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La Schola Sainte Cécile chante dans la basilique Saint-Pierre de Rome au Vatican

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Les Petits Chantres de Sainte Cécile - maîtrise d'enfants

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Retrouvez les partitions que nous éditons, classées par temps liturgique ou par compositeur. Elles sont téléchargeables gracieusement.

Généalogie de Notre Seigneur Jésus-Christ selon Matthieu

Dominus vobiscum de la généalogie des matines de Noël
Généalogie de Notre Seigneur Jésus-Christ selon Matthieu, des matines de Noël - tradition parisienne 01

Généalogie de Notre Seigneur Jésus-Christ selon Matthieu, des matines de Noël - tradition parisienne 02

Généalogie de Notre Seigneur Jésus-Christ selon Matthieu, des matines de Noël - tradition parisienne 03

Généalogie de Notre Seigneur Jésus-Christ selon Matthieu, des matines de Noël - tradition parisienne 04

Source : Missel de Notre-Dame de Paris (XIIIème siècle) – BnF latin 1112, f° 7 r° & v°.

Livret imprimable au format PDF.

Depuis au moins le IVème siècle (comme l’atteste le récit de la pèlerine Egérie à Jérusalem), un évangile est chanté solennellement à la fin de l’office nocturne les dimanches & fêtes. Cet évangile de l’office divin s’est conservé à cet endroit dans la plupart des rits (dans le rit byzantin, il y a ainsi une série des 11 évangiles de la résurrection qui sont chantés aux matines de chaque dimanche, saint Benoît décrit aussi cet évangile de matines auquel on répond Amen dans sa règle, etc…). L’évangile de matines ne reprend pas le texte de l’évangile de la messe du jour, il est chanté par l’évêque, l’abbé ou le prêtre officiant, mais pas par le diacre (contrairement à l’évangile de la messe).

Au rite romain pur cependant, il n’en subsiste aujourd’hui plus grand chose : seul le premier verset de l’évangile du jour est chanté au troisième nocturne et suivi de trois leçons, tirées des homélies des Pères sur cet évangile. Les différents usages diocésains français avaient toutefois conservé une structure primitive plus ancienne du rit romain : usuellement, le chant solennel de l’évangile arrivait – comme dans la règle de saint Benoît – à la fin de l’office nocturne, entre le neuvième répons du dernier nocturne (répons disparu du rit romain actuel) et le Te Deum.

Pour la nuit de Noël, aussi bien chez les bénédictins que dans les antiques usages diocésains français, l’évangile des matines consiste en la généalogie du Christ selon saint Matthieu. Le chant solennel de cette généalogie est modulé depuis toujours sur un ton très particulier, d’une grande beauté. De même, on chantait sur une autre mélodie solennelle la généalogie selon saint Luc à la fin des matines de l’Epiphanie. Certains diocèses connaissaient également le chant solennel au salut après les secondes vêpres de Noël du prologue de saint Jean sur une sublime mélodie (mais cet usage est plus récent).

Lorsque l’usage de chanter les matines de Noël avant la messe de minuit commença à s’effriter, de nombreuses paroisses maintinrent cependant le chant de la généalogie à minuit, avant la première messe de Noël. C’est toujours le cas à Saint-Eugène.

Nous présentons ci-dessus la version parisienne de cette généalogie. Notez que la fin s’achève un peu curieusement, mais cette fin est calculée pour pouvoir enchaîner directement avec l’intonation du Te Deum final.

(d’après) Zoltán Kodaly – Veni, veni Emmanuel

Veni, veni Emmanuel – hymne de l’Avent.
Plain-chant français et polyphonie adaptée de Zóltan Kodaly (1882 † 1967).
4 voix mixtes (SATB).
1 page.

1. Veni, veni Emmanuel,
Captívum solve Israel,
Qui gemit in exílio,
Privátus Dei Fílio.
Viens, viens Emmanuel
Libère Israël captif
Qui gémit en exil
Privé du Fils de Dieu
℟.   Gaude ! Gaude !
Emmanuel nascetur pro te Israël.
Réjouis-toi, réjouis-toi,
l’Emmanuel naitra pour toi Israël.
2. Veni, veni, Rex géntium,
Veni, redémptor hóminum,
Ut salves tuos fámulos
Peccáti sibi cónscios.
Viens, viens, Roi des Nations,
Viens Rédempteur des hommes,
Afin de sauver tes serviteurs
Qui ont la connaissance de leurs péchés.
3. Veni, veni, o Oriens,
Soláre nos advéniens;
Noctis depélle nébulas
Dirásque mortis ténebras.
Viens, viens ô Orient
Réconforte nous par ton avènement ;
Repousse les brouillards de la nuit
Et les ténèbres sinistres de la mort.
4. Veni, Clavis Davídica,
Regna reclúde cœlica;
Fac iter tutum súperum
Et claude vias ínferum.
Viens, clef de David,
Ouvre le Royaume des Cieux ;
Fraye-nous un chemin sûr vers les choses d’en haut, Et ferme les routes de l’Enfer.
5. Veni, o Jesse vírgula,
Ex hostis tuos úngula,
De specu tuos tártari
Educ et antro bárathri.
Viens, ô racine de Jessé,
Conduis ceux qui sont à toi
Hors de la caverne du Tartare
Et de l’antre des enfers.
6. Veni, veni, Adonai,
Qui pópulo in Sinai,
Legem dedísti vértice,
In majestáte glóriæ.
Viens, viens, Adonaï,
Qui au Sinaï dans la majesté de ta gloire
As donné au peuple
La loi venue d’en-haut.
7. Veni, o Sapiéntia,
Quæ hic dispónis ómnia,
Veni, viam prudéntiæ
Ut dóceas et glóriæ.
Viens, ô Sagesse,
Qui dispose toutes choses ici-bas,
Viens, afin de nous enseigneur le chemin
De la prudence et de la gloire.

Le texte de Veni, Veni Emmanuel apparait pour la première fois dans le Psalteriolum Cantionum Catholicarum, un hymnaire jésuite publié à Cologne en 1710, mais ce recueil a pu recueillir un texte plus ancien, peut-être d’origine monastique. Cette édition de 1710 ne comptait que 5 strophes, qui se présentent comme une paraphrase versifiée de 5 des 7 fameuses grandes antiennes d’O, lesquelles ornent les Magnificat des vêpres romaines des 7 jours précédant Noël. Deux strophes (Veni, o Sapientia & Veni, Rex Gentium) ont été ajoutées au cours du XIXème afin de compléter la série des 7 noms divins des 7 grandes antiennes d’O (cet ajout se trouve pour la première fois dans les Cantiones Sacrae que publie le jésuite hymnographe allemand Joseph Hermann Mohr en 1878).

L’hymne publiée par les Jésuites en 1710 était dépourvue de mélodie, mais son mètre classique en octosyllabes réguliers permettait de lui adapter de très nombreux tons pré-existants.

L’anglais Thomas Helmore fut le premier en 1851 à pourvoir le texte des Jésuites allemand d’un ton qui assura le large & définitif succès de Veni, veni Emmanuel dans le monde anglo-saxon jusqu’à nos jours. Helmore décrivit ce ton comme emprunté à un missel français détenu par la Bibliothèque nationale de Lisbonne au Portugal. Cette mélodie mystérieuse qui suscita beaucoup de recherches fut en effet retrouvée en 1966 par la musicologue britannique Mary Berry, mais dans un processionnal français du XVème de la Bibliothèque nationale de France (BnF Latin 10581, ff. 89v-101, probablement un manuscrit d’un monastère de Clarisses, Cordelières ou Colettistes des années 1490-1510). Cette mélodie y est chantée à deux voix sur des tropes du répons Libera me de l’office des défunts, ces tropes à deux voix ressemblant à un conduit médiéval. Voici le début de ces tropes du Libera me, les deux voix polyphoniques étant notées en regard :

bone-jesu-dulcis-cuntis-manuscrit-bnf-latin-10581

Voici une transcription de ce plain-chant français sur le texte de l’hymne Veni, Veni Emmanuel, telle qu’elle est usuellement chantée en Angleterre :

Veni, veni Emmanuel en plain-chant français

Veni, veni Emmanuel en plain-chant français

Veni, veni Emmanuel en plain-chant français

Le compositeur hongrois Zoltán Kodaly construisit une magnifique polyphonie à 3 voix de Veni, veni Emmanuel, tissant ce ton dans de savantes (et quelques peu complexes) transpositions du thème. Nous proposons une version à 4 voix très simple pour le refrain Gaude, gaude Emmanuel à partir du matériel polyphonique de Kodaly, les strophes elles-mêmes restant à l’unisson.

Les premières mesures de cette partition :
Veni, veni Emmanuel - simplex

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Rorate cœli desuper du rit ambrosien

rorate-coeli-ambrosien

℟. Roráte cœli désuper * et nubes pluant justum :
Aperiátur terra, et gérminet Salvatórem.
℟. Répandez, cieux, votre rosée et vous nuées, faites pleuvoir le Juste :
Que la terre s’ouvre et que germe le Sauveur.
1. Erit radix Jesse, qui véniet judicáre gentes : *
in eo gentes sperábunt.
Il sera le rameau de Jessé, celui qui vient juger les nations :
en lui espèreront les peuples. 
(Isaïe XI, 10 & Romains XV, 12)
2. Excita poténtiam tuam et veni, Dómine : *
ut salvos fácias nos.
Réveillez votre puissance et venez, Seigneur :
afin de nous sauver. 
(Psaume LXXIX, 3)
3. Quærite Dóminum et confortámini : *
quærite fáciem ejus semper.
Cherchez le Seigneur et soyez assurés :
cherchez sa face toujours. 
(Psaume CIV, 4)
4. Cánite tuba, fundaménta terræ : *
clamáte, montes, in advéntu Dómini.
Sonnez de la trompette, fondations de la terre :
Criez de joie, montagnes, à la venue du Seigneur.
(Joël II, 1)
5. Dícite fíliæ Sion : *
ecce Salvátor noster véniet cum poténtia.
Dites à la fille de Sion :
Voici que notre Sauveur vient avec puissance. 
(Isaïe LXII, 11)

Source : Liber Vesperalis Ambrosiano, Rome, Société Saint Jean l’Evangéliste, Desclée & associés, 1939, p.873-874.

Ce petit cantique pour l’Avent figure par les Canti varii en annexe du Vespéral ambrosien de 1939 et constitue, avec le génie propre du chant ambrosien, le pendant du Rorate cœli d’origine française des livres romains. Les versets, tirés des prophètes et des psaumes, classiques ornements des beaux offices de l’Avent, sont tirés non de la Vulgate de saint Jérôme, mais de la vieille Vetus Itala, la primitive version latine de la Bible dans sa version restée en usage à Milan.

Qui regis sceptra – séquence du IIIème dimanche de l’Avent

Prose Qui regis sceptra

Source : Missale parisiense du XIIIème siècle (BnF Latin 1112)

regnantem-sempiterna-missel-de-paris-du-13e-siecle

Qui regis sceptra forti dextra solus cuncta : Toi qui seul, par la force de ta dextre, règnes sur tous les sceptres ;
Tu plebi tuam ostende magnam excitándo poténtiam. Réveille ta grande puissance & montre-la à ton peuple.
Præsta illi dona salutária. Donne-leur les dons salutaires.
Quem prædixérunt prophética vaticínia, Celui qu’ont prédit les oracles prophétiques,
A clara poli régia : Des cieux, de ton éclatant royaume,
In nostra Jesum mitte, Dómine, arva. Amen. Envoie, Seigneur, Jésus sur notre terre. Amen.

L’ancien usage parisien utilisait Qui regis sceptra comme séquence pour le IIIème dimanche de l’Avent, à l’instar de très nombreux diocèses d’Europe occidentale.

L’origine de cette prose Qui regis sceptra du IIIème dimanche de l’Avent est un peu mystérieuse. Les diocèses d’Europe occidentales la chantaient quasiment tous, tandis qu’en Europe de l’Est on chantait sur la même mélodie un texte différent – Angelorum ordo sacer -, dont la composition passe pour être de strong>Notker le Bègue (c. 840 † 912), moine de l’Abbaye de Saint-Gall, l’inventeur des séquences. Il semble que la mélodie de Notker ait reçu son nouveau texte en Aquitaine au Xème siècle et de là est passée rapidement dans tous les diocèses occidentaux.

Cette séquence est écrite dans le IVème ton, en continuité avec l’Alleluia Excita, Domine, potentiam tuam du troisième dimanche de l’Avent.

Elle fait partie d’un très petit nombre de séquences dont les versets ne sont pas tous répétés de façon symétriques, tandis que les proses régulières voient leurs versets chantés par paires semblables. Toutefois, cette anomalie – qui continue de soulever des interrogations chez les musicologues qui étudient le répertoire médiéval – trouve son explication dans certains manuscrits, où l’on voit que les versets asymétriques étaient chantés d’abord avec leur texte puis repris en vocalisant sur le a, comme un jubilus d’alléluia. Voici par exemple un manuscrit de l’Eglise de Rouen (Graduale Rotomagense – BnF manuscrit 904, folio V recto), du XIIIème siècle, qui montre bien comment ces séquences asymétriques se chantaient : la prose Qui regis sceptra commence avec ses deux premières strophe qui se répondent de façon symétrique. Puis à partir de la troisième strophe jusqu’à la fin, la mélodie de chaque vers est reprise en jubilus sur la voyelle a (laquelle termine chacun de ces vers).

quiregissceptra-graduelderouen

Notre transcription suit les variantes mélodiques et textuelles de détail des manuscrits parisiens, avec le rythme traditionnel pour les proses de la cathédrale Notre-Dame. Nous avons rétabli les jubili sur les a, formant la contrepartie des versets à partir du 3ème. Ceux-ci doivent se chanter sur le même rythme que les versets.

Livret PDF imprimable.

Domine, salvam fac Galliam – Prière pour la France du IInd ton en faux-bourdon parisien

Arrangements Henri de Villiers.
Prière pour la France : Domine, salvam fac Galliam du IInd ton en faux-bourdon parisien.
3 voix égales (TBB) ou 4 voix mixtes (SATB).
1 page – Sol mineur.

Sous l’Ancien Régime, la prière pour les autorités publiques utilisait le dernier verset du Psaume 19 : Domine, salvum fac Regem, & exaudi nos in die qua invocaverimus te. L’Empire transforma ce verset en Domine, salvum fac imperatorem nostrum Napoleonem, la République en Domine, salvam fac Rem Publicam. Le XXème siècle a chanté également Domine, salvum fac gentem Francorum. Le texte que nous utilisons, Domine, salvam fac Galliam – Seigneur, sauvez la France était déjà en usage au XIXème siècle.

De tradition, ce verset est chanté le dimanche à la grand’messe à la fin de la communion, les dimanches et certaines fêtes (comme le jour Noël selon le Cérémonial parisien de Martin Sonnet de 1662), ainsi qu’aux saluts du Très-Saint Sacrement. Il a été psalmodié sur divers tons, les Vème & VIème tons ayant eu aux XVIIIème & XIXème siècles les plus grandes faveurs. A Saint-Eugène, nous chantons ordinairement le Domine salvam fac dans le ton de l’antienne de communion qui le précède immédiatement (sauf aux grandes fêtes et aux temps festifs, où nous employons en général le VIème ton royal).

Le rythme de cette prière pour la France s’inspire directement de celui utilisé par Charles Gounod dans sa Messe solennelle de sainte Cécile (où le te final est considéré comme enclitique et déplace l’accent tonique d’invocavérimus). D’autres solutions rythmiques ont été utilisées du XVIIème au XIXème siècle pour la cadence finale.

Dans le faux-bourdon à 4 voix, les parties de dessus et de taille sont interchangeables à volonté. Le faux-bourdon parisien employé se retrouve dans de nombreuses éditions liturgiques de ce diocèse depuis le XVIIIème siècle. Il est néanmoins beaucoup plus ancien.

Voici le plain-chant sur lequel est établi ce faux-bourdon :

Domine, salvam fac Galliam - Prière pour la France du IInd ton en plain-chant parisien

Les premières mesures de cette partition :

 
Domine salvam fac Galliam du second ton - faux-bourdon parisien
 

Dómine, salvam fac Gálliam : *
Et exáudi nos in die qua invocavérimus te. (ter).
Seigneur, sauve la France, *
Et exauce-nous au jour où nous t’invoquerons.
(trois fois)

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Regnantem sempiterna – séquence du IInd dimanche de l’Avent

Regnantem sempiterna - prose du second dimanche de l'Avent

Source : Missale parisiense du XIIIème siècle (BnF Latin 1112)

regnantem-sempiterna-missel-de-paris-du-13e-siecle

Regnántem sempitérna
Per sæcla susceptúra
Cóncio, devóte cóncrepa :
Fáctóri reddéndo débita :
Quem júbilant ágmina cœlica,éjus vúltu exhilaráta :
Quem exspéctant ómnia térrea,éjus nútu examinánda
Distríctum ad judícia :
Cleméntem in poténtia.
Túa nos sálva, Chríste, cleméntia, propter quos pássus es díra.
Ad póli ástra súbleva nítida,qui sórde térgis sæcula.
Influe sálus véra,effuga perícula.
Omnia ut sint munda tríbue pacífica :
Ut hic túa sálvi misericórdia,
Læti régna post adeámus súpera :
Quo régnas sæcula per infiníta. Amen.
Assemblée des fidèles, applaudis avec sentiment le Roi que tu t’apprêtes à recevoir : Il règne pour les siècles, éternellement ! Rends à ton Créateur ce que tu lui dois : pour lui jubilent les armées célestes, illuminées par son visage. Tous, sur terre, l’attendent, destinés à son jugement. Sévère est sa justice, mais douce est sa puissance. Ô Christ, sauve-nous dans ta grande clémence : C’est pour nous que tu as souffert de tels tourments ! Emporte-nous vers les astres étincelants, Toi qui purifies le monde de sa fange ! Salut véritable, descends et mets en fuite les périls ! Pour que le monde entier soit pur, accorde-nous la paix ! Fais que, sauvés dès ici-bas par ta miséricorde, nous entrions ensuite là-haut, dans le Royaume, ô toi qui règnes dans les siècles sans fin. Amen.

La composition de cette séquence est attribuée à Notker le Bègue (c. 840 † 912), moine de l’Abbaye de Saint-Gall, qui passe pour être l’inventeur de cette forme liturgique développée à l’origine sur les jubili des Alleluia.

L’usage parisien ancien utilisait Regnatem sempiterna pour le IInd dimanche de l’Avent, à l’instar de nombreux diocèses de l’espace carolingien qui l’avaient adoptée.

Cette séquence est en effet bien écrite dans le Ier ton, en continuité avec l’Alleluia Lætatus sum du second dimanche de l’Avent, même si la prose n’utilise que d’assez loin le matériel mélodique de cet Alléluia pour développer sa propre mélodie. Remarquons que tous les stiques se terminent par la voyelle a : cette rime découle sans doute du fait que la pièce suivait le chant de l’alléluia.

Notre transcription suit les variantes mélodiques et textuelles de détail des manuscrits parisiens, avec le rythme traditionnel pour les proses de la cathédrale Notre-Dame.

Livret PDF imprimable.

Enregistrement & photos : solennité de saint Eugène

La procession des reliques de saint Eugène & la messe :

Les secondes vêpres & le salut du Très-Saint Sacrement :

Télécharger le livret de cette messe au format PDF.
Télécharger le livret des secondes vêpres & du salut au format PDF.
Télécharger le feuillet de la mémoire des secondes vêpres du XXVIIème & dernier dimanche après la Pentecôte au format PDF.

Téléchargez les partitions chantées au cours de cette messe & du salut & présentes dans cet enregistrement :
A la messe :

Au salut du Très-Saint Sacrement :

Les fichiers MP3 sont téléchargeables ici.

Giovanni Croce – Missa Decantabat Populus, octo vocum duo chori

Giovanni Croce (1557 † 1609), maître de chapelle de la basilique Saint-Marc de Venise.
Missa Decantabat Populus.
8 voix réparties en 2 chœurs (SATB / SATB).
40 pages – Sol mineur.

A la suite d’Andrea Gabrieli et de son neveu Giovanni Gabrieli à la direction de la basilique Saint-Marc de Venise, Giovanni Croce porta le style polychoral vénitien hérité de ces derniers à un haut degré de beauté, en mettant en pratique les nouveaux impératifs d’intelligibilité des textes liturgiques lorsqu’ils sont chantés, clarté demandée expressément par le concile œcuménique de Trente.

Parmi les nombreuses œuvres écrites à double par Croce pour être données dans les deux tribunes des musiciens se faisant face dans la basilique Saint-Marc, on note plusieurs messes, dont celle-ci, écrite selon l’usage de la messe-parodie, d’après la musique d’un motet composé par le même auteur :

Decantabat populus in Israel, alleluia, et universa multitudo Jacob canebat legitime, et David cum cantoribus citharam percutiebat in domo Domini, et laudes Deo canebat, alleluia, alleluia.

Cette messe est écrite dans le second ton (sol mineur). Les effets stéréophoniques des deux chœurs dialoguant sont caractéristiques de la technique des cori spezzati – des chœurs brisés vénitiens.

La partition fut publiée avec deux autres messes – Percussit Paul & Sopra la Battaglia – en 1596 à Venise chez Giacomo Vincenti et cette publication fut dédiée par Croce à Mgr Lorenzo Priuli, patriarche de Venise.

Frontispice de l'édition de 1596 des messes polychorales de Croce

L’édition originale comporte à la suite des 8 voix en parties séparées une basse continue qui reprend simplement les lignes de basses chantantes des deux chœurs. A noter que cette basse continue se tait pour le Crucifixus du Credo – chanté donc a capella par un quatuor de solistes.

Les premières mesures de la partition :

Giovanni Croce - Début de la messe Decantabat Populus (1596) à deux chœurs

 
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Alexis V. Kastorsky (d’après) – O salutaris Hostia

Alexis Vassilievitch Kastorsky (1869 † 1944) (d’après), chantre de la chapelle impériale de Saint-Pétersbourg.
O salutaris Hostia.
4 voix mixtes (SATB).
2 pages – Mi mineur.

Disciple de Rimsky-Korsakov au Conservatoire de Saint-Pétersbourg, le compositeur Alexis V. Kastorsky, au début du XXème siècle, recueillit les traditions musicales de la Chapelle impériale – où il était chantre – traditions qu’il publia et partiellement ré-harmonisa.

Cette adaptation de l’O salutaris Hostia latin a été réalisée sur l’un des Cherouvikon (i.e. l’hymne des Chérubins, le chant d’offertoire de la liturgie de saint Jean Chrysostome) harmonisés par Kastorsky et présents dans un recueil des chants de la divine liturgie slavonne qu’il fit imprimer en 1901 à Saint-Pétersbourg.

Les premières mesures de cette partition :

O salutaris Hostia d'après Alexis Kastorsky

O salutáris Hóstia,
Quæ cœli pandis óstium :
Bella premunt hostília,
Da robur, fer auxílium.
Ô victime salutaire,
Qui nous ouvres la porte du ciel,
L’ennemi nous livre la guerre,
Donne-nous force, porte-nous secours.
O vere digna Hóstia,
Spes única fidélium :
In te confídit Fráncia,
Da pacem, serva lílium.
Ô vraiment digne Hostie
Unique espoir des fidèles,
En toi se confie la France,
Donne-lui la paix, conserve le lys.
Uni trinóque Dómino
Sit sempitérna glória :
Qui vitam sine término
Nobis donet in pátria. Amen.
Au Seigneur un et trine
Soit la gloire sempiternelle ;
Qu’il nous donne dans la patrie
La vie qui n’aura point de terme. Amen.

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Deux enregistrements de cette partition :

*

Quelques mots sur la partition originale de Kastorsky qui a servi à cette adaptation.

Alexis Kastorsky a habilement harmonisé – en le simplifiant quelque peu – un plain-chant russe ancien (le n°8 de l’Obichod de l’édition synodale de 1909 – n°7 de l’Obichod qu’il avait à sa disposition), lui-même modulé sur un ancien ton employé pour le chant de communion (koinonikon) des fêtes des Apôtres :

Obichod de 1909 : 8ème cherouvikon, sur le ton du koinonikon des Apôtres

Vous pouvez télécharger l’harmonisation de ce plain-chant par Kastorsky en cliquant sur ce lien (3ème édition de 1905).

En voici une interprétation par un chœur russe :

Et une bien meilleure interprétation à voix d’hommes :

Le koinonikon des Apôtres, sur lequel a été modulé la grande entrée n°8 de l’Obichod de 1909 :

Во всю зе́млю - koinonikon des Apôtres.

Traduction : Par toute la terre a retenti leur message, & leur parole jusqu’aux limites du monde (Psaume 18, 5). Alleluia, alleluia, alleluia.

Séquence de saint Martin – Adam de Saint-Victor

Gaude Sion - prose d'Adam de Saint-Victor pour la fête de saint Martin

Gaude Sion - prose d'Adam de Saint-Victor pour la fête de saint Martin

Gaude Sion - prose d'Adam de Saint-Victor pour la fête de saint Martin

Source : Abbe E. Misset & Pierre Aubry, Les proses d’Adam de Saint-Victor – texte & musique précédées d’une édition critique. Paris, H. Welter, 1900, p. 311-313.

Cette prose est due au célèbre hymnographe parisien Adam de Saint-Victor (c. 1112 † c. 1192), préchantre de la cathédrale de Paris, principal auteur du répertoire parisien des séquences dont il a renouvelé le genre en leur conférant une ampleur musicale et une richesse spirituelle par les images théologiques abordées. Ce répertoire victorin s’est très vite diffusé dans toute l’Europe Occidentale, on en chantait les séquences dès le XIIIème siècle à Palerme, Zagreb, Aix-la-Chapelle ou Dublin.

En voici une version moderne, sur le très beau plain-chant que l’Abbé d’Haudimont – maître de chapelle de la cathédrale de Châlons-sur-Saône puis de Notre-Dame de Paris et de Saint-Germain L’Auxerrois (avant 1790) – avait composé pour une autre séquence d’Adam de Saint-Victor, celle de la dédicace – Jerusalem & Sion filiæ –.

Le texte en est légèrement différent.

Prose de saint Martin - chant de l'Abbé d'Haudimont

Prose de saint Martin - chant de l'Abbé d'Haudimont

Prose de saint Martin - chant de l'Abbé d'Haudimont

Gaude, Sion, quæ diem récolis,
Qua Martínus, compar Apóstolis,
Mundum vincens, junctus cœlícolis
Coronátur.

Hic Martínus, pauper et módicus,
Servus prudens, fidélis víllicus,
Cœlo dives, civis angélicus,
Sublimátur.

Hic Martínus, jam catechúmenus
Nudum vestit, et nocte prótinus
Insequénti, hac veste Dóminus
Est indútus.

Hic Martínus, spernens milítiam
ínimicis inérmis óbviam
Ire parat, baptísmi grátiam
Assecútus.

Hic Martínus, dum offert hóstiam,
Intus ardet per Dei grátiam:
Supérsedens appáret étiam
Globus ignis.

Hic Martínus, qui cœlum réserat,
Mari præest et terris ímperat,
Morbos sanat et monstra súperat,
Vir insígnis.

Hic Martínus, nec mori tímuit,
Nec vivéndi labórem réspuit,
Sicque Dei se totum tríbuit
Voluntáti.

Hic Martínus, qui nulli nócuit,
Hic Martínus, qui cunctis prófuit,
Hic Martínus, qui trinæ plácuit
Majestáti.

Hic Martínus, qui fana déstruit,
Qui gentíles ad fidem ímbuit,
Et de quibus eos instítuit
Operatur.

Hic Martínus, qui tribus mórtuis
Méritis dat vitam præcípuis,
Nunc moméntis Deum contínuis
Contemplátur.

O Martíne, pastor egrégie,
O cœléstis consors milítiæ,
Nos a lupi deféndas rábie
Sæviéntis.

O Martíne, fac nunc quod gésseras,
Deo preces pro nobis ófferas,
Esto memor, quam nunquam déseras
Tuæ gentis.

Amen.