tous de concert, habitants des cieux,
L’Enfant-Jésus, alléluia, alléluia.
Io : gaude pláudito
Cánite Altíssimo, Alleluia,
In Cordis & Organo,
Benedicámus Dómino, Alleluia, Alleluia.
Allez, réjouis-toi en battant des bains ;
Chantez pour le Très-Haut, alléluia,
Par les cordes et l’orgue,
Bénissons le Seigneur, alléluia, alléluia.

La musique est bien sûr rythmée sur un rythme ternaire. Notez une irrégularité dans la versification de la quatrième et dernière strophe : Benedicamus Domino comportant un pied de trop, le chant doit transformer la première note – longue – en deux brèves.

Télécharger le même motet en fichier PDF, prêt à être imprimé pour votre chœur.

Christus vincit – Laudes regiæ – ton de la cathédrale de Reims

Christus vincit - Laudes carolingiennes - ton de la cathédrale de Reims

Christus vincit - Laudes carolingiennes - ton de la cathédrale de Reims

Christus vincit - Laudes carolingiennes - ton de la cathédrale de Reims

Christus vincit - Laudes carolingiennes - ton de la cathédrale de Reims

Christus vincit de la cathédrale de Reims – Fichier PDF téléchargeable.

℣. & ℟. Christus vincit, Christus regnat, Christus ímperat ! Le Christ vainc, le Christ règne, le Christ gouverne !
℣. Exáudi Christe ! Exauce nous, ô Christ.
℟. Domino Francisco a Deo decréto, Apostólico & sanctíssimo Papæ vita.
℣. Salvátor mundi. ℟. Tu illum ádjuva.
℣. Sancte Petre. ℟. Tu illum ádjuva.
℣. Sancte Paule. ℟. Tu illum ádjuva.
A notre maître François, qui par décret de Dieu est pape apostolique et très-saint, vie !
Sauveur du monde, viens à son aide !
Saint Pierre, viens à son aide !
Saint Paul, viens à son aide !
℣. Exáudi Christe ! Exauce nous, ô Christ.
℟. Gállia, salus, vita & felícitas!
℣. Redémptor mundi. ℟. Tu illam ádjuva.
℣. Sancta Maria. ℟. Tu illam ádjuva.
℣. Sancte Michael. ℟. Tu illam ádjuva.
℣. Sancta Iohánna. ℟. Tu illam ádjuva.
℣. Sancta Therésia. ℟. Tu illam ádjuva.
A la France, salut, vie & félicité !
Rédempteur du monde, viens à son aide !
Sainte Marie, viens à son aide !
Saint Michel, viens à son aide !
Sainte Jeanne d’Arc, viens à son aide !
Sainte Thérèse, viens à son aide
℣. Exáudi Christe ! Exauce nous, ô Christ.
℟. DominoDómino Michaeli archiepíscopo nostro, salus perpétua.
℣. Sancte Dionysie. ℟. Tu illum ádjuva.
℣. Sancta Genovéfa. ℟. Tu illum ádjuva.
℣. Sancte Marcelle. ℟. Tu illum ádjuva.
A Monseigneur Michel, notre archevêque, salut perpétuel.
Saint Denis, viens à son aide !
Sainte Geneviève, viens à son aide !
Saint Marcel, viens à son aide !
℣. Exáudi Christe ! Exauce nous, ô Christ.
℟. Omnibus judícibus & cuncto exercítui Francórum vita et victória.
℣. Sancte Martíne. ℟. Tu illos ádjuva.
℣. Sancte Mauríci. ℟. Tu illos ádjuva.
A tous les juges et à toute l’armée française, vie et victoire.
Saint Martin, viens à leur aide !
Sainte Jeanne, viens à leur aide !
℣. Christus vincit, Christus regnat, Christus ímperat ! Le Christ vainc, le Christ règne, le Christ gouverne !
℟. Lux, via et vita nostra. Notre lumière, notre chemin et notre vie !
℣. Christus vincit, Christus regnat, Christus ímperat ! Le Christ vainc, le Christ règne, le Christ gouverne !
℟. Rex regum ! Roi des rois !
℣. Christus vincit, Christus regnat, Christus ímperat ! Le Christ vainc, le Christ règne, le Christ gouverne !
℟. Glória nostra ! Notre gloire !
℣. Christus vincit, Christus regnat, Christus ímperat ! Le Christ vainc, le Christ règne, le Christ gouverne !
℟. Ipsi soli impérium, glória & potéstas per immortália sæcula sæculórum. Amen. A lui seul l’empire, la gloire & la puissance pour l’immortalité des siècles des siècles. Amen.
℣. Ipsi soli honor, laus & jubilátio per infínita sæcula sæculórum. Amen. A lui seul l’honneur, la louange & la jubilation pour l’infinité des siècles des siècles. Amen.
℟. Ipsi soli virtus, fortítudo & victória per ómnia sæcula sæculórum. Amen. A lui seul l’empire, la gloire & la puissance pour l’immortalité des siècles des siècles. Amen.
℣. Christe audi nos. Christ, écoute-nous.
℟. Kyrie eleison. Seigneur, aie pitié.
℣. Christe eleison. Christ, aie pitié.
℟. Kyrie eleison. Seigneur, aie pitié.

Ces laudes royales étaient chantées non seulement à Reims mais dans toute la France, en Germanie, en Angleterre et même en Dalmatie. Elles étaient usuellement réservées autrefois aux cérémonies pontificales. Leur place traditionnelle se situe entre le chant des collectes et celui de l’épître, au début de la messe. Leur forme assez originale entremêle des acclamations triomphales (Christus vincit, Christus regnat, Christus ímperat ! – Le Christ vainc, le Christ règne, le Christ gouverne ! – Exaudi Christe ! – Exauce nous, ô Christ) avec des invocations litaniques à différents saints. On prie Dieu et on invoque les saints pour le Pape, le souverain, l’évêque du lieu, quelquefois pour la reine, ainsi que pour l’armée et ses chefs.

Ces Laudes regiæ – appelées aussi Acclamations carolingiennes, Laudes impériales, laudes épiscopales – dérivent d’acclamations impériales antiques : une lettre de saint Grégoire le Grand mentionne ainsi que l’empereur Phokas fut acclamé en l’an 603 par le clergé et tout le sénat dans la basilique Julienne par ces termes : « Exaudi, Christe ! Phocæ Augusto et Leontiæ Augustæ vita ! »

Des acclamations similaires furent chantées au couronnement du bienheureux empereur Charlemagne comme empereur romain d’Occident le jour de Noël 800 : « Carolo piisimo Augusto a Deo coronato, magno, pacifico imperatori vita et victoria ! » Le psautier gallican, dit de Charlemagne (F-BnF Latin 13159, ff. 163 r° – 164 r°) du VIIIème donne toutefois le texte complet de ces acclamations carolingiennes, commençant par Christus vincit, très proche des différentes versions qui nous sont parvenues par la suite, et Charles n’y est encore acclamé que comme roi des Francs et des Lombards. Son texte est donc antérieur au couronnement de Charlemagne à la Noël 800 et a dû être rédigé entre 795 et 800.


Plus ancien texte des Laudes regiæ :
Psautier dit de Charlemagne, c. 795-800.
C’est aussi la plus ancienne mention du Christus vincit, Christus regnat, Christus imperat.
(un cri de guerre de l’armée de Charlemagne ?
A l’imitation du IC XC NIKA grec ?)

Elles furent probablement chantées au sacre de son fils l’empereur Louis le Pieux, qui fut sacré par le Pape Etienne IV justement dans la cathédrale de Reims le 5 octobre 816, ce qui fut le premier sacre de l’histoire réalisé dans cette ville.

Par la suite, ces acclamations furent chantées non seulement aux sacres des rois de France mais encore aux couronnements de nombreux souverains européens, ainsi qu’à ceux des papes. A la messe du couronnement d’un pape, elles étaient alternées entre les diacres à l’autel et des secrétaires en chapes au milieu du chœur. Comme ailleurs, elles se placent entre la collecte et le chant de l’épître. Ces laudes papales ne commencent pas par Christus vincit (ce qui est une disposition fort primitive et antérieure à l’époque carolingienne). Voici par exemple comment elles furent chantées lors du couronnement du pape saint Jean XXIII dans la basilique vaticane :

La plupart des cathédrales de France les chantaient aux messes pontificales, au moins au principales fêtes de l’année. Celles de la cathédrale de Reims étaient fameuses. A Laon, l’évêque donnait de l’argent à ceux qui les avaient chantées. A Orléans, les enfants du chœur de la cathédrale les chantaient presque tous les jours de l’année avant la messe haute. Le clergé de la cathédrale Saint-Maurice de Vienne faisait chanter les acclamations par deux chevaliers qui faisait fonctions de chantres, entre la collecte et l’épître et à nouveau une version abrégée pendant la communion des fidèles. A Lyon aussi, ces laudes étaient chantées par six chevaliers, ou avocats, ou consuls capitouls. A Tours, c’était le cellerier qui remplissait cet office. A Elne et à Châlons, c’était le grand chantre, à Soissons, deux prêtres, à Laon et Rouen, deux chanoines, à Orléans, le sous-doyen du chapitre et le chefcier, à Paris – où on les appelait Triumphus, deux ou trois sous-diacres auxquels les enfants de chœur répondaient. Il existe de nombreuses versions, tant par le texte que par la musique, de ces acclamations, dont les paroles s’adaptaient naturellement au gré des circonstances. Un manuscrit messin nous conserve même une version traduite en grec des laudes qui durent être chantées à Metz entre le milieu de 879 et le commencement de 881.

Cette version de la cathédrale de Reims que nous publions nous est connue par un manuscrit du XVIIIème siècle (collection particulière). Nous avons bien évidemment adapté ce texte pour l’usage de notre paroisse parisienne.

Une curiosité liturgique : la messe grecque de l’octave de saint Denys – 1779

Jusqu’à la Révolution, l’Abbaye de Saint-Denis célébrait le 16 octobre, jour octave de la fête de son saint patron, une « messe grecque ». Il ne s’agissait pas de la liturgie byzantine, mais bien de la messe romaine, entièrement chantée en grec (du moins pour les parties proclamées, car le canon & les autres parties secrètes restaient dites en latin par le célébrant).

Nous avons le plaisir d’offrir au public un opuscule anonyme très intéressant de 108 pages publié en 1779 qui présente, décrit et fournit le chant et le texte de la liturgie romaine en grec qui se chantait à l’Abbaye royale de Saint-Denis pour l’octave de la fête du premier évêque de Paris, le 16 octobre.

> Télécharger la « Messe greque en l’honneur de S. Denys, apôtre des Gaules, premier évêque de Paris, et de S. Rustique et S. Eleuthere, martyrs : selon l’usage de l’Abbaye de S.-Denys en France, pour le jour de l’Octave de la Fête solemnelle de S. Denys, au XVI. jour d’Octobre. Avec la Messe Latine qu’on chante à S.-Denys le jour de la Fête & dans l’Octave. A Paris, chez De Hansy, Libraire, rue de la Juiverie, près l’Eglise de la Magdeleine, à S. Nicolas. M.DCC.LXXIX. »

Cet ouvrage contient une passionnante introduction sous forme d’avertissement qui développe l’origine de cette messe en grec et sur la pratique de la communion sous les deux espèces, traditionnellement pratiquée par le célébrant, son diacre et son sous-diacre les dimanches et fêtes à Saint-Denis.

Voici, en guise d’exemple, l’introït de cette messe de l’octave de saint Denys dans cette édition de 1779 :

Introït Sophiane tone haguione de la messe grecque de l'octave de saint Denys

A titre de comparaison, voici le même introït dans sa version originale latine :

Introït Sapientiam Sanctorum de la messe grecque de l'octave de saint Denys

Les pièces de la messe latine ont simplement été traduites en grec, et on y a appliqué le même chant, en adaptant celui-ci aux accents hellènes.

Toute la messe de l’octave était donc chantée en grec, toutefois l’épître et l’évangile y étaient chantés sur le jubé d’abord en grec puis en latin. Le jour de la fête, le 9 octobre, l’épître et l’évangile étaient chantées en latin d’abord, puis en grec. Un tel usage des doubles lectures en latin puis en grec, qui – on va le voir – remontait au moins à l’époque carolingienne, se répétait également à Pâques, Noël, la Pentecôte, la saint Matthias et à la dédicace de l’Abbatiale (le 24 février) (Mercure de France, 1728).

Nous mettons en ligne la seconde édition de cet opuscule, la première remontant à l’année 1777. Il s’agit clairement d’un petit livret pour permettre aux fidèles de suivre la messe célébrée et chantée en grec par les moines de Saint-Denis. Divers témoignages au XVIIème et XVIIIème laissent entendre que cette célébration si particulière, célébrée avec la plus grande magnificence par un grand nombre d’officiants en ornements sacrés, déplaçait un grand nombre de pèlerins, d’autant que pendant toute l’octave, l’abbaye exposait solennellement à la vénération des fidèles la relique du chef de saint Denys entre la châsse d’argent contenant son corps et celles de ses deux compagnons Rustique et Eleuthère.

Contrairement à l’édition de 1777 de ce même opuscule et à la première édition de cette messe en 1658, l’édition de 1779 indique une très intéressante transcription phonétique du grec, afin de faciliter le chant des moines de Saint-Denis et la compréhension des fidèles. Cette transcription du grec diffère de la prononciation liturgique des Byzantins ou même médiévale & liturgique des Romains pour suivre celle intellectuellement reconstituée par Erasme (le Prince des humanistes avait fondé sa prononciation restituée sur l’analyse des transcriptions antiques de mots grec en latin). Ainsi, les moines chantaient Kurié éléêsone au lieu de l’habituelle prononciation Kyrie eleison, pourtant contemporaine de la diffusion du christianisme au cours des premiers siècles de notre ère.

Cet hapax liturgique étonnait beaucoup au XVIIIème siècle. Si la messe en grec de Saint-Denis témoignait de l’attachement à l’aréopagisme développé dans cette abbaye depuis le VIIIème siècle, il ne s’agissait pourtant nullement d’un cas unique dans les liturgies occidentales. Examinons son histoire.

A quand remonterait la messe grecque de Saint-Denis ?

Le plus ancien livre liturgique en usage dans l’Abbaye royale de Saint-Denis que nous possédons est un sacramentaire de la seconde moitié du IXème siècle (F-BnF Latin 2290). Au début de l’ouvrage, on trouve aux folios ff. 7v° – 8v° le texte du Gloria in excelsis Deo (Doxa in ypsistis Theo), du Credo in unum Deum (Pisteugo is ena Theon), du Sanctus (Agios) et de l’Agnus Dei (O Amnos tu Theu) en grec, mais transcrits en caractères romains, avec le texte latin en interligne :

On trouve aussi un fragment semblable du Gloria in excelsis Deo en grec écrit en caractères latins avec traduction latine intercalée dans un sacramentaire de Saint-Denis offert par les moines au chapitre de la cathédrale de Laon pour les remercier de leur accueil au moment des invasions normandes (Laon 118 f° 145v°). Ce manuscrit a dû être réalisé entre le dernier tiers du IXème et le début du Xème siècle.

Le second livre que nous possédons de Saint-Denis est un missel écrit entre 1041 et 1060 (F-BnF Latin 9436). Là encore au début de l’ouvrage (ff. 1v° & 2r°) figurent plusieurs pièces de l’ordinaire en grec et en latin, avec cette fois notation musicale neumatique in campo aperto : 3 Kyrie, un Gloria grec transcrit en caractères latins (avec le texte latin au dessus des neumes) suivi de 3 Gloria latins, le Credo grec transcrit en caractères latins (avec le texte latin au dessus des neumes) – notons l’absence de Credo en latin avec notation musicale ! En revanche, les trois Sanctus et les trois Agnus Dei notés ne le sont qu’en latin, pas en grec.

Autre rareté remarquable, le chant des Chérubins qui accompagne la grande entrée de la liturgie byzantine de saint Jean Chrysostome – une pièce emblématique s’il en est de la liturgie byzantine ! – a été traduit en latin et sert de second offertoire à la messe de la Trinité (f° 58v°). En voici le texte :

Qui cherubin mystice imitamur et vivifice Trinitatis ter sanctum hymnum offerimus, omnem nunc mundanam deponamus sollicitudinem sicuti regem omnium suscepturi cui ab angelicis invisibiliter ministratur ordinibus, alleluia.
Nous qui mystiquement représentons les chérubins, et qui chantons l’hymne trois fois sainte à la vivifiante Trinité, déposons maintenant tous les soucis du monde, pour recevoir le roi de toutes choses, invisiblement escorté par les ordres angéliques, alleluia.

Voici une tentative de restitution de la mélodie de cette hymne des Chérubins (restitution en effet, car aucun manuscrit ultérieur ne nous l’offre avec des neumes sur portée) :

En revanche, ce missel ne mentionne aucune pièce grecque pour la fête de saint Denys ni pour toute son octave. Voici les pièces grecques du Missel de Saint-Denis du XIème siècle :

L’ancienne bibliothèque de l’Abbaye de Saint-Denis possédait divers ouvrages en grec, parmi lesquels un curieux manuscrit copié en 1020 par un hiéromoine du nom d’Hélie qui donne les textes de la divine liturgie byzantine du jour de Pâques puis du Pentecostaire (temps pascal) et enfin un Ménée (sanctoral). Ce manuscrit figure sous la côte F-BnF 375 de la Bibliothèque Nationale. S’il est peu probable qu’il ait été utilisé tel quel pour des célébrations liturgiques en rit byzantin par les moines à Saint-Denis, une main du XIIème siècle y a ajouté l’office de Saint-Denis en grec (ff. 153r°-154r°), le Généalogie du Christ selon Matthieu en grec pour les matines de Noël (ff. 154v°-155v°) et à la toute fin du manuscrit l’épître de saint Denys (le discours de Paul à l’Aréopage – ff. 194v°). Les inflexions notées au dessus du texte grec de cette épître, pour aider la cantilène du sous-diacre, indiquent bien qu’elle fut utilisée dans la liturgie.

Ces pièces grecques dans la liturgie latines sont-elles propres à Saint-Denis ?

Absolument pas ! On sait qu’à la liturgie papale, à Rome, jusqu’à nos jours, l’évangile est chanté en latin et en grec, et même qu’on chantait le Gloria in excelsis Deo en grec à Pâques et à Noël, ainsi que plusieurs Alleluia avec des versets grecs durant les vêpres stationales de Pâques et de son octave. Lorsqu’au cours du IXème siècle la liturgie papale romaine s’impose dans l’Empire carolingien avec la diffusion du sacramentaire grégorien, cet usage romain non seulement va être conservé mais même développé, à la faveur du renouveau des études et des lettres de la renaissance carolingienne. On retrouve de nombreuses pièces similaires en grec dans des sacramentaires du IXème au XIème siècles : le Gloria et le Credo en grec sont ainsi chantés dans les abbayes de Saint-Amand, de Saint-Gall, à Tournai, le Credo à Angoulème, à Milan, à Freising, le Gloria à Laon, à Tours, à Winchester, le Gloria, le Credo et le Sanctus à Ratisbonne, une Missa greca complète à l’usage d’Aix-la-Chapelle (Doxa en ypsistis, Pysteugo, Cheroubikon, Agyos, O annos tu theu, Doxa patri) ou de l’Abbaye de Saint-Alban, le Sanctus à Metz, etc, etc.

Pourtant, à partir du XIème, ce bilinguisme liturgique disparait à peu près partout (hormis le Kyrie eleison qui continue bien sûr à être chanté en grec). Sauf à Saint-Denis, où les moines, fiers de l’origine grecque de leur saint patron et martyr (manifestée dans son nom de Διώνυσος – Dionysos, quand bien même on contesterait son identification avec saint Denys l’Aréopagite), vont au contraire non seulement conserver mais encore amplifier les éléments reçus de la « Missa greca » carolingienne.

On trouve les premières traces d’une « Missa greca » pour l’octave de saint Denys le 16 octobre dans un Ordo des offices de Saint-Denis datant des années 1275 (F-BnF Latin 976 ff. 137r° et 137v°). Une version de cet ordo avec quelques variantes de détails nous est donné dans un manuscrit dyonisien de la même époque conservé à la Bibliothèque Mazarine (Manuscrit 526). Voici une traduction française de cet ordo avec nos interpolations explicatives :

En l’octave des saints Denys, Rustique et Eleuthère :
A la messe, trois chantres [entonnent] l’office (= l’introït, cf. le rit dominicain) en grec : Zeuete agallya (probable transcription de Venite exultemus – cf. Psaume XLIV, 1). Six [chantres] poursuivent (quatre dans le manuscrit de la Mazarine). Verset : Zeuete agallya (même texte donc que l’introït). Doxa Patri.
Kyrie Fons bonitatis (classique pour les octaves dans le rit parisien).
Après cela le prêtre commence : Doxa en ipsistis [Gloria in excelsis Deo].
Oraison : Protegat nos, Domine (la même que celle du Missel de Saint-Denis du XIème s. pour l’octave, la même que conserve encore notre texte imprimé en 1779).
L’épître est lue d’abord en grec puis en latin : Stans Paulus (Actes XVII, 22-34, comme dans l’imprimé de 1779).
Graduel : Phobite thon Kyrion (Timete Dominum – ce graduel est donné en latin dans le Missel de Saint-Denis du XIème s. pour l’octave). Verset : Ide ekztontes, par trois [chantres].
Alleluia : Ekekraxan dykei, par quatre [chantres].
Sequence : Gaude prole [la séquence du roi Robert II le Pieux – le manuscrit de la Mazarine en donne une autre : Supere armonie].
Avant l’évangile, on chante l’antienne : O beate Dyonisi.
Puis on lit l’évangile en grec puis en latin : Videns Jesus turbas (Matthieu V, 1-12 – le texte de 1779 donne Luc XII, 1-8 pour la messe de l’octave).
On dit Phisteuo, qui est le Credo, même si on n’est pas dimanche (« que si l’on est dimanche », pour le manuscrit de la Mazarine).
Offertoire : Y ta Cherubyn [L’hymne des Chérubins, en grec et non plus en latin comme dans les manuscrits antérieurs].
Sanctus : Agyos.
Agnus : O Agnos tou Theu et Agnus Dei, trois [chantres].
Communion : Psallate Ysu (Psallite Jesu).
Postcommunion : Sumpsimus, Domine, pignus (la même que celle du Missel de Saint-Denis du XIème s. pour l’octave, toujours en usage en 1779).
Ite missa est.
Sicut angelorum (un répons de procession final ?).

On voit donc que dès le XIIIème la messe de l’octave de saint Denys est donc chantée intégralement en grec, à l’exception des oraisons, de la séquence et d’un chant final. Malheureusement, aucun manuscrit avant l’apparition de l’imprimerie ne nous est parvenu pour nous livrer ces pièces avec leur chant.

L’hellénisation de la liturgie de Saint-Denis marque une nouvelle étape vers 1280 : on ajoute alors un cahier à un évangéliaire précieux donné à l’abbaye par Charles-le-Chauve au IXème siècle. Ce cahier de neuf feuillets en parchemin pourpré, parfois orné de lettres d’argent, donne les épîtres et évangiles en grec pour Noël, la dédicace de l’Abbaye (fête le 24 février), Pâques, la Pentecôte, la fête de saint Denys (F-BnF 9387, ff. 17r°, 160v°–161v° et 207r°). Notons que le texte des évangiles est précédé de l’exclamation de la liturgie byzantine : σοφία ορθή ακούσωμεν του αγίου ευαγγελίου ειρήνην πάσιν – Sophia ! Orthi ! (Sagesse ! Tenons-nous debout ! Ecoutons le saint Evangile ! Paix à tous !), comme à la messe papale encore de nos jours (mais cela était tombé d’usage à Saint-Denis au XVIIIème s. manifestement – le texte grec d’introduction à l’évangile est celui du rit romain dans l’édition de 1779). Certains des péricopes reçoivent des neumes indiquant les inflexions de la cantilène des diacres et sous-diacres.

Messe grecque de saint Denis : évangile en grec de la fête (c. 1280)
Missa greca de saint Denis : évangile en grec de la fête (c. 1280), parchemin pourpré et lettres d’argent. Notez au début : σοφία ορθή ακούσωμεν του αγίου ευαγγελίου ειρήνην πάσιν (Sagesse ! Tenons-nous debout ! Ecoutons le saint Evangile ! Paix à tous !) ainsi que les signes de cantilation, ici en rouge.

L’auteur anonyme qui rédige une introduction très intéressante aux éditions de 1777 & 1779 de la messe de l’octave indique dans la seconde édition que :

Pendant l’impression de cette Messe, l’Abbaye de S. Denys nous a communiqué un Manuscrit Grec, où se trouve une partie de la Messe Greque de S. Denys, révisée par le célèbre Guillaume Budé, qui a mis à la fin une Lettre signée & paraphée de sa main. Il mourut en 1540. Cette Messe est différente de celle qu’on chante aujourd’hui. »

Je pense qu’en effet les moines ont très certainement confié au célèbre helléniste parisien de la Renaissance Guillaume Budé (1476 † 1540) le soin de réviser les textes grecs de la messe de l’octave. On peut penser que Budé traduisit en grec les rares pièces de cette messe qui restaient encore en latin depuis les descriptions des ordines du XIIIème siècle : la séquence du roi Robert II le Pieux, les oraisons et hypothétiquement encore telle ou telle des parties supplémentaires de ce qui est chanté dans la messe : les Dominus vobiscum, la préface, le Pater et son introduction, l’O salutaris hostia (obligatoire à l’élévation en France depuis le règne de Charles V), la bénédiction pontificale, les oraisons des mémoires.

A une époque inconnue entre 1540 et 1658, les moines de Saint-Denis révisèrent les textes du propre de cette messe (phénomène qui connut une extension générale en France dès la fin du XVIIème siècle) : l’introït (officium), le graduel, l’alléluia, l’offertoire et la communion furent changés, on délaissa le vieil hymne des Chérubins. Plus exactement, on utilisa les textes du jour de la fête le 9 octobre pour toute l’octave (antérieurement, il y avait des textes propres pour la vigile, la fête et chaque jour de l’octave). En revanche, les trois oraisons de la messe se sont conservées à l’identique des sources du XIIIème siècles, mais désormais traduites en grec. Il est possible que cette révision des textes de la liturgie de l’Abbaye se soit faite à la suite de l’arrivée des bénédictins de la Congrégation de Saint-Maur, qui reprennent l’Abbaye en 1633.

Cette révision reçut une belle édition en 1658 chez l’éditeur du roi pour la musique Robert III Ballard (c. 1610 † 1672). Voici l’exemplaire de la Bibliothèque Sainte-Geneviève où une main a ajouté une transcription phonétique pour faciliter le chant des chantres peu versés dans la langue grecque. Hélas cette édition ne donne que les pièces de chant, sans le moindre avertissement qui puisse nous éclaircir sur l’origine des nouveaux textes du propre. Cela nous aurait permis de connaître le nom du moine qui a dû également écrire les autres parties de la messe sur lesquelles Guillaume Budé n’avait peut-être pas travaillé.

On sait par ailleurs que Robert III Ballard se met à publier à partir de 1658 de nombreux livres de plain-chants, pour beaucoup révisés ou composés par Guillaume-Gabriel Nivers (c. 1632 † 1714), organiste de Saint-Sulpice. Il ne nous parait pas impossible qu’on ait demandé à ce spécialiste de plain-chant – alors au début de sa carrière – de superviser, voire de réaliser les chants sur les nouveaux textes choisis par les moines de Saint-Denis.

Cette édition de Ballard de 1658 a servi de modèle à l’écriture de plusieurs manuscrits des XVIIème et XVIIIème siècles comme ce beau manuscrit Ms 4465 de la Bibliothèque Mazarine, qui date du XVIIIème siècle.

Comme notre auteur de 1779 l’indique dans son avertissement, l’édition Ballard de 1658 a été reprise et augmentée dans les opuscules de 1777 et 1779. On notera quelques menues différences, dues soit à l’érudition de l’auteur (dans le texte de l’ordinaire en grec et la séquence de Robert II le Pieux) soit à l’observation pratique du chant tel que réalisé à Saint-Denis (cf. par exemple le si bémol au début de l’introït qui ne figure pas dans l’édition de 1658).

Malheureusement, notre édition de 1779 que nous mettons en ligne est mutilée de quelques pages (il manque les pages XI à XIV de l’avertissement, 57 à 64 de la messe grecque, la pagination est par ailleurs assez erratique). On pourra néanmoins facilement compléter le chant des pages manquantes avec ces précédentes éditions et manuscrits.

Notons pour finir qu’on signale aussi au XVIIIème l’usage d’une messe (romaine) célébrée en grec à Paris par les chevaliers de l’Ordre du Saint-Sépulchre dans leur église. Là encore on devine sans peine la revendication des origines orientales de cet ordre de chevalerie au travers de la célébration de cette Missa greca. Hélas aucun document ni chant ne nous est parvenu pour en savoir plus sur cet usage, qui, comme à Saint-Denis, s’éteignit à la Révolution française.

*

Si la missa greca de Saint-Denis n’était pas en ses débuts un phénomène isolé mais une pratique courante de l’Eglise carolingienne, la revendication des origines grecques de leur saint patron poussa les moines de l’Abbaye royale à conserver et développer cette tradition pour l’octave de la fête, le 16 octobre.

Benedicat nos Deus – antienne solennelle parisienne en l’honneur de saint Denys – Offices propres du diocèse de Paris 1923

Benedicat nos Deus - antienne solennelle en l'honneur de saint Denys

Benedicat nos Deus – antienne solennelle en l’honneur de saint Denys.

Benedícat nos Deus Pater, custódiat nos Jesus Christus, illúminet nos Spíritus Sanctus ómnibus diebus vitæ nostræ : confírmet nos virtus Christi, intercedéntibus sanctíssimi Dionysio, Rústico et Eleuthério : indúlgeat nobis Dóminus univérsa delícta nostra, allelúia. Que nous bénisse Dieu le Père, que nous garde Jésus-Christ, que nous illumine le Saint-Esprit tous les jours de notre vie. Que la puissance du Christ nous affermisse, par l’intercession des très saints Denis, Rustique et Eleuthère ; que le Seigneur nous efface indulgemment tous nos péchés, alléluia.

Cette antienne processionnelle est tirée des anciens livres de l’Abbaye de Saint-Denis. Elle comporte une curieuse invocation à la Très-Sainte Trinité – probablement une formule euchologique liturgique mise en musique – à laquelle s’ajoute une demande d’intercession à saint Denys, premier évêque de Paris, et à ses compagnons martyrs le prêtre Rustique et le diacre Eleuthère. Cette antienne curieuse n’appartient pas au répertoire courant de l’antiphonaire grégorien, sa mélodie – splendide – est particulièrement originale, il est donc tout à fait possible qu’elle soit l’un des rares reliquat de l’antique liturgie gallicane et plus spécialement parisienne, d’avant sa suppression par Pépin le Bref et Charlemagne.

Elle fut accommodée – semble-t-il par la suite – en plusieurs Eglises en divers points d’Europe avec d’autres noms de saints, servant la plupart du temps comme antienne processsionnelle. La mystique sainte Elisabeth de Schönau (1129 † 1164) – au témoignage de son frère Eckbert, abbé de Schönau (c. 1120 – 1184) -, reçut dans une de ses extases une vision de saint Jean Baptiste qui lui chantait cette antienne Benedicat nos Deus.

La transcription ci-dessus fut préparée par le fameux musicologue Amédée Gastoué (1873 † 1943), maître de chapelle de Saint-Jean-Baptiste-de-Belleville, commandeur de Saint Grégoire le Grand, qui supervisa les éditions propres du diocèse de Paris réalisées en 1923 (antiphonaire et pièces pour les saluts du Très-Saint Sacrement) et 1925 (graduel avec le propre de Paris). Il la plaça parmi les pièces de chant pour les Salut du Très-Sacrement du propre de Paris.

Voici cette même antienne manuscrite dans l’Antiphonaire de Saint-Denis datant des années 1140-1160 (F-BnF Latin 17296, f° 340 v° – le bas de la page précédente annonce avant la tourne qu’il s’agit d’une antienne processionnelle). Elle est proche de la source utilisée par Amédée Gastoué pour sa restitution.

Benedicat nos Deus - Antienne solennelle de saint Denys - antiphonaire de Saint-Denis du XIIème s.
Benedicat nos Deus – Antienne solennelle de saint Denys – antiphonaire de Saint-Denis du XIIème s.

Cérémonie du Départ des missionnaires – Cantique « Partez, hérauts de la bonne nouvelle » – Charles Gounod

Gounod embrassant les missionnaires - Départ des Missionnaires, 1868, tableau de Charles-Louis de Fredy de Coubertin, il se trouve dans la chapelle des Missions Étrangères de Paris.
Départ des Missionnaires, 1868, tableau de Charles-Louis de Fredy de Coubertin, il se trouve dans la chapelle des Missions Étrangères de Paris.

A partir du XVIIIème siècle, la société des Missions Etrangères de Paris développa une émouvante cérémonie du Départ des missionnaires : l’adieu à ceux qui partaient pour l’Extrême-Orient comportait diverses prières (le Magnificat pour rendre grâce pour la vocation sacerdotale et l’appel pour la mission, l’Ave maris stella pour placer leur périple sous la protection de la Vierge), mais son aspect le plus frappant fut le baiser des pieds des missionnaires : ceux-ci, placés sur le marchepied de l’autel, voyaient l’évêque qui leur avait donné sa bénédiction leur donner l’accolade et embrasser leurs pieds, suivi des directeurs de séminaire, des professeurs, séminaristes, aspirants, amis & famille.

Quel était la raison de ce baiser des pieds de ceux qui partaient annoncer le Christ aux extrémités de la Terre ? Il s’agissait de rendre compte concrètement de la citation du prophète Isaïe (LII, 7) faite par saint Paul lui-même dans son Epître aux Romains (X, 15) :

Quomodo vero praedicabunt nisi mittantur ? sicut scriptum est : Quam speciosi pedes evangelizantium pacem, evangelizantium bona !

Et comment leur prêcheront-ils, s’ils ne sont envoyés ? selon ce qui est écrit : « Combien sont beaux les pieds de ceux qui annoncent l’Évangile de paix, de ceux qui annoncent les biens ! »

Le côté poignant de ces adieux – souvent définitifs, la société comportant un grand nombre de martyrs – fut accentué à partir de 1852 par le chant d’un cantique composé spécialement par Charles Gounod (1818 † 1893), maître de chapelle des Missions Etrangères de Paris. Le texte fut rédigé par Mgr Charles Dallet (1829 † 1878), missionnaire apostolique des Missions Etrangères de Paris, qui fut vicaire apostolique à Bangalore aux Indes à partir de 1857. Le cantique du Départ des missionnaires connut un très grand succès et devint un élément incontournable de la cérémonie, il marqua des générations de missionnaires jusqu’aux réformes des années 1960.

Voici les texte de Mgr Dallet :

1. Partez, hérauts de la bonne nouvelle,
Voici le jour appelé par vos vœux ;
Rien désormais n’enchaîne votre zèle,
Partez, amis, que vous êtes heureux !
Oh ! qu’ils sont beaux vos pieds, missionnaires !
Nous les baisons avec un saint transport,
Oh ! qu’ils sont beaux sur ces lointaines terres
Où règnent l’erreur et la mort !

℟. Partez, amis, adieu pour cette vie,
Portez au loin le nom de notre Dieu ;
Nous nous retrouverons un jour dans la patrie,
Adieu, frères, adieu !

2. Hâtez vos pas vers ces peuples immenses ;
Ils sont plongés dans une froide nuit, sans vérité, sans Dieu, sans espérances ;
Infortunés ! l’enfer les engloutit.
Soldats du Christ ! soumettez-lui la terre,
Que tous les lieux entendent votre voix,
Portez partout la divine lumière,
Partout l’étendard de la croix !

3. Bientôt, bientôt nous courrons sur vos traces,
Cherchant partout une âme à convertir ;
Nous franchirons ces immenses espaces,
Et nous irons tous prêcher et mourir.
Oh ! le beau jour, quand le Roi des Apôtres
Viendra combler le désir de nos cœurs,
Récompenser vos travaux et les nôtres
Et nous proclamer tous vainqueurs.

4. En nous quittant vous demeurez nos frères,
Pensez à nous, devant Dieu, chaque jour ;
Restons unis par de saintes prières,
Restons unis dans son divin amour,
O Dieu Jésus ! notre roi, notre maître,
Protégez-nous, veillez sur notre sort,
A vous nos cœurs, notre sang, tout notre être,
A vous, à la vie, à la mort.

Télécharger la partition de Charles Gounod.

Charles Gounod - Départ des Missionnaires

O felicem virum – antienne parisienne solennelle à saint Joseph

O felicem virum
Ant.

 
O felicem virum - antienne parisienne à saint Joseph de Jean Gerson

O felícem virum, beátum Joseph !
cui datum est Deum,
quem multi reges voluérunt
vidére et non vidérunt,
audíre et non audiérunt,
non solum vidére et audíre,
sed portáre et complécti,
deosculári, vestíre et custodíre !
Oh ! heureux homme, bienheureux Joseph !
à qui il a été donné de voir le Dieu
que beaucoup de rois ont voulu voir et n’ont pas vu ;
ont voulu entendre et n’ont pas entendu ;
il vous a été donné non seulement
de le voir et de l’entendre,
mais de le porter et de l’étreindre,
de l’embrasser, de le vêtir et de le garder.

Antienne parisienne solennelle en l’honneur de saint Joseph composée vers 1400 par Jean de Charlier de Gerson (« Jean Gerson ») (1358 † 1429), chancelier de l’Université de Paris.

Livret PDF téléchargeable.

Source : d’après Cantus selecti, Solesmes, 1957, p. 194*.

O felicem virum témoigne de l’intense activité menée par Jean de Charlier de Gerson, chancelier de l’université de Paris, pour mettre en lumière la dévotion envers saint Joseph au début du XVème siècle.

Au mois d’août 1413, Jean de Gerson rédige une Épître sur le culte de saint Joseph qu’il adresse « à toutes les églises, spécialement à celles qui sont dédiées à Notre Dame ». Dans cette lettre, il demande instamment d’instaurer une fête pour commémorer le mariage de la Vierge et de saint Joseph. Ce texte est le premier d’une longue série, écrits pour la plupart entre 1413 et 1416 et dans lesquels le chancelier Gerson développe sa pensée théologique et pastorale sur le père adoptif du Christ, tout en cherchant à développer son culte. Un mois après son premier appel, le 26 septembre 1413, il réitère sa demande d’une fête en l’honneur du mariage de saint Joseph et de la Vierge. Le 23 novembre, il écrit au duc de Berry pour l’exhorter à instituer cette fête en commémoration du mariage de Joseph et Marie dans la cathédrale Notre-Dame de Paris. Cette demande fut accomplie à partir du siècle suivant, et le propre de Paris contint jusqu’au XXème siècle une fête des épousailles de la Sainte Vierge et de saint Jospeh fixée au 23 janvier.

Probablement à la fin de l’année 1413, Jean Gerson rédige ses Considérations sur saint Joseph, un long texte en français où il précise les raisons qui justifient un développement de son culte. Entre 1414 et 1416, il compose un long poème latin, la Josephina. Enfin, le 8 septembre 1416, jour de la fête de la Nativité de la Vierge, il s’adresse aux pères du concile de Constance par un long sermon sur l’Évangile du jour, Jacob autem genuit Joseph. (Matth. I, 16), sermon qu’il considère lui-même comme l’aboutissement de sa réflexion sur le sujet. Autour de ces grands textes s’articule toute une série de poèmes, d’antiennes (dont O felicem virum), d’oraisons, et de nombreuses allusions dans des sermons ou des lettres.

Le Pape Pie VII a attaché des indulgences aux prêtres qui réciteraient cette antienne suivie du verset Ora pro nobis, beate Ioseph et l’oraison Deus qui dedisti nobis regale sacerdotium, avant de célébrer la messe.