Vous êtes chanteurs ou instrumentistes et vous souhaitez vous engager au service de la liturgie traditionnelle, n’hésitez pas à nous rejoindre !

La Schola Sainte Cécile chante dans la basilique Saint-Pierre de Rome au Vatican

Nous offrons des cours de chant gratuits chaque samedi de 16h30 à 17h30 : travail du souffle, pose de voix, vocalises, découverte du chant grégorien et du chant polyphonique.

Les Petits Chantres de Sainte Cécile - maîtrise d'enfants

Votre enfant a entre 8 et 15 ans et souhaite chanter ? Inscrivez-le aux Petits Chantres de Sainte Cécile (filles et garçons). Répétitions le mercredi à 18h30 et le dimanche à 10h30.

Retrouvez les partitions que nous éditons, classées par temps liturgique ou par compositeur. Elles sont téléchargeables gracieusement.

Le Concile & la Réforme liturgique : un récit alternatif

Monsieur l'Abbé HunwickeM. L’Abbé John Hunwicke est un ancien ministre anglican d’Oxford devenu prêtre catholique dans l’Ordinariat de Notre-Dame de Walsingham. Il tient depuis plusieurs années un blog personnel qui est un modèle d’érudition et de profondeur d’analyse sur divers sujets, principalement sur la liturgie chrétienne.

Nous traduisons ici, avec son autorisation, un article de réflexions qu’il a publié le 25 novembre dernier sur la genèse de la réforme liturgique attribuée par beaucoup au Concile Vatican II.

Le Concile & la liturgie : un récit alternatif

Le second Concile du Vatican

Je suppose qu’une analyse courante de ce qui s’est passé dans les années 1960 pourrait être :

« Le Concile a ordonné une révision assez légère de la liturgie ; cependant des intérêts particuliers ont par la suite pris le contrôle des leviers du pouvoir liturgique et ont pressés les choses à l’extrême. »

Je suggère que quelque chose de vraiment très différent est en réalité survenu, et cette prise de conscience pourrait s’avérer embarrassante tant pour les Trendies que pour les Traddies.

Le point essentiel est en réalité le suivant : Le processus de changement était déjà bien en place.

Semaine Sainte - Desclée, n°336Je ne pense pas que le Concile, en effet, ait apporté la moindre différence. Ma réflexion en ce sens a démarré à la lecture de certains passages qu’avait écrit Annibale Bugnini dans la préface de son Commentaire de 1956 sur la nouvelle liturgie de la Semaine Sainte. Je donne ma propre traduction de son latin : « Lorsque la Vigile pascale fut restaurée, un liturgiste enthousiaste n’avait pas hésité à affirmer : le pape Pie XII, dans l’histoire de la liturgie à travers les âges, sera considéré comme « le restaurateur de la Vigile pascale ». Maintenant, cependant, avec l’aide de la grâce de Dieu, il doit être appelé « le restaurateur de la Semaine Sainte », tandis que dans le secret de nos cœurs, nous ne doutons pas que de plus grandes choses attendent encore cet Ouvrier infatigable, et il est très probable (nec veritatis specie caret) qu’il sera appelé « le restaurateur de toute la Sainte Liturgie ».

Rappelez-vous la nature extrêmement radicale de la « restauration » de la Semaine Sainte. J’ose affirmer qu’elle est plus radicale que les changements post-conciliaires de l’Ordo Missae lui-même. 1951 et 1955 étaient tout simplement les deux premières étapes, dont 1969 était la troisième étape logique et cohérente. Les modifications apportées à la Semaine Sainte apparaissaient moins radicales que les changements ultérieurs que parce qu’elles n’affectaient qu’une seule semaine de l’année, pour des offices qui n’étaient pas d’obligation et auxquels, pour la plupart, peu de gens assistaient.

Annibale-BugniniMaintenant permettez-moi de citer un passage célèbre du cardinal Ratzinger daté de 1999 : « Après le Concile Vatican II, l’impression s’installa que le pape pouvait vraiment faire tout ce qu’il voulait en matière de liturgie, surtout s’il agissait sur le mandat d’un concile œcuménique. (…) En fait, le premier concile du Vatican n’avait nullement défini le pape comme un monarque absolu. Au contraire, il l’avait présenté comme le garant de l’obéissance au Verbe révélé. L’autorité du pape est liée à la tradition de la foi, et cela s’applique également à la liturgie. Celle-ci n’est pas fabriquée par des autorités. Même le pape ne peut être qu’un humble serviteur de son développement légitime et respectueux de l’intégrité et de l’identité »[1]. Je pense que ce sont des sentiments admirables. Ma seule réserve serait ceci : Pie XII avait engagé le processus d’altération radicale, à l’aide des mêmes personnes qui allaient occuper une place importante après le Concile, tel Annibale Bugnini, et ce, avant et sans avoir un mandat d’un Concile œcuménique. Nous avions parcouru un long chemin depuis ce Pontife admirable et érudit que fut Benoît XIV, lequel avait conclu que la disposition du Psautier dans le Bréviaire romain ne pouvait être changée parce qu’il n’y avait aucune preuve que l’Église romaine avait déjà utilisé une autre. Je pense qu’il serait plus approprié de qualifier les changements liturgiques du vingtième siècle de réformes « Pie-Paulines ». Ce sont des changements fondés exactement sur cette notion de pouvoir papal qui Benoît XVI a critiqué si vivement : que le Pape peut faire ce qu’il veut. Le processus de « réforme » liturgique a, dès le début, été le produit de la papauté « maximale » de Pie XII. Le Concile n’a été qu’un épisode dans ce processus. Je n’ai jamais cessé d’être étonné par ce paradoxe central de l’histoire catholique du milieu du XXème siècle : que les « Progressistes » et les « Libéraux » furent capable d’assez bien transformer l’Eglise latine en coulisse simplement en manipulant un modèle absolutiste du pouvoir papal.

Le Pape Benoit XIVJe pense que ce sera très intéressant de voir, à moyen terme, comment le pape François comprend son ministère. Il peut être tentant pour un homme bon avec des motifs admirables et qui est confronté à de réels problèmes d’utiliser la puissance de son poste pour prendre des raccourcis. Il faut être un Pontife très savant et véritablement très humble – comme un Benoît XIV ou un Benoît XVI – pour comprendre et pour intérioriser la perception de ce qu’il ne devrait pas faire (et je ne parle pas seulement de Liturgie). Les deux récentes prises de position du pape François qui touchent à ​​l’herméneutique de la continuité me rendent prudemment optimiste. Si cet homme peut consolider les gains réalisés par notre bien-aimé Pape Benoît XVI et dans le même temps prudemment développer l’enseignement du Magistère sur l’option préférentielle pour les pauvres, il pourrait se révéler être un grand Pontife.

Pour prolonger la lecture de cet article : La réforme de la Semaine Sainte de 1955 – Présentation générale.

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Notes :    (↵ reviens au texte)

  1. Le P. Aidan Nichols rapporte que le Père Adrian Fortescue, il y a près d’un siècle, a écrit « Le pape n’est pas un tyran irresponsable qui peut faire n’importe quoi avec l’Église qu’il aime. Il est tenu de tout côté… »

Une litanie rythmée de Saint-Gall en usage à Rouen le mercredi des Rogations

Lebrun-Desmarettes, dans ses Voyages liturgiques de France (1718), décrit abondamment les processions des Rogations telles qu’elles étaient pratiquées dans l’Eglise de Rouen. Dans ce diocèse, on usait de litanies spéciales pour les processions du mardi & du mercredi des Rogations, les litanies du lundi étant tout simplement les litanies des saints. Voici la description pittoresque qu’en fait l’auteur :

« Le mardi des Rogations, la procession va à l’église de Saint-Gervais avec les mêmes cérémonies qu’hier ; il y a sermon, lequel étant fini, on dit à genoux les prières après lesquelles on chante le répons : O Constantia martyrum, lequel étant fini, trois chanoines chantent la litanie qui commence par Humili prece et sincera devotione ad te clamantes, Christe exaudi nos, que le chœur répète après chaque couple ou combinaisons de strophes composées chacune d’un vers hexamètre et d’un pentamètre, qui contiennent les noms des saints selon leur ordre, dont la composition est aussi pitoyable que le chant est charmant.

La procession va sur les bords des fossez dans lesquels il y a des tours, des écoutes ou voutes, & plusieurs échos qui retentissent de ce beau chant avec ses cadences. On ne peut rien entendre de plus agréable ni de plus charmant. Les chantres continuent la litanie jusqu’à ce qu’étant arrivez au chœur de l’église cathédrale, ils la finissent par les deux dernières strophes dont la dernière est grecque.

Le mercredi des Rogations on va en procession à Saint-Nicaise à la même heure et avec les mêmes cérémonies que le lundi, pareillement avec sermon. En retournant, trois chanoines chantent d’abord la litanie : Ardua spes mundi, qu’on répète après une strophe composée d’un vers hexamètre & d’un pentamètre, qui contiennent les noms des saints selon leur ordre, dont la composition n’a rien de beau non plus que le chant. Mais quand on est venu à un certain carrefour, trois prêtres chapelains en commencent une autre dont le chant est plus beau, & qui fait un fort bel effet avec les reprises. En voici l’ordre. Les trois prêtres chapelains chantent Rex, Kyrie, Kyrie, eleison, Christe, audi nos. Le chœur répète la même chose. Puis les trois prêtres chapelains, au milieu de la procession, chantent Sancta Maria, ora pro nobis ; après quoi trois diacres chapelains de même chantent Rex virginum, Deus immortalis. Trois sous-diacres chapelains ajoutent : Servis tuis semper miserere. Le chœur : Rex, Kyrie, Kyrie eleison, Christe, audi nos. Et ils poursuivent ainsi tous neuf la litanie le long du chemin jusque dans le chœur, où on la finit. Au retour, on dit Nones, & ensuite on va dîner, car il est bien midi & au delà. »

Nous avons publié sur ce blog un article présentant les curieuses litanies qu’on chantait à Paris aux Rogations. Nous allons nous intéresser à l’une des litanies en usage à Rouen, Ardua spes mundi, celle justement dont Lebrun-Desmarettes ne goûtait ni le texte ni le chant. 🙂

Cette litanie décrite au début du XVIIIème siècles par l’auteur des Voyages liturgiques est d’ancien usage à Rouen aux Rogations, puisqu’on la trouve déjà à cette place dans le Graduel de la cathédrale de Rouen du XIIIème siècle (Paris, BnF, lat. 904).

Voici les pages de ce manuscrit contenant cette litanie :

En voici une transcription du chant, du 4ème ton, sur ce manuscrit :

Ardua Spes Mundi du Graduel de Rouen du XIIIème siècle

Cette litanie versifiée et rythmée est de fait beaucoup plus ancienne : elle fut en effet composée par le moine Ratpert de Saint-Gall († 884) pour être chantée aux processions dominicales de cette fameuse abbaye suisse. C’est un témoin parmi bien d’autres de l’extraordinaire efflorescence intellectuelle, artistique et scientifique, qui caractérisa Saint-Gall, alors l’un des fers de lance de la Renaissance carolingienne. En raison du grand rayonnement de l’école de chant de saint Gall, Ardua spes mundi, comme bien d’autres pièces du répertoire liturgique composé pour l’usage de la fameuse abbaye, fut rapidement reprise dans de nombreuses Eglises d’Occident, et reçut même une approbation du pape Nicolas III († 1280) comme litanie (cf. Schubiger, Die Sängerschule St Gallens, p. 37). On la retrouve souvent assignée aux processions des Rogations (dans le diocèse de Trèves, elle est ainsi chantée le mardi des Rogations).

Cette litanie figure dans un très bel enregistrement réalisé par l’Ensemble Gilles Binchois sous la direction de Dominique Vellard et consacré au répertoire de Saint-Gall :

https://www.youtube.com/watch?v=5OfXMopJkJo

Techniquement, dans les livres de l’Abbaye de Saint-Gall en Suisse, Ardua spes mundi est classée en réalité comme étant un versus, et non une litanie stricto sensu.

Les versi constituent un type de pièces liturgiques un peu particulières et rares (on n’en dénombre qu’une trentaine dans tout le répertoire liturgique occidental). Ce sont des hymnes composées pour être chantées en procession, la plupart du temps avec un refrain (qui est en général la première strophe) ; ce refrain est souvent découpé en deux parties qui sont reprises alternativement après chaque strophe. Seuls deux versi ont survécus dans l’usage courant : il s’agit du Gloria, laus et honor sit de Théodulfe d’Orléans, chanté le dimanche des Rameaux à la procession, et d’autre part du Pange lingua chanté pendant l’adoration de la croix au Vendredi saint. Composé par saint Venance Fortunat au VIème siècle, ce dernier comporte un refrain découpé en deux parties qui alternent Crux fidelis inter omnes & Nulla silva.

La plus riche collection de versi est sans doute contenue dans le manuscrit 381 de la Stiftsbibliothek de Saint-Gall, qui en précise les auteurs et l’usage liturgique. Voici, regroupés par auteur (tous moines de Saint-Gall ormis saint Venance Fortunat), les versi que contient ce manuscrit, lequel date de la fin du Xème siècle :

  • Hartmann († 925) :
    • Sacrata libri dogmata (« pour être chanté avant qu’on lise l’évangile » ; sans doute pour remplir le temps de la procession de l’évangile, qui peut être très long dans une grande abbatiale comme saint Gall)
    • Salve lacteolo decoratum (pour les Saints Innocents)
    • Cum natus esset Dominus (pour les Saints Innocents)
    • Humili prece (pour les jours de fêtes ; notez que ce versus était lui aussi employé comme litanie à Rouen pour le mardi des Rogations, ainsi que l’indique supra Lebrun-Desmarettes. Cette pièce a connu une grande ferveur un peu partout dans les usages diocésains médiévaux)
    • Suscipe clementem plebs devotissima (pour la réception d’un roi)
  • Saint Venance Fortunant († 609)
    • Salve festa dies (pour Pâques)
  • Ratpert († 884)
    • Ardua spes mundi (aux processions des dimanches)
    • Laudes omnipotens (lorsqu’on reçoit l’eucharistie ; on retrouve cette pièce ultérieurement dans beaucoup de diocèses pour la procession qui ramène le Saint-Sacrement au maître-autel le Vendredi Saint au cours de la messe des Présanctifiés – c’était sans doute aussi son usage initial à Saint-Gall)
    • Aurea lux terra (pour la réception d’une reine)
    • Annue sancte Dei (pour saint Gall)
  • Notker le Bègue († 912)
    • Ave beati germinis (« sur l’Ancien Testament »)
  • Waldramm († c. 900)
    • Rex benedicte (pour la réception d’un roi)

On trouve en ligne le manuscrit 381 de Saint-Gall. Voici les quatre pages on est écrit le versus Ardua spes mundi (pages 42 à 45). Notez que le manuscrit indique les reprises de chaque moitié du refrain, alternativement Ardua spes mundiChriste exaudi nos, comme le pratiquait encore Rouen au XVIIème siècle sous les yeux de Lebrun-Desmarettes. La structure poétique comme le chant changent dans la fin de la pièce.

Ardua spes mundi - manuscrit 381 de Saint-Gall, page 42 Ardua spes mundi - manuscrit 381 de Saint-Gall, page 43 Ardua spes mundi - manuscrit 381 de Saint-Gall, page 44 Ardua spes mundi - manuscrit 381 de Saint-Gall, page 45

Voici le texte d’Ardua spes mundi d’après ce manuscrit :

Ardua spes mundi
Solidator & inclyte cœli
Christe exaudi nos
Propitius famulos.

Virgo Dei Genitrix
Rutilans in honore perennis
Ora pro famulis
Sancta Maria tuis. ℟. Christe.

Angele summe Dei
Michael miserere cito nostri
Adjuvet & Gabriel
Atque pius Raphael. ℟. Ardua.

Aspice nos omnes
Clemens baptista Johannes
Petreque cum Paulo
Nos rege docti loquo. ℟. Christe.

Cœtus apostolicus
Sit nobis fautor & omnis
Ac patriarcharum
Propheticusque chorus. ℟. Ardua.

Poscere nunc Stephanum
Studeamus carmine summum
Ut cum martyribus
Nos juvet ipse pius. ℟. Christe.

Inclyte Laurenti
Qui flammas exuperasti
Victor ab etherio
Nos miserere choro. ℟. Ardua.

Splendide Silvester,
Gregori ac sancte magister
Nos quoque cum sociis
Ferte juvando polis. ℟. Christe.

O Benedicte pater
Monachorum Galleque frater
Cum reliquis sanctis
Nos refovete polis. ℟. Ardua.

Maxime de Suevis
Superis conjuncte catervis,
Sancte Othmare tuum
Lætifica populum. ℟. Christe.

Inclyte Magne tuam
Clemens nunc respice plebem
Auxilio tutos
Undique redde tuos. ℟. Ardua.

Virgineos flores
Agnes, Agathesque ferentes
Auxilio vestris
Addite nos sociis. ℟. Christe.

Innocuos pueros
Resonemus laude peractos
Qui nos nos pueros
Dant resonare melos. ℟. Ardua.

Omnes o Sancti nostræ succurrite vitæ.
Perque Crucem sanctam salva nos Christe Redemptor.
Ira deque tua clemens nos eripe Christe.
Nos peccatores audi te Christe rogamus.
Ut pacem nobis dones te Christe rogamus.
Crimen ut omne tuis solvas te Christe rogamus.
Auræ ut temperiem dones te Christe rogamus.
Ut fruges terræ dones te Christe rogamus.
Ut populum cunctum salves te Christe rogamus.
Ecclesiamque tuam firmes te Christe rogamus.
Fili celsi throni nos audi tete rogamus.
Agne Dei Patris nobis miserere pusillis.
Christe exaudi nos, O Kyrie ymon eleison.

Selon les diocèses, le texte de Raptert a été adapté en fonction des saints locaux. Ainsi à Rouen, ce sont Romanus et Audoenus (saint Romain et saint Ouen) qui sont invoqués, au lieu des saints de l’abbaye Suisse (saint Gall, saint Othmar).

Les limites de cet article ne nous permettent pas d’envisager les autres litanies chantées aux Rogations à Rouen. Voici néanmoins un enregistrement du versus Humili prece composé par Hartmann de Saint-Gall, et louée hautement par Lebrun-Desmarettes :

http://youtu.be/uB9Q3BrrjmU

La réforme de la Semaine Sainte de 1955 – 3ème partie – L’office des Ténèbres

Dans ce troisième volet de notre étude sur la réforme de la Semaine Sainte de 1955, nous envisagerons l’office des Ténèbres et les changements substantiels qu’il a reçu.

Articles précédents :

Office des Ténèbres - gravure de Picard

Synopsis de la cérémonie dans le bréviaire de saint Pie V & dans celui de saint Pie X

On donne le nom d’Office des Ténèbres à l’office nocturne des trois derniers jours de la Semaine Sainte.

Dès les temps apostoliques, on voit les premiers chrétiens passer certaines nuits en prière, en particulier celles entre le samedi & le dimanche, & celles des fêtes. Dans le rit romain, depuis les temps antiques, cette longue prière de veille nocturne (pannychis) s’est organisée en 2 parties principales qui pouvaient être réunies ou disjointes, l’office de la nuit proprement dit (les nocturnes) et l’office du matin, lequel se chantait très tôt, au point du jour, lorsque la nuit cédait aux premières lueurs du soleil.

Le terme de matines ne désignait initialement que l’office du matin, mais l’usage de chanter celui-ci à la suite des nocturnes a fini par désigner l’ensemble de la vigile de toute la nuit, tandis qu’on s’est mis à désigner l’office du matin par le nom d’une de ses parties : les laudes.

L’Office des Ténèbres est donc l’office des matines & laudes du Triduum pascal. Il contient de nombreux archaïsmes. En raison de la sainteté de ces 3 jours de l’année liturgique, les ajouts qui se firent au cours des âges à l’office divin épargnèrent les offices de Ténèbres, qui restèrent dans leur état le plus primitif : cet office ne comporte pas de versets d’introduction, pas d’invitatoire, pas d’hymnes, ni de petites doxologies (le Gloria Patri passe pour avoir été introduit à Rome dans l’office divin par le Pape saint Damase Ier (366 † 384)). Cette disposition toute antique – remontant vraisemblablement au moins au VIème siècle – a été notablement respectée par les moines d’Occident à la suite de saint Benoît : jusqu’aux réformes des années 1970, les bénédictins interrompaient le cours de leur office propre pour suivre la disposition de l’office romain pour les trois derniers jours de la Semaine Sainte.

Chandelier de Ténèbres au séminaire de l'Institut du Christ-Roi à Gricigliano en 2012Une cérémonie toute particulière marque le chant des offices des Ténèbres et contribue à conférer à celui-ci un caractère inhabituel : un grand chandelier – appelé triangle ou herse – est placé dans le chœur côté épître et porte 15 cierges de cire jaune[1]. Après la reprise de chacune des antiennes de l’office (il y en a 15), on éteint un à un chacun des cierges, sauf le 15ème, qui symbolise le Christ, peu à peu délaissé par ses disciples (les 12 apôtres, Marie Madeleine & Marie de Cléophas)[2] : à la reprise de l’ultime antienne, celle du cantique de Zacharie Benedictus, ce dernier cierge est placé sur l’autel le temps du chant de l’antienne, puis provisoirement caché derrière l’autel pour les ultimes prières : le Christus factus est, le Miserere et l’oraison finale Respice, de sorte que toute cette fin de l’office est célébrée dans l’obscurité totale (les six cierges de l’autel, qui encadrent la croix, ont été éteints lors des six derniers versets du cantique Benedictus). Une fois l’office terminé, le cierge symbolisant le Christ est replacé, toujours allumé, sur le chandelier de Ténèbres.

Le Pape saint Grégoire le Grand, divinement inspiré par le Saint-Esprit, dicte le texte de l'Antiphonaire. Antiphonaire de Hartker, vers l'an 1000Le répertoire des antiennes & des répons de ces trois jours est déjà attesté dans les plus anciens témoins manuscrits que nous ayons de l’office divin du rit romain (et ce répertoire leur est certainement bien antérieur) : l’Antiphonaire de Compiègne (datant des environs de l’an 870) ou l’Antiphonaire de Hartker (le plus ancien manuscrit complet noté, écrit à Saint-Gall vers l’an 1000). C’est ce même répertoire que nous retrouvons dans le Bréviaire de saint Pie V, publié en 1568.

Si selon les lieux, l’usage existait au cours de l’année de dissocier le chant des matines de celui des laudes ou de les associer, l’office des Ténèbres a toujours été chanté en joignant matines à laudes, en un seul office. Cet office est censé durer toute la nuit, commençant le soir et s’achevant très tôt au petit matin. L’usage général était de le dire de ce fait la veille, un usage qui s’observe très communément dans les différents rits orientaux, où la vigile nocturne est chantée toute l’année en paroisse la veille au soir. Il s’agit là ni plus ni moins que l’antique conception du nycthémère[3] qui voulait que le jour liturgique commence la veille au soir, se conformant en cela à l’Ecriture : « Il y eut un soir, il y eut un matin, ce fut le premier jour » (Genèse 1, 5). De la sorte, on chantait donc les Ténèbres du Jeudi Saint au soir du Mercredi Saint, celles du Vendredi Saint au soir du Jeudi Saint et celles du Samedi Saint au soir du Vendredi Saint.

Commencement de la première lamentation de François Couperin pour les Ténèbres du premier jour (celles du Jeudi Saint, chantées au soir du Mercredi Saint).L’office des Ténèbres comprend 3 nocturnes et les laudes, comme aux jours de fête. Chaque nocturne comporte 3 psaumes avec antiennes, un verset, 3 leçons suivies chacune par un répons. Au premier nocturne, les leçons de Ténèbres sont tirées des Lamentations du prophète Jérémie, sur une mélodie particulière justement célèbre. Les plus grands compositeurs de musique sacrée d’Occident ont rivalisé pour laisser de très nombreux chefs d’œuvres sur le texte admirable de ces 9 leçons de Jérémie, ainsi que les 27 répons et même certains des psaumes de l’office des Ténèbres (le premier psaume était ainsi chanté en musique à la Cour de Versailles[4], le dernier de chaque premier nocturne fut mis en musique par Marc-Antoine Charpentier pour la Sainte-Chapelle[5], nous reviendrons plus loin sur le chant du Miserere final) ainsi que le Benedictus final (il était le plus souvent chanté en musique à la Chapelle royale de Versailles[6]) : le prolixe répertoire musical qui a été composé au cours des siècles pour les 3 offices des Ténèbres est un vrai joyau de toute la culture européenne.

Les laudes suivent alors, avec des psaumes chantés sous 5 antiennes, un verset, et le cantique de Zacharie, le Benedictus, chanté avec son antienne.[7]

Graduel Christus factus est pro nobis - graduel allemand de 1420Puis le chœur chante l’une des pièces les plus fameuses du répertoire grégorien, le Christus factus est, qui est aussi le graduel de la messe du Jeudi Saint. Aux Ténèbres du Jeudi Saint, le Christus factus est est chanté jusqu’aux mots « usque ad mortem » ; à celles du Vendredi Saint, on le prolonge jusqu’aux paroles « mortem autem Crucis » et à celles du Samedi Saint il est enfin chanté en entier (le même Christus factus est est aussi récité recto-tono à la fin de toutes les autres heures du Triduum pascal, avec les mêmes dispositions)[8]. Cette progression journalière dans le chant du texte rend compte de la marche du Christ en sa passion vers sa mort et son exaltation. Ce chant s’élève majestueusement tandis que toute l’église est plongé dans l’obscurité.

Gregorio Allegri tenant en main la partition de son célèbre MiserereAprès ce chant, on récite en silence la Prière du Seigneur puis, toujours dans l’obscurité totale, on chante recto-tono le psaume 50 Miserere mei DeusMalgré la rubrique indiquant le recto-tono, ce psaume fut chanté à partir du XVIème siècle dans des polyphonies somptueuses à plusieurs chœurs. Il semblerait que ce soient les chantres de la Chapelle Sixtine à Rome qui lancèrent cette pratique du Miserere final en faux-bourdon, plus précisément aux Ténèbres du Mercredi Saint 1519, si l’on en croit une note de Paris de Grassis, maître des cérémonies du Pape Léon X. Parmi les Miserere en usage à la Chapelle Sixtine, le plus fameux est sans conteste celui composé par Gregorio Allegri, un Romain entré au collège des chantres papaux en 1629. Son Miserere fut donné aux trois Ténèbres papales, puis conjointement avec ceux composés par Alessandro Scarlatti ou par Felice Anerio, qui furent donnés le Jeudi Saint. Ces deux derniers furent éclipsés par le Miserere composé en 1714 par Tommaso Bai, un Bolonais devenu maître de chapelle de Saint-Pierre. Sous Pie VII, on adjoignit un troisième Miserere, composé par Baini, et depuis 1821, la tradition s’instaura de donner aux Ténèbres papales dans la Sixtine les Miserere de Baini, Bai & Allegri à la fin des Ténèbres des Jeudi, Vendredi & Samedi Saint.

La Chapelle Sixtine au VaticanEtant chantés dans l’obscurité, les Miserere de la Chapelle Sixtine devaient être su par cœur par les chanteurs. Aussi les partitions étaient inexistantes, ormis une copie manuscrite à l’attention du maître de chapelle. Reproduire la partition de celui d’Allegri, le plus célèbre, fut même puni d’excommunication ! Cette exécution par cœur permit sans doute aux chantres de la Chapelle Sixtine de développer avec aisance une tradition orale des abbellimenti particulièrement raffinée & fleurie. Ces ornementations de style oral étaient pratiquées couramment à Rome par ailleurs au moins dès l’époque baroque.

En France, à la chapelle royale de Versailles, on chantait aussi le Miserere en faux-bourdon à la fin des Ténèbres ; on sait qu’on y donna aussi le Miserere en musique du Vénitien Antonio Biffi[9]. Par ailleurs Michel-Richard de Lalande & Sébastien de Brossard laissèrent aussi des Miserere en faux-bourdon pour l’office des Ténèbres. Nous avons publié sur ce site celui écrit par Guillaume-Gabriel Nivers pour les Damoiselles de Saint-Cyr.

Après le Miserere l’oraison finale Respice est récitée recto-tono, en abaissant la voix d’une tierce à la fin. Cette oraison Respice, quæsumus, Domine, super hanc familiam tuam, est en fait l’Oratio super populum de la messe du Mercredi Saint (c’est une pratique ancienne de reprendre l’oraison sur le peuple qui conclut les messes de Carême à l’office de vêpres qui les suivent). Du reste, l’oraison Respice est la seule dite à tous les offices du Triduum, depuis vêpres du Mercredi Saint à none du Samedi Saint, elle contribue à l’unité & à l’identité liturgique forte de ces trois jours. En voici son texte & sa traduction :

Réspice, quæsumus Dómine, super hanc famíliam tuam, pro qua Dóminus noster Jesus Christus non dubitávit mánibus tradi nocéntium, et crucis subíre torméntum.

Nous vous prions, Seigneur, de regarder en pitié votre famille, pour laquelle notre Seigneur Jésus-Christ n’a point refusé de se livrer entre les mains des méchants, & de souffrir le supplice de la croix.

Pendant tout le Triduum, la conclusion de cette oraison est dite en silence par le célébrant, de ce fait elle n’est pas suivie d’un Amen des fidèles. Aux Ténèbres, après l’oraison Respice, après une brève pause, tous font du bruit en frappant sa stalle ou son livre, afin de représenter le tremblement de terre et la confusion de la Création devant la mort de son Créateur. Le tremblement s’étant arrêté, le 15ème chandelier, qui symbolise le Christ lumière du Monde, dont la splendeur de la gloire qui sans s’éteindre fut éclipsée dans sa passion et sa mort, est enfin ramené de derrière l’autel et replacé en haut du chandelier, image de la lumineuse victoire de notre Sauveur sur les ténèbres de la mort par sa résurrection.[10]

Synopsis de la cérémonie dans la réforme de 1955

La réforme de 1955 n’a guère touché au texte des Ténèbres. On notera la suppression de la récitation mentale du Pater, de l’Ave et du Credo au début de l’office (cette récitation mentale introduit un moment de concentration & de recueillement avant le chant de l’office). L’oraison Respice est remplacée le samedi par une autre oraison, Concede, rompant l’unité liturgique des trois jours du Triduum que nous avons évoquée.

La rubrique de l’Officium Hebdomadæ Sanctæ de 1955 prohibe la coutume pourtant pluri-séculaire (et universelle puisque couramment pratiquée dans les rits orientaux, et logique dans la conception judéo-chrétienne du jour qui va du soir au soir) d’anticiper les offices de la nuit au soir du jour précédant : les offices de Ténèbres devront désormais être célébrés le matin. Une exception dans cette interdiction est toutefois ménagée pour les Ténèbres du Jeudi Saint dans les églises qui célèbrent la messe chrismale le matin de ce jour.

Nous reparlerons dans un prochain article de la problématique générale des horaires des offices dans la réforme de 1955. Bornons-nous d’enregistrer la perte du sens traditionnel du jour chrétien au profit d’une conception calendaire moderne. Surtout, la célébration de ces longs offices le matin va avoir deux effets négatifs : d’une part leur désaffection générale dans les paroisses par les fidèles (et en premier lieu par les chanteurs, empêchés de chanter ces offices en raison de leurs occupations professionnelles) mais surtout la fin de tout le très beau symbolisme des Ténèbres elles-mêmes : l’extinction des lumières que nous avons décrite représente la passion, la mort et la résurrection du Christ : quel intérêt symbolique en effet d’éteindre progressivement les cierges quand l’église est inondée par la lueur du jour ?

La fin de la cérémonie a été modifiée : le psaume Miserere final, qui était chanté dans l’obscurité totale, ce qui n’était pas sans produire un effet certain dans le cœur des fidèles, est supprimé (il l’est aussi à toutes les petites heures du Triduum).

Mgr Gromier regrette cette suppression :

Ce psaume pouvait rester après laudes ou vêpres seulement ou même au chœur seulement, ou même facultatif seulement. Les pastoraux auraient lus avec profit ce que le cardinal Wisemann, premier archevêque de Westminster, écrivit sur le chant de ce psaume à l’office des ténèbres dans la chapelle papale.[11]

Il n’est plus fait mention dans les rubriques de 1955 du bruit symbolisant le tremblement de terre à la mort du Christ qui se faisait à la fin de l’office. En 1956, une réponse de la Sacré Congrégation des Rites indiqua que, puisque la rubrique était devenue muette sur la question, il fallait tenir le tremblement comme supprimé. Dans l’édition de 1961 du Bréviaire, la dernière avant les réformes post-conciliaires, non seulement le tremblement n’est plus mentionné, mais de plus il n’est plus fait mention que l’on cache le 15ème cierge derrière l’autel : rappelons que ce beau geste symbolisait parfaitement la kénose du Christ, sa mise en Croix (lorsqu’on pose le cierge sur l’autel pendant la reprise de l’antienne du Benedictus), son ensevelissement au tombeau (dont l’autel est une figure) puis sa résurrection le 3ème jour lorsque le cierge est sorti de derrière l’autel et replacé au sommet du chandelier à 15 branches.

La réforme de la Semaine Sainte sous Pie XII n’a pas profondément bouleversé les textes liturgiques des matines et laudes des Ténèbres. Néanmoins, les modifications de détails qui y ont été apportées ont pourtant suffit à détruire le symbolisme bouleversant de ces offices. Ces modifications vont contribuer à la décadence générale de cet office vénérable, quasiment oublié désormais dans les paroisses. Cette désaffection a entraîné l’oubli de pans entiers de la culture occidentale, par la perte du riche patrimoine musical associé au chant des Ténèbres : leçons, répons & Miserere sont devenues désormais au mieux de simples œuvres de concert.

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Plan

Présentation générale
1ère partie – Le dimanche des Rameaux
2nde partie – Les Lundi Saint, Mardi Saint & du Mercredi Saint
3ème partie – L’office des Ténèbres
4ème partie – Les autres heures de l’office divin durant le Triduum
5ème partie – La messe du Jeudi Saint & le Mandatum
6ème partie – La messe des Présanctifiés le Vendredi Saint
7ème partie – La vigile pascale
8ème partie – L’office divin du jour de Pâques
9ème partie – Les horaires des offices durant la Semaine Sainte
10ème partie – Les lectures bibliques de la Semaine Sainte
11ème partie – La Vigile de la Pentecôte
12ème partie – La réforme de 1955 & la réforme post-conciliaire – Conclusions générales

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Notes

Notes :    (↵ reviens au texte)

  1. Une tradition – plutôt romaine & plutôt récente – veut que le 15ème cierge, qui représente le Christ, soit de cire blanche. En France, cet usage est inconnu, et l’on conserve l’usage plus ancien des 15 cierges de cire jaune.
  2. L’explication allégorique des 12 Apôtres et des deux Marie est postérieure. A vrai dire, il y a 15 cierges parce qu’il y a 15 antiennes. Au Moyen-Age a coexisté une tradition d’un chandelier de Ténèbres à 13 cierges, mais cette tradition est manifestement une réinterprétation afin de coller plus symboliquement au Christ et à ses 12 Apôtres ; elle complique les moments auxquels chacun des cierges doit être éteint. La tradition du chandelier à 13 cierges fut en usage à Paris comme l’atteste le cérémonial parisien de Martin Sonnet de 1662 : De Matutinis Tenebrarum, Feria quarta, quinta & sexta maioris Hebdomadæ, chapitre XI, § 2, page 337. Le cérémonial parisien du cardinal de Noailles de 1703 décrit lui des Ténèbres avec un chandelier à 15 branches : De officio Tenebrarum tridui ante Pascha, chapitre VIII, § 1, p. 152.
  3. Nycthémère : mot formé de la composition des mots grecs νύξ, νυκτός (nýx, nyktós), « nuit », & ἡμέρα (hêméra), « jour ». Il désigne une période de vingt-quatre heures correspondant à la succession d’une nuit et d’un jour Il s’agit bien là de la conception antique et liturgique du jour chrétien, héritée des Hébreux.
  4. Le journal de Dangeau (I, p. 157) l’atteste : « Jeudi Saint 19 [avril 1685], à Versailles : […] à Ténèbre, le roi entendit pour la première fois le Quare fremuerunt de Lully, qui fut fort loué. » Le Quare fremuerunt, psaume 2, est le premier psaume des Ténèbres du Vendredi Saint, chantées donc au soir du Jeudi Saint.
  5. Il s’agit des compositions suivantes de Marc-Antoine Charpentier :
    • Psalmus David 70us/ 3e psaume du 1er nocturne du Mercredi saint « In te Domine speravi » H.228 pour 5 vx, ch. à 5, cordes (4), bc, XII (1699)
    • Psalmus David 26us/ 3e psaume du 1er nocturne du Jeudi saint « Dominus illuminatio mea » H.229 pour 5 vx, ch. à 5, cordes (4), bc, XII (1699)
    • Psalmus David 15us/ 3e psaume du 1er nocturne du Vendredi saint « Conserva me Domine » H.230 pour 4 vx, ch. à 5, cordes (4), bc, XII (1699)

    Ces trois compositions admirables pour l’office des Ténèbres furent parmi les dernières œuvres laissées par Charpentier, parvenu au sommet de son art.

  6. Cf. Alexandre Maral, La Chapelle royale de Versailles sous Louis XIV. Cérémonial, liturgie et musique. Mardaga, 2010, p. 165.
  7. La réforme du Bréviaire opérée par saint Pie X a modifié les laudes de toute l’année ; la structure traditionnelle antique de cet office – héritée de la synagogue – faisait que tous les jours de l’année se chantaient les psaumes du matin (psaumes 62 et 66 sous une même antienne) et les psaumes des laudes (psaumes 148-149-150 sous une même antienne). Par volonté d’éviter la répétition, le Bréviaire moderne a déstructuré cette répartition, traditionnelle pourtant dans tous les rits orientaux & occidentaux anciens.
  8. Le chant du graduel Christus factus est a pris la place, lors des simplifications de l’office romain opérées durant l’exil de la papauté en Avignon, d’une litanie très curieuse et très ancienne – elle est attestée dans l’Antiphonaire de Compiègne -, dans laquelle on chantait, entre plusieurs versets, le même texte Christus factus est sur une autre mélodie. Cette antique litanie avait été conservée par la plupart des rits diocésains français, en particulier celui de Paris.
  9. Alexandre Maral, op. cit., p. 165.
  10. Dom Géranger :

    Nous sommes dans les jours où la gloire du Fils de Dieu est éclipsée sous les ignominies de sa Passion. Il était « la lumière du monde », puissant en œuvres et en paroles, accueilli naguère par les acclamations de tout un peuple ; maintenant le voilà déchu de toutes ses grandeurs, « l’homme de douleurs, un lépreux », dit Isaïe ; « un ver de terre, et non un homme », dit le Roi-Prophète ; « un sujet de scandale pour ses disciples », dit-il lui-même. Chacun s’éloigne de lui : Pierre même nie l’avoir connu. Cet abandon, cette défection presque générale sont figurés par l’extinction successive des cierges sur le chandelier triangulaire, même jusque sur l’autel. Cependant la lumière méconnue de notre Christ n’est pas éteinte, quoiqu’elle ne lance plus ses feux, et que les ombres se soient épaissies autour d’elle. On pose un moment le cierge mystérieux sur l’autel. Il est là comme le Rédempteur sur le Calvaire, où il souffre et meurt. Pour exprimer la sépulture de Jésus, on cache le cierge derrière l’autel ; sa lumière ne parait plus. Alors un bruit confus se fait entendre dans le sanctuaire, que l’absence de ce dernier flambeau a plongé dans l’obscurité. Ce bruit, joint aux ténèbres, exprime les convulsions de la nature, au moment où le Sauveur ayant expiré sur la croix, la terre trembla, les rochers se fendirent, les sépulcres furent ouverts. Mais tout à coup le cierge reparaît sans avoir rien perdu de sa lumière ; le bruit cesse, et chacun rend hommage au vainqueur de la mort.

  11. On peut lire les impressions du cardinal Wiseman en ligne : Four lectures on the offices and ceremonies of Holy Week as performed in the Papal chapels. Delivered in Rome, in the Lent of MDCCCXXXVII. Londres, 1839. 214 pages. La description du chant du Miserere final occupe à lui seul les pages 85 à 90 :

    I hardly think that once or twice hearing the Misereres of Allegri and Bai can impress the feelings which I have feebly endeavoured to describe. Perhaps, however, what I have said, may prepare yours minds for them, and induce you to assist at it.

Le Flabellum de Saint-Philibert de Tournus – flabella et ripidia d’Orient & d’Occident

Si les flabella portés en signe d’honneur autour du Pape sont bien connus en Occident, on a généralement oublié que ceux-ci avaient connu un usage liturgique bien plus large, usage encore conservé de nos jours en Orient.

L’usage liturgique des flabella débute très haut dans l’histoire chrétienne, aussi n’est-ce guère étonnant de constater de grandes similitudes dans leur emploi en Orient comme en Occident. En effet leur emploi remonte au moins au IVème siècle, ainsi que l’atteste ce passage du VIIIème livre des Constitutions Ecclésiastiques :

« Que deux diacres, de chaque côté de l’autel, tiennent un éventail, constitué de fines membranes, ou des plumes du paon, ou de drap fin, et qu’ils chassent silencieusement les petits animaux qui volent, afin qu’ils ne s’approchent pas des calices. (VIII, 2) »

L’abbaye de Tournus, en Bourgogne, possédait un très ancien flabellum remontant à l’époque carolingienne. Ce flabellum liturgique avait été décrit comme figurant au trésor de Tournus par dom Edmond Martène et dom Ursin Durand, lors de leur mémorable campagne de collecte d’information dans tous les monastères de France en vue de la rédaction de Gallia christiana (cf. Voyage littéraire de deux religieux bénédictins de la congrégation de St-Maur, Paris, 1712 & 1724) : ils décrivent un vieux flabellum, possédant un manche d’ivoire de deux pieds de long, magnifiquement sculptés ; les deux côtés du disque comprenant quatorze figures de saints.

Ce témoignage unique se trouve actuellement conservé à Florence, en Italie, au Museo Nazionale del Bargello.

Le flabellum de Tournus est un témoin exceptionnel de part son ancienneté (il date des années 850), sa fragilité (le disque est en papier plissé et peint) et la virtuosité de son décor sculpté en ivoire (qui témoigne de la renaissance des lettres comme des arts à l’époque carolingienne, puisqu’il revivifie des textes de Virgile). C’est le plus ancien témoin occidental que nous possédions (un flabellum copte, décrit plus bas, lui est à peine antérieur de quelques années).

Ce flabellum a été offert par Génaut, abbé de Cunault, protecteur des arts, dont l’abbatiat se situe aux alentours de 850. Depuis cette époque, le précieux objet a suivi l’histoire mouvementée des reliques de saint Philibert, puisqu’il a été versé dans le trésor accompagnant la pérégrination du corps de ce saint.

Saint Philibert fut au VIIème siècle un infatigable fondateur de monastères parmi lesquels la grande abbaye de Jumièges & le monastère de l’île d’Hério (devenu plus tard Noirmoutier). Il mourut du reste, à un âge avancé, à Noirmoutier le 20 août 685. En raison des invasions normandes qui commencèrent à déferler à partir de 819, les moines de Noirmoutier entreprirent une longue errance à travers la France, emportant avec eux les reliques de saint Philibert ainsi que le trésor de leur abbaye de plus en plus loin à travers les terres. En 836, ils abandonnent Noirmoutier pour se fixer à Déas (Loire-Atlantique), puis en 845 vont à Cunault (sur la Loire en Anjou), puis 4 ans après à Messais en Poitou, près de Châtellerault, dans un domaine concédé par Charles-le-Chauve. Le Poitou étant à son tour menacé par les Normands, Charles-le-Chauve, très favorable aux moines, leur donne d’abord le lieu de Goudet près du Puy-en-Velay pour construire un nouveau monastère. Puis le 30 octobre 871, il leur concède l’abbaye de Saint-Pourçain en Auvergne dans l’Allier avec toutes ses dépendances. Le 19 mars 875, l’empereur accorde enfin comme refuge aux moines de saint Philibert l’abbaye Saint-Valérien de Tournus, avec le château et toutes ses dépendances. Les moines s’y fixèrent définitivement, renonçant à réintégrer Noirmoutier qui devint par la suite, une fois le péril normand écarté, comme Déas et Cunault, simple dépendance de Tournus. Les reliques de saint Philibert furent alors installées dans cette église qui, magnifiquement agrandie aux XIème & XIIème siècles, prendra le nom de Saint-Philibert de Tournus. Ainsi s’achève le laborieux exode des moines de Noirmoutier qui dura comme celui de l’Ecriture une quarantaine d’années. Cet exode est resté fameux en raison des très nombreux miracles accomplis par les reliques de saint Philibert à chacune des étapes de ses translations.

L’éventail de Saint-Philibert est fabriqué dans une longue bande de parchemin aux plis réguliers. La décoration s’organise en trois registres séparés par des bordures et des inscriptions. Le peintre enlumineur a utilisé plusieurs couleurs, surtout du vert et du rouge. Les motifs animaliers et végétaux du rinceau du registre supérieur s’intercalent dans le registre central avec 14 figures de saints (7 de chaque côté).

Nous empruntons au P. Juenin la description de ce fameux flabellum que l’on remarquait autrefois au trésor de l’abbaye de Tournus.

« C’est, dit-il un éventail flabellum tel que ceux dont parle Durantus son livre De Ritibus ecclesiasticis et qu’il assure d’après le pape saint Clément que deux diacres tenaient de chaque côté de l’autel pour empêcher les petits animaux volants de tomber dans le calice. Le nôtre est attaché à un manche de bois couvert d’ivoire travaillé et long de 20 pouces. Il s’ouvre en rond et a 17 pouces de diamètre. Il se replie au bout du manche où il est attaché et s’y ferme entre des plaques aussi couvertes d’ivoire longues de 8 pouces et demi et larges de 2 pouces : de telle manière qu’étant fermé toute sa longueur est de 29 pouces, dont 3 à 4 seulement, par le bout d’en bas, ne sont pas couverts d’ivoire mais aboutissent un peu en pointe comme pour être emboîtés dans un trou. L’éventail est en vélin peint de diverses figures et contient les vers suivants, qui en font connaître l’usage, mais qui ne sont pas des meilleurs, contenant des fautes contre la quantité et des transpositions. »

Voici les inscriptions qui figurent sur les diverses parties du flabellum de Tournus.

On lit d’un côté du disque de papier :

Flaminis hoc donum, regnator summe polorum,
Obtatum puro pectore sume libens.
Virgo parens Christi voto celebraris eodem.
Hic coleris pariter tu, Filiberte sacer.
Sunt duo quæ modicum confert æstate flabellum :
Infestas abigit muscas, et mitigat æstum,
Et sine dat tedio gustare munus ciborum.
Proptereà calidum qui vult transire per annum,
Et tutus cupit ab atris existere muscis,
Omni se studeat æstate muniri flabello.

Au dessus des figures qui sont représentées du même côté :

Sancta Lucia – Sancta Agnes – Sancta Cæcilia – Sancta Maria – Sanctus Petrus – Sanctus Paulus – Sanctus Andreas.

De l’autre côté :

Hoc decus eximium pulchro moderamine gestum
Condecet in sacro semper adesse loco.
Namque suo volucres infestas flamine pellit,
Et strictim motus longiùs ire facit.
Hoc quoque flabellum tranquillas excitat auras,
Æstus dùm eructat ventum, excitatque serenum,
Fugat et obcænas importunasque volucres.

Au dessus des figures :

Judex – Sanctus Mauritius – Sanctus Dionisius – Sanctus Filibertus – Sanctus Hilarius – Sanctus Martinus – Levita

Les 2 plaquettes d’ivoire qui protègent l’éventail une fois replié sont ornées d’éléments végétaux et d’un vaste répertoire animalier inspiré de Virgile.

« Les éléments profanes, inspirés des Eglogles de Virgile, et copiés sur un manuscrit de la fin de l’antiquité, sont d’un style qui rappelle les enluminures du manuscrit de Virgile au Vatican. » (W. F. Wolbach, Les ivoires sculptés, de l’époque carolingienne au XIIe siècle, in Cahiers de civilisation médiévale, 1958, Vol. 1, numéro 1.1., p. 21).

Le manche est réalisé avec des éléments en os séparés par des noeuds de couleur verte. Sur la première pomme du manche, au dessous de quatre figures en relief :

S. Maria – S. Agnes – S. Filibertus – S. Petrus.

(Saint Paul a remplacé par la suite la figure originelle de sainte Agnès).

Sur la seconde figure la signature de l’artiste, un certain Joël :

† Johel me sanctæ fecit in honore Mariæ.

La troisième pomme ne comporte point d’inscription.

L’ensemble des inscriptions renvoient à l’usage liturgique de l’objet et confirment la dédicace à la Vierge et à saint Philibert. Les flabella étaient donc utilisés autour de l’abbé célébrant la messe, à l’origine pour chasser les insectes autour de l’autel et sans doute aussi pour apporter de l’air frais les jours de grande chaleur. Cet usage purement utilitaire devait toutefois s’empreindre dès l’origine de hiératisme, à l’instar de l’usage qu’en faisait les anciens Egyptiens.

Les flabella en Orient

Dans les liturgies orientales, les flabella liturgiques sont toujours employés ; ils ont perdus au cours des âges leurs évents (de plume, papier ou tissu) et il ne subsiste plus, au bout du manche de l’objet, que le disque central – sur lequel figure usuellement un chérubin aux six ailes.

Les flabella sont désignés en grec sous le nom d’άγια ριπίδια (aghia ripidia : saints éventails) et parfois sous le terme d’εξαπτέρυγα (hexapteryga : « six ailes »). Le symbolisme angélique va particulièrement être développé en Orient. Saint Sophrone, patriarche de Jérusalem († 641) indique que, dans l’esprit de l’Eglise, les images des ripidia figurant des chérubins & des séraphins symbolisent l’invisible participation des puissances angéliques aux sacrements de l’Eglise. Saint Photius, patriarche de Constantinople († 886) témoigne qu’à cette époque les ripida étaient encore ornés de plumes. Dans son esprit, ils ont été conçus pour « prévenir l’esprit obscurci à ne pas s’attarder sur le visible, mais, en détournant son attention, à attirer les yeux de son esprit & à les détourner vers le haut, du visible à la beauté invisible & ineffable. »

Ripidion byzantin présentant un chérubin.

Ripidion copte en argent de la fin du VIIIème – début du IXème siècle.
Brooklyn Museum of Art, New York.
Les 4 animaux de l’Apocalypse, figurant les 4 évangiles, entourés chacun des six ailes, sont présentés de part & d’autre du disque.

Selon les livres liturgiques byzantins, et conformément aux Constitutions Apostoliques du IVème siècle, pendant la liturgie de saint Jean Chrysostome, deux diacres se tiennent près de l’autel avec des ripidia qu’ils agitent doucement au-dessus des saints dons, depuis l’offertoire jusqu’à la communion (mais seulement pendant la consécration pour la liturgie de saint Basile). De nos jours, comme les saints dons sont désormais couverts, cet usage est tombé en désuétude pour les diacres, sauf le jour de leur ordination diaconale : l’évêque leur remet le ripidion avec leurs vêtements diaconaux et leur livre d’office, et les présente ainsi au peuple pour l’acclamation Axios ! (Il est digne !), ensuite le diacre ordonné agitera son ripidion près de l’autel selon l’antique pratique décrite par les livres liturgiques.

Les ripidia sont portés usuellement, dans l’Orient byzantin, à l’évangile, lors de la Grande Entrée (offertoire de la Divine Liturgie) et à toutes les processions. Leur usage est souvent laissé aux sous-diacres ou aux acolytes. La photo ci-dessus montre le chant de l’évangile par le diacre à la cathédrale du Christ-Sauveur de Moscou, entouré de 4 acolytes portant des ripidia.

Les Russes les emploient fréquemment pour honorer une relique ou une icône insigne. Ci-dessus, des ripidia honorent l’icône de la Très-Sainte Trinité le jour de la Pentecôte à la Laure de la Trinité-Saint-Serge.

Lorsqu’ils ne sont pas employés, les ripidia sont disposés derrière l’autel (ou non loin de celui-ci en Russie du Nord, car l’usage s’y est établi de disposer à leur place les icônes du Christ & de la Mère de Dieu).

Les ripidia sont en usage également chez les Arméniens (qui l’appellent Kechotz), les Maronites, les Syriaques (qui l’appellent Marvahtho) & les Chaldéens. On y attache d’ordinaire de petites clochettes. On les agite à certains moments importants de la liturgie (l’épiclèse chez les Arméniens par exemple), ce qui produit un effet similaire à celui des clochettes dans le rit romain.

Marvahtho syriaque orné de branchages pour le jour des Rameaux

Les Ethiopiens enfin se servent de chasse-mouches liturgiques en crin de cheval, plus rudimentaires mais efficaces !

Sainte Sanctification (=messe) dominicale dans l’antique cathédrale d’Axoum en Ethiopie. L’un des diacres tient un cierge et un chasse-mouche liturgique.

Les flabella en Occident

Même s’il est sans doute le plus ancien témoin occidental conservé, le flabellum de Saint-Philibert de Tournus ne constitue pas un hapax, et l’instrument a été autrefois d’un emploi fréquent. En 813, on signale un flabellum en argent dans l’inventaire de l’abbaye de Saint-Riquier en Ponthieu (Migne, P. L., CLXXIV, 1257). Le testament d’Everard (mort en 837), fondateur de l’abbaye de Cisoin en mentionne un autre. L’inventaire du trésor de la cathédrale de Sarum (Salisbury, en Angleterre), daté de 1222, mentionne un flabellum en argent et deux en parchemin. L’inventaire de la cathédrale d’York recèle à la même époque un flabellum dont le manche était d’argent et le disque doré, lequel portait une image en émail de l’évêque. Haymon (Hamo Hethe), évêque de Rochester (mort en 1352), a laissé à son Eglise un flabellum d’argent à manche d’ivoire. La cathédrale Saint-Paul de Londres en possédait un orné de plumes de paon.

L’abbaye de Kremsmünster en Haute-Autriche possède toujours un très intéressant flabellum du XIIIème siècle : dans les quartiers dessinés par une croix grecque est représentée la résurrection du Christ.

Metropolitan Museum de New York.

L’usage liturgique du flabellum semble s’être un peu partout éteint en Occident à partir du XIVème siècle. L’invention de la pale pour recouvrir le calice (qui remonte au moins au XVIème siècle), accéléra, comme en Orient, sa désuétude.

Toutefois, il s’est maintenu en Occident dans quelques usages particuliers.

Le Pape – ainsi que nous l’avons noté au début de cet article – était, jusqu’au dernières réformes liturgiques, accompagné de deux flabella. Les plumes de paon dont ils étaient confectionnés, à cause de leurs ocelles, symbolisaient le regard, et donc la vigilance du pape sur l’ensemble de l’Église.

Le vénérable Pie XII porté sur la sedia gestatoria et entouré des deux flabella.

Saint Jean XXIII porté sur la sedia gestatoria et entouré des deux flabella.

L’archevêché de Lisbonne a été érigé en patriarcat par la bulle « In Supremo Apostolatus Solio » du 22 octobre 1716, afin de tenir compte de son autorité spirituelle sur l’ensemble de l’empire colonial portugais (mais aussi afin de remercier le Portugal pour son aide dans la lutte contre les Turcs). Le patriarche de Lisbonne possède depuis plusieurs privilèges, dont celui d’être accompagné de deux flabella.

S.E. Manuel, cardinal Gonçalves Cerejeira, patriarche of Lisbonne de 1929 à 1971, accompagné par ses flabella. Notez aussi la mitre du patriarche qui imite la forme de la tiare papale (le patriarche de Lisbonne timbre ses armes d’une tiare sans les clefs).

Le rit dominicain connait l’usage du flabellum. Voici une photo d’une messe solennelle célébrée dans le rit dominicain. Les 2 flabella sont tenus par les acolytes agenouillés.

Flabellum dans le rit dominicain

Voici encore quelques usages des flabella en Occident, dans des cadres un peu moins prestigieux mais toujours actuels (et, du reste, dans un contexte de nouveau rit).

Procession de reliques avec flabella sur l’île de Malte.

Procession des reliques de saint Liboire précédé du flabellum en la cathédrale de Paderborn (dans l’antique Saxe, actuellement en Rhénanie-du-Nord-Westphalie).
Plus d’informations & de photos sur cette procession.

Et pour finir, voici une photo de la procession des rameaux dans la paroisse anglicane de Saint-Timothée, à Fort-Worth au Texas :

En conclusion, même si l’usage des flabella pourrait paraître désuet dans notre monde moderne, leur histoire extrêmement ancienne est aussi un témoin indirect de la grande vénération et de la prudence extrême dont la Sainte Eglise a entouré dès l’origine les saints dons eucharistiques, et par là même l’affirmation de sa foi en la présence réelle de notre Seigneur sous les espèces du pain & du vin.

PS. : plus de photos pour illustrer cet article sur cet album de la page Facebook de la Schola Sainte Cécile.

L’Office romain, du VIème siècle à nos jours

L’Office romain, du VIème siècle à nos jours
Continuité ou rupture ?
Un essai d’évaluation critique

L’Office romain. Un rapide parcours historique

En 1971 paraissait la première édition de Liturgia Horarum juxta ritum romanum [1], qui supplantait le vénérable Breviarium romanum. L’un des objectifs des réformateurs de Vatican II était de rendre à l’Office divin son statut de prière du peuple de Dieu. Aujourd’hui les éditions en langue vernaculaire du nouvel Office [2] sont largement répandues et utilisées pour la prière communautaire et individuelle des chrétiens, clercs ou laïcs. Il nous a cependant paru bon de risquer une évaluation après quarante ans de pratique. Nous poserons donc ici deux questions cruciales : d’une part « L’Office divin actuel est-il vraiment le digne héritier du Bréviaire romain, ou marque-t-il une rupture avec une tradition séculaire ? » et d’autre part : « Les réformateurs, soucieux de rendre à tout le peuple chrétien la prière des heures, ont-ils atteint leur but ? » La brève reconstruction historique qui va suivre nous aidera à y répondre.

L’Office divin qui, « série d’offices non-sacramentels célébrés ou récités à intervalles réguliers pendant le jour (et la nuit) en vue de la sanctification du temps » [3], n’est sans doute apparu dans l’Eglise qu’aux environs du IVème siècle, après l’édit de Constantin. Nous en trouvons en effet les premières traces dans les récits de voyages d’Egérie [4], où l’auteur décrit, entre autres, les différents temps de prière dans les lieux saints de Jérusalem.

En 1949, Anton Baumstark a publié une étude devenue référence en la matière [5], dans laquelle il distingue deux types d’offices dans les premiers siècles, l’un dit « cathédral », célébré par l’évêque, le clergé et les chrétiens, et l’autre dit « monastique », réservé aux communautés d’anachorètes. Selon cet auteur, le rite cathédral comprenait seulement deux offices, le matin et le soir, avec une vigile la nuit du samedi au dimanche. Ces offices ne comprenaient qu’un petit nombre de psaumes, choisis en fonction de l’heure du jour, avec des chants et des répons ; tandis que la prière monastique supposait la récitation de tous les psaumes, du 1er au 150ème en une période donnée, la plupart du temps en une semaine. Ces offices monastiques étaient nombreux : aux prières de tierce, sexte et none qui sanctifiaient la journée, s’est ajoutée une prière tard dans la nuit, à minuit (distincte de la vigile avant l’aube) puis un office à la première heure (Prime) [6].

Offices monastique et cathédral n’étaient pas nécessairement concurrents, mais pouvaient se célébrer en complément dans la même église par des groupes différents, comme nous le voyons chez Egérie [7].

Au cours des siècles, alors que la structure de l’office de type cathédral s’est imposée en Orient, l’Eglise romaine a plutôt privilégié l’office de type monastique et l’importance de la récitation du psautier dans la sanctification du temps [8].

Aux origines de l’Office romain

On ne sait que très peu de choses sur l’Office romain avant le VIème siècle. Il semble cependant clair que l’on doive parler d’offices variés, et non d’une seule forme d’office. Dans les tituli, ou églises presbytérales, il est probable que l’on célébrait seulement les offices du matin et du soir dans la tradition cathédrale. Le sacramentaire de Vérone (316) et le sacramentaire gélasien (VIIème siècle) nous fournissent des oraisons pour le matin et le soir, mais se taisent quant à la structure des offices.

La plupart des auteurs estiment que l’office des basiliques, desservies par des moines, comportait la totalité des heures canoniales, de Vigiles à Complies, ce qui a influencé toute la tradition de l’Office occidental. Les descriptions des Règles du Maître [9] et de saint Benoît [10] sont, à ce sujet, sans doute dérivées de cette tradition romaine antique.

Au VIIIème siècle, la structure de l’Office basilical romain s’est répandue dans tout l’Occident latin. Dans nos contrées, c’est grâce aux efforts de Pépin le Bref (714-68) et de Chrodegang, évêque de Metz (†766) que l’usage romain a supplanté progressivement les vieilles coutumes gallicanes, efforts repris par Charlemagne (c. 742-814). Des documents comme le Liber Officialis et le Liber de ordine antiphonarii, œuvres d’Amalaire, évêque de Metz (†850) nous font découvrir comment les structures romaines de l’office se sont implantées en territoire Franc, ou plutôt associées aux variations locales, pour former un office appelé aujourd’hui romano-franc, qui comprenait une trame commune, en même temps que de nombreux ajouts locaux. Cette situation perdurera jusqu’au XIème siècle. [11]

Développements à partir du XIIIème siècle

Jusqu’au XIIIème siècle, cette structure, comme telle, n’a subi que très peu de changements. La surcharge dont souffrait l’Office au moment des réformes était plutôt causée par les nombreux ajouts qui ont complémenté le cursus ordinaire des heures canoniales au fil des années : psaumes graduels, psaumes de pénitence, Office des défunts, Office de la Sainte Vierge, Symbole de saint Athanase, litanies des saints, preces… avaient peu à peu alourdi, et ombragé l’Office quotidien. Ajoutons-y une prévalence des fêtes de saints sur le calendrier temporal, où revenaient régulièrement les psaumes et les lectures du commun des saints, au détriment du cursus ordinaire [12].

Sous le pontificat d’Innocent III (1198-1216), la codification du bréviaire de la Curie romaine devait alléger ce pensum en revenant essentiellement à la structure de l’Office romano-franc.

Il convient ici de clarifier la notion de « Bréviaire ». D’aucun s’imagine que ce terme désigne l’allègement, ou l’abréviation d’un Office autrefois plus long. Or, les premiers bréviaires constituaient plutôt la compilation en un seul volume de tous les éléments qui composent l’Office, jusqu’alors contenus dans des recueils séparés (antiphonaires, psautier, hymnaires…). Par la suite, le bréviaire est devenu un livre portable, que les clercs emmenaient en voyage pour la célébration privée.

La réforme d’Innocent III maintenait les principes séculaires de la lecture de l’Ecriture en un an, et de la récitation de tout le psautier sur la semaine, mais ne rétablissait pas la primauté du temporal sur le sanctoral. C’est l’adoption rapide de cet Office par l’Ordre des Franciscains et l’essor de ce dernier qui ont contribué à son expansion à tout l’Occident.

Un nouveau besoin de réforme se fit sentir aux environs du XVIème siècle, à une époque où la vie communautaire était en déclin. Les clercs, souvent seuls pour la récitation l’Office et accaparés par des tâches pastorales de plus en plus nombreuses, ressentaient lourdement la longueur des lectures tirées de l’Ecriture et les extraits de légendes des saints, les jours où le sanctoral était préféré au temporal. Le Pape Clément VII (1478-1534) chargea donc un cardinal espagnol du nom de Quinones (1485-1540) de penser une réforme radicale du bréviaire, afin d’en faciliter avant tout la récitation a solo. Les caractéristiques de cette réforme étaient la restauration absolue de la lecture continue de l’Ecriture et de la récitation hebdomadaire du psautier. Les psaumes étaient redistribués dans les différentes heures, sans modifications pour les fêtes. Plutôt que récités selon leur ordre dans le psautier, ils étaient choisis en fonction de l’heure. On notera également la place de l’hymne au début de l’Office et l’allégement des textes hagiographiques. Ce bréviaire rencontra cependant un certain nombre de détracteurs, parmi lesquels le théologien espagnol Jean de Arze [13]. Le reproche majeur de ce dernier à Quinones est qu’il élabore son Office presque exclusivement en fonction de la récitation de l’office en privé, abandonnant par là de nombreux éléments de l’Office choral.

Sensibles aux arguments de Arze, les Pères du Concile de Trente (1645-1663) instituèrent une commission pour la « correction » du bréviaire. Par la Bulle Quod a nobis (1568), le Pape Pie V interdit formellement le bréviaire de Quinones et promulgue officiellement le Breviarium Romanum, qui allait demeurer inchangé jusqu’au début du XXème siècle, et que nous connaissons sous le nom de Bréviaire du Concile de Trente [14]. Il est imposé à toute l’Eglise occidentale, mises à part quelques exceptions locales.

Le Concile de Trente a restitué à l’Office divin sa forme traditionnelle, simplifiée mais pas altérée. Il est donc remarquable que jusqu’en 1911, mises à part quelques adaptations, la structure de l’Office romain et monastique est restée celle que nous trouvons déjà dans les ouvrages d’Amalaire, au IXème siècle [15].

De Pie X à Vatican II

Dès le XVIIIème siècle, un désir croissant de réforme revint à la surface. Le souhait était avant tout de faciliter la récitation des heures par les clercs qui y étaient tenus (souvent accaparés par les tâches pastorales), en même temps que d’alléger celle-ci des nombreux éléments complémentaires, qui en obscurcissaient la véritable signification : sanctifier la journée.

Ce fut seulement Pie X, après quelques tentatives infructueuses de certains de ses prédécesseurs, qui instaura une commission pour réformer le bréviaire. Celle-ci bénéficiait des travaux de savants liturgistes du XIXème siècle, tels Guéranger et Battifol. Son principal objectif était de restaurer la récitation continue du psautier sur une semaine, en privilégiant l’Office du Temporal sur celui du Sanctoral, le férial sur les fêtes des saints.

Les Offices complémentaires (de la Sainte Vierge, des défunts) ne s’ajoutaient plus à l’office férial et les éléments annexes et de dévotion (preces, oraisons votives…) n’étaient plus prévus qu’à des jours particuliers. Cependant, la redistribution des psaumes eut pour autre résultat une structure qui modifiait radicalement le schéma inchangé depuis Amalaire. Woolfenden l’évalue de cette manière : « L’Office de rite romain a subi des changements radicaux au XXème siècle. En 1911, le pape Pie X a créé une Commission pour la réforme du Bréviaire, qui devait introduire un grand nombre de modifications, détruisant par là nombre d’éléments très anciens ou rendant leur signification moins évidente. » [16] L’un des changements les plus importants concerne directement notre propos. Il s’agit de l’abandon, à Laudes, de la récitation quotidienne des psaumes 148 à 150, qui ont pourtant donné leur nom à cette heure du jour. Nous y reviendrons plus loin.

Le pape promulgua le nouveau bréviaire par la Bulle Divino afflatu (1911), dans laquelle il stipule que cette réforme n’est que la première étape d’une révision en profondeur de l’Office divin. Si drastiques que soient ces changements, ils ne faisaient que préluder à la publication, après Vatican II, d’un Office d’une structure totalement modifiée.

Deux mouvements complémentaires allaient en effet se manifester dans la première moitié du XXème siècle. Le premier fut la publication, dans divers pays, de bréviaires abrégés bilingues (latin-langue du pays) à l’intention des laïcs. C’était là une ouverture au peuple de Dieu de ce que Pie XII appellera « la prière du Corps mystique du Christ », récitée par les clercs, à laquelle les laïcs sont invités à prendre part.

Le second, patronné par le Saint-Siège, concrétisait le désir émis par Pie X de réformer l’Office en profondeur. Il débuta par la nomination d’une commission, en 1948, qui prépara réellement le travail du Concile. Une première tâche déboucha sur l’édition d’une nouvelle traduction des psaumes, mais qui fut vite jugée impraticable.

Un premier succès, sous Jean XXIII, fut une révision du Codex rubricarum. Dans l’édition de 1961 [17], la primauté du férial sur le sanctoral était désormais chose acquise, et l’Office de Vigiles se composait désormais de neuf psaumes et trois lectures répartis le plus souvent sur un seul nocturne, à l’exception des jours de fêtes majeures [18]. Cependant, aucune réforme de fond n’avait encore été entreprise.

Liturgia Horarum…

Une nouvelle commission, préparatoire au deuxième Concile du Vatican, travailla de 1960 à 1962. C’est sur base de son travail qu’après la promulgation de la Constitution conciliaire sur la liturgie, Sacrosanctum Concilium, le Consilium ad Exsquendam Constitutionem de Sacra Liturgia reçut mission d’appliquer celle-ci. Elle était divisée en groupe (Cœtus), dont le neuvième fut en charge de réformer l’Office divin. C’est après sept ans de labeur que fut publiée, en 1971, l’édition typique du nouvel Office divin, Liturgia Horarum.

La structure de ce dernier est le résultat d’une refonte totale tant de la distribution des heures que de leur structure. Sa caractéristique principale, à l’instar de toute la liturgie conciliaire, est qu’il se présente comme la prière de tout le peuple chrétien. Si les clercs y sont toujours astreints, il est recommandé qu’ils célèbrent souvent avec le concours du peuple, en particulier les heures de Laudes et de Vêpres. En outre, voici les grands changements survenus dans sa structure :

1) La récitation du psautier est à présent répartie sur quatre semaines au lieu d’une seule. Nous verrons, par ailleurs, que certains psaumes ou versets de psaumes ont été omis.
2) Les deux heures majeures du matin et du soir (Laudes et Vêpres) sont remises à l’honneur et sont les points culminants autour desquels gravitent les autres heures.
3) Les petites heures, autrefois au nombre de quatre, sont réduites à une seule heure médiane.
4) La modification la plus radicale : les Vigiles sont transformées en un Office des lectures, composé de trois psaumes et deux lectures, avec possibilité d’ajouts. Cet office peut être célébré à n’importe quel moment de la journée.

Une autre caractéristique est la structure uniformisée des offices. Alors que les différents offices du Breviarium romanum présentaient une alternance des différents éléments (psaumes, lecture(s), hymne…) propre à chaque catégorie d’heure, la nouvelle liturgie des heures présente un schéma identique pour tous les offices : après l’introduction vient l’hymne, puis la psalmodie, suivie de la parole de Dieu, et enfin des éléments propres à l’heure (cantique évangélique, répons, prières…).
On comprend dès lors pourquoi Woolfenden parle de changements radicaux. Mais il parle également d’un grand nombre de modifications, détruisant par là nombre d’éléments très anciens ou rendant leur signification moins évidente.

Nos deux questions préalables se reposent dès lors, de façon plus affinée :
– pour ambitieux qu’il était, le projet d’Office renouvelé a-t-il tenu compte des treize siècles de tradition qui l’ont précédé ?
– l’objectif des réformateurs de rendre à l’Office son rôle de prière de tout le peuple est-il vraiment réalisé aujourd’hui ?

Nous allons tenter d’y répondre.

Essai d’évaluation critique de la Liturgie des heures

Continuité ou rupture ? Les avantages du nouvel Office…

D’un certain point de vue, le nouvel Office offre un grand nombre d’avantages par rapport à celui qu’il supplante. Il se caractérise, entre autres, par :

a) La clarté et l’uniformité de sa structure. Celle-ci se marque d’abord par la remise en valeur des heures de Laudes et de Vêpres comme « piliers » de la journée, prières du matin et du soir. L’office de Laudes, en effet, voyait sa signification quelque peu occultée par sa proximité avec les nocturnes (appelées improprement Matines) et avec l’heure de prime, perçue par certains comme un doublet de la prière du début du jour.

b) Une certaine souplesse et une grande facilité pour la récitation : un « Office des lectures » qui se récite à n’importe quel moment de la journée, avec même la possibilité de l’intégrer à l’une des autres heures (laudes, milieu du jour ou vêpres) et les petites heures réduites à un seul « Office du milieu du jour », même si l’on maintient une possibilité, quasi théorique, de réciter deux autres heures. Seules Laudes, Vêpres et Complies sont assignées à un moment particulier de la journée.

c) Un corpus plus important de lectures scripturaires et la lecture quotidienne d’un texte patristique en rapport avec le temps liturgique et, souvent, l’évangile du jour. Si les deux autres points étaient de nature structurelle, celui-ci touche au profit spirituel et c’est, à notre avis, le seul apport majeur du nouvel Office divin. Le bréviaire de 1962, en effet, avait quelque peu limité les lectures des matines. Quant aux lectures patristiques, elles étaient réservées aux dimanches et aux fêtes et, mis à part les jours de fête à trois nocturnes, relativement brèves.

Liturgia horarum, dans l’édition typique ainsi que dans ses traductions, contient un cycle de lectures réparties sur une année. On comprend aisément que ce corpus est loin d’être complet. Cependant, en fin de volume, on propose un cycle plus complet, qui s’étale sur deux ans. Celui-ci permet d’aborder la plus grande partie des livres de l’Ecriture sainte, au moins dans leurs textes les plus significatifs.

D’après Campbell, la lecture patristique, ou hagiographique longue répond à un vœu du Cardinal Lercaro [19], président du Consilium. Celui-ci constatait, en effet, que les clercs engagés dans la vie pastorale n’avaient plus que peu de temps à consacrer à la lecture spirituelle. Il désirait donc intégrer celle-ci à la lecture de l’Office, et aussi la mettre en rapport avec la liturgie du temps ou du jour.

Tout est-il parfait pour autant ?

Cependant, à côté de ces quelques points positifs, force est de constater que ces nouvelles constructions consacrent une rupture avec le sens séculaire de l’Office divin. Il semble que l’objectif des réformateurs ait été bien plus d’adapter l’Office à la vie de l’homme moderne et à sa prière personnelle, que de garder le sens premier de l’Office : la sanctification du temps et la prière de toute l’Eglise, laus perennis en union avec le cosmos. Les traductions qui ont suivi iront encore plus loin dans ce sens. Voici un bref inventaire d’éléments qui révèlent cet état d’esprit :

a) L’omission de certains psaumes ou de certains versets de psaumes.
En effet, tous les psaumes directement imprécatoires [20], ainsi que les versets de la même nature dans certains psaumes, sont systématiquement omis. L’un des principaux « constructeurs » de Liturgia Horarum, Mgr Aimé-Georges Martimort, s’exprime ainsi à ce sujet :

« Fallait-il maintenir le psautier intégralement ? Au terme de bien des discussions au sein des groupes experts, puis dans le Consilium, après s’être aussi informé de l’avis des autres Eglises issues de la Réforme, expérience d’autant plus intéressante que ces Eglises célèbrent traditionnellement la liturgie en langue moderne, il a été décidé que trois psaumes historiques seraient réservés aux temps liturgiques privilégiés [21] (…) Trois psaumes imprécatoires ont été omis du cursus, et de même certains versets de divers autres psaumes (…). Cette mesure, très discutée bien sûr, était cependant rendue nécessaire par la célébration publique en langue vulgaire. »

Cette mutilation du psautier est d’importance, car elle prive celui qui récite l’Office de la totalité du psautier, et infléchit le sens de certains psaumes. L’historien et sociologue Alain Besançon la commente ainsi :

« L’idée du combat, de la guerre, occupe une telle place dans les Ecritures chrétiennes qu’on se demande comment elle peut être occultée. On me signale que dans les éditions françaises du bréviaire, le psautier a été expurgé de ses versets bibliques les plus belliqueux et les plus imprécatoires [22], comme incompatibles avec la « sensibilité d’aujourd’hui ». Ce retranchement est typiquement marcionite. » [23]

La critique du P. Roguet, lui-même expert au Concile, est encore plus sévère :

« Evidemment, un christianisme conventionnel, fade ou sentimental se sent mal à l’aise en face de la vigueur et de la crudité bibliques : mais il y a là justement une excellente cure de santé morale, de vigueur religieuse. Rien ne saurait mieux nous prémunir contre le christianisme mondain et superficiel que le retour à la Parole de Dieu puisée à sa source. » [24]

b) La récitation du psautier sur quatre semaines :
La tradition de l’Office romain s’était, pendant des siècles, calquée sur la tradition bénédictine qui récite la totalité du psautier sur une semaine. Or, dans la volonté d’allégement des membres du Consilium, les psaumes sont désormais répartis sur quatre semaines. Au-delà d’une rupture de tradition, c’est aussi l’aspect systématique de l’Office qui est ainsi détruit. La régularité de la pratique faisait prier des psaumes fixes à des heures déterminées. Il s’installait une habitude de les retrouver chaque semaine au même endroit. La nouvelle répartition, beaucoup plus étalée, brise cette habitude.

A propos de ce point et du précédent, nous laisserons le dernier mot à l’abbé Alain Lorans, qui exprime une opinion que nous partageons entièrement :

« Ainsi, il ne reste dans la nouvelle liturgie que cent-quarante-quatre psaumes, ceci seulement toutes les quatre semaines, et encore, dans une version édulcorée. Cette poésie biblique, juive, qui exprime tous les sentiments du peuple d’Israël, toutes ses prières, toutes ses douleurs, toutes ses espérances, ce psautier qui a imprégné la prière de Jésus-Christ, de la Vierge Marie, des Apôtres, a été dilué d’une part, censuré de l’autre. [25] »

c) La réduction du nombre d’heures et la souplesse dans la récitation :
Comme nous l’avons déjà mentionné, seules Laudes, Vêpres et Complies gardent une place assignée dans la journée. Parmi les petites heures, prime a été supprimée. Des trois autre heures, une seule demeure obligatoire, appelée « heure médiane » (lat. ad horam mediam), au choix du récitant. La psalmodie de l’heure médiane varie chaque jour. Ceux qui désirent réciter les deux autres heures doivent recourir aux psaumes graduels.

d) L’uniformisation de la structure des heures :
Chaque heure, autrefois, contenait pratiquement toujours les mêmes éléments, mais leur disposition variait selon l’heure récitée. Par exemple, si l’hymne venait entre le capitule et le Magnificat à laudes et à vêpres, elle prenait place au début de l’heure aux petites heures et après les psaumes à complies. Selon Campbell, les réformateurs se seraient basés, pour ce faire, sur la tradition ambrosienne (qui en réalité est plus complexe que cela).

La nouvelle liturgie des heures place donc toujours l’hymne en début d’office. Puis viennent psalmodie et de la Parole de Dieu. Quant au répons bref, autrefois réservé aux petites heures et à complies, il trouve désormais sa place à laudes et à vêpres, mais reste à complies. On a donc un « ordonnancement » des heures qui sent la rationalisation et la systématisation, au mépris des antiques coutumes.

e) L’Office des lectures :
Il est, avec l’heure médiane, l’une des deux grandes innovations du nouvel office. C’est, en effet, le succédané de ce qu’étaient autrefois les vigiles, ou matines, mais il perd son caractère typique de « prière durant la nuit ». La psalmodie des matines avait été réduite de douze à neuf psaumes par Pie X. Celle de l’Office des lectures est réduite à l’excès : trois psaumes, ou portions de psaume. A certains jours, elle est d’une brièveté déconcertante. Nous y relevons cependant un point très positif : la lecture systématique de l’Ecriture sur un cycle de un ou deux ans, complétée par une lecture patristique, ou hagiographique pour les fêtes de saints.

Cette « heure » peut être récitée à n’importe quel moment du jour ou de la nuit : en vigile, avant laudes, ou dans la journée, selon la convenance. Elle peut même se joindre à un autre office.

La lecture répartie sur deux ans offre, bien entendu, une approche bien plus complète des livres bibliques. Malheureusement, les éditions, tant latine que vernaculaires, de Liturgia horarum, se contentent de proposer le cycle en une année, avec les lectures patristiques adaptées. La lecture en deux ans est seulement mentionnée en fin de volume, sous forme de table, sans compléments patristiques. Elle n’a rencontré, on s’en doute, que peu de succès auprès des clercs. Tout d’abord en raison de sa simple mention, discrète et presque marginale, dans les bréviaires ; ensuite parce que l’on a omis d’y adjoindre des lectures patristiques adaptées. Les moines de Solesmes ont fourni, à ce niveau, une contribution trop peu remarquée. Ils ont publié tout ce cycle dans les années 90, d’abord dans une version latin-français, ensuite entièrement en français. Seules, hélas, quelques communautés religieuses et quelques individus l’utilisent aujourd’hui. [26] [27]

f) La pauvreté des traductions :
L’édition typique de Liturgia Horarum était, bien sûr, destinée à être traduite dans les diverses langues vernaculaires. Les psaumes et les lectures de l’Ecriture sont cités dans une traduction reconnue, bien sûr. Mais les parties « propres », telles les hymnes et les intercessions, ont souvent été « adaptées », quand on ne leur a pas substitué des productions locales. Le résultat est très souvent d’une grande pauvreté théologique.

Un examen des différentes versions montre que l’édition française est l’une des moins fidèles et des plus décevantes. Les hymnes proposées par Liturgia horarum ont bien fait l’objet d’un volume tiré à part, publié tardivement et sans beaucoup de publicité.

Les « hymnes » sont des compositions d’auteurs francophones. Souvent d’une grande banalité, parfois « poétiques » et à la limite de l’incompréhension. La traduction des psaumes a été empruntée à la T.O.B. Comme les hymnes, elle est très banale et, ici, de caractère peu poétique.

Aux répons de l’édition typique, on a souvent préféré des fabrications d’éditeurs et les belles antiennes de l’Office traditionnel sonnent souvent mal dans leur traduction française. Pour couronner le tout, les intercessions « adaptées » et fabriquées, à la fin de laudes et de vêpres, n’ont pas le caractère solennel et respectueux de l’édition typique vaticane.

Bien plus encore que l’édition latine, la version française, comme ses sœurs d’autres langues, semble liée à une époque, dans un langage qui passe et qui, tôt ou tard, aura fini de satisfaire.

La lecture de ces éléments impose d’elle-même un constat : dans la nouvelle structure, la nature de l’Office se voit profondément modifiée. Taft reconnaît cette révolution, et estime même qu’elle n’est pas allée suffisamment loin :

« Le problème que pose la nouvelle Liturgie des Heures du rite romain n’est pas d’ordre structurel. La structure renouvelée constitue, à plusieurs points de vue, une rupture courageuse avec le passé. Les problèmes – la langue, la longueur, le cursus exagérément monastique, le trop grand nombre de psaumes par semaine – ont été affrontés avec un esprit imaginatif et résolu. Mais il en est beaucoup qui estiment que le refus d’une rupture encore plus radicale avec, non pas seulement les formes, mais la mentalité de ce passé, a gâté la réforme récente de l’office romain. » [28] [29]

Pour notre part, nous ne pouvons que regretter la rupture avec treize siècles de tradition. Il faut oser le dire, la réforme liturgique a été, avant tout, élaborée en chambre par des professeurs de liturgie et des fonctionnaires ecclésiastiques, souvent de façon purement conceptuelle, ou en fonction d’un « éclectisme traditionnel ». Beaucoup d’érudits et de spécialistes s’en rendent compte aujourd’hui.

Le cursus des heures, qui commençait, en Occident, par la prière durant la nuit pour « exploser » de joie au lever du soleil par le chant des laudes, la remise de la journée et de son travail entre les mains de Dieu, la sanctification du temps à la troisième, la sixième et la neuvième heure, le chant des vêpres au coucher du soleil et la clôture de la journée à complies ont fait place à un schéma fonctionnel adapté à la vie moderne, certes, mais qui n’a plus qu’un arrière-goût assez fade de la belle théologie de l’Office divin. Taft partage notre analyse, mais pas nos conclusions et nos regrets.

Récemment, un évêque me faisait remarquer la contingence de l’Office quant à sa structure et son contenu. Ce fut sans doute, dans l’histoire, aussi l’opinion de Quinones ou de quelques réformateurs isolés. Ce fut aussi, bien sûr, le présupposé des membres du Coetus IX. La latitude qui caractérise bien des liturgies actuelles l’a rendue plus grande encore. Aux autres époques, dans presque tous les cas, l’Eglise, constatant l’échec, est revenue rapidement à la tradition. Rappelons la sage décision de Pie XII d’abandonner la traduction du psautier de 1958 et de revenir à l’antique texte de la Vulgate. Qu’en sera-t-il aujourd’hui ?

Le but est-il atteint ?

L’autre question qui vaut la peine d’être posée concerne l’objectif principal des membres du Cœtus : rendre à l’Office divin son caractère de prière de tout le peuple chrétien, et pas seulement des clercs. Cet objectif est-il atteint ? Les évaluations à ce sujet sont extrêmement mitigées. Selon les auteurs que nous avons étudiés, même si cette perspective est restée constamment présente à l’esprit des membres du groupe, Liturgia Horarum reste conçu comme un office de type monastique, et même en vue, avant toute chose, de la récitation en privé. Nous citons encore Taft à ce sujet :

« Dans les discussions concernant l’office, plusieurs voix bien informées se sont levées pour revendiquer un office populaire de type cathédral qui puisse convenir à une célébration publique paroissiale. [30] Mais, d’après le rapport d’Annibale Bugnini sur les délibérations de la commission pour la réforme de l’office, trois choses sont clairement apparues :
1) Le souci primordial a été de produire un livre de prière pour le clergé et les religieux.
2) On a simplement présumé que cette prière serait faite, en majeure partie, en privé. Une célébration « avec le peuple » – ainsi a-t-on dit – a été envisagée et même souhaitée, mais la teneur et le vocabulaire des discussions montre que ce n’était là qu’une exception, et non pas un point de départ en vue de la compréhension de l’office.
3) La base historique, sous-jacente à une grande partie de la discussion, a été gravement déficiente, car elle s’est fondée presque exclusivement sur la tradition latine postérieure au Moyen Age. » [31]

Après quelques décennies de pratique, notre avis sera plus nuancé. Si l’on regarde le statut du bréviaire dans le peuple chrétien avant les années 1960, nous devons reconnaître qu’un chemin énorme a été parcouru depuis ce temps. Il était, jusqu’alors pour les laïcs, un livre quelque peu mystérieux, réservé aux clercs, qui avaient l’obligation de le réciter. Aujourd’hui, nous pouvons dire que l’objectif le la Commission a été partiellement atteint.

Le passage à la langue vernaculaire (avec hélas, comme mentionnée plus haut, des traductions extrêmement libres et un certain manque de goût), l’allègement de la psalmodie, ont concouru à mettre l’Office dans les mains de beaucoup de chrétiens. Dans les pays d’expression francophone, Prière du Temps présent, équivalent actuel du Diurnale, est régulièrement réédité et continue de se vendre. Il est devenu la prière habituelle des retraites, des groupes de prière, et aussi la prière individuelle de beaucoup de chrétiens fervents ou engagés.

Le vœu de produire un office adapté à la célébration paroissiale ne s’est pas réalisé. L’Office divin semble le parent pauvre des offices paroissiaux, même s’il y a, ça et là, des tentatives de réciter vêpres et laudes en commun. Les vêpres dominicales qui, avec la messe, formaient les deux pôles du dimanche, sont, par contre, tombées en désuétude à peu près partout.

Malgré cela, nous sommes en droit de nous demander si pour arriver à ce résultat, un tel travail de remaniement et de rupture était nécessaire.

A notre sens, une troisième voie aurait été possible. Campbell rapporte des discussions dans le groupe, suite au désir de certains de distinguer un office destiné à la récitation par les clercs et un office plus « communautaire » destiné aux laïcs, ou à la célébration paroissiale. Cette idée n’a pas été retenue. L’idéal aurait peut-être été, à l’image de certains offices orientaux, d’aménager l’Office de 1960, en lui assignant des parties essentielles et des parties facultatives. Les offices d’Orient, à cet égard, auraient pu servir d’exemple. Ils comprennent généralement des éléments obligatoires et d’autres facultatifs. Cela permet le déploiement d’un office complet dans le cadre monastique, pontifical ou solennel, ou un office plus bref et plus sobre dans le cadre paroissial. Ces offices s’accompagnent généralement de rites particuliers, comme l’allumage de cierges, des encensements et des processions, qui sortent l’office d’une récitation trop statique.

Rien n’interdisait une telle option, qui n’a même pas été évoquée, mais qui aurait évité une cassure radicale.

Quelques phrases d’une personne non suspecte, le P. Patrick Prétot, directeur de l’Institut supérieur de liturgie de Paris, nous serviront de conclusion :

« Les pratiques rituelles venues de la tradition sont à mon avis un trésor que nous n’osons pas assez mettre en avant : nous cherchons du « nouveau » qui serait censé mieux correspondre aux mentalités de notre temps. Mais avant de vouloir inventer (et l’on sait combien ce mot est problématique quand on parle de rites), n’aurions-nous pas d’abord à faire confiance aux rites liturgiques transmis ? Ils ont formé des générations, puisque c’est la liturgie qui nous forme. » [32]

BIBLIOGRAPHIE

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BESANÇON A., La confusion des langues – La crise idéologique de l’Eglise, Calmann-Lévy, 1978, pp. 123-124.

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DE VOGÜE A., La Règle du Maître, 3 volumes (Sources chrétiennes 105-107) (Paris, Cerf, 1964-1965).

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EGERIE, Journal de voyage, éd. P. Maraval, (Sources chrétiennes 296 ; Paris, Cerf, 1952).

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Lectionnaire monastique de l’Office divin. A l’usage de l’abbaye Saint-Pierre de Solesmes, Tome I, Paris (Cerf, 1993) à Tome VII (Paris, Cerf, 1997).

LORANS A., « A propos du lectionnaire – Se libérer des préjugés faciles », dans Lettre à nos frères prêtres, Juin 2008, p. 5.

MARTIMORT A.-G., L’institutio generalis et la nouvelle Liturgia horarum, dans Notitiæ 64, mai-juin 1971, p. 219.

MATEOS J., « The Origins of the Divine Office » dans Worship 41 (1967), pp. 477-485

MATEOS J., « The Morning and Evening Office », dans Worship 42 (1963), pp. 31-47,

PRETOT P., « Se donner des repères pour avancer » dans : Célébrer 339, octobre 2005, p. 45.

ROGUET A.M., On nous change la religion (Cerf, 1959) pp. 91-92.

STOREY W., « The Liturgy of the Hours : Cathedral versus Monastery », dans : GALLEN J. (éd.), Christians at Prayer (Liturgical Studies), Notre Dame et Londres, University of Notre Dame Press, 1977, pp. 61-82.

The Study of Liturgy, ouvrage en collaboration, Ed. Ch. Jones, G. Wainwright, E. Yarnold SJ et P. Bradshaw (Londres, SPCK 1992), p. 399.

TAFT R., La Liturgie des heures en Orient et en Occident (Paris, Brepols, 1991).

WOOLFENDEN G., Daily Liturgical Prayer (Burlington, VT, Ashgate, 2004), p. 201.

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Notes :    (↵ reviens au texte)

  1. Liturgia Horarum juxta ritum romanum, 4 volumes (Typis Polyglotis Vaticana, Rome, 1971).
  2. Traductions françaises : La Liturgie des Heures, 4 volumes (Paris, Cerf, 1980) et Prière du temps présent (Paris, Cerf, 1980).
  3. The Study of Liturgy, ouvrage en collaboration, Ed. Ch. Jones, G. Wainwright, E. Yarnold SJ et P. Bradshaw (Londres, SPCK 1992), p. 399.
  4. EGERIE, Journal de voyage, éd. P. Maraval, (Sources chrétiennes 296 ; Paris, Cerf, 1952).
  5. BAUMSTARK, A., Liturgie comparée (Editions de Chevetogne, 1940).
  6. Ibid., pp.112-115.
  7. EGÉRIE, op. cit.,
  8. Voir à ce propos TAFT R., La Liturgie des heures en Orient et en Occident (Paris, Brepols, 1991), qui nous semble l’ouvrage le plus complet en la matière.
  9. DE VOGÜE A., La Règle du Maître, 3 volumes (Sources chrétiennes 105-107) (Paris, Cerf, 1964-1965).
  10. DE VOGÜE A., La Règle de saint Benoît, 7 volumes, (Sources Chrétiennes, 181-186, 7ème volume hors série) (Paris, Cerf, 1972-1977).
  11. CAMPBELL S., From Breviary to Liturgy of the Hours (Collegeville, MN, Pueblo Books, 1995, pp. 5-6.
  12. À cette époque, l’office férial, généralement plus long, devait constamment céder la place aux fêtes des saints, souvent plus bref. Le psautier du commun des saints revenait donc régulièrement, au détriment de la séquence des psaumes répartis sur les jours de la semaine. Notons également que les clercs devaient parfois préférer un commun des saints plus bref à un office ordinaire généralement plus long.
  13. On lira avec intérêt à ce propos l’article de J.A. JUNGMANN, « Why was Cardinal Quinonez’ Reformed Breviary a Failure ? » dans Public Worship, (London: Challoner, 1957), pp. 200-214.
  14. Breviarium Romanum ex Decreto SS. Concilii Tridentini restitutum… (4 volumes) (Tournai, Desclée, 1894).
  15. CAMPBELL, op. cit., pp. 11-14.
  16. WOOLFENDEN G., Daily Liturgical Prayer (Burlington, VT, Ashgate, 2004), p. 201. Voir également BAUMSTARK, Liturgie comparée, op.cit.
  17. Breviarium Romanum (Malines, Dessain, 1961).
  18. CAMPBELL, op.cit., pp. 16-28.
  19. CAMPBELL, op.cit., p. 214.
  20. Les psaumes 57, 82 et 108
  21. Les psaumes 77, 104 et 105 sont réservés aux samedis de l’Office des lectures aux temps de l’Avent, de Noël, du Carême et de Pâques.
  22. En fait, ce retranchement concerne toutes les éditions issues de Liturgia horarum, en latin comme en langue vernaculaire. Nous devons à la justice de mentionner que l’édition française a maintenu les versets imprécatoires entre crochets, alors que l’édition latine les a tout simplement omis. Les trois psaumes dont parle Martimort, quant à eux, ont tout simplement sombré dans l’oubli, quelle que soit l’édition.
  23. BESANÇON A., La confusion des langues – La crise idéologique de l’Eglise (Calmann-Lévy, 1978) pp. 123-124.
  24. ROGUET A.M., On nous change la religion (Cerf, 1959) pp. 91-92.
  25. LORANS A. , A propos du lectionnaire – Se libérer des préjugés faciles, dans Lettre à nos frères prêtres, Juin 2008, p. 5.
  26. Lectionnaire monastique de l’Office divin. A l’usage de l’abbaye Saint-Pierre de Solesmes, éd. De Solesmes. Tome I (Paris, Cerf, 1993) à Tome VII (Paris, Cerf, 1997).
  27. Lectures pour chaque jour de l’année, éd. de Solesmes. Vol. 1 (Paris, Cerf, 1994) à Vol. 4 (Paris, Cerf, 1995).
  28. Voir p.ex. STOREY W., « The Liturgy of the Hours : Cathedral versus Monastery », dans : GALLEN J. (éd.), Christians at Prayer (Liturgical Studies), Notre Dame et Londres, University of Notre Dame Press, 1977, pp. 61-82.
  29. TAFT, op.cit., p. 306
  30. Parmi eux, Herman Schmidt SJ et Juan Mateos SJ, consulteurs du Concile pour l’exécution de la Constitution de la sainte Liturgie. Les articles de MATEOS, « The Origins of the Divine Office » dans Worship 41 (1967), pp. 477-485 et « The Morning and Evening Office », dans Worship 42 (1963), pp. 31-47, furent écrits originellement en latin en tant que vota soumis au Concile.
  31. TAFT, op.cit., p. 306.
  32. PRETOT P., « Se donner des repères pour avancer » dans : Célébrer 339, octobre 2005, p. 45.

Bénédiction des œufs de Pâques

Dans l’ancienne discipline de l’abstinence quadragésimale, la consommation des œufs, comme de toute nourriture d’origine animale, était suspendue pendant tout le Carême et reprenait donc à Pâques. Beau symbole de la vie, l’œuf devint tout naturellement un symbole de la résurrection du Christ chez les chrétiens. Dès le IVème siècle, en Orient, les chrétiens apportaient des œufs à l’église à Pâques pour les faire bénir.

Comme l’apparition de la Benedictio ovorum (bénédiction des œufs de Pâques) dans les livres liturgiques latins semble dater du XIIème siècle, il se pourrait que la large diffusion de cet usage en Occident soit une conséquence directe des Croisades. On sait ainsi que le roi Edouard Ier d’Angleterre (1239 † 1307), qui avait pris la Croix le 24 juin 1268 et participé aux VIIIème & IXème croisades, avait fait recouvrir de feuilles d’or 450 œufs pour Pâques 1290, qu’il fit distribuer comme présents aux membres de la famille royale & aux familiers de sa cour. Très tôt, comme en Orient, les œufs sont peints et décorés en Occident (Rabelais y fait même allusion). La couleur qui revient le plus souvent dans les textes à partir du XVIème siècle est le rouge mais on note aussi le vert, le noir ou le bleu. La Satyre Ménippée, rédigée à l’occasion de la tenue des états généraux convoqués à Paris le 26 janvier 1593 par le duc de Mayenne, chef de la Ligue hostile à Henri IV, dans le but d’élire un roi catholique, indique qu’on avait interdit la vente des œufs de Pâques dans les rues de Paris (une chose bénite ne se vend pas).

Ce Samedi Saint, pendant que les femmes de la Schola Sainte Cécile répétaient pour leur concert du lundi de Pâques à Luxeuil, les chantres se sont mis à la réalisation des œufs de Pâques. En voici le résultat :

Bénédiction des œufs de Pâques à Paris

Les œufs ont été bénis à la fin de la Vigile Pascale & distribués aux paroissiens de Saint-Eugène – Sainte-Cécile.

Voici l’oraison de la bénédiction des œufs de Pâques au Rituel Romain, titre VIII, chapitre 14, inchangée depuis le XIIème siècle :

Subvéniat, quæsumus, Dómine, tuæ bene†dictiónis grátia huic ovórum creatúræ : ut cibus salúbris fiat fidélibus tuis, in tuárum gratiárum actióne suméntis, ob resurrectiónem Dómini Jesus Christi : Qui tecum vivit & regnat in sæcula sæculórum. Amen.

Que vienne, Seigneur, la grâce de ta bénédiction sur cette créature que sont les œufs. Qu’elle soit un aliment salutaire à tes fidèles, qui les consommeront pour te rendre grâce de la résurrection de notre Seigneur Jésus-Christ. Qui avec toi vit & règne pour les siècles des siècles.

Petit reportage photo sur la réalisation des œufs sur la page Facebook de la Schola Sainte Cécile.

Benoît XVI – L’esprit de la musique

Monsieur l’Abbé Iborra, vicaire à Saint-Eugène – Sainte-Cécile, a réuni un très intéressant corpus de textes de Sa Sainteté le Pape Benoît XVI sur la musique et m’a demandé d’en faire la préface. Afin de vous donner envie d’acheter cet ouvrage, je retranscrit ici cette préface.

« Au milieu des nombreuses études « ratzingériennes » qu’il conduit depuis plusieurs années, Monsieur l’Abbé Iborra a conçu l’excellente idée de réunir les différents textes du pape Benoît XVI sur la musique. A première vue, le corpus de textes très divers ainsi rassemblés, pour beaucoup de circonstances, ne se présente certes pas comme un traité de théologie systématique sur la musique en général, ni sur la musique sacrée en particulier. Pourtant, au fil de la lecture de ces différents textes, on découvre que la pensée de Benoît XVI va bien au-delà de la simple expression de sentiments mélomanes. Elle révèle une vision théologique profonde et originale de la valeur de la musique dans le plan de la Rédemption.

Beaucoup de ces textes sont des discours prononcés à l’issue de concerts offerts au Pape. On y lit bien sûr toute la délicate amabilité du Saint-Père envers les interprètes. On le sait musicien ; il n’est dès lors pas foncièrement surprenant – quoique ! – d’y trouver également des analyses musicales – parfois réellement techniques et précises – sur les œuvres qui viennent d’être interprétées devant lui, même si aucun pape ne s’était à ce point livré à cet exercice avant lui. En premier lieu, la grande variété, tant des interprètes que des œuvres jouées dans ces concerts, fournit au Pape l’occasion de souligner combien la musique est un langage universel, le seul selon lui à avoir échappé à la malédiction de la confusion des langues après la Tour de Babel, un langage sans paroles mais pourtant apte à réunir les hommes. A l’adresse des musiciens, le Pape ne manque pas alors de rappeler que la pratique de la musique induit forcément une expérience de communion : chanter ou jouer d’un instrument ensemble nécessite à la fois l’écoute des autres et aussi un nécessaire don de soi. En ce sens, pour le Pape, la pratique de la musique et du chant contient en elle une force éducatrice universelle pour les sociétés humaines.

Au cours de ses études d’anthropologie, le R.P. Marcel Jousse, s.j. (1886 † 1961) avait posé la démonstration que l’homme primitif ne savait que chanter, et que, par conséquence, le langage parlé n’était arrivé que postérieurement, par paresse en quelque sorte, étant donné l’économie énergétique des moyens qu’il mettait en œuvre par rapport au chant. On trouvera dans ces textes de Benoît XVI cette même idée originale qui souligne combien l’homme chantant exerce par la musique la plénitude de son expression, la pleine extension de sa communication, grâce au déploiement de tous ses moyens.

Une fois posé ces aspects civilisationnels, le Pape souligne combien cette force éducatrice de la musique entraîne l’homme vers l’accomplissement d’un objectif esthétique, la recherche du beau. Loin de nier la valeur de cet impératif esthétique, le Pape montre au contraire combien cette quête de l’harmonie sonore ne constitue de fait qu’une facette de la quête fondamentale de l’harmonie ontologique de l’homme avec Dieu, et, partant, avec les autres et avec le cosmos tout entier. Dieu seul est le souverainement bon et le souverainement beau, lui seul peut parfaitement répondre à la quête des universaux – καλὸς κἀγαθός – de la beauté et de la bonté qui est profondément inscrite au cœur de tout être humain.

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Instruction pour le passage de la liturgie parisienne à la liturgie romaine – 1874

Paris possédait au Moyen-Age ses traditions liturgiques propres ; aussi, lorsque le Pape saint Pie V promulgua sa bulle Quo primum tempore le 14 juillet 1570, les livres liturgiques de Paris, existants depuis plus de 200 ans, purent légitimement continuer à être utilisés. A dire vrai, ce « rit parisien » n’était qu’une variante locale du rit romain. Comme dans chaque diocèse de l’ancien empire de Charlemagne, le rit romain avait été adopté à Paris au IXème siècle. Cette adoption des livres romains concernait l’ordonnance générale de la messe, – le canon en particulier -, les pièces chantées de l’antiphonaire et du graduel, le cursus de l’année et le choix des leçons scripturaires à la messe. Les prières secrètes du prêtres (à savoir les prières avant la messe, celles au bas de l’autel, celles de l’offertoire, celles d’avant la communion, celles des ablutions et celles d’après la messe) n’étaient à cette époque pas totalement fixées, et une certaine variété existait d’un diocèse à l’autre. Le détail du cérémonial, de même, variait au sein de l’espace carolingien. Au cours du Moyen-Age, la plupart des diocèses occidentaux utilisant le canon romain ont peu à peu cristallisé leurs traditions propres, formant de nouveaux rits – le rit parisien, le rit de Sarum, le rit lyonnais, le rit de Braga, le rit de Nidaros, etc, etc… – qui ne sont après tout que le même rit romain à l’usage de Paris, de Sarum, de Lyon, de Braga ou de Nidaros.

Le rit romain que nous connaissons actuellement est l’héritier de la liturgie telle qu’elle était pratiquée par la curie romaine lors de l’exil en Avignon, usage alors fortement influencé par les franciscains. Il s’agit d’un rit simplifié et rendu pratique pour un corps administratif qui n’avait plus à sa disposition les vastes basiliques romaines pour se déployer. L’étude des divers usages diocésains européens est intéressante, car elle nous livre souvent des états plus anciens des cérémonies du rit romain. L’usage de Paris par exemple fournit de nombreux exemples – dans le déploiement des cérémonies en particulier – d’anciennes traditions authentiquement romaines (les vêpres stationnales du jour de Pâques en constituent un type parfait), souvent de saveur antique (comme le baiser de l’évangéliaire après le chant de l’évangile par tous les membres du chœur) qui ont cessé d’être pratiquées à Rome même.

Paris a abandonné son rit au cours du XIXème siècle, en raison de l’uniformisation liturgique qui triomphait alors en faveur du rit romain. Ce passage vers la liturgie romaine ne s’est pas accompli brutalement ; au contraire, une quarantaine d’années se sont écoulées entre la prise de décision du changement de rit en son entrée en vigueur. Diverses instructions épiscopales l’ont progressivement accompagné qui ont établi les étapes nécessaires, en précisant ce qui pouvait ou devait être maintenu des antiques traditions parisiennes.

Sans entrer ici dans le détail de l’étude du rit parisien et de ses évolutions néo-gallicanes à partir de la fin du XVIIème siècle, étude sans doute trop vaste pour la nature de ce blog, il peut être intéressant de fournir au lecteur un état de ce qui doit être conservé des anciennes pratiques parisiennes selon une instruction de 1874 dont voici le texte. Parmi les nombreux points de détails abordés par l’instruction, on notera par exemple le chant de l’O salutaris hostia à la consécration, la possibilité de recourir à de simples clercs ou laïcs (les « induts ») pour servir comme diacres ou sous-diacres, le maintien de l’usage des chapes pour les chantres, même laïcs, tant aux vêpres qu’à la messe, etc… Le détail des positions du chœur (dont l’ordonnance générale est foncièrement romaine du reste) est aussi d’une rare précision, qui pourrait se résumer rapidement par l’énoncé de la simple règle suivante : on est tourné vers l’Autel pendant les oraisons, en Chœur lorsqu’on chante.

Outres les notes de l’instruction, je me suis permis d’insérer quelques annotations afin que le lecteur puisse saisir quelques unes des modifications évoquées.

*

Instruction pour faciliter aux prêtres du diocèse de Paris le passage de la liturgie parisienne à la liturgie romaine, imprimée par ordre de Son Eminence Mgr le Cardinal Guibert, archevêque de Paris. Paris, Adrien Le Clerc & Cie, 1874.

CHAPITRE PREMIER.
DE QUELQUES CEREMONIES ET USAGES PARTICULIERS AU DIOCESE DE PARIS

1. – Cet article comprend les points sur lesquels on est autorisé à s‘écarter des divers Cérémoniaux ; ce sont ceux qui ont pour objet : 1° les privilèges accordés par le Saint-Siège au diocèse de Paris ; 2° les usages conformes à l’esprit de l’Eglise et qui sont præter et non contra rubricas, selon l’expression des auteurs ; 3° enfin les questions laissées à la libre discussion des rubricistes et sur lesquelles nous n’admettons pas l’opinion adoptée par l’un ou l’autre des Manuels de Cérémonies les plus répandus. Dans le choix de ces opinions, nous suivrons autant que possible le principe admis par la Commission du Cérémonial : Dans les questions controversées entre les rubricistes romains, on devra adopter l’opinion conforme à ce que prescrivait le Cérémonial parisien.
Un cérémonial fait pour l’Eglise universelle, quelque parfait qu’on le suppose, n’a pas à entrer dans ces détails qui ne regardent qu’un diocèse en particulier.

ARTICLE PREMIER
Des choses nécessaires au saint Sacrifice.

§ 1. DE L’AUTEL ET DE SES ORNEMENTS.

2. – On n’aura rien à changer à la forme des nappes et des parements de l’autel ;
3. – On conservera les chandeliers égaux en hauteur.[1]
4. – Le tabernacle où réside le Saint-Sacrement doit être couvert d’un voile de couleur blanche[2] ; il est à désirer que les deux parties du voile qui couvrent le devant du Tabernacle soient maintenues séparées pendant la messe pour faciliter l’ouverture de la porte au moment de la communion des fidèles. On peut aussi les laisser séparées, même en dehors de la Messe, si la porte est très ornée ou en métal doré.
5. – Il est interdit de couvrir d’un voile noir le Tabernacle où réside le très-saint Sacrement.[3]

§ 2. DES ORNEMENTS SACERDOTAUX ET DE L’HABIT DE CHŒUR.

6. – Les chasubles, dalmatiques, tuniques, étoles, manipules, chapes, etc., conserveront la forme admise jusqu’ici[4] ; il en sera de même de la pale, à l’exception de celles qui sont recouvertes en noir et qui demeurent interdites. On remplacera les noires par des pales blanches des deux côtés, ou recouvertes en violet sur l’une de leurs faces.
7. – L’habit de chœur en été (c’est-à-dire depuis les Complies du Samedi-Saint inclusivement jusqu’aux Complies du jour de l’octave de S. Denis) consistera en une barrette telle qu’elle a été portée depuis l’ordonnance de 1840 et un surplis à grandes manches. La largeur de ces manches sera la même dans toute leur longueur. (On trouvera le modèle au Séminaire de Saint-Sulpice.) Elles ne devront pas être plissées.
8. – Depuis le lendemain de l’Octave de S. Denis[5] jusqu’aux Complies du Samedi-Saint exclusivement (et aux Matines de Pâques, si on les chante de grand matin), on portera l’habit de chœur d’hiver ; il est le même que celui d’été, auquel on surajoute un camail de drap semblable à la mozette des Chanoines. Les Ecclésiastiques de la banlieue, que leurs fonctions obligent souvent à des courses assez longues, sont autorisés à porter le camail à capuchon, tel qu’il a été en usage jusqu’ici.
9. – Le rochet à manches étroites, exclusivement réservé aux Prélats et aux Chanoines, ne sera jamais porté au Chœur, aux Offices, ni en chaire, par ceux qui ne sont pas Chanoines.
10. – Les prédicateurs, qui ne sont pas Chanoines, se serviront du surplis à grandes manches et sans camail.
11. – Le rochet sans manches pourra être porté sous la chape, au confessionnal et lorsqu’on ira administrer un malade, mais on ne s’en servira jamais au Chœur.
12. – Ce rochet sans manches sera le seul permis aux laïques dans les fonctions qu’ils ont à remplir à l’église ou à la sacristie, à l’exception de celui qu’on sera dans la nécessité de charger des fonctions de Cérémoniaire.
13. – Le costume de MM. les Curés sera déterminé dans le Cérémonial ; ils continueront en attendant à porter l’étole comme marque distinctive de leur dignité.
14. – Les enfants de chœur conserveront jusqu’à nouvel ordre le costume qu’ils portent actuellement.[6]
15. – On conservera l’usage de donner des chapes pendant la grand’Messe aussi bien qu’aux vêpres aux chantres qui sont tonsurés, et même à ceux qui ne le sont pas, s’ils sont autorisés à porter la soutane dans la Communauté où ils sont admis.[7]
16. – Les autres chantres ne pourront être revêtus que de la soutane et du rochet sans manches.[8]
17. – Les chantres en chape observeront à la messe les règles prescrites aux chantres dans le Cérémonial. Quel que soit leur ordre ou leur dignité, ils ne se promèneront plus dans le Chœur ni pendant la Messe chantée.[9]

§ 3. DES CEREMONIES ET USAGES PENDANT LA MESSE CHANTEE.

18. – Le Sous-Diacre et les Acolytes sont debout pendant que le Diacre va porter la bourse. A l’autel à l’Oblation du calice, le Diacre le soutient avec la main droite.
19. On conservera l’usage de chanter l’O salutaris hostia pendant l’Elévation. Outre le motif tiré de son antiquité et des circonstances qui l’ont fait établir[10], cet usage a de plus en sa faveur un décret de la Sacrée Congrégation des Rites ainsi conçu : « An in Elevatione SS. Sacramenti, in Missis solemnibus, cani possit Tantum ergo etc. vel aliqua antiphona tanti Sacramenti propria ? ad 6 Affirmative et amplius. »
20. – Le Sous-Diacre ne salue pas le chœur quand il va porter la paix, ni quand il retourne à l’Autel, à cause de la présence du Saint-Sacrement. Celui qui donne la paix approche sa joue gauche de la joue gauche de celui qui la reçoit, sur les épaules duquel il met les mains, tandis que celui qui la reçoit met les siennes sous les coudes de celui qui la donne.
21. – Le Sous-Diacre va lui-même prendre le livre pour le porter au coin de l’Evangile, quand on ne dit pas celui de S. Jean à la fin de la Messe.
22. – Le Célébrant et les ministres ne saluent le Chœur que lorsqu’ils y entrent ou qu’ils en sortent.
23. – On chantera l’Epître et l’Evangile aux endroits où on les a chantés jusqu’ici ; le livre sera placé sur un pupitre, et le Sous-Diacre posera ses mains sur les bords du livre, au lieu de les tenir jointes. Il en sera de même à l’Evangile, pendant lequel il se placera derrière le pupitre. Il ne fera ni les inclinations ni les génuflexions que doit faire le Diacre en diverses circonstances.[11]
24. – En se rendant au lieu où l’on chante l’Evangile, le Sous-Diacre précèdera le Diacre, au lieu de se mettre à sa gauche.
25. – Tous les ministres se tiennent debout pendant que le Diacre se rend à la crédence et jusqu’à ce qu’il soit revenu s’asseoir à côté du Célébrant, après avoir placé le corporal sur l’Autel.
26. – Quand il y aura Offrande, elle aura lieu immédiatement après la lecture de l’Offertoire, et le Célébrant présentera à baiser aux fidèles, non la patène, mais un crucifix ou un instrument de paix.[12]
27. – Vers la fin de la Préface, le Sous-Diacre fait une génuflexion en même temps que le Diacre et monte à l’Autel, à la gauche du Célébrant ; là il récite le Sanctus ; après quoi il tourne, avec la main gauche, le feuillet du Missel, s’il en est besoin, fait la génuflexion conjointement avec le Diacre et retourne à sa place.
28. – Après avoir versé les ablutions et remis les burettes à l’Acolyte, le Sous-Diacre passe du côté de l’Evangile, sans mettre le purificatoire sur les doigts du Célébrant.
29. – Quand on doit donner la communion, deux des porte-flambeaux accompagnent le Célébrant.
30. – Si l’on dit un autre Evangile que celui de S. Jean, à la fin de la Messe, le S.-Diacre va prendre le Missel sur l’Autel et le transporte au côté de l’Evangile.
31. Aux Doubles de 1re et de 2e classe, on pourra admettre les Induts à la grand’Messe, mais à la condition : 1° qu’ils seront Clercs ou autorisés à porter la soutane dans la Communauté où ils sont admis, et 2° qu’ils ne feront aucune des fonctions que les Rubriques réservent au Diacre et au Sous-Diacre[13].

§ 4. AUX VEPRES

32. – Aux Vêpres, on doit prendre la chape dès le commencement, ou si on ne la prend pas, on ne peut encenser au Magnificat. Néanmoins, aux Doubles majeurs et au-dessous, mais non aux Doubles de 1re et de 2e classe, on pourra jusqu’à nouvel ordre conserver la coutume établie de ne prendre la chape que pour l’encensement ; la raison en est que cette coutume est immémoriale, et que d’un autre côté il existe un décret de la Sacrée Congrégation, 1er septembre 1607, Theatinor., n°208, ainsi conçu : An (Theatinorum) hebdomadarius, quando celebrat Vesperas, debeat accipere pluviale a principio Vesperarum, illudque, durantibus Vesperis, usque ad finem retinere, vel satis sit illud accipere ad Capitulum, et retinere usque ad finem Vesperarum, prout deferendum ad Vesperes, respondit, servandam esse eorum consuetudinem.
33. – Les Versets etc. non chantés, mais joués par l’orgue, doivent être récités, ou par un chantre qui les lit à haute voix, ou par chaque particulier obligé à l’office.
34. – Les Antiennes seront annoncées par un seul chantre, conduit par le Cérémoniaire (Cærem. Episc. l. II, c. 1, n° 7 et seq.), à l’exception de celle qui doit être annoncée à l’Officiant : celle-ci exige la présence de tous les Chapiers.
35. – Le 1er Verset de chaque Psaume est entonné par les chantres, et le côté du Chœur opposé à celui qui a entonné l’Antienne, reprend le second Verset.
36. – Dans les Eglises où le Clergé est nombreux, on peut employer deux thuriféraires pour l’encensement du Chœur au Magnificat.
37. – On dira le Fidelium animæ après le Benedicamus Domino, à la fin des Vêpres, quoiqu’elles soient suivies d’un Salut du Saint-Sacrement.
38. – Aux Vêpres à la suite desquelles on doit donner la Bénédiction du Saint-Sacrement, l’Officiant prendra l’étole sur le surplis et sous la chape.

ARTICLE II.
Des cérémonies générales du Chœur.

39. – Le mot Révérence s’appliquant à toute espèce de salutation, les Liturgistes supposent les règles suivantes, quand ils prescrivent de faire la révérence convenable.

§ 1. DES GÉNUFLEXIONS.

40. – La génuflexion à deux genoux (ou prostration) est prescrite quand on passe devant le Saint-Sacrement présent sur l’Autel, ou exposé sur le Trône, ou enfermé dans le Tabernacle du reposoir, le Jeudi saint et le Vendredi avant la Procession.
41. – La génuflexion simple se fait :
1° Quand on passe devant le Tabernacle où l’on conserve le Saint-Sacrement ;
2° Quand on passe devant la relique de la vraie Croix exposée à la vénération des Fidèles.
3° Aux mots : Flectamus genua.
4° A Venite adoramus et procidamus de l’Invitatoire.
5° Lorsqu’on prononce à l’Epître ou à l’Evangile des paroles pour lesquelles la Rubrique ordonne la génuflexion, par ex. Et procidentes, adoraverunt eum.
6° A Verbum caro factum est.
7° Devant la Croix, pendant la durée des Offices, depuis l’entrée jusqu’à la sortie du Chœur inclusivement.[14]
42. – Les chanoines, le Célébrant et ses assistants s’ils sont en chape, quand ils saluent la Croix en même temps que lui, sont seuls exceptés et ne font qu’une inclination ; à la Messe le Diacre et le Sous-Diacre font une génuflexion en accompagnant le Célébrant à l’Autel pour l’Encensement, et aussi après la Messe, à l’absoute des défunts.
43. – 8° Le Vendredi saint, sans aucune exception pour personne, à partir du moment où la Croix est découverte.
44. – 9° Lorsqu’à la fin d’une leçon, on prononce ces paroles : Tu autem etc. Cette génuflexion tient lieu de la salutation qu’on devrait faire en quittant le pupitre.
45. – 10° Quand on passe devant l’évêque du Diocèse (Cette génuflexion sera remplacée, jusqu’à nouvel ordre, à Paris, par une inclination profonde).

§ 2. DES INCLINATIONS.

46. – L’inclination profonde se fait : 1° à la Croix en dehors des Offices ; 2° pendant le Confiteor, à Prime et à Complies.
47. – L’inclination médiocre se fait quand on salue les Supérieurs, les égaux et le Chœur.
48. – L’inclination de tête se fait : 1° au mot Trinitas, quand les trois Personnes sont nommées par leurs noms propres et dans l’ordre des processions divines ; ainsi elle n’a pas lieu à la doxologie : Jesu, tibi sit… cum Patre et almo Spiritu.
2° Au saint nom de Jésus.
3° A ces mots du Gloria in excelsis Deo : Adoramus te, Gratias agimus, Suscipe deprecationem nostram.
4° Pendant le Symbole à Deum, Homo factus est, Adoratur.
5° Aux mots Deo nostro du Gratias agamus de la Préface.
6° Au Gloria Patri.
7° Aux doxologies des hymnes où les Trois Personnes de la sainte Trinité sont nommées, comme il a été dit plus haut.
8° Aux noms de la Sainte Vierge, du Saint dont on fait la Fête ou une Mémoire proprement dite, et non aux Suffrages.
9° Aux mots : Sanctum et terribile nomen ejus ;
Sit nomen Domini benedictum ;
Non nobis Domine, etc.;
Sed nos qui vivimus, benedicimus, etc.
Deus misereatur nostri et benedicat nobis.
Benedicat nos Deus.
Benedicamus Patrem, etc., à la fin du Benedictite omnia opera.
10° Au nom du Souverain Pontife.

§ 3. DE L’ENTREE AU CHŒUR ET DE LA SORTIE.

49. – L’entrée du Clergé au Chœur en procession n’a lieu qu’aux grandes solennités : obligatoire pour les Chapitres ces jours-là, elle n’est que de conseil dans les autres Eglises. Elle se fait ainsi : en tête se trouvent deux Acolytes avec leurs cierges allumés ; après eux, viennent deux à deux les divers membres du Clergé, tenant la barrette des deux mains ; après avoir fait à l’Autel la révérence convenable, ils se saluent réciproquement, se rendent à leurs places en ayant soin de ne pas passer devant de plus dignes, et se mettent à genoux dès que tout le monde est arrivé.[15]
50. – En dehors des plus grandes solennités, le Clergé se rend au Chœur comme il veut ; néanmoins dans les Eglises où il est d’usage que tous se rassemblent en un même lieu pour, de là, se rendre au Chœur, on se conduit comme à l’entrée solennelle, avec cette différence que la Croix et les cierges ne précèdent pas, que les plus dignes marchent les premiers et qu’on fait quatre à quatre la révérence à l’Autel, si le Clergé est nombreux.
51. – Celui qui entre au Chœur quand l’Office est commencé ou qui en sort avant la fin[16] fait la génuflexion prescrite en passant devant le Tabernacle, salue ensuite le Célébrant et le Chœur, en commençant par le côté le plus digne (celui où se place le plus haut dignitaire du Clergé), se rend à sa place, en ayant soin de ne pas passer devant de plus dignes, et se conforme immédiatement à ce que fait le Chœur.
52. – Tous ceux qui sont d’un ordre égal ou inférieur à celui qui salue le Chœur, rendent le salut (les Chanoines exceptés, qui ne saluent pas un simple Prêtre) ; tous se lèvent pour rendre le salut au Curé ou au Supérieur du lieu.
53. – Les saluts au Chœur s’omettent 1° devant le Saint-Sacrement exposé, 2° depuis l’Elévation jusqu’après la Communion, 3° aux Offices des défunts[17].
54. – On ne doit pas jamais marcher dans le Chœur pendant qu’on y chante quelque parole à laquelle il faut s’incliner, par ex. Gloria Patri, et on s’arrête jusqu’à ce qu’elle soit terminée.
55. – On agit de même quand le chœur est momentanément à genoux ou tourné vers l’Autel, et pendant que chante le Célébrant.
56. – On a la tête entièrement découverte :
1° Devant le Saint-Sacrement présent sur l’Autel, ou exposé sur le Trône, ou porté en Procession ; 2° quand on fait le génuflexion ; 3° quand on chante seul ou si l’on entonne avec un autre ; 4° quand on est encensé ; 5° quand on reçoit l’eau bénite ; 6° pendant l’Evangile ; 7° lorsqu’on donne ou reçoit la paix, qu’on adore les Croix, qu’on fait la sainte Communion, qu’on reçoit les Cendres, les Rameaux, les Cierges à l’Autel, etc.
57. – On se couvre la tête avec la barrette :
1° Toutes les fois qu’on est assis, en ayant soin de se découvrir chaque fois que l’on s’incline. 2° Aux Processions hors de l’Eglise, pourvu qu’on n’y porte ni le Saint-Sacrement, ni la vraie Croix.
58. – On s’incline, et on se découvre aux moments indiqués ci-dessus.
59. – Quand on est découvert, il faut garder la barrette à la main et ne pas la déposer sur les stalles ou ailleurs.
60. – On peut garder la calotte pendant tous les Offices, à l’exception des moments indiqués plus haut.

§ 4. ORDRE DU CHŒUR PENDANT LA MESSE CHANTEE.

61. – Quand tout le Clergé est entré au Chœur, on se met à genoux et on se lève au signal donné par celui qui préside.
62. – Au commencement de la Messe, on se met à genoux, à moins qu’on ne fasse partie d’un Chœur chargé de chanter, par ex. dans un Séminaire. Dans ce cas, on demeure debout et tourné en Chœur[18]. Les Prélats et les Chanoines dans leur Eglise demeurent également debout au commencement de la Messe.
63. – Quand le Célébrant monte à l’Autel, on se lève.
64. – Quand le Célébrant s’assied, ou, s’il demeure debout, dès que le Kyrie est entonné, on s’assied.
65. – A l’intonation du Gloria in excelsis, on se lève et on se tourne du côté de l’autel.
66. – Après l’intonation, on se tourne en Chœur.
67. – Quand le prêtre a fini de réciter le Gloria, on s’assied.
68. – Après l’Amen du Gloria, dans les Eglises où le Chœur est derrière l’Autel, et à Cum S. Spiritu, dans les autres, on se lève et on se tourne vers l’Autel.
69. – Après l’Amen de la dernière Collecte, on s’assied.
70. – A l’Evangile, on est debout et tourné vers le Diacre.
71. – A l’Intonation du Credo, on est tourné vers l’Autel. Pendant tout le Credo, on restera debout et tourné en Chœur, selon le louable usage de Paris ; (ceux qui sont dans les stalles s’appuieront sur la miséricorde, comme il a été dit plus haut).
72. – Au Dominus vobiscum, on se tourne du côté de l’Autel.
73. – Après l’intonation de l’Offertoire, on s’assied.
74. – A l’Encensement, on se tient debout et tourné en Chœur[19].
75. – A la Préface, dès que l’Encensement est fini, on se tourne vers l’Autel.
76. – Après l’Intonation du Sanctus, on se met à genoux ; si le chœur chante, il demeure debout et tourné face à face jusqu’à l’Elévation. Il en est de même des Chanoines.
77. – Après l’élévation du Calice, on se lève et on demeure debout tourné en Chœur jusqu’à la fin du Benedictus[20], et alors on se tourne vers l’Autel.
78. – A l’Agnus Dei, on se tourne en Chœur.
79. – Après l’Agnus Dei jusqu’à l’intonation de l’Antienne de la Communion, on demeure tourné vers l’Autel.
80. – Quand il y a communion du clergé, tous ceux qui doivent la recevoir sont à genoux pendant le Confiteor qui la précède. Ils doivent donc, autant que possible, se rendre au milieu du Sanctuaire ou du Chœur avant la récitation du Confiteor.
81. – Après l’intonation de l’Antienne de la Communion, on s’assied.
82. – Au Dominus vobiscum, on se lève et on demeure tourné vers l’autel jusqu’à la Bénédiction.
83. – A la bénédiction du Prêtre, on se met à genoux, à l’exception des Prélats et des Chanoines.
84. – Pendant le dernier Evangile, on demeure debout, excepté à Verbum caro factum est, où l’on fait une génuflexion.
85. – S’il y a un Office immédiatement après la grand’Messe, ceux qui n’y restent pas s’en vont après l’intonation du premier Psaume et sans se mettre à genoux.
86. – Si la messe n’est pas suivie d’un autre Office, le Chœur se met à genoux avant le départ, qui a lieu au signal donné par celui qui préside.
87. – NOTA. Aux Messes des Défunts, des Féries de l’Avent et du Carême, des Quatre-Temps et des Vigiles où l’on ne jeûne plus, aussi bien qu’à celles où le jeûne est encore observé, on est à genoux, comme aux autres Messes, et de plus, pendant les Oraisons (à l’exception de celles qui se disent après les Leçons qui précèdent quelquefois l’Epître[21]), depuis le Sanctus jusqu’à l’Agnus Dei et aux Postcommunions[22].
Sont exceptées de cette règle les Vigiles de Noël, de l’Epiphanie, de Pâques, de l’Ascension, de la Pentecôte et les Quatre-Temps de la Pentecôte[23].

§ 5. ORDRE DU CHŒUR AUX VEPRES.

88. – Pendant l’Aperi, on est à genoux.
Quand l’Officiant se rend à son siège et s’assied, on s’assied.
Pendant le Pater, l’Ave et jusqu’à l’Alleluia ou Laus tibi… inclusivement, on est debout tourné vers l’Autel.
A Deus in adjutorium, on fait sur soi le signe de la croix.
Depuis la première Antienne et jusqu’au Capitule, on est tourné en chœur, ou face à face et appuyé sur la miséricorde, si l’on a une stalle, excepté quand se lève celui auquel on porte une Antienne : car alors tous ceux qui sont du même côté se lèvent aussi, à moins qu’ils ne soient d’un ordre supérieur. (Les Chanoines ne se lèvent pas non plus, s’il s’agit d’un simple prêtre.)
89. – Pendant le Capitule, on se lève et on se tourne vers l’Autel.
Pendant l’Hymne, on est debout et tourné en chœur, à l’exception des strophes suivantes : première strophe du Veni Creator et de l’Ave maris stella, O Crux ave du Vexilla, O salutaris, et au Tantum ergo (si le Saint-Sacrement est dans le tabernacle), pendant lesquelles on est à genoux.
Pendant l’Antienne du Magnificat, on est assis.
A l’intonation du Cantique de la sainte Vierge, on fait un signe de croix sur soi-même.
Pendant le Magnificat, on est debout, sans s’appuyer sur la miséricorde.
Pendant l’Antienne après le Magnificat, on est assis, à moins que l’encensement du Clergé ne soit pas terminé ; les Prêtres même peuvent alors s’asseoir, s’il n’y a plus à encenser que les simples clercs.
(Aux grandes Prières fériales et aux Prières pour les défunts, ainsi qu’à leur Oraison, on se tient à genoux.)
A l’Oraison, on est debout et tourné vers l’Autel.
Pendant le chant des Mémoires, on est debout tourné en Chœur.
Pendant les Oraisons des Mémoires, on est tourné vers l’Autel.
Au Benedicamus Domino et jusqu’à la fin de l’Office, on est debout et tourné en Chœur. Pendant l’Antienne à la sainte Vierge, comme à Complies (n°94).
Avant de partir, si les Complies ne se disent pas immédiatement après, on se met à genoux.

§ 6. ORDRE DU CHŒUR A MATINES ET AUX HEURES.

90. – Aux Matines et aux autres Heures, on agit comme aux Vêpres, avec ces différences :
91. – A MATINES. A ces mots de l’Invitatoire : Venite, adoremus et procidamus ante Deum, on se met à genoux.
Après la dernière Antienne de chaque Nocturne, on est debout et tourné vers l’Autel.
A l’Absolution et à la première Bénédiction de chaque Nocturne, on est debout et tourné en Chœur.
Aux Leçons et aux Répons, on est assis.
A la Leçon tirée de l’Evangile, jusqu’à et reliqua, on se tient debout et tourné vers le lecteur. On agit de même à la Leçon chantée par l’Officiant.
A Te ergo, quæsumus, jusqu’après redemisti, on se tient à genoux.
A LAUDES, on agit comme aux Vêpres ; en outre, au verset Benedicamus Patrem et Filium cum sancto Spiritu, on se découvre et on s’incline.
A l’Antienne de la sainte Vierge, comme à la fin de Complies, ci-après n°94.
92. – AUX PETITES HEURES. Au Répons bref, on est debout et tourné en Chœur.
Au Verset avant l’Oraison et pendant l’Oraison qui n’est pas précédée des grandes prières fériales, on est debout tourné du côté de l’Autel.
Aux Grandes Prières fériales et à l’Oraison qui les suit, on se tient à genoux.
A la lecture du Martyrologe et de la Leçon brève, à Prime, on est assis.
93. – A COMPLIES. Au Jube domne, on est debout et tourné vers l’Autel.
A la Leçon brève, on est debout et tourné en Chœur.
A l’Adjutorium, jusqu’au Confiteor, on est tourné vers l’Autel et debout.
Au Confiteor, on est debout et tourné en Chœur, incliné, et tourné vers l’Officiant à Tibi, Pater, et Te, Pater.
A Converte nos, on se tourne vers l’Autel et on fait un signe de croix sur son cœur.
A l’imposition de l’Ant. Miserere ou à l’Alleluia, on se tourne en Chœur.
Après l’intonation du premier Psaume, on s’assied.
A l’Hymne, on est debout tourné en Chœur.
Au Capitule, on se tourne vers l’Autel.
A l’In manus tuas, on se tourne en Chœur.
A Nunc dimittis, il convient de faire sur soi le signe de la croix.
A l’Oraison, on se tourne vers l’Autel ; mais s’il y a des Prières aux Vêpres, on est à genoux depuis le Kyrie des Prières jusqu’à la fin de l’Office.
94. – Pendant l’Antienne finale à la sainte Vierge, l’Oraison et les Prières qui suivent, on est debout et tourné vers l’Autel, au Temps pascal et à tous les Dimanches de l’Année, depuis les premières Vêpres, le samedi, (même quand elles se disent avant midi, comme en Carême) jusqu’au crépuscule du Dimanche soir, lors même qu’on réciterait les Laudes du Lundi.
Cette Antienne se dit à genoux, tous les jours de la semaine en dehors du temps pascal, quand même on dirait l’Office d’un Dimanche ou qu’on célébrerait une des plus grandes fêtes, Noël par exemple ou l’Assomption.[24]

§ 7. AUX SALUTS ET AUX OFFICES EN PRESENCE DU SAINT SACREMENT EXPOSE[25].

95. – Aux Saluts. Depuis le moment où l’on ouvre le tabernacle jusqu’à celui où l’on y remet le Saint-Sacrement, on est à genoux, sauf pendant les Proses et autres prières en l’honneur de la Sainte Vierge, des Saints, etc., pendant lesquelles on est dans l’usage à Paris d’être debout.
Pendant le Tantum ergo et le Pange lingua, si on le chante, on est à genoux et de plus on s’incline profondément jusqu’à cernui ; mais l’inclination cesse dès que ce mot a été prononcé une fois, quand on le chante en musique.
Si on chante le Te Deum, on demeure debout, à l’exception du moment où l’on dit le verset Te ergo quæsumus pendant lequel on se met à genoux.
Aux Versets et aux Oraisons qui suivent les prières pendant lesquelles on est debout, on se tourne du côté de l’Autel.
Pendant la Bénédiction, on est à genoux et profondément incliné ; on reste à genoux jusqu’à ce que le Saint-Sacrement soit remis dans le tabernacle.

ARTICLE III.
Propre du Temps.

On suivra le Cérémonial pour le Propre du Temps, quand l’Ordo n’aura rien déterminé.

§ 1. DES TROIS DERNIERS JOURS DE LA SEMAINE SAINTE.

96. – Les trois derniers jours de la Semaine Sainte, on célébrera la Messe et l’Office même dans les Chapelles de Communauté, si l’on peut réunir les trois enfants de chœur qu’exige le Manuel de Benoît XIII pour les petites églises ; si l’on n’a pas de chantres, le Célébrant récitera les prières ; si l’on ne peut réunir ces trois clercs, on se bornera à une Messe basse le Jeudi Saint, et on ne fera aucun Office les deux jours suivants.
97. – Aux Ténèbres, les chantres commencent eux-mêmes les Antiennes, parce qu’elles ne doivent pas être annoncées.
98. – La Rubrique exige que les cierges soient de cire jaune[26].
99. On suivra le Cérémonial du P. Levavasseur pour les cérémonies des grandes et des petites églises, sauf ce qui suit.

§ 2. JEUDI SAINT.

100. Il n’y a de droit commun qu’une seule Messe et elle se chante solennellement. Tout le Clergé y communie de la main du Célébrant ; mais à Paris le nombre des Fidèles dans chaque paroisse et l’exiguïté d’un grand nombre d’églises rendent impraticable l’observation de cette Rubrique. Aussi Son Eminence accorde-t-elle, en vertu des pouvoirs qu’Elle a reçus, l’autorisation de faire dire une ou deux Messes basses dans chaque Paroisse, laissant à MM. les Curés le soin de déterminer l’heure à laquelle elles se diront, à la condition toutefois qu’elles ne seront pas célébrées après la Messe solennelle.
101. – Si quelques-uns de MM. les Curés croient que, vu le nombre des Communiants et l’exiguïté de leur église, deux Messes basses ne peuvent suffire au besoin des Fidèles, ils devront s’adresser à Son Eminence, qui examinera quel nombre de Messes il est nécessaire de leur accorder.
102. – Après la Communion, le Célébrant conservera un nombre suffisant d’hosties pour les malades qui auraient besoin de communier en Viatique. Cette réserve de la sainte Eucharistie sera déposée dans le tabernacle du reposoir et derrière le Calice qui contient la sainte Hostie réservée pour le lendemain.
103. – Le Reposoir sera décoré aussi magnifiquement que possible, orné de tentures blanches et rouges (et non de couleur noire ou violette), garni de fleurs et de cierges allumés, comme aux reposoirs de la Fête-Dieu ; il n’y aura ni reliquaires ni images de Saints ou de la Sainte Vierge.

§ 3. VENDREDI SAINT.

104. – Après la Messe des présanctifiés, le Vendredi Saint, on enlève la réserve de la sainte Eucharistie, si on l’a placée la veille dans le tabernacle, on la porte sans solennité dans le tabernacle de la Sacristie ou d’une autre chapelle et on enlève tous les ornements qui décoraient la chapelle de l’exposition. C’est ainsi que le veut le Rit Romain.
105. – Mais si l’on considère la multitude de Fidèles qui se font un devoir de visiter ce jour-là le Saint-Sacrement au reposoir ; si, de plus, on réfléchit sur la fâcheuse impression que, par le fait, l’observation du Rit Romain a produite sur les fidèles lorsque, il y a deux ans, une paroisse de Paris crut devoir le suivre, on restera convaincu que le passage brusque du Rit Parisien au Rit Romain dans cette circonstance est absolument impraticable ; il faut donc préparer insensiblement les Fidèles. Aussi Son Eminence a ordonné de faire cette année comme les années précédentes ; c’est-à-dire de laisser la réserve de la sainte Eucharistie dans le tabernacle du reposoir jusqu’au Vendredi soir ou au Samedi matin, selon l’usage de chaque Eglise, et de déposer en outre sur un coussin l’image de N.S. en croix que les fidèles pourront baiser. Elle verrait aussi volontiers qu’il y eût quelque paroisse qui préparât deux chapelles : l’une pour le Jeudi-Saint, et l’autre pour le Vendredi. Cette dernière chapelle, n’ayant pas la réserve de la sainte Eucharistie qu’on aura placée la veille dans la sacristie, pourra être ornée de tentures noires et violettes et de tout ce qui est propre à rappeler la mort de Notre-Seigneur sur la Croix ; on y placera sur un coussin un Crucifix, que les Fidèles viendront adorer : et en outre on y fera, comme dans les autres Eglises, tous les exercices de piété en usage les années précédentes. L’essai que désire Son Eminence donnera vraisemblablement le moyen de connaître comment les années suivantes on pourrait insensiblement habituer les Fidèles au Rit Romain, sans diminuer en rien l’élan qui pousse à Paris des milliers de Fidèles à la visite des Eglises pendant ces deux jours[27].

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Notes :    (↵ reviens au texte)

  1. Théoriquement, dans le rit romain, les six chandeliers de l’autel doivent monter en pointe vers la croix et donc ne pas être de la même auteur. L’usage contraire existe partout, y compris à Rome même. On pourra conserver aussi à Paris un nombre de chandeliers supérieur au six : le texte de l’instruction ne le précise pas, mais peut se déduire du point précédant. L’usage parisien plaçait fréquemment 12 chandeliers sur l’autel (c’est le cas de Saint-Eugène, qui pourtant célébra dès sa dédicace le rit romain et non pas le parisien dont la suppression avait déjà été décidée), voire 18 chandeliers (comme à Saint-Eustache).
  2. L’instruction note ici : « Cette obligation ne s’applique pas aux Tabernacles très-précieux et très-richement décorés ; à Rome, le tabernacle des quatre grandes basiliques de Saint-Jean de Latran, de Saint-Pierre, de Saint-Paul, de Sainte-Marie-Majeure, celui de l’église du Gesù et quelques autres n’ont pas de voile. » Les usages français prévoyaient des conopées accordés à la couleur liturgique du jour, comme les autres parements de l’autel. L’usage purement romain ne s’est du reste pas acclimaté dans notre pays.
  3. Dom Guéranger était parti en guerre au XIXème siècle contre l’usage français d’utiliser le noir aux offices et messes des morts pour la paramentique touchant de près au Saint-Sacrement : conopée, antepandium, pale et voile huméral étaient souvent en noirs dans les usages diocésains français. Si l’usage du conopée noir pour le tabernacle a fini par disparaître, celui de l’antepandium noir s’est maintenu un peu partout. L’article 6 reviendra sur la question des pales noires.
  4. Les chasubles parisiennes portent sur leur dos une croix assez caractéristique appelée du reste autrefois Croix parisienne, qui était du reste en usage un peu partout en France sauf à Lyon. L’usage romain strict ne connaît pas de croix sur le dos de la chasuble.
  5. L’instruction note ici : « Dans les églises où existe l’usage de ne prendre le camail qu’aux premières vêpres de la Toussaint, on pourra conserver cette coutume. »
  6. A Paris, les enfants de chœur portaient soutanelle rouge, surplis, calotte et ceinture rouges. cf. https://schola-sainte-cecile.com/2007/06/08/sortie-de-procession-par-turpin-de-crisse/
  7. L’usage pour les chantres de porter la chape – même s’ils sont laïcs, et même à la messe – est immémorial en France. Lorsque la plupart des diocèses français adoptèrent les livres romains au cours du XIXème siècle, l’indult autorisant la poursuite de cet usage s’est vu partout accordé, y compris dans le très ultramontain diocèse de Langres, fer de lance de l’adoption de l’usage romain en France. Voyez des chantres parisiens en chapes ici : https://schola-sainte-cecile.com/2007/06/08/sortie-de-procession-par-turpin-de-crisse/
  8. Tel était l’usage parisien, qui ne connaît pas le surplis pour les chantres. Voyez des chantres sans chapes en rochets sans manches ici : https://schola-sainte-cecile.com/2007/06/08/sortie-de-procession-par-turpin-de-crisse/
  9. La rédaction de cet article est sans doute incomplète (« ni pendant les Vêpres » manque peut-être à la fin). L’usage existait un peu partout en France que durant certaines pièces chantées, deux chantres « battent le chœur » (ou « se promènenent dans le chœur »), c’est à dire remontent en sens inverse les stalles du chœur, chacun de son côté, en tapant de leur bâtons cantoraux le pavé. Cela permettait de régler la mesure du chant (c’est l’origine de la baguette du chef d’orchestre !!!) et aussi de frapper tel clerc qui se serait permis de s’endormir dans sa stalle… 🙂
  10. L’instruction note ici : « On sait que cet usage date du règne de Louis XII qui, voyant son royaume attaqué de toutes parts par les puissances liguées contre lui, eut recours à Dieu pour réprimer leurs efforts, et demanda aux Evêques de faire chanter l’O salutaris hostia à l’Elévation. » En fait, l’instruction ignore que cet usage typiquement français est bien plus ancien : en effet, dès le XIVème siècle, une ordonnance du roi Charles V ordonnait le chant de l’O Salutaris à l’élévation de toutes les messes hautes du royaume. Le roi Louis XII en fait renouvela cette ordonnance et ajouta le chant de la strophe pour la France O vere digna Hostia, strophe qu’il avait composée à la suite d’un vœu fait au cours des guerres d’Italie. Cette décision fut alors entérinée par les évêques de France au cours de l’Assemblée du clergé de 1512. En France, les compositeurs de musique sacrée joignirent souvent l’O Salutaris au reste de l’ordinaire des messes qu’ils composaient en plain-chant musical ou en polyphonie ; Gounod est l’un des derniers témoins de cet usage au XIXème siècle pour Paris : la plupart de ses messes comportent encore l’O salutaris hostia. Notez que l’instruction précise bien que le chant de la strophe se fait pendant l’élévation et non après (on chantait souvent le Benedictus du Sanctus après l’élévation et donc après l’O salutaris hostia. Pour ma part, j’ai restauré cet ancien usage français d’abord à la direction du chœur du Pèlerinage de Chartres puis à Saint-Eugène, toutefois en faisant démarrer le chant après l’élévation. Il parait difficile pour l’heure de restaurer le chant de l’O salutaris hostia pendant l’élévation elle-même, tant l’observation du silence pendant la consécration s’est instaurée et ancrée fermement dans la pratique durant le XXème siècle.
  11. Notez l’usage des pupitres dans le rit parisien, alors qu’au romain le livre est tenu. Beaucoup de nos églises conservent encore ces pupitres, l’un orienté au Nord pour l’Evangile, l’autre au Sud pour l’Epître (voyez par exemple, ceux de Saint-Nicolas-du-Chardonnet ou de Saint-Germain-L’Auxerrois). L’usage parisien prévoyait également la possible lecture de l’épître sur l’aigle. Notez que jamais cette lecture avait lieu face au peuple, conformément à l’ancien usage synagogal du béma.
  12. C’est une perte regrettable que l’antique cérémonie de l’offrande ait disparu de l’usage. Elle s’était maintenue assez fermement en France jusqu’au XIXème siècle, peut-être en raison du rôle important qu’elle avait dans l’ancienne liturgie des Gaules d’avant Charlemagne. Je ne l’ai vue réalisée qu’une seule fois à la campagne pour des funérailles dans les années 1990.
  13. On appelle Induts (du latin Indutum, revêtu) un clerc ou un laïc qui remplit une fonction qu’il ne possède pas (et en revêt donc les ornements, dalmatique ou tunique). L’usage de faire tenir la fonction de Diacre ou de Sous-Diacre par de pieux laïcs est ancien en France. Voici du reste la note de l’instruction sur ce point : « Nous n’avons pu trouver la date de l’introduction des Induts dans la Liturgie Parisienne. Le Missel de 1666 les mentionne comme servant à l’Eglise Métropolitaine. – Dans le diocèse de Reims, où Son Eminence le Cardinal Gousset les a conservés sous le nom de procédents, les Induts sont mentionnés dans les plus anciens Missels imprimés, notamment dans celui du Card. de Lorraine qui assista au Concile de Trente ; ils sont donc bien antérieurs à la Liturgie que Paris abandonne aujourd’hui (i.e, celle de Mgr de Vintimille, remontant à 1736-1738, note d’H. de V.) pour celle de l’Eglise mère et maîtresse de toutes les autres. »
  14. Donc lorsqu’on célèbre à un autel où le Saint Sacrement n’est pas conservé – idem pour l’article suivant. L’usage parisien employait plutôt l’inclination profonde. L’instruction se conforme au Romain pour les différents points énumérés, sauf le dernier (45. – 10°).
  15. En liturgie, on distingue deux marches du clergé : la procession – dans laquelle on marche du moins digne au plus digne – et le cortège – où l’on suit l’ordre inverse.
    Depuis le Moyen-Age en France, on faisait avant la grand’Messe des dimanches et jours de fête une grande procession générale pendant laquelle on chantait des répons. Cette procession s’ouvrait par la Croix accompagnée des cierges des Acolytes. Le souvenir s’en ait conservé jusqu’à nos jours par la procession qui ouvre les messes dominicales en France. Le rit romain strict ignore ces cérémonies : le clergé se rend très simplement de la sacristie à l’autel par le chemin le plus court, la croix de procession n’est pas utilisée. L’instruction conseille de fait le maintien de cette procession solennelle, même si elle n’est pas très bien rédigée ici, puisqu’elle omet de parler de la Croix, alors qu’elle en parle dans l’article 50.
  16. L’instruction note ici : « S’il entrait pour la première fois il ferait d’abord une courte prière, et irait ensuite faire la génuflexion. »
  17. L’instruction note ici : « La Sacrée Congrégation des Rites (12 septembre 1857 ad 31 in Molin) prescrit le salut à ces derniers offices ; mais elle avait décidé, le 12 août 1854, qu’on n’est pas tenu de le faire dans les diocèses où il y a une coutume contraire ; c’est le cas où se trouve celui de Paris.
  18. Il y a de fait cinq positions pour les membres d’un Chœur : soit à genoux, soit debout tourné en Chœur (la moitié du Chœur fait face à l’autre), soit debout vers l’Autel (qu’il faut davantage entendre comme une position vers l’Orient et ne pas comprendre stricto sensu par une orientation physique vers l’Autel – l’usage parisien faisait que le clergé se tourne alors vers l’Orient liturgique, c’est la position des oraisons, souvenir de la prière antique qui était orientée ; notons que le maître-autel de Notre-Dame est assez éloigné des stalles), soit vers la Croix de l’Autel (pour les salutations), soit vers l’Evangile (vers le lieu physique où l’évangile et le second évangile sont lus). La règle est simple : on se tourne vers l’Autel dès que le Célébrant prie une oraison, en Chœur lorsqu’on chante ou qu’on est censé chanter en commun.
    Par ailleurs, l’instruction note ici : « Quand le clergé est debout tourné en Chœur, ceux qui sont dans les stalles s’appuient sur la miséricorde excepté quand ils reçoivent l’eau bénite et l’encens, pendant les Cantiques évangéliques, le Confiteor, à Prime et à Complies, et quand on lit à Matines les paroles de l’Evangile qui précèdent l’Homélie.
    Ceux dont les stalles sont tournées vers l’autel suivent la même règle ; ils ne s’appuient pas sur la miséricorde lorsque le Chœur est tourné vers l’autel.
    On abaisse la stalle toutes les fois qu’on doit s’asseoir.
  19. L’instruction note ici : Les Chanoines peuvent s’asseoir dès que le dernier d’entre eux a été encensé, quoique le Chœur soit toujours debout. Il en est de même des Prêtres qui peuvent s’asseoir quand on encense les Clercs.
  20. L’usage prévalait encore de chanter le Benedictus après la consécration. Notons que cet usage a été rappelé encore en 1960 par la Congrégation des Rites comme étant la norme.
  21. Il s’agit bien entendu de toutes les oraisons qui sont précédées du dialogue Flectamus genua. Levate. En dehors de celles-ci, toutes les oraisons sont à genoux, y compris, par exemple, celles de l’absoute aux Messes des morts.
  22. Le chanoine Lesage, cérémoniaire de l’Archevêque de Paris, précise dans son Dictionnaire pratique de liturgie Romaine (Paris, 1952, article Agenouillement page 34) que ce grand agenouillement du canon aux Féries de pénitence et aux Messes de Requiem s’étend du Sanctus jusqu’au Pax Domini inclusivement.
  23. Les Quatre-Temps de la Pentecôte ayant été inclus dans le Temps pascal, la pénitence n’y est pas marquée. Par ailleurs, une règle antique remontant au Concile de Nicée de 325 interdit l’agenouillement durant tout le Temps Pascal, ainsi que les Dimanches.
  24. Voilà une stricte application du 20ème et dernier canon du saint Concile de Nicée de 325, premier concile œcuménique :
    « Qu’il ne faut pas plier le genou aux jours de dimanche et au temps de la pentecôte.
    Comme quelques-uns plient le genou le dimanche et aux jours du temps de la pentecôte, le saint concile a décidé que, pour observer une règle uniforme dans tous les diocèses, tous adresseront leur prières à Dieu en restant debout. »
    Cette règle liturgique propose en fait d’honorer la résurrection du Christ (resurrexit signifiant il s’est levé ou il s’est tenu debout). Or chaque dimanche et pendant tout le Temps pascal, on fête la résurrection de Notre Seigneur.
    La règle de Nicée subsiste en filigrane dans le rit romain, comme on peut le voir pour le chant de l’Antienne finale de la Sainte Vierge (notez que les mêmes rubriques s’appliquent aussi toujours pour la prière de l’Angélus). A partir du XVIème siècle, la règle posée à Nicée a eu tendance à s’oublier à Rome. La France l’a observée strictement plus longtemps, le rit parisien contenait des dispositions similaires en plus grand nombre.
  25. L’instruction précise ici : « Nous parlons ici de ce que doivent faire ceux qui assistent à ces Offices, et non des ministres qui servent à l’Autel. »
  26. De fait, pour le chandelier de Ténèbres, les commentateurs du rit romain prévoient que les 14 cierges représentant les disciples soient de cire jaune, mais que le 15ème cierge représentant le Christ soit de cire blanche ; l’usage de Paris a toujours été de n’y utiliser que 15 cierges de cire jaune. A ce propos le Cérémonial Parisien de Martin du XVIIème siècle témoigne qu’à Paris on suivait alors la tradition d’utiliser un chandelier de 13 cierges à Ténèbres. Le Cérémonial Parisien du cardinal de Noailles au XVIIIème siècle passe aux 15 cierges à Ténèbres.
  27. Pour comprendre cet ultime paragraphe, il faut savoir qu’un peu partout en Europe depuis le Moyen-Age, on procédait après la Messe des Présanctifiés à un ensevelissement symbolique du Christ au tombeau, en apportant le Saint-Sacrement dans une chapelle transformée en sépulcre. Lles nombreuses Mises au tombeau qu’on peut trouver dans les églises servaient à cette cérémonie : en général, la statue du Christ est creuse et s’ouvre pour pouvoir y déposer l’hostie consacrée. Le dimanche de Pâques, très tôt le matin, on chantait joyeusement les matines pascales puis on faisait une procession triomphale qui ramenait le Saint-Sacrement du sépulcre au tabernacle du maître-autel. Cette cérémonie, qui marquait la résurrection, existe toujours au rit dominicain (le rit byzantin procède lui aussi toujours à un ensevelissement du Christ aux vêpres du Vendredi Saint). Paris a connu par le passé de telles cérémonies, qui n’existaient pas dans le rit de la curie d’où est issu l’actuel rit romain. La suppression de ces manifestations de piété populaire posait donc problème au XIXème siècle, d’où la suggestion du cardinal Guibert.

Nobilis, humilis – Une hymne norvégienne à saint Magnus

Un récent séjour aux Iles Orcades me donne le propos d’un petit article sur une hymne magnifique en l’honneur de saint Magnus qui y fut jadis composée, laquelle constitue un témoin important dans l’histoire de la musique sacrée occidentale.

En voici le début dans le manuscrit du XIIIème siècle conservé à l’université d’Uppsala :

Et en voici une splendide interprétation par La Maurache et l’Ensemble Fulbert de Chartres (Musica Cathedralis – Disque Arion ARN 268428 – 1998) que je vous invite à découvrir :

https://schola-sainte-cecile.com/wp-content/2011/07/1-01-Hymne-a-Saint-Magnus.mp3

En voici une transcription en notation moderne :

I. Nobilis, humilis, Magne martyr stabilis,
Habilis, utilis, comes venerabilis
Et tutor laudibilis tuos subditos
Serva carnis fragilis, mole positos.
I. Magnus, noble et humble martyr puissant,
Valeureux, seriable, vénérable compagnon
Et guide digne de louanges, protège tes sujets
Devant le danger où ils sont, par la faiblesse de la chair.
II. Præditus, cœlitus, dono Sancti Spiritus
Vivere, temere, summa caves opere
Carnis motus premere, studes penitus
Ut carnis in carcere, regnet spiritus.
II. Pourvu du don du Saint-Esprit, tu as pris soin
Dans toutes tes actions de vivre sans souci du lendemain
Et de réprimer les pulsions de la chair. Tu t’es profondément appliqué
Pour que, une fois obtenue la maîtrise de la chair, l’esprit règne.
III. Gravia, tedia, ferens pro justicia,
Raperis, terreris, donec ictu funeris
Abymis extolleris ad cœlestia
Sic Christo conjungeris per supplicia.
III. De graves dommages tu as subi par amour de la justice,
On t’a persécuté jusqu’à ce qu’un funeste coup
T’emporte des abîmes pour te porter en haut des cieux
Où par ton supplice, tu as pu t’unir au Christ.
IV. Pura gloria, signorum frequencia
Canitur, agitur, Christus benedicitur,
Et tibi laus redditur in Ecclesia
O quam felix cernitur hinc Orchadia.
IV. Ta pure gloire ainsi que tes nombreux miracles
Est chantée. Tu es béni par le Christ
Et nous proclamons ta louange dans toute l’Eglise
Depuis ces Orcades, îles bienheureuses.
V. Gentibus laudibus, tuis insistentibus
Gratiam, veniam & æternam gemmam,
Precuum preinstantiam propter optine
Hanc salvans familiam a discrimine.
V. Que le peuple qui chante sans cesse tes louanges
Obtienne grâce, pardon et biens éternels.
De grâce, écoute nos incessantes prières
Et préserve notre famille de la chute par le péché.

 

Cette hymne provient des Iles Orcades, archipel britannique situé au Nord de l’Ecosse. Les Orcades furent colonisées à partir du VIIIème siècle par les Vikings et dépendirent de la Norvège jusqu’au XVème siècle où elles furent annexées par l’Ecosse en dédommagement de la dot jamais payée de Marguerite de Danemark, épouse de Jacques III d’Ecosse.

Saint Magnus fut au XIIème siècle un des comtes norvégien des Orcades, mais le titre était revendiqué par un de ses cousins, qui n’hésita pas à le faire exécuter après l’avoir capturé de façon inique. Le comte Magnus subit le martyre le 16 avril 1117, priant pour ses bourreaux. Saint Magnus était de son vivant apprécié par les Orcadiens pour sa grande piété, son honnêteté et sa non-violence. Ces vertus ayant été glorifiées par le martyre, il devint le saint patron des îles Orcades et l’un des saints les plus vénérés de la Norvège catholique, avant la réforme protestante.

A Kirkwall, capitale des Orcades, on peut toujours voir la magnifique cathédrale édifiée très vite pour abriter les reliques de saint Magnus et qui fut consacrée dès l’an 1137. Le diocèse des Orcades était placé sous l’autorité de l’archevêque de Nidaros, en Norvège. Depuis la réforme protestante, la cathédrale Saint-Magnus de Kirkwall est occupée par les presbytériens écossais.

Néanmoins, on y a retrouvé tout à fait par hasard en 1917 les reliques de saint Magnus qui avaient été cachées dans un pilier depuis la réforme protestante.

Un rare exemple de polyphonie primitive notée : le gymel

Cette hymne à saint Magnus est un rare exemple de polyphonie primitive scandinave. Elle se retrouve dans un codex du XIIIème siècle conservé à l’Université d’Uppsala, mais pourrait être plus ancien et remonter à la fin du XIIème siècle. Sa polyphonie à deux voix s’inscrit dans le Vème ton ecclésiastique (mode de fa lydien). Elle est un parfait exemple du genre musical appelé gymel, dit encore gimel ou gemell. Ce terme dérive du latin gemellus, qui signifie jumeau, terme qui rend bien compte de cette technique d’harmonisation où les deux voix procèdent par tierces parallèles.

La notation du manuscrit d’Uppsala ne comporte pas d’indication rythmique ; le rythme de l’hymne a été déduit par les musicologues qui ont montré qu’elle est constituée de formules mélodiques et rythmiques que l’on retrouve dans des compositions vikings un peu postérieures. On serait donc en présence d’une adaptation à la liturgie latine des formules traditionnelles employées pour le chant des sagas scandinaves.

La caractéristique du gymel est d’employer l’intervalle de tierce, lequel était considéré comme un intervalle dissonant à cette époque sur le continent européen, probablement parce que la musique européenne de l’époque était fondée sur les considérations pythagoricienne des intervalles. La gamme de Pythagore donne des quintes justes pures, mais les tierces ne sonnent pas très bien dans ce système. Ce chant de Vikings devait paraître très étranges aux oreilles étrangères, qui réprouvaient l’usage de la tierce. Du reste, les commentateurs arabes avaient comparé le chant des Vikings, peu familiers à leurs oreilles, au hurlement des loups ou des chiens !

Un texte de l’archidiacre Giraud de Barri, ecclésiastique gallois du XIIème siècle, semble indiquer la large diffusion dans le Nord de la Grande-Bretagne du chant en tierces parallèles de style gymel, et Giraud indique que cette technique provient manifestement des Vikings :

In borealibus quoque majoris Britanniae partibus, trans Humbriam scilicet Eboracique finibus, Anglorum populi qui partes illas inhabitant simili canendo symphonica utuntur harmonia: binis tamen solummodo tonorum differentiis et vocum modulando varietatibus, una inferius submurmurante, altera vero superne demulcente pariter et delectante. Nec arte tamen sed usu longaevo et quasi in naturam mora diutina jam converso, haec vel illa sibi gens hanc specialitatem comparavit. Qui adeo apud utramque invaluit et altas jam radices posuit, ut nihil hic simpliciter, nihil nisi multipliciter ut apud priores, vel saltem dupliciter ut apud sequentes melice proferri consueverit; pueris etiam, quod magis admirandum, et fere infantibus, cum primum a fletibus in cantus erumpunt, eandem modulationem observantibus.

Angli vero, quoniam non generaliter omnes sed boreales solum hujusmodi vocum utuntur modulationibus, credo quod a Dacis et Norwagiensibus qui partes illas insulae frequentius occupare ac diutius obtinere solebant, sicut loquendi affinitatem, sic et canendi proprietatem contraxerunt.

*
Dans le nord de la Grande-Bretagne, au-delà de l’Humber, et dans la région d’York, les peuples Angles qui habitent ces régions utilisent le même genre de chant par harmonie symphonique : mais avec une variété de seulement deux mélodies vocales de tons distincts, l’une, inférieure, murmure, l’autre au-dessus, est tout aussi apaisante et charme l’oreille. Pourtant, dans ces deux régions, ce style particulier est acquis non par étude, mais par un long usage, de sorte qu’il est devenu en quelque sorte une habitude de seconde nature. Et cela est devenu si fort dans les deux pays, et pris de telles racines, que l’on n’entend jamais le chant simple, mais soit avec beaucoup de voix comme dans l’ancien [Pays de Galles], ou toutefois au moins deux comme dans ce dernier [nord de l’Angleterre]. Et ce qui est encore plus merveilleux, c’est que même les enfants, et presque même les nourrissons, dès qu’ils passent des larmes au chant, suivent cette même façon de chanter.

Les Anglais cependant ne font généralement pas usage de cette manière de chanter, mais seuls les habitants du Nord ; aussi je crois que c’est par les Danois et les Norvégiens, qui ont souvent occupé ces parties de l’île et avaient l’habitude de les tenir pour de longues périodes, que les habitants ont acquis leurs affinités dans leur façon de parler et leur manière particulière de chanter.

Cette hymne de saint Magnus est un témoin important dans l’histoire de la musique occidentale et nous donne un écho des traditions orales qui devaient être largement pratiquées dans les chrétientés nordiques.

Hymne de saint Magnus, f° 19v° & 20 r° du manuscrit C233 de la Bibiliothèque de l’Université d’Uppsala.

3 curieuses litanies pour les Rogations dans l’ancien usage de Paris

Petite, et accipietis :
quærite, et invenietis :
pulsate, et aperietur vobis.
Comme chacun sait, les Rogations sont des processions de supplications et de pénitence instituées la première fois en Gaule par saint Mamert, évêque de Vienne vers 470. Le succès de ces processions de supplication fut immédiat dans la toute jeune France, puisque dès 511, le Concile d’Orléans réuni par le roi Clovis en parle dans ses 27ème & 28ème canons comme d’une institution bien établie :

27. Rogationes, id est Lætanias, ante Ascensionem Domini ab omnibus ecclesiis placuit celebrari, ita ut præmissum triduanum jejunium in Dominicæ Ascensionis festivitate solvatur ; per quod triduum servi et ancillæ ab omni opere relaxentur, quo magis plebs universa conveniat. Quo triduo omnis abstineant et quadraginsimalibus cibis utantur. 27. Il a paru bon que les Rogations, c’est-à-dire les Litanies, soient célébrées par toutes les églises avant l’Ascension du Seigneur ; que durant ces trois jours les serviteurs & les servantes soient dispensés de tout travail, afin que le peuple se réunisse plus au complet. Pendant ces trois jours, que tous fassent abstinence et usent des aliments de Carême.
28. Clerici vero qui ad hoc opus sanctum adesse contemserint, secundum arbitrium episcopi ecclesiæ suscipiant disciplinam. 28. Quant aux clercs qui mépriseraient d’être présents à cette sainte cérémonie, qu’ils subissent une peine ecclésiastique au libre arbitre de l’évêque.

Remarquons l’équivalence qu’établit le Concile d’Orléans entre les deux termes de Rogations et de Litanies. Ces prières de demande (rogare = demander) prennent en effet dès l’origine en Gaule la forme de litanies. Certes, comme en témoignent les manuscrits médiévaux ou les éditions imprimées des processionnaux, on chantait en France des psaumes et des antiennes pendant ces processions, mais le cœur des prières employées pour supplier Dieu à cette occasion et ce qui frappait le plus les esprit du peuple consistait en des litanies. La même équivalence sémantique a perduré depuis 511 jusqu’à nos jours dans le rit romain – qui accueillera sous le pape saint Léon III (†816) les cérémonies des Rogations -, puisqu’on les y désigne également sous le nom de Litanies mineures. Dans la liturgie romaine, rien ne distingue dans leur forme liturgique les processions des Rogations ou Litanies mineures, de celle qui a lieu le 25 avril en la fête de saint Marc, les litanies majeures, instituées elles par saint Grégoire le Grand. En France cependant, les anciens usages liturgiques des différents diocèses présentent au contraire une grande variétés de pièces particulières aux trois jours des rogations : psaumes, stations, antiennes, répons, mais surtout de nombreuses litanies ; en général tout ce répertoire change chacun des trois jours.

Les litanies autrefois en usage en France pour les Rogations pourraient se regrouper en 3 types principaux :

  • Le fond le plus ancien consiste en un type litanique issu des litanies diaconales de l’Orient byzantin, qu’on retrouve dans les litanies de Carême de la messe ambrosienne. Il est représenté principalement par la litanie dite de saint Martin, qui est sans doute la plus ancienne et qui commence par ℣. Dicamus omnes. ℟. Domine miserere. ℣. Ex toto corde, et ex tota mente, adoramus te. ℟. Domine miserere, etc… A chaque invocation, le peuple répond Kyrie eleison ou Domine miserere. Ces litanies n’invoquent pas les saints, mais supplient Dieu pour diverses nécessités concrètes. Elles constituent la partie la plus vénérable du répertoire liturgique français, remontant à l’époque de l’ancien rit des Gaules, et elles ont survécu dans certains diocèses français jusqu’au XIXème siècle.
  • Un second type de litanies en usage en France au Moyen-Age est tout à fait similaire aux litanies des saints que nous connaissons encore de nos jours au rit romain. Après le Kyrie initial et les invocations aux trois Personnes divines, ce sont la Vierge Marie et les saints qui sont invoqués. Souvent, ces litanies ne comportent pas les invocations que le rit romain ajoute après la liste des saints. On pourraient du reste comparer ces litanies des saints à des invocations aux saints similaires qui existent également aux complies byzantines. Il est vraisemblable que ce type de litanies des saints remonte à l’époque carolingienne.
  • Un troisième type parait avoir été initialement en faveur dans le Sud de la France mais, à la faveur des réformes liturgiques néo-gallicanes des XVIIème & XVIIIème siècles, a connu un grand regain d’intérêt et s’est largement diffusé. Aux invocations des saints s’entremêlent de courtes supplications à Dieu. L’archétype en est la litanie Aufer a nobis que le musicologue Amédée Gastoué donnait pour antique et originaire de Gaule Narbonnaise, souvent rééditée au XXème siècle. Nous allons retrouver plus bas cette litanie Aufer a nobis pour le mercredi des Rogations. Il est vraisemblable que l’on soit ici en présence d’un type originaire de la liturgie mozarabe qui a été synthétisé avec les litanies des saints du type précédent. A ce type on peut également rattacher les litanies versifiées et rythmées composées par l’école de Saint-Gall au IXème siècle : Ardua spes mundi & Humili prece, en usage dans beaucoup de diocèses.

L’usage de Paris au Moyen-Age comportait pour les Rogations des antiennes, des versets, des oraisons et les litanies des saints selon le second schéma ci-dessus. Ainsi, selon ce missel parisien du XIIIème siècle (folio 251 V° et suivant), Paris invoquait dans ses litanies des Rogations la Sainte Trinité, la Bienheureuse Vierge Marie, les 3 principaux archanges, saint Jean Baptiste, les Apôtres & Évangélistes, 91 martyrs, 51 confesseurs & 41 Vierges, en les chantant sur cette magnifique cantilène du premier ton :

Après une romanisation mal vécue de leur rit au début du XVIIème siècle, les liturgistes parisiens des XVIIème & XVIIIème siècle ont recherché dans les différentes traditions anciennes des Eglises de France ce qui méritait d’être mis à l’honneur et ont attribué aux trois jours des Rogations des litanies anciennes issues de diverses traditions françaises. Ces litanies appartiennent au 3ème type énoncé ci-dessus.

Nous les donnons ci-après pour les trois jours, d’après la très belle édition suivante :
Office de l’Eglise noté pour les festes et dimanches, à l’usage des Laïcs, par ordre de Monseigneur l’Archevêque. IVème partie, le Temps paschal. Paris, Libraires associés, 1760. Pages 67-72, 78-79 & 86-88.

Voici comment s’organisait les Rogations à Paris : une première procession a lieu au cours de laquelle on se rend d’une église à une autre (de l’église de collecte à l’église de station) en chantant les psaumes graduels avec des antiennes prolixes. A l’église stationale est chantée la messe, puis l’on revient à la première église en chantant les litanies. On termine en chantant l’antienne du saint auquel est dédiée l’église, son verset et son oraison (C’est l’usage commun du reste que lorsque la procession s’arrête dans un oratoire ou une église, on chante de même l’antienne, le verset et l’oraison de son titulaire).

A Saint-Eugène nous chantons bien sûr les Rogations selon le rit Romain, avec les litanies des saints avant la messe. Cependant, à la fin de la messe, quand la procession regagne la sacristie, nous chantons ces anciennes litanies, qui ne sont pas sans beauté musicale, loin s’en faut, et qui rappellent la variété des expressions de la foi en notre pays. Peut-être le lecteur en pourra faire son profit.

Quelques principes régissant cette édition musicale :

  • Les barres verticales ne sont pas des barres qui indiquent la respiration des chantres mais la distinction des mots, conformément à l’usage le plus ancien (les respirations doivent se déduire de la ponctuation).
  • Quand les rubriques parlent de cadence, il s’agit du motif que les chantres parisiens font depuis le Moyen-Age pour indiquer qu’ils passent le chant au chœur, et qui se traduit par la modification des dernières notes de la mélodie (on parle selon le cas de périélèse et de diaptose). Comparez ainsi dans la première litanie, le Christe audi nos des enfants et celui du chœur.